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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 3 octobre 2025 25 min

Pierre Ouzoulias : « Nous n’attendons rien des négociations avec Sébastien Lecornu »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Pierre Ouzoulia, bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous, sénateurs communistes des Hauts-de-Seine. Avant de parler des dernières consultations de Sébastien Lecornu, on va regarder trois unes de la presse régionale. D'abord la une de Paris-Normandie, moins nombreux, plus déterminés que jamais. L'influence était nettement moindre que lors de la manifestation du 18 septembre hier, mais les participants étaient bien décidés à maintenir la pression qu'il y ait ou pas un gouvernement. La deuxième une, c'est celle de la dépêche, ce sont les agressions de médecins.

Ça suffit, titre le journal, les actes de violence qui ont augmenté de 26% en 2024. Un phénomène inquiétant qui mobilise les pouvoirs publics. Une loi entrée en vigueur cet été apporte des outils pour mieux lutter contre le fléau. Et puis la dernière une, c'est celle de Westrance, on vient d'en parler. Pétrolier et flotte fantôme russe, ce qu'il faut savoir, le pétrolier immobilisé fait partie des navires clandestins utilisés par Moscou pour contourner les sanctions qui frappent le pétrole russe. De quelle une avez-vous envie de parler ?

1:04
Pierre Ouzoulias

Moi j'aimerais bien le pétrole russe, ça me rappelle un combat que j'ai mené à propos des exportations de l'Azerbaïdjan.

1:13
Présentateur

Et la raison, Emmanuel Macron, d'où c'est le temps ?

1:15
Pierre Ouzoulias

Bien sûr, mais il y a eu une immense hypocrisie. Pourquoi ? Parce que moi j'avais montré il y a quelques années, il y a un an et demi, deux ans, qu'une bonne partie du pétrole qui était exporté par l'Azerbaïdjan et du gaz, notamment vers l'Allemagne, provenait de la Russie. Tout le monde le savait. Mais il ne fallait pas toucher à la sécurité énergétique de l'Allemagne. Donc on a fermé les yeux sur ce pétrole. Aujourd'hui, je vois qu'il y a la volonté d'aller un peu plus loin. Je doute de la sincérité de tout ça, tout simplement parce que l'Europe est encore très largement dépendante du pétrole, du gaz russe. Alors que c'est comme ça que Vladimir Poutine finance la guerre en Ukraine ?

Bien sûr. Et je rajouterais aussi du gaz et du pétrole américain, parce que je ne suis pas sûr que ce soit absolument nos alliés jusqu'au bout. Donc on a besoin d'une souveraineté énergétique absolue. Ça va être difficile à faire, mais il faut commencer maintenant. On ne produit pas d'hydrocarbures, oui.

2:18
Présentateur

On parle de ce qui s'est passé hier, cette journée de mobilisation, nettement moins suivie que la précédente, le 18 septembre. C'est un échec pour vous ?

2:25
Pierre Ouzoulias

Non, parce que la colère n'a pas baissé. La colère n'a pas baissé et la revendication sociale est de plus en plus forte parce que, et on va le voir avec les sujets que vous allez aborder, aujourd'hui, il y a un consensus fort sur deux points. Le premier point, c'est qu'il y a un problème de pouvoir d'achat dans ce pays qui n'est pas résolu depuis 2017. Et le deuxième point, c'est la volonté absolue de justice fiscale. Donc, on ne peut plus accepter que ce soit toujours les mêmes qui fassent les efforts. Et il y a un consensus politique là-dessus, à droite comme à gauche, je m'en félicite. Pour une fois, c'est la gauche qui a imposé ces sujets. C'est rare, ça mérite d'être souligné.

Mais maintenant, il faut des réponses gouvernementales. Là, pour l'instant, je ne les entends pas.

3:11
Présentateur

Mais hier, il a fait des premières réponses, Sébastien Lecornu. Il a présenté quelques mesures rétablières après Macron, baisser l'impôt sur le revenu pour les coupes juste au-dessus du SMIC ou défiscaliser les heures sup. Ça ne répond pas à vos attentes, ça ?

3:23
Pierre Ouzoulias

– C'est des cadeaux qui coûtent. Parce que si, d'un côté, vous abaissez les prélèvements et que, de l'autre côté, on vous explique qu'il faut trouver des solutions pour éviter que le déficit croisse, comment on fait ? Donc, il faut trouver des ressources supplémentaires. Là, moi, je n'ai rien entendu sur les ressources. Que les faibles salaires aient une fiscalité qui soit moindre, bien évidemment, tout le monde est d'accord. Mais après, il faut quand même trouver une solution pour que les recettes du budget de l'État, elles soient sauvegardées. Là, je n'ai rien entendu.

3:54
Présentateur

– Le Parti communiste est à Matignon aujourd'hui pour rencontrer Sébastien Lecornu. Vous attendez quelque chose ?

3:58
Pierre Ouzoulias

– Rien, il n'y a rien à négocier. – Donc, vous y allez pour quoi, du coup ? – Par politesse, parce qu'on est des gens polis. Mais il n'y a rien à attendre.

4:08
Présentateur

– Vous pensez qu'il ne fera pas de concessions à la gauche ?

4:11
Pierre Ouzoulias

– M. Lecornu a décidé de gouverner avec la droite pour faire une politique de droite. Les choses sont claires. Au moins, je trouve qu'on ne s'embarrasse pas. C'est net. Et on voit bien que l'enjeu aujourd'hui pour le Premier ministre, c'est la discussion avec M. Retailleau. À quel niveau on va mettre la politique de droite ? Au niveau que souhaite M. Retailleau ou que souhaite M. Lecornu ? L'enjeu, le seul enjeu politique, aujourd'hui…

4:39
Présentateur

– C'est comme ça que vous expliquez la sortie de Bruno Retailleau ce matin dans le Chigaro qui dit que la participation des LR n'est pas acquise ? – Exactement.

