Immigration, retraites, match France-Israël: l'intégralité de l'interview de Bruno Retailleau
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L'invité du jour qui n'est autre que le ministre de l'Intérieur. Bonsoir Bruno Retailleau. Bonsoir Benjamin Duhamel. Merci beaucoup d'être avec nous ce soir dans Tout le monde veut savoir. Il y a énormément de sujets à aborder avec vous ce soir. Bien sûr le match France-Israël. Nous sommes à 24h de ce match, il aura lieu demain soir. Et le contexte sécuritaire, votre feuille de route aussi. Place Beauvau sur la question du terrorisme, sur celle de l'immigration. Mais aussi quelques questions politiques Bruno Retailleau. Je voudrais évidemment commencer par le match de demain soir. France-Israël au stade de France, un match sous très haute sécurité. 4000 forces de l'ordre mobilisées.
Nous sommes à 24h désormais du coup d'envoi. Et vous avez dit hier soir chez nos confrères de TF1, le risque zéro n'existe pas. Ce n'est pas très rassurant Bruno Retailleau ?
Non mais j'aurais menti si j'avais dit l'inverse. Si on a des mesures de sécurité exceptionnelles, c'est pour minimiser le risque bien entendu. Mais qui peut dire aujourd'hui qu'on est sur un risque zéro partout dans le monde ? Je ne veux pas, et je pense que ça ne se reproduira pas, j'en suis même quasiment certain, qu'on reproduise des événements qui se sont déroulés à Amsterdam. Donc on a des mesures exceptionnelles pour un match exceptionnel, avec des mesures avant le match, pendant le match, après le match. Que je détaillerai, si vous le souhaitez.
Et on détaillera bien sûr dans un instant, mais vous évoquez ce qui s'est passé à Amsterdam jeudi dernier. Certains qui nous regardent, peut-être des personnalités, des personnes de confession juive, craignent précisément de voir ces scènes-là arriver de nouveau. C'est-à-dire des lynchages de personnes dans la rue parce qu'elles étaient juives. Est-ce que vous pouvez assurer à ces personnes-là que l'on n'assistera pas à des scènes équivalentes demain soir ?
Bien sûr que non. On a en tout cas mis le paquet pour que ce genre de scènes ne se produise pas. Ce que je veux dire, c'est que certains m'avaient proposé d'annuler la rencontre. Certains m'avaient dit qu'il faut délocaliser, par exemple, au Parc des Princes. Nous avons considéré...
Ça n'aurait pas été plus sûr de délocaliser au Parc des Princes ?
Non. Moi, j'ai considéré que symboliquement, parce qu'on peut tenir la sécurité précisément, sinon évidemment, ça aurait été compliqué de le faire. Mais j'ai considéré que maintenir, c'était symbolique. C'était dire que la France ne recule pas, la France ne se soumet pas, et notamment vis-à-vis des injonctions des antisémites ou des semeurs de haine. Ça, c'est important. Ce qui s'est passé à Amsterdam, c'est terrible. Ce sont des images où on voit une vraie chasse à l'homme, un lynchage. C'est l'antisémitisme à l'État le plus archaïque, le plus brut. Il est hors de question qu'en France, on puisse tolérer ce genre de choses.
On détaillera effectivement dans un instant le dispositif, notamment la question de ce qui va se passer autour du stade, à Paris, dans les transports. Vous avez envoyé il y a quelques instants un télégramme au préfet. Mais juste avant, j'insiste sur ce point. Est-ce que vous pouvez dire à nos compatriotes de confession juive, aux Israéliens qui sont venus assister au match, qu'ils peuvent demain soir, dans Paris, autour du stade, être en sécurité ? Qu'ils aient des signes distinctifs ou non ? Ils seront en sécurité ?
Ils seront en sécurité. Je les invite à venir au match pour celles et ceux qui sont des passionnés, qui veulent s'assister à cette rencontre, France, Israël. Ce sont les belles valeurs du sport, celles qu'on a célébrées il y a quelques mois aux Jeux Olympiques. Et je pense que c'est important que tous les passionnés puissent entrer de façon sûre dans le match, dans le stade, et ensuite qu'ils puissent se retourner chez eux, là encore, en toute tranquillité.
Donc quand le Conseil de sécurité nationale d'Israël dit « exhorte ses ressortissants à ne pas assister au match », ils se trompent ? Ils ne vous font pas confiance ?
En tout cas, ce n'est pas la consigne qu'ils ont donnée. Ce n'est pas la consigne que nous avons de nous donner. Nous sommes en France, encore une fois. Et moi, je me bats au quotidien pour assurer la sécurité de nos compatriotes, y compris, bien entendu, de confession juive.
Vous avez une idée, en termes de chiffres, de combien de supporters israéliens seront présents demain soir au Stade de France ? On avait le chiffre d'environ 150 supporters israéliens.
Voilà, mais on va jouer avec une toute petite jauge. Je pense qu'on sera entre 12 000 et 13 000 personnes, puisque ces événements, les consignes qui ont pu être données, que vous vous rappelez il y a quelques instants, tout comme les images terribles à Amsterdam, ont dissuadé un certain nombre de publics de se présenter, d'acheter des billets. Et du coup, on sera sur une toute petite jauge. Je voudrais simplement dire à ceux qui nous écoutent que le Stade de France, c'est pratiquement 80 000 spectateurs. On sera donc autour de 12 000 ou 13 000.
Avec, vous l'avez rappelé aussi, 4 000 gendarmes, 4 000 policiers aussi, 4 000 en tout, et 1 600 stadiers et forces de sécurité qui dépendent de la Fédération française de football.
Sur le dispositif, au Stade de France, il y aura effectivement ces 4 000 forces de l'ordre mobilisé. Il y aura aussi des stadiers. Est-ce que vous avez des informations sur des risques particuliers propres au Stade de France ? On pense par exemple à la possibilité d'un envahissement de la pelouse. Au fond, la question que se pose sans doute ce qu'il y aura, quel est le principal risque demain soir à l'occasion de cette rencontre ?
Alors, vous parlez d'un risque par exemple d'intrusion sur la pelouse. Ce risque-là va être paré très simplement, puisque nous jouerons gris anti-intrusion levé. Par ailleurs, nous aurons des policiers qui seront des policiers en tenue, dans les coursives. Nous aurons des policiers qui seront impossibles à repérer parce qu'ils seront en civil pour judiciariser, éventuellement, pour ceux qui répandraient des slogans de haine, qui se comporteraient mal. Et nous aurons par ailleurs des hommes d'élite du RAID. Voilà, c'est l'unité d'élite, vous le savez, de la police nationale.
