L'interview politique d'Amélie de Montchalin
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Amélie de Montchalin. Bonjour. Vous êtes donc au gouvernement depuis pratiquement un an.
Vous avez été pendant deux ans parmi cette masse de parlementaires élus dans la République en marche, comme beaucoup. Vous êtes une primo élue, c'était la première fois. Le président face aux députés qu'il a reçus hier à l'Elysée a été ferme, Amélie de Montchalin.
Il faut que la réforme des retraites passe avant l'été. Ça laisse penser qu'il envisage le recours au 49-3. Vous confirmez ?
Moi, je ne crois pas que ce soit le débat qu'il a eu hier. Ce qu'il a dit aux députés, c'est que nous vivons un moment important du quinquennat. Nous avons cette réforme des retraites, qui était un engagement de campagne fort.
Et nous avons encore beaucoup de choses à faire pour que la vie quotidienne des Français change. Et donc, nous ne pouvons pas passer, vous voyez bien, les deux ans et demi, à être sur une même réforme. Il faut qu'on puisse passer à autre chose, il l'a dit, sur le régalien, sur la sécurité, sur la dépendance.
Le moment qu'on vit, c'est un moment où on a à la fois des résultats et on voit qu'on n'en a pas assez. On va en parler. On va en parler de cette perception.
Sur le 49-3, est-ce que vous avez entendu ? Je ne crois pas que ce soit sur quoi on se dirige. On est en train d'avoir un débat parlementaire qui est totalement obstrué par notamment les Insoumis, qui ont décidé de ne pas parler du fond, mais de bloquer les débats.
On voit bien qu'on a à droite des non-altératives. On nous dit, tout va bien, il faudrait augmenter l'âge, mais en fait, les inégalités d'aujourd'hui, on ne veut pas les traiter. Donc, on ne comprend pas bien ce que font les oppositions.
Et elles ont trouvé un moyen d'exister sans avoir rien à dire, c'est-à-dire de bloquer le débat. Exister sans avoir rien à dire ? Mais ce que je vois, c'est que quand on est à gauche aujourd'hui et qu'on nous explique qu'il faudrait retirer le projet de réforme, ça veut donc dire qu'on n'a rien à proposer sur les inégalités qu'on cherche à corriger, sur le fait que ce système d'aujourd'hui, il faut le corriger, il faut le faire évoluer.
Ils vous diront qu'ils ne sont plus pour le statut court, qu'effectivement, ils ont une réforme alternative. Eh bien, dans ce cas-là, les amendements qu'ils proposent ne nous permettent pas de dessiner le projet qu'ils proposent. Et puis, j'entends à droite, et d'ailleurs, ailleurs, d'autres qui nous disent qu'il faudrait faire une pause, une grande pause.
Parce que, vous savez, nous, on a des solutions magiques, évidentes, et qui permettraient de tout résoudre très vite. Mettre l'âge de la retraite à 65 ans. On garde les inégalités, on les aggrave.
Donc, cette réforme, on va la faire. Mais ce que dit le président aussi, c'est que notre pays, et ce pour quoi nous avons été élus, j'ai effectivement été une députée pendant deux ans. Et pendant deux ans, quand on est député, on sent bien que ce que les Français attendent de nous, et qu'ils attendent de nous quand on est aussi au gouvernement, c'est qu'on change la vie quotidienne.
Alors, attendez, Amélie, non, Chamin. Et donc, il faut qu'on puisse avoir, après l'été, c'est ce que dit le président, l'opportunité de changer d'autres sujets. Donc, pour vous, Emmanuel Macron, face aux députés hier, n'a pas dit, de façon implicite, le 49-3 est une option.
Je n'étais pas dans la pièce, mais je ne crois pas que ce soit du tout le chemin que nous cherchons à suivre au gouvernement. D'accord, parce que ce serait quoi ? Ce serait une forme de passage en force ?
