Agnès Pannier-Runacher : "Cette crise a montré des fragilités, des vulnérabilités de l'économie européenne"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:10OuverteRéponse directe
Une baisse en trompe-l'œil du chômage au deuxième trimestre en France, liée au confinement.
- 0:28OuverteRéponse directe
Le secteur aérien, textile, automobile : pas très encourageant comme rentrée ?
- 1:28RelanceRéponse directe
Est-ce qu'on est au début de plus lourd, plus grave ? Ou on renverse la table et on change les choses ?
- 2:34OuverteRéponse directe
700 000 jeunes entrent sur le marché du travail : quelles filières recrutent ?
- 3:57RelanceRéponse directe
La tradition française : on amortit bien la chute mais on a du mal à repartir. L'État doit-il impulser la reprise ?
- 4:49OuverteRéponse directe
La clé pour l'industrie française, c'est la relocalisation ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:56Invité politiqueChiffre
« La croissance en France était deux fois supérieure de la croissance allemande. »
- 2:53Invité politiqueChiffre
« Avant cette crise de la Covid, il y avait 50 000 emplois à pourvoir immédiatement dans l'industrie. »
- 3:22Invité politiqueChiffre
« Des aides pour l'apprentissage, 5 000 euros pour les moins de 18 ans, 8 000 euros pour les plus de 18 ans. »
- 4:17Invité politiqueFait
« Le plan aéronautique que nous avons annoncé début juin. »
- 5:30Invité politiqueChiffre
« 30% c'est l'écart aujourd'hui entre le coût moyen d'une pièce en France et beaucoup d'autres économies dites low cost. »
- 9:04Invité politiqueChiffre
« Nous avons également développé, avec le soutien du ministère de l'Économie et des Finances, une production française. Aujourd'hui, on produit en France 50 millions de masques chirurgicaux et FFP2. »
- 13:16Invité politiqueChiffre
« Nous avons mis 800 millions d'euros pour la production de batteries électriques en France. »
- 13:23Invité politiquePromesse
« Une première usine qui sortira de terre pour les prototypes l'année prochaine. »
- 13:31Invité politiquePromesse
« Une deuxième usine qui sera ce qu'il est convenu d'appeler Giga Factory. »
- 20:42Invité politiqueChiffre
« Elle consomme 11% de carbone en plus en 20 ans. »
Temps de parole
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- Invité6 %
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- Auditeur 23 %
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Le grand entretien avec à mes côtés Fabien Cazot, chef du service économique de France Inter, pour interroger la ministre déléguée à l'Industrie. Bonjour Agnès Pannier-Runacher. Bonjour Laetitia Gaillet. Une baisse en trompe-l'œil du chômage au deuxième trimestre en France, liée au fait que pendant le confinement, ça a empêché les gens de chercher un emploi. L'INSEE qui annonce 600 000 emplois détruits au premier semestre dans le privé. Trois fois plus de plans sociaux sur la période mars-16 août par rapport à l'an dernier. Le secteur aérien touché, le textile, le secteur automobile, pas très encourageante comme en rentrée quand même Agnès Pannier-Runacher, non ?
C'est une entrée qui est sous le signe de l'impact de la crise de la Covid.
Je crois qu'il n'y a pas de surprise sur ça. Mais il faut regarder aussi le verre à moitié plein. C'est-à-dire que c'est une crise qui d'abord n'est pas économique, à la base. C'est une crise sanitaire qui a induit des conséquences économiques. Et les fondamentaux de notre économie étaient excellents au moment de l'entrée de la crise. Je rappelle que la croissance en France était deux fois supérieure de la croissance allemande. Ou, autre chiffre intéressant, qu'on n'avait jamais eu un taux de chimage aussi bas. Ça ne veut pas dire qu'on est dans le déni. Évidemment, la situation est difficile dans l'industrie. Mais nous avons aussi des moyens d'agir.
Des moyens pour limiter les conséquences immédiates sur l'emploi industriel. Et surtout, jouer le rebond. Parce que cette crise, elle ne va pas durer éternellement. Et l'enjeu, c'est de protéger ce qui pourra repartir demain.
