Commémoration du 7 octobre, livraisons d'armes à Israël, évolution du conflit au Proche-Orient ... le "8h30 franceinfo" de Dominique de Villepin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Dominique de Villepin. Bonjour. Journée d'hommage aujourd'hui aux victimes du 7 octobre. 1200 morts, dont 48 Français. Une soixantaine d'otages toujours détenus par le Hamas, dont deux Français. Et cela un an après l'attaque. Qu'est-ce que vous avez envie de dire à ceux qui nous écoutent, nous regardent ce matin et qui restent traumatisés par ce qui s'est passé ?
D'abord, l'émotion et le recueillement devant une tragédie sans précédent en Israël. Vous l'avez dit, une tuerie de masse, des tortures, des exactions, des viols, des otages. Et c'est une tragédie qui dure, qui dure tous les jours depuis le 7 octobre pour tous les Israéliens, pour tous les Juifs à travers le monde. Il faut le comprendre comme il faut comprendre cet incroyable traumatisme qui a deux dimensions. D'abord, réactiver des traumatismes très anciens, qui se situent dans l'histoire même du peuple juif. Depuis les pogroms d'Odessa, de Kishino, la Shoah, le massacre d'Hebron.
Et puis, une autre dimension qui est celle d'un État qui a été construit au lendemain de la guerre, porté sur les fonds baptismaux par la communauté internationale, par l'ONU, et qui a fait défaut ce jour-là, qui s'est avéré incapable de remplir son rôle d'État-refuge. Et ça, c'est un nouveau traumatisme pour tous ceux qui ont cru trouver là un havre de paix, une protection face aux démons de l'Histoire. Donc, prendre la mesure de cela, mais en même temps, je crois, nous interroger, et nous interroger tous, quelle que soit notre confession, aujourd'hui en France. Première interrogation, peut-on aujourd'hui pleurer les morts ? Doit-on les pleurer chacun de notre côté ?
Peut-on les pleurer ensemble ? Les Israéliens, les Palestiniens, les Libanais. Et pleurer tous les morts. Car depuis le 7 octobre, nous avons vu d'autres tragédies se nouer. Deuxième question, Peut-on écouter la parole de l'autre, sans la caricaturer, sans se livrer à la calomnie et aux mensonges ? Troisième question essentielle, peut-on tirer les leçons du passé ? Peut-on tirer les leçons de l'Histoire ? Cela fait 25 ans que notre planète livre les mêmes combats, en commettant les mêmes erreurs. Il nous faut ouvrir les yeux.
Et puis enfin, puisque nous, Français, sommes unis par une même vocation, est-ce que l'on peut ensemble se retrouver sur une parole et sur une action de la France qui nous amène tous à contribuer à la paix et à la justice dans le monde ?
Mais c'est un jour particulier, Dominique de Villepin.
Oui, bien sûr, c'est particulier.
Le 7 octobre, journée de commémoration. Est-ce qu'on peut faire abstraction, en cette journée-là particulière, de tout ce qui s'est passé après ?
Eh bien non, bien sûr. La mémoire, nos mémoires, elles sont des mémoires partagées. Nous ne pouvons pas dissocier les événements. Nous ne pouvons pas mettre d'un côté les images des uns et oublier les images des autres. Nous sommes une même humanité. Et c'est peut-être là le drame le plus terrible depuis le 7 octobre. C'est de voir trop d'entre nous s'enfermer dans leur douleur en ignorant la douleur de l'autre. Il n'y a qu'une douleur, qu'une humanité, qu'une souffrance. Et il n'y a qu'une façon de la combattre.
Vous avez parlé, Dominique de Villepin, d'une parole unifiée des Français. Je voudrais vous faire entendre ce qu'a dit Emmanuel Macron ce week-end à propos des livraisons d'armes à Israël. Il a demandé chez nos confrères de France Inter la fin des livraisons.
Je pense qu'aujourd'hui, la priorité, c'est qu'on revienne à une solution politique, qu'on cesse de livrer les armes pour mener les combats sur Gaza. La France n'en livre pas. Et maintenant, notre priorité est aussi d'éviter l'escalade. Je considère qu'au-delà de ça, le peuple libanais ne peut pas à son tour être sacrifié. Et le Liban ne peut pas devenir un nouveau Gaza.
Vous l'approuvez, Dominique de Villepin ?