Donc on aura un dispositif qui sera très, très verrouillé pour qu'on puisse maîtriser, quels que soient les scénarios, la situation.
Ça, c'est pour ce qu'il y aura au Stade de France. C'est un dispositif qui est par ailleurs beaucoup plus large. Je le disais, il y a quelques instants, BFM TV le révélait, vous avez envoyé un télégramme au préfet. Qu'est-ce que vous leur dites au préfet ? Il faut sécuriser les lieux de culte, il faut sécuriser les transports, aussi peut-être des endroits particulièrement à risque, notamment dans la capitale. Quelles consignes, très précisément, vous avez données au préfet pour demain soir ?
On va d'abord sécuriser les abords du Stade. Ces abords, d'abord, les commerces vont fermer dès 15h45, première mesure. On aura un double périmètre de sécurité, un premier périmètre qui permettra, aux forces de l'ordre, d'opérer, par exemple, des fouilles, des palpations. On aura un autre périmètre plus proche du Stade, celui-ci, qui permettra aux personnels de la fédération de faire ce qu'on appelle un certain nombre de contrôles de concordance, concordance entre la pièce d'identité, concordance avec le billet nominatif. Ça, c'est important.
Et on aura un dispositif dans la profondeur, vous l'avez rappelé, c'est la raison pour laquelle j'ai envoyé un télégramme au préfet pour leur dire d'être très vigilants, dans les transports, le RER, les transports en commun, évidemment, le métro, jusqu'au cœur de Paris. On va se déployer dans la profondeur du territoire. Et je voudrais dire que ces contrôles, ces forces de l'ordre, resteront, bien entendu, après le match. On ne va pas retirer l'ensemble du dispositif immédiatement après le match.
Bruno Retailleau, là encore, je pense à ceux qui nous regardent la question, que se posent peut-être nos téléspectateurs. Tant de moyens de force de l'ordre déployés pour un match de foot, pour du sport, est-ce bien raisonnable ?
Vous savez, moi, ça aurait été beaucoup plus simple pour le ministre de l'Intérieur que je suis, d'abdiquer, de ne rien faire de tout cela. Simplement, si les semeurs de haine, comme je les appelle, s'ils nous testent et s'ils sentent notre faiblesse, si nous, on recule en permanence, alors ça va être un encouragement à aller au-delà et à franchir toutes les limites du possible. Donc, je pense que, moi, vraiment, j'ai tenu à ce que ce match se déroule dans des bonnes conditions.
Évidemment, on y met beaucoup de moyens, mais vous savez que chaque week-end, quand il y a des grands matchs, et, effectivement, chaque week-end, les matchs de foot, ça me consomme, ça nous consomme, en termes de force de l'ordre, pratiquement 30% des forces de sécurité intérieure affectées à l'ordre public, en dehors d'un match, par exemple, comme celui qu'on va avoir demain, France-Israël.
– On parlera dans un instant de la présence d'un certain nombre de responsables politiques, ancien président au Stade de France, juste avant, sur la situation sécuritaire. On parle de demain soir, il y a aussi une situation sécuritaire ce soir, puisque deux manifestations, Bruno Retailleau, sont organisées en réaction à l'organisation d'un gala par une association Israël Forever, proche de l'extrême droite israélienne. Vous voyez, en ce moment même, les images en direct, ici, des images, effectivement, d'une manifestation pro-palestinienne. Un dispositif a été déployé. Est-ce que vous craignez que cela dégénère, que ces manifestations dégénèrent au cœur de Paris ?
– Écoutez, il y a toujours un risque, je le disais tout à l'heure, on a pris Laurent Nunes, le préfet de police, je lui fais totalement confiance, nous avons pris un certain nombre de dispositions. D'ailleurs, cette manifestation, que je n'ai ni invitée, ni réclamée, pensez bien, la veille, en plus de ce match, évidemment. – Vous auriez pu l'annuler ? – Non, la justice, par une ordonnance du 8 novembre, a confirmé que le préfet de police avait eu raison de ne pas annuler. Voilà, donc on est…
– Vous auriez pu défendre auprès de la justice l'idée d'annuler cette manifestation, ce qui n'était pas le cas du préfet de police ?
– Simplement, ce que je veux dire, c'est que cette manifestation n'aura pas lieu là où elle devait avoir lieu, ce soir.
– Alors qu'on voit effectivement sur ces images…
– Par les manifestations qu'on voit aujourd'hui, ce soir.
– Le gala organisé par Israël Forever. Bruno Retailleau, je voudrais qu'on dise un mot sur la présence du président de la République demain soir au Stade de France pour marquer, dit son entourage, sa solidarité notamment après ce qui s'est passé à Amsterdam. Ce qui peut étonner certains, un an après avoir choisi pour le président de ne pas aller à la marche contre l'antisémitisme. Je rappelle ce que vous disiez à l'époque, vous étiez dans l'opposition, je ne comprends pas les hésitations d'Emmanuel Macron à participer à la marche contre l'antisémitisme. Monsieur le président, vous êtes le garant de l'unité de notre nation. Votre place est en première ligne.
C'est une session de rattrapage pour Emmanuel Macron de se rendre sur la France demain ?
– Écoutez, il y a une logique, une double logique. D'abord, il aime le foot, première chose. Deuxièmement, c'est l'équipe de France qui va jouer. Que le président de la République qui aime le foot soit dans le stade, moi je trouve ça très bien, je trouve ça très bien. Bien sûr qu'il y a un message, il y a un message politique. On a été choqué et vous savez que les actes d'antisémitisme ont triplé en un an. Depuis le 7 octobre, date du programme, date de ce qui s'est passé avec le Hamas qui a pénétré, qui a commis des actes qui sont absolument inhumains. Trois fois plus d'actes d'antisémitisme en France, donc il faut réagir.
Et je pense que la présence du président de la République, elle est là encore symbolique pour dire qu'il y a un match, France-Israël, le président de la République française sera là, le premier ministre sera là.
Mais j'insiste Bruno Retailleau sur cet effet de contraste, puisque c'était quasiment il y a un an, il avait décidé de ne pas se rendre à la marche contre l'antisémitisme. La charge symbolique était la même, nous étions quelques semaines après les attentats terroristes du 7 octobre, il avait fait le choix de ne pas se rendre à cette manifestation.