Ce serait un échec pour vous ? Mais on est en train d'avoir un débat parlementaire, on est en train d'avoir une conférence de financement, on est en train d'avoir un dialogue social renforcé, à la demande de Laurent Berger, et c'est aussi une main tendue, pour qu'on puisse trouver le chemin d'équilibre, pour que nous recréions un système où il y a une caisse de retraite pour les Français, de la vraie solidarité, moins d'inégalités entre les hommes et les femmes, et surtout une retraite digne, pour ceux qui, aujourd'hui, dans le système, sont, objectif, les grands perdants, parce qu'ils sont à la marge. Donc, on va faire ça, on est en train de le faire, la conférence de financement se tient, vous imaginez bien que tout ça, il faut qu'on aille progressivement, qu'on passe les étapes.
Sans passage en force, déjà. Et je crois que ce n'est pas ce que nous cherchons à faire. Si nous avions voulu passer en force, ça fait longtemps qu'on aurait fait différemment, et donc ce n'est pas ce qu'on fait.
Avec un calendrier qui est quand même extrêmement resserré, au point que maintenant, on envisage de supprimer les vacances parlementaires. Mais déjà, d'après l'opposition, d'après France Insoumise, vous endossez un échec du fait que la commission spéciale sur la réforme des retraites n'a pas pu examiner tous les amendements. On écoute Jean-Luc Mélenchon, ça dure quelques secondes.
Je voudrais remercier les collaborateurs de la commission et tous ceux qui ont concouru à la qualité de notre débat. Je voudrais vous dire aussi sans détour que pour nous, la bataille ne fait que commencer. Et nous avons la certitude qu'à la fin, c'est nous qu'on va gagner.
On va gagner, dit Jean-Luc Mélenchon. Après avoir réussi à obstruer de fait la commission spéciale. Ce que je vois, c'est que ceux qui nous expliquent qu'ils sont des progressistes, qu'ils défendent la société, qu'ils défendent les plus modestes de notre société, c'est ce que portait initialement Jean-Luc Mélenchon comme projet politique.
Il n'a rien trouvé de mieux que de trouver les interstices du règlement intérieur de l'Assemblée pour déposer 22 000 amendements qui ont bloqué... 19 000. 22 000 au total, donc 19 000, pour bloquer les débats.
Moi je pense que ce n'est pas digne d'une démocratie de bloquer les débats. Ce que je vois aussi, c'est que ça génère de la violence dans tout le pays. Parce que ça alimente l'idée que notre système démocratique ne fonctionnerait pas et que nous serions en train de passer en force.
Nous sommes en train de respecter pleinement le règlement de l'Assemblée. Est-ce que vous pouvez assimiler un outil qui est à la disposition des parlementaires à une incitation à la violence ? Non, ce que je dis, c'est que quand on bloque les débats démocratiques, qu'ensuite on explique que le gouvernement serait en train de passer en force, que nous ne respecterions pas les codes de la démocratie, je pense qu'on attise l'idée que le régime ne serait plus démocratique, ne serait plus républicain.
Tout ce qui se passe se fait selon notre démocratie. Et je pense que c'est très important. Vous voyez le climat de violence qui existe dans notre pays.
Le climat de défiance. Il faut que nous puissions montrer aux Français que nous travaillons et que nous travaillons pour eux. Et je pense que quand ils voient les débats infinis...
Quelle est votre part de responsabilité dans ce climat ? Notre part de responsabilité, c'est que oui, en 2017, on s'est engagés pour que la France change. Dans ce climat de violence ?
Oui, mais on s'est engagés pour que la France change, pour qu'on ait des résultats, pour que les gens voient que leur quotidien s'améliore. Les résultats sont là, ils ne sont pas suffisants. Et donc, il y a dans le pays des gens qui sont déçus.
