"Les choses que j’ai vécues, je ne voulais pas les garder pour moi", Bernard-Henri Lévy publie "Mémoires provisoires"
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:43OuverteRéponse directe
Pourquoi publier des mémoires maintenant, à 78 ans ?
- 2:19OuverteRéponse directe
Le fait de vous raconter à travers les autres est-il une réponse à la caricature de vous ?
- 3:26OuverteRéponse directe
Racontez-nous votre rencontre avec Louis Aragon en 1975.
- 8:51OuverteRéponse directe
Un mot sur votre rencontre avec Albert Cohen et le personnage de Solal.
- 11:00OuverteRéponse directe
Vous avez tenté de devenir député en 1973. Racontez-nous cette aventure.
- 13:12OuverteRéponse directe
Votre rencontre avec Ségolène Royal en 2007 et l'écriture de son discours.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:46PrésentateurFait
« Vous avez longtemps pensé, Bernard-Henri Lévy, que les mémoires, ça n'était pas pour vous, vous disiez mémoire, ça veut dire je vais mourir. »
- 3:51PrésentateurFait
« Louis Aragon pour moi c'est l'auteur de quelques-uns des plus grands romans de la littérature française. »
- 9:10PrésentateurFait
« 20 fois dans ma vie, j'ai voulu arrêter d'être Solal. »
- 15:54PrésentateurFait
« Je suis l'enfant naturel d'un couple diabolique, le fascisme et le stalinisme. »
- 16:24PrésentateurFait
« Le culbuto d'aujourd'hui, le culbuto, ça passe à gauche quand on croit la mienne, c'est le Front National, le Rassemblement National et LFI. »
- 18:45InvitéFait
« Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler. Un sioniste est forcément juif. »
Temps de parole
- Présentateur67 %
- Présentateur 215 %
- Invité14 %
- ?4 %
≈ 23,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Il l'a été de tous les combats, c'est l'homme qui a amené Mitterrand à Sarajevo, conduit les insurgés libyens jusqu'à l'Elysée, et devinez avant tout le monde que Zelensky tiendrait tête à Poutine. Trois lettres
et
une chemise blanche suffisent à reconnaître ce philosophe qui ne laisse personne indifférent. Bonjour Bernard-Henri Lévy. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Inter alors que vous publiez vos mémoires provisoires chez votre éditeur de toujours, Olivier Nora. C'est d'ailleurs le premier livre de sa nouvelle maison depuis son éviction de Grasset. J'invite les auditeurs à nous rejoindre. 01 45 24 7000 ou l'application Radio France pour leurs questions et leurs observations. Vous avez longtemps pensé, Bernard-Henri Lévy, que les mémoires, ça n'était pas pour vous, vous disiez mémoire, ça veut dire je vais mourir. Pourquoi maintenant, à bientôt 78 ans
? Parce
que j'ai bientôt 78 ans
et
parce que j'ai eu tellement de chance de rencontrer Louis Aragon, Albert Cohen, Romain Garry, d'être proche de Romain Garry dans les dernières années de sa vie, d'être témoin d'avoir eu des conversations bouleversantes tout près de son suicide, qu'il
y a
un moment donné où je me suis dit,
il
faut raconter tout ça, il faut transmettre tout cela. Alors, ça s'appelle mémoire, pourtant vous parlez de vous en parlant des autres. Ce sont des exo-mémoires,
c
'est un genre de mémoire un peu différent. Je crois que je me raconte, je raconte ma vie, je raconte ce que je fais, de manière parfois assez intime, mais c'est vrai que mon fil conducteur, ce qui guide le récit, c'est les autres, c'est des chefs de guerre comme Massoud ou Zelensky, c'est des écrivains comme Norman Mailer ou André Malraux. Ce sont des passants considérables, comme disait un grand poète. Ce sont des géants du siècle,
du
siècle dernier. Ou des géants du siècle, hélas, dernier, puisqu'en effet, j'ai trois quarts de siècle.
