La logique de David Lisnard
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« David Lisnard est une baudruche médiatique de l'extrême droite, comme Éric Zemmour l'était il y a 5 ans. »
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« l'État n'a fait que désinvestir dans le public ces dernières années et pourtant la dette explose »
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« Édouard Philippe arrive pas vraiment à faire campagne et se casse la gueule chaque jour un peu plus dans les sondages »
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« ce que donne un tel modèle, c'est un changement de régime. Je parlerai même ici de transfert de souveraineté. »
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Bon alors, c'est un petit peu la panique en ce moment à droite parce qu'il y aurait un genre de dynamique David Lisnard. Bon, une dynamique encore très relative hein, il est testé entre 4 et 7 % selon les enquêtes et les instituts, mais là où le chiffre est intéressant, outre le fait qu'il a augmenté, c'est surtout parce qu'il est en train de dépasser le candidat officiel des Républicains, Bruno Retailleau, tout en étant lui-même un Républicain dissident. Je vous avais déjà parlé de David Lisnard dans une autre analyse politique, celle où je vous parlais de l'imposture des libertariens français.
Et dans cette analyse politique, j'aimerais vous expliquer la pertinence, si on peut dire, d'une candidature Lisnard et pourquoi il y a de bonnes chances pour qu'il ne soit pas juste un petit candidat.
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Bon, on va commencer par mettre de côté l'évidence, à savoir que David Lisnard est une baudruche médiatique de l'extrême droite, comme Éric Zemmour l'était il y a 5 ans. Le mec a ni parti ni budget et a toute la galaxie de Bolloré qui essaie de le positionner depuis des mois comme un candidat crédible. L'objectif pour lui, comme pour ses médias, c'est de se poser comme un candidat encore plus à droite que Marine Le Pen, mais qui serait plus légitime qu'elle parce que lui vient de la vraie droite. En ayant un discours qui plaît à la bourgeoisie réactionnaire, il essaie de s'attirer des soutiens et de créer un genre de vote utile en sa faveur à quelques mois de l'élection.
Et il y a de fortes chances que ça marchera pas parce que si la campagne continue comme c'est le cas aujourd'hui à s'articuler principalement autour de sujets sociaux, il y a peu de chances qu'on ait vraiment envie de voter pour un gars qui propose de démanteler l'État social. Exactement de la même manière qu'en 2022, Éric Zemmour a cru pouvoir faire une campagne entière sur le thème du grand remplacement pendant qu'à côté tout le monde parlait déjà de pouvoir d'achat. La pertinence d'une candidature de David Lisnard, il faut l'avoir à l'aune d'autres choses, à savoir la constatation que le discours économique porté par la droite depuis des années ne fonctionne plus.
Ça fait 10 ans maintenant que la France est gouvernée par une coalition politique de droite et ça fait depuis au moins les années 80 qu'elle est gouvernée par une idéologie économique qui vient de la droite. On parle bien du néolibéralisme, une idéologie qui n'est pas, contrairement à ce qu'on croit souvent, un désinvestissement de l'État mais au contraire le maintien d'un investissement de l'État mais redirigé vers le privé. Au lieu d'investir dans des services publics accessibles à tous les citoyens et citoyennes sans distinction de revenus ou d'origine, l'État investit dans des entreprises privées qui sont censées accomplir les mêmes missions mais d'une manière plus indépendante.
C'est pour ça que maintenant tout le monde s'étonne mais pourquoi est-ce que l'État n'a fait que désinvestir dans le public ces dernières années et pourtant la dette explose ou à l'inverse on s'étonne du fait que la dette a explosé et que ça n'a même pas servi à quelque chose de concret, ni à rénover les infrastructures, ni à soutenir la population, ni à préparer la France aux défis de l'avenir, rien. Et c'est tout le problème. Si la question de savoir si elle a seulement fonctionné un jour se pose, le fait est clairement qu'aujourd'hui, pour une écrasante majorité de la population, le néolibéralisme ne fonctionne pas.
Et ça fait que de droite à gauche, les différents candidats à l'élection présidentielle de 2027 sont obligés de se positionner par rapport à ce constat. C'est pour ça que Raphaël Glucksmann, qui se définit au centre gauche et qui a plein d'alliés politiques qui viennent du macronisme plutôt d'une politique de droite, prône une politique keynésienne aujourd'hui, de la planification économique, du soutien à un service public puissant, une redistribution très partielle des richesses, tout en restant dans un système économique capitaliste et libéral.
C'est d'autant plus facile à faire pour lui que le néolibéralisme n'est pas une idéologie de gauche et que même quand elle l'a appliquée, la gauche ou en tout cas le PS ne s'en est jamais revendiqué. En revanche, à droite, la droite d'où vient le néolibéralisme, renoncer à cette doctrine économique, c'est extrêmement difficile parce que ça veut dire reconnaître que s'être planté. Du coup, à droite, voire même à l'extrême droite, vous avez aujourd'hui des candidats à la présidentielle qui continuent de défendre le modèle néolibéral. Par exemple, vous avez Édouard Philippe dont la ligne est, grosso modo, on fait tout comme avant et on change rien.
