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interviewyoutube.com· 30 janvier 2026

Anne Le Hénanff est l'invitée politique de la matinale

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Madame la Ministre, merci de passer par France Info ce matin. Alors si j'ose dire, vous êtes un peu la ministre de la semaine, tant les actualités autour du numérique, un peu moins de liens, mais en tout cas du numérique, ont peuplé nos journaux d'informations, a commencé bien évidemment en tout début de semaine. L'interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, alors on en parle depuis très très longtemps, le Président de la République a demandé à ce que ce soit une procédure accélérée, vous vous êtes greffé, si j'ose dire, à une proposition de loi d'une députée Renaissance, ça a été voté en première lecture.

Alors déjà, est-ce qu'on peut cadrer cette interdiction ? Il y avait un article qui dit en gros, les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, peut-être à partir du 1er septembre, c'est terminé. Est-ce que je le résume bien ?

C'est ça, sauf qu'il faut quand même préciser sur qui porte la responsabilité. Elle porte totalement sur les plateformes, sur les réseaux sociaux. Dorénavant, et nous l'espérons dès la rentrée 2026, d'où la procédure accélérée, ce sont les réseaux sociaux qui auront obligation de vérifier l'âge des personnes qui arrivent pour s'inscrire sur leur plateforme.

Et cet âge minimum ou maximum, c'est 15 ans. Donc c'est à la fois une volonté de protéger nos mineurs, qui sont enfermés dans des algorithmes par des plateformes peu scrupuleuses, et puis surtout de protéger, de les limiter à la dépendance, à l'addiction, voire même à des comportements destructeurs qui peuvent aller jusqu'au suicide. Donc c'est quelque chose qui est une très belle avancée, qui est la première étape à l'Assemblée nationale, sachant que quand je suis arrivée ministre, le président de la République et le Premier ministre m'ont demandé de préparer un texte, et c'est bien la version du gouvernement qui a été votée à l'Assemblée nationale lundi.

Oui, vous avez utilisé ce véhicule législatif, mais avec le texte du gouvernement, pour que ça puisse aller plus vite. Mais quand vous me parlez de cette interdiction, l'un de vos collègues d'Horizon avait proposé en 2023 un texte qui n'a pas pu être appliqué, parce qu'il n'était pas conforme à la réglementation européenne. Donc quand vous me dites que c'est la responsabilité des plateformes, est-ce que vous êtes sûr aujourd'hui, quand le texte sera voté, de pouvoir revenir en disant « c'est applicable » ou est-ce que ce n'est pas juste de la communication politique ?

Alors, la communication politique, on ne peut pas se le permettre sur les sujets aussi importants que la protection des mineurs. C'est un travail que j'ai fait non seulement en relation avec les parlementaires, dont Laure Miller, mais également la Commission européenne. Il est vrai, vous avez raison, aujourd'hui, la réglementation du numérique de manière générale, ça se passe à Bruxelles.

Et donc il faut être conforme et totalement dans la ligne de la réglementation européenne. C'est ce que nous avons fait depuis trois mois et demi. Donc je peux vous assurer aujourd'hui que ce texte est conforme au DSA, exactement, le Digital Services Act, et qui va permettre notamment d'appliquer des mesures de vérification, de contrôle et de sanctions côté Bruxelles.

Mais par contre, l'âge à partir duquel les plateformes ne pourront pas autoriser l'accès, c'est bien 15 ans. Et c'est une évolution du droit européen qui s'est produit juillet dernier. Donc pour revenir au texte de Laurent Marcangeli, mon collègue Horizon, effectivement, ce n'était pas applicable.

Il était précurseur, il était pionnier. Il faut rappeler qu'il a été voté, mais pas applicable en fait. Pas applicable parce que les lignes directrices du DSA n'avaient pas été modifiées.

Et un État, à l'époque, ne pouvait pas décider tout seul de l'âge de la majorité numérique. Alors il faut rappeler que le Digital Services Act, entre autres, est là pour réglementer ce que peuvent faire les plateformes. On a vu que ça avait valu quelques représailles à Thierry Breton, l'ancien commissaire, puisqu'il est interdit de ses shows aux États-Unis.