Oui, je sais, je m'étais exprimé, donc je ne retire rien de ce que j'avais dit à l'époque. Vous me connaissez, je ne suis pas du genre à renier mes propos, à faire des marches arrières brutales, simplement. Moi, je me réjouis qu'Emmanuel Macron, demain, soit au stade pour voir un match de l'équipe de France contre l'équipe d'Israël.
Toujours sur la question de l'antisémitisme, Bruno Retailleau, vous avez porté une charge lourde contre ceux qui instrumentalisent, dites-vous, la cause palestinienne à des fins politiciennes. Ce sont vos mots à l'Assemblée nationale. Jean-Luc Mélenchon vous accuse en retour de nourrir, je cite, une ambiance pourrie. Nous nous sentons en danger, dit-il, concernant les insoumis. Qu'est-ce que vous lui répondez ? Il considère au fond que certains de vos propos mettent une cible sur le dos des insoumis.
Ce sont ses amis qui mettent une cible dans le dos de nos compatriotes de confession juive. Je vais être très très clair. Vous savez qu'il y a des chiffres qui sont incroyables. J'en citais l'un sur notre chaîne hier soir. Nos compatriotes de confession juive représentent moins de 1% de la population française. Et pourtant, ils sont les premières victimes des actes notamment racistes ou des actes de haine anti-religieuse à hauteur de 57%. 1% d'un côté, 57%. Il y a une étude qui vient d'être révélée par la fondation Fondapol pour dire que 80% de nos compatriotes se sentent plus aujourd'hui en France en sécurité. Parce qu'ils sont juifs. Et M.
Mélenchon et un certain nombre de ses amis ont banalisé en réalité l'antisémitisme sous prétexte d'antisionisme. J'ai d'ailleurs dénoncé auprès de la justice le tweet d'une députée insoumise.
Celui de Marie Messmer, est-ce que c'est le rôle du ministre de l'Intérieur de judiciariser de cette façon la vie politique en faisant des signalements au procureur de la République quand il y a effectivement des propos aussi condamnables soient-ils en faisant ces signalements à la justice ? Est-ce que c'est votre rôle, Bruno Retailleau ?
Bien sûr, je suis garant de l'ordre républicain. L'ordre républicain, c'est un ordre qui s'inscrit sur la voie publique, bien sûr, quasiment physique, mais c'est aussi un ordre symbolique. Et quand je vois cette députée insoumise, qui a quand même les couleurs tricolores lorsqu'elle se promène avec cette écharpe, eh bien son tweet revenait à banaliser, notamment à justifier le lynchage. Et elle le faisait de la façon la plus condamnable, puisque en réalité, c'est même la logique intrinsèque de ce qu'est l'antisémitisme, puisqu'elle déduisait de l'origine juive la culpabilité, relier une culpabilité par rapport à une origine. Ça, c'est de l'antisémitisme.
Parce qu'on est juif, on est forcément coupable. Est-ce que ceux qui ont été lynchés, poursuivis, avaient une quelconque culpabilité ? Ils étaient juifs. Est-ce que ça suffit pour les désigner comme coupables ? Non. Donc ça, il est hors de question, vous m'entendez, je le redis ici, je ne laisserai jamais rien passer. Et à chaque fois qu'il y aura un écart, je le signalerai à la justice française.
Alors que Bruno Rotaillot continue de voir ces images de ces deux manifestations en cours pour protester contre l'organisation de ce gala organisé par l'association Israël Forever. Ici, une des deux manifestations est cette banderole résistance anti-sioniste, anti-colonialiste du collectif Urgence Palestine. Un commentaire sur ces images, Bruno Rotaillot ?
On en revient à l'antisémitisme. Chacun peut prendre position pour la cause palestinienne, pour ce qui se passe, et c'est horrible, au niveau du Moyen-Orient, du Proche-Orient. L'antisémitisme aujourd'hui, il a deux visages. Le premier de ces visages, c'est l'islamisme. Je veux rappeler qu'on a malheureusement commémoré ce matin le 9e anniversaire de ce qui s'est passé au Bataclan. Le visage de l'antisémitisme en France, c'est d'abord l'islamisme. Mais il y a un autre visage, c'est le visage de toutes celles et ceux qui instrumentalisent la cause palestinienne.
Oui, mais Bruno Rotaillot, on a parfois le sentiment dans vos discours que brandir un drapeau palestinien suffit à faire de vous un crypto-antisémite ou quelqu'un qui instrumentaliserait la cause palestinienne à l'épreuve antisémite, à l'épreuve politicienne.
Et évidemment que non. Moi, quand je dénonce par exemple une députée, quand je signale son comportement, ce tweet à la justice, je le fais sur un fondement juridique. Je demande d'ailleurs toujours, on a une excellente direction juridique dans mon ministère, d'étudier le cas. Et à chaque fois, il y a un examen. Et en fonction des examens, je signale ou je ne signale pas. Mais très franchement, banaliser, justifier le lynchage, très franchement, déduire une culpabilité sur la seule base d'une confession ou des origines, c'est absolument, à mon sens, condamnable. Et il faut que dans notre société, il y ait des interdits. Il faut dire stop. Voilà.
Parce qu'à force, comment dirais-je, d'une eau limite, c'est la haine qui progresse.
Bruno Retailleau, nous sommes le 13 novembre. Il y a neuf ans, jour pour jour, le terrorisme islamiste frappette au Bataclan, au Stade de France, justement sur les terrasses parisiennes. Est-ce que la menace est toujours aussi importante aujourd'hui ?
Il y a une menace. Et ce que je peux vous dire, c'est que cette année, une petite dizaine d'attentats islamistes ont été déjoués. Quatre visaient spécifiquement les Jeux Olympiques. Et il y a quelques semaines, nos services de renseignement ont déjoué un autre attentat qui aurait pu réussir.
Il y a quelques semaines, c'est-à-dire que vous étiez déjà ministre de l'Intérieur, qu'un attentat a été déjoué par vos services ?
En tout cas, en tout cas, qu'il y ait eu des arrestations sur un certain nombre d'individus qui préparaient des attentats. Donc les services sont très très mobilisés. Je vais leur donner un grand coup de chapeau, aux services de renseignement, les policiers et les gendarmes. Donc cette menace, elle existe. Simplement, on s'est considérablement réarmés depuis 2012, depuis 2015, où en réalité la France avait été surprise par ces attentats. On a forgé, on a un parquet national antiterroriste. On a des services de renseignement, notamment la DGSI, qui dépend de mon ministère, qui est en ordre de marche, qui est très très performant.