La France ne peut pas agir. Elle est concernée par tout ce qui se passe là-bas, en Israël, à Gaza, et bien sûr au Liban. Vous connaissez les liens qui nous unissent à ce pays. Et le Président de la République parle à partir d'une expérience immédiate que nous avons vécue, que la diplomatie française a vécue, qui est celle de ce rendez-vous de l'Assemblée Générale des Nations Unies, où les Américains et les Français, ensemble, avec le soutien d'une très large partie de la communauté nationale, ont porté une demande de cesser le feu pour essayer, pour essayer de mettre fin aux supplices des Palestiniens à Gaza et essayer de faire revenir les otages.
On parle d'une centaine, peut-être moins, puisque c'est l'attente de tout un peuple aujourd'hui en Israël. Et cet espoir, il a été trahi, puisque quand Benjamin Netanyahou est arrivé, il avait pris l'engagement d'annoncer ce cesser le feu, et cet engagement n'a pas été tenu. Mais sur la question des livraisons d'armes ? Vivien, cet effort de paix français, il n'a pas pu aboutir. Et le président de la République française a tenu et a eu raison de dire que quand on appelle à un cesser le feu, on ne peut pas dans le même temps livrer encore des armes qui créent la mort alors que celles-ci s'avèrent aujourd'hui inutiles à Gaza. Pourquoi ?
C'est donc un message adressé aux Américains ?
C'est un message adressé aux Américains, C'est un message adressé aux Israéliens qui est qu'à un moment donné, la conscience internationale n'en peut pas, n'en peut plus de cette impuissance. Elle doit agir. Et les dirigeants militaires israéliens le disent tous les jours. Une grande partie de la classe politique, une grande partie du peuple, qui est qu'aujourd'hui à Gaza, il n'y a plus rien à détruire. Aujourd'hui, le cessez-le-feu est possible. L'armée israélienne, la sécurité d'Israël, la branche armée du Hamas est vaincue. La sécurité est vaincue. La sécurité d'Israël n'est pas en danger à partir de Gaza.
Mais les otages ne sont pas de retour. C'est l'argument donné par Benyamin Netanyahou.
Les otages ne sont pas de retour. Et c'est bien pour ça que le cessez-le-feu doit permettre cette libération des otages. Donc, la diplomatie française, aujourd'hui, elle cherche à trouver le moyen d'arrêter ces massacres dans la région. À Gaza. Et bien sûr, au Liban. Où un engrenage, le même engrenage que celui que nous avons connu à Gaza, est en train de se reproduire. Et donc, dire, il faut arrêter de livrer les armes. Nous le disons, nous, Français. Il se trouve que nous n'en livrons pas si ce n'est quelques composants. Et nous serions plus forts, en le disant, avec les Européens. Et c'est là où je pense qu'il faut aller plus loin et parier sur la politique.
Car, voyez-vous, quand on veut régler un conflit, on peut, bien sûr, dans un premier temps, utiliser la force avec mesure, avec proportion. Mais on ne peut pas aboutir et aller vers la paix sans utiliser la politique et la diplomatie.
Mais parier sur la politique, ça veut dire quoi ? En tenu de l'état de la classe politique en Israël,
de l'absence d'État au Liban.
Et bien justement. Et c'est là où le président Macron dit, et j'aimerais que ce soit dit aussi entre Européens, à un moment donné, ne livrons pas des armes qui n'ont pas vocation à assurer la sécurité d'Israël, mais qui ont malheureusement pour conséquence de créer aujourd'hui la mort à Gaza et la mort au Liban. Et prenons nos responsabilités sur le plan politique. Le président a toujours dit qu'il fallait, dans un processus, reconnaître l'État palestinien. Tous les efforts qui ont été tentés, tous les processus de paix qui ont été lancés, l'ont été sur une base, qui est, à la fin du processus, on reconnaîtra l'État palestinien. D'abord, franchissons un certain nombre d'étapes.
Je dis aujourd'hui, solennellement, comme beaucoup de gens à travers le monde, la première étape du processus, c'est de reconnaître l'État palestinien. Pourquoi ? Parce qu'Israël doit montrer à tous qu'il a un objectif politique, que le but, ce n'est pas la guerre, toujours plus de guerre. J'entends ces phrases terribles. Il faut terminer le travail. Il faut aller jusqu'au bout. Mais jusqu'au bout de quoi ? La guerre n'est pas une fin. La guerre dans laquelle est engagée Israël aujourd'hui est une guerre sans fin.
Reconnaître l'État palestinien, c'est abdiquer, c'est favoriser le Hamas. C'est ce que disent Benjamin Netanyahou, le gouvernement d'extrême droite en Israël, les partisans de ce gouvernement-là.
