Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre· 2 septembre 2024 20 min

Face aux experts du lundi 2 septembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

8h27, notre invité aujourd'hui face aux experts, c'est Éric Coquerel. Bonjour M. Coquerel, vous êtes député de la France Insoumise et président de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale. Bernard Cazeneuve devrait arriver dans les prochaines minutes à l'Elysée, reçu par Emmanuel Macron. Il est pressenti, comme d'autres, mais lui peut-être un peu plus fortement. C'est un homme de gauche ? Est-ce que c'est un homme qui est susceptible de recueillir votre adhésion ?

0:24
Éric Coquerel

Que ce soit lui ou Xavier Bertrand ou un autre, il est fort capable de mener la politique de droite que veut M. Macron. Dans les deux cas, ça sera une cohabitation de M. Macron avec M. Macron. C'est la même politique qui sera poursuivie. C'est ça leur objectif. C'est ça l'objectif, en tout cas, que M. Macron assigne à son Premier ministre.

0:41
Présentateur

Pourtant, Bernard Cazeneuve a dit lui-même très clairement qu'il souhaitait une cohabitation avec Emmanuel Macron. Ça n'est pas de nature à infléchir votre point de vue ? Ah non, non, je ne crois pas.

0:49
Éric Coquerel

Vous savez, j'ai regardé un peu Bernard Cazeneuve. J'avais oublié ce détail, je n'aurais pas dû l'oublier. En juin dernier, il a commis quand même un... Je dis ça notamment par rapport aux socialistes qui hésitent, qui se disent, tiens, pourquoi pas. Il a commis quand même une lettre avec Manuel Valls dans laquelle il était sur le nini. Ce qui était quand même... Il n'y avait que les plus radicaux des macronistes. Ni Eren ni Elefi. Voilà. Alors, le nini, ni Eren ni Elefi, dans le contexte, ce n'est pas le Front Républicain. Et dans le contexte des législatives, ça veut dire qu'au premier tour, vous favorisez un candidat macroniste, de droite.

Et au deuxième tour, vous favorisez le Eren, puisque vous parlez d'un électorat susceptible d'aller voter. Donc, le moins qu'on puisse dire, c'est que de ce fait-là, je le catalogue évidemment pas du côté du Nouveau Front Populaire. C'est un adversaire. Il est déjà un adversaire à la NUPES. Mais même le Front Républicain, figurez-vous, ce n'était pas quelque chose sur lequel il s'est engagé. Contrairement, par exemple, à des gens quand même à TAL, qui ont été là-dessus un peu plus vaillants, j'allais dire. Bon, donc, voilà, ça le catégorise. M. Cazeneuve, c'est aussi le Premier ministre de Transition de Hollande qui nous a donné le macronisme.

C'est aussi pour ça qu'il intéresse Emmanuel Macron.

1:56
Intervenant

Mais Eric Coquerel, c'est aussi l'ancien Premier ministre qui n'a jamais accepté de se rapprocher d'Emmanuel Macron une fois qu'il était président de la République. Il a d'ailleurs eu des propos assez durs avec Emmanuel Macron, avec la politique qui menait. Est-ce que ça, ce n'est pas un petit lien à vos yeux ?

2:10
Éric Coquerel

Oui, Mme Dati a eu des propos très durs avec M. Macron et à les ministres de M. Macron.

2:15
Intervenant

Oui, mais le rapport de France politique a évolué entre-temps.

2:18
Éric Coquerel

Oui, enfin, pour moi, ce n'est pas des éléments. Ce que je constate, c'est que la politique, ce que dit M. Cazeneuve, la façon dont, par exemple, depuis plusieurs années, il s'oppose à la renaissance de la gauche sur un problème de rupture. Parce que quand même, la NUPES ou le nouveau front populaire, ça a permis quand même à la gauche de revenir des décombres où l'avait amené le hollandisme. Bon, cette politique-là, on sait ce qu'elle pèse dans le pays. D'ailleurs, je suis un peu étonné aussi, d'ailleurs. On en fait, les médias, vous en faites quelqu'un comme ça qui pourrait s'affirmer. On sait ce qu'elle pèse, c'est les 1,64% de Mme Hidalgo présidentielle.

