"L'amitié n'est pas reconnue par l'État", regrette la député insoumise Clémence Guetté
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 81 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:35OuverteRéponse directe
Est-ce que l'État n'a pas autre chose à faire que de se mêler de nos relations amicales ?
- 2:48RelanceRéponse directe
Comment liez-vous la promotion de l'amitié à un combat politique anticapitaliste ?
- 4:31RelanceRéponse partielle
Pourtant, il y a un paradoxe : se paxer avec un ami pour payer moins d'impôts, c'est bourgeois.
- 7:40FerméeRéponse partielle
En effaçant une partie de la dette détenue par la BCE, cela impliquerait de quitter l'euro ?
- 8:17RelanceRéponse partielle
Est-ce que cela n'impliquerait pas une forme de Frexit déguisée ?
- 9:51RelanceRéponse directe
Si vous n'arrivez pas à convaincre vos partenaires européens, désobéirez-vous ouvertement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:58Invité politiqueFait
« l'amitié, c'est une valeur souple, gratuite, libre, extrêmement valorisée d'ailleurs dans notre société, mais qui n'est pas du tout reconnue par l'État, par la loi, etc. »
- 1:06Invité politiqueFait
« La famille traditionnelle, vous l'avez dit, elle est survalorisée. »
- 2:22Invité politiqueChiffre
« C'est 6 personnes sur 10 qui habitent hors du département de naissance de leurs parents »
- 2:26Invité politiqueChiffre
« 6 enfants sur 10 qui naissent hors du mariage »
- 3:39Invité politiquePromesse
« Je propose par exemple une série de congés. »
- 4:16Invité politiqueFait
« quand vous grappillez du temps sur le capital, sur la production, parce que vous vous attaquez avec un dispositif comme ça au code du travail, pour ajouter des jours de congé, je vous assure qu'idéologiquement, c'est un combat qui est situé. »
- 5:03Invité politiqueFait
« C'est en quelque sorte l'élargissement d'une forme de niche fiscale. »
- 5:40Invité politiquePromesse
« en 2027, avec la France Insoumise, avec Jean-Luc Mélenchon, on peut l'emporter. »
- 8:43Invité politiqueFait
« Non, c'est faux de dire que ça revient à un Frexit déguisé. »
- 8:47Invité politiqueFait
« Ce que nous disons, c'est qu'il y a déjà quatre pays de l'Union européenne qui demandent la même chose : la Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie. »
Temps de parole
- Clémence Guetté63 %
- Présentateur30 %
- ?7 %
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Benjamin Duhamel, votre invité justement députée insoumise du Val-de-Marne et vice-présidente de l'Assemblée Nationale. Bonjour Clémence Gaëté. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Je voudrais commencer par une valeur que l'on associe pas spontanément au monde politique.
C
'est un euphémisme et à laquelle vous avez pourtant décidé de consacrer un livre. Ça s'appelle « Pour une politique de l'amitié » aux éditions de La Découverte. Je résume en quelques mots votre thèse que vous allez détailler. L'amitié, contrairement à la famille dite traditionnelle, n'est pas assez soutenue par les pouvoirs publics et vous proposez d'y remédier. Avant de rentrer dans le détail, une question de principe. Est-ce que l'État n'a pas autre chose à faire que de se mêler de nos relations amicales ? Est-ce que c'est vraiment son rôle que de s'immiscer dans des espaces qui relèvent de notre vie privée, Clémence Gaëté ?
C'est une bonne question parce qu'en écrivant ce livre-là, j'avais conscience de marcher sur une sorte de ligne de crête. C'est-à-dire que l'amitié, c'est une valeur souple, gratuite, libre, extrêmement valorisée d'ailleurs dans notre société, mais qui n'est pas du tout reconnue par l'État, par la loi, etc. Le fait est qu'aujourd'hui, la famille traditionnelle, vous l'avez dit, elle est survalorisée. Le couple, majoritairement couple hétérosexuel, la famille avec des enfants, comme institution, prônée d'ailleurs par la droite, par les réactionnaires de tout temps et de toute époque, est accompagnée par l'État, par le système socio-fiscal, par les aides sociales, etc.
Or, aujourd'hui...
Pas seulement par la droite et avec aussi Clémence Gaëté comme objectif de faire en sorte que la démographie reparte,
que l'on puisse faire
des enfants pour financer le modèle social.