Que fait Israël depuis un an, si ce n'est de réduire ce Hamas ? De quoi parle-t-on ? Puisque la victoire d'Israël sur le Hamas crée la situation d'aujourd'hui. Et tous les dirigeants militaires du renseignement israélien le disent. Le Hamas ne constitue plus une menace pour Israël. Eh bien, tirons-en les conséquences. Aujourd'hui, justement...
On crée un État palestinien, mais avec quel interlocuteur ? Avec le Hamas ?
Mais vous savez, les interlocuteurs, ils ne peuvent pas naître dans la guerre. Les interlocuteurs, ils peuvent naître à partir du moment où on lance un processus. Aujourd'hui, il faut donner les moyens sur les bases actuelles de l'autorité palestinienne à des interlocuteurs de surgir pour justement se substituer. Parce que le Hamas va repousser. Il va repousser dans les esprits, il va repousser dans les cœurs. Donc, encourageons aujourd'hui une réponse politique à partir de l'autorité palestinienne qui puisse avoir une responsabilité non seulement sur Gaza, parce qu'il faut bien sûr... Il faut combler le vide
sur la Cisjordanie,
sur Gaza, sur Jérusalem-Est et qui pourra alors impliquer tous les États arabes modérés de la région qui appuieront ce processus à la fois par une force d'interposition, à la fois en engageant la reconstruction. Mais voyez-vous bien, ce n'est pas la même région. S'il y a une lumière au bout du tunnel, s'il y a un espoir qui est donné à tous, si la possibilité d'offrir aux Palestiniens un État qui est la grande injustice commise au lendemain de la guerre ou si nous continuons à faire parler les armes parce qu'alors elles ne s'arrêteront pas.
Reconnaître un État palestinien, c'est-à-dire aussi tous les colombes qui se trouvent en Cisjordanie, il faut qu'ils partent.
Quelle est la situation aujourd'hui en Cisjordanie ? Nous voyons tous les mois des centaines...
Les colonies progressent.
Les colonies progressent et elles progressent à la faveur justement des combats à Gaza et des combats au Liban. Est-ce que c'est ça l'image qu'Israël veut donner de son désir de paix ? D'annexer ? D'éliminer ? Le général de Gaulle il a tout dit en 1967. Il y a un cycle mortel qui se déroule à partir de l'occupation qui conduit à la répression, qui conduit à l'exclusion. C'est un cycle que nous connaissons par cœur et qui conduit à avoir toujours plus de violences.
Eh bien, il est très important aujourd'hui d'enclencher un cycle d'espoir, un cycle de paix et ce n'est pas à être naïf que d'imaginer que les armes ayant parlé et ces organisations qui s'agissent du Hezbollah ou qui s'agissent du Hamas
ayant été détruites ou en tout cas considérablement affaiblies. C'est des organisations qui continuent à réclamer la destruction d'Israël. Mais justement,
nous voyons bien que si nous ne transformons pas la situation actuelle en une situation de perspective politique, eh bien, les armes ne cesseront pas de parler parce que la guerre contre le terrorisme et c'est quelque chose que nous savons depuis 25 ans, la guerre contre le terrorisme ne peut pas se gagner uniquement par la force. Donc, il y a là le piège qui se referme aujourd'hui sur Israël. Et la question qu'il faut se poser en cette commémoration, est-ce qu'Israël est plus en sécurité aujourd'hui qu'il y a un an ? Est-ce qu'on peut considérer que dans ce Moyen-Orient qui est à feu et à sang, il y a plus de perspectives d'espoir pour Israël ?
Et c'est là où il faut prendre en compte la composante personnelle de Benjamin Netanyahou.
Et on va en parler juste après le Filinfo puisqu'il est 8h46, vous êtes avec nous pour encore un quart d'heure Dominique de Villepin, le Filinfo Maureen Suignard.
La douleur demeure aussi vive qu'il y a un an, écrit ce matin sur X Emmanuel Macron, les attaques du 7 octobre en Israël où 1200 personnes sont mortes. Plusieurs cérémonies vont rythmer la journée. Ce matin, le Forum des familles, l'association qui regroupe les proches des otages et des disparus, annonce la mort d'un otage de 28 ans enlevé il y a un an. Son corps est toujours à Gaza. Le président israélien appelle de son côté le monde à soutenir Israël dans son combat contre ses ennemis. Israël qui a mené des frappes depuis ce 7 octobre dans la bande de Gaza, près de 42 000 morts au total. Le Hamas revendique ce matin des tirs de roquettes contre Israël.
