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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 2 décembre 2021 25 min

Alexis Corbière : "Je reste choqué de constater que 80% des vaccins sont captés par les pays membres du G20"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 le député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Questions et réactions 01-45-24-7000, passées autrement par les réseaux sociaux ou l'application mobile de France Inter. Bonjour et bienvenue Alexis Corbière. Bonjour, merci de m'avoir invité. Bonjour. Un point sur l'épidémie de Covid en France pour commencer. Un peu moins de 50 000 nouveaux cas ont été décomptés hier. Plus de 10 000 personnes sont hospitalisées, dont 1 800 en réanimation. La situation sanitaire est en train de s'aggraver, dit le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Hier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, estimait qu'il était temps pour l'UE d'avoir une discussion sur la vaccination obligatoire. L'Autriche la pratique, l'Allemagne y pense. Olivier Véran a dit non pour l'instant, mais la France doit-elle y réfléchir aussi, selon vous, Alexis Corbière ?

0:57
Alexis Corbière

Pour l'instant, je reste attaché à ce que dit l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, qui n'est pas favorable à la vaccination obligatoire, qui dit qu'il faut convaincre, qu'il faut avoir des politiques publiques d'aller vers. Moi, je suis élu de Seine-Saint-Denis, je continue à penser qu'il faut des centres de vaccination aussi, qui vont au plus près de zones où parfois des gens âgés, des gens éloignés de politiques de santé publique ne se vaccinent pas. Mais je ne suis pas favorable à la vaccination obligatoire. Deuxièmement, j'observe aussi que c'est M.

Guterres, je crois, le secrétaire général de l'OMS, qui indiquait qu'à une épidémie et une pandémie mondiale, il faut un plan de vaccination mondial. Ce que je veux dire par là, c'est que je reste choqué de constater que 80% des vaccins sont captés par les pays membres du G20. Et qu'aujourd'hui, nous avons des continents entiers, je pense notamment à l'Afrique, qui sont totalement sous-vaccinés. Et donc, il faut aujourd'hui répondre à cela de la manière la plus simple, celle de la levée des brevets. Il faut arrêter le sur-profit de ces laboratoires. Je pense notamment aux trois principaux laboratoires qui réalisent 1000 dollars de profit par seconde.

C'est-à-dire, notre interview va durer quoi ? Une vingtaine de minutes ? Je faisais un petit calcul. C'est 1,3 million de dollars qui sont réalisés de profit uniquement par ces trois laboratoires le temps de notre discussion. Cela n'a pas de sens. Il faut lever les brevets. Des grands pays le demandent afin qu'il y ait des politiques de vaccination. C'est le moment plus que jamais. Oui, mais la France l'a dit par l'intermédiaire de son président de la République. Mais lorsqu'il y a une discussion au sein de l'organisation mondiale du commerce, la France ne s'est pas battue pour cela. Donc, il faut passer aux actes.

Être internationaliste, vraiment, c'est le moment plus que jamais de concevoir, si certains ont des doutes, que ce n'est pas dans le cadre uniquement national qu'on va régler ce problème-là. Mais il faut le faire en remettant en cause la règle du profit. Il accepte-t-on qu'en cette période où ce que vous avez pointé tout à l'heure est assez important, M. Demorand, que des laboratoires continuent à faire du profit, du sur-profit, de manière vertigineuse sur le dos de cette crise ? C'est absurde et c'est assez révélateur de ce capitalisme fou qui fait de l'argent avec tout, y compris avec le besoin élémentaire d'un vaccin.

2:56
Invité

Un mot sur le pass sanitaire. Il est désormais conditionné à l'injection de la troisième dose pour les plus de 65 ans. Ce sera pour tout le monde à partir du 15 janvier. Est-ce le moins pire des moyens, ce pass sanitaire, pour inciter les gens à aller se faire vacciner ?

3:08
Alexis Corbière

Nous ne sommes pas favorables au pass sanitaire parce que le pass sanitaire, c'est l'illusion de la protection. On l'a déjà dit plusieurs fois, alors qu'il faudrait au plus vite créer... Et c'était assez passionnant ce que vous disiez, M. Fontanet, quand vous l'aviez il y a deux, trois jours. Il faut aussi des politiques vraiment d'aérer les lieux publics. Nous, on a réclamé plusieurs fois, c'était presque un running gag contre nous quand on disait qu'il faut des purificateurs d'air, notamment dans les écoles. On proposait des sociétés en rapport au travail de roulement. Si vous prenez le métro, les gens s'entassent dans les stations de métro. Aucune réflexion, on a lieu là-dessus.