Difficilement entendable même pour l'électorat modéré, ce qui explique qu'Édouard Philippe arrive pas vraiment à faire campagne et se casse la gueule chaque jour un peu plus dans les sondages. Ensuite, on a Gabriel Attal qui a fait un pari, celui de l'IA. En gros, son idée, c'est que les gains de productivité colossaux de l'IA vont venir sauver le modèle néolibéral et le relancer. Même si c'est déjà un peu plus réfléchi, l'IA, en dehors des grands patrons, des fans de technologie et des turbo fachos, bah, ça intéresse pas tant les gens, d'autant plus que les fameux gains de productivité, on les attend toujours et on risque de les attendre encore longtemps.
Du coup, bah, ça prend pas non plus. Après, il y a Bruno Retailleau et Éric Zemmour qui sont à peu près sur la même ligne, celle d'un néolibéralisme à marche forcée en entérinant plus ou moins un régime autoritaire. Bizarrement, ça prend pas, hein. Marine Le Pen, elle, en revanche, a conscience du fait qu'on est arrivé aux limites du néolibéralisme et propose donc une alternative, alternative qui existe déjà et qui s'appelle l'illibéralisme. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il s'agit bien d'un maintien au moins partiel du néolibéralisme, mais adjoint d'un petit peu de protectionnisme et aussi de préférence nationale.
L'idée qu'on maintient l'État social, mais qu'on le réserve à certaines catégories choyées de la population et qu'on voue les autres à être des parias, discriminés et persécutés. C'est le modèle politique et économique qui a gouverné la Hongrie et la Pologne, par exemple. Et c'est donc là qu'arrive David Lisnard, el famoso libertarien français, au point que Le Figaro essaie carrément de le présenter comme un anarchiste. Bref, l'idée de David Lisnard, c'est de faire l'une des choses qui fait survivre un camp politique quand les principales idées qu'il défendait commence à se péter la gueule et à ne plus fonctionner.
Soit s'approprier les armes de l'adversaire, soit proposer une nouvelle doctrine sur des bases plus radicales. La première option, c'est celle que le Parti socialiste avait choisi pour survivre dans les années 80 et 90 en troquant leur démocrate socialisme matinée de dépassement du capitalisme contre une acceptation de l'économie de marché et du néolibéralisme pour en proposer une version plus sociale à visage humain, on pourrait dire. Dans les années 2010, la France insoumise a réussi à prendre le lead sur le reste de la gauche en choisissant l'autre option.
Dénoncer le néolibéralisme et proposer un modèle de gauche plus radical basé sur un retour au protectionnisme, au keynésianisme et à un horizon de dépassement du capitalisme. David Lisnard a remarqué ça et il a décidé de faire la même chose mais de l'autre côté en proposant un modèle de droite plus radical, on peut même dire d'extrême droite, du libertarianisme. Dans les faits, ce qu'il propose sous couvert de liberté, c'est une subordination totale du pouvoir politique au pouvoir économique.
Un démantèlement complet de l'État social et son transfert vers des entreprises privées qui assureraient de manière privée les missions jusqu'ici dévolues à l'État comme les transports en commun, l'éducation, le soin et cetera. Contrairement au néolibéralisme où on garde un État puissant mais qui subventionne directement le privé, avec le libertarianisme, on a au contraire un État qui décide de s'effacer au maximum derrière le privé. Appliqué tel quel, ce que donne un tel modèle, c'est un changement de régime. Je parlerai même ici de transfert de souveraineté.
Le pouvoir politique actuel s'effacerait derrière de grands oligopoles privés qui auraient tout pouvoir sur nos vies et remplaceraient l'ancien pouvoir politique. Bon bien sûr, là je vous parle des conséquences à long terme. Pour l'instant, David Lisnard n'ose pas aller aussi loin. Mais c'est pour dire que sa ligne politique, c'est ça. Le néolibéralisme, ça marche plus, on l'a vu, vous l'avez vu. Je vous propose donc une nouvelle ligne politique, toujours à droite. Sa cible, c'est l'électorat de droite existant, celui qui continue de voter pour le bloc central, mais ne croit plus au néolibéralisme et se refuse encore à voter Le Pen.
Les gens qu'il vise à faire basculer dans son camp, c'est pas tellement des électeurs de Le Pen, c'est plutôt des électeurs d'Attal, Philippe, Retailleau et aussi les trois derniers électeurs d'Éric Zemmour. En gros, il va aller chercher des gens qui votent bloc central sans trop y croire, mais qui peuvent pas se résoudre à aller vers Raphaël Glucksmann, beaucoup trop à gauche pour eux. Et on parle d'un vote très bourgeois, un vote de patron, d'emplois très bien payés, des gens qui ne vivent pas la crise économique d'un point de vue matériel, mais la voient à travers des images apocalyptiques, des émeutes dans Paris et de chiffres de la dette qui montent.
À noter que cette ligne politique, d'un côté, elle est dangereuse parce qu'elle peut achever la radicalisation d'un électorat de droite vers des modèles extrêmes, mais elle peut aussi avoir pour intérêt de liquider républicaine et donc de permettre à la gauche modérée de se replacer dans une position de centralité de l'échiquier politique, ce qui permettrait au vote de gauche et donc à la politisation de gauche de progresser. À la prochaine.
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