Édouard Balladur : Retour sur la carrière d'un homme d'État
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 35 %Attaque 40 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 87 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteÉludée
Vous auriez faim à un bon président
- 1:04ComplaisanteRéponse directe
A bon entendeur, salut Jean-Luc Mélenchon
- 2:13OuverteRéponse directe
Ce désarroi profond de la France a mené Marine Le Pen jusqu'au deuxième tour
- 4:48OuverteRéponse directe
Vous avez craint que Marine Le Pen puisse accéder au pouvoir
- 5:16OuverteRéponse partielle
Emmanuel Macron, plus jeune président de la Ve République, bouscule les Français
- 6:28OuverteRéponse directe
La France est difficile à gouverner
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:24Invité politiqueFait
« elle est en déclin. »
- 0:52Invité politiqueFait
« la 5ème République a permis le redressement de la France il y a 50 ans »
- 3:29Invité politiqueFait
« les élections présidentielles n'ont pas été organisées comme il le fallait. Je ne parle pas de celles-ci, mais aussi des précédentes. »
- 3:39Invité politiqueFait
« avec les primaires, ça a duré un an, 18 mois, a généré une profonde lassitude dans l'opinion publique. »
- 3:49Invité politiqueFait
« Il y a trop de candidats. »
- 6:41Invité politiqueFait
« La France est allée tellement loin dans les voies de la redistribution, des droits acquis, des avantages sans cesse étendus aux dépens des finances et des possibilités économiques »
- 9:36Invité politiqueFait
« Le gouvernement français est prêt à apporter tout son concours à leur libération. »
- 10:34Invité politiqueFait
« J'espère avoir été, oui, meilleur ministre que candidat. En tout cas, plus mauvais candidat que ministre. »
- 15:42Invité politiqueFait
« sur le plan de la politique étrangère, il a mené une politique que pour l'essentiel, j'approuve. »
Temps de parole
- Édouard Balladur39 %
- Invité24 %
- Présentateur11 %
- ?8 %
- Locuteur 27 %
- Invité 23 %
- Locuteur 63 %
≈ 60,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Vous auriez faim à un bon président
?
Je ne sais pas, j'aurais espéré être un bon président si j'avais été élu.
Ce dialogue est passionnant, un dialogue qui couvre 60 ans de vie politique, bilan de la 4ème République, analyse des gouvernements successifs de la 5ème. Vous êtes tous les deux plutôt nuancés, modérés, et pourtant vous dressez un portrait sans concession d'une 5ème République en déclin
? Oui,
elle est en déclin. D'abord, permettez-moi de vous dire, j'espère ne pas être modérée. Parce qu'il y a un parfum de fadeur dans la modération. J'espère être objectif.
Il n
'y a
pas de provocation, c'est ce que je voulais dire.
Voilà. Pourquoi est
-ce
que nous avons fait ce livre ? Enfin, pour ce qui me concerne, je tenais à dire les mérites de la 5ème République à un moment où il n'était question que de 6ème République, parce que tout allait mal à cause d'elle.
Et
en effet, je crois que la 5ème République a permis le redressement de la France il
y
a 50 ans
et
qu'elle a des vertus qui sont indispensables, non seulement dans le présent, mais dans l'avenir.
A bon entendeur, salut Jean-Luc Mélenchon.
Oui, si vous voulez. Entre
autres. C'était un thème très à la
mode,
vous
savez. Très à la mode. Et en fait, on a constaté que les institutions étaient peut-être bonnes,
pas
peut-être sûrement,
mais que les hommes
qui les utilisaient n'étaient pas toujours tout à fait adaptés.
Et
dans ces conditions, je ne voudrais pas que la critique des politiques qui ont été menées rejaillisse sur la qualité des institutions,
qui
à mon avis sont solides et méritent d'être maintenues.
Vous
partagez
ce qu'on a ?
Sur les institutions, je crois qu'on était assez en phase. Sur les conclusions en tirée, je crois aussi. Sur les événements et sur les
hommes. Il y a des divergences.
Chacun a son point de vue, comme c'est normal.
D
'ailleurs, c'était fait pour ça. Et je dirais que d'une certaine manière, le fait que sur les politiques menées à un moment donné, et sur les hommes qui les incarnaient, ou les femmes, on ne soit pas forcément d'accord, ça ne donne que plus de poids à la conclusion commune que la Ve République, c'est quand même le moins mauvais des régimes possibles en France.
Il n'empêche, Edouard Balladur, vous parlez d'un désarroi profond de la France. Ce sont les termes que vous utilisez, désarroi qui a, entre autres, mené Marine Le Pen jusqu'au deuxième tour de la présidentielle.
