Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRadio J — L'interview politique· 22 janvier 2026 13 min

Patrick Kanner - L'interview politique du 22/01/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

Bonjour Patrick Cannaire. Femme, vie, liberté. Femme, vie, liberté. Vous êtes sénateur du Nord, président du groupe PS au Sénat depuis 2018, ex-ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

0:19
Patrick Kanner

On dit ancien, ex, je ne sais pas, je ne sais pas.

0:21
Présentateur

Ancien, ancien. On va bien sûr parler de la politique française, mais d'abord un mot sur les désordres du monde. Hier au Forum de Davos, Donald Trump a déclaré à propos du Groenland, tout ce que je demande, c'est un bout de glace qui peut jouer un rôle vital dans la paix mondiale et la protection du monde. Il ajoute, ce n'est pas grand-chose en échange de ce que nous avons donné depuis des décennies. Alors certes, hier soir, on semblait s'acheminer vers un compromis qui reste quand même à préciser avec le secrétaire général de l'OTAN. Il s'agirait d'accorder la souveraineté américaine à des bases militaires.

On va en savoir plus dans les jours qui viennent, mais ça vous inspire quoi, cette ambition décomplexée de Trump de faire main basse sur un territoire européen ?

1:02
Patrick Kanner

Un tigre, un ogre ou un tigre de papier, c'est la question. En tout cas, je préfère naturellement qu'une solution négociée, amiable, se dégage dans le cadre d'un accord négocié avec l'OTAN et dans le cadre de l'OTAN. Parce que quand Trump menace d'envahir militairement un membre de l'OTAN, c'est du cannibalisme politique, cannibalisme diplomatique. On se mange les uns les autres dans la même configuration d'accords diplomatiques et militaires en l'occurrence avec l'OTAN. Donc tant mieux, tant mieux si la raison commence à l'emporter. Mais le problème avec Trump, c'est que vous avez un avis un mardi, le lendemain c'est autre chose, le jeudi c'est encore autre chose.

Qu'est-ce que les je vous dis ? On est dépendant des aléas psychologiques, pour ne pas dire plus, de M. Trump suivant les cas. Mais en même temps, il avance. Je reconnais qu'il avance parce qu'il menace. Est-ce que longtemps on pourra accepter d'être en menace ? En tout cas, moi je me félicite que l'Europe ait décidé de réagir unanimement pour empêcher ce type de comportement qui est contraire à l'État de droit international.

2:09
Présentateur

Alors justement, le ministre de l'économie, Roland Lescure, il est venu devant le Sénat, c'était il y a quelques jours, et il a déclaré que si l'escalade doit avoir lieu, elle aura lieu. Il parlait bien sûr d'escalade sur l'économie et les droits de douane. C'est une bonne position ?

2:24
Patrick Kanner

En tout cas, je pense qu'un des éléments qui fait bouger Trump, c'est la bourse américaine, c'est le Dow Jones. Si vous avez regardé cela, c'est toujours intéressant de voir comment le monde économique réagit. Le Dow Jones a perdu de près de deux points à cause des déclarations intempestives de M. Trump. Et donc, à mon avis, le monde économique de Trump dit arrêtez de dévaloriser finalement les valeurs américaines par vos déclarations, encore une fois, intempestives. Donc, l'Europe a raison de réagir, et ce qui est certain aujourd'hui, c'est qu'on a besoin de stabilité. On ne peut pas, à coup de gueule, gérer aujourd'hui l'économie mondiale.

3:05
Présentateur

Un mot sur la décision de la majorité sénatoriale de droite. C'était hier, dans la journée et hier soir, qui s'est opposée à la création de toute forme d'aide active à mourir. Elle a donc enterré pour le moment cette réforme sociétale majeure. Ça vous inspire quoi ?

3:21
Patrick Kanner

Alors, plus précisément, c'est une loi qui est complexe. D'ailleurs, c'est même deux lois. Il y a une loi pour développer les soins palliatifs, et là, je crois que tout le monde est d'accord. Permettre à quelqu'un de pouvoir partir accompagné dans de bonnes conditions, il faut que chacun puisse y parvenir. Je tiens à d'ailleurs vous préciser qu'aujourd'hui, on a plus de 1000 suicides de personnes qui ne supportent pas leur état. Par an, on voulait dire. Par an, parce qu'il n'y a pas de soins palliatifs, qu'il n'y a pas d'aide active à mourir. Ce qu'on appelle aussi le suicide assisté.

Et donc, il se suicide dans des conditions d'une grande violence, sans accompagnement, et vous voyez un peu la réaction des proches. Donc, il y a une deuxième loi qui était, je dis bien qui était pour l'instant, l'aide active à mourir. Dans cette loi, il y avait un article 4, qui a été traité en priorité par le Sénat. C'est un article qui crée l'aide active à mourir. Qui crée, et surtout qui donne les conditions de mise en œuvre. Donc, conditions qui avaient été durement, vraiment, déversies par la Commission des Affaires Sociales, pilotées par, notamment, les Républicains. Et donc, nous, on pensait que même si c'était dur, il fallait continuer à progresser.

