Agnès Pannier-Runacher - Le Barbier du matin du 08/09/23
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Agnès Pannier-Runacher, bonjour.
Bonjour Christophe Barbier.
Et bienvenue, on va parler transition énergétique avec vous. Mais un mot d'abord sur la baïa parce que vous aviez signé une tribune dans la presse disant cette gauche devrait se couvrir la tête de honte. Et hier, le Conseil d'État, par son arrêt, a confirmé l'interdiction de la baïa. Victoire idéologique, philosophique, républicaine ? Républicaine.
La baïa, c'est au fond invisibiliser les petites filles de l'espace public. C'est inacceptable et c'est aussi ne pas protéger les enfants de pression politique ou religieuse au sein d'un sanctuaire qui est l'école. Et donc je me battrai toujours effectivement à la fois parce qu'il est inacceptable d'invisibiliser les petites filles et qu'il faut les laisser grandir en sécurité, en sécurité, en sérénité. Il faut porter ce combat aussi pour toutes celles qui, en Afghanistan, en Iran, se battent aujourd'hui pour leur liberté et pour leurs droits.
Et puis il faut aussi le porter pour ce qui est fondamentalement l'école, c'est-à-dire ce sanctuaire où chacun est libre de penser et de croire ou de ne pas croire. Et c'est quelque chose qui relève de l'intime et chacun peut construire son chemin et c'est ça que nous voulons préserver. C'est au fond l'ultime façon de préserver la liberté, la liberté de penser, la liberté d'opinion.
C'est un combat qui va continuer, la baïa n'est qu'un épisode.
Tout à fait, mais je crois qu'aujourd'hui, avec le Président de la République, avec le ministre de l'Éducation nationale, nous avons rappelé ce qui était fondamentalement cette valeur de la laïcité. Et comme je le dis dans cette tribune, je suis stupéfaite de voir cette gauche qui a trahi, qui a trahi Jaurès, qui a trahi tous ceux qui ont pourtant construit Aristide Briand, ce combat de la laïcité.
Où est passée la sobriété ? S'interrogeait le journal L'Opinion cette semaine. Et c'est vrai que la consommation d'essence a été en record cet été, les vols en avion sont repartis, on a tout lâché.
Pas du tout. Contrairement à ce qu'on entend, notre consommation d'électricité et de gaz entre le 1er août de l'année dernière, le 31 juillet, a baissé de 12%. C'est énorme, c'est une des plus belles performances européennes en la matière, parce que ce combat de la sobriété que j'ai lancé l'année dernière avec la Première Ministre, et je l'ai fait d'abord avec les entreprises, avec les administrations, avec les collectivités locales, parce qu'il faut que les gros acteurs prennent leurs responsabilités et fassent leur partie des efforts. Ce combat, il a porté.
Les Français en responsabilité ont baissé leur consommation d'énergie, et ils l'ont fait parce qu'il y avait cette inquiétude sur le passage de l'hiver, mais ils ont continué après, et c'est du gagnant. La sobriété, ce n'est pas se priver, c'est consommer juste ce dont on a besoin, et c'est faire en sorte, au final, de baisser sa facture, et c'est bon pour la planète.
Donc le pli est pris dans le comportement des Français, il ne faudra pas de plan sobriété cet hiver.
Mais nous allons continuer, justement, bien au contraire, continuer à travailler avec les entreprises pour qu'elles continuent à baisser leur consommation d'énergie, mais continuer aussi à travailler avec les Français pour leur donner toutes les clés pour consommer moins d'énergie, et je réunirai prochainement les acteurs sur ce sujet, et on lancera une campagne de publicité pour rappeler ces gestes qui doivent devenir des réflexes du quotidien.
L'an dernier, notre parc nucléaire n'était pas prêt, il était en rattrapage. Cette année, vous êtes sereine sur ce point ?
Cette année, je suis sereine sur le fait que nous aurons plus de production nucléaire. Nous sommes d'ailleurs redevenus le premier exportateur d'électricité en Europe. C'est une très bonne nouvelle, mais il ne faut pas baisser la garde. On a besoin de la sobriété parce que c'est un réflexe à prendre pour la planète, mais c'est aussi un réflexe pour sécuriser notre approvisionnement en électricité, et c'est un réflexe pour le portefeuille. Et on doit continuer à augmenter notre production nucléaire.
On est encore loin d'avoir atteint le maximum que nous pouvons faire, et donc les responsables, les dirigeants d'EDF auront un objectif en termes de productifs nucléaires chaque année sur lequel leur rémunération sera aussi fondée.