Et vous allez, on va raconter un certain nombre de ces rencontres. Est-ce que le fait de vous raconter à travers les autres, Bernard-Henri Lévy, c'est une manière pour vous aussi de tenter d'échapper à la caricature qui est parfois faite, celle d'un philosophe qui aime parler de lui, qui est très médiatique ? Est-ce que c'est une façon de répondre à cette critique-là ?
Vous savez, Benjamin Adion, on n'écrit pas 860 pages pendant quatre ans, en immersion totale,
en
se demandant comment on va échapper à sa caricature.
Vous
voyez, il
n
'y
a
pas de... Non, non, c'est venu comme cela. Je vous le répète, les choses que j'ai vécues avec tout ce dont je viens de vous parler, l'expérience qui a été la mienne avec Emmanuel Lévinas, ce que j'ai vécu auprès de François Hollande, ce que j'ai vécu de l'intérieur, les relations Zéneschi-Macron pour parler de choses extrêmement récentes. Mon rapport avec François Mitterrand, cet âge incroyable quand même de la gauche française à l'époque où son leader s'appelait François Mitterrand, tout ça, je ne voulais pas le garder pour moi, c'est tout. Et
vous l'avez effectivement proposé à ceux qui vont vous lire, on va donc plonger directement dans ces mémoires provisoires, Bernard-Henri Lévy. Vous parliez il y a quelques instants, et c'est sans doute l'un des plus beaux chapitres de ce livre, de votre rencontre avec Louis Aragon. On est en 1975, vous avez 27 ans et vous dormez parfois sur une banquette d'un bar qui s'appelle le Twickenham, qui est à Saint-Germain-des-Prés. On est la nuit et vous croisez Louis Aragon, qui est vieillissant, qui est veuve de sa muse Elsa Triolet, qui est à la recherche, il faut le dire, de rencontres masculines. Racontez-nous cette rencontre avec Louis Aragon, l'auteur d'Aurélien.
Écoutez, il est magnifique, il a l'air d'un, il erre en effet dans les rues de Paris, entre l'angle de la rue de
l
'Est des Saint-Pères et la rue de Grenelle, pardon pour ceux qui n'habitent pas Paris, mais c'est le cœur du quartier latin, et le drugstore à l'époque. Et moi j'allais dans ce drugstore parce qu'on trouvait les journaux à 2h moins 20 du matin. On trouvait Libération, l'Aurore, le Figaro, l'encre encore sèche. Et là il était là
parce
qu'il rencontrait en effet, il était à la fois veuf, inconsolé et étrangement libre. Les trois à la fois. Vraiment je crois inconsolé de la mort d'Elsa, la femme de sa vie. Et en même temps une sorte de liberté étrange. Et ce jour-là, comment dire les choses de manière simple, il m'a, il
m
'a dragué. Enfin voilà, il a tenté de me draguer. Et ça a donné en vérité
une
conversation magnifique comme un jeune homme ne peut même pas l'imaginer. Louis Aragon pour moi c'est l'auteur de quelques-uns des plus grands romans de la littérature française. Ça donne cette conversation et puis ça donne un très beau film mis en scène par un réalisateur qui s'appelle Michel Favard, qui est encore réalisateur aujourd'hui. Adaptation d'Aurélien pour TF1. A l'époque c'était la grande affaire de TF1, le plus gros, la plus grosse téléfiction.
Mais Bernard-Olivier, ça donne ce film dans lequel vous jouez.
Puisque Louis
Aragon vous dit notamment, voilà j'ai pensé à vous pour jouer dans ce film et vous racontez bien dans ce livre que c'est au fond de ce rôle dans ce téléfilm que vous vient décritiquer cette réputation aussi de sorte de philosophe inclassable médiatique puisqu'un journaliste du Figaro à l'époque dit c'est un philosophe sans caleçon parce qu'il y
a
une scène où on vous voit nu.