Est-ce que vous pensez, vous, que les plateformes n'ont pas l'impression qu'elles peuvent faire ce qu'elles veulent ? Alors, on parle des GAFAM, voire des GAMAM, Google, Amazon, Apple, Meta, etc. Microsoft, on a l'impression qu'ils font ce qu'ils veulent.

Est-ce qu'ils ont intérêt à réglementer leurs plateformes au moins de 15 ans ? Écoutez, le marché européen, c'est le plus grand marché au monde, en nombre de citoyens. Raison de plus, ça les intéresse.

Exactement. Ils ont des enjeux financiers et on sait que le modèle économique des grandes plateformes, c'est l'argent. C'est de gagner de l'argent.

Donc, il y a ici un potentiel qui fait qu'ils ne peuvent pas se permettre de regarder ou de balayer d'un revers de main le droit national français et le droit européen. Ils ont intérêt à s'adapter à nos règles. Et par ailleurs, si auparavant, on était peut-être finalement, non pas passifs, mais on n'osait peut-être pas aller à la confrontation, cette période est terminée.

Cette période est terminée. On l'a vu avec Chine. On le voit avec une enquête contre TikTok au niveau européen.

Tout non-respect, tout abus concernant la protection de nos citoyens européens par les plateformes et par les réseaux sociaux sera systématiquement contrée par nous, déjà, le gouvernement, mais aussi par l'ARCOM, par des enquêtes judiciaires qui pourront aller jusqu'à des amendes. Que ce soit au niveau Europe, ça peut quand même représenter, on l'a vu avec X, au maximum 6% du chiffre d'affaires en termes d'amendes. Et puis nous-mêmes, on saisit la justice en France, par exemple, pour punir, pour responsabiliser aussi ceux qui relaient ou qui créent des contenus illicites, comme on l'a fait pour les poupées Chines, et comme on le fera également pour des gens qui relaient des informations illicites.

Ça peut aller jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. Alors, dernière question sur ce sujet-là. Tout le monde dit que c'est très simple de contourner les interdictions par un système de réseau privé virtuel qu'on appelle VPN.

Qu'est-ce que vous arrivez à vous prémunire de ça dans ce texte de loi ? Ou est-ce qu'on verra bien à l'usage, si j'ose dire ? Alors, je pense que nous avons franchi une étape vraiment très, très importante lundi.

Nous sommes le premier pays européen, grâce à la volonté du président de la République, à avoir mis cet âge, 15 ans. Ce n'est qu'un début, monsieur. Ce n'est qu'un début.

Et donc, il y aura d'autres mesures, beaucoup plus interministériales, qui concernent la santé, qui concernent l'éducation, l'égalité femmes-hommes. Bref, c'est une première étape. Des parlementaires ont fait des rapports.

Le président a mandaté des scientifiques pour également évaluer la dépendance aux écrans. Donc, tout ça, ça va aboutir sur du court terme, du moyen terme et du long terme, qui est l'Europe, à des nouvelles réglementations. Les VPN dont vous parlez, alors je ne suis pas naïve, je connais l'environnement numérique dans lequel nous évoluons tous.

Évidemment que le VPN existe. Mais moi, si j'ai réussi, en faisant passer ce texte avec l'aide des députés, à protéger déjà 60, 65, 70% des enfants, parce que je rappelle que l'âge moyen de création de son premier compte social, réseau social, c'est 8 ans et demi. Oui, 8 ans et demi, c'est incroyable.

À 8 ans et demi, je ne pense pas qu'on sache qu'il existe un VPN, à moins d'avoir la complicité d'un adulte. Donc, si on peut déjà avoir protégé une très large majorité, eh bien, on continuera. Et les VPN, c'est le prochain sujet sur ma liste.

Alors, c'est presque un sujet très lié à ce qu'on vient de dire, c'est la cybersécurité. Vous avez fait un certain nombre d'annonces à ce propos. Juste, l'actualité nous amène à ce que France Travail ait été condamnée par la CNI pour un vol massif de données et donc un manque de sécurité qui a concerné 37 millions de chômeurs sur 20 ans.

Heureusement, on n'a pas 37 millions de chômeurs aujourd'hui. Est-ce que ça veut dire que la France, en termes de cybersécurité, est une passoire ? Heureusement, non.

Il y a eu beaucoup d'affaires, de vols de données. Oui, mais que montre l'affaire France Travail ? Ça montre que la cybersécurité, ce n'est pas accessoire.