Alors, je ne sais pas trop si ça a changé depuis, mais à mon avis, on est à peu près dans la mépure. C'est-à-dire, c'est une gauche qui a échoué. Qui a échoué pourquoi ? Parce que progressivement, elle a fait une politique de droite. Bon, ben ça, c'est le macronisme.

3:00
Présentateur

Est-ce que vous ne lui faites pas plus payer son refus d'adhésion, en tout cas sa condamnation d'Elefi, qu'une potentielle proximité avec Emmanuel Macron ? Puisque Bernard Cazeneuve a refusé d'être associé à votre nom de près ou de loin.

3:12
Éric Coquerel

La condamnation d'Elefi, je vous dis une chose. C'est la même chose que ceux qui disaient il y a quelques jours, pas de ministre d'Elefi. Puis quand nous, on leur a dit, bon, qu'elle chiche, on n'y va pas. Est-ce que vous êtes prêts ? En réalité, ils ont montré que c'était le programme qui les gênait. M. Cazeneuve, c'est le programme qui le gêne. Parce que, sur le fond, d'un point de vue économique, c'est un libéral. Si, par exemple, demain, il était nommé Premier ministre, à votre avis, est-ce qu'il appliquerait un budget différent de celui qui est déjà préparé dans les cartons ? C'est-à-dire un budget d'austérité, de l'œuvre, de la compétitivité ? Évidemment, non.

3:40
Intervenant

Si on se met de la place du côté des électeurs, les électeurs, une bonne partie, on le sait, on l'a vu à longueur de sondage, ne veulent pas de la réforme des retraites. S'il y avait une chance, une toute petite chance, que, via Bernard Cazeneuve, la réforme des retraites, son application, en tout cas, soit modifiée. Est-ce que ce ne serait pas une bonne chose pour les électeurs de gauche qui ont souhaité ce changement ?

3:58
Éric Coquerel

Mais je vous mets tout sur la table que ce ne sera pas le cas. Voilà. C'est-à-dire, si M. Cazeneuve est Premier ministre, il devra, ça va aller, la réforme des retraites. Alors, la réforme des retraites, je vais vous dire, on en fera notre affaire, parce qu'il y a une toute petite affaire. Notre histoire, c'est qu'à l'Assemblée, il y a une majorité contre. Moi, je vous dis, d'ici la fin de l'année, vous verrez que, soit par un amendement au PLFSS, soit par un projet de financement de la Sécurité Sociale, on arrivera à en finir. Cette loi a été appliquée, et le bureau de l'Assemblée nationale était revenu sur ma décision.

Mais là, le bureau de l'Assemblée nationale, le nouveau front populaire a la majorité absolue. Donc, c'est terminé. Donc, on en fera notre affaire. Mais M. Macron ne le fera pas. M. Macron ne le fera pas, parce que, je termine juste là-dessus, parce qu'en réalité, ce n'est pas un problème de psychologie, c'est qu'il fait la politique de ceux qui l'ont voulu. Et ceux qui l'ont voulu, c'est, quelque part, les plus gros détenteurs de capitaux de ce pays, c'est-à-dire ceux qui veulent une politique d'offre de compétitivité. Alors, il l'explique. Il pense que c'est comme ça qu'on relance l'activité économique. Moi, je pense que c'est tout l'inverse.

Et donc, cette politique, c'est la raison pour laquelle il n'a pas appelé Lucie Castel. Ce n'est pas à cause des Léfi. C'est parce que nous voulions une politique, là, totalement différente de la sienne. M. Cazeneuve, s'il est nommé Premier ministre, ça sera pour appliquer la politique de M. Macron.

5:12
Intervenant

Deux questions rapides. Est-ce que vous pourriez vous satisfaire d'un gel de la réforme des retraites ?