La question qu'on se pose quand même, Agnès Pannier-Runacher, c'est est-ce qu'on est au début de plus lourd, plus grave ? Ou on renverse la table et on change les choses ?
Je crois qu'on va avoir des mois qui vont suivre où il va falloir reconstruire, rebondir. La crise, elle est mondiale. Elle dépend aussi de la capacité des autres pays à rebondir. Nos destins sont liés. Vous voyez la situation aux Etats-Unis, la situation dans d'autres pays d'Europe. Et je crois que le signal très positif, par exemple, de la mobilisation des autres économies européennes, de la capacité à apporter un plan de relance aussi massif par l'Union européenne, sont des bons signaux. Mais effectivement, on va traverser des turbulences et nous, nous sommes au travail dans deux directions. La première direction, c'est de limiter l'impact de cette crise.
C'est ce que nous avons fait très vite avec des mesures d'urgence qui ont permis de sauver des milliers d'entreprises et des milliers d'emplois, car c'est notre boussole. Et des mesures qui vont aider à rebondir. C'est tout l'enjeu du plan de relance qui sera présenté par le gouvernement et notamment Bruno Le Maire à partir de la semaine prochaine.
Il y a 700 000 jeunes qui vont faire leur entrée sur le marché du travail dans les prochaines semaines, en septembre, à la rentrée. Vous parliez du verre à moitié vide, à moitié plein. Vous êtes ministre déléguée à l'industrie. Est-ce qu'il y a des filières, des métiers qui vont recruter malgré tout ? Qu'est-ce qu'on peut dire aux jeunes et à leurs parents qui nous écoutent ce matin ?
Vous savez qu'avant cette crise de la Covid, il y avait 50 000 emplois à pourvoir immédiatement dans l'industrie et pour lesquels on n'avait pas les compétences. Que beaucoup de chefs d'entreprise vous disaient, mais moi je suis prêt à recruter un jeune pourvu qu'il ait la motivation et je vais le former. Et cet état d'esprit là, il est encore présent dans l'industrie. Alors, il faut aider à passer ce moment difficile. Et c'est tout l'enjeu du plan jeune qui a été annoncé par Elisabeth Borne au mois de juillet. C'est-à-dire des aides pour l'apprentissage, 5 000 euros pour les moins de 18 ans, 8 000 euros pour les plus de 18 ans.
C'est le type de geste qui permet de rassurer le chef d'entreprise sur le fait que si c'est compliqué pour lui, il n'aura pas à payer. Et en même temps, de continuer à investir sur l'avenir parce qu'il faut préparer le rebond. Si vous ne recrutez pas des jeunes aujourd'hui en tant que chef d'entreprise, vous injuriez l'avenir. Vous n'avez pas les ressources pour continuer à vous développer. Et c'est bien distinguer le conjoncturel difficile et le structurel où on doit rebondir, on doit préparer ce rebond.
Mais Agnès Pannier-Runacher, vous savez bien, la tradition française, c'est qu'on amortit bien la chute, mais on a vraiment du mal à repartir. Alors, ça veut dire quoi ? L'État va devenir stratège ? C'est l'État qui va impulser la reprise ou c'est les entreprises qui doivent le faire d'elles-mêmes ?
C'est les deux ensemble. Je crois que l'un ne peut pas se passer de l'autre. Comment ? Je vous donne un exemple tout simple. Le plan aéronautique que nous avons annoncé début juin. Le plan aéronautique, c'est donnant-donnant. On vous aide à passer la crise. Activité partielle, de longue durée, plutôt que d'aller au plus facile, qui consiste à licencier des milliers de personnes. Beaucoup plus que ce qu'on va voir là. Vous, on amortit et on maintient les compétences dans l'entreprise. Mais derrière, il faut vous-même que vous continuez à investir dans la formation, dans les salariés et dans la modernisation de votre appareil de production. C'est ce que nous faisons dans l'aéronautique.
Est-ce que la clé aujourd'hui pour la France, pour l'industrie française, c'est la relocalisation, dont on parle beaucoup ?