Le philosophe c'est Louis Powell qui est à l'époque, qui commence d'inventer la nouvelle droite et qui écrit dans le premier Figaro magazine. Et en effet ça c'est les
folies
de la vie, c'est que j'oublie complètement que j'ai tourné ce film. Ça met du temps, vous tournez, j'ai tourné avec grand bonheur, je rencontre Nicole Garcia, je joue avec Française Lebrun qui était l'héroïne de la maman et la putain de Jean Estache, mais enfin j'oublie ça. Et le temps que le film soit mis dans les tuyaux et qui sort à TF1, j'écris la barbarie visage humain. Et je pars en guerre contre le totalitarisme et je lance avec mon ami André Glucksmann, le père de Raphaël, un grand débat idéologique.
Et
à peu près au moment où la bataille des nouveaux philosophes éclate, arrive ce film sur TF1 où en effet il y a, je crois, pour une des premières fois dans l'histoire du service public, puisque TF1 à l'époque c
'était le service public,
il y
a
une scène d'amour où en effet Française Lebrun et moi sommes vaguement, oui, on est nus quoi. Alors Louis Powell s'écrit, c'est un scandale, comment peut-on être un philosophe sérieux quand on fait le clown à la télévision, ce qui en plus n'était pas vrai. Mais ça poursuit, c
'est
comme un poison lent. Et ce qu'il faut dire c'est que des années plus tard, Pierre Berger vous propose d'être mannequin pour un parfum. Yves Saint-Laurent vous avez refusé évidemment. Au fond, ces gens-là, ils avaient pressenti votre goût de la mise en scène, de votre théâtralité qui a servi à servir vos causes, en l'occurrence. Pierre Berger, c'est différent. Pierre Berger, j'étais déjà, j'avais déjà publié beaucoup de livres
et
c'est François-Marie Bagné qui un jour me voit dans un reportage de match, peut-être sur le diable en tête, et il dit à Pierre Berger, pour en effet la campagne de publicité à laquelle vous faites allusion, il lance un nouveau parfum, il nous faut cet homme-là pour le clip.
C
'était un clip publicitaire, j'étais supposé en effet sauter en l'air comme ça avec une serviette éponge autour des reins en criant jazz pour la télévision. Donc là, honnêtement, j'ai dit à Pierre Berger, c'est adorable,
merci beaucoup,
mais c'est pas l'idée du moment. Mais en revanche,
on
est devenu extrêmement ami, on a créé un journal ensemble, on a peut-être un tout type contribué avec beaucoup d'autres à la campagne électorale et à la victoire de François Mitterrand en 88, et on a fait de belles choses ensemble. Et le goût du théâtre, le goût de la mise en scène, il vous a servi, encore une fois, pour vos combats
?
Moi, j'ai le goût de l'écriture d'abord, et puis j'ai le goût de l'action ensuite. Et quand vous avez le goût de l'écriture et le goût de l'action, vous avez envie en effet que ça soit vu, que ça soit mis en scène. Si j'ai la chance de rencontrer Volodymyr Zelensky dans son bunker, comme je le raconte dans un chapitre du livre, la veille de son humiliation par Donald Trump, la veille de cette séance déchirante, qu'est-ce que je vous dise ?
Je filme, je suis avec mon ami Marc Roussel, on filme, et puis on filme les soldats sur le fond de Pocrofs, qu'en train de pleurer, de rage, de honte et de fierté, en voyant leur président humilié par un président américain crapuleux, et c'est vrai que tout ça, c'est la mise en scène du siècle.
