Face à Face : Éric Coquerel - 26/02
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, face à face, Néhila Latrousse.
32 sur BFM TV et RMC, bonjour Eric Coquerel. Bonjour. Merci d'être mon invité ce matin, président de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale et député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Je vous reçois alors que le gouvernement se réunit tout à l'heure et promet un tour de vie sur l'immigration avec ce comité interministériel qui se tient à Matignon. Il sera question notamment de la relation France-Algérie. Avec autour de la table Bruno Retailleau qui veut assumer un rapport de force avec Alger.
Ce sera également présent le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barraud qui nous annonçait hier sur BFM TV que des mesures de restriction de circulation ont été prises contre des dignitaires algériens ce matin. Il dit qu'il veut embarquer les partenaires européens pour que des mesures de restriction de visa puissent être décidées au niveau communautaire. Éric Coquerel, est-ce la bonne réponse à apporter face au refus dans un certain nombre de pays de l'Algérie notamment de reprendre ces ressortissants illégaux ?
Alors on va parler de l'Algérie d'abord si vous voulez.
C'est le pays dont on parle le plus en ce moment.
Voilà, parlons de l'Algérie. Moi je pense que ce qu'il y a en train de faire la France vis-à-vis de l'Algérie c'est une bêtise rare et une faute historique.
Pourquoi une bêtise et pourquoi une faute ?
Je vous explique parce qu'on a deux histoires communes. On n'a pas avec le même rôle évidemment. On est des deux côtés de la Méditerranée. Il y a, si je ne me trompe pas, 900 000 franco-algériens avec leur descendance, doivent faire 6 millions de personnes si on va jusqu'aux petits-enfants. Donc notre histoire, elle est profondément liée. Nos intérêts historiques, nos intérêts économiques, nos intérêts, j'allais dire presque en tant que nation, c'est d'avoir des bonnes relations avec l'Algérie. Sauf qu'elles ne le sont pas bonnes. Oui bien sûr, mais la faute de qui ? Qui est en train, quelque part, d'utiliser tous les sujets pour tendre avec l'Algérie ?
Ça a commencé, je ne me prononce pas sur le fond, mais vous comprenez bien que quand cet été, et ça a été refait il y a quelques jours par Gérard Larcher, hier je crois, va au Sahara Occidental en expliquant qu'il est pour un Sahara Occidental marocain, alors que tout ça est dans les mains de l'ONU. C'est-à-dire qu'il y a un travail qui est fait dessus. C'est des choses qui, évidemment, pour Alger, sont vécues comme une provocation.
Je ne me prononce pas encore, je pense que la France ne devrait pas s'engager, ne serait-ce que par justement les franco-marocains ou les franco-algériens, elles devraient faire attention justement à ne pas ouvrir des cicatrices et finalement, comment dire, à agir en tant que puissance encore néocoloniale. Vous avez, c'est quand même paradoxal, ça ne vous étonne pas que ce soit le ministre de l'Intérieur ?
Vous dire agir comme une puissance néocoloniale ?
Je pense qu'aujourd'hui, la France agit encore vis-à-vis des pays de l'autre côté de la Méditerranée comme une puissance néocoloniale. Ce que dit Brune Retailleau, il dit la méthode douce, il dit la méthode douce a été essayée. Vous trouvez que c'est normal que ce soit le ministre de l'Intérieur qui parle des relations franco-algériennes, c'est-à-dire par rapport à un pays...
Il a la charge de la question migratoire, le ministre de l'Intérieur.
Il ne se contente pas de dire ça, vous avez remarqué.
La méthode douce a été essayée pour faire en sorte que ces pays délivrent un certain nombre de laissés-passés consulaires, que l'Algérie, en l'espèce, délivre un certain nombre de laissés-passés consulaires. Bruno Retailleau dit que ça n'a pas marché la méthode douce.
Vous voyez bien que ça... Mais ça veut dire quoi, ça n'a pas marché la méthode douce ? Et donc on fait quoi ? On envoie des troupes en Algérie ? C'est quoi cette histoire ? Qu'est-ce que c'est que cette tension qui est provoquée ?
Pour vous, elle est entretenue depuis Paris, cette tension ?