Et on est sur des discussions qui sont de courte vue. Et notamment même la question de la troisième dose. Par exemple, avant de venir à votre émission hier soir, j'ai essayé, moi qui ai 53 ans, de m'inscrire pour prendre la troisième dose. Je n'ai pas rendez-vous avant fin mars. C'est vrai que c'est très difficile. Oui, c'est très difficile. Donc on voit bien que c'est plus que très difficile. Et moi, je suis en plus quelqu'un qui arrive à utiliser Internet, etc. Et on sait très bien qu'avant de savoir s'il y a des gens plus jeunes qui sont moins exposés aux formes les plus graves de la vaccination, eux, peuvent parfois être les premiers à se vacciner.

Il faut surtout avoir des politiques publiques, je le répète, en direction de ceux qui ont besoin.

4:15
Invité

Et ceux qui refusent de se vacciner, vous feriez quoi ? Vous seriez au pouvoir aujourd'hui avec encore 6 millions de personnes qui refusent de se faire vacciner avec une épidémie qui est fulgurante, où on atteint 50 000 contaminés à ce jour.

4:27
Alexis Corbière

Mais ils ne sont pas responsables.

4:28
Invité

On fait quoi ? On ne fait rien ? On les laisse ? Vous ne voulez pas vous faire vacciner ?

4:31
Alexis Corbière

Je ne dis pas rien.

4:32
Invité

Non mais moi, je pose la question parce qu'on pourrait dire ça. On pourrait défendre chacun sa liberté et puis voilà.

4:36
Alexis Corbière

J'entends bien. Je suis favorable aux vaccins. Je suis pour des politiques publiques qui ne passent pas par ce type de contraintes parce que manifestement, il y a encore des résistances. Je suis pour par ailleurs qu'il y ait la gratuité des tests. Est-ce qu'on peut en dire deux mots ? Le fait que ces tests soient devenus payants pour ceux qui ne sont pas vaccinés a fait chuter les pratiques des tests de 43%. Bon, est-ce que c'est normal ? On va approcher les fêtes. C'est 44 euros en vaccins. Je veux dire, les plus jeunes, parfois qui sont les plus insouciants, qui ne sont toujours pas vaccinés. 44, un test, vous vouliez dire.

5:04
Invité

Un test ou un vaccin ?

5:06
Alexis Corbière

44, le test ? Oui, le test, oui. Vous avez dit le vaccin, le vaccin. Ah pardon, oui, pardon. Le test. C'est entre 25 et 44 euros. Ça peut monter jusqu'à 44 euros. On aura bien compris, pardon, que je parle du test. Et j'observe que depuis que les tests sont devenus payants pour ceux qui ne sont pas vaccinés, cela a chuté de 43%. Donc il faut tester, tester, tester. Là encore, c'était les consignes de l'OMS. Et on voit bien qu'il y a des mesures qui sont prises, qui ne vont pas dans ce sens-là. Donc voilà pourquoi je plaide. Et qu'on ne soit pas dans l'illusion seulement de montrer du doigt ceux qui ne sont pas vaccinés, comme s'ils étaient responsables du problème.

Je reviens à ce que je disais au début. Si on a des formes variants, si ça continue à circuler, c'est que c'est une épidémie ou une pandémie mondiale. Et qu'à l'heure actuelle, on ne donne pas les moyens à des continents entiers, à des pays entiers de se vacciner, ce qui empêcherait la circulation du virus.

5:48
Présentateur

Alexis Corbière, un certain nombre de pays ferme leurs frontières. C'est le cas, par exemple, d'Israël, du Japon, du Maroc. Faut-il songer à fermer les frontières extérieures de l'Union Européenne, se barricader à nouveau, comme ça a été le cas il y a quelques mois encore ?

6:05
Alexis Corbière

Je crois avoir répondu non. Mais il faut contrôler évidemment aux frontières. Quand vous arrivez à l'aéroport, il faut tester les gens. Ça, je n'y suis pas fermé. Mais fermer, cela n'aura pas de conséquences. Je vois d'ailleurs encore ce que nous disent, je ne cesse de les citer, l'OMS. Et par contre, il faut avoir la levée des vaccins. Est-ce que ça peut être entendu, la levée du vaccin ? M. Macron, vous l'avez dit, battez-vous là-dessus, afin que plus personne ne fasse du profit, afin que maximum de personnes puissent bénéficier de ce vaccin. Ce sera un élément de réponse.

6:29
Invité

Une question sur la Guadeloupe, sur les Antilles, où la contestation de l'obligation vaccinale et du pass sanitaire ont conduit à des émeutes et à des barricades. L'exécutif a repoussé l'obligation vaccinale au 31 décembre. Ça, c'est le calendrier. Sur le fond, Sébastien Lecornu n'a pas fermé la porte à une adaptation d'application de la loi sur l'obligation vaccinale. Est-ce que vous saluez ce geste du gouvernement ?