J'en
parle dans le livre, quand M. Macron parle de réarmement démographique sans s'intéresser une seconde aux causes, c'est-à-dire pourquoi on fait moins d'enfants aujourd'hui dans notre pays ? Peut-être que c'est la crainte du futur, le changement climatique, peut-être que les femmes ne sont pas du tout accompagnées pour le moment du postpartum, dans leur carrière, etc. Bref, aucune cause n'est remise en question, et M. Macron participe en ça, d'une bataille idéologique qui est celle de l'extrême droite. C'est une forme d'extrême-droitisation de la société que de revenir à cette famille traditionnelle.
Vouloir que les couples fassent des enfants, c'est un combat d
'extrême-droite ? Sans s'intéresser aux causes et donc sans leur faciliter la vie, oui, excusez-moi de le dire, c'est une bataille qui est celle de la droite réactionnaire. J'en reviens quand même au livre et à ce que je propose en positif, c'est-à-dire qu'il me semble qu'aujourd'hui, la façon de faire famille, je parle des familles choisies dans le livre, d'organiser nos existences a beaucoup changé. C'est 6 personnes sur 10 qui habitent hors du département de naissance de leurs parents, donc il y
a
un éloignement de la cellule familiale, 6 enfants sur 10 qui naissent hors du mariage, le mariage n'est plus du tout une condition pour faire famille, faire des enfants, etc. Et les femmes seules, ça ne vous aura pas échappé, depuis la loi sur la PMA, ont le droit de faire des enfants toutes seules, hors du couple. Et donc, il y a plein de nouvelles façons d'organiser son existence qui ne sont pas prises en cause par la loi, par l'État, pas accompagnées
par les politiques
publiques.
D
'où cette volonté d'organiser à l'échelle de l'État et des pouvoirs publics l'amitié. Sauf que là où on s'interroge quand on lit votre livre, c'est la façon dont vous le liez au combat politique. Vous expliquez que favoriser l'amitié, c'est mener un combat, je vous cite, anticapitaliste, que c'est aussi résister à l'extrême-droitisation. Que doivent comprendre ce matin ceux qui nous écoutent et sont capitalistes et votent pour l'extrême-droite que l'amitié,
ce
n
'est
pas pour eux
?
Alors, bien sûr que si, évidemment. Mais la façon de promouvoir des droits nouveaux, comme j'essaye de le faire dans ce livre, oui,
j
'estime que c'est un combat antifasciste. Je viens de vous expliquer pourquoi la famille traditionnelle, pas besoin de vous rappeler la devise de la France pétainiste, mais pourquoi la famille traditionnelle et la question de la natalité a toujours été associée à l'idéologie d'extrême-droite. Sur le version anticapitaliste, j'essaye de montrer dans le livre que prendre en compte de nouvelles configurations familiales, affectives, de solidarité matérielle, c'est s'attaquer d'une certaine façon au capital. Pourquoi ? Parce que je propose par exemple une série de congés. Je vous donne un exemple. Vous êtes une femme seule, vous avez décidé de faire un enfant seul.
Vous n'avez personne pour vous épauler dans votre postpartum. Vous pourriez choisir qu'un ami, une amie, soit là dans cette période
qui est particulièrement difficile.
C'est ce
qu
'on peut avoir, mais à
l
'anticapitalisme, est
-ce
qu'il n
'y a
pas une sorte d'obsession chez vous à plaquer tous vos schémas, quels que soient les sujets qui sont abordés
? Je vous assure
qu'à l'Assemblée nationale, on a eu par exemple un début de réflexion sur le congé qui s'appelle encore congé paternité. Je rappelle que deux femmes peuvent faire des enfants ensemble. L'appeler congé parentalité serait une chose. Mais aujourd'hui, quand vous grappillez du temps sur le capital, sur la production, parce que vous vous attaquez avec un dispositif comme ça au code du travail, pour ajouter des jours de congé, je vous assure qu'idéologiquement, c'est un combat qui est situé.
Alors,
vous dites que c'est une façon de mener le combat anticapitaliste. Pourtant, il
y
a un sort de paradoxe, puisque parmi les propositions que vous faites, il
y
a notamment cette idée d'une adoption sociale ou d'un paxe amical, sur le même modèle que le paxe dans un couple, qu'il soit d'ailleurs hétérosexuel ou homosexuel, avec les mêmes droits fiscaux. Donc, se paxer avec un ami pour payer moins d'impôts. Mais c'est effroyablement bourgeois, ça, Clémence Guettet, comme modèle.