Je pense que montrer comme ça ses muscles sans arrêt en disant « Attention, vous allez voir ce que vous allez voir, alors qu'on ne va voir rien... » Aujourd'hui, l'Algérie a moins besoin de la France que l'inverse, notamment au niveau du gaz, etc. Il y a d'autres puissances qui l'ont très bien compris. Les États-Unis l'ont très bien compris. Elles n'ont pas ce rapport avec l'Algérie. Donc tous nos intérêts, je le dirais bien, tous nos intérêts sont à l'inverse de cette espèce de confrontation, mais en plus de ça, qui met en tension une grande partie de notre population. Je vous l'ai dit, ce n'est pas anodin si vous avez si...
L'Algérie cherche à humilier la France, dit le ministre de l'Intérieur, dit Bruno Retailleau.
Est-ce que vous avez un ministre de l'Intérieur algérien qui se permet de dire ce que doit être la France et les rapports entre la France et l'Algérie ? C'est quand même... La façon de faire, c'est hallucinant. Je crois que M. Retailleau ne se rend pas compte que la colonisation, c'est fini. Ce n'est pas le ministre de l'Intérieur français qui gère les relations avec l'Algérie. C'est fini, ce temps-là, c'était ça, c'était du moment de la colonie.
Donc il faut arrêter, il faut baisser d'un ton, il faut avoir à nouveau des rapports diplomatiques normaux avec l'Algérie en tant que puissance à puissance, parce que ce sont deux puissances, deux pays qui devraient être des pays amis, parce qu'ils ont une histoire commune. Et encore une fois, je vous le répète, est-ce qu'on pense à nos 6 millions de concitoyens qui, d'une manière ou d'une autre, ont une filiation avec l'Algérie ? Je veux dire, ça met une tension terrible. Donc que M. Retailleau se calme, c'est à M. Barrault et à la diplomatie française de se mettre au travail. Et peut-être... Parce que vous voyez bien que derrière cette question de QTF...
L'obligation de quitter l'accord français. Vous voyez bien que c'est autre chose dont il s'agit. C'est-à-dire que l'Algérie utilise ça, ça c'est clair, dans son rapport aujourd'hui avec la France, qui n'est pas un bon rapport. M. Macron avait été à Alger, avait fait, comme il le fait souvent, dit un peu tout et n'importe quoi, parler de nouveaux rapports. Il n'y a rien eu derrière. Il n'y a rien eu de concret entre la France et Alger. Donc moi, j'appelle à l'apaisement. J'appelle à avoir des relations à nouveau, j'allais dire, moins conflictuelles. Et que la France arrête aussi de se mêler peut-être de ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée.
Éric Coquerel, comment est-ce que vous vous y prendriez, vous, insoumis, pour, un, apaiser ces relations, et deux, obtenir de l'efficacité aussi dans les demandes françaises ? J'imagine que si vous étiez au pouvoir, vous souhaiteriez aussi que l'Algérie délivre plus de laisser passer consulaires pour un certain nombre de personnes qui n'ont pas à être sur le territoire français.
Oui, mais sûrement. Mais encore une fois... Mais comment vous vous y prendriez ? Comment ça se passe ? Par exemple, je pense que si demain... Il faut aller à Alger, dire... Bien sûr, je pense que si demain, Jean-Luc Mélenchon ou, par exemple, présider le pays, puisque vous savez que je pense que ça devrait être notre candidat, ou si nous gouvernions, je pense qu'un des premiers voyages diplomatiques que nous devrions faire, c'est d'aller à Alger. Voilà. De renouer des liens, j'allais dire, basés d'égal à égal avec Alger, rediscuter, et non pas d'avoir ce genre de rapport de matamor qu'aujourd'hui, M.
Rataillu utilise, avec on le voit bien en plus, parce que tout est derrière un espèce de fond raciste qui est le sien. Je pense que ce n'est pas ça. Mais mélanger la question de l'immigration, la question des EQTF et la question des rapports avec l'Algérie, je pense que ce n'est pas sain, ce n'est pas bon, et ce n'est pas ça qui peut régler le problème. Parce qu'une fois fait ces déclarations, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe ? Comment on va...
On pose la question, qu'est-ce qui se passe ?
Eh bien, il ne se passe rien, parce que l'Algérie ne bougera pas par rapport à ça.
Pour vous, ça ne servira à rien, ces mesures qui sont annoncées, ces prises de parole, Éric Coquerel, les restrictions de circulation pour des dignitaires algériens, et éventuellement des visas restreints au niveau européen.