6:50
Alexis Corbière

Non, je ne salue rien. La Guadeloupe, premièrement, certes, il y a eu l'élément déclencheur qui est la question des vaccins. Mais on ne comprend pas ce qui se passe en Guadeloupe, si l'on perd de vue l'état de dégradation sociale, d'inégalité dans lequel est plongée cette île. Et aussi d'autres, je pense à la Martinique. C'est-à-dire que concrètement, 60% des jeunes sont au chômage. 30% des gens n'ont pas accès à l'eau. Léa Salamé, dans votre quartier, si 30% des gens n'avaient pas accès à l'eau, dans quel état serait votre quartier ? Il y aurait sans doute des barricades dans la rue. Personne ne l'accepterait. Et pourtant, on a plongé des gens de la Guadeloupe dans ces conditions.

Chômage, inégalité. Quand en France, on investit 176 euros d'investissement public pour un citoyen, c'est seulement 116 euros. Et c'est une société profondément inégalitaire, etc.

7:30
Présentateur

L'exécutif dit avoir investi 600 millions d'euros pour un nouvel hôpital public en Guadeloupe, 100 millions pour améliorer le réseau d'eau, 1,5 milliard d'euros pour lutter contre le Covid sur l'île, avec aussi 1300 professionnels de santé envoyés sur place depuis cet été. Est-ce vraiment un abandon en race campagne ?

7:47
Alexis Corbière

Oui, oui. Est-ce que vous savez que, notamment sur la question de l'eau, je pense à ma collègue Mathilde Panot, parlementaire, qui est allée sur place et qui a demandé que des mesures soient prises et qui n'a pas été entendue. Est-ce que, par exemple, vous savez qu'il y a des gens qui payent 70% dans leur facture d'eau qu'ils payent en Guadeloupe, c'est uniquement de l'eau qui est partie dans les sols parce que les canalisations sont dégradées. Nous avons demandé le déclenchement du plan Orsec pour qu'au plus vite, chaque Guadeloupéen qui est citoyen français, je le rappelle, et qui réclame l'égalité, puisse bénéficier de cet élément élémentaire qu'est l'eau.

Alors, évidemment, le gouvernement arrive avec des chiffres, mais qui sont, sur le terrain, peu appliqués et qui, de toute manière, ne rattrapent pas, pour l'instant, le grand retard. Vous savez, les enfants, il y a une part significative d'enfants en Guadeloupe qui n'est pas scolarisée depuis longtemps. Vous avez un chômage, je l'ai indiqué, extrêmement important. Une non-qualification de beaucoup de jeunes parce que le droit à la formation n'est pas respecté. Et le gouvernement, par l'intermédiaire de M. Lecornu, fait des manœuvres. Les gens réclament l'égalité sur ces points-là et il dit, ouvrons une discussion sur l'autonomie. Et il ne reste que quelques heures en Guadeloupe.

Je me demande ce que le ministre des...

8:41
Invité

Vous en pensez quoi, de son idée de l'autonomie ?

8:44
Alexis Corbière

Je trouve ça assez dingue que quand les gens réclament l'égalité, on vous cherche à détourner la conversation. Après, on peut discuter de quelle manière des mesures sont prises dans les dom-toms. Mais à ce stade, la mobilisation, ce qu'elle réclame, il faut l'entendre et pas chercher la manœuvre. Et je répète, pour quelles raisons le ministre est resté si peu de temps à Guadeloupe ? Qu'a-t-il de plus important à faire que d'apporter des réponses à ça ? Je rappelle que M. Lecornu a cette singularité d'être en même temps que ministre, d'être président du Conseil Général de l'Eure, de cumuler des responsabilités. C'est assez sidérant qu'on a comme ça.

Alors qu'on a des départements français qui sont dans une situation de tension extrême, d'un mépris qui a lieu. Je rappelle la pollution des nappes phréatiques avec la chlordécone. Je le dis à ceux qui nous écoutent, c'est qu'on ne comprend pas, parce que des fois, des gens s'interrogent, pourquoi la question du vaccin a fait exploser, je dirais, a exacerbé les tensions, si l'on oublie le cumul de difficultés dans lesquelles sont plongés nos concitoyens de Guadeloupe.

9:41
Invité

Et on le rappelle.

9:43
Alexis Corbière

Et je suis solidaire, moi, des mobilisations. Je pense qu'ils ont raison. Et ce qu'ils obtiendront, ils ne l'obtiendront que par leur mobilisation et leur détermination.