Oui,
alors j
'en parle. Donc, en fait, vous passez
la journée à vouloir, comment dire, tuer les niches fiscales, faire en sorte que
les Français payent plus
d'impôts, et là, c'est payer moins d'impôts
grâce à ses amis.
Je parle évidemment de cette contradiction, parce que j'en étais moi-même consciente. C'est-à-dire que c'est en quelque sorte l'élargissement d'une forme de niche fiscale. Une niche fiscale relative, parce que je parle de l'héritage pour les ascendants, les descendants, qui devraient pouvoir être ouverts à, en effet, un partenariat social. Le partenariat social, la première chose,
c
'est que ça ouvre des droits, mais ça ouvre aussi des obligations de solidarité matérielle, c'est-à-dire en cas d'endettement, en cas de galère dans la vie, etc. Autre chose, dans le PACS que je propose, je supprime le critère de cohabitation. Les gens n'habitent plus nécessairement ensemble. Et je le dis aussi, évidemment, ce livre,
pour moi, j'arrive à la réponse qui vous intéresse. J'arrive à la réponse qui vous intéresse. Ce
livre a été stimulant pour moi à écrire, parce qu'en 2027, avec la France Insoumise, avec Jean-Luc Mélenchon, on peut l'emporter. Et j'espère qu'on va l'emporter. Donc, ces
droits de cohabitation peuvent être appliqués. Et dans ce cas-là, les amis pourront se faxer et payer moins d'impôts.
Une réforme, une révolution fiscale peut être accolée à ça aussi. Et par ailleurs, des études montrent que ces préoccupations, elles sont parfaitement transclasses. Évidemment, des gens aisés, riches, bourgeois, à peu près comme tous les gens qui sont autour de cette table.
Et
je m'inclure
là-dedans. Évidemment,
nous avons des privilèges et ça permettrait de favoriser, en quelque sorte, l'héritage pour des amis, etc. Sauf que même les gens qui n'ont pas grand
-chose.
Faire hériter, quand vous avez une famille choisie de cœur, qui n'est pas vos enfants directs ou vos parents. Faire hériter,
par exemple, des
bouquins de votre bibliothèque, c'est une préoccupation
qui est partagée largement.
On pourra se paxer avec un ami, mais pas plusieurs
?
Non, c'est réservé à une personne. Il
faut bien le choisir,
alors.
Oui, tout à fait. Faites votre réflexion. Je vous assure qu'il y a plein de gens pour qui c'est tout à fait possible de choisir ça. Et je le dis, en fait, j'ai écrit ce livre parce qu'il y a trop de souffrances qui sont générées aujourd'hui par l'absence de droit. Votre meilleure amie décède, vous êtes sommée de retourner au boulot le lendemain alors que vous en êtes parfaitement incapable. Votre belle-sœur que vous voyez une fois l'an ou dont vous êtes potentiellement moins proche décède, vous avez le droit à des jours de congé. Je trouve que c'est anormal.
Un mot avant de parler de la dette et de la question soulevée par Dominique Seux, vous avez des amis de droite ou pas ?
Oui.
Ah, d'accord.
J'en ai peu. J'en ai peu parce que...
En
fait, c'est malgré le fait qu'ils soient de droite, vous êtes amis avec eux.
J'en ai peu et je vais vous expliquer pourquoi. Je pense que ça paraît intuitif pour beaucoup de gens. Il me semble que dans des amitiés, quand on veut que les relations soient amples, on arrive très vite à des sujets où forcément il y a des formes de désaccord. En plus, je suis une responsable politique, je suis obsédée par la politique, comme là aussi plein de gens autour de cette table. J'en parle beaucoup. Donc, je politise y compris mes rapports amicaux. Mais il me
semble que c'est
important aussi de sortir d'une forme de bulle. C'est pour ça que j'ai plein d'amis qui ne font pas de politique et que j'ai aussi des amis qui ne partagent pas mes idées.
Après, des amis de droite, dans votre esprit, c'est qui vote Emmanuel Macron.
Je ne vous dirai pas pour qui vote, mais je
vous assure que c'est encore plus de droite qu'Emmanuel Macron.
