Juan Branco face aux étudiants de l'ESSEC
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 13 %Attaque 70 %Défensif 18 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 8:50OuverteRéponse directe
Quelles raisons se cachent derrière ce refus, voire même ce rejet, de vouloir faire partie de ces hautes sphères ?
- 16:00RelanceRéponse directe
On peut quand même s'interroger sur ce rôle que vous avez de dénonciateur alors que vous dénoncez un système dont vous avez vous-même bénéficié.
- 21:00OuverteRéponse directe
C'est vrai qu'Emmanuel Macron a eu une surexposition à partir de 2016 jusqu'à son élection.
- 27:34RelanceRéponse partielle
Est-ce que vous ne pensez pas que dénoncer ces stratagèmes comme vous l'avez fait dans Crépuscule pourrait inverser les tendances ?
- 44:05RelanceRéponse directe
Ces mécanismes mis en place par l'État et les médias ne décrédibilisent-ils pas la capacité des Français à voter librement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 10:04Invité politiqueFait
« C'est des déclarations publiques de Mike Pompeo qui était à l'époque le directeur de la CIA donc qui avait fait une conférence de presse sur nous en indiquant que nous étions une organisation hostile dont l'organisation avait fait sa priorité au niveau d'Al Qaïda. »
- 12:17Invité politiqueFait
« une plongée assez soudaine dans la dystopie avec dès mon retour à New Haven donc à Yale dans la foulée un contrôle aux frontières assez serré aux États-Unis donc là aussi une sorte d'angoisse particulière qui consiste à comprendre qu'en un seul rendez-vous avec cet individu vous étiez déjà identifié votre identité trouvée et un dispositif mis en place pour vous suivre à une vitesse qui était assez surprenante. »
- 18:37Invité politiqueFait
« qui est une personne de grande valeur intellectuelle et morale qui a été arrêtée avec 500 kg de shit dans une camionnette qui est posée dans le bureau de la présidence de la république en faisant lever de la victoire. »
- 24:25Invité politiqueFait
« Xavier Niel a nommé son fils de 21 ans au conseil d'administration de la fondation pour l'indépendance de la presse qu'il a créé pour absorber le monde pour faire mine que le monde était indépendant alors qu'il en a nommé de Kretensky alors que 4 des 6 administrateurs de cette fondation pour l'indépendance de la presse sont nommés par Xavier Niel directement. »
- 27:54Invité politiqueFait
« un des facteurs les plus importants à un moment où il était moribond, c'est tout simplement l'instrumentalisation de la guerre en Ukraine »
- 29:11Invité politiqueFait
« notamment sur la vente de ses concessions portuaires en Afrique de l'Ouest »
- 33:28Invité politiqueChiffre
« il y avait quand même eu 20% malgré les révélations »
- 35:53Invité politiqueFait
« elle a été arrêtée dans le cadre du mouvement de manifestation contre la réforme des retraites »
- 39:17Invité politiqueChiffre
« il y a eu 60 morts dans les répressions des manifestations depuis mars 2021 »
- 39:30Invité politiqueChiffre
« une population jeune à 70% de moins de 30 ans »
Temps de parole
- Juan Branco76 %
- Invité6 %
- ?5 %
- Invité 25 %
- Présentateur4 %
- Invité 34 %
≈ 44,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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et bienvenue à ce nouveau débat des mardis de l'ESSEC, organisé avec le concours des cabinets d'audit et de conseil Mazar et Bearing Point, ainsi que le groupe financier Odo BHF.
C
'est
drôle,
comme parfois les noms vont bien aux gens.
Qu
'est-ce que tu veux dire par là ? Je sais pas, toi par exemple, t'as une tête à t'appeler Gabriel. Moi c'est Constantin. Oui, c'est bien ce que je dis, parfois.
Je
vois pas du tout où tu veux en revenir. Bah, je trouve que notre invité a un nom qui lui sied particulièrement bien, qui reflète sa personne en quelque sorte. Je comprends vraiment toujours pas. Monsieur s'appelle Branco, B-R-A-N-C-O. Je l'ai, le B de Bourgeois par exemple ? Voilà, c'est tout à fait ça. Monsieur Branco a grandi au sein du 6ème arrondissement, entre la rue Cujas et l'école alsacienne. Il y côtoie alors la jeunesse dorée. La vieillesse dorée aussi, puisque sa famille fréquente des personnalités comme Catherine Deneuve ou Raoul Ruiz, un réalisateur chilien, au cas où tu le savais pas.
Tu
vois, après réflexion, je ne pense pas que le 6ème arrondissement soit totalement un hasard. Les palmiers du jardin du Luxembourg devaient lui rappeler son Andalousie natale.
Tu
as vraiment une tendance à faire des rapprochements douteux. En vrai, plus sérieusement, Monsieur Branco s'assied sur les rangs de Sciences Po en 2007, puis intègre un master en lettres modernes, ce qui sera son tremplin vers la filière littéraire de l'UNSULM.
Oui,
la voie royale, quoi. Celle de tous ceux qui, à leur naissance, ont déjà leur caveau au cimetière du Montparnasse.
Eh
bien, détrompe-toi, parce qu'après le B, j'ai le R, révolutionnaire. Révolutionnaire.
J
'ai hâte d'entendre ce que tu vas me raconter. Sciences Po, ENS, il m'a tout l'air d'un grand révolutionnaire d'intérieur tout de même. Attends de voir un peu. Notre invité a plusieurs faits d'armes à son actif. Après avoir soutenu sa thèse de droit à l'ENSULM, de mieux en mieux.
Il
intègre l'équipe de défense de Wikileaks, à la tête duquel se trouve Julian Assange. Ah oui, le hacker lanceur d'alerte, celui qui a révélé la manière dont les États-Unis ont agi en Iran et en Afghanistan, c'est ça ? Oui, exactement. Et figure-toi qu'en 2015, les plateaux télé finissent même par dire
que
Branco est l'homme de l'ombre de Julian Assange.
De
fait, je te l'accorde, le R de révolutionnaire lui va déjà mieux. Quoi d'autre ? Et pour ce qui vient, le rouge lui sied davantage, puisqu'en 2017, il défend Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci se plaignait de n'avoir pas reçu d'aide de l'État, ni de protection, après avoir été menacé d'attentat. Dis donc, notre invité ne m'a pas l'air d'être en odeur de sainteté avec les États. Les États-Unis d'abord, la France ensuite.
Et
attends, c'était vraiment pas fini, puisque fin 2018, son engagement prend une tournure toute nouvelle, avec le mouvement des Gilets jaunes.