Un incendie a fait deux morts la nuit dernière à Montpellier dans une épicerie de nuit. Une personne est soupçonnée d'avoir jeté un cocktail Molotov au sein de l'établissement. Les victimes sont le gérant de cet établissement et une personne ayant tenté de le sauver. Et puis attention, ce soir, l'Ardèche, le Gard et la Lozère sont placés en vigilance orange par Météo France pour des risques de pluie et d'inondation.
France Info Le 8.30 France Info Jérôme Chapuis Salia Brachia
Et Dominique de Villepin, vous nous parliez de l'équation personnelle de Benyamin Netanyahou. C'est important parce qu'on a entendu ici même certains de nos interlocuteurs nous dire que compte tenu de la supériorité militaire d'Israël, ils espéraient que Benyamin Netanyahou prendrait ses gains, c'est-à-dire qu'il chercherait une paix à son avantage. Un an après le début de cette guerre, c'était ce bercer d'illusions.
Je le crains. Je le crains. Il ne faut pas désespérer. Et c'est pour cela que la diplomatie est faite pour continuer à faire pression. Et le président de la République de ce fait a raison de faire cette pression. Benyamin Netanyahou n'a aucun intérêt à la paix ? Benyamin Netanyahou est l'homme qui est accusé aujourd'hui d'être responsable, le premier responsable de la tragédie du 7 octobre. Et c'est évidemment une accusation qui est extrêmement lourde à porter, qui est insupportable.
Côté israélien, parce que la responsabilité... Côté israélien, bien sûr. Face à cela,
il nourrit le rêve d'effacer cela en devenant l'homme qui aura définitivement assuré la sécurité d'Israël, toute la sécurité d'Israël, sur tous les fronts. Il y a sept fronts aujourd'hui où Israël peut se sentir menacé. Et le faire, j'allais dire, presque tout seul. Il y a là évidemment quelque chose d'inouïe et en voyant les succès tactiques remportés par Israël au Liban, on peut se dire mais et si ça marchait et si Benjamin Etienne Netanyahou, parvenait à recomposer, réinventer le Moyen-Orient qui était le rêve absurde des néoconservateurs fait au lendemain de 2001.
Mais ça ne peut pas marcher du tout et ça ne marchera pas une nouvelle fois parce que la guerre ajoute à la guerre et si la guerre ne répond pas à une stratégie, à une vision, eh bien elle se nourrit elle-même et elle nourrit toujours plus de haine et plus de violence.
Dominique Demilpin, vous avez entendu la réponse de Benjamin Netanyahou à l'appel d'Emmanuel Macron de cesser les livraisons d'armes à Israël. Il a dit honte, honte à ceux qui appellent à cesser les livraisons d'armes vers son pays parce qu'il a multiplié les fronts. Lui enlever ses armes aujourd'hui, c'est le condamné à perdre.
C'est le condamné à perdre, c'est surtout l'obliger à regarder en face la situation et à s'engager dans un chemin qui ne peut pas être seulement celui de la force. Au lendemain du 7 octobre, nous avons tous reconnu le droit d'Israël à assurer sa sécurité et à se défendre. Mais ce droit, ce n'est pas un permis illimité de bombarder, d'intervenir, de bafouer la sécurité des pays voisins. Cela doit se faire dans le cadre d'une responsabilité. Et aujourd'hui, Israël est engagé dans un processus qu'elle ne maîtrise plus, qu'elle ne contrôle plus. et nous sommes à quelques jours peut-être de représailles d'Israël sur l'Iran. On voit bien la possibilité d'enflammer toute cette région.
Et on voit bien pourtant, à côté de cela, à quel point il y a des possibilités sur le plan diplomatique. Puisque l'Iran, qui veut protéger la possibilité d'un programme nucléaire, eh bien l'Iran ne veut absolument pas céder à cet engrenage. Pas plus que le Hezbollah, qui continue à exprimer sa solidarité vis-à-vis du Hamas, ne veut fondamentalement se mettre en danger. Et il y a des pays comme l'Arabie saoudite, comme l'Egypte, qui sont prêts aujourd'hui à avancer dans le cadre d'un processus de paix. Et je trouve tout à fait regrettable que Benjamin Netanyahou veuille corriger en quelque sorte la situation de la région par la force, alors qu'il y aurait aujourd'hui d'autres possibilités.