5:18
Éric Coquerel

Mais si c'est... Attendez, nous, nous avions dit une chose. On passe tout de suite à un décret qui fait en sorte que les gens nés avant 68 ne sont pas concernés. Donc, c'est un gel. Mais après, on abroge. Mais il n'y aura pas tout ça. Je vous le dis, il n'y aura pas tout ça. C'est-à-dire que si M. Cazeneuve, là, pour l'instant, il peut y avoir tous les espoirs, les grandes phrases. M. Attal les donne aussi. Il dit, on va faire de la protection sociale, on va faire le pouvoir d'achat. Mais en fait, à l'arrivée, c'est tout sauf ça. À l'arrivée, c'est une politique de rigueur, d'austérité et d'inégalité qu'on n'a jamais vu en pays.

5:49
Intervenant

Mais comment, Amérique Coquel, pouvez-vous dire ça, vous qui êtes président de la Commission des Finances ? Austérité, quand on dépense beaucoup plus qu'on gagne... C'est pas vrai. Vous êtes aux manettes. Vous allez à l'Europe. Les Européens, vous connaissez les nouvelles procédures. C'est des procédures rigoureuses de suivi, trajectoire budgétaire. Comment vous faites, vous, vis-à-vis de vos pairs européens, pour dire, écoutez, on va continuer de dépenser sans compter, y compris ce qu'on n'a pas ? On ne fera pas pire.

6:12
Éric Coquerel

On ne fera pas pire, je vais vous dire une chose, c'est que les déficits, l'origine des déficits, elle est très simple. Depuis, on a baissé la dépense publique par rapport au PIB de 2%, de 1,5%, pardon. Et on a baissé les recettes de 2%. Le problème dans ce pays, et tout le monde le dit, François Eccal, vous connaissez, c'est pas un anti-libéral. Non. D'accord.

6:33
Intervenant

Vous pouvez situer pour les gens qui ne connaissent pas, s'il vous plaît. C'est le site Fipeco, il a été magistrat à la Cour des Courses. Voilà.

6:39
Éric Coquerel

Auditionné par la commission d'enquête sur la dette qui a eu lieu juste avant la dissolution. Donc, qu'est-ce dit-il ? Il dit que les déficits en France sont dus à la baisse des recettes. Baisse des recettes organisées par M. Macron, qui a favorisé les plus riches de nos concitoyens, détenteurs de capitaux. Ce que je vous dis, c'est concret, c'est documenté, et qui a fait en sorte qu'au fur et à mesure, il nous a manqué des recettes. Donc, si on veut, et nous, c'est ce que nous disons, vous le savez, au niveau du niveau populaire, on dit oui, on va assumer des dépenses en plus pour la bifurcation écologique, pour l'éducation, la santé, etc.

Mais tout se fera avec des recettes équivalentes, dont nous n'allons pas faire pire. Et je pense que nous allons même faire mieux, si vous voulez, parce qu'il y aura un effet multiplicateur de politique de la demande, par rapport au déficit.

7:23
Intervenant

Je continue sur ce que vient de dire Pascal. La France appartient à une Union européenne, où la très grande majorité des pays ont accepté cette règle, qui veut qu'effectivement, on ait une politique budgétaire qui soit dans les clous, afin de ne pas pénaliser non seulement nous-mêmes, mais aussi les autres. Et par voie de conséquence, la politique que décide aussi la Banque Centrale Européenne. Comment vous arrivez à maintenir cette idée qu'on peut faire tout seul ce que l'on veut, en dehors des règles que l'on s'est soi-même données ? J'entends.

7:56
Éric Coquerel

Alors je vous dis déjà, première chose, n'augmentrons pas les déficits plus que le gouvernement actuel ne le fait. Je vous le dis déjà, simplement, on va les chercher du côté des recettes et pas la baisse des dépenses publiques. Ça, c'est le contexte. Maintenant, le contexte global en Europe, méfiez-vous, parce que même en Allemagne, il y a des débats très importants en ce moment. Monsieur Draghi, l'ancien président de la BCE, le disait, même lui, d'accord ? C'est-à-dire que l'Europe souffre de ces politiques de rigueur. Les Américains, en ce moment, sont en train de s'exonérer totalement de la question des dépenses publiques.