C'est une meilleure coopération entre différents services de renseignement. Mais la menace reste très importante. La menace est là. Et la menace, je vais vous dire, c'est une menace évidemment terroriste. Et même si on a réarmé l'État régalien, je ne peux pas vous dire que demain, il ne se produira pas. Là encore, le risque zéro n'existe jamais. Je ne tiendrai jamais. Ce genre de langage qui trompe les Français, mais on met le paquet pour les déjouer. Il y a eu une loi aussi, parce qu'il y a le terrorisme. Il y a aussi le terreau du terrorisme. C'est la loi anti-séparatisme, contre le séparatisme.
Je pense maintenant, et que demain, j'ai d'ailleurs reçu sur mon bureau une étude qui a été faite par un ambassadeur et un préfet sur ce qu'on appelle l'antrisme. Et notamment l'activisme des frères musulmans, qui abat bruit, pénètrent des associations, parfois des collectivités. Et je pense que ce djihadisme d'atmosphère, comme disait Gilles Kepel, on doit le prendre en compte parce que c'est un tout. Il crée un climat et de ce climat peuvent naître des vocations terroristes pour demain.
Mais on parlera, c'est intéressant, dans un instant, de certaines prises d'opposition que vous aviez pu avoir au moment précisément des débats autour de la loi séparatisme. Mais juste avant, Bruno Retailleau, je voudrais qu'on parle d'immigration et de la question des OQTF, les obligations de quitter le territoire français. Une question qui s'invite une nouvelle fois dans l'actualité, puisque le suspect interpellé dans l'affaire des SDF tués à coups de parpaing est un Camerounais visé par une OQTF. Si vous aviez été dans l'opposition, Bruno Retailleau, vous auriez dénoncé l'inaction du gouvernement, l'impuissance des pouvoirs publics.
Sauf que là, vous êtes aux manettes et le problème demeure. C'est beaucoup plus difficile d'être au gouvernement que d'être dans l'opposition à considérer que le problème des OQTF, il suffirait davantage de volonté politique pour le régler.
Oui, la volonté politique, ça existe et ça compte. Et je vais vous dire, aujourd'hui, moi, je suis un homme politique et je sais mieux que quiconque parce que j'ai les informations qui m'arrivent en direct matin, midi et soir et parfois la nuit. Mais on a construit un droit qui est trop protecteur pour ceux qui veulent menacer les Français. Ce droit est trop protecteur. Et ce qu'on doit me demander, moi, est-ce que je prends des décisions pour bousculer justement ces règles juridiques ? Je dis oui. Et là, je vais vous donner un exemple précisément sur cet individu camerounais. Trois choses qui auraient pu précisément être trois barrières.
D'abord, le pacte asile-immigration qui va nous permettre, à l'entrée des frontières, d'avoir des filtrages, d'avoir des prises d'empreintes. Ça, c'est la première chose. J'ai demandé, nous avons demandé la France à anticiper ce paquet européen de six mois. Deuxième chose, la directive retour.
Qui avait été votée à l'échelle européenne.
Voilà. La directive retour, elle est terrible. Elle ne nous permet pas, justement. Elle donne...
Parenthèse, pacte asile-immigration que le candidat que vous souteniez aux européennes, François-Xavier Bellamy, combattait.
Oui, parce qu'ils ne combattaient pas ce que je viens de vous dire. Ils combattaient dans le pacte...
Non, mais vous apparteniez à une famille politique qui considérait que le pacte asile-immigration était une forme de signe de laxisme. Et là, maintenant, vous nous dites, c'est grâce à ça qu'on va améliorer le droit.
On va être précis. Le pacte, le paquet immigration-asile, en réalité, c'est une petite dizaine de textes. Dans ces textes, celui dont je vous parle, qui va nous permettre de mieux verrouiller nos frontières extérieures, de prendre des emprunts, de mettre des individus dans des zones d'attente, ça, c'est fondamental. Deuxième chose, la directive retour. C'est terrible. Parce que la directive retour, elle empêche les retours. Elle vous contraint, précisément. Elle vous contraint à laisser un individu qui est en situation irrégulière, à lui laisser un délai volontaire de départ. On marche sur la tête. Et troisième chose, le délit, le rétablissement de séjour illégal en délit.
C'est un des projets que je veux inscrire dans une loi parce que je pense que ce moyen-là nous permettra de judiciariser, de garder à vue, nous permettra de donner des moyens d'enquête qui nous permettront d'éviter ce genre de choses.
Donc vous voulez changer le droit, Bruno Retailleau, mais en attendant, vous en êtes réduit à une forme d'impuissance. Puisque vous dites, voilà, il y a des individus qui sont sous OQTF. Nous n'avons pas les moyens de les expulser. Donc en fait, la situation n'a pas franchement changé. Moi, j'ai le souvenir, Bruno Retailleau, d'un discours de passation où vous disiez, rétablir l'ordre, rétablir l'ordre, rétablir l'ordre, avec au fond cette impression que les choses allaient changer très rapidement. Nous sommes près de deux mois après votre arrivée Place Beauvau et ce genre de drame continue d'arriver.
Et vous pensez qu'en deux mois, très franchement, jamais du Hamel, vous pensez qu'en deux mois, avec un claquement de doigts, on peut inverser une tendance très très lourde, le laxisme, la faiblesse, le renoncement.
Et vous avez déjà commencé à expulser davantage ?
Bien sûr. Je peux vous dire que ces dernières semaines, nous avons fait deux vols groupés. L'un en Géorgie, l'autre en Albanie. Et ces vols groupés auront été pris en charge par l'argent européen, par Frontex. Et l'escorte, parce qu'il faut escorter, puisque à chaque fois, c'est 49 et une soixantaine d'individus. Il faut les escorter. Eh bien, les escorteurs, ce ne sont pas des policiers français. Ce sont des Albanais. Ce sont aussi des Georgiens. Donc, je le fais.
Vous venez d'utiliser un mot, le laxisme. Votre prédécesseur, Gérald Darmanin, il était laxiste ?
Non, mais je dis qu'on a construit, pendant des années et des années, un échafaudage juridique qui protège des gens qui sont dangereux au mépris de la protection des Français. Je l'affirme haut et fort. Et ces règles juridiques, on l'a vu d'ailleurs pour la jeune Philippine, où à un jour près, il y avait un laissé-passé consulaire qui aurait dû la ramener au Maroc. Et l'individu a été libéré et il s'est passé ce que l'on sait. Elle était violée et assassinée. Donc, je l'ai toujours en mémoire, cela. Par ailleurs, je suis en train de passer et de multiplier des accords bilatéraux. Par exemple, avec le Kazakhstan, mardi. J'en ai signé un mardi dernier.