Ça fait des mois qu'il y a des alertes de la communauté internationale. Ça fait des mois par exemple qu'Emmanuel Macron appelle à un cessez-le-feu à Gaza, aujourd'hui au Liban.
Ça fait des mois mais là nous passons des paroles aux actes. Et c'est pour ça que je le dis bien, l'Union Européenne a une responsabilité.
Mais c'est quoi les actes alors ? Pourquoi personne par exemple, on peut se poser la question, pourquoi personne ne parle de sanctions par exemple ?
Les sanctions font partie des choses qui peuvent être faites. L'idée et la limite de ce que nous disons ou de ce que nous faisons, c'est le sentiment qu'on pourrait donner de porter atteinte à la sécurité d'Israël. Et on voit bien que Joe Biden n'est pas sorti de cette ambiguïté-là et il est toujours rattrapé par la manche et donc impuissant. Je crois que le dialogue que nous devons avoir aujourd'hui avec Benjamin Netanyahou doit être une grande clarté et ça devrait être les termes même employés par l'Union Européenne qui est que nous ne pouvons plus cautionner les massacres qui se déroulent dans cette région et qui mettent en danger la région tout entière. Il y va de notre crédibilité.
Il y va aussi de notre sécurité car ce qui se passe là-bas n'est pas sans conséquence sur ce qui se passe ici. Et le rêve chimérique de Benjamin Netanyahou, nous ne pouvons pas l'accompagner. Donc assurer et garantir la sécurité d'Israël, bien sûr, pas accompagner l'aventure aujourd'hui engagée par Benjamin Netanyahou.
Ce que je suis en train de faire, tous les combats que je suis en train de mener aujourd'hui, c'est pour vous défendre vous occidentaux. Alors ne me lâchez pas.
Qui peut le croire ? Benjamin Netanyahou essaye de se présenter en représentant de la civilisation face à la barbarie. On n'a jamais raison tout seul. Et on n'a jamais raison avec le seul emploi de la force. Aujourd'hui, Benjamin Netanyahou reprend ce que les Américains ont essayé de faire après le 11 septembre. Qu'est-ce qui s'est produit après le 11 septembre ? Le chaos en Irak, un état failli en Syrie, un état failli en Libye. Toutes ces interventions sèment. Le chaos et la mort. Et ça veut dire quoi cela ? Plus de terrorisme.
Alors, dans l'esprit de Benjamin Netanyahou, il y a une idéologie qui est d'ailleurs celle déjà de son père, qui est la pérennité de ce combat, la pérennité de la guerre, tous les discours et les écrits de Jabotinsky. Cette idéologie, elle est mortelle pour tout le Moyen-Orient. Et je reprends les termes de Thomas Filtman, le grand journaliste américain dans le New York Times. Quand on a un ami qui est à la veille de faire une énorme bêtise, qui est ivre et qui veut prendre les clés de sa voiture, eh bien, on l'empêche. Benjamin Netanyahou ne peut pas, au nom d'Israël, aujourd'hui, engager Israël Israël dans la situation de peut-être ne jamais retrouver ses otages.
Et il ne peut pas engager Israël dans cette voie sans issue qui est celle d'une guerre sans fin. Il y a un minimum de responsabilité et cela, c'est notre responsabilité à tous et c'est pour cela que je pense que personne ne peut dire je soutiens inconditionnellement Benjamin Netanyahou. Non. Aujourd'hui, il est temps en conscience de dire tout cela ne peut pas être fait en notre nom. Tout cela ne peut pas être fait sans raison. Tout cela ne peut pas être fait sans conscience. La communauté internationale a une responsabilité et le veto américain aux Nations Unies aujourd'hui ne peut pas se justifier.
Et je pense que devant les peuples cette responsabilité doit s'exercer et de ce point de vue-là le président Macron qui est aujourd'hui je le vois bien dans une situation extrêmement difficile parce qu'il est attaqué de toutes parts.
Déjà aussi dans le pays.
Eh bien c'est pour ça c'est pour ça bien sûr dans le pays et c'est pour ça que si vous voulez faire l'unité des Français il faut le faire avec une diplomatie ambitieuse et exigeante. Mais pardon sans quoi nous verrouvuriez dans notre pays les drapeaux de toutes les communautés de tous les États qui sont aujourd'hui en guerre alors que le drapeau qui dit tout le drapeau pour lequel nous devons nous battre diplomatiquement pour faire avancer la paix c'est le drapeau français.