Je
suis la candidate du pouvoir d'achat. Vous êtes le candidat du pouvoir
d
'acheter. Vous êtes la coproduction du système que vous dénoncez, parce que vous en vivez. Vous êtes son parasite. À plat ventre. Mais Madame
Le Pen,
moi, je suis debout. Mais pour être debout, je n'ai pas besoin de salir. D'accord. Je, oui, d'accord,
d'accord.
De toute façon, la France sera dirigée
par
une femme, ce sera ou moi ou Madame Mère. Ce que vous proposez, comme d'habitude, c'est de la poudre de perlimpinpin.
Je vois que vous
cherchez à jouer avec moi à l'élève et au professeur, mais en ce qui me concerne, ce n'est pas particulièrement mon truc. La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi. Vous êtes jeune, jeune à l'extérieur, mais vieux à l'intérieur.
Parce
que vos arguments ont le double de votre âge, mais enfin... Mais elle
vous sérieuse.
La schlag.
Et
avec moi, pas la schlag. N'ayez pas ce genre de terme, Madame Le Pen, ça pourrait prêter à quelque ambiguïté venant de
vous.
Ce débat, il vous a tous les deux marqué par sa violence
?
Marqué, non, surpris. Surpris. Surpris.
Et
j'espère qu'on ne reverra pas trop souvent ce type d'exercice.
D
'ailleurs, je pense de façon générale que les élections présidentielles n'ont
pas
été organisées comme il le fallait. Je ne parle pas de celles-ci, mais aussi des précédentes.
Et
que ce trop-plein,
à
la fois de campagne, parce qu'avec les primaires,
ça
a duré un an, 18 mois, a généré une profonde lassitude dans l'opinion publique. Et d'autre part, je considère qu
'il
y a... Trop de candidats. Enfin, comment le dire ? Il y a trop de candidats. Voilà.
J'ai trouvé que le duel de l'entre-deux-tours, qui restera quand même. Parce que jamais aucun duel de l'entre-deux-tours...
Oui, mais jamais aucun duel
de
ce genre
n'avait ressemblé à ça. Je pense qu'en même temps, il était, si j'ose dire, libérateur. C'est-à-dire qu'on voyait vraiment pour la première fois Marine Le Pen sous son jour véritable. Et je trouve que c'est une bénédiction que tous les Français aient pu l'avoir sous son jour véritable. Je pense qu'elle ne s'en relèvera jamais. Jamais.
Je
pense que son image présidentielle, enfin, ce qu'elle appelait ou ce qu'elle croyait de son image présidentielle, s'est désintégrée ce jour-là. Quant aux conclusions générales à en tirer, visiblement, les primaires ont mal fonctionné. Et en particulier des deux côtés,
on
a vu qu'elles avaient tendance à favoriser le candidat le plus extrême de chaque côté. Et d'autre part, évidemment, je suis tout à fait d'accord, 18 mois de campagne, c'est totalement déraisonnable. Cela dit, les améliorations ne sont pas non plus évidentes à trouver.
Vous
avez craint que Marine Le Pen puisse accéder au pouvoir
?
Non, je crois... J'étais persuadé que ça ne serait pas le cas et que, dès lors qu'on assistait à
ce
débat,
l'issue n'en faisait aucun doute.
Emmanuel Macron, plus jeune président de la Ve République, qui détroune peut-être Valéry Giscard d'Estaing dans la catégorie du président moderne, comme vous aimez à le portraitiser dans ce dialogue, un président qui n'hésite pas à bousculer les Français.
Les
Françaises et les Français détestent les réformes. Dès qu'on peut éviter les réformes, on ne les fait pas.
C
'est un peuple qui déteste cela.
Il
faut lui expliquer où on va,
et
il faut lui proposer
de
se transformer en profondeur.
Il
a raison quand il dit que les Français n'aiment pas
les
réformes
?
Je
ne sais
pas, je ne dois pas avoir l'esprit assez subtil, mais je n'ai pas très bien compris la différence entre les réformes et les transformations. Alors, une fois qu'on me l'aura expliqué, je pourrais peut-être vous répondre plus précisément.
Alain Duhamel, vous vous dites, ils aiment la nouveauté, mais ils n'aiment pas le changement.