Et ils ont une croissance tellement forte que la plupart des économistes en Europe disent qu'ils ont peur que l'Europe décroche. Voilà. Et nous, nous souffrons d'une politique qui est une politique trop frileuse, trop monétariste, alignée depuis longtemps sur une monnaie forte qui convient aux Allemands, mais pas à nous. Et je vous assure qu'en Europe, aujourd'hui, ne croyez pas qu'il n'y a que la France, qu'il y a le nouveau Front populaire, qui se pose ce genre de questions. Il faut très certainement un bon résultat économique.

Donc, je pense qu'on ne serait pas seul si le gouvernement français engageait, j'allais dire, un peu un bras de fer au niveau européen, pour un peu s'extraire de ces politiques de rigueur et monétarisme.

9:04
Présentateur

M. Coquerel, ce matin, Mme Le Pen demande une session extraordinaire du Parlement pour que le Parlement puisse se prononcer sur des sujets importants. Elle fait le lien avec les élections et estime que les Français lui ont donné, avec le Rassemblement National, la majorité des voix, ce qui est vrai en tant que parti. Est-ce que vous soutenez cette demande ?

9:22
Éric Coquerel

Mais je vous ferai remarquer que cette demande, nous, on l'a fait depuis longtemps, mais on l'a fait assorti d'autres choses. C'est qu'on a demandé que le suffrage universel soit respecté, ce qu'elle nous peut dire, pour justement, pour avoir fait un projet de loi de finances rectificatif, notamment qui corresponde aux premières mesures qu'on prendrait. Augmentation du SMIC, des points d'indice des fonctionnaires, blocage des prix de preneur indécité, et puis aussi l'abrogation de la réforme des retraites et des recettes équivalentes, notamment sur la taxation des superdividends. Nous, nous l'avons demandé depuis longtemps.

Donc, c'est de demander à Mme Le Pen si elle soutient notre proposition, et également notre proposition que le suffrage universel soit respecté.

9:57
Intervenant

Mais est-ce que vous avez eu des réponses de ce côté-là, sur une session extraordinaire ?

10:01
Éric Coquerel

Non, non. M. Macron, quelque part, il a utilisé les Jeux olympiques, soi-disant la trêve olympique, qui après, il y a eu la sieste olympique, parce qu'on est plusieurs semaines après, pour en réalité, à mon avis, rendre irréversible sa politique. Parce que le temps que tout cela se faisait, à Bercy, on travaillait. Et c'est normal. C'est-à-dire, pas eux, je vais jeter la pierre. Ils travaillent, ils ont préparé un budget, qui est un budget d'austérité pour 2024, puisque je vous rappelle qu'il y a eu 10 milliards d'annulations de crédit début février, et que là, il y en a 16,4 milliards qui sont gelés en prévision d'une nouvelle baisse.

Eric Cottrell, vous savez quel est le niveau de la dépense publique en France ? Oui, oui, je sais. Vous voulez encore en rajouter ? Je vous ai répondu là-dessus. La dépense publique, elle a baissé... Non, mais arrêtez, Pascal Péry, donnez les chiffres. Elle a baissé par rapport au PIB, j'ai compris. Elle a baissé par rapport au PIB de 1,5%.

10:46
Intervenant

Pardon, Eric Coquerel, le taux de dépense publique en France est exorbitant, et le taux de prélèvement obligatoire l'est encore plus. C'est insupportable.

10:55
Éric Coquerel

Et les 220 milliards d'aides aux entreprises, de la plupart sans condition, en échantant d'euros, c'est insupportable. Donc, il faut aller chercher de l'argent.

11:01
Intervenant

Quelle est leur contribution ? Est-ce qu'on leur rend ? Ce n'est pas moi qui ai voté les 35 heures.