9:48
Invité

Pierre, Jean-Luc Mélenchon fait son grand meeting à la Défense le 5 décembre, samedi. Avant de parler du fond, quelles précautions vous prenez pour éviter que ce rassemblement se transforme en cluster ? Je vous pose la question à vous. On aurait Éric Zemmour qui fait un meeting aussi le même jour. On aurait posé la même question. Et elle se pose de manière générale à comment on va faire respecter la démocratie et les meetings, etc., alors qu'on est en plein d'épidémie.

10:11
Alexis Corbière

Ça, c'est un vrai sujet. Bon, nous, on respectera les consignes qui sont données par la préfecture. En l'occurrence, sans doute qu'il faudra porter le masque, etc. Mais vous savez bien qu'aussi dans la loi, les meetings politiques doivent pouvoir continuer à se tenir. Après, ce que vous pointez, c'est une vraie difficulté. C'est-à-dire que nous, on est ceux, et c'était la singularité un peu, la marque de fabrique de la campagne Mélenchon, on est ceux qui cherchent à démontrer notre force, notamment par des grands rassemblements populaires. Et c'est une vraie difficulté dans ce contexte de ne pas bien pouvoir le faire, ce qui amène sans doute à ce que la campagne doit continuer à progresser.

Et c'est indiscutablement un problème que nous avons. Vous pourriez me répondre, tous les candidats l'ont, oui, mais nous, on avait cette volonté, comment dirais-je, de donner à voir cette force populaire qui donnait confiance et qui, notamment lors de la dernière campagne, a amené à ce qu'on progressait, parce qu'on avait fait ces grands rassemblements populaires. Et j'avoue que c'est une réelle difficulté. Alors, il faut continuer à faire campagne, ce que nous faisons. Merci d'indiquer notre grand meeting. C'est à la Défense avec Jean-Luc Mélenchon, où on présentera notre Parlement de l'Union Populaire où des personnalités, des intellectuels viendront nous rejoindre.

Nous sommes en campagne et nous avons bon espoir, vous savez. Moi, contrairement au pessimisme parfois cultivé par certains, je pense que nous pouvons être au second tour. Nous pouvons être la force qui marche devant. Et il faut nous aider à cela. Et notamment, je m'adresse au milieu populaire, à l'obstentionniste qui doute. Venez nous aider.

11:24
Présentateur

Alors, au standard et sur l'application d'ailleurs, question sur la primaire populaire. Maud, bonjour.

11:30
Invité

Bonjour à tous.

11:32
Présentateur

On vous écoute.

11:33
Invité

Moi, je suis bénévole à la primaire populaire. Et on attendait une réponse de Jean-Luc Mélenchon, notamment pour y participer avant-hier. Et en fait, on déplore un peu ce silence parce que c'est un peu l'occasion de montrer que justement, vous êtes pour plus de démocratie participative et vraiment un front populaire écologique. Et on déplore en fait ce manque de reconnaissance de cette dynamique. Aujourd'hui, on est plus de 210 000 à avoir sollicité cette tenue de primaire populaire. Et voilà.

12:07
Présentateur

Merci Maud pour cette question. J'ajoute sur l'application d'Inter, celle de Julien. Pourquoi la gauche refuse à ce point la primaire populaire ? L'élection est déjà perdue sur vos égaux. Je n'irai pas voter s'il n'y a pas un candidat unique à gauche. Alexis Corbière, nos deux auditeurs, auditrices, auditeurs.

12:23
Alexis Corbière

Alors, bon, je veux leur parler avec fraternité. J'ai oublié leur prénom qui ne m'enveille pas. Mais je pars du principe que, comme moi, ils veulent le bien du pays et ils sont parfois inquiets du paysage qu'on leur présente. Mais les amis, ne cultivez pas vous-même le pessimisme ambiant et la démoralisation. Typiquement, ce que dit votre deuxième auditeur, c'est-à-dire que je n'irai pas voter. Julien. Bon, à quoi ça sert de dire ça aujourd'hui ? Alors que je le rappelle, au même moment où nous étions il y a 5 ans, dans les sondages, si on ajoute le score de nos amis communistes, etc., on est au même niveau que ce qu'on était il y a 5 ans.

Donc ne participez pas à cette ambiance qui consiste à dire de manière à c'est perdu, je ne fais plus rien. Faisons campagne. Je répète à mes amis de la première populaire, attention au raisonnement trop primaire et aux démarches pas assez populaires. Il est faux de dire qu'il faut une candidature unique de la gauche pour gagner. La gauche a déjà gagné en ayant 6 candidatures en 81 et 88 et aussi 6 candidatures, je crois, lorsque François Hollande avait été élu. D'accord ? Deuxièmement, quand il y a eu des primaires, ça n'a pas amené des choses très vertueuses, que ce soit en France ou à l'étranger. On peut regarder ça, ce que ça produit.