Un mot, Bernard-Henri Lévy, avant de parler de vos rencontres politiques, sur un autre chapitre qui nous a beaucoup plu, celui de votre rencontre avec Albert Cohen, l'auteur de Belle du Seigneur, que là vous rencontrez à Genève en 77, donc deux ans après Aragon, et il vous dit en vous rencontrant, vous êtes Solal, du nom de son héros, solaire, séducteur, né dans une famille juive en Grèce et devenu diplomate, et vous confiez 20 fois dans ma vie, j'ai voulu arrêter d'être Solal. Pourquoi ? Et pourquoi ce personnage vous a collé à la peau
? Il
m'a collé à la peau, c'est pas tellement qu'il m'a collé à la peau, c'est qu'en effet,
quand
j'ai rencontré Albert Cohen, et quand j'ai lu Belle du Seigneur, ça a été une vraie date dans ma vie, parce qu'on avait tellement l'habitude dans la littérature française, des juifs courbés, des juifs qui demandaient pardon, des juifs qui rasaient les murs, des juifs qui n'osaient pas être eux-mêmes, et tout à coup surgissait dans la littérature française, dans la plus belle langue française qu'il soit, un personnage juif
solaire,
libre, qui ne s'excusait de rien, qui avait peut-être le sens de la comme vous dit, de la
théâtralisation, un
juif d'affirmation. Le premier juif d'affirmation, pour parler comme mon ami Jean-Claude Milner, c'est le Solal de Belle du Seigneur. Et c'est vrai que pendant tous ces samedis, où je venais le voir, à Genève, au 7 avenue Krieg, au dernier étage de cet immeuble, dont il ne sortait plus, c'était des moments d'enchantement naturellement, mais philosophiquement importants. On lisait ensemble Belle du Seigneur, il le jouait. Alors lui, pour le coup, il aimait le théâtre. Lui, il lisait son livre à haut.
Il jouait tous les
personnages. Il jouait les personnages. Alors il jouait Solal, il jouait Ariane,
il
jouait Mangecou. Parfois, il me demandait de le jouer avec lui.
Et
c'est vrai que surgissait soudain de cette espèce de marécage qu'a si longtemps été l'image du juif dans la littérature, un personnage glorieux. Voilà. Et ça m'a beaucoup marqué. Mais pas seulement moi. Tous les jeunes juifs de ma génération
ont
été marqués par ce personnage.
Alors,
dans cette galerie de portraits, il y
a
aussi des politiques. Vous avez connu tous les présidents. François Mitterrand, vous avez beaucoup aimé et qui vous a beaucoup déçu. Vous voulez faire de vous un député. On est en 1973. Vous vous voilà parachuté dans le Calvados. Racontez-nous ce qui s'est passé. En 72, oui.
Il
m'avait donné la circonscription la plus... une des plus pourries, soyons modestes.
Qui était ingagnable.
Ingagnable. Ingagnable. Et en effet, je commence à faire campagne et je fais campagne comme je sais faire, c'est-à-dire avec des idées. Et très vite, je me rends compte que les idées, le marxisme ou l'antimarxisme, à l'époque j'étais partisan de l'autogestion, que c'est pas ce qui faisait vraiment recette dans le bocage local.
À
coûtance. Et je découvre... À coûtance. Et je découvre que ce qui marche, ce qui impressionne les électeurs, c'est que je suis capable de boire de grandes quantités de calvins sans apparemment être enivré. Et donc, tous les vendredis soirs et tous les samis soirs, on organise, en hommage à Lino Ventura, qui vient de faire ça dans un film qui s'appelait Boulevard du Rome, Lino Ventura qui était aussi une petite idole pour moi à l'époque, on organise une chose qui s
'appelle
Boulevard du Calva. Donc, on mettait sur une grande table de ferme de ma permanence de campagne, l'équivalent d'un litre de Calva dans des petits verres, une quinzaine de verres. Un électeur partait d'un bout de la table, moi je partais de l'autre bout de la table et le gagnant était celui qui arrivait au milieu. On venait du fin fond de la sous-préfecture, la préfecture... Pour participer au jeu. D'abord pour voir l'hercule, pour voir le candidat, le jeune candidat socialiste dont le principal argument
électoral était
ça.
Et de réussir à boire sans être ivre. Et il faut quand même me dire, Bernard Lévy, que tout ça se termine mal puisque vous vous rendez compte finalement...
que
je ne suis pas inscrit sur les listes électorales, pas éligible, et je cède la place à un monsieur auquel je rends son dû dans le chapitre où je narre cette aventure par le menu.