Moi je veux que la France soit plus présente dans le chaos du monde je veux que la France puisse parler au monde entier et agir et c'est pour cela qu'à un moment donné avec nos amis allemands il faut tenir une parole courageuse la culpabilité que ressentent nos amis allemands vis-à-vis d'Israël je la comprends parfaitement il y a une dette mais la culpabilité ne fait pas une diplomatie.
mais cette parole ne fait pas l'unanimité ici en France des français comme Bernard-Henri par exemple disent que ces prises d'opposition trahissent chez vous une haine des juifs qu'est-ce que vous lui répondez ?
je vous ai répondu vous m'avez écouté tout le monde m'a écouté depuis un an chercher un mot chercher une parole qui soit répréhensible de ma part ou qui puisse aller dans ce sens non ma parole dérange elle dérange sur le fond qu'on argumente avec moi qu'on ne soit pas d'accord avec moi je le comprends mais qu'on essentialise ma parole qu'on essentialise ma personne même sur le plan physique ça je ne peux pas l'admettre et donc remettons les pendules à l'heure écoutons les uns les autres cessons et de ce point de vue là alors là je le dis à vous solennellement vous les journalistes vous avez une responsabilité majeure en ne laissant pas accréditer sur les plateaux des choses fausses on ne laisse pas colporter sans rien dire des calonnies et des mensonges
sans vérifier les faits à quoi faites-vous référence ? à ce qui a été dit sur vos relations avec le Qatar par exemple
BFM TV par exemple en son temps il y a quelques mois a parlé de domination financière juive je n'ai jamais employé ce terme Bernard-Henri Lévy et d'autres intellectuels parlent de dénonciation par mois de la domination financière du sionisme international je n'ai jamais employé ce terme on parle de guerre génocidaire je n'ai jamais employé ce terme tous les termes que j'emploie aujourd'hui sont ceux que j'ai employés au lendemain du 7 octobre et je n'ai jamais varié et on voit bien aujourd'hui que les attaques se font sur la base du mensonge je renvoie donc tous ceux qui sont censés être des philosophes des intellectuels à la responsabilité vis-à-vis de la communauté nationale qui est la leur dernier sujet important
oui Dominique de Villepin sur un tout autre sujet elle concerne l'Algérie Abdelmajid Teboun le président algérien refuse de mettre un pied en France pour une visite officielle dans une interview le président algérien a accusé la France de génocide pendant la colonisation il a aussi évoqué l'accord de 68 les accords de 68 qui octroient un statut particulier aux algériens en matière de droit de circulation de séjour et d'emploi en France il dit c'est devenu un étendard derrière lequel marche l'armée des extrémistes de droite en France qui cherchent donc à l'abroger comment on réagit à cela comment on réagit comment doit réagir la France au propos du président algérien
cela fait malheureusement de longs mois pour ne pas dire années que l'on voit la relation avec ce grand pays ami, frère qu'est l'Algérie se dégrader jour après jour et de dégradation en dégradation on en vient à des accusations qui évidemment dépassent et de loin toute réalité qui est en regardant en arrière et ce travail il est fait par de nombreux historiens des crimes de guerre voire même des crimes contre l'humanité c'est une chose revenons à la mesure pourquoi parce que la tentation aujourd'hui ici en France c'est de faire de l'Algérie le bouc émissaire d'un certain nombre de nos problèmes et c'est particulièrement vrai en matière d'immigration l'Algérie n'a pas apporté cela et nous avons à trouver avec les Algériens des réponses et des solutions le président de la république a voulu renouer avec le Maroc en attiaissant sur la souveraineté marocaine du Sahara occidental nous aurions dû faire tout cela dans le cadre des Nations Unies et en liaison avec l'Algérie on ne peut pas aujourd'hui faire avancer un règlement diplomatique de quelques questions que ce soit sans le faire avec tous et sur l'immigration vouloir brandir aujourd'hui le symbole de l'accord de 68 dont nous savons tous qu'il est une des conséquences des accords déviants c'est vouloir quoi ?
c'est vouloir ouvrir une guerre avec l'Algérie une guerre des mémoires en tout cas tout cela est absurde il y a d'autres chemins aujourd'hui nous nous réglerons la question de l'immigration des Algériens détenus en centre de rétention administrative et que nous voulons renvoyer chez eux qu'en accord avec l'Algérie ça implique le dialogue ça implique le respect et ça implique la capacité d'assumer cette histoire que nous avons et qui est partagée et qui est si importante des deux côtés de la Méditerranée merci Dominique de Villepin
d'avoir été sur France Info ce matin
Dominique de Villepin