Il y a plusieurs clés. La relocalisation, j'aurais tendance à l'élargir à la localisation de la production en France. Vous avez mille et une façons de remettre de la production en France. Vous êtes chef d'entreprise, vous dites finalement, cette pièce que je sous-traite à l'étranger, pourquoi je ne la produirais pas moi-même ? C'est une façon de relocaliser. Pas nécessairement. Et c'est là aussi où il faut revenir sur un certain nombre de préjugés. Avec les nouvelles technologies, la modernisation de l'appareil de production, les cobots, les robots, les machines à commande numériques, vous avez des gains de coût de revient de la production qui sont de l'ordre de 30%.
30% c'est l'écart aujourd'hui entre le coût moyen d'une pièce en France et beaucoup d'autres économies dites low cost. Il faut jouer cette modernisation. Et qu'est-ce que peut faire l'État ? C'est justement d'accompagner les entreprises dans cette modernisation, de financer une partie de leur investissement, de leur permettre à un moment difficile où ils n'ont pas envie de sortir de l'argent de leur poche parce qu'ils veulent protéger leur trésorerie, de dire ok, on en prend une partie parce que ça va vous permettre d'aller chercher de nouveaux marchés et de produire plus et mieux en France.
A propos de relocalisation en Espagne-Runacher, un exemple, les masques, un exemple emblématique. On a entendu, y compris dans nos reportages sur Inter, des élus locaux qui interpellaient l'État sur le fait qu'il y avait en France dans les départements une filière textile des entreprises qui ont même formé des salariés dans un contexte très particulier pour en fabriquer. Et par exemple, le président de la Mayenne voit arriver 650 000 masques fabriqués au Vietnam, conditionnés en Turquie. Est-ce qu'on peut s'engager ce matin à ce que la commande publique de masques soit 100% française ?
Alors, la commande publique, elle ne peut pas être 100% française parce que ça, c'est une loi qui est celle que nous imposons collectivement. Parce que si la commande publique est 100% française, ça veut dire que la commande allemande sera 100% allemande. C'est le risque et qu'ensuite, les Français ne pourront pas vendre en Allemagne. Je rappelle ce petit détail. Or, n'oublions pas que notre économie est très interdépendante d'autres pays et que nous exportons beaucoup aussi. Et que c'est nécessaire pour les emplois français.
En revanche, pour répondre à votre question, moi j'invite très solennement, parce que j'ai vu quelques résultats effectivement d'appels d'offres, les acheteurs publics français à faire en sorte de privilégier la commande européenne, ça on a le droit, et de rechercher des éléments de jugement de la commande qui intègrent aussi l'empreinte environnementale.
Parce qu'il y a un paradoxe terrible, les Français, les Européens produisent avec une empreinte environnementale bien meilleure que beaucoup d'autres pays, plus toute l'empreinte environnementale du transport, lorsque vous produisez en Chine, c'est quand même pas la porte à côté, donc il faut transporter tout ça, c'est du carburant, c'est de l'émission de CO2. Et néanmoins, sous prétexte que les marchandises sont un peu moins chères, parfois à peine un peu moins chères, vous allez acheter très loin.
Donc il faut aussi, dans la commande publique, et c'est un des enjeux du plan de relance, intégrer ces coûts cachés qui pèsent sur l'économie française et qui sont aujourd'hui insuffisamment intégrés. Ensuite, attention aux raccourcis que j'ai pu voir. Lorsque la France a commandé, il se trouve que j'étais en charge de ce dossier sur les masques textiles. Il n'y avait pas de production en France. Moi j'ai interrogé les Français, ils n'étaient pas en situation de servir les marchés de l'État.
Et c'est pour ça que nous nous étions appuyés, effectivement, sur des entreprises françaises, car nous nous étions appuyés sur des entreprises françaises qui avaient des capacités de production à l'étranger. Aujourd'hui, il y a une commande française, il y a un site d'ailleurs, je l'indique, Savoir faire ensemble, vous avez tout le référencement des producteurs français en France. Donc ça c'est pour les entreprises, c'est pour les particuliers, c'est important de le savoir. Il faut également savoir qu'un masque textile réutilisable, lavable, c'est beaucoup moins cher, beaucoup moins cher qu'un masque plastique.