à
qui, à la cause des manifestants, il défend Maxime Nicole, Christophe Détinger, des membres éminents du mouvement. Là où certains ne voient que la violence, M. Branco y voit l'amour, la ferveur, pardon, y voit la ferveur et le renouement avec le lien social
pour
des catégories... Enfin, bon, j'ai perdu.
Le
renouement avec le lien social face à Macron. Il y verrait pas un beau spot de pub pour lui, surtout ? Le jaune, ça se voit de loin. Et c'est l'occasion de s'ériger en défenseur du peuple face à une Macronie qui frise sûrement le despotisme, selon lui. Ça serait pas étonnant,
à
vrai dire, surtout que j'ai lu qu'il a une fâcheuse tendance à se mettre en lumière en embellissant son CV, par exemple. C'est pas moi qui le dis. Quelle horrible pratique ! J'aimerais bien voir ton CV. C'est pas nécessaire, ce
n'est
pas le sujet de la soirée. J'ai une autre hypothèse.
Il
a peut-être fait tout ça par jalousie pour Gabriel Attal, son camarade de l'Alsacienne et de Sciences Po. Qu'est-ce que tu racontes ? Enfin, sors un peu de Wikipédia, lis la presse People, renseigne-toi. Il lui en veut un peu à son copain d'enfance à tel point qu'il a révélé publiquement son homosexualité. Ok, on a le A. Le A pour Attal.
Ah
oui, bien vu.
Pour
Juan Branco, Attal symbolise la défaillance démocratique. Attal, c'est le bourgeois reproduit, arriviste, sans talent ni charisme, qui a simplement bien su placer ses pions. Attal, c'est le pantin de l'oligarchie, de la compromission entre public et privé. Oui, maintenant que tu le dis, je m'en rappelle. Mais il n'y a pas qu'Attal dans le viseur. C'est tout l'écosystème Macron qui en prend pour son grade. Dans son lit Crépuscule, et en particulier Xavier Niel, le fondateur de Free, actionnaire du journal Le Monde, aurait plus que participé à l'ascension médiatique du président. Crépuscule, oui, tout à fait. 200 000 tirages et plus d'un million de téléchargements.
Encore une fois, notre invité ne déroge pas à la règle. Les comptes en banque des révolutionnaires finissent en général assez vite pleins.
Tu
sais, JB, je crois qu'on vient faire un triplé. Le A de Attal,
le
N de Niel, tout ça dans le C de Crépuscule.
On
est vraiment bien. Ah mais non,
mais
non, pas du tout. En fait, il nous manque le O de Branco. Et je sèche complètement.
Je
t'avoue que je ne l'ai pas non plus. Mais attends, M. Branco se connaît quand même bien mieux que nous ne le connaissons. Peut-être pourrait-il nous aider ? C'est pas idiot du tout. M. Branco, est-ce que vous auriez un mot pour le O, pour vous décrire
?
C'est une bonne idée. J'en ai peut-être un autre. Réflexion faite, le O de Obstination. Il en faut quand même un peu pour revenir dans un pays, le Sénégal en l'occurrence, qui a émis un mandat d'arrêt international contre vous. C'est vrai. Et il y a aussi le O de Osée, puisque quand vous êtes revenu au Sénégal, vous étiez déguisé en pêcheur dans une pirogue. Et ça, il
faut
le faire.
Je
suis sûr que vous êtes mieux dans nos fauteuils. C'est sûr. Très cher public,
M.
Branco, B-R-A-N-C-O, n'a plus aucun secret pour vous.
Nous
vous souhaitons un excellent débat.
Juan
Branco, bonsoir.
Et
merci d'avoir accepté notre invitation. Si vous le désirez, vous pouvez revenir rapidement sur cette présentation qui vient d'être faite par Jean-Baptiste et Constantin.
Bonsoir. Merci pour cette représentation.
Merci
d'être là.
Je
pense que c'est toujours important de revenir sur son parcours. Je l
'ai
longuement fait dans plusieurs ouvrages et entretiens, donc je ne reviendrai pas
ici
sur ces questions.
Ce
qui m'apparaît important surtout de souligner,
c
'est peut-être à travers ces quelques épisodes que vous avez décrits et tous ceux qui restent masqués, la nécessité à un moment de rompre avec un système particulièrement conformiste
dans
lequel on fait tout pour vous installer au sein de cette institution et de celle auquel vous avez appartenu jusqu'ici. Et ce que l'on essaye de dessiner en creux de nombre de ces polémiques et événements que vous avez décrits, c'est un chemin qui montre qu'il est possible en fait de se déraciner de ces espaces et de créer une forme de souveraineté
qui
vous permette de survivre
aux
différentes violences qu'évidemment on va en retour vous apporter. Donc je regrette un peu d'avoir
Attal
dans mon nom, de le voir s'inscrire en moi de cette façon. J'ai déjà eu à le subir pendant de nombreuses années, donc je pensais que j'arriverais d'une certaine façon à m'en débarrasser, mais soit, c'est mon parcours, donc il faudra l'accepter.
Merci
pour votre réponse.
Alors
un mot avant de commencer notre échange. Monsieur Branco, vous êtes plutôt invité sur les médias traditionnels. en raison de vos prises de position clivantes aux engagements
et
c'est précisément pour cela que nous avons décidé de vous inviter ce soir. Les mardis de
l
'ESSEC pensent que
le
débat ne doit pas mettre de côté la pensée subversive, sinon celui-ci s'en retrouverait appauvri.
Voilà,
donc nous allons aborder de nombreux termes très importants. Nous allons parler des élites,
de
l'oligarchie, de démocratie, de peuple. Mais avant, on va parler de vous, on va revenir sur votre parcours.
Juan Branco, vous avez une position assez particulière dans la société française. Vous avez grandi dans un milieu privilégié, dans le 6e arrondissement, et suite à votre différente rencontre, vous finissez par vous détacher de ce que vous considérez comme une classe sociale élitiste. Vous choisissez ensuite de concentrer votre combat sur la dénonciation et les stratagèmes et des arrangements mis en place par une minorité de la population.
Avant
de vous en éloigner, vous avez quand même été approchée par les grandes banques et les autres cabinets d'avocats qui voulaient vous recruter au sein de leurs équipes. Alors, quelles raisons se cachent derrière ce refus, voire même ce rejet, de vouloir faire partie de ces hautes sphères ? Et quelle place pensez-vous occuper dans la société ? Est-ce que c'est celle d'intellectuels, de lanceurs d'alerte, de polémistes, ou même de révolutionnaires
? Ça
me permet de revenir sur un certain nombre d'éléments qui ont été présentés lors de l'introduction. Lorsque vous faites le choix de la traverse, c'est-à-dire que vous décidez de sortir de ce qui est attendu de vous,
il
va y avoir une réaction souvent épidermique des personnes qui vous ressemblent et de celles qui ont décidé, elles, de s'intégrer au système existant qui consistent à trouver des raisons psychologisantes ou autres qui vont tenter de justifier du fait qu'eux se maintiennent dans ces structures et qu'au contraire, vous, vous seriez en fait, du fait d'un certain nombre de défauts ou de travers, incapables de les suivre ou alors choisissant des penchants mauvais
qui
vous amèneraient dans ces directions-là.