Troisièmement, mes amis de la première populaire, ce que vous nous proposez, je le prends au sérieux et je trouve que c'est, comment dirais-je, un candidat ou une candidate qui serait sur la base d'un programme tellement minimum qu'il y aurait tellement de flou que ça pourrait poser un problème. Et attention aux flous qui peuvent fabriquer des loups après. Par exemple, sur les conditions de la première populaire, elle ne dit pas un mot sur la question européenne qui me semble être une question de fond, je suis favorable. Qui vous distingue ? Non, mais ce n'est pas se distinguer. Si, si, si, le raisonnement est le suivant. Aujourd'hui, notre problème, ce n'est pas la division.

C'est faux de dire que la gauche est plus divisée que jamais. Elle l'a déjà été autant. Le problème, c'est la faiblesse de ce que sont les candidats à gauche. C'est la faiblesse de la gauche, ce n'est pas la division. Alors, la question de fond...

13:57
Invité

Pourquoi cette faiblesse ? J'entends bien. Vous entendez, on a déjà perdu au fond.

14:01
Alexis Corbière

Oui, mais ce n'est pas vrai.

14:02
Invité

On n'a pas un qui est au-dessus de 10%.

14:04
Alexis Corbière

Mais attendez, je vous dis qu'il y a 5 ans, au même moment, nous étions peu ou prou au même niveau.

14:07
Invité

Vous aviez les communistes avec vous, là. Vous avez une candidature communiste.

14:10
Alexis Corbière

Peut-être que les communistes pourraient nous rejoindre. Ça, ce serait utile, par exemple. Alors, justement, les communistes... Attendez, non, mais je ne veux pas faire de la tambouille. Je veux d'abord répondre sur le faux que... Ce que nous avons à répondre à Julien et à l'autre... Attendez. L'enjeu, c'est comment nous mobilisons les abstentionnistes qui, aujourd'hui, puisque sans doute que mes amis réfléchissent sur la base des sondages, la moitié des électeurs ne se prononcent pas et ce sont surtout des électeurs populaires. Il faut aller les convaincre sur la base de nos propositions.

Vous ne m'avez pas interrogé là-dessus, mais pour ce qui est de Jean-Luc Pélonchon, retraite à 60 ans, augmentation du SMIC, 1 400 euros net. Par exemple, moi, je suis porteur d'une loi pour le plafondement des frais bancaires. Est-ce que vous savez que chaque année, 8 millions de nos concitoyens subissent à peu près une ponction d'entre 7 et 10 milliards d'euros sur notamment vos comptes en banque ? Si vous faites un chèque à découvert, les banques vous ponctionnent, parfois entre 20 et 40 euros, etc.

14:53
Invité

En 2017, sur votre programme, vous vouliez taxer les hauts salaires à 90%, au-dessus de 400 000 de revenus. Mais Jean-Luc Pélonchon disait au-dessus de 400 000, je prends tout. Est-ce que c'est toujours d'actualité ? Vous assumez cette mesure ?

15:05
Alexis Corbière

C'est 65% désormais, ce que nous disons.

15:07
Invité

Donc vous êtes passé de 90 à 65 ?

15:09
Alexis Corbière

Pour ce qui est de la tranche supérieure, surtout...

15:11
Invité

Pourquoi ? Pourquoi vous avez diminué ?

15:12
Alexis Corbière

Parce qu'on a travaillé, notre programme, il a été amélioré, si je puis dire, affiné. Par contre, la grande idée, c'est qu'il y a 5 tranches actuellement d'impôt sur le revenu. Nous voulons passer à 14 tranches, un impôt plus progressif. Et je le dis dans une formule sympa à ceux qui nous écoutent, tous ceux qui gagnent 4 000 euros par personne nette verront la fiscalité réduite. Et par contre, c'est vrai que sur les plus favorisés, et ils existent, vous savez que le bilan d'Emmanuel Macron, c'est que les familles les plus riches ont eu leur fortune doublée depuis 2017. Ça, c'est quand même un drôle de bilan.

Alors qu'à l'inverse, vous avez aujourd'hui 10 ou moins millions, certains même disent 11 millions de gens qui sont passés sous le seuil de pauvreté, 8 millions de gens qui font appel à l'aide alimentaire, 12 millions de gens qui sont dans une situation de mal logement, etc. Et que ce qu'il faut pour ça, c'est une autre répartition des richesses. Cette idée forte, il faut la porter. On en revient à la réponse à mes amis de la primaire populaire. Si vous voulez mobiliser les milieux populaires, il faut dire des choses précises. Les gens en ont entendu des baratins. Pourquoi la gauche est aussi basse ? C'est que longtemps, des gens qui se disaient de gauche ont menti à nos concitoyens.