Mais aujourd'hui, les Français, beaucoup utilisent les masques chirurgicaux, et là, on les importe, en partie ?
Alors, en partie seulement, puisque nous avons également développé, avec le soutien du ministère de l'Économie et des Finances, une production française. Aujourd'hui, on produit en France 50 millions de masques chirurgicaux et FFP2. Je rappelle qu'il y a 4 mois, on en produisait, il y a 5 mois, pardon, on en produisait 3,5 millions. Donc on a multiplié par plus de 10 la production française. Et dans le même temps, le point de blocage de cette production en France, vous le savez, c'était la matière première, qui est une espèce de plastique un peu particulier, qui retient les particules. Nous n'avions très peu de production de cette matière première en France.
Et au plan mondial, le gros producteur, c'était la Chine, qui évidemment avait bien compris tout l'intérêt de maintenir et de retenir dans son pays cette production. Eh bien, fin avril, nous avons lancé un appel à manifestation d'intérêt pour la réalisation d'unités de production. Et je peux vous annoncer ce matin que le comité de sélection que nous avons mis en place a déjà retenu 5 projets de production sur le territoire national de cette matière première pour les masques chirurgicaux et FFP2. C'est 9 millions d'euros sur la table et la création de près de 110 emplois. Vous voyez, c'est très concret.
A quel terme ? Maintenant. Maintenant. On parle des masques qui vont être obligatoires à partir du 1er septembre en entreprise, à Nespany-Runaché. On imagine que les grands groupes vont pouvoir s'en sortir. Mais les PME, en revanche, ça risque d'être un coût important pour elles.
Alors, là aussi, je vais tordre le bras à cette idée. Attention, le coût du masque lavable réutilisable, il peut descendre à moins de 10 centimes. À moins de 10 centimes à l'usage. Donc, l'enjeu, c'est que ça sera un coût. On ne va pas se mentir. Vous avez d'autres coûts qui sont liés à la Covid-19, qui sont liés à la distanciation sociale, qui sont liés à toutes les mesures que nous mettons en place. C'est un coût qui est mondial. C'est-à-dire qu'en termes de compétitivité relative, la France n'est pas isolée. Donc, ça n'impacte pas notre compétitivité par rapport à d'autres pays. Et c'est un enjeu de santé publique.
Mais c'est un enjeu aussi de sécurisation des salariés et de sécurisation de la production. Dans une entreprise qui a l'habitude, et c'est le cas de l'industrie, d'équiper ses salariés en matériaux de protection, que ce soit le casque, les chaussures de sécurité, les blouses, rien de nouveau sous le soleil, si ce n'est que c'est un nouveau processus à mettre en place.
Donc, il n'y aura pas d'aide, même pour les très petites entreprises ?
Je crois qu'il ne faut jamais perdre de vue que l'argent public, c'est notre argent collectivement. Et que donc, l'enjeu, c'est de savoir où il est le plus efficace. Et aujourd'hui, on l'a vu, il faut accompagner les plus précaires. Il va falloir accompagner les plus fragiles. C'est ce que nous faisons. Et c'est ce que nous faisons aussi avec les très petites entreprises. Je peux vous citer le fonds de solidarité. On a aidé 1,7 million d'entreprises. Je crois que ça, c'est plus efficace qu'effectivement les subventionner, comme ça au cas par cas, des masques dans l'entreprise. Alors que, en fait, cette entreprise peut-être, grâce à son modèle d'activité, se le payer.
On va passer aux questions des auditeurs. Agnès Pannier-Runacher, si vous le voulez bien. Nous avons Jacquie qui est à Nîmes. Bonjour Jacquie.