C
'était un acte manqué ? C'était pas pour vous la politique ?
Probablement,
bien sûr, c'était un acte manqué et à mon avis de la part de François Mitterrand aussi, qui avec cet art de pianoteur des âmes qui était le sien, avait voulu me tester. Et il savait bien que ça n'allait pas marcher,
à mon avis. Un autre chapitre politique qui nous a beaucoup amusé, c'est celui de votre rencontre avec Ségolène Royal. On est en 2007, on est au moment où,
pendant
la campagne présidentielle en février, et le point de départ de tout cela, c'est que vous êtes au Crazy Horse. Alors là, le lien entre le Crazy Horse et Ségolène Royal, racontez-nous cette rencontre avec la candidate socialiste en 2007.
Le point de départ de tout ça, c'est que j'écris dans le Parisien un papier où je dis qu'elle est nulle et qu'il faut la débrancher.
Le
deuxième point de départ, c'est que je me dis que je suis un con, que c'est pas bien de dire ça, que je participe du cœur machiste qui la disqualifie parce qu'elle est une femme, etc. Et je la rencontre, d'abord, dans un restaurant à Paris un dimanche soir,
et
je la trouve à l'époque, ça a bien changé depuis, mais je la trouve formidable.
Et
quelques jours plus tard, elle m'appelle, je suis en effet au Crazy Horse avec ma femme qui s'apprête à jouer, à participer au spectacle du Crazy Horse. Et elle m'appelle, elle
me
dit, est-ce qu'on peut se voir très vite ? Je la vois.
Et
elle me dit, vous m'avez dit la dernière fois que nous nous sommes vus que c'était Pramedé si j'en ai besoin. J'ai besoin, mon discours, mon grand discours de rentrée à Villepinte et demain, et mon discours n'est pas prêt. Et elle me met sur la table d'un hôtel à Paris un énorme paquet de feuilles, des centaines de feuillets, qui étaient visiblement sortis d'ordinateurs différents, de conseillers différents, tout ça dans un désordre total, une sorte de fatras.
Et
vous vous retrouvez donc à écrire le grand
discours de
campagne de Ségolène Royal ? Dans des conditions, en effet, ubuesques, croquignolesques, que ce serait trop long à compter, enfin c'est dans le chapitre. Et voilà, et c'est à la fois la misère et la grandeur de la politique, parce qu'à l'époque,
cette
femme était vaillante. Et j'ai cru à sa victoire, et j'ai cru à l'hypothèse d'une femme entrant à l'Elysée.
Et aujourd'hui ? Aujourd
'hui, hélas, ce qu'elle dit sur l'Algérie,
ce
qu'elle dit sur la Russie, ce qu'elle vient de dire l'autre jour, cette façon de demander à tous les juifs de France de s'exprimer sur les éventuels crimes commis par Netanyahou, ça c'est pas possible, donc je suis maintenant, je suis hélas très très loin d'elle. Mais comme il faut toujours
être
proche de sa vérité, c'est vrai qu'il y a 20 ans, il s'est passé cela. Et l'honnêteté fait que je le raconte dans un chapitre des mémoires. Alors, vous en parliez tout à l'heure, le livre fondateur de vos combats, de votre pensée, c'est la barbarie à visage humain, paru en 1977, c'est un plaidoyer pour une gauche antitotalitaire. La première phrase
de
ce livre, c'est « Je suis l'enfant naturel d'un couple diabolique, le fascisme et le stalinisme ». Et vous terminez vos mémoires aujourd'hui en écrivant que 50 ans plus tard, vous en êtes toujours là, que le même couple infernal n'a pas disparu l'un appelant l'autre. Ça veut dire qu'on n'est pas sortis de ce risque totalitaire, que ce combat-là, il a été perdu. Ça veut dire, pour le dire en langue politique d'aujourd'hui, que le culbuto d'aujourd'hui, le culbuto, ça passe à gauche quand on croit la mienne, c'est le Front National, le Rassemblement National et LFI. Et en effet, quand j'entends partout, là, ces jours-ci, on me demande « Que voteriez-vous en cas de
deuxième tour ? » Oui, on allait vous poser la question.