Non, je pense que ça ne servira à rien. D'abord parce que, contrairement à ce qui se passe depuis longtemps, on parle des dignitaires algériens qui viennent se faire soigner en France, on s'aperçoit que progressivement, ils vont se faire soigner plutôt ailleurs qu'en France. Donc tout ça, à mon avis, c'est uniquement des déclarations pour du vent, comme souvent, malheureusement, la diplomatie française sous Macron.
Éric Coquerel, plus généralement sur le comité interministériel sur l'immigration, ce n'est pas la première fois qu'ils se réunissent, quel regard portez-vous sur cette réunion ? Est-ce qu'il y a, pour vous, un problème d'immigration en France ? Non. Il n'y a aucun problème d'immigration ?
Non, je pense que quand on veut cacher des problèmes sociaux, des problèmes d'ordre environnementaux, des problèmes de politique qui produisent inégalité, on parle de l'immigration. Ça, c'est quelque chose, Dieu comme le monde, qui n'a fait que renforcer le Rassemblement National. La France, aujourd'hui, il faut le savoir dans les chiffres, n'est plus le grand pays d'immigration qu'elle a été. En Europe, elle est loin d'être un des pays qui accueillent le plus, par exemple. Et en plus de ça, nous savons, en réalité, quand on parle, par exemple, à des dirigeants du domaine du monde économique, tout le monde dit qu'en réalité, la France a besoin d'immigration.
Donc, on a une espèce de discours schizophrénique, si vous voulez. C'est-à-dire, d'un côté, l'idée que, attention, on va fermer les frontières, on va être absolument drastique sur la régularisation des sans-papiers, sur un nombre de QTF absolument considérable. Je ne sais plus, on doit être à peu près à 4-5 fois plus de QTF qu'en Allemagne. Évidemment, comme c'est des gens qui ne peuvent pas partir parce qu'ils ont des attaches, parce qu'en réalité, concrètement, ça ne peut pas se faire, on a moins de taux de réalisation. On est en train, j'allais dire, d'alimenter à la fois des fantasmes et un problème qu'on ne traite pas de la bonne manière.
Il faut accueillir de manière digne les gens qui sont en France, régulariser les travailleurs sans-papiers, de façon, justement, à éviter les défauts de la politique actuelle, c'est-à-dire une marginalisation, par exemple, de beaucoup de gens qui, après, éventuellement, en plus, peuvent sombrer dans des problèmes psychiatriques.
Et dans le même temps, Péric Coquerel, ce que l'on voit en France et en Europe, c'est que les partis anti-immigration ont le vent dans les voiles. Encore en Allemagne, ce week-end, avec la percée de l'extrême droite, de l'AFD. En France, la popularité de politiques qui s'emparent de ce sujet, Bruno Retailleau, un Jordan Bardella, une Marine Le Pen, est-ce que vous n'êtes pas, j'allais dire, à côté de la plaque, en disqualifiant, mais d'emblée, le sentiment d'une partie importante de l'opinion publique qui considère qu'il y a un problème ?
Oui, la popularité, je rappelle que M. Retailleau a fait partie de ceux qui ont le plus perdu aux dernières législatives, quand même. N'oublions pas qu'on parle des urnes. Deuxièmement, en Allemagne, vous avez raison, il y a une percée de l'AFD. Il y a aussi, heureusement, une percée de Die Linke, totalement sur eux. C'est-à-dire, en gros, la formation, on va dire, la plus proche de nous en Allemagne, totalement sur des bases différentes, qui assument, justement, une bataille antiraciste, etc.
Qui fait, je crois, deux fois moins que l'extrême droite.
Peut-être, mais qui a doublé quasiment son résultat, ce qui est intéressant. Je ne dis pas le danger de l'extrême droite. Mais quand vous avez sans arrêt, et ça date, malheureusement, depuis longtemps en France, des gens qui vous expliquent que l'extrême droite n'a pas les bonnes solutions, mais elles parlent de vrais problèmes, les gens finissent par penser qu'oui, effectivement, il y a un problème. Ce n'est pas lié à un sentiment réel des Françaises que François Bayrou a évoqué comme un sentiment de submétition. Un jour, il pense que les copies ne servent à rien, il vaut mieux aller sur ceux qui, depuis le départ, disent qu'il y a des problèmes.