Ça
explique des attaques extraordinairement violentes que j'ai eues à subir à partir de 2019 principalement
et
de la publication de Crépuscule, même si déjà dans notre engagement avec Wikileaks auparavant, nous avions eu à
connaître
les affres de l'appareil d'État états-unien et en particulier de la CIA qui
avait
fait de nous sa cible privilégiée de façon explicite et assumée. C'est des déclarations publiques de Mike Pompeo qui était à l'époque le directeur de la CIA donc
qui
avait
fait
une conférence de presse sur nous en indiquant que nous étions une organisation hostile dont l'organisation avait fait sa priorité au niveau d'Al Qaïda
et
donc à partir de là avec des moyens très importants qui avaient été développés pour essayer de nous perturber et éventuellement nous détruire socialement et politiquement avant de le faire physiquement.
Ça
a amené évidemment à l'arrestation de Julian Assange.
Ça
a amené aussi à la destruction d'un certain nombre d'individus qui étaient avec nous au sein de cette organisation
et
c'est un chemin que j'ai pris un peu par naïveté ce qui est souvent ce qui m'arrive c'est-à-dire que j'étais à Yale où je finissais mon doctorat
que
j'avais commencé à l'école normale et on s'est retrouvés dans une situation où on m'a proposé de rencontrer Julian Assange entre un déjeuner avec Xavier Niel et la directrice du Monde et un certain nombre d'autres événements plus ou moins mondains qui étaient censés quand j'avais 24 ou 25 ans je ne sais plus me préparer à cette intégration à cette société. Et là j'ai rencontré à Londres une des personnes les plus intelligentes que
j
'ai eu l'opportunité en fait de croiser et j'ai fait une crise de claustrophobie au sein de cette ambassade parce que c'était particulièrement angoissant.
Il
était à l'époque enfermé et il a passé près de 9 ans dans ce rez-de-chaussée où il avait droit à 20 mètres carrés sur un appartement qui devait faire 200 mètres carrés au total qui était l'ambassade d'Équateur donc juste à côté du Harrods
à
Londres et on avait dû sortir à mi-chemin parce qu'il avait un cours de boxe qui était prévu depuis de longues dates et donc on s'était retrouvés dans la rue dans un entre-deux avec une crise d'angoisse extraordinaire où l
'on
s'en rendait compte du niveau d'oppression auquel il était soumis
après
qu'il nous ait montré tous les dispositifs de surveillance qui avaient été mis en place autour de lui y compris des dispositifs d'écoute qui passaient par la captation des vibrations que nos paroles produisaient sur les fenêtres.
Donc
une plongée assez soudaine dans la dystopie avec dès mon retour à New Haven donc à Yale dans la foulée
un
contrôle aux frontières assez serré aux États-Unis donc là aussi une sorte d'angoisse particulière qui consiste à comprendre qu'en un seul rendez-vous avec cet individu
vous
étiez déjà identifié votre identité trouvée et un dispositif mis en place pour vous suivre
à
une vitesse qui était assez surprenante et alors qu'il n'y avait pas forcément de
raison
qui le justifiait mais bon à l'époque c'était plutôt l'aventure et l'amusement vous voyez on minait des bitcoins on était en 2014 sur les ordinateurs de Yale qui est le principal lieu de recrutement de la CIA donc il y avait quelque chose d'assez paradoxal au fait d'avoir cette dichotomie mais on n'en sentait pas encore les conséquences qui elles sont venues plus tard et notamment à partir de 2017 et après l'élection Trump lorsque ce cher Julian Assange plutôt que d'essayer d'en profiter pour sortir de la situation dans laquelle il était a décidé de révéler de nouveaux documents qui touchaient la CIA ce qui a déclenché la fureur de Mike Pompeo et la mise en oeuvre de tout un dispositif qui visait à
soit
l'assassiner soit le kidnapper soit provoquer son arrestation comme ça a été le cas avec des opérations qui étaient menées à la fois en Équateur en France en Espagne et à Londres en parallèle pour essayer de nous déstabiliser donc en fait il n
'y a
pas eu véritablement de choix si ce n'est celui à un moment donné de
ne
pas avoir peur face à cette figure qui à l'époque était très dépréciée accusée de viol poursuivie par la principale puissance états-unienne et simplement aller chercher l'intelligence de la personne quand j'avais rencontré Xavier Niel lors de ce déjeuner
j
'avais été plutôt frappé par
l
'absence d'intérêt qu'il suscitait en moi c'est à dire un vrai rapport quasi compulsif à l'argent un véritable rapport au mensonge aussi avec des liens déjà qui commençaient à se tisser avec Emmanuel Macron on était en janvier 2014 et la volonté de promouvoir sa candidature Macron que j'avais déjà identifié depuis quelques années
depuis
2012 et que je considérais comme un être assez dénué d'intérêt tout cela générait en fait quelque part une absence de désir d'attrait pour ces espaces-là qui contrastaient avec les aventures folles que vivaient
ces
individus et qui correspondaient plus à mon état d'esprit pour finir je faisais mon doctorat je le faisais sur les
violences
de masse parce que j'avais fait un passage à la Cour pénale internationale quelques années auparavant et donc j'étais parti au Centrafrique pendant la guerre civile en décembre 2013 on avait fait une intervention militaire là-bas aujourd'hui la Centrafrique est devenue un terrain de jeu de la Russie complètement capté mais à l'époque c'était un territoire qui était captif au contraire des autorités françaises
et
pour éviter en fait un changement de régime nous avions envoyé une opération militaire assez importante en invoquant les risques de génocide ce qui n'était pas du tout le cas
et
moi j'avais un peu les grilles de lecture et les outils que m'avait donné ma formation universitaire pour le comprendre donc j'étais allé sur le terrain et j'avais passé quelques semaines dans un terrain de guerre urbaine en faisant des reportages d'ailleurs pour un certain nombre de journaux en parallèle et à mon retour
donc
je rencontrais Xavier Niel et compagnie puis Julien Assange et Assange m'avait pendant deux heures interrogé sur le sujet avant même de dire un mot sur lui
or
Assange était quelqu'un qui était décrit à l'époque comme étant d'un égo hypertrophié insupportable complètement incapable de s'intéresser à l'autre
et
j'avais été très très marqué par cette distorsion
entre
la présentation publique et ce que l'on disait de cette personne et ce qu'il reflétait dans le réel et dans une forme d'intimité avec quelqu'un qui le connaissait
peu