Maintenant, je vois qu'il y a des gens qui sont déçus et qui expriment des oppositions politiques. Je vois que les oppositions ont du mal à formuler des ordres inertives. Mais je vois aussi que certains continuent d'attiser l'idée selon laquelle nous ne serions pas légitimes.
Quand on met la tête du président au bout d'une pique, quand on détruit des permanences parlementaires, quand on met le feu à des domiciles et à des biens personnels d'hommes et de femmes politiques engagés, on voit bien qu'on attise l'idée que nous ne serions plus en République. C'est très grave. Et donc, d'un côté, vous voyez, il y a le débat politique, je veux dire, normal, qu'on peut avoir dans les instances normales.
Et il y a de l'opposition, et c'est normal. Mais il y a aussi tout un champ d'action, on le voit aujourd'hui, qui va beaucoup trop loin et qui est né, on le sait, de ce que, depuis deux ans, deux ans et demi, certains nous ont dit, cette élection n'est pas légitime. Et ça, c'est très grave.
Et ça, vous pensez que c'est le ferment de ce qui se passe aujourd'hui ? La déception, elle existe aussi dans votre camp, vous le savez. Périne Goulet, par exemple, qui est parlementaire, hier a dit au président, les cabinets, mystérieux, ne nous croient pas quand on fait remonter des trucs de terrain.
C'est son expression, on voit très bien ce qu'elle veut dire. Les cabinets ne nous croient pas. Est-ce qu'il y a, effectivement, un problème de communication, de transmission d'infos, entre les ministères où vous êtes et puis les parlementaires ?
Ce que je peux vous dire, et je le dis très fermement, un ministre qui travaille sans député, c'est un ministre qui ne peut pas bien faire son travail. Il nous faut absolument le retour des députés. Est-ce que certains ministres ne le savent pas assez ?
Moi, je vais vous parler de ce que je fais. Vous savez ce qu'ils ont dit, des députés ? Il faut les mettre au boulot, ce sont des comptes, tout ça, entre guillemets.
Moi, je vous dis, mon expérience, je vous dis ce que j'ai à vous dire maintenant, mon expérience, c'est qu'un député, c'est un ascenseur. C'est quelqu'un qui, en permanence, fait le lien entre une réalité très particulière de sa circonscription et la loi nationale et le débat national. Ils ont des têtes d'ascenseur.
Et donc, on fait l'ascenseur en permanence. J'ai vécu cette réalité pendant deux ans, c'est une fonction très exigeante, parce que vous devez partir d'une situation très particulière et ensuite en tirer des conclusions ou des conséquences nationales. Un député qui travaille, un ministre qui travaille, loin des députés, c'est un ministre qui prend un risque, un risque de se déconnecter de la réalité.
C'est 300 députés de la majorité. Il nous apporte une chose absolue. L'affaire du deuil parental, c'est ça ?
L'affaire du deuil parental. C'est de bourde que le gouvernement, que le président lui-même a été obligé d'arrêter. On a un débat parlementaire.
Vous avez un gouvernement, vous avez des députés. On corrige le tir. On fait des choses qui, objectivement, vont être extrêmement intéressantes, je crois importantes.
Un ministre, s'il n'a pas des capteurs sur le terrain, s'il n'est pas clair sur ce qu'il doit résoudre comme problème, si les problèmes qu'on lui amène à résoudre sont ceux que son administration pense qu'il faut qu'il résolve et qu'ils ne sont pas ceux sur le terrain, il y a deux choses qui se passent. D'abord, il est déconnecté dans ce qu'il propose. Et ensuite, ce que nous faisons, nous avons besoin maintenant de le faire infuser.
Il faut que les Français en voient la couleur. Et donc, on a besoin des députés. Les députés, c'est eux qui vont aller voir les élus locaux.
Donc, il ne faut pas les insulter. Il ne faut pas les sous-traiter. Mais on a absolument besoin d'eux.
Absolument. Moi, je viens de là. Mon engagement politique, il vient de là.