Vous avez le peuple qui est blessé là-dessus. Donc renouer la confiance, ça se fait sur des propositions précises. Donc garde aux illusions qui consistent à dire, on ne va pas dire grand-chose, les gens vont venir voter pour nous parce qu'on sera rassemblés. Ça ne marche pas. Et c'est vraiment pour laquelle, avec Jean-Luc Planchon, nous faisons campagne. Venez nous aider, c'est ça l'enjeu.

16:24
Présentateur

Bastien au standard. Bastien qui nous appelle de la belle ville de Toulouse. Bonjour Bastien. Bonjour. On vous écoute.

16:31
Locuteur non identifié

Alors donc, je voulais juste faire un petit... Même si le programme et les filles, pour moi en fait, est l'un des mieux ficelés pour faire face aux défis à venir. J'ai voté pour cela et les filles à la dernière élection et je serai prêt à le refaire à la prochaine. Mais le côté clivant de Jean-Luc Mélenchon, ça me met vraiment le doute. Et pourquoi ne pas changer de candidat ou l'avoir déjà fait ? Ce n'est pas trop tard pour le faire et du coup, ne pas se planter à la prochaine élection.

16:56
Présentateur

Merci Bastien pour cette question sur Jean-Luc Mélenchon. Clivant, trop clivant, dit notre auditeur. Alexis Corbière vous répond.

17:05
Alexis Corbière

Non, vous savez, être radical, c'est aller à la racine des problèmes. Ce que vous jugez clivant sans doute avec beaucoup de discours différents, c'est le programme. Quel que soit que ce soit moi... Non, là ce qu'il dit, c'est la personnalité. Non, non, non.

17:16
Invité

Vous avez entendu, il dit le programme est bien ficelé.

17:20
Alexis Corbière

Mais vous savez, la manière dont la personne est présentée, c'est toujours le même discours dans tous les pays. C'est souvent parce que nombre de gens ont des accords avec le programme et du coup, on diabolise la personne. Deuxièmement, Jean-Luc Mélenchon, vous savez, il a beaucoup... Moi, je suis un de ses amis depuis 25 ans. J'ai eu, il y a deux ans, beaucoup de discussions avec lui. Devait-il ou pas être candidat ? Les questions qui se sont posées, moi, je fais partie de ceux qui l'ont poussé à être candidat. Jean-Luc Mélenchon, c'est un homme synthèse.

C'est-à-dire qu'il arrive à être le candidat de gens qui viennent de l'écologie populaire, de gens qui viennent, comment dirais-je, du socialisme ancien, du communisme plus traditionnel, de l'extrême gauche, etc. D'accord ? Il arrive à produire un discours, écoutez-le et venez dimanche, qui arrive à ce que beaucoup de gens se reconnaissent là-dedans. Et contrairement à l'image ou du moins à la perception que vous avez, parce que souvent il est présenté comme ça, c'est un homme qui fait converger. Et c'est rare d'arriver à ça. Et à ce stade, il me semble qu'il était le meilleur pour porter notre programme là-dedans.

De plus, c'est un homme qui a un fort capital de confiance dans des milieux populaires, parce qu'il a été en combattant depuis 2017. Et c'est difficile de faire émerger, comme ça à l'occasion d'une campagne présidentielle, un candidat ou une candidate qui serait à un tel niveau de, comment dirais-je, de notoriété dans la population, ce qui est nécessaire pour aller chercher les milieux populaires abstentionnistes. Eux, leur problème, c'est pas la personnalité de Jean-Luc Blanchon, c'est le manque de confiance qu'ils ont et c'est aussi nos idées de...

18:35
Invité

Il n'y a pas que l'auditeur Bastien qui s'interroge sur ça. Il y a aussi Fabien, Fabien Roussel, le candidat communiste, qui décide d'y aller. Ça fait 15 ans que les communistes n'ont pas présenté de candidature. Il y va, Fabien Roussel, et il dit, « Si j'ai des points communs sur les idées avec Jean-Luc Mélenchon, sa manière de faire me dérange. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon de 2017 sont déçus par ses excès et ses positions, dit-il aussi, sur la laïcité et sur la sécurité. » Mais cette idée des excès du côté clivant, sa manière de faire, il le dit clairement, Fabien Roussel, qui l'a soutenu il y a 5 ans.