Oui,
mais moi, je suis
tout
à fait d'accord avec lui sur le fait qu'instinctivement, les Français n'aiment pas les réformes. Ça ne veut pas dire que les Français, que les réformes ne puissent pas se faire en France. D'ailleurs, le paradoxe d'Emmanuel Macron, il y en a beaucoup, mais enfin, notamment, le paradoxe d'Emmanuel Macron, est qu'il dit d'un côté, les Français n'aiment pas les réformes, et même, ce pays est irréformable, et d'un autre côté, il lance un programme de réformes gigantesque, en disant, mais moi, je vais réformer. Autrement dit, lui, il va réformer un pays qu'on ne peut pas réformer. C'est formidable, parce que ça prouve vraiment qu'on a un personnage inouï à l'Élysée.
La France est difficile à gouverner, Edouard Balladur
?
Écoutez, non, je ne crois pas, je ne suis pas du tout de cet avis. Pour reprendre le débat sur les réformes, le problème, il est le suivant. La France est allée tellement loin dans les voies de la redistribution, des droits acquis, des avantages sans cesse étendus aux dépens des finances et des possibilités économiques,
que
les réformes prennent un tour nécessairement désagréable en France.
Parce
que ça consiste très souvent à retirer quelque chose à toute une catégorie de la population. Donc, ça n'est pas facile. Mais je pense
que
quand on explique les choses, on peut y parvenir
et
que c'est une question de volonté et de courage.
Un peu à partir de la moitié de votre ouvrage commun, vous avez des pages passionnantes, tous deux, et vous en particulier, M. Balladur, sur votre relation cohabitée avec François Mitterrand. Le président, note Alain Duhamel, disait beaucoup de bien de vous en privé sur votre culture, sur votre attitude vis-à-vis de sa maladie. Vous aviez connu une situation voisine avec Georges Pompidou. Et pourtant, il y
a
une certaine crispation qui va se matérialiser dès lors que s'avérera au grand jour votre rivalité naissante avec Jacques Chirac pour la future présidentielle. Ça se manifestait comment, cette crispation ? On a quelques scènes célèbres, mais vous, dans le quotidien, votre quotidien avec le président de la République.
Il y a eu deux périodes. Je crois qu
'il
y
a
eu une première année qui s'est passée dans des conditions, je ne dirais pas faciles, mais enfin parfaitement normales et
même
parfois agréables.
Et
puis,
il
y a eu une certaine tension qui est née à partir de
la
mi... 95
? 95
?
Non, 94. 94. Oui,
94.
Il
y a plusieurs phénomènes qui ont sans doute joué. Les choses semblaient aller un peu trop bien pour lui. Pour moi,
pardon. Oui, ça sert à ses yeux.
Pour moi. Et lui, il
y
a même avait des ennuis de santé qui étaient importants.
Et
même s'il reconnaissait que ma conduite n'avait rien de répréhensible envers lui à ce moment-là, ça suscitait en lui une certaine irritation. Puis peut-être ai-je commis une ou deux maladresse par inconscience d'ailleurs, et pas du tout parce que je l'ai voulu.
Mais
c'était un homme assez volontiers, soupçonneux.
Et
puis, je pense qu'il s'est passé ce qui se passe. Nous nous sommes en quelque sorte un peu lassés l'un de l'autre.
Ah
oui ? Je pense
qu
'il
arrive.
Comme dans un couple.
Va
naître votre idée d'être candidat à la présidence. Et il y a notamment cette déclaration, le 25 décembre 1994. On vient d'apprendre la prise d'otages à bord d'un Airbus sur les pistes de l'aéroport d'Alger. Vous êtes à Chamonix. On vous voit en canadienne et en écharpe. Mais vous vous adressez très solennellement aux Français.
Nous
devons penser tout spécialement
aux
otages depuis hier sur l'aéroport d'Alger. Le gouvernement français
est
prêt à apporter tout son concours à leur libération.
Mais
il faut qu'on le lui demande. Car ça se passe sur le territoire d
'un pays
étranger.
Mais
nous devons penser à eux.
C
'est cela une nation.
Une
nation, c'est le contraire de l'égoïsme. Ça consiste à s'occuper
de
ceux qui sont dans la difficulté et
dans le danger.
On
a le sentiment dans le livre que c'est entre autres au sortir de cette déclaration et de cet épisode que décidément
vous
décidez d'être candidat.
J'avais quelques prémonitions, si je puis dire.
Il ne faut pas
être hypocrite quand même.
C
'est quelque chose qui
me
venait à l'esprit. Mais il m'a semblé à ce moment-là que la presse a été tout à fait positive. Et
c
'est ce qui a conduit au fait que j'ai pris ma décision.
Et vous pensez que vous avez été meilleur ministre que candidat
? C
'est ce qu'on dit en général.
Et
je crois, oui. J'espère avoir été, oui, meilleur ministre que candidat. En tout cas, plus mauvais candidat que ministre.