Ça, c'est un message que vous passez à tous vos collègues, ayant été, comme d'ailleurs Laurent Pietraszewski ou Djibari, des parlementaires qui avaient du mal à communiquer avec les cabinets. Mais on n'a plus que jamais besoin d'eux puisqu'on est à un moment, vous voyez, de notre quinquennat où on doit avoir des résultats. Les résultats, ce ne sont pas des choses qu'on décrète.
Ce sont des choses qui doivent exister par le terrain. Et qui ne sont pas perçues. Pourquoi ?
Mais parce que, je vous parle de l'apprentissage. 460 000 apprentis, c'est formidable. On n'en a jamais eu autant.
On en veut 700 000. La baisse du chômage, on est un peu plus de 8%. Il faut qu'on arrive à 7%.
Il faut qu'on continue. Et puis, c'est normal que les Français ne nous disent pas merci. Sur certains points, on a juste refait fonctionner des systèmes qui étaient totalement dégradés.
Je prends un exemple. Quand on verse des pensions alimentaires à des femmes dont, parfois, après des divorces, elles ne reçoivent plus de pension alimentaire. C'est normal.
C'est un dû. Et donc, c'est normal que les gens nous disent « On ne va pas non plus vous applaudir tous les matins. » On vous dit juste que c'est normal.
Quand on va faire refonctionner...
Ce n'est pas là-dessus que vous pourrez faire valoir votre bilan ? Parce que les Français considérant que vous avez fait votre boulot. Oui, mais ce que je veux vous dire, c'est que du coup, il faut qu'on fasse notre boulot.
Il faut qu'on fasse que les systèmes fonctionnent. Il faut qu'on aille beaucoup plus loin. Les résultats qu'on a, ils sont ce qu'ils sont.
Ils sont bons. Il faut qu'on aille plus loin. Et donc, on a une forme d'impatience collective.
Et dans ce travail où, justement, sur le terrain, les choses doivent changer pour les Français, c'est l'engagement, je veux dire, honnête, sincère qu'on a pris devant l'heure 2017, on a plus que jamais besoin de travailler avec ceux qui sont sur le terrain. Un ministre, je ne peux pas aller dans 300 circonscriptions par semaine. Un député, ils y sont tous.
C'est eux qui vont faire, je parle des fonds européens, par exemple. La politique européenne, c'est une politique qui se déploie sur les territoires. On va voir ça.
Ils sont des relais plus que jamais essentiels pour que ce qu'on fait au niveau national, au niveau européen, ça se déploie là où ils sont. Éloge du député par Amélie de Monchalin. C'est un moment difficile du quinquennat, dit le président.
Il n'y a plus la force de propulsion du départ. Les oppositions sont plus fortes. Voilà, je cite le président, tel que ça nous a été rapporté.
Désenchanté, le président ? Il est lucide, il est impatient. Et désenchanté, impatient ?
Bien sûr qu'il est impatient. Et certains pensent que c'est un défaut. Je pense que c'est une qualité.
Il est impatient de voir que tout le travail que nous menons de manière acharnée depuis deux ans et demi se voit dans la réalité, se voit dans la réalité quotidienne et apporte les changements sur lesquels on s'est engagé. Il y a deux façons de faire. Vous regardez les quinquennats précédents.
À ce moment-là du quinquennat, vous avez deux façons de faire. Vous avez la façon de dire, on fait des promesses, on fait de la qualité de thérapie, on endort un peu tout le monde et comme ça, ça va bien se passer. C'est comme ça qu'on a emmené notre pays dans le mur.
L'autre façon de faire, c'est ce qu'on va essayer de faire et ce qu'on est en train d'essayer de faire avec notamment les députés, c'est de tenir un cap, d'être persévérant, de ne pas nous renier et de dire que notre objectif, c'est que les engagements qu'on a pris, on puisse les tenir. Et donc, oui, on est impatient. Et je pense que ce n'est pas un défaut.