19:09
Alexis Corbière

Mais vous voulez quoi ? Que je profite de mon passage à France Inter pour avoir une discussion et un mot en direction de Fabien Roussel ? Ça sert aussi pour que Fabien et nous, nous continuions à faire ce que nous avons fait ensemble en 2012-2017, c'est-à-dire porter au plus haut la candidature de ce pôle populaire. Et cher Fabien, si tu m'écoutes, si on refaisait uniquement la même chose que 2017, on pourrait être au second tour. Ça vaut le coup ! Et peut-être que Jean-Luc Mélenchon, chez certains...

19:30
Invité

Comment vous calculez, pardon, si vous étiez ensemble ? Parce que là, vous êtes autour de 10. Lui, il est à 2. Oui, d'accord.

19:35
Alexis Corbière

Ça fait 10 plus 2, ça fait combien ? 12. D'accord. Et je vais vous dire, en fin novembre 2016, au même moment, Jean-Luc Mélenchon était à 12 aussi. Donc si on raisonne à froid sur la base des sondages, il n'y a aucune raison de se dire, à moins de cultiver le pessimisme ambiant qui est parfois de bon ton, et qui parfois fait le jeu d'Emmanuel Macron. Au secours, la gauche, ça ne sert plus à rien. D'ailleurs, le seul qui peut nous éviter d'avoir l'extrême droite, c'est voter pour moi. Moi, je ne participe pas à ce dispositif macroniste. Je ne cultive pas le pessimisme. Amis qui m'écoutez, on peut gagner. Arrêtez cette espèce de démobilisation générale.

Ce n'est pas vrai que l'affaire est perdue. On peut y arriver. Mais aidez-nous, mobilisez-vous, et venez nous aider, je répète et je martèle, à mobiliser les milieux populaires abstentionnistes. Nous sommes les seuls, parfois, à faire campagne. Je vais vous dire une chose. Moi, j'habite Montreuil, et j'habite Bagnolet, mais je suis aussi député de Montreuil. C'est des villes très politiques. Et j'observe que sur les marchés, à part quelques amis qui vendent l'humanité du PCF et la France insoumise, actuellement, il n'y a personne. Donc, comment dirais-je ?

Faire des petits clics, réunir l'entre-soi militant pour dire « Au secours, on a perdu » et ne pas comprendre qu'il faut se projeter vers ceux qui...

20:30
Invité

Mais les milieux populaires, ils sont soit abstentionnistes, soit à l'extrême droite, aujourd'hui, Alexis Cordier.

20:35
Alexis Corbière

Ils sont abstentionnistes, d'abord, s'il vous plaît. Ne les mettez pas vers l'extrême droite. Ils sont d'abord. Le premier comportement...

20:39
Invité

Regardez le profil des électeurs de Marine Le Pen.

20:43
Alexis Corbière

Le premier comportement électoral des milieux populaires, c'est l'abstention. Après, oui, il y a des gens qui sont gagnés par les idées racistes, indiscutablement, et qui sont tentés par Mme Le Pen. Il faut aller discuter avec eux. Mme Le Pen, est-elle vraiment la candidate des catégories populaires ? Je ne crois pas, parce que je pense qu'elle n'est pas favorable à l'augmentation de salaire.

20:58
Présentateur

Mais Nicolas vous pose la question à l'inverse. Pourquoi la gauche populaire n'arrive pas à entraîner les classes populaires captées en grande partie par l'extrême droite ? On peut le retourner. Qu'est-ce que vous ne faites pas ?

21:08
Alexis Corbière

Petit détail que j'ai rappelé tout à l'heure. Il fut un temps extrêmement lointain d'un homme qui s'appelait François Hollande, il a été président de la République, il dirigeait tout en France. L'Assemblée Nationale, le Sénat, la région, etc. Je sais que pour vous, c'est très ancien, sans doute que vous ne vous en rappelez plus, plus personne ailleurs. C'était en vérité il y a cinq ans. Et ce qui a été fait par ce gouvernement, dit de gauche, n'est pas conforme, selon moi, à ce que beaucoup de gens attendaient.

Ça s'est même terminé avec le fait qu'un Premier ministre comme Manuel Valls était favorable à ce qu'on puisse avoir la déchéance de nationalité, on a fait la loi de Combrie contre les salariés, etc.

21:34
Invité

Et donc c'est la faute de François Hollande si vous n'arrivez pas à capter les classes populaires ?

21:37
Alexis Corbière

Ce que je suis en train de vous dire, c'est que les gens, ils ont un minimum de mémoire. Et oui, effectivement, le fait de...

21:41
Invité

Ça ne vous a pas empêché de faire 19% la présidentielle, François Hollande ?