Oui, bonjour France Inter. Je voulais demander à Madame la Ministre, donc, si c'était bien planifié, en fait, cette relance, et si les subventions étaient bien fléchées. Parce que je me perçois, par exemple, que le gouvernement de Nicolas Sarkozy, en 2009, avait donné 800 millions d'euros pour la recherche de véhicules électriques. Et il y a eu un boom, une explosion des véhicules SUV diesel. Ce qui est un non-sens pour l'écologie également. Également, les vélos, on s'aperçoit que la demande a explosé en France et les usines fonctionnent à plein en Chine. Et il n'y a pas de constructeurs aidés en France. Et pour l'exéculture, c'est pareil. On parle de relocalisation.
Et on a vu la semaine dernière un scandale concernant le fait que les supermarchés s'approvisionnent à l'étranger et qu'il n'y a pas de fléchage vers les producteurs locaux. Voilà. Alors, que pensez-vous de cette situation ?
Agnès Pogné-Runacher. Alors, d'abord, je vais vous rassurer. Vous citez le véhicule électrique. C'est intéressant parce que, précisément, nous avons mis 800 millions d'euros pour la production de batteries électriques en France. Avec une première usine qui sortira de terre pour les prototypes l'année prochaine. Et une deuxième usine qui sera ce qu'il est convenu d'appeler Giga Factory. Donc, une grande usine de production de batteries électriques pour la chaîne de traction électrique des véhicules français, mais également à l'international, qui sortira de terre dans deux ans. Donc, ça, dans trois ans. Ça, c'est très concret. C'est très concret.
Et l'argent est bien fléché, effectivement, sur la transition écologique. C'est d'ailleurs un des trois leviers sur lesquels nous voulons nous appuyer sur le plan de relance. Vous citez le cas des vélos. Deuxième élément, dans l'appel à manifestation d'intérêt que nous avons lancé pour les relocalisations, on a eu des sollicitations pour une filière vélo qu'on est en train de regarder, même si elle ne rentre pas complètement dans le champ de l'appel que nous avons lancé.
Précisément parce que... Est-ce que cette crise, finalement, pour l'État, Agnès Pannier-Runacher, ce n'est pas une véritable opportunité de changer, de renverser, quand je disais tout à l'heure, de renverser la table ? Est-ce que ce n'est pas une opportunité, finalement, pour vous ? Et ça tombe plutôt pas mal. Je crois que vous avez raison de dire que ça ouvre beaucoup plus de perspectives,
parce que, autant l'État était extrêmement présent dans l'économie en général, puisque lorsque vous créez des richesses, plus de 50% revient à l'État pour financer des services, du soutien, les retraites, etc. Autant l'action stratégique qui permettait de soutenir plus spécifiquement des filières était très encadrée.
Et aujourd'hui, cette crise, elle a montré des fragilités, des vulnérabilités de l'économie européenne, le fait de ne pas pouvoir fabriquer soi-même des biens qui étaient extrêmement précieux au moment où on en avait besoin, les masques, certains médicaments, fait qu'il y ait une prise de conscience collective et qu'on s'autorise maintenant à intervenir de manière plus ferme dans l'économie. Donc oui, le plan de relance, c'est une opportunité, une opportunité pour la France et une opportunité pour l'Union européenne.
Mais cette centaine de milliards, Agnès Pannier-Runacher, après tous ceux qui ont déjà été employés en mesure de soutien à l'économie, ils viennent d'où ? On se souvient d'Emmanuel Macron il y a deux ans qui avait déclaré qu'il n'y a pas d'argent magique. D'où vient l'argent qui sera annoncé mardi dans le cadre du plan de relance ?
Alors, c'est de l'argent qui est de la dette, c'est-à-dire que nous faisons un pari sur l'avenir et c'est toute la force des États et des gouvernements de dire nous traversons une crise que les particuliers et les entreprises ne peuvent pas affronter seuls, l'État a pour lui le long terme et il se remboursera sur sa capacité à porter de la croissance et à porter un retour à une économie normale.
L'Europe aussi ?