Le président est impatient. Je pense qu'il faut qu'on ait des résultats tangibles et ça, ça ne se décrète pas. Ça se fait touche par touche, par petits pas, tous les jours, partout en France.
Il y a l'action, il y a le style. Bernard Cazeneuve, à l'instant, déclare qu'un président ne peut pas être transgressif tous les jours. Mais ce que je pense...
Ancien ministre socialiste, ancien Premier ministre de François Hollande, ancien ministre de l'Intérieur. Je ne sais pas si le mot transgressif, je ne vais pas disserter sur le mot. Ce que je sais, c'est que notre président, quand il a fait campagne en 2017, il nous avait dit...
Vous comprenez ce que veut dire Bernard Cazeneuve, pardon, parce qu'il faut un peu d'autocritique. Est-ce qu'un président peut être transgressif comme il l'est en montrant le t-shirt, par exemple, de Youl, où on voit un dessin de citoyens effectivement blessés par les tiers LBD, par exemple, ce genre de choses ? Ça n'abîme pas la présidence ?
De ne pas devenir des assis, de ne pas devenir des bourgeois, des installés du système. On s'est fait élire sur cette promesse que nous ne deviendrons pas des installés du système. Ça veut dire qu'on ne se fonderait pas dans un système qui a objectivement empêché la France de se moderniser, de se transformer, d'aider les Français.
Il n'y a pas une forme d'arrogance à dire qu'on est plus fort même que les institutions, on est plus fort même qu'un costume présidentiel, par exemple, qu'on doit absolument endosser ? C'est tout l'inverse. Certains disent qu'on est naïf.
Moi, je pense qu'on est déterminé, qu'on est sincère. Non, on dit qu'aussi que vous êtes arrogant. L'arrogance, si ça veut dire qu'on veut faire changer les choses, qu'on veut parfois aller vite, et que parfois, effectivement, on va passer un peu outre les habitudes, un peu outre ce qui a fait que pendant des années, vous savez, dans les administrations, on a eu beaucoup d'arguments pendant des années pour expliquer pourquoi on ne pouvait pas faire les choses.
Aujourd'hui, avec ces administrations-là, on fait changer les choses. Et ça bouscule. Et ça, parfois, ça peut surprendre.
Mais je pense qu'il est nécessaire pour notre pays, quand on le regarde avec un peu de lucidité, que nous puissions continuer à être des gens déterminés à transformer les choses dans l'intérêt des Français. Et je ne pense pas que ce soit ni de l'arrogance, mais c'est notre sincérité initiale. Et je pense qu'il faut qu'on puisse apporter cette promesse-là concrète aux Français.
Vous n'êtes pas du tout, dans le fond, déstabilisé par la défiance, à votre égard, le fait que, effectivement, les municipales risquent d'être, pour vous, non pas un désastre, on n'exagère rien, mais une désillusion forte électorale, le fait que, dans les sondages, vous soyez quand même très malmenés. Vous venez de me dire qu'on était parfois arrogants. L'arrogance ultime sur les municipales, ça aurait été de dire, écoutez, tout le monde est nul, on met notre drapeau partout, on envoie des candidats partout, alors que 75% des Français considèrent que leur maire fait du bon travail.
Donc le choix qu'on a fait, c'est de dire, voilà, pour que la France aille bien...
Le choix qu'on a fait, c'est de ne pas avoir de maire élue. C'est ce que vous allez nous dire. C'est de pouvoir, là où les maires font du travail collectif, positif pour les territoires, soutenir leur majorité, renouveler les cadres, mettre des gens au travail qui sont proches de nous, mais qui pourront travailler avec ce qui existe déjà.