et qui revenait d'un espace qui n'était pas non plus central dans sa pensée et cet intérêt pour l'autre m'a beaucoup marqué et a fait enclencher en fait une réflexion
qui
après combiné justement à ce que je découvrirais du fonctionnement oligarchique en France m'amènerait à la publication de Crépuscule et ainsi de suite
Mais
alors on peut quand même s'interroger sur ce rôle que vous avez de dénonciateur alors que vous dénoncez un système dont vous avez vous-même bénéficié qu'est-ce qui fait de vous la bonne personne pour le faire et surtout n'est-il pas un peu tragique que le seul moyen que vous avez pour enfin le seul moyen qu'il y ait pour dénoncer ce système c'est d'en avoir fait partie d'avoir fréquenté cette élite
j
'ai été très protégé par ce système très loué vous faisiez référence à un reportage qui me présentait comme l'homme de l'ombre de Julian Assange je vous incite à le voir c'était Canal+, qui avait fait en 2016 un portrait de 15 minutes de moi dans le supplément une semaine après avoir fait celui de Macron dans une sorte de début c'était la première fois que Macron avait une exposition de cet ordre
dans
l'espace public donc c'était une sorte d'émission qui cherchait à propulser en fait les nouvelles figures qui convenaient quelque part d'une façon ou d'une autre au système et je m'étais retrouvé d'ailleurs dans cette émission côté de Mélenchon c'est comme ça que je
l'ai
rencontré et en fait c'est assez intéressant de noter le contraste entre la quasi-adoration à laquelle on me soumettait à l'époque et le traitement qui s'en est suivi c'est-à-dire la même personne est passée d'être quelqu'un d'admirable extraordinaire engagé pour des valeurs à une forme de diable absolu qu'il faut détruire par toutes les façons que ce soit complotiste violeur etc enfin tout ce qu'on a pu raconter ces dernières années de façon successive pour essayer de me délégitimer et cela en fait la raison de cela c'est encore une fois mon engagement auprès des gilets jaunes qui est apparu pour le pouvoir en place comme un mouvement véritablement subversif et dangereux parce qu'il ne
l'a
jamais compris
et
ne le comprenant pas il n'arrivait pas à trouver les clés pour l'éteindre et pour l'écraser ce qui explique la violence avec laquelle ce mouvement a été réprimé
et
la publication dans le même temps de crépuscule
dans
laquelle je fais notamment ce portrait de Gabriel Attal qui me vaut à chaque fois d'être rappelé à lui depuis où je décrivais comment cet homme de la même façon qu'Emmanuel Macron avait été quelque part fabriqué
pour
devenir en fait des personnalités qui serviraient à
un
certain nombre d'intérêts
c
'est ce outing qui a surtout choqué le fait de révéler
non
assez peu parce que ce que je révélais c'était la relation avec Stéphane Séjourné qui était conseiller politique d'Emmanuel Macron qui a permis à Gabriel d'avoir sa circonscription puisque c
'est
lui qui distribuait les circonscriptions à
l
'époque et donc j'expliquais quelque chose qui était complètement masqué dans l'espace médiatique masqué pourquoi parce que ça avait vocation à susciter de la fascination Gabriel Attal c'est quelqu'un qui est soutenu et qui a été largement construit grâce à Mimi Marchand qui est une
personne
de grande valeur intellectuelle et morale qui a été arrêtée avec 500 kg de shit dans une camionnette qui est posée dans le bureau de la présidence de la république en faisant lever de la victoire et qui en fait est très liée à des réseaux de proxénétisme de trafic de drogue mais surtout de trafic de l'information et en fait ces milieux là sont à peu près les mêmes c'est à dire qu'elle met en valeur ou détruit les individus
par
leur intimité
à
travers ces liens dans la presse people Gala Voici Paris Match ainsi de suite qui eux-mêmes appartiennent à un certain nombre d'oligarques qui s'en servent pour promouvoir ou au contraire déstabiliser leurs adversaires politiques ou au contraire ceux qui pourraient les soutenir Gabriel en 2018
à
l'été 2018 commence à avoir après avoir donc réussi à devenir conseiller politique de Marisol Touraine en se rapprochant de sa fille puis obtenir grâce à ses conscriptions macronistes en sortant avec Stéphane Séjourné aujourd'hui avec les porte-parole du gouvernement tout ça n'est pas sans hasard à mon avis commence en fait une campagne de promotion politique via Mimi Marchand dans la presse people et en particulier dans Paris Match vous avez peut-être vu cette photo merveilleuse de lui avec une coupe de champagne posant sur les quais en chemise blanche très heureux de lui-même
et
va commencer à avoir droit à une offensive médiatique qui va lui permettre de monter jusqu'à se faire nommer au gouvernement et donc moi Crépuscule qui est un livre non pas sur les individus mais sur comment en fait fonctionne et comment sont poreux les liens d'intérêt oligarchique
ces
fortunes qui ont été faites grâce à l'Etat que ce soit celle de Xavier Niel ou de quelques autres c'est à dire l'accès à des décisions par exemple dans les
télécoms
décisions qui leur sont favorables parce qu'en retour
ils
ont une influence importante du fait de leur accès aux médias et de leur contrôle sur leurs médias qui leur permettent justement de favoriser tel ou tel homme politique prend en exemple cet homme à l'époque on m'avait dit mais c'est quoi cette histoire pourquoi vous intéressez à cette personne qui n'est rien et j'aurais dit non non faites attention au contraire là on est en train d'assister sauf qu'on a le privilège d'assister plutôt à la fabrication d'une figure similaire à celle d'Emmanuel Macron et ce que j'essaie de faire à travers lui c'est de vous donner des clés d'explication de comment se fabriquent ces figures et comment est-ce qu'elles émergent pour que nous en tant que citoyens on puisse à partir de là se déterminer de façon plus claire qu'on ne le faisait jusqu'ici
alors
c'est vrai qu'Emmanuel Macron a eu une surexposition à partir de 2016 jusqu'à son élection pour autant tous les médias ne l'en censaient pas par exemple on peut prendre l'exemple de l'Obs qui est une propriété quand même de Xavier Niel qui expliquait qu'Emmanuel Macron était une bulle médiatique qui allait exploser qui était un piège pour le jeu de la démocratie c'est-à
-dire
que ces médias ils avaient quand même une relative liberté vis-à-vis de
leurs propriétaires l'illusion de la liberté lorsque vous êtes l'employé d'un oligarque elle est formidable en fait c'est
-à