J
'aimerais qu'on regarde ensemble quelques images de l'époque qui ont marqué les esprits.
Au terme de son trajet, Edouard Balladur, qui a pris quelques fois le métro, a voulu livrer ses impressions de voyageurs.
Je
trouve qu'il fait chaud.
Non, ce n
'est
pas tellement le bruit. Il fait chaud.
Mais enfin, il paraît qu'on va avoir des métros climatisés dans l'an 2000.
Or, c'est demain, l'an 2000. C'est M. Jospin et M. Chirac qui seront au présent.
Je
vous demande de vous arrêter.
Je
vous demande de vous arrêter.
On
vous appelait le candidat des chapeaux à plumes. Est-ce que vous avez des regrets sur cette période de votre vie
? Est-ce que vous pensez ne pas
avoir été assez proche des Français
?
Écoutez, c'était curieux qu'on m'ait appelé le chapeau à plumes. Je m'en explique, d'ailleurs,
parce
que j'avais tout le monde contre moi. En
fait,
le président de la République, les présidents des deux assemblées, les présidents des groupes parlementaires, les présidents de l'UDF et du RPR, tout le monde contre moi. Et comme je l'écris, que j'ai pu passer pour le candidat des chapeaux à plumes en pareille circonstance, prouve que vraiment, je ne
suis
pas très doué pour la communication. Vous
trouvez ça injuste, Alain Duhamel, qu'il nous reste justement... On voyait Édouard Balladur qui regardait ces images et qui disait « Ah, en voyant le métro, qu'il nous reste ça ?
»
Bon, ça, c'est la règle des campagnes. En règle générale, les images qui reviennent et qui tournent ensuite sont rarement au bénéfice de ceux qui étaient candidats. Non, ce qui est... Moi, j'ai toujours considéré qu'Édouard Balladur avait été un bon Premier ministre et qu'Édouard Balladur avait été un moins bon candidat. C'est ce que je pensais à l'époque, c'est ce que je pense aujourd'hui. Ça n'est pas un monopole qu'il détient, d'ailleurs. Si vous vous rappelez, Raymond Barr avait gouverné du mieux qu'il pouvait et n'avait pas fait une campagne absolument idéale.
Et Lionel Jospin, qui avait également très bien gouverné et qui, en plus, avait fait preuve d'une grande autorité alors même qu'il disposait d'une majorité disparate et émiettée, néanmoins, a fait une campagne qui était extrêmement décevante. Mais ce
que
je conclue, tout ça, c'est d'une part que,
j
'allais dire modéré, que les candidats non-extrémistes sont toujours handicapés par nature parce qu'ils cherchent à dire des choses raisonnables et susceptibles d'être mis en œuvre et que c'est plus facile d'être Marine Le Pen ou Mélenchon ou Benoît Hamon que d'être Édouard Balladur, Raymond Barre ou Lionel Jospin. Bon, ça, c'est la première chose. Et la deuxième, c'est que, sans exception, tous ceux qui exercent le pouvoir déterminant à un moment, qu'il soit le président sortant ou qu'il soit le Premier ministre en période de cohabitation qui a eu l'essentiel du pouvoir intérieur, sont toujours désavantagés au moment du vote pour les raisons que je vous disais tout à l'heure.
Ils ont fait des réformes, ils ont mis leurs réformes en
œuvre.
On n'en a pas encore vu des effets positifs et ils sont sanctionnés.
De la même manière, vous dites que les bons candidats ne font pas forcément les bons gouvernants. Vous pensez à qui ?
Je pense à beaucoup de bons candidats. Je pense que...
Nicolas Sarkozy ? Emmanuel Macron
? Je pense que...
Emmanuel Macron, Emmanuel
Macron, ce serait parler un peu vite quand même.
Nicolas Sarkozy par exemple.
Clairement, Jacques Chirac a été un formidable candidat. Étonnant. Et à plusieurs reprises. Et moi, je l'ai vu je ne sais pas combien de fois faire des campagnes de tout genre. Et je pense que ça n'a pas été le meilleur de nos présidents.
Vous
confirmez, Edouard Balladieu
?
Il y a eu trois premiers ministres de cohabitation. Tous les trois ont été candidats à
l
'élection présidentielle. S'ils prouvent que c'est une sorte de...
Quand on est à matinée,
on plant le goût du pouvoir.