Et bien sûr l'Union européenne, c'est dans la même dynamique. Par ailleurs, on peut aller rechercher des ressources propres. Je pense notamment au mécanisme d'inclusion carbone aux frontières. Le fait de taxer les biens qui rentrent sur le territoire européen et qui ont un contenu carbone beaucoup plus important que les biens que nous produisons nous-mêmes est une façon de financer, si ce n'est qu'une petite partie, ce plan de relance. Il n'empêche qu'à un moment donné, il va falloir rembourser. Oui, mais lorsque vous redonnez, il faut vraiment avoir une approche dynamique de l'économie.
Mais on augmente des impôts, on fait quoi ?
Non, on n'augmente pas les impôts. Ça, je crois que c'est très clair et c'est un engagement. Bruno Le Maire a été très clair sur ce sujet-là, le président de la République également, parce que ça serait écorné la confiance. Et si on se souvient du plan de relance de 2008, qui était arrivé dans des circonstances un peu différentes, c'était une vraie crise économique, donc il fallait aussi assainir l'économie, et c'était une crise qui était moins profonde en termes d'impact. N'empêche qu'en 2008, la croissance française a été cassée par une augmentation des impôts. Et l'équipe qui était aux commandes à ce moment-là le reconnaît a posteriori.
Et je ne leur jette pas du tout le discrédit, parce que bien malin qu'ils savaient ce qu'il fallait faire à ce moment-là. Mais on apprend de ces éléments d'erreur et du passé. Donc nous, on ne fera pas cette faute-là, de même que sur les licenciements et sur le chômage partiel, nous avons changé notre attitude en France en mettant ce dispositif de financement de l'activité partielle au long cours que nous n'avions pas en 2008 et qu'avait l'Allemagne, et on a pu observer que l'Allemagne a su rebondir plus rapidement que nous. Donc on apprend de ces erreurs.
On a Jean-Marc en ligne. Bonjour Jean-Marc. Je crois savoir que vous avez une question autour des masques. On y revient.
Oui, parce que les masques, ça revient cher. Si on utilise un ou deux masques par jour, ça coûte. Si bien que si on regarde autour de soi, on voit que les gens ont leur masque dans la poche et ils le sortent au moment où il faut rentrer dans un magasin ou dans une jeunesse, c'est obligatoire. Alors, le coût du masque, je me rappelle en avoir acheté 47,50 euros la boîte. Il me semble que c'était le prix qui était fixé par Bercy. Là, j'en ai trouvé à 6 euros la boîte sur les marchés. Je ne sais pas, à moins qu'il soit tombé du camion, il a dû faire un petit bénéfice quand même le gars. Alors, pourquoi ?
Ma question, c'est pourquoi Bercy ne fixe pas un prix limite à la boîte de masques, mais à un prix bas, évidemment.
Un encadrement des prix, quoi ?
Un encadrement des prix.
Agnès Pannier-Runacher.
Alors, 47,50 euros la boîte, c'est effectivement au moment où le prix du masque était de l'ordre de 95 centimes si l'on prenait tous les coûts. Non seulement le coût de fabrication en Chine à l'époque, mais celui de transport par avion, ce qui n'est pas commun de transporter un masque par avion, puis celui de transport en France vers les zones de distribution dans un moment où la logistique ne fonctionnait pas très bien puisqu'on était en plein moment de confinement et donc il y avait des surcoûts très importants. Et nous avons fixé un prix maximal du masque pour éviter qu'il y ait de la marge indue faite par les vendeurs.