-dire que dès le moment que vous êtes l'employé de quelqu'un vous n'avez pas de liberté par rapport à cette personne c'est complètement illusoire voire ridicule de la part de ces journalistes liberté relative non,
non
il n
'y
a juste pas de liberté vous êtes choisi vous êtes recruté parce que en fait vous correspondez à un certain nombre de critères qui vont faire qu'en général vous n'allez pas avoir une pensée suffisamment critique ou développée pour de vous-même l'exercer et à partir de là devenir un grain de sable qui devrait être la fonction du journaliste ensuite ça c'est le journaliste de base ensuite il va y avoir des mécanismes de désignation aux responsabilités de ces journaux des rédactions en chef chef de service direction de la rédaction et ainsi de suite qui vont avoir pour fonction de filtrer justement le choix des recrutements nomination, promotion et ainsi de suite tout cela sous l'égide
des
directeurs généraux qui eux sont ceux qui sont en lien direct avec les propriétaires de médias avec Soligar Bernard Arnault Xavier Niel Patrick Traillet de façon à ce que eux puissent donner des instructions
aux
rédactions sans que le journaliste qui va être
l
'exécutant final ne soit même au courant qu'il y a eu ce système qui s
'est
mis en place et qu'il y a eu cette orientation qui a été donnée pour servir un certain nombre d'intérêts donc vous voyez c'est sûr que quand vous parlez qu'un journaliste de base d'une rédaction parisienne il va vous dire ah oui mais moi Xavier Niel ne
m'a
jamais parlé bah oui Coco tu n
'as
jamais parlé parce que tu n
'es
rien pour lui tu es juste un instrument parmi des centaines d'autres il ne
va
pas s'abaisser et prendre le risque de te dire directement quoi écrire ou ne pas écrire mais un tu as été choisi pour servir ses intérêts et deux tu as toute une chefferie qui va s'assurer que tu vas suivre une bonne direction avec en effet une forme de flottement parce qu'il faut laisser ce flottement sinon en fait la vie devient insupportable il y
a
une forme d'aphasie qui va se créer parce que il faut quand même que vous ayez en effet
ce
n
'est
pas une liberté relative c'est l'illusion d'une liberté il faut que vous ayez l'impression que vous avez une forme d'autonomie dans l'exercice de travail mais c'est ce qu
'on
vous apprend en management aussi avec vos employés c'est leur donner la possibilité d'avoir une forme de flottement d'autonomie qui va lui permettre de ressentir une forme de stimulation et de récompense dans les actions qui vont mener à bien vous
tant
que ça ne va pas contre trop directement vos intérêts ça vous convient tant que la machine d'ensemble continue à aller dans la bonne direction
c
'est pas très grave qu'il y a tel ou tel article à tel ou tel moment qui vont éventuellement potentiellement quelque peu
vous
gêner ça c
'est
des discussions que j'ai eues notamment à Carien de chemin qui était au moment où elle avait révélé la journée du monde qui avait révélé l'affaire Benalla
qui
essayait de nous convaincre que le monde était un paradis sur terre en m'expliquant mais regardez j'ai pu sortir l'affaire Benalla
et
je disais mais enfin c'est mignon mais je veux dire la capacité d'impact structurel de cette révélation sur le cours du politique et sur les décisions qui comptent pour ces individus qui touchent aux répartitions de ressources qui touchent pas à la gestion de la carrière d'un individu à un moment ou à un autre elle est nulle donc à partir de là
vous
pouvez vous satisfaire de cela mais en fait quelque part vous allez continuer et aujourd'hui je pense qu'Arien de chemin ne se fait plus du tout d'illusion sur ce contrôle qui est mis en oeuvre sur le monde ne serait-ce que parce qu'entre temps Xavier Niel a nommé son fils de 21 ans au conseil d'administration de la fondation pour l'indépendance de la presse qu'il a créé pour absorber le monde pour faire mine que le monde était indépendant alors
qu'il en a nommé
de Kretensky alors que 4 des 6 administrateurs de cette fondation pour l'indépendance de la presse sont nommés par Xavier Niel directement
bon
après considérer que la révélation de l'affaire Benalla est un luxe
ça
peut sembler quand même disproportionnel parce que ça avait branlé un gouvernement entier ça avait quand même ébranlé le gouvernement l'affaire Benalla
moi
je ne
vois
pas d'ébranlement structurel encore une fois il faut que vous sortiez de l'épiphénomène c'est à dire qu'il y a la vie politique est scandée par un certain nombre de
scandales
justement qui vont distraire qui vont créer de l'adhésion ou au contraire du rejet et qui vont quelque part nous entretenir dans un rapport de suggestion de fascination pour le système qui nous les présente qui les exploite le grand risque quand vous souhaitez avoir un impact politique réel c'est de s'appuyer sur le fait divers j'y pense aussi en ce qui concerne la gauche à travers l'affaire Naël par exemple et les émeutes de banlieue de juillet dernier le piège qui a été tendu était évident dès le moment que vous avez une situation où il va y avoir une fixation affective très profonde c'est à dire il y a en l'occurrence point de départ du récit un adolescent qui meurt avec des images qui semblent accablantes et parfaitement impossibles
à
contester et à partir de là tout un discours qui se construit sur les violences policières et derrière en fait tout un mouvement social qui va en être d'accord
vous
avez le point de bascule pour moi de cette affaire c'est Kylian Mbappé qui parle de petit ange parti trop tôt
dès
le moment que vous construisez ça c'est fini
parce
qu'en fait évidemment l'adversaire va s'engouffrer dans la brèche va aller chercher le petit ange parti trop tôt voir s'il n
'y a
pas des failles et évidemment tout être humain a des failles en particulier lorsqu'ils ont des parcours qui
les
amènent de classes sociales qui sont dominées et donc à partir de là on va à partir d'un fait divers qui en effet semblait ébranler un certain camp c'est l'autre camp qui se retrouve affaissé
et
in fine
quoi
si ce n'est une distraction qui a quelques semaines plus tard produit des peines de prison pour un certain nombre d'enfants et de jeunes adolescents et adultes qui ont tenté d'en profiter pour des raisons
qui
leur appartiennent soit pour en effet essayer de purger un certain nombre de souffrances soit pour en profiter positivement et finalement un discours d'ordre qui s'est encore plus durci et renforcé alors même qu'Emmanuel Macron au départ donnait l'impression que ça allait être
un
moment d'un virage c'est-à
-dire
de compréhension de
ce
qui s'était passé de soutien et ainsi de suite