21:43
Alexis Corbière

Et pourquoi ? Parce qu'on s'est décalé par rapport à ça, précisément. Mais vous avez un doute qui s'est installé dans le milieu populaire. Donc renouez cette confiance dont je parlais tout à l'heure. Ce lien avec les milieux populaires. Ça passe notamment, et vous ne m'avez pas interrogé là-dessus, pour une sixième république. Vous savez, les gens, une idée forte quand on va faire du porte-à-porte. Moi, je suis pour le droit de révoquer les élus en cours de mandat. On n'est pas citoyen seulement une fois tous les cinq ans et après, on est en culot de courte civique, si je puis dire. Le droit de contrôler les élus, le droit de révoquer, ce serait une idée forte.

Donc aidez-nous à changer les institutions. La cinquième république, elle permet de gouverner. Même quand plus de 70% des gens ne viennent pas voter, vous pouvez être élu. Même quand seulement vous faites 14% ou 18% des électeurs inscrits comme Emmanuel Macron, vous pouvez être élu président de la république et concentré dans le monde de pouvoir.

22:22
Présentateur

Il faut abolir la monarchie présidentielle. Question Alexis Corbière. Je parle trop vite. Sur l'analyse que vous faites de l'entrée en campagne d'Éric Zemmour, de ce clip de 10 minutes, où il estime désormais devoir être candidat, non pas pour réformer la France, mais pour la sauver. Comment avez-vous vu, reçu ce propos ? La vidéo qui se termine par un « Vive la République et surtout vive la France ». Là aussi, cette phrase, ce « et surtout vive la France », comment le recevez-vous ?

22:50
Alexis Corbière

C'est très intéressant. Je vais commencer par la fin. J'avais écrit un livre qui s'appelait « Jacobin » et Éric Zemmour a fait une critique de mon livre dans « Le Figaro » et il disait « L'erreur de Corbière, c'est qu'il prend au pied de la lettre l'universalisme de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ». Et j'avais trouvé ça génial parce que oui, M. Zemmour, je prends au pied de la lettre l'universalisme de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et moi, je suis français et amoureux de ce pays parce que c'est le pays de la révolution française et de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Et donc, je suis républicain.

La France, si elle n'est pas républicaine, comment dirais-je ? A peu d'intérêt à mes yeux, si je puis dire, c'est surtout d'abord parce que nous sommes ici un pays politique dans lequel, quel que soit le lieu dont vous venez, la couleur de votre peau, vos convictions spirituelles, nous pouvons vivre ensemble sur la base d'un pacte politique. Donc, Zemmour est en désaccord avec ça et c'est un sujet passionnant. C'est ça qui amène à ce que des gens qui sont sur la ligne de Zemmour, dès la révolution française, étaient anti-républicains. Et il est le candidat de cela. Bon, donc classique et toute sa thématique, l'exil intérieur des Français a envahi la vague migratoire.

Je vous connais Nicolas Demorand, je sais que vous aviez, je dis ça parce que vous avez donné des archives au musée national de l'histoire de l'immigration sur notamment des journaux et la presse d'extrême droite qui prenaient, c'était, me semble-t-il... Oui, le site,

23:55
Présentateur

le journal anti-dréfusard.

23:56
Alexis Corbière

Et sur le lisé ensemble, si je puis dire, on retrouverait la même thématique de l'invasion de la France et de l'exil intérieur des vrais Français par je ne sais trop quelle vague d'immigration qui, bon... Ce que je veux dire par là, c'est le candidat avec une verve particulière et une violence verbale de l'extrême droite. Bon, après, dans la forme, je veux dire, ça se veut être un emprunt à De Gaulle et devant la BBC, mais c'est plus le maréchal Pétain devant Radio Paris, quoi. Le discours... Et surtout, à ceux qui nous écoutent, M.

Zemmour, il est pour faire travailler les gens jusqu'à 64 ans, il n'est pas pour augmenter les salaires, il n'est pas pour aider les services publics, c'est le candidat du MEDEF, la branche dure du MEDEF. Bon, les amis, pour ce qui est de la campagne qui vient, moi, je n'ai pas envie de commenter Éric Zemmour, de vous dire, il y a un programme, Jean-Luc Mélenchon, on peut créer l'événement, rassemblons-nous, notamment dimanche, on a notre grand meeting, c'est ça l'enjeu de la période. Rupture avec ce capitalisme fou, transition écologique, le social, la 6ème République, je vous assure, on peut marcher devant et créer la surprise. M. le député

24:56
Présentateur

de Seine-Saint-Denis, député LFI, la France Insoumise, Alexis Corbière, merci d'avoir été à notre micro ce matin. Et rendez-vous le 5 décembre. 47. 47.