Je pense que nous alimentons l'extrême droite en, justement, agitant le fantasme de l'immigration. Donc, je vous le répète, je pense que la France n'a pas un problème d'immigration. Il n'y a pas trop d'étrangers dans ce pays, ce n'est pas vrai. Et, y compris pour la natalité, y compris pour l'économie, en réalité, elle aurait surtout besoin, je le répète, que les choses s'apaisent, ça passe notamment par la réalisation des travailleurs sans papier.
Bon, réunion sur l'immigration autour de François Bayrou sera à 14h, il y aura probablement des annonces à la suite. Ce matin, c'est Emmanuel Macron qui réunit ses homologues européens. Dans un conseil européen en visioconférence, pour échanger sur cet accord négocié par Washington, pour mettre fin à la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine. D'abord, comment avez-vous les efforts d'Emmanuel Macron pour précisément faire en sorte que la France et l'Europe aient voix au chapitre ?
Bah, écoutez, si on peut revenir en arrière, quand même...
On va le faire, mais d'un mot vraiment sur Emmanuel Macron, parce que le moins que l'on puisse dire, c'est que les Européens étaient exclus de la table de négociation,
qu'ils y sont désormais, c'est grâce au président français ? Ils sont dans la table de négociation ? Vous avez vu ça ?
Emmanuel Macron était à Washington lundi, qu'il s'est armé un jeudi, ils sont en mesure d'imposer un certain nombre de termes.
J'ai entendu M. Trump expliquer qu'il allait voir M. Zelensky, qu'il allait voir M. Poutine, je n'ai pas entendu M. Trump dire que l'Ukraine et l'Europe vont arriver à la table de négociation. Par contre, j'ai entendu quelque chose de concret après, c'est-à-dire l'accord qui a été signé hier entre les Etats-Unis et l'Ukraine pour les terres rares, les minerais rares, parce qu'en fait, en réalité, il s'agissait de ça essentiellement depuis le début, c'était une guerre pour des ressources, ce qui montre que finalement, la question du droit international, de la démocratie, ce n'était pas vraiment ce qui était important dans cette affaire.
Et moi, ce que je constate, c'est qu'avant le voyage à New York, à Washington, la France était un peu en dehors du jeu, et après le voyage, elle est aussi en dehors du jeu. C'est M. Trump qui est en train de dicter son agenda avec M. Poutine. Et à force d'avoir été alignée comme elle l'a été, avec en plus des déclarations de M. Macron, ayant à un moment donné envisagé d'envoyer des troupes en Ukraine, je ne vous dis pas la bonne mine que nous aurions aujourd'hui si nous avions des troupes en Ukraine, le jour où les États-Unis vont partir et font une paix unilatérale sur fond de ressources millières avec l'Ukraine, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça n'aurait pas été positif.
Vous étiez contre ? Bien sûr. Et heureusement, on avait raison.
Si ce sont des troupes de maintien de la paix, Eric Coquerel, telles que l'envisage Emmanuel Macron, c'est-à-dire une fois un accord signé, qu'il puisse y avoir une force conjointe pour garantir...
Et qui achèteront des armes aux États-Unis, parce que c'est de ça dont il s'agit. C'est deux choses différentes.
Mais d'abord, l'idée de troupes en Ukraine pour garantir la paix, de troupes européennes avec un contingent français, est-ce que c'est une idée à laquelle la France insoumise est favorable ou défavorable ?
Moi, ce que je crois, c'est qu'il faut maintenant être ce qu'on aurait toujours dû faire du côté du droit international et avec une politique non-alignée, qui nous permettrait de jouer un vrai rôle. Ça n'empêche pas d'envoyer des troupes. S'il doit y avoir des troupes en Ukraine, mais en une autre, c'est des casques bleus. Donc, ça doit se faire sous l'égide de l'ONU. Ça ne peut pas se faire, j'allais dire, en tant que possible belligérant face à la Russie. Je crois que c'est ça que la France doit rechercher.