et
un feuilleton qui va attendre que l'autre lui succède en l'occurrence c'était la baïa avec à chaque fois toujours cette dialectique qui va faire que des couches de la société française populaire vont s'opposer les unes aux autres sans qu'il
y
ait d'effectivité politique et sans qu'il n
'y
ait autre chose qu'une course de petits chevaux entre dirigeants politiques qui vont tenter d'instrumentaliser dans un sens ou dans l'autre ce qui vient de se passer est-ce qu'il
y a
des changements structurels qui en naissent absolument pas
mais alors est-ce que vous ne pensez pas qu'en dénonçant ce genre de stratagème comme vous l'avez fait notamment dans Crépuscule au sujet d'Emmanuel Macron est-ce que vous ne pensez pas que les tendances devraient s'inverser comment est-ce que vous expliquez qu'Emmanuel Macron ait été réélu derrière
alors là on pourrait faire une conférence de deux heures sur ce qui s'est passé et les facteurs qui ont joué en 2022 moi je pense qu'un des facteurs les plus importants à un moment où il était moribond c'est tout simplement l'instrumentalisation de la guerre en Ukraine qui était particulièrement indécente avec vous vous souvenez les allers-retours à Moscou qui était assez pitoyable et qui à mon avis ont beaucoup affaibli la puissance française mais une instrumentalisation de la fonction qui lui permettait d'accaparer l'espace médiatique et la tension médiatique avec encore le soutien
d
'un grand nombre d'oligards qu'il faut se rappeler que Marc-Olivier Fogiel qui est quand même pas une lumière qui est quand même pas un homme de direction a été nommé à la tête de BFM TV parce que Brigitte Macron l'avait exigé après les Gilets jaunes parce qu'il considérait que BFM TV a été trop favorable aux Gilets jaunes c'est-à
-dire
quand même le niveau de distorsion dans lequel ces individus vivent et depuis qu'il est là il y
a
en fait un travail de SAP qui est mis en oeuvre en essayant d'instrumentaliser un certain nombre de personnes en recherche de visibilité qui s'y rendent pour essayer de cautionner tout cela mais qui participent en fait de ce renforcement artificiel de la figure d'Emmanuel Macron je vous parle d'un petit exemple en fait je pourrais vous faire deux heures parce qu'on pourrait aussi parler de la candidature de Zemmour pendant cette période de comment elle a été instrumentalisée par Bolloré dans son rapport de force avec l'Elysée pour essayer de s'assurer qu'Emmanuel Macron répondrait à ses désidératas notamment sur la vente de ses concessions portuaires en Afrique de l'Ouest et comment du coup ces news a été utilisée pour promouvoir de façon massive Zemmour pendant des mois jusqu'à ce qu'un accord soit trouvé et tout d'un coup il s'est retrouvé lâché et la bulle s'est effondrée avec du coup une fracturation relative du camp de l'extrême droite il y a toute une série en fait de mécanismes comme ça qui ont été mis en oeuvre mais qui appartiennent très largement justement à des mécanismes oligarchiques c'est à dire qu'est-ce que je dis par oligarchique qu'est
-ce
que je qualifie d'oligarchique c'est
à
dire le contrôle de la visibilité parce qu'on est dans un système électoral représentatif c'est à dire que l'accès aux ressources
de
l'Etat passe par l'élection d'un certain nombre de représentants qu'il faut donc contrôler au maximum l'orientation de ces élections et que la façon de le faire c'est d'avoir un contrôle sur la visibilité parce que ce que vous savez va déterminer ce que vous pensez et donc les choix que vous allez faire ou non politiquement parlant donc si vous avez une prise sur ce qui vous arrive du réel si comme vos camarades le faisaient vous pensez à moi à travers les fausses polémiques qui ont été mises en oeuvre sur Attaal sur les questions de CV et ainsi de suite c'est à travers ce que la presse
qui
est aux mains de mon adversaire raconte et bien nécessairement ça va orienter votre perspective du moins jusqu'au moment où vous aurez la possibilité de vous confronter à la personne ou aux propos de la personne en réalité ce qui arrive très rarement parce qu'on est dans une société médiatisée où en fait tout traverse à travers des flux
et
par exemple c'était rigolo que vous ayez parlé du déguisement de pêcheurs sur le Sénégal
c
'est une information et des photographies qui ont été fuitées par le gouvernement sénégalais pour essayer de faire
contre
-feu
en
fait à une indignation très importante qui consistait parce que le vrai sujet c'est quoi c'est qu'un avocat qui est venu au Sénégal défendre le principal opposant au pouvoir qui venait d'être incarcéré
pour
vol de téléphone portable ce qui est absolument ridicule six heures avant de se retrouver accusé pour des faits de terrorisme ainsi de suite c'est à dire qu'il encourait la perpétuité donc cet avocat qui s'est rendu à Dakar pour pouvoir défendre son client exercer ses droits à la défense et bien il s'est retrouvé traqué dans tout le pays perquisition y compris dans des lieux sains au domicile de son client a dû partir à travers une pirogue en effet jusqu'en Mauritanie où il a été séquestré par des hommes cagoulés
ramené
de force en dehors de tout cadre juridique au Sénégal avant que enfin liberté soit acquise après avoir passé quelques jours dans une prison où
3000
personnes s'entassaient pour d'anciennes écuries qui sont prévues pour 600 places
et
où j'ai vu des corps torturés où il y a des personnes qui depuis des mois dorment sans pouvoir s'allonger
dos
à dos parce que parce qu'il n
'y
a pas de place dans ces lieux là donc c
'est
ça la réalité sauf que en fait ce qui va traverser la fabrique du consentement et la fabrique de la distraction va vous amener à vous concentrer sur non pas le déguisement de pêcheur mais tout simplement l'imperméable que j'avais dû porter parce qu'en effet pour partir de ce pays qui est devenu une terrifiante prison il a fallu prendre une pirogue et risquer ma vie et pendant 20 heures à travers l'Atlantique dans les vagues continuer à naviguer jusqu'à tenter de trouver un port de sortie donc encore une fois le débat public la façon
dont
vous l'infiltrez d'éléments X ou Y va déterminer sa nature sa direction et va vous amener soit vous intéresser à des questions de fond et à des enjeux qui
touchent
aux intérêts de populations entières et aux autres en particulier ou tout simplement devenir des instruments inconscients de stratagèmes de manipulation qui in fine vont vous amener à vous satisfaire de l'existant ou à vous insatisfaire mais vous sentir impuissant parce que dans l'incapacité de le contester et de lutter contre ce dernier