Et je pense que c'est l'anti-arrogance. Parce qu'on serait arrivés, on aurait dit, voilà, le dégagisme, on continue, on met tout le monde dehors, parce que nous, on sait mieux que tout le monde. Eh bien, on aurait été exactement là où les gens nous auraient dit, eh bien, la France, vous la voulez pour vous, vous ne la voulez pas pour les Français.
Et donc c'est ça qu'on est en train de faire. Il y a des endroits où on veut l'alternance, on s'organise. Il y a des endroits où on pense que les maires font du bon travail, eh bien, on les soutient.
Amélie de Monchalin, vous êtes chargée des affaires européennes. Il y a un marathon budgétaire très important qui va commencer la semaine prochaine à Bruxelles, puisqu'il s'agit de fixer le budget pour plusieurs années de cette nouvelle Commission européenne, de cette nouvelle Europe post-élection européenne. Alors, première conséquence concrète du Brexit.
Londres, qui était un contributeur net, comme on dit, ne mettra plus au pot. Ça fait une perte de combien ? 12 milliards ?
Effectivement, au budget global. Aujourd'hui, la clé, c'est qu'après le Brexit et après les engagements qui ont été pris lors des élections européennes et qui ont été pris par la nouvelle présidente de la Commission, nous avons besoin d'un budget en face de nos ambitions. Là aussi, c'est de la cohérence et c'est du réalisme.
Vous répondez à ma question ? Quel est le manque consécutif au départ de l'Europe ? Alors, je ne vais pas vous faire des débats. 12 milliards, c'est ça ?
On cherche effectivement à ce que ceux qui payaient pour l'Europe payent un petit peu plus. On cherche aussi à mettre...
La France paiera davantage ? Bien sûr qu'on paiera davantage. Mais ce que j'ai à vous dire, c'est qu'on ne paye pas juste davantage parce qu'il y a le Brexit.
On va mettre des moyens sur la table pour assurer aussi des nouvelles ambitions. Parce que sur la défense européenne, on a besoin d'investir. On s'interroge sur la PAC.
On s'interroge sur la PAC. Parce qu'effectivement, comme vous le dites très bien, au départ de la Britannique, s'ajoutent d'autres priorités, les migrations, meilleure gestion, investissement dans la recherche, l'innovation, renforcement de défense et bien sûr l'environnement. Et donc, il va falloir renier sur la PAC ?
Pas du tout. Comment ça ? Et bien c'est exactement tout l'inverse.
Est-ce que le budget de la PAC ne va pas diminuer pour les Français ? Le budget de la PAC, toute la défense, tout ce que nous faisons avec le président de la République depuis maintenant deux ans, depuis deux ans, notre combat, c'est de dire la PAC, l'agriculture, ce n'est pas une politique as-been sous prétexte qu'elle existe depuis longtemps. C'est une politique absolue de souveraineté.
Un continent qui importe sa nourriture, ce n'est pas un continent puissant. Parce que ça veut dire qu'il dépend d'autres personnes. Et donc la souveraineté, oui c'est la défense, mais c'est aussi l'agriculture et l'alimentation.
Mais globalement, le budget de la PAC, on parle d'une baisse de 5 à 20% ? Non, non, nous cherchons. Mais ce n'est pas du tout ce sur quoi je travaille.
De combien de la PAC va-t-elle baisser ? Nous cherchons à stabiliser l'enveloppe de la PAC pour qu'entre 2021 et 2027, nous ayons le même argent qu'entre 2014 et 2020. Et qu'avec cet argent...
Vous cherchez à...
On est en train de le négocier. Est-ce que vous allez l'obtenir de vos partenaires ? On est en bonne voie de le faire.
Il y a déjà eu, par rapport à ce qu'avait proposé la Commission européenne, plus d'argent qui a été proposé par les Finlandais qui s'occupaient de la négociation. Et donc, je vais lundi à Bruxelles et nous serons jeudi à Bruxelles avec le président de la République pour nous assurer, en effet, que nous puissions donner aux agriculteurs français les mêmes moyens qu'entre 2014 et 2020. Pas pour faire la même chose parce que sinon, ils seront dans le même État et je pense qu'on voit bien qu'on a besoin d'investir, on a besoin de les soutenir beaucoup plus.