11:04
Éric Coquerel

Mais ce n'est pas les contributions. C'est les contributions, les cotisations, sont une manière pour nous de collectiviser, de mettre en collectif une certaine part des richesses produites pour, vous savez, la sécurité sociale... Vous faisiez allusion, M. Coquerel, à l'instant, à Bercy,

11:21
Présentateur

en précisant, et vous avez raison de le faire, que les fonctionnaires du ministère de l'Économie continuent de travailler, évidemment. Vous leur avez demandé de fournir des documents. Vous leur avez demandé de fournir des choses.

11:32
Éric Coquerel

Non, je devrais les avoir aujourd'hui. D'accord. D'ailleurs, on devrait aujourd'hui avoir... Toutes les économies qui ont été demandées à chaque ministère. Certaines ont filtré dans la presse. Mme Belloubet n'est pas contente et elle a raison, puisqu'on lui demande 900 millions d'économies après les 700 millions demandés en rectification en 2024. Le ministère de la Transition écologique, puisque vous me parlez de dépenses, Pascal Péry, on lui dit qu'à hauteur de 1,5 milliard, on va encore baisser les fonds verts, qui sont quelque chose d'absolument essentiel pour la transition écologique. C'est une erreur. Donc, le pire est à venir. Et il faut bien comprendre une chose.

L'État dépense, il favorise aussi l'activité économique. Quand vous faites de la transition, de l'isolation, quand vous relancez, que vous construisez des logements, vous faites travailler le BTP, etc. Donc, c'est de l'activité économique. Et le gouvernement, en décidant de baisser les dépenses publiques, quand l'activité baisse, eh bien, vous avez toute chance d'avoir un effet récessif.

12:23
Présentateur

Donc, c'est pas beau. Nous sommes lundi de septembre, c'est la rentrée. Cela fait 47 jours que nous n'avons pas de gouvernement. Nous avons un gouvernement démissionnaire. Essayons d'avancer. Que peut-il se passer ?

12:32
Éric Coquerel

C'est ça, Macron, ça.

12:33
Présentateur

Non, mais s'il était là, je lui poserais la question, évidemment. Mais je vous pose la question à vous, ce matin. Que peut-il se passer ? Quelle est l'issue ? L'issue, au-delà de la nomination de Lucie Casté, on a compris qu'Emmanuel Macron ne souhaitait pas que cela devienne. C'est quoi ? C'est la destitution du président de la République, la seule issue, aujourd'hui ? Alors, il y a deux choses.

12:47
Éric Coquerel

Il y a la destitution que nous demandons pour pointer. On sait qu'on a entendu que nos partenaires, notamment certains, sont contre. Mais on le met quand même sur la table pour une bonne raison. C'est que ça pointe la responsabilité première du chef de l'État dans la situation dans laquelle nous sommes. Il a dissous l'Assemblée, il ne respecte pas le suffrage universel pour poursuivre une politique qui a été battue par les Français, ce qui est un problème, qui est la destitution. La deuxième arme qui sera utilisée à un moment ou à un autre, c'est la motion de censure, bien évidemment.

Et puis, il y a une troisième arme, là, qui me concerne particulièrement, c'est que le premier texte qui va être discuté, c'est le budget. À la Commission des Finances. Et moi, je vous mets tout ce que vous voulez sur la table, que ce budget, nous allons le transformer profondément. Et dans un sens qui sera plutôt un sens Nouveau Front Populaire. Et donc là, il y a une bataille qui va s'engager. Et on verra bien par rapport à ça, comment il ressort pour les débats à l'Assemblée. Si le gouvernement fait un 49-3, il y aura motion de censure. S'il y a motion de censure, on verra bien ce que fait. Et là, on en revient au choix aujourd'hui de Macron, ce que font la droite républicaine et l'ERN.

Mais je pense qu'il y a des possibilités qu'en novembre, on reparle de la nécessité d'un gouvernement du Nouveau Front Populaire.

13:52
Intervenant

L'une des clés, quand même, c'est le Rassemblement National. Que vont-ils faire ? Eux, ils ont l'intérêt à laisser prospérer une forme d'instabilité politique pendant encore au moins un an, jusqu'à une éventuelle prochaine dissolution. Eux ne voteront pas la censure. On comprend bien ce qui est en train de se passer.