alors vous vous prenez le prisme des médias mais tout de même justement cette logique de médiatisation d'Emmanuel Macron elle a été mise à nu plusieurs fois vous l'avez mise à nu et la majorité des français étaient quand même au courant de ce que représentait justement alors ce que vous appelez l'oligarchie et pourtant il a été réélu est-ce qu'il n
'y
aurait pas aussi une forme de cynisme généralisé dans la population française vis-à-vis des scandales vis-à-vis des faits corruption ou pas corruption par exemple si on reprend l'affaire Fillon
en
2017 il y
avait
quand même eu 20% malgré
les révélations
il
y
a
un désengagement massif de la population française quand même par rapport à la classe politique je pense qu'on en est tous conscients moi j'ai quand même plaidé devant le conseil constitutionnel on a obtenu l'annulation de
l
'élection sur d'autres fondements mais pour l'annulation d'élections législatives où il y avait eu 85% d'abstention
c'est
-à
-dire
quel est le sens d'une élection où vous retrouvez avec 15% du corps électoral qui s'engage dans celle-ci il est nul il est absolument nul donc en fait il
y a
un désenchantement très fort qui est quand même lié aussi
à
cet appauvrissement généralisé du débat public
à
cette captation de ressources toujours croissantes de la part d'une classe dominante qui ne voit le politique qu'à travers des jeux de pouvoir et je trouve qu'Emmanuel Macron a eu cette qualité de dénuder ce qui jusqu'alors s'imposait à nous comme une fiction c'est-à-dire qu
'il
y avait quand même des oppositions idéologiques plus ou moins de façade entre la droite et la gauche qui suscitaient l'attrait
et
une forme de croyance dans l'existence du système et donc la nécessité pour nous de nous y engager aujourd'hui je pense qu'il y a un désabus assez important de la part de la population à l'égard de ces dispositifs et de ces fonctionnements que je trouve relativement favorable parce que ça nous incite à la réflexion et une forme de prise de distance par rapport à tous ces mécanismes et ensuite à partir de là une reconfiguration que j'espère qu'est-ce qui les
remplace
à devenir qu'est
-ce
qui remplace les médias traditionnels mis à part les réseaux sociaux aujourd'hui on est dans une situation où la population française a quand même pris des coups au sens littéral du terme à ces violences ces dernières années c'est-à-dire qu'on a un mouvement des gilets jaunes qui a été réprimé avec une violence extraordinaire
avec
un nombre d'ébordements de mutilations d'arrestations arbitraires qui ont été très difficiles à vivre et qui ont surtout permis au pouvoir de cartographier les principaux pôles d'opposition sur le territoire j'ai défendu par exemple la femme qui avait traité d'ordure Emmanuel Macron sur Facebook un post-Facebook et qui s'est retrouvée arrêtée à 6h du matin placée en garde à vue et traînée devant les tribunaux pour ce fait
sa
phrase était l'ordure va nous parler demain matin enfin demain après-midi à 14h à la télévision cette personne-là n
'a
pas été arrêtée seulement du fait d'un excès de Z de la part du pouvoir comme cela lui arrive régulièrement mais parce qu'elle avait été identifiée comme l'une des principales figures d'opposition
au
moment des gilets jaunes
et
le procureur l'a lui-même admis dans un document qu'il nous a transmis dans la perspective de l'audience elle a été arrêtée dans le cadre
du
mouvement de manifestation contre la réforme des retraites qui commençait à naître
c
'est-à-dire qu'en fait le pouvoir a identifié les têtes de pont de forme de contestation à la Macronie qui ne soit pas institutionnaliste qui ne passe pas par les parties et
en
amont préventivement
les
attaques les harcèles et met à bien des procédures de cet ordre-là pour essayer de s'assurer qu'ils ne vont pas pouvoir réunir
des
formes de contestation qui mettraient en danger l'existant parce qu'il faut quand même se rappeler que ce pouvoir est
extraordinairement
fragile et que s'il a une capacité à tenir la capitale et les grandes villes du fait de l'intensité de mobilisation des forces de l'ordre qu'il peut mettre en oeuvre c'est beaucoup plus compliqué dès qu
'on
sort un peu et que l'on va dans les villes secondaires et ça a été d'ailleurs une des grandes révélations des Gilets jaunes donc la violente
oui
la violente répression en fait qui est mise en oeuvre vis-à-vis de toute une série de mouvements sociaux crée une forme de désert démocratique
qui
lui-même alimente la déshérence
et
qui permet au pouvoir de tenir malgré l'absence de participation aux élections malgré l'absence d'excitation
que
suscitent ces décisions
moi
je trouve ça très significatif et intéressant pour revenir sur sur ce cher Gabriel Attal que son intronisation comme ministre de l'éducation nationale n'a jamais été élu soit passé non non c'est pas ça il est toujours élu dans le privé non non mais non non mais qu'il soit passé par l'affaire de la Baya
c
'est à dire qu'on est on soit obligé de mobiliser encore une fois des questions de faits
divers
et qui sont en fait en pleine surface par rapport aux enjeux énormes qu'il y a aujourd'hui sur les questions d'éducation de gestion du personnel enseignant et ainsi de suite mais même aussi de fond de l'enseignement qui est proposé aujourd'hui aux français de capacité à créer de l'autorité et ainsi de suite on en soit obligé de passer par une artificialisation du débat public à travers des polémiques stériles comme celle-ci pour s'introduire et se faire reconnaître et créer de
l
'adhésion chez les quelques personnes qui
restent
et elles sont encore nombreuses qui
restent
sans distance par rapport au système actuel et donc générer du coup un mouvement de fond dans les sondages qui va vous permettre de vous placer vos pions et vous améliorer votre position dans la perspective des élections suivantes avec peut-être l'hypothèse d'une élection mais aujourd'hui vous voyez ces mécanismes-là ils touchent que très rarement
la
population ils touchent une part
toujours
plus restreinte de celle qui en fait se laisse avoir
par
ces jeux de
dupes que
la position alimente parce que tout de suite elle rue dans les brancards et elle rentre en fait dans une inanité du débat public
le
reste de la population française regarde ça à distance avec un peu de mépris un mépris croissant je pense et une forme de désolation qui l'amène à se distancer est-ce que ça génère quelque chose par ailleurs
?