Dans sa lettre à la suite des entretiens de Saint-Denis, le président de la République annonce que la planification écologique, on attend des grandes annonces, sera présentée d'abord aux oppositions. Est-ce qu'il va falloir co-rédiger avec elles, faire valider ? Vous êtes inquiète ou vous trouvez ça utile ?
D'abord, je veux dire que cette planification écologique, ça fait dix mois que nous y travaillons avec l'ensemble des parties prenantes. Qu'il s'agisse des oppositions, Moi, je travaille par exemple avec des parlementaires de l'opposition et de la majorité sur la planification énergétique, qui est une partie de la planification écologique. Ça fait quatre mois que nous avons des groupes de travail qui rendront leur conclusion le 12 septembre, c'est-à-dire mardi prochain. Nous y travaillons avec les entreprises, les organisations syndicales, les associations environnementales. Et ce travail de concertation, il doit avoir des grands rendez-vous.
C'est ce rendez-vous qu'aura la Première Ministre avec les chefs de parti. Donc, ce ne sont pas les députés, les parlementaires qui sont dans ces parties-là, mais ce sont les chefs de parti pour effectivement partager cette vision, ce plan de bataille pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.
Et l'améliorer, le corriger en fonction de leurs remarques.
Tout à fait, parce que c'est le propos de cette concertation. Alors, je vais être très claire, on prendra nos responsabilités. C'est-à-dire qu'à la fin, moi, je ne peux pas être d'accord, par exemple, sur l'énergie, avec le Rassemblement National qui m'explique qu'on peut faire la transition énergétique sans énergie renouvelable. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas ce que disent les experts, c'est impossible. Ou avec une partie des écologistes et les filles qui expliquent qu'on peut le faire sans nucléaire. Là encore, c'est malheureusement faux, c'est-à-dire que nous serons en responsabilité ceux qui apporteront de vraies solutions aux Français.
Les pays producteurs du pétrole ferment un peu le robinet. La guerre en Ukraine se durcit et se prolonge. Est-ce qu'on doit s'attendre à une forte hausse de tous les prix, notamment gaz et électricité, dans les mois qui viennent ?
Alors, gaz et électricité, ça n'a rien à voir avec le pétrole.
Un peu, la guerre en Ukraine, quand même, oui.
Ça n'a rien à voir avec le pétrole. Aujourd'hui, les prix du gaz sont revenus à un niveau qui est inférieur à celui d'avant la guerre en Ukraine. Et c'est ce qui nous a permis de lever le bouclier sur le gaz. Et effectivement, les prix sont revenus à un niveau raisonnable. Et donc, vous voyez qu'il n'y a pas de connexion directe. Sur le prix de l'électricité, il est également, sur les marchés de gros, pas sur la facture des Français. Vous savez que nous prenons en charge 37% de la facture des Français. Donc, les Français ne voient pas le vrai prix de l'électricité sur leurs factures. Sur les marchés internationaux, ce prix de l'électricité est également en train de baisser.
Donc, vous êtes optimiste. Et l'objectif en 2024, c'est que ce prix revienne aussi à peu près dans les niveaux où nous protégeons les Français. Je ne dis pas que je suis optimiste. Je suis vigilante. Je fais en sorte que ce gouvernement continue à protéger les Français de prix qui sont très élevés sur les marchés internationaux. Et je suis cela de près. Sur le carburant, c'est un petit peu plus compliqué puisque, vous l'avez très bien dit, l'Arabie Saoudite, la Russie, par leurs décisions, augmente mécaniquement, c'est-à-dire de ne pas mettre plus de production sur le marché, augmente mécaniquement le prix international. C'est une difficulté pour l'ensemble des pays importateurs de pétrole.
Et ça montre à quel point on a aussi besoin de faire la transition énergétique.
Pour sortir de cette dépendance.
Pour sortir de cette dépendance. Il vaut mieux produire à la maison un coût qu'on maîtrise. C'est le cas de l'électricité. Que finalement, devoir vivre au rythme de décisions de pays qui ne sont pas nos alliés. Et on l'a vu, je pense, de manière très claire, s'agissant de la Russie.
Alors, restons sur le carburant. Total réfléchit à prolonger sa ristourne au-delà du 31 décembre 2023. Est-ce que vous demanderez aux autres distributeurs d'en faire autant ?