Et tous les trois ont été battus. Vous voyez que ce n
'est
pas une spécificité
qui
me soit propre. Pourquoi ? Parce que, en fait, quand on exerce le pouvoir et qu'on est sortant, et un premier ministre de cohabitation est insortant plus que le président, qui n'est pas insortant puisqu'il n
'a
pas eu le pouvoir dans ces cas-là,
a
beaucoup de mal à faire autre chose que défendre son bilan.
Ce n'était pas tout à fait ma question,
Edouard Balladieu.
Oui,
j'ai compris. Vous
auriez fait un bon président
? Je
ne sais pas. J'aurais espéré être un bon président s'il avait été élu. Mais
je ne
peux pas le savoir.
Votre intuition ? Je ne
veux
pas faire de politique fiction, mais c'est un fait qu'on voit bien qu'elles sont parmi les gouvernants ceux qui ont, d'une part,
de
l'autorité et ceux qui ont une conception organisée de ce qu'ils souhaitent faire. Ils sont peu nombreux ceux-là. Malheureusement,
ils
sont peu nombreux et ils ne sont pas toujours au pouvoir.
Vous
n'êtes pas d'accord au sujet de Nicolas Sarkozy. Vous êtes plus indulgent qu'Alain Duhamel avec Nicolas Sarkozy. En revanche, vous êtes sévère avec François Hollande, Edouard Balladieu.
Sévère ? Je reconne non. Je dis que sur le plan de la politique étrangère, il a mené une politique que pour l'essentiel, j'approuve.
Mais vous dites sur sa vie privée, il aurait dû renoncer à vivre sa vie quand il l'entendait.
On vit sous le regard de l'opinion publique. Vous avez montré des images. Il suffit que je dise que j'ai chaud quand je sort du métro pour que ça soit réunieux à ma charge. Il faut faire très attention à tout ce qu'on dit.
N
'est-ce pas
?
Voilà, c'est tout. Je trouve surtout de façon plus fondamentale, c'est un homme très intelligent et
tout
à fait capable, mais il me semble qu'il parlait trop
et
de trop de sujets.
Il voulait être le président normal et vous dites le vrai président normal,
c
'était Georges Ponquidou.
C
'est la conclusion à laquelle vous arrivez.
Dans
le livre, vous évoquez également l'affaire Karachi. Quelques lignes y sont consacrées. Vous êtes mis en examen depuis la fin mai, soupçonné d'avoir financé une partie de votre campagne présidentielle de 14h30. grâce à des rétrocommissions sur des contrats d'armement. Une affaire qui, dites-vous, dure depuis 23 ans
et
vous déplorez une mise en cause incessante dans la presse au mépris des droits de la défense, de la présomption d'innocence et du secret de l'instruction. 23 ans,
ça
n'en finit plus ? C'est le sentiment que vous avez ?
Oui, enfin, 23 ans, ce n
'est
pas tellement le problème parce qu'après tout, si on a fait quelque chose de mal, que ce soit au bout de 23 ans ou pas, il est normal qu'on en parle. Ce n'était pas tout à fait dans mon sujet, mais j'ai tenu quand même à l'évoquer en quelques lignes.
Pourquoi
est-ce que je l'ai fait ?
Parce
que cela montre bien les risques
que
l'on court quand on participe à la vie publique
et
éventuellement les injustices que l'on en court. Or, je ne veux pas, à l'occasion de notre conversation d'aujourd'hui, évoquer ce problème en détail. Ce serait tout à fait déplacé. Une instruction est en cours, une procédure, laissons-la se dérouler.
J
'ai toute confiance, je n'ai rien à me reprocher.
Ce
qui m'a choqué ces deux choses,
c
'est d'abord que ce soit évoqué dans l'opinion publique depuis six ans par des milliers d'articles
et
que l'on met refusé à deux reprises la communication du dossier.
Et
en second lieu, je constate une chose, que c'est ce qu'il y a, s'il y a une affaire Karachi,
c
'est d'abord et avant tout l'assassinat de onze de nos compatriotes. 15 ans après, cet assassinat, cet attentat qui a eu lieu en 2002,
on
ne sait toujours pas qui l'a commis et pourquoi il l'a commis. La vérité apporte le scandale, il est là. Pour le reste, je n'ai rien d'autre à dire que de laisser
se
dérouler la procédure telle qu'elle doit se dérouler. J'ai confiance en la vérité.
Vous avez cette phrase pour conclure ces quelques lignes. J'ai le sentiment que ma candidature était peut-être un leurre dans cette affaire.
Pas
ma candidature, la mise en cause de ma campagne.
La
mise en cause, un leurre
pour
cacher quoi
?
Je n'en sais rien. J'ai dit si bien que j'en suis venu à ce sentiment-là. Voilà, c'est tout.
Édouard Balladur