peut-être pas peut-être qu'il y
a
une forme de désenchantement qui est aussi alimentée par la position de confort
qu
'ont aujourd'hui les français au sein de la mondialisation et le contraste qu'ils peuvent ressentir par rapport à d'autres pays au Sénégal vous avez des citoyens qui se sont sacrifiés c'est pour ça que je me suis beaucoup intéressé à cette situation des manifestants sur lesquels on tirait à balle réelle et qui ont quand même eu le courage d'avancer
et
qui ont quand même eu le courage de sortir dans la rue pour défendre leurs candidats et leur droit à être représentés par quelqu'un en qui ils croyaient et il y a eu 60 morts dans les répressions des manifestations depuis mars 2021 et pourtant la mobilisation
a
tenu s'est renouvelée afin d'obtenir que leur droit démocratique soit respecté qu'est-ce qu'il explique
? plusieurs
facteurs notamment le fait que ce soit une population jeune à 70% de moins de 30 ans ce qui n
'est
pas du tout le cas de la France qui ressemble de plus en plus à
une
gérontocratie et également évidemment la pauvreté qui fait que les conditions d'existence sont un enjeu justement existentiel c'est-à-dire qui va bien au-delà de ce que l'on peut connaître en France avec parfois le choix qui est laissé entre une mort à petit feu ou prendre le risque de partir en pirogue pour aller vers les îles Canaries quand je suis revenu à Paris après ma déportation depuis le Sénégal le lendemain
on
a découvert une pirogue au large du Cap Vert qui est quand même la destination la plus proche avec la Mauritanie du Sénégal
par
hasard où il y avait 30 personnes
cette
pirogue on l
'a
découvert donc autour du 10 août
et
on a compris quelques heures plus tard
en
interrogeant les personnes qui étaient qu'elle avait pris la mer
le
10 juillet
ça
faisait un mois
que
cette pirogue en fait était laissée à
l
'abandon avec 60 personnes qui étaient
mortes
dans celle-ci donc c'est-à-dire qu'ils étaient 90 au départ
et
un à un ils étaient morts de faim de soif
sur
la pirogue qui avait dû être jetée par les survivants jusqu'à ce qu'on retrouve les 30 derniers ces personnes prennent des risques au quotidien
parce
que la situation sur leur territoire est tellement catastrophique à la fois en termes politiques mais évidemment économiques les pillages sont tellement violents qu'ils se retrouvent dans cette prise de risque qui pourrait leur sembler favorable donc évidemment ça crée un rapport aux politiques
qui
est légèrement différent d'une autre
et
pour reprendre là aussi les termes de l'introduction peut-être un rapport moins de salon par rapport à l'engagement et c'est quelque chose que je suis toujours allé chercher avec les gilets jaunes c'est-à
-dire
que ma défense des gilets jaunes elle consistait à me retrouver et à appuyer à protéger dans la mesure où je pouvais des personnes qui quelque part jouaient leur peau parce que la société française est tellement désagrégée
et
devenue tellement violente pour une certaine classe pour certaines classes populaires les plus paupérisées qui deviennent une forme de lumpenproletariat c'est-à-dire qu
'ils
n'ont
pas
accès à l'emploi industriel et ainsi de suite que c'était un enjeu de survie psychique et sociale que de se réengager de prendre ce risque
de
lutte qui les a amenés à se rendre régulièrement sur les ronds-points et sur les champs non seulement pour remettre en question le gouvernement actuel mais tout simplement pour sortir de l'anomie et de l'isolement qu'ils subissaient et donc je pense que faire en part et utiliser
le
crédit que j'avais encore à l'époque en tant que jeune garnement d'élite un peu loué par tout le monde pour essayer de les protéger face au mépris à la violence sociale extraordinaire qui s'était immédiatement mise en place pour les dévaloriser les critiquer rire de leur façon de parler ainsi de suite l
'augmentation
du SMIC qui avait été décidée c'était juste un cadeau
c
'était une nécessité c'était une nécessité de survie pour le régime il fallait lâcher quelque chose ça a été une victoire de la part de ce mouvement qu'aucun syndicat n'a réussi à reproduire depuis sous la macronie mais c'était fondamentalement insuffisant par rapport aux besoins qui étaient exprimés qui encore une fois ne sont pas seulement matériels mais qui ont trait aussi à la façon dont cette société est organisée et dont on a laissé sans fonction
une
partie de nos concitoyens moi je suis convaincu que les gilets jaunes c'est avant tout une question de fonction c'est à dire tout d'un coup on ne sait pas quel est notre rôle au sein de la société on ne nous en laisse plus et à partir de là la capacité à se lier à l'autre la capacité à se construire humainement
elle
est réduite donc
avoir
un discours purement social relatif aux salaires ou aux allocations et ainsi de suite ce serait une grande erreur par rapport à ce qu'essayait de nous dire
ce
mouvement qui par ailleurs si on lit dans une perspective un peu plus détachée de l'affect et des intentions des acteurs et aussi à mon avis le premier grand épisode de la lutte majeure qui va se mettre en place en relation avec la transition énergétique pour la répartition des ressources c'est à dire qu'on va avoir un engagement c'est ce que je décris dans le coup d'état de plus en plus violent entre les classes dominantes et les classes exploitées pour se répartir les efforts
et
les ressources qui proviendront de ce changement de modèle énergétique que l'on est en train d'essayer de mener à marche forcée avec des reconfigurations qui vont être extraordinairement violentes souvenez-vous les gilets jaunes c'était en réaction à la taxe carburant
qui
avait été décidée par Edouard Philippe non pas comme ça avait été dit pour financer la transition écologique mais pour financer le CICE qui était un cadeau fiscal qui avait été fait aux classes les plus favorisées de ce pays
mais
alors quand vous parlez de tous ces mécanismes ces stratagèmes qui sont mis en place par l'état notamment que certains candidats aux élections présidentielles comme Zemmour vous en parliez tout à l'heure ont été placés par les médias placés dans l'opinion publique ou que Macron a été pareil mis en place par les milliardaires français est-ce que vous pensez pas un peu décrédibiliser les français et leur capacité à voter leur capacité à choisir leur présidente de leur plein gré qu'est
-ce
que vous attendez de cette dénonciation et si c'est le changement du système actuel alors quel
système
vous pouvez proposer pour donner le vrai pouvoir au peuple que vous évoquez
je pense que les touffoirs démocratiques dans lesquels on est pris je pense que tout le monde en a conscience y compris maintenant même la droite
et
les macronistes qui ont pleuré dans les chaumières parce que Vincent Bolloré avait décidé de racheter le JDD je trouvais ça fascinant c'est-à
-dire
qu'on a des employés d'oligarques qui tout d'un coup se présentent en victime absolue du système existant du jour au lendemain parce qu'en fait il
y
a un autre oligarque qui a décidé de les racheter et que du coup ils vont devoir changer l'orientation des flèches qu'ils projetaient sur d'autres individus la réalité est que ces gens étaient déjà soumis et le sont restés et peut-être que ça leur plaît un peu moins parce que leur étos personnel ne correspond pas à celui qui impose Bolloré mais dans les faits le mécanisme de fonctionnement est le même de la même façon que quand Orsena critique Bolloré dans le monde sans dire un mot de Xavier Niel et de la gestion de l'ligarchie qu'il a mis en place dans un certain nombre de médias un... un...
Juan Branco