14:07
Éric Coquerel

Les choses seront claires. S'ils ne votent pas la censure, s'ils laissent le macronisme continuer à se développer, appliquer sa politique contre la majorité du pays, ils montreront de quel côté ils se situent. Moi, je pense qu'il y a eu quelque chose qui a été un peu passé sous silence. Il y a quelques jours, quand même, M. Attal, quand il a dit qu'il y aurait une motion de censure s'il y a des ministres et des filles, puis après, il a dit que si c'est un programme du Nouveau Front Populaire. La seule raison pour laquelle c'est devenu crédible, c'est parce que l'ERN a dit la même chose.

Donc, vous avez eu déjà, de toute façon, quelque part, un espèce de cordon réactionnaire, qui est un peu paradoxal, parce qu'on venait de faire un cordon républicain contre l'ERN, et que M. Attal n'hésite pas à s'appuyer sur l'ERN pour valider, légitimer une éventuelle motion de censure. Mais au moins, les choses seront claires pour les électeurs, et il sera évident que la seule opposition crédible,

14:58
Présentateur

c'est le Nouveau Front Populaire. Les électeurs se sont prononcés, les choses sont très claires pour tout le monde, trois tiers.

15:03
Éric Coquerel

Voilà. Le Nouveau Front Populaire est le bloc qui a eu le plus de voix. Voilà, merci. Donc, ce n'est pas trois tiers. Enfin, pas trois tiers équivalents.

15:11
Présentateur

Pas trois tiers équivalents. Mais vous êtes loin des 289 députés nécessaires pour gouverner seuls. Non, mais c'est là l'objet de ma question. Si demain, vous gouvernez, pourrez-vous aller chercher des voix dans le bloc central ? Pourrez-vous aller chercher des droits à droite, alors que tous ces gens, et vous l'énumérez vous-même depuis tout à l'heure,

15:27
Éric Coquerel

parlent de vous censurer ? Je pense. Je pense que nous serons capables, mesure après mesure, d'aller chercher des majorités. Alors, peut-être qu'il faudra trouver des compétences. Mais sur quel texte, M. Coquerel ? Pour être très concret. Nous, partons. Pour être très clair. Et c'est ce que nous avons toujours dit. Nous, nous voulons un gouvernement qui porte le programme du Nouveau Front Populaire. Là-dessus, il n'y a pas de débat. Qu'on n'essaye pas d'alléger le programme en fonction de ce qu'on pourrait penser du vote des macronistes ou autre. Et après, on va devant l'Assemblée nationale. Je vous donne un exemple très concret. Une taxation sur les superdividendes. D'accord ?

Elle était majoritaire dans ma commission avec le dernier hémicycle. On a baissé le seuil. On pourra peut-être voir. Mais on l'a fait passer. Voilà. Je pense que c'est comme ça qu'il faut passer.

16:06
Présentateur

Et comme ça qu'il faut avancer. Les retraites, puisque c'est un totem.

16:10
Éric Coquerel

Les Français ont manifesté.

16:11
Présentateur

Il y a une union syndicale historique.

16:13
Éric Coquerel

Il y a une majorité à l'Assemblée pour abroger les réformes. Moi, je pense que c'est ça qui a fait peur à M. Macron. C'est que les mesures d'urgence qu'on avait mises sur la table, certaines passées par décret. Je pense qu'elles auraient intéressé les Français parce qu'elles augmentaient le pouvoir d'achat de la plupart d'entre eux. Et puis après, il y avait la brogation de la réforme des retraites. Il y avait, je vous ai dit, des taxations sur les superdividendes où tout le monde constate quand même que c'est plus possible qu'on ait un problème de recettes et qu'on ait des gens qui s'enrichissent comme jamais dans ce pays. Ça aurait été majoritaire.

16:43
Intervenant

des énergéticiens. Entre autres. Ça peut rapporter, allez, au mieux, mais vraiment au mieux du mieux, 5 milliards. Votre programme prévoit 260 milliards d'euros de dépenses publiques supplémentaires. 150 milliards. En trois ans. Oui, oui. C'est ça. Et 150 milliards de recettes. 150, très bien. Mais vous allez chercher la différence où, là ? Vous augmentez l'impôt sur le revenu des personnes.