Et hier, patatra, ce que je craignais est arrivé, à savoir que, voilà, M. Rotaillot, je le cite parce qu'il est quand même, je pense, l'acteur de ce retournement de situation, parce qu'il considère que pour lui, le maximum supportable philosophiquement, c'est la fameuse loi Léonetti-Claesse, alors c'est un peu compliqué, mais qui prévoit une sédation continue jusqu'à la mort. La sédation continue et profonde. Et profonde jusqu'à la mort. Pour être clair, c'est de la déshydratation et l'absence de nutrition qui amènent au départ de la personne.

5:10
Présentateur

Donc, c'est Bruno Rotaillot qui a, si j'ose dire, suicidé ce texte.

5:13
Patrick Kanner

En tout cas, qui a empêché qu'il progresse. Je ne reprends pas le mot fort que vous avez employé, M. David Rombaudan. Je considère que, pour moi, on est sur un recul sociétal qui est terrible. Et le texte va continuer son chemin à l'Assemblée nationale, qui avait déjà voté un texte de compromis. J'espère qu'il reviendra. Et que la passion laissera la place à la raison. Les Français veulent une évolution de la loi en la matière. C'est une très grande majorité des Français qui la veulent. Aujourd'hui, ce qui s'est passé hier soir en séance, fait qu'il y a un arrêt de cette évolution. Encore une fois, on peut être contre. On n'impose pas, on ne veut pas imposer le suicide assisté.

On dit que ceux qui veulent aller dans les soins palliatifs peuvent et doivent pouvoir y aller. Mais celui qui a décidé de partir parce qu'il estime qu'il ne veut pas être sédaté et amené à une mort comme celle qui est prévue par les soins palliatifs, puisse le faire par un suicide assisté.

6:15
Présentateur

Vous citez nommément Bruno Retailleau. Qu'est-ce qu'il cherchait ? C'est une opération politique, d'après vous ? Il cherche à reprendre un peu la main après avoir vu sa cote sombrer dans les sondages depuis son départ du gouvernement ? En tout cas, ceux qui, en commission des affaires sociales,

6:31
Patrick Kanner

ont accepté ce texte qui ne nous convient pas. Mais voilà, il permettait d'asseoir l'idée de l'aide à mourir et le suicide assisté. ont modifié leur vote au bout du bout, montre qu'il y a eu effectivement une opération, sûrement pour des raisons de conscience, mais sûrement aussi pour des questions de rapport politique. M. Retailleau est de retour au Sénat, clairement.

6:54
Présentateur

Alors, un mot sur le budget. Il était temps que ça se termine, cette histoire. Tout le monde en avait assez, à commencer par les Français, mais aussi les parlementaires, je crois. Donc, le Premier ministre a activé mardi le 49-3 sur le volet recette du PLF, le projet de loi de finances. C'est une bonne chose d'avoir pris cette initiative, parce que c'est quand même le PS, à l'origine, qui avait obtenu la promesse de Sébastien Lecornu de ne pas utiliser le 49-3.

7:17
Patrick Kanner

J'ai toujours considéré que M. Lecornu avait respecté sa parole. Quand il a donné sa parole à votre serviteur, à Boris Vallaud, président du groupe à l'Assemblée nationale, et à Olivier Faure, il a dit « Mais moi, je veux que le débat parlementaire s'installe. » D'ailleurs, sur le projet de loi de finances de sécurité sociale, qui a été un succès, oui, il y a eu un débat parlementaire à l'Assemblée, au Sénat, on a pu voter le texte dans les voies normales. Là, sur le PLF, il n'était pas question que nous votions le PLF, nous, socialistes, en tant que tels. Et donc, M. Lecornu a joué le jeu.

Il a permis un débat parlementaire qui s'est conclu par ce qu'on appelle une commission mixte paritaire, mais qui n'a pas été conclusive. Il fait une loi spéciale pour éviter un shutdown, comme on dit aux États-Unis, du budget...

8:02
Présentateur

Pour que les fonctionnaires et les administrations soient payés.

8:04
Patrick Kanner

Voilà, que le pays fonctionne. Et d'ailleurs, vous avez vu, le pays a continué à fonctionner. Mais, objectivement, on ne pouvait pas vivre comme ça pendant toute l'année 2026, et donc il fallait avancer. Et il s'est rendu compte qu'aucune majorité ne serait possible sur le budget tel qu'il était présenté, et donc il décide d'actionner le fameux 49-3. On n'est jamais d'accord avec un 49-3, c'est toujours une mesure brutale pour un parlementaire, bien évidemment, à laquelle il peut répondre par une motion de censure qui sera débattue d'ailleurs demain à l'Assemblée nationale.

Mais, objectivement, nous ne voterons pas, nous, socialistes, la censure, parce que nous estimons qu'il y a un équilibre qui a été trouvé, qui est loin d'être parfait, mais qui permet quand même d'avancer. En tout cas, notre volonté d'épargner les plus modestes a été respectée.