Nous, on avait demandé depuis le début que la France propose une grande conférence des frontières sous l'égide de l'OSCE, l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, qui permettait de joindre les États-Unis. Jamais ça n'a été fait. La France n'a pris aucune initiative. Donc, maintenant, on n'a plus grand-chose, en réalité, il faut le dire, dans la musette. C'est-à-dire qu'on est dans une situation où Trump décide de ce qu'il veut. Il a trois objectifs. Les minerais viennent le faire. Le deuxième objectif, c'est de se retirer et de nous laisser, effectivement, la sécurité en achetant des armes aux États-Unis. Je pense qu'il faut dire une chose.
Un, il n'y aura pas de troupes françaises pour quelque mission que ce soit si l'Europe et l'Ukraine n'aient pas à la table de négociation. Et deux, rien ne peut se faire en dehors de l'ONU et en dehors de l'Égypte des Casques Bleus. Je crois, parce que sinon, on va se retrouver à nouveau dans une situation où, à la fois, on n'agira pas et on sera, en plus, dans une mise en tension parce que là-bas, le risque de guerre, y compris généralisé, n'est pas encore terminé.
Éric Ocrette, puisque vous évoquez les achats d'armes, est-ce que vous êtes toujours contre une Europe de la défense ?
En tout cas, oui. Moi, je pense que la France doit d'abord, avant tout, avoir les moyens de sa politique de l'alignée. Et la moyenne de sa politique de l'alignée, c'est d'avoir les moyens de se défendre. Donc, voilà ce que je crois pour l'instant.
Avec les Américains qui se retirent, sur cette défense qui n'existera pas à l'avion et qu'on ne sera pas plus fort à plusieurs ?
Quand vous avez une armée, quand vous avez une défense, c'est sous un contrôle démocratique, sous une souveraineté, sous le contrôle de votre peuple, normalement. Je pense que le Parlement n'est pas assez consulté quand il y a des entrées en guerre ou des affaires en France.
Il le sera lundi, je crois, avec un débat.
Mais ça devrait être faite beaucoup plus forte. Est-ce que l'Europe oeuvre ce cadre ? Est-ce qu'aujourd'hui, vous avez quelque chose en Europe qui montre qu'il y aurait, j'allais dire, une nation européenne qui pourrait, d'une manière ou d'une autre, avoir un contrôle sur ses moyens de défense ? Non. Donc, je pense que la France doit d'abord avoir sa propre politique. Après, elle a des coopérations avec d'autres pays d'Europe dans ce cadre-là. Oui, notamment, par exemple, en termes de production d'armement. Mais je pense qu'elle doit d'abord se donner les moyens d'une politique non alignée en faveur de la paix.
C'est la seule manière de se faire entendre et c'est ce qu'on a oublié depuis 7 ans.
D'un mot, avant de passer aux retraites, est-ce qu'on doit dépenser plus pour notre défense, Éric Oquerel ? Oui ?
Non ? Déjà, ça pose deux questions. Encore plus que l'effort qui a été fait ces derniers temps. Peut-être, peut-être. Mais vous savez bien aussi qu'on doit beaucoup dépenser, par exemple, pour l'urgence absolue, qui est la question environnementale, pour l'éducation, pour la santé, etc. Donc, peut-être qu'il faudrait arrêter de baisser les recettes, arrêter de baisser les cadeaux fiscaux plus riches qui rapporteraient de l'argent. Et peut-être qu'il faudrait... Mais j'ai cru comprendre que pour l'armement, on était prêts à le faire, alors que nous le demandons depuis longtemps pour l'écologie et autres. Mais les idées au moins avancent de ce point de vue-là.
Arrêter avec cette règle sacro-sain des 3% de déficit qui cadenassent à un moment donné les investissements nécessaires.
Éric Oquerel, demain, réunion importante. Première réunion syndicale entre partenaires sociaux. Pour améliorer la réforme des retraites, ce qu'on a vulgairement appelé le conclave, ou ce que plutôt le Premier ministre avait qualifié de conclave, pour vous, que peut-il en sortir ? Est-ce que vous êtes toujours sur cette ligne de l'abrogation de la réforme Borne ou rien ?
Oui, et il n'en sortira rien, d'ailleurs. Comment vous pouvez le savoir ? Parce que si on suit ce que M. Béroux a dit, il veut qu'il y ait un accord pour éventuellement une nouvelle loi proposée à l'Assemblée. Sinon, il y aura la loi Borne qui continuera à être appliquée. Elle n'a pas été contenuée. Vous savez bien que les différents partenaires n'y vont pas avec les mêmes objectifs. Les syndicats, ils vont avec l'objectif de revenir à 62 ans. Les organisations patronales, ils vont avec l'objectif d'introduire de la capitalisation, c'est-à-dire faire pire encore que la réforme Borne. Donc tout ça va se terminer.