17:03
Présentateur

Alors, pardon, Pascal, on ne va pas refaire tout le programme parce que nous l'avons fait longuement dans cette émission. Vous le savez, vous étiez venu vous-même, M. Coquard, nous avez interrogé. Je vous dis, Pascal,

17:10
Éric Coquerel

mais l'idée, c'est qu'au fur et à mesure, progressivement, les revenus du capital soient taxés comme les revenus du travail, imposés pareil. Mais ça ne fait pas... Je vous rappelle... Non, non, ce n'est pas le cas. Avec la flat tax, ce n'est pas le cas. Je vous rappelle que... Non, ça ne suffit pas, mais ça rapporte des dizaines de milliards. C'est d'aller chercher... La question des prix de transfert, c'est-à-dire ces entreprises multinationales qui peuvent déclarer à l'étranger les bénéfices en réalité qu'ils font en France. Là, ça peut rapporter 26 milliards. Sur l'impôt sur le revenu, nous avons aussi une réforme prévue. On rétablit un ISF climatique donc qui rapporte encore plus.

Et l'accumulation de tout ça, plus le fait d'arrêter avec des dépenses fiscales inutiles, par exemple, une partie du crédit impôt recherche, par exemple, il y a beaucoup de niches comme ça qui ne servent à rien. Eh bien, nous avons fait les études pour penser que nous sommes capables de mettre 150 milliards de recettes supplémentaires face à 150 milliards de dépenses.

18:02
Intervenant

Juste pour revenir sur la question des retraites, votre parti frère en Espagne, Podemos, a perdu une partie de sa force au profit d'un autre parti de la gauche radicale qui s'appelle Sumar. Mais il y a toujours 5 députés Podemos qui votent avec la gauche au pouvoir en Espagne. Et cette gauche au pouvoir en Espagne, elle a adopté la retraite à 67 ans. Qu'est-ce qui est possible en Espagne et qui n'est pas possible en France ?

18:29
Éric Coquerel

Je vous remercie qu'ils ont aussi adopté une augmentation très substantielle. C'est vrai. Qui était à 900 euros. Tout simplement que je ne sais pas exactement quelle a été leur décision. Sumar était d'ailleurs à notre université d'été. Mais la question, c'est de savoir si ça sert à quelque chose de faire travailler les gens plus longtemps. Moi, je pense que non. D'un point de vue économique, d'un point de vue humain, d'un point de vue moral, d'un point de vue de santé publique. Voilà, c'est tout. Et rien ne m'a prouvé l'inverse dans le débat qui a été mené aujourd'hui, qui a été mené au moment de la réforme des retraites. Donc c'est culturel ? Non, ce n'est pas culturel.

C'est que ça fait partie des grandes conquêtes qu'au fur et à mesure qu'on a une productivité qui augmente, qu'on produit de plus en plus en richesse, on la répartisse en richesse, mais on la répartisse aussi en temps de travail. Que les gens puissent... Quand vous produisez... Alors, je n'ai plus les chiffres, mais trois fois plus qu'il y a trois ans, par exemple... Elle baisse la productivité.

19:22
Présentateur

Si Bernard Cazeneuve était nommé Premier ministre demain, vous le censurerez, son gouvernement ? Ah oui, oui, probablement, parce que ça sera une politique de droite, vous verrez, je vous le dis d'ailleurs. Probablement, vous le censurez, Olivier Ford dit ce matin, on censure tout ce qui ressemble au macronisme.

19:33
Éric Coquerel

Non, mais nous, on le censurera. Ça sera la politique du macronisme. Monsieur, monsieur, monsieur Cazeneuve, monsieur Bertrand, monsieur ou madame X, c'est la suite de monsieur Bertrand. Merci beaucoup. Donc on censurera.

19:45
Présentateur

Merci Eric Ocal d'avoir été avec nous ce matin en direct sur LCI.