On a besoin de rendre cette transition écologique et environnementale possible. Elle sera verdie. Elle sera verdie.
C'est-à-dire que les aides seront plus conditionnelles ? En tout cas, elles seront là pour permettre l'investissement nécessaire pour que nos agriculteurs...
Donc, ce sera plus conditionnel. Ça sera plus conditionnel. Ça sera aussi plus cohérent avec la transition qu'on demande aux agriculteurs de faire.
Ce que je peux vous dire, c'est que la politique agricole commune, certains vous disent c'est une politique traditionnelle et nous, on aimerait des politiques modernes. Moi, je leur dis que c'est tout l'inverse. C'est une politique de souveraineté absolue.
C'est plus que jamais nécessaire. La Chine et les États-Unis, plus que jamais, ils soutiennent la agriculture. Eh bien nous, on a le devoir de faire la même chose.
Il y a d'autres politiques sur lesquelles...
Est-ce que vous nous dites ce matin, Méline Monchalin, la PAC ne baissera pas dans les années qui viennent ? C'est ce que je vous dis, c'est que c'est notre objectif premier. C'est de pouvoir assurer à la fois aux agriculteurs les moyens d'investir, d'avoir des revenus et de pouvoir s'engager pleinement dans cette transition avec les moyens de la réussir.
Et c'est de vous dire aussi que nous ne pouvons pas, alors que nous voulons créer une puissance européenne, considérer que la souveraineté alimentaire, la souveraineté de défense, la souveraineté technologique sont des choses qui sont différentes. Ça nous permet d'être autonomes et indépendants. Les europhiles, tous les Européens après le départ de Londres, de l'Union européenne, se sont dit, voilà, c'est une formidable occasion de faire l'Europe autrement pour qu'elle soit plus proche des citoyens puisqu'on a vu que quand ce n'était pas le cas, ça pouvait donner le Brexit.
Est-ce que dans le fond, on ne va pas voir dès la semaine prochaine à l'occasion de ce marathon budgétaire que tout repart comme avant avec les égoïsmes nationaux, les petites mesquineries ? Rien n'aura changé. Moi, ce que je vois, c'est qu'on travaille beaucoup pour éviter ça.
C'est que je pense que pour les Européens, à un moment donné, il faut qu'on arrête les discours et qu'on puisse avoir des résultats. Je pense qu'en 2024, lors des prochaines élections européennes, si on revient avec les promesses et qu'on n'a pas un bilan, si les Européens n'ont pas vu comment l'Europe les a vraiment protégées, alors on aura un problème. Donc moi, tout le combat que je mène, tout le combat du président de la République, c'est qu'après deux ans où on a donné des idées à l'Europe, après une année où on a créé une nouvelle équipe d'Europe, il faut maintenant qu'on ait des résultats.
Et en 2022, c'est une date importante pour les Français, c'est aussi une date importante pour la France en Europe. Pendant six mois, la France présidera les travaux de l'Union européenne. Et bien d'ici là, on doit donc pouvoir mettre des moyens en face de nos ambitions, mettre des outils en face de ce qu'on cherche à faire dans le domaine migratoire, dans le domaine, bien sûr, alimentaire, dans le domaine environnemental, dans le domaine industriel, dans le domaine numérique.
Ce que fait Thierry Breton, c'est de nous dire qu'on ne peut pas être entre la Chine et les États-Unis, uniquement ceux qui acceptent que tout se passe autour de nous sans jamais définir comment on veut que ça se passe. Des paroles et des actes. Exactement, des résultats.
Merci beaucoup Amélie de mon chalin d'avoir été ce matin sur LCI. C'est à vous Julie.
Amélie de Montchalin