C'était donc il y a un peu plus de 7 jours. Il y a 8 jours. Ce qui va nous permettre, avec le droit européen actuel, pour des Afghans de passer en Kazakhstan.
Je vous entends, Bruno Retaille, mais très concrètement, là encore, pour ceux qui nous regardent, quand est-ce que les choses s'amélioreront ? Est-ce qu'il faudra attendre que cette loi qui était initialement prévue au début d'année, que maintenant vous avez renvoyée au printemps, parce qu'il y aura avant une loi contre le narcotrafic, est-ce qu'il faudra attendre que cette loi rentre en vigueur ? Ou est-ce qu'il y aura des signaux d'amélioration plus rapidement ?
Paris, ce n'est pas fait en un jour. Paris, ce n'est pas fait en un jour. Et mon engagement, c'est de bousculer ces règles de droit. On a obtenu quand même, avec l'ensemble de mes homologues, qui sont ministres de l'Intérieur, des 27 pays européens, on a convergé pour changer la directive. On va la changer au premier semestre. J'ai vu la présidence, puisque ce sera la présidence polonaise qui aura la présidence de l'Union. Un, la directive retour. Depuis 2008, ça fait combien de temps ? Ça fait du temps. Et bien là, on va la changer.
Et vous ne vous dites pas parfois, Bruno Retailleau, j'ai sous-estimé la difficulté de faire bouger les règles, de faire bouger l'administration. Parfois, encore une fois, j'ai eu l'occasion de vous interviewer quand vous étiez dans l'opposition, on avait le sentiment que les choses étaient faciles.
Vous pourriez, bien sûr qu'elles sont plus difficiles quant à nous au pouvoir, mais vous pourriez me faire un reproche si je ne voulais rien changer. Mais franchement, depuis que je suis, depuis quelques semaines au ministère, d'abord, je parle clair. Je parle clair, même quand je parle contre la bien-pensance médiatique. Et le microcosme politico-médiatique, celle que vous connaissez par cœur. Quelle bien-pensance, Bruno Retailleau ? Le petit microcosme parisien. Or, il se trouve que... Sur quoi, là ? Sur l'immigration, par exemple, en disant que l'immigration, ça n'est pas une chance. Voilà.
Sur un état de droit qu'il faut bouger, parce que les règles qui ne protègent pas doivent être changés.
Bruno Retailleau, j'ai cru entendre des réactions dans ce fameux bloc central qui est censé être le soutien du gouvernement. Que je sache, les députés du bloc central, ce n'est pas le microcosme médiatico-politique. Ce sont des gens qui sont censés vous soutenir, Bruno Retailleau. Et qui n'ont pas apprécié ces prises de parole sur l'immigration qui n'est pas une chance ou l'état de droit ni intangible ni sacré.
Eh bien, c'est ce que je pense. Je pense que, évidemment, l'état de droit, la démocratie, moi j'y tiens. Mais quand une règle juridique ne protège pas les Français, on la change simplement. Vous observerez que ce que j'ai proposé ne fait pas l'unanimité, mais à plus de 70%, les Français me soutiennent. Y compris les Français. Et y compris les Français de gauche. Donc, un, je parle clair. Parce que la vie politique, c'est d'abord de parler clair, de dire la vérité. Et ensuite, je vais agir. Je n'arrête pas d'agir chaque jour. Dire aux Français que, parce que je suis arrivé avec des coups de menton, tout sera réglé, non.
Mais ce que je veux leur dire, c'est que je prendrai tous les moyens, matin, midi, et soir, pour faire bouger les lignes. Le pourcentage de QTF exécuté, quand est-ce que ça progressera ? Nous obtiendrons des résultats. Mais croyez-moi, eh bien, il faut du temps. Voilà. Moi, je suis un rural, et je sais qu'il faut semer, et ensuite on moissonne.
Encore un mot sur, précisément, votre liberté de parole. Vous le disiez il y a un instant, sur l'immigration. Parmi les expressions que vous avez pu utiliser par le passé, qui ont pu heurté, il y a le fait de qualifier certains Français de français de papier. Est-ce que vous réutiliseriez ce soir cette expression ?
Mais ce que j'ai voulu dire, c'est qu'on le voit bien, il y a un échec global de l'intégration. Des jeunes Français qui sont de nationalité française entretiennent une haine de la France. C'est ça qui est terrible.
Mais est-ce qu'il y a des Français de papier aujourd'hui, Bruno Retailleau ?
Je vais être très clair, Benjamin Dumel. Pour moi, être Français, ça n'est pas seulement avoir une carte d'identité. C'est partager un héritage. C'est partager une volonté d'entrer dans un destin commun. C'est ça, être Français.
Est-ce qu'il y a, Bruno Retailleau, pardonnez-moi, la question est assez simple. Est-ce que vous réutiliseriez ce soir l'expression Français de papier ? Y a-t-il en France, dans la communauté nationale, des Français de papier ?
Il y a en France, malheureusement, des Français qui, bien que de nationalité, qui soient de nationalité française, mais qui n'adhèrent pas à cet héritage, qui n'adhèrent pas à nos valeurs.
Donc vous n'utilisez plus cette expression Français de papier ?
Si, mais je veux bien l'utiliser. C'est exactement ce que je suis en train de vous dire. Je caractérise exactement ce qu'est, pour moi, un Français qui ne tient pas à une carte d'identité en papier, mais à l'adhésion à des valeurs, Benjamin Dumel. Vous cherchez... Vous voulez vraiment... Attendez. Vous voulez polémiquer... On peut polémiquer. Non mais je ne polémique pas, Bruno Retailleau, puisque... Je ne polémique pas, simplement, ça fait partie des...
Au-delà de la phrase que vous avez prononcée sur l'immigration, qui n'est pas une chance, qui, effectivement, a suscité un débat politique, au moment où vous avez été nommé, ont été, en quelque sorte, scannées certaines de vos précédentes déclarations, dont celle-ci où vous qualifiez certains Français de français de papier. Je constate ce soir que vous n'utilisez pas cette expression. Mais ça revient à la même chose. Je vous ai dit que... Et pourquoi ? Parce que vous avez blessé certains Français en utilisant cette expression ?