Oui, d'accord, mais c'est une question insupportable.
Oui, mais qui peut arriver quand on regarde les villes et les sondages ?
Une
des façons qu'elle arrive, c'est de poser à tout propos la question et de nous la poser à nous-mêmes.
Mais ça veut dire, juste pour comprendre que vous renvoyez, vous mettez un signe égal entre ces deux forces-là, vous les renvoyez dos à dos. Oui. Il
n'y
a pas de hiérarchie des périls.
Comme je le faisais à l'époque de la barbarie à visage humain. De ce point de vue, je n'ai pas changé. Entre les populistes de Mélenchon et les populistes de Bardella, entre les antisémites de LFI et les antisémites du Rassemblement National, je ne vois pas au nom de quoi je mettrais un
signe
inégal. Bernard, sur l'aveu d'échec qui est celui que vous venez de décrire par rapport à la barbarie à visage humain. Quand vous voyez qu'à gauche, Jean-Luc Mélenchon, malgré les critiques que vous adressez, est en tête dans les sondages, il domine de la tête et des épaules les autres candidats de gauche. C'est un échec de votre combat ? C'est un échec dans la bataille idéologique de ce que doit être la gauche en France
? Oui,
mais il n
'y
a pas que Jean-Luc Mélenchon. J'attire votre attention tout de même sur le cas d'un jeune probable candidat qui s'appelle Raphaël Glucksmann
et
qui n'est pas très loin de penser ce que je suis en train de vous dire en ce moment. Jamais d'alliance avec LFI et pas de quartier avec le Rassemblement National. Donc c'est lui votre candidat naturel ?
C
'était justement la question
de
civile
au standard de France
Inter. Mon candidat sera le moment venu, celui dont je me dirais qu'il a le plus de chances d'empêcher ce face-à-face mortifère, horrible, horrible pour la France, qui est le face-à-face dans un deuxième tour présidentiel de Le Pen et de Mme.
Alors
celle qui a quand même le plus de chances d'accéder au pouvoir selon tous les sondages c'est Marine Le Pen et pas tellement Jean-Luc Mélenchon. sa stratégie de dédiabolisation, elle est mise à mal par les dernières révélations de Mediapart, ses propos attribués à Jordan Bardella quand il a 17-18 ans, profondément antisémite. Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler. Un sioniste est forcément juif. Et en profondeur en France, il vous cite, deux beaux exemples sont BHL ou Attali.
Ça
vous a
surpris ? Non,
ça ne m'a pas surpris parce que moi j'ai toujours pensé que cette histoire d'idée de dédiabolisation c'est du bidon.
Vous
savez,
c
'est aussi un des thèmes que j'aborde. Il y a des récits dans mon livre mais il
y
a aussi des considérations philosophiques en passant. Et je pense que l'antisémitisme, ça ne s'abolit pas par décret. On ne décide pas un jour en réunion de bureau politique qu'on arrête d'être antisémite et qu'on décide d'être le
bouclier.
Non mais le Rassemblement National vous répondra que Marine Le Pen a exclu Jean-Marie Le Pen en 2015, que Jordan Bardella et les membres du Rassemblement National viennent en plateau et dire il s'est rendu en Israël, il est allé à Yad Vashem. Ça pour
vous,
ça ne comprend
pas
? Mais bien sûr que non. On peut avoir été antisémite et ne plus l'être. Mais ça suppose un travail sur soi. Ça suppose une compréhension de son erreur. Ça suppose un cheminement intérieur, croyez-moi, qui est plus long qu'un vol Paris-Ital-Aviv.
Et d'ailleurs, un mot là-dessus, puisque en novembre 2023, Jordan Bardella avait refusé de qualifier Jean-Marie Le Pen d'antisémite. Et dans la foulée, vous aviez dit, je crois que Jordan Bardella est antisémite. Il porte plainte contre vous. Et on a appris que cette plainte avait été abandonnée.