8:54
Présentateur

Alors, il y a eu pas mal de concessions, effectivement, qui ont été faites au PS, et ça grince au sein du socle commun. Bruno Retailleau, encore lui, dénonce une version du budget, je cite, qui reprend tous les ingrédients socialistes qui ont conduit au déclin de la France.

9:10
Patrick Kanner

M. Retailleau est bien sympathique, mais la dernière fois que les LR étaient vraiment en position de pouvoir complet, le budget de la France, il a fini à 5,2% de déficit. C'était sous l'époque de Nicolas Sarkozy. Alors, on n'en est pas loin, là. Et on n'en est pas loin. Mais entre-temps, il y a eu une petite période qui s'appelle François Hollande, si vous me permettez l'expression. Et on est passé de 5,2% en 2012 à un peu plus de 3%, donc presque à l'équilibre nécessaire à la fin du quinquennat de François Hollande. Donc, on n'a pas de leçon à recevoir de bonne gestion du pays.

9:40
Présentateur

Alors, à gauche, justement, il y a le débat sur la façon de désigner le candidat, on va dire, de la gauche modérée social-démocrate. Samedi prochain, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, il va à Tours et il devrait annoncer les modalités des primaires qui sont très, très critiquées par beaucoup de personnalités socialistes. Et je crois que vous, vous êtes assez réservé sur cette primaire.

10:03
Patrick Kanner

Moi, je me base sur une délibération qui a été prise par le Bureau national du Parti socialiste. Nous sommes, nous, un parti démocratique. Nous avons délibéré et nous avons délibéré pour installer une commission de travail sur la mise en œuvre d'une éventuelle primaire. et dont les conclusions devraient être connues après l'échéance majeure qui s'appelle les élections municipales. Donc, monsieur, mon premier secrétaire, Olivier Faure, va aller à Tours. Mais le mandat qu'il a reçu des instances nationales du Parti socialiste, c'est ne pas de cautionner les annonces qui pourraient être faites puisque nous, nous devons d'abord réfléchir entre nous. Voilà, c'est comme cela.

Donc, j'espère que monsieur Faure pourra dire très simplement que les socialistes prendront leur décision le moment venu. Et le moment venu, il a été délibéré après les élections municipales.

10:52
Présentateur

Et s'il l'outrepasse ce mandat et s'il annonce effectivement une participation, des modalités, un calendrier, qu'est-ce qui va se passer ?

10:59
Patrick Kanner

Je n'imagine pas un seul instant que le premier secrétaire d'un grand parti comme le Parti socialiste aille plus loin que le mandat qui lui a été donné.

11:04
Présentateur

Alors, si on se projette vers la présidentielle, plusieurs sondages ont donné vos camarades socialistes à la peine. Olivier Faure, François Hollande, ils plafonnent autour de 6%, grosso modo. Et Jean-Luc Mélenchon, il est toujours à 12-13% des intentions de vote. Et le seul qui, pour l'instant, fait jeu égal, c'est Raphaël Glucksmann. Ça pourrait être un bon candidat pour la gauche de gouvernement, Raphaël Glucksmann ? Il l'a déjà été.

11:25
Patrick Kanner

Aux élections européennes. Nous avons soutenu Raphaël Glucksmann. Et les 13% de Raphaël Glucksmann aux européennes, on y est pour une part, bien sûr lui-même en tant que tête de liste, mais on avait, voilà, beaucoup de socialistes et on a fait campagne pour Raphaël Glucksmann dans le cadre de ce qu'on appelait, qu'on pouvait appeler une sorte de confédération des gauches de responsabilité, de crédibilité que moi j'appelle de mes voeux. Moi j'aimerais bien qu'on structure cette gauche de responsabilité. Mais bon candidat ou pas ? Alors, c'est un bon candidat, naturellement. Simplement, il est bien trop tôt. Est-ce que M. Glucksmann est dans la solution ? C'est évident.

Est-ce que Raphaël Glucksmann est la solution ? Permettez-moi de penser qu'il faut d'abord attendre ce qui va se passer aux élections municipales. Une éventuelle primaire que vous avez évoquée il y a quelques instants. Donc, la poutre continue à travailler.

12:12
Présentateur

En quelques secondes, très rapidement, vous êtes inquiet sur les municipales et le risque ERN ?

12:16
Patrick Kanner

Ce n'est même plus un risque. Ça devient une évidence. Y compris dans certaines grandes villes comme Toulon, par exemple. Oui, je suis inquiet. Mais j'espère quand même que notamment les maires socialistes sortants qui sont très nombreux seront reconnues pour le travail qu'ils ont fait pour leur population. Donc, j'espère que ce seront d'une bonne élection pour le parti central de la gauche de responsabilité qui est le parti social.

12:37
Présentateur

Merci Patrick Caner et à très bientôt sur notre antenne à Radio-J. Si beaucoup d'avis dont on se retrouvera lundi matin avec grand plaisir. Absolument, lundi matin. Et demain avec Paul Amard pour son édito comme chaque semaine.