Benjamin Dumel, on peut parler... Vous pouvez me poser ce genre de questions pendant encore dix minutes. On va perdre notre temps. Si vous voulez la polémique, on peut l'engager. Il n'y a aucun souci. Ce n'est pas une polémique, c'est une question insistante sur l'expression. Les Français qui me regardent me comprennent très, très bien. Aujourd'hui, être Français, c'est partager des valeurs. Moi, j'étais aux cérémonies du 11 novembre. C'était mon message. Quand on est Français, on ne l'est pas seulement à travers des papiers. On l'est à travers des valeurs.
La République française, la liberté, la liberté de croire, de ne pas croire, l'égalité entre les hommes et les femmes, la fraternité qui n'est pas une fraternité religieuse, une fraternité laïque. C'est ça d'être Français. Est-ce que je me fais bien comprendre ? Y a-t-il des Français de papier ? Eh bien, je pense qu'il y a des Français, malheureusement, qui sont de nationalité française et qui ne partagent pas nos valeurs. C'est pour ça qu'il y a eu une loi séparatisme.
Je pense que les téléspectateurs auront vu que, sur le fond, vous maintenez, mais que vous n'utilisez pas cette expression. C'est intéressant et ce n'est pas une polémique. C'est une polémique. Je voudrais qu'on dise un mot de la laïcité. C'est une polémique. Il fait partie de votre portefeuille. Quand vous étiez président de groupe Les Républicains au Sénat, il y a donc quelques mois, vous aviez défendu une proposition de loi pour interdire le voile aux mamans accompagnatrices de sorties scolaires.
Le 6 avril 2021, vous disiez carrément, ouvrez les guillemets, en refusant d'aborder la question du voile dans son projet de loi pour conforter les principes de la République, le gouvernement fait preuve d'une lâcheté coupable. Si c'est d'une lâcheté coupable de ne pas aborder cette question, j'en déduis que vous souhaitez interdire le voile pour les mamans qui accompagnent les sorties scolaires ?
Ah mais je n'ai pas changé. Je pense que le voile, c'est la victoire de l'islamisme. Je pense que le voile, c'est un marqueur pour inférioriser le statut de la femme. Le voile, quelles que soient les conditions dans lesquelles il est porté. Et pour dire... Attendez, je suis en train de vous dire, vous me posez une question précise. Vous me posez une question pour les accompagnatrices scolaires. Je vous réponds la chose suivante. Il y a l'école dans les murs où le voile est interdit. Il y a l'école hors les murs. Eh bien je pense qu'il faut que le voile pour l'école hors les murs soit aussi interdit.
De même que je pense qu'il faut que le voile, dans les compétitions sportives, puisse être interdit. Puisque tous les symboles religieux, politiques ou syndicaux, nuisent aux valeurs qui nous rassemblent, qui sont les valeurs du sport.
Et donc comme ministre de l'Intérieur, vous allez porter, vous allez défendre le fait d'interdire le voile pour celles qui accompagnent les sorties scolaires.
Mais il n'y a pas de majorité pour le faire. Vous savez très bien, en revanche, quand j'étais président de mon groupe au Sénat, nous avons voté des lois. Nous avons voté des amendements qui n'ont pas été repris par l'Assemblée nationale. Mais ne soyez pas faussement ingénu, Benjamin Duhamel. Non, ce n'est pas mon genre. Ce n'est pas votre genre, ce n'est pas le mien non plus. Qu'est-ce qu'il y a comme majorité à l'Assemblée nationale où nous n'avons pas de majorité ? Donc vous aimeriez, mais vous ne pouvez pas. Je ne dévie pas. Je pense que céder là-dessus, c'est céder à un islamisme rampant.
Encore une fois, le voile, c'est cette victoire de ceux qui veulent inférioriser les femmes françaises. Regardez ce qui se passe en Iran.
Mais Bruno, quelle que soit la façon dont il est porté, ce voile ? Non, non, mais c'est intéressant.
Non, franchement, très franchement, je parle de lieux très précis. Je pense qu'on peut, notamment sur l'école hors les murs, notamment dans des enseignes portives, on peut porter ce genre de choses, évidemment. Je terminerai simplement en disant pour celles et ceux qui soutiennent pourtant ce voile comme simplement un signe de liberté, qu'ils aillent en Iran. Pourquoi est-ce qu'il y a des jeunes femmes, des femmes, qui meurent pour avoir cette liberté précisément d'ôter le voile ? Nous sommes en France. C'est la République française. Voilà.
Bruno Retailleau, quelques questions d'actualité à avoir avec vous. D'abord sur ce trouble qui existe au sein de ce qu'on appelle le socle commun. Je disais Eric Wurt qui disait plus de socle et pas grand-chose en commun. Les macronistes, votre famille politique, la droite, censés être unis pour soutenir Michel Barnier. Sauf que les choses sont de moins en moins claires. Le budget a été rejeté hier par l'Assemblée nationale et les macronistes sont visiblement furieux d'avoir vu le patron de votre famille politique aller au 20h de TF1 pour annoncer un geste sur les retraites. Ça peut tenir encore combien de temps cet attelage ?
Ce n'est pas une surprise. J'ai rédigé au mois de juillet ce qu'on a appelé un pacte législatif avec Laurent Wauquiez. Dans ce pacte, nous étions engagés à faire en sorte qu'on puisse revaloriser au maximum les retraites parce que quand on a appuyé, soutenu la réforme, on l'a fait aussi pour garantir le pouvoir d'achat des retraités. Ça nous semblait être simplement une logique. Et Laurent Wauquiez l'a toujours indiqué. Il a toujours été droit dans ses bottes sur ce sujet-là. Personne n'a été surpris.
Donc c'est son rôle d'aller... Il n'est pas ministre, Laurent Wauquiez ?
Mais il y a eu un dialogue avec le Premier ministre. Tout simplement, le Premier ministre l'a confirmé. Mais il est un homme politique. C'était une annonce qu'il a faite sur une autre chaîne que la vôtre. Voilà. La prochaine fois, il faut le réinvitrer. Il faut avoir d'autres annonces.
Sauf que vous dites, ligne rouge, pacte législatif. Quand on regarde dans le détail de ce qui a été annoncé, en fait, il y a une sorte de tour de passe-passe. Puisque pour les retraités qui perçoivent une pension inférieure au SMIC, là, effectivement, ils sont épargnés. Mais on constate que pour les autres, il y a encore 3 milliards d'euros d'économies qui se sont faits sur leur dos. Et en fait, à la fin, ils sont perdants. Je croyais que Michel Barnier avait dit, il ne faut plus faire des sebroufs. Là, il y a un peu des sebroufs. Puisqu'en fait, Laurent Wauquiez arrive en disant, finalement, c'est bon, les retraités vont être protégés.