Ça montre que la cybersécurité, ce n'est pas quelque chose qu'on doit traiter en bas de la liste. Enjeu de sécurité, enjeu militaire, enjeu de souveraineté. La cybersécurité, cyberdéfense, mais là, en l'occurrence, cybersécurité pour France Travail et d'autres administrations centrales, mais aussi des entreprises privées, c'est que la cybersécurité, ça doit être piloté.

Et ça doit être piloté au plus haut niveau de l'organisation, c'est-à-dire la direction générale. La cybersécurité, c'est du régalien. C'est comme si, finalement, vous laissiez, si vous ne vous en occupez pas, c'est comme si vous laissiez votre entreprise ouverte aux 80, sans clôture, porte ouverte, et on peut entrer dans l'entreprise pour aller voir comment ça se passe à l'intérieur.

Vous voulez dire que c'est transversal au niveau gouvernemental ? C'est absolument essentiel, c'est stratégique, la cybersécurité. Et donc, à Bordeaux, hier, entouré de tout l'écosystème cybersécurité de France, que ce soit l'ANSI, que ce soit le ComCyber du ministère de l'Intérieur, que ce soit cybermalveillance.gouv.fr, et bien d'autres, et les CECIRT, c'est-à-dire des centres de réponse et de protection en région.

L'idée, c'était de dire l'équipe de France, elle est là. Au contraire, en France, on est vraiment avancé sur le sujet, on a une vraie vision. Et cette stratégie nationale cyber, elle a cette vocation, finalement.

C'était de dire, depuis 2018, qu'Emmanuel Macron, le président, a lancé cette stratégie cyber. Eh bien, on a fait un peu en marchant, parce qu'on était de plus en plus cyberattaqué, comme tous les pays du monde, je veux dire, mais peut-être plus particulièrement la France, vu nos positions, eh bien, on n'est plus dans le réactif, on est dans l'organisation, dans la régulation, et on a surtout une vision de ce qu'on n'accepte pas, et on est en train de s'organiser, on s'organise pour ça. Avec des moyens financiers ?

Alors, on a eu des moyens dès 2018, on a eu des moyens dès 2018. Là, il ne vous a pas échappé que le budget, pour l'instant, n'a pas encore atterri. Si ce n'est pas encore le cas, c'est dans quelques jours.

On a des budgets ciblés, et puis, comme c'est un enjeu stratégique, ça fait partie des dépenses, je dirais, pour la sécurité des Français, qui n'est pas négociable, d'une certaine manière. Alors, bien sûr, tout ça pose des questions de souveraineté numérique, et on aura l'occasion d'en reparler. Je voudrais qu'on aille sur un sujet de politique intérieure.

Je le disais, vous appartenez à Horizon. Vous avez, paraît-il, un candidat à la présidentielle, Édouard Philippe. Est-ce que ce n'est pas difficile d'être à la fois dans un exécutif et proche d'Édouard Philippe, lorsqu'on dit que le président de la République actuelle doit partir ?

Alors, effectivement, je fais partie du parti Horizon. Vous avez fait le choix d'entrer au gouvernement. J'ai fait le choix avec l'accord d'Édouard Philippe de rentrer dans le gouvernement, mais je suis rentrée pour un homme, pour un projet, qui est celui porté par Sébastien Lecornu.

Sébastien Lecornu, je le connais très bien. J'ai travaillé avec lui à la Commission de la Défense et au-delà sur différents sujets. C'est un homme fiable, c'est un homme qui a une vision, c'est un homme qui représente à mes yeux ce qui est important dans le temps qui est, le temps présent pour la France, la stabilité et le compromis.

Et il le prouve, il le prouve chaque jour. Moi, je suis très très fière de faire partie de son équipe, de la même manière que je soutiens Édouard Philippe, parce que sa vision, qui est le temps d'après, celui de la présidentielle, mais moi, pour l'instant, j'ai une mission, je suis absolument concentrée sur cette mission, et donc, je dirais que pour l'instant, et ce sera le cas jusqu'au bout, mes yeux sont tournés vers l'intérêt des Français dans le présent. C'est votre version du en même temps, et merci de l'avoir précisé ce matin sur notre plateau, et bonne chance pour tous ces projets sur le numérique.

Merci beaucoup. Et bonne journée à vous. Merci, bonne journée.

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