J'entends que même la CFDT, Éric Coquerel, dit une part de capitalisation. Si ça ne trahit pas l'esprit du système par répartition, il n'y a pas de veto à ce stade de la CFDT sur ce point.
Non, la CFDT ne dit pas ça. Ben si, il n'y a pas de doute. Non, je ne vais pas me faire de part de la CFDT. La CFDT ne s'engage pas sur la voie de la capitalisation remettant en question le système de répartition. Mais je reviens à votre question, parce qu'on n'a pas le temps de la traiter. Je vous dis qu'à la fin, il n'y aura rien. Et tout ça sera apparu pour ce qui est CETA, c'est-à-dire un leurre pour éviter une abrogation qui, je vous le rappelle, était majoritaire à l'Assemblée. Voilà, c'est ça l'objectif. Et pour éviter la motion de censure. Donc M. Béroux va parvenir à ça. Il a ce conclave qui ne servira à rien. Je note quand même quelque chose.
C'est qu'avant ce conclave, il nous avait expliqué qu'il y avait un déficit caché. Plus de 50 milliards d'euros qui étaient cachés. La Cour des comptes a écarté cette piste dans le rapport Calarangul. La Cour des comptes finalement valide les chiffres du comité d'orientation des retraites. Et on s'aperçoit par exemple qu'en jouant sur les cotisations, en jouant sur l'égalité de salaire homme-femme, en jouant par exemple sur le fait que des revenus qui ne sont pas soumis à cotisation, les primes et autres soient soumis à cotisation, on peut très bien faire en sorte de revenir à 62 ans, voire 60 ans. C'est une des grandes leçons finalement du rapport du corps.
La Cour des comptes dit aussi que la réforme de 2023 ne suffira pas à répondre aux besoins financiers.
Ce qui est vrai. Donc il faut agir sur d'autres leviers. Notamment le partage de la valeur ajoutée, qui est plus d'argent du côté des salaires, donc des cotisations. Puisque vous attendez à ce que ce conclave
n'arrive à rien ou n'obtienne aucune amélioration, est-ce que ça veut dire qu'à l'issue de ces réunions, il faudra à nouveau poser la question de la censure du gouvernement de François Bayrou ?
Oui, je pense. Mais maintenant, oui, bien sûr. Nous, on le posera à chaque fois que c'est possible. Mais je crois que le Parti Socialiste nous a fait rater l'occasion qui était devant nous. Et donc maintenant, on va se retrouver avec à la fois les méfaits d'un budget qui a été voté. On va en parler sur le prix de l'électricité, mais également sur une réforme des retraites qui va être la poursuite de la réforme.
Sur les prix de l'électricité, d'ailleurs, pardon, il nous reste peu de temps. J'en appelle à votre casquette d'expert de président de la Commission des finances. Entre le gouvernement et l'UFC, que choisir ? Qui dit vrai ? Puisque l'un dit que les prix vont augmenter.
Non, mais c'est que choisir. C'est-à-dire qu'on va passer, si vous voulez, il n'y a plus de protection, donc on va passer aux tarifs réglementés de l'Europe. Les tarifs réglementés de l'Europe, c'est deux fois le prix de production en France. Voilà, c'est ça le bilan. Donc, il va y avoir 19% d'augmentation en 2026. Après, 67% d'augmentation depuis cinq ans. Alors que beaucoup de Français, un Français sur trois, n'arrivent pas à se chauffer en hiver. Et donc, il faut arrêter que c'est politique. Il faut revenir sur le prix de production en France. Il faut arrêter avec le prix tel qu'il est déterminé par l'Europe, qui nous coûte trop cher.
Et puis, il faut aussi arrêter avec la libre concurrence de l'électricité, qui est un bien commun.
Et je parie que vous reviendrez bientôt nous en parler, puisque c'est un sujet qui passionne les Français. Il est 8h52 sur BFM TV et RMC. Merci Éric Coquerel, président de la commission des finances de l'Assemblée, de vous être arrêté sur ce plateau.
Éric Coquerel