Le fait est que quand vous avez une pension au-delà du SMIC, vous êtes perdant.
Donc, eux sont perdants. Les choses, attendez, on est au bord d'une crise financière. Michel Barnier, lorsqu'il arrive à Matignon, il constate que ce n'est pas un déficit de 4,4% qu'il doit y avoir, mais qu'il s'envole à plus de 6%. Et avec une menace de crise financière grave, et à chaque fois qu'il y a eu crise financière, on l'a vu d'ailleurs en Grèce ou même dans la péninsule hybrique, qui sont ceux et celles qui trinquent, c'est les plus modestes, et notamment les retraités. Donc, l'idée d'épargner les petites retraites, celles qui sont inférieures ou égales jusqu'au SMIC, 1490 euros, ça permet de sauver l'essentiel, ça permet de concerner 44% des retraités.
– C'est vrai, mais ça veut bien dire qu'on demande un effort aux retraités qui ne sont pas non plus des nantis.
– Mais je n'ai jamais dit ça, puisque au contraire, j'étais favorable à l'annexation. Simplement, beaucoup de retraités comprendront que dans une situation grave, on est tous appelés à faire un certain nombre d'efforts, c'est tout. Et je pense qu'avec Laurent Wauquiez, on a voulu produire cet effort pour qu'au moins, il y a beaucoup de petites retraites en France, et bien que celles et ceux qui ont beaucoup travaillé avec des petites retraites ne soient pas concernés et puissent avoir une revalorisation.
– Un mot précis sur toujours ce socle commun, on a appris que le Premier ministre avait plaidé devant des députés pour un candidat commun de la droite et du centre. Vous êtes d'accord avec lui ? C'est-à-dire qu'il faudrait qu'il y ait un candidat commun ?
– Très franchement, on a discuté encore ensemble avec Michel Barnier il y a quelques heures, très franchement, et on en discute souvent, jamais devant moi, jamais nous n'abandonnons ce sujet, jamais. Ça n'est pas du tout dans l'esprit de Michel Barnier, pas plus que dans le mien. Voilà, il y a encore deux ans, deux ans et demi, croyez-moi on a assez de travail aujourd'hui pour faire en sorte qu'on évite à la France un certain nombre de crises, aussi bien d'ailleurs crises financières, crises aussi politiques, pour ne pas s'intéresser à une échange aussi lointaine.
– Vous avez raison, c'est dans longtemps, mais c'est vrai que sur le papier c'est assez singulier, parce qu'on entend beaucoup dire, notamment Laurent Wauquiez, on ne se fond pas dans le macronisme, on ne se confond pas dans le macronisme, et là on a Michel Barnier qui dit, en fait, il faudra que vous vous mettiez d'accord en 2027.
– Et alors ?
– Oui, c'est que l'avis de Michel Barnier en fait.
– Ce n'est pas ça du tout, c'est que j'imagine qu'il voudrait qu'on évite un match qui se réduise aux deux ailes radicales, de droite et de gauche. – Voilà, mais très franchement, pour le connaître, souvent discuter avec lui, ces sujets-là ne sont pas des sujets quotidiens.
– Encore deux mots d'actualité avant de parler un tout petit peu politique, Bruno Retailleau, d'abord sur les agriculteurs. La FNSEA appelle à une mobilisation à partir de lundi, il peut y avoir des questions d'ordre public, qui donc vous concernent directement Bruno Retailleau, est-ce que là, concernant les agriculteurs, vous promettez de l'ordre, de l'ordre, de l'ordre, ou est-ce que, comme votre prédécesseur le disait, on ne répond pas à la souffrance en envoyant les CRS ? Au fond, est-ce que les agriculteurs ont une sorte de régime d'exception ?
– Non, personne, personne n'est au-dessus de la loi dans la République française. Et je reçois demain deux responsables syndicales, le responsable des jeunes, des agriculteurs, et le responsable de la FNSEA, je verrai d'ailleurs tous celles qui souhaitent me voir, pour donner un message. Pas de violence. Tolérance zéro pour la violence. – Tolérance zéro pour la violence. – Pour la violence, bien sûr, simplement.
– Même violence contre les biens ? On a en janvier dernier, on a pu voir un certain nombre de bâtiments qui ont été prépourcibles.
– Attendez, le droit de manifester, c'est un droit constitutionnel. Et les agriculteurs ont ce droit, comme n'importe quel Français. Ils doivent pouvoir en bénéficier. Et pour bénéficier de ce droit, il faut assurer justement une forme de tranquillité, de sécurité, y compris pour ceux qui manifestent. Mais la limite, c'est la violence. Moi, je serais intraitable. Ce n'est pas parce qu'on est un agriculteur ou je ne sais qui qu'on doit faire un certain nombre de choses qui sont illégales. C'est tout, voilà. Donc, je les verrai demain. Je suis un enfant de la ruralité. Je vis dans la commune où je suis né. – En Vendée. – Entouré, voilà, exactement. Et beaucoup de mes amis sont agriculteurs.
Donc, croyez-moi, je connais leurs problèmes et ils en ont. Et j'espère bien que le gouvernement y répondra de façon très massive.
– Juste avant de poser ces fameuses deux questions politiques pour terminer cet entretien, Bruno Retailleau, on apprend à l'instant que le parquet réclame une peine d'inéligibilité à l'encontre de tous les prévenus dans l'affaire des assistants parlementaires. Bien évidemment, vous ne pouvez pas commenter une décision de justice puisque vous êtes un ministre du gouvernement, un ministre de l'Intérieur, simplement sur le principe, c'est les réquisitions du parquet. On n'a pas évidemment encore la décision de justice et le délibéré. Est-ce que ce serait un problème démocratique que Marine Le Pen soit empêchée de concourir en 2027 ?
– Vous me poserez vraiment la question lorsque, puisque vous l'avez dit vous-même, on a les réquisitions, on aura le jugement. Donc, laissons le procès se dérouler jusqu'à son terme et on verra. Je ne veux pas discuter d'une hypothèse qui n'est qu'une hypothèse. Si cette hypothèse se produisait, alors vous me réinviterez, j'en suis sûr. Et on en reparlera.
– On vous réinvitera et bien entendu, on entendra la réaction de Marine Le Pen dans un instant. Les deux fameuses questions politiques pour terminer. Donc la première, Bruno Retailleau sur votre relation avec le président. dont vous disiez pique-pente dans l'opposition. Il faut dire que vous êtes un peu moins d'Isère désormais. Est-ce que vous êtes sous le charme ? Vous êtes devenu macroniste, Bruno Retailleau ? – Je suis gaulliste, pas macroniste.