Retirée,
bien sûr. Quelques semaines avant la tenue du procès. J'avais dit une chose qui me paraît tellement évidente. Un type qui est incapable de qualifier les propos les plus abjects de Jean-Marie Le Pen. qui dit, ah non, rien à signaler, c'est pas l'antisémitisme. Il y a toute chance qu'il soit antisémite lui-même. Donc j'avais dit ça. Il avait fait le malin, il avait roulé des mécaniques,
je
fais un procès, etc. Tout ça va se régler dans les tribunaux. Et puis il s'est dégonflé, en effet, juste avant le procès. À mon grand-dame, parce que je peux vous dire qu'avec mon avocat, Patrick Lugman, on s'était bien préparé pour ce procès. Et on avait découvert des vertes et des pas mûres. Mais ça, on verra. Attendons déjà que Mediapart apporte... Oui,
puisque précisez-vous que Jordan
Bardella dit que tout ça est faux et que c
'est une
barbouzerie.
Tout ça est faux. Le plus probable, vous savez, c'est que Jordan Bardella lui-même disait on élimine les brebis galeuses. Ben, les brebis galeuses, c'était le berger, apparemment. Et on en aura la confirmation, peut-être, dans les jours qui viennent. Un dernier mot, Bernard-Henri Lévy, le dernier chapitre de votre livre s'appelle Adieu, grâcez, puisque le 10 avril dernier, Olivier Nora, refusant de publier un livre de l'éditeur de Jordan Bardella, justement, sera limogé dans la foulée. Vous partez avec lui après, quoi, 54 ans de compagnonnage dans sa maison. Vous êtes le premier livre de sa nouvelle maison d'édition. J'imagine que c'est avec une certaine fierté
?
C'est avec
un
peu de tristesse, quand même, parce qu'en effet, Grasset, c'était ma maison depuis que j'ai 20 ans. Je suis rentré chez Grasset, j'avais 22 ans, je ne l'ai jamais quitté, j'étais d'une fidélité. En général, je suis plutôt un garçon fidèle, y compris à ma maison d'édition. Donc, évidemment, c'est un déchirement. Mais je suis très heureux, très fier et très ému que ce livre porte pour la première fois la jaquette de cette maison d'édition Olivier Loray.
Et
vous reconnaissez, Bernard Olivier, avoir été naïf face à Vincent Bolloré, puisque au moment du rachat d'un certain nombre de médias, vous croyez
en
les engagements qui avaient été pris par Vincent Bolloré. Vous avez été naïf.
Je
suis comme tout le monde. Il m'arrive, peut-être plus souvent que d'autres, c'est une autre affaire, il m'arrive d'être naïf et de croire les gens sur parole. C'est vrai que lorsque Vincent Bolloré me dit
« J
'ai la plus grande admiration pour Olivier Nora, j'avais le plus grand respect pour son père, Simon Nora, grand commis de l'État, conseiller de Jacques Delors, etc. Et je ne toucherai jamais à un cheveu d'Olivier Nora,
je
le crois. Quand il me le dit les yeux dans les yeux, je le crois. Donc oui, oui, je me suis trompé. Mais voilà, c'est ainsi.
Je
n
'ai
pas fait tellement d'erreurs dans la vie. Mais l
'homme a changé. Mais l'homme a changé. Mais l'homme a changé.
Entre un conservateur catholique,
qu
'il était à l'époque, et puis le pro-russe qu'il est devenu aujourd'hui, il y a quand même un abîme. Donc l'homme a profondément changé, je le crois. Merci Bernard
-Henri
Lévy d'être venu au micro de France Inter ce matin. Ce sont donc vos mémoires provisoires qui sortent chez Olivier Nora, édition, quoi, dans la semaine, dans quelques jours
? Là, là, ce matin.
Merci beaucoup, la
revue de France à
suivre.