Moi, vous savez, je suis en contact depuis ces derniers jours avec Total, évidemment, avec les autres producteurs et distributeurs. C'est aussi un enjeu de distribution. Nous ne sommes pas, sur le territoire français, producteurs de pétrole. De façon à ce qu'ils continuent, qu'ils prolongent les opérations qu'ils ont pu faire pour réduire la facture des Français. Je crois qu'on a besoin de solidarité de la part de ces acteurs. Dans la grande distribution, ça a été des opérations prix coûtants. Total a plutôt choisi le plafonnement. En tout cas, je leur redis que cette attente de solidarité, elle est très forte pour les Français.
Et s'agissant d'une énergie que nous importons et dont nous sommes dépendants, je pense qu'elle est nécessaire.
Quand on baisse les prix, on attire les clients. Donc, on se rattrape en volume sur la perte de valeur. Est-ce que vous avez une idée claire de ce que ça a rapporté ou coûté à Total, ces tristourdes ? Ils le disent ?
Je pense que, vous savez, vous faites votre plein aussi en fonction des stations qui sont autour de vous.
Total a une très grande part de marché.
Mais la grande distribution a également répondu par des opérations à prix coûtant. Donc, je n'ai pas le sentiment et je n'ai pas les chiffres qui montreraient que les parts de marché étaient redistribuées de manière forte. Mais je le redis. Je le redis effectivement aux distributeurs et à Total. Je pense que les Français seront sensibles au fait qu'il y ait cet effort de solidarité qu'ils le fassent.
Le bonus écologique va changer de calcul sur les véhicules. On va prendre en compte toute la filière de production jusqu'à l'origine des matières premières. Oui, mais ça va du coup vous faire un bonus qui ne profitera sans doute qu'aux voitures chères pour les riches et pas aux voitures bon marché pour les pauvres.
Alors, pas du tout, puisque nous allons dans le même temps augmenter le bonus écologique. Et que l'enjeu, il est très clairement de ne pas financer des voitures électriques qui aujourd'hui ont un mauvais bilan environnemental par rapport à des voitures. C'est une comparaison. La voiture électrique a globalement un bon bilan environnemental. Mais il y en a qui sont fabriquées à l'autre bout du monde avec de l'acier qui est fabriqué à partir d'électricité au charbon, de l'aluminium fabriqué à partir d'électricité au charbon dans des usines qui fonctionnent avec de l'électricité au charbon et qui sont ensuite transportées par des bateaux qui utilisent du carburant.
On va les identifier et les exclure.
Et donc, ce que l'on dit, c'est que chaque modèle aura un score environnemental. Si le score est bon, il pourra bénéficier du bonus écologique. Si le score n'est pas bon, ils ne pourront plus bénéficier du bonus écologique. Et à charge pour les producteurs de changer leur mode de fabrication. Vous allez me dire, on ne peut pas changer d'usine du jour au lendemain, mais on peut changer d'approvisionnement en acier ou en aluminium.
On pourra prendre le bas de gamme et être quand même avec un bonus écologique.
Tout à fait. Et c'est bien notre objectif. C'est de faire en sorte que des voitures qui sont produites en France et en Europe aient un coût accessible pour les Français des classes moyennes. Et c'est pour ça que je souhaite, et je vous le dis aujourd'hui, renforcer le bonus écologique en montant, de façon à permettre d'avoir des voitures accessibles au portefeuille des Français. Et de créer ensuite, parce que tout le monde n'a pas les moyens d'acheter des voitures neuves, un marché de la voiture d'occasion dans 3-4 ans, qui naturellement permettra d'avoir aussi accès à des voitures à prix compétitif.
Beaucoup de Français à leur retour de vacances ont vu des factures d'électricité un peu délirantes, notamment avec le fournisseur italien Eni. Est-ce que vous avez mis de l'ordre ?
Alors sur Eni, très clairement, puisque je les ai convoquées fin août, et nous avons travaillé ensemble pour comprendre d'où venaient ces écarts de facturation. C'est une erreur. Eni est en train de rembourser ses clients. Il a démarré ce remboursement. Il remboursera 50 millions d'euros d'ici la fin d'année. C'est une erreur qui n'est pas volontaire. Donc nous avançons avec Eni. Mais je le dis aux autres fournisseurs parce que j'ai des surprises. J'ai eu encore la surprise hier d'un client qui a reçu une facture de régularisation de l'ordre de 3000 euros avec un petit smiley qui sourit. C'est inacceptable. Je convoque aujourd'hui l'ensemble de fournisseurs pour faire le point.
Et je leur dirai très clairement que j'attends d'eux aussi d'être exemplaires et qu'il y aura des contrôles et il y aura des sanctions s'ils ne le sont pas.
Agnès Pannier-Runacher, merci, bonne journée.
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Agnès Pannier-Runacher