Et comme gaulliste, moi je respecte les institutions. En plus, j'ai un domaine qui est un domaine particulier, qui concerne la protection, la sécurité des Français. C'est un domaine régalien. Donc j'ai évidemment des liens et des relations qui sont des relations institutionnelles avec Emmanuel Macron pour faire en sorte qu'on puisse protéger les Français. Lorsque nous sommes allés au Maroc, j'étais aussi avec lui, eh bien c'était important qu'on obtienne un certain nombre d'accords.
– Donc ça se passe bien. Il est en phase avec votre agenda ?
– En tout cas, il y a des relations qui sont respectueuses. Je ne veux pas dire qu'elles soient amicales, évidemment, mais c'est institutionnelles. Et pour l'instant, je ne me plains pas d'obstacles qu'on mettrait sur ma route, notamment vis-à-vis de la politique publique que j'entends mener. Et pourtant, elle n'est pas fade.
– Vous évoquiez le voyage d'État, la visite d'État au Maroc. Dans cette délégation, il y avait l'humoriste controversé condamné, Yacine Bellatar. Est-ce que ça vous a gêné qu'il soit là ?
– Alors, je ne l'ai pas vu pendant le voyage, je l'ai appris. Non, ce que j'ai trouvé dommage, je vais vous dire. Moi, j'ai trouvé que ce voyage était très réussi. J'ai écouté le discours du président de la République devant les parlementaires des deux chambres, la chambre haute, la chambre basse, et il y a eu une ovation. Et très franchement, c'était un grand discours. Et que le Maroc et la France se retrouvent, c'était un grand moment. Et pour moi, en plus, subsidiairement, ça m'a facilité les choses sur un certain nombre de réadmissions, vous voyez, de ressortissants d'individus marocains qui n'ont rien à faire en France. Très bien.
Et j'ai comparé ce que moi, j'ai vécu au Maroc et les commentaires qui avaient pu être faits, notamment avec cette présence. Ça a un peu gâté la présence, cette présence a un peu gâté le voyage. Mais il n'en reste pas moins que c'est une très belle réussite diplomatique. Le reste, je le mets de côté, vous voyez.
– Oui, vous le mettez de côté, mais j'ai le souvenir que vous aviez eu des mots sévères sur, précisément, Yacine Bellatare. – Ils n'ont pas changé rien. – La question de, effectivement, sa proximité présumée avec Emmanuel Macron. Comment est-ce que vous avez compris le fait qu'il l'invite ? Est-ce que, je ne vais pas dire vous, président, puisque maintenant, il faut faire… – Non. – C'est devenu une sorte de leitmotiv. Vous, président, vous auriez invité Yacine Bellatare à une visite d'État ?
– Je vous rassure, je ne suis pas président.
– Non, ça ne m'a pas échappé.
– Non, mais moi, évidemment, compte tenu de ce que je sais, de ce que j'ai dit sur lui, vous avez vu ce qu'il a dit sur moi ?
– Oui, il a dit, j'ai vu Bruno Retailleau manger un couscous, c'est bien la preuve qu'il n'est pas raciste.
– J'aime le couscous. C'est une confession que je vous fais ce soir, c'est le scoop que je voulais faire à BFM, sur votre antenne, cher Benjamin Duhamel. J'aime le couscous.
– On n'en attendait pas moins. Mais je retiens qu'effectivement, vous avez été interpellé par la présence de Yacine Bellatare dans cette délégation.
– Bien sûr, je ne l'ai pas vu sur le moment, mais j'ai constaté ce décalage entre la vraie réussite du voyage et puis les commentaires qui en avaient été faits avec cette présence-là.
– Un tout dernier mot, vraiment un dernier mot, Bruno Retailleau, sur cette photo qui a pu étonner celle de vos retrouvailles, et visiblement d'une forme de réconciliation avec celui qui a été votre mentor en politique, je crois qu'on peut le dire, Philippe Devilliers, c'était au Sable d'Olonne ce dimanche pour le Vendée Globe. Tout est pardonné entre vous ? Vous étiez brouillé, fâché, maintenant ? Vous êtes de nouveau meilleurs amis du monde ?
– Ça, ça n'emporte pas de conséquences politiques, c'est un jardin personnel. Et c'était le Vendée Globe. Le Vendée Globe, j'étais, comme Philippe Devilliers, présent à la première édition, c'était la dixième édition. C'était une enceinte sportive d'une course extraordinaire, sans doute une des plus belles courses, une des plus grandes aventures, sans doute l'aventure ultime, on parle d'Everest des mers. Donc je pense que c'était important qu'on ne s'oppose pas.
– Mais c'est un des procureurs les plus sévères, avec des mots parfois très durs, d'Emmanuel Macron, souvenir même de Cébo sur la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, où il a comparé cela dans son dernier livre à un suicide. Ce n'est pas anodin comme ça de vous voir proche ?
– Ça n'emporte aucune conséquence politique.
– Donc ça ne fait pas de Philippe Devilliers un soutien du ministre de l'Intérieur, Bonneur Taillot ?
– Ce n'est pas à moi de le dire, d'une part. Et ensuite, dans une enceinte sportive, dans un moment aussi fort que le Vendée Globe, je pense que toutes les différences et le passé doivent être abolies, si j'ose dire, pour considérer que ces valeurs dont je parlais tout à l'heure doivent d'abord nous rassembler. C'est ça le sport. Et ça franchement, vous savez que les skippers qui partent, ils ne le font pas pour d'argent. Ils le font simplement parce qu'ils mettent en danger leur vie. Et ils vont partir sur les mers, sur les océans, les plus dangereux du monde.
Donc c'est une belle histoire, c'est une belle aventure, c'est l'histoire toujours recommencée, de l'homme, dans sa petitesse et sa grandeur, face aux éléments qui peuvent être des éléments déchaînés, les éléments naturels. Donc c'est ce qui, je pense, attire. On a besoin d'aventure aujourd'hui. Il y a tellement de Français, mais aussi sur toute la planète. J'ai salué un skipper japonais, un skipper chinois, il y avait 11 nationalités. Ça va être suivi par des centaines de millions de personnes qui vont finalement vivre la course par procuration. C'est ce que je retiens.
Merci beaucoup Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, d'avoir été l'invité de Tout le monde veut savoir, à 24h donc du match France-Israël. Merci. Merci.
Bruno Retailleau