Aujourd'hui, nous avons d'ailleurs beaucoup d'acheteurs qui ont des masques en stock qui ont été achetés à ce prix-là et qu'ils peinent à revendre. L'enjeu que nous avons maintenant, c'est de revenir à un marché plus normal, ce que nous allons accompagner. Mais vous parlez du masque chirurgical. Je me permets de revenir, c'est un petit peu mon obsession, sur le masque textile, lavable, réutilisable. Celui-ci, il est beaucoup moins cher, il est beaucoup plus écologique et il est assez simple d'usage. En passage, il est souvent plus confortable
que le masque chirurgical. Agnès Pannier-Runacher, au travers de ce plan de relance, est-ce que ce n'est pas l'occasion, on le dit, l'engagement de l'État, on sent que l'État a envie de décider de beaucoup de choses. Est-ce que ce n'est pas aussi l'occasion pour l'État de faire un tri entre bonne industrie, industrie verte, on va dire, et industrie plus polluante ? Je crois qu'il n'y a pas de bonne
et de mauvaise industrie. Parce qu'à la fin, on a tous besoin d'un certain nombre de biens de consommation. Et l'idée qui voudrait dire qu'on ne fabrique pas dans l'Union européenne des éléments qui sont plus polluants, ça veut dire qu'en fait, on est très hypocrite parce qu'on laisse d'autres pays le fabriquer et qu'ensuite, on importe. C'est très exactement, d'ailleurs, pour cette raison que la France a réduit massivement son empreinte carbone dans ses activités économiques. Dans ses activités industrielles, elle l'a réduite 40%. Dans ses activités économiques, au sens large, elle l'a réduite 20%. Et pourtant, elle consomme 11% de carbone en plus en 20 ans. Pourquoi ?
Parce qu'elle importe plus des biens plus polluants. Donc aujourd'hui, c'est l'ensemble de l'industrie qu'il faut accompagner pour se décarboner et être moins polluante. Il se trouve que les Français sont plutôt bons dans cette démarche. Ils sont plutôt en avance sur l'utilisation de l'eau. Ils sont plutôt en avance sur l'énergie. On a la chance en France d'avoir une énergie qui est décarbonée à 90%. Pas beaucoup de pays peuvent revendiquer ce bilan-là.
Donc, il faut se saisir de ce sujet-là et plutôt que de dire il y a les bons et les mauvais, dire, écoutez, vous faites de l'acier ou de l'aluminium, c'est très consommateur de CO2, on en est d'accord, on va vous accompagner pour avoir les processus qui sont les moins émetteurs de CO2. Et c'est ce qu'on est en train de faire et moi, j'annoncerai dans les prochaines semaines un plan, dans le cadre du plan de relance, de décarbonation des sites les plus émetteurs de CO2 français.
Est-ce qu'il faut nécessairement tout miser, Agnès Pénier-Runacher, sur la politique de l'offre ? Effectivement, on parle de réadaptation de l'industrie, on parle des impôts de production, mais est-ce qu'on n'a pas un peu oublié le côté de la demande ? On entend des voix, notamment à gauche, qui disent qu'il faut aussi penser aux consommateurs. Qui va acheter tout ça, qui va faire tourner l'économie ?
La demande, on ne l'a pas oubliée lorsqu'on prend en charge les plus précaires et lorsqu'on les accompagne et qu'on a pris un certain nombre de mesures, la plus récente encore, sur la location de rentrée scolaire. Elle n'est pas oubliée. Mais si vous regardez l'ensemble de la population française, et pas seulement les plus vulnérables, et que vous vous dites qu'il y a 100 milliards d'euros qui ont été épargnés de plus qu'attendus, vous vous dites que la question n'est pas est-ce que les Français ont de l'argent ? Vous vous dites que la question c'est est-ce que les Français ont confiance ?
Et est-ce qu'on peut leur donner l'idée que oui, ils vont conserver leur travail, que oui, ils vont pouvoir continuer à vivre avec leur niveau de vie et que du coup, il faut qu'ils relâchent cette épargne de précaution ? Mais cette confiance, elle ne se décrète pas, elle doit se construire et c'est tout l'enjeu aussi des prochains mois de faire en sorte que cette politique qui vise à limiter l'impact social de la crise et qui vise ensuite à construire le futur et à redonner une dynamique à notre économie fonctionne et que les Français aient confiance dans cette politique et du coup, consomment normalement. Il ne s'agit pas de surconsommer, bien entendu.
Merci Agnès Pannier-Runachier d'avoir répondu à notre invitation ce matin sur France Inter. À suivre à 8h46, le dernier carrefour, la revue de presse de Frédéric Pommier, le menu du débat de midi de Thomas Cheminot et la plongée dans les archives secrètes de Fabrice Dalméda. Merci à tous.
Agnès Pannier-Runacher