Bien. Je voudrais, Clémence Guettet, pour terminer, qu'on parle de la question de la dette. Dominique le disait, vous défendez l'idée d'en effacer un peu moins d'un cinquième, la part détenue par la Banque de France. On a beaucoup parlé de la question des conséquences sur l'inflation, des conséquences sur les taux d'intérêt. Je voudrais qu
'on
s'arrête, comme Dominique l
'a
fait, sur la question de l'appartenance à l'Union européenne. Je vais vous citer une phrase. Ouvrez les guillemets. Vouloir annuler les dettes détenues par la BCE et la Banque de France signifierait quitter l'euro.
Qui
disait cela ? C'était l'ancien gouverneur de la Banque de France,
François Ville-Roy de Gallo. Et Dominique Cheux, d'ailleurs.
Oui, qui n
'a
pas exactement les mêmes fonctions, du moins pas encore. C'était pendant le Covid. Vous pouvez dire que vous avez envie d'annuler une partie de la dette. On peut avoir un débat sur la faisabilité. Est-ce qu'il ne serait pas plus clair et plus simple d'assumer auprès des Français que cela impliquerait de déroger aux règles européennes et donc une forme de Frexit déguisée ?
Non, parce que c'est faux. Mais en fait, on est content que ce débat agite la rentrée. Je pense que c'est un débat absolument essentiel parce qu'on va faire un automne budgétaire où, comme chaque année, toutes les forces politiques, sauf nous, vont faire un chantage à l'austérité, aux coupes budgétaires,
dans tous les services publics. Non, mais ce n'est pas ma question, c'est mon objectif.
En quoi est-ce que
c'est faux que de dire... Permettez
-moi de vous faire ma réponse. Et donc, non, c'est faux de dire que ça revient à un Frexit déguisé. Ce n'est pas notre intention. Ce que nous disons, c'est qu'il y a déjà quatre pays de l'Union européenne qui demandent la même chose. La Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie a demandé la
même chose. Qui demandent une annulation de la dette détenue par les banques centrales nationales. Mais vous,
figurez-vous que, par la BCE, figurez-vous que beaucoup de pays européens y ont intérêt, refusent cette politique d'austérité qui a ensuite rejailli
sur les budgets nationaux. Donc, Clémence Guettier, Jean-Luc Mélenchon, président, va
appeler Georgia Meloni pour se mettre d'accord au
sein du Conseil européen ? Mais figurez
-vous que nous allons faire de la diplomatie au niveau de l'Union européenne. Oui, parce
que nous
avons l'intention de désobéir sur de nombreux points. Ça ne vous aura pas échappé. Le libre
-échange,
pouvoir faire de la production souveraine sur le territoire national, industriel, agroalimentaire. Il va y avoir beaucoup
de points de négociation. Et ce
mot de désobéissance, si, Clémence Guettier, vous n'arrivez pas à convaincre vos partenaires européens, à ce moment-là, que se passe-t-il ?
Mais alors, c'est toujours la même chose. Vous nous demandez de désarmer avant d'avoir mené la moindre bataille. Nous pensons
que d'autres pays
européens y ont intérêt.
Et
que donc, on pourra être écouté sur cette question. Et par ailleurs, la BCE peut être utilisée davantage comme un outil politique de lutte contre la spéculation
financière. Et nous avons l
'intention de le faire.
Clémence Guettier, est-ce que si vous n'arrivez pas à avoir un accord avec vos partenaires européens, est-ce que ça pourrait impliquer de dire, dans ce cas-là, on désobéit ouvertement ? Et ça revient à ce qui était une forme de débat, qui est de dire, plan A, on réussit à les convaincre. Plan B, si on ne respecte plus les règles de l'Union européenne, on s
'en
va.
Le programme sera présenté très bientôt. Donc, vous aurez exactement notre plan pour l'Union européenne. Mais si votre question, c'est, est-ce que vous avez l'intention de faire un Frexit ? Ma réponse, elle est très claire aujourd'hui. C'est non. Nous comptons mener des négociations au sein de l'Union européenne. Je le redis, d'autres pays y ont intérêt. Ils sont dans la même situation budgétaire que nous. In fine,
c
'est les Français qui payent.
Merci beaucoup, Clémence
Guettet. Je
rappelle le titre de votre livre pour une politique de l'amitié aux éditions de La Découverte. Clémence Guettet qui a donc des amis de droite.
Merci, Benjamin Diamel. A tout à l'heure.
Clémence Guetté