4:44
Pierre Ouzoulias

– Il fait monter les enchères ? – Exactement. Et ce que je sens, ce que je redoute, c'est l'union des droites. C'est-à-dire que M. Lecornu aille chercher une majorité à droite et à l'extrême droite. C'est fort possible.

4:58
Présentateur

– Donc, vous redoutez une alliance entre le socle commun, le Rassemblement national ?

5:01
Pierre Ouzoulias

– Tout à fait. – Elle vous paraît possible ? – Avec une forme d'abstention.

5:05
Présentateur

– Un discours tenu par Gabriel Attal, par Marc Fénaud pour le Modem ?

5:08
Pierre Ouzoulias

– Ils ne représentent plus rien.

5:09
Présentateur

Ils ne représentent plus rien politiquement.

5:11
Pierre Ouzoulias

Quelle est aujourd'hui leur force d'influence sur ce gouvernement ? Nulle. Elle est nulle. Et si demain, il y a une dissolution, ils ne passent plus rien. Donc, je crains que nous soyons dans une forme de ce que j'appelle le syndrome à l'italienne, où en Italie, Mme Meloni a été mise au pouvoir par Berlusconi, en France, Mme Le Pen pour être mise au pouvoir par une partie des Républicains, dont M. Retailleau. C'est ce que je crains, parce que je vois qu'aujourd'hui, sur des questions clés, il n'y a quasiment plus de différence entre les idées du Rassemblement national et celles des Républicains.

5:48
Présentateur

– Mais pourtant, Sébastien Lecornu, dans son interview à la presse régionale, il dit qu'il discutera avec le Rassemblement national, puisqu'ils ont des élus, mais pas d'accord.

5:54
Pierre Ouzoulias

– Non, mais il n'a pas besoin d'accord. Ce qu'il lui faut, c'est une forme de neutralité bienveillante. Et on l'a vu hier… – Une abstention sur la censure ? – Bien sûr, on l'a vu hier pour la répartition des postes à l'Assemblée nationale. La sortie de crise, elle se fera de ce côté-là, elle se fera à droite et à l'extrême droite. C'est le risque aujourd'hui pour la France.

6:14
Présentateur

– Le socle commun a obtenu toutes les commissions, sauf la commission des finances, avec les votes du Rassemblement national hier. Le Parlement, justement, il a repris ses travaux. Est-ce que Sébastien Lecornu, il aurait dû nommer son gouvernement avant ?

6:24
Pierre Ouzoulias

– Écoutez, ça fait trois semaines qu'on est l'arme au pied, il ne se passe rien. Et très sincèrement, ce que je sens là au Sénat, c'est une forme de démobilisation totale, absolue. Plus personne n'y croit. Plus personne n'y croit. Ce gouvernement l'a trop attendu. On a le sentiment que ce n'est pas M. Lecornu qui le compose, mais M. Macron. Donc on revient à la situation antérieure. Tout ça va mal finir une nouvelle fois. On n'y arrivera pas comme ça. Il faut que M. Macron comprenne qu'il a perdu les élections et que les Français veulent une autre politique. Et là, de nouveau, on change. On change le contenant, mais le contenu est rigoureusement le même. Ça ne marchera pas.

– Vous avez des informations sur ce gouvernement ? – J'ai des inquiétudes. J'ai des inquiétudes parce qu'on dit que c'est un gouvernement resserré. Et j'ai très peur, et j'ai très peur qu'il n'y ait plus de ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.

7:22
Présentateur

– Le ministère dédié, vous voulez dire, à un ministère autonome ? – Tout à fait. – Qui soit rattaché à l'éducation nationale ?

7:27
Pierre Ouzoulias

– Tout à fait, tout à fait. Il y a un ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche sous forme de secrétariat d'État depuis 1974. Ça fait 50 ans. Et là, il y a un risque qu'il n'y en ait plus. Ça serait un message effroyable.

7:39
Présentateur

– Mais c'est une crainte ou vous avez des informations qui vous laissent à penser que ça va arriver ?

7:42
Pierre Ouzoulias

– C'est une crainte qui est justement fondée. Parce que, dans les différents gouvernements depuis 2017, la recherche n'a jamais été une priorité. Et là, on sent bien qu'il y aurait la volonté, en resserrant le gouvernement, de faire un immense ministère, éducation nationale, enseignement supérieur, recherche, innovation, etc. Ça, c'est ma crainte. Ça serait un message terrifiant envoyé à la jeunesse de France parce que c'est leur ministère. Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, c'est le ministère de la jeunesse, de l'innovation, de la science et de la connaissance.

8:18
Présentateur

– Allez, on va voir l'actualité dans nos régions avec nos partenaires de la presse régionale. On va à Clermont-Ferrand. Bonjour, Franck Charvet. Merci d'être avec nous. Chef de rédaction des éditions du Puy-de-Dôme au journal La Montagne. Franck, à lire dans vos pages, une interview d'Éric Larchevêque, un entrepreneur médiatique.

8:31
Invité

– Tout à fait, oui. Pour éclairer le débat sur la taxation des ultra-riches, nous publions aujourd'hui dans nos colonnes une interview d'Éric Larchevêque. Alors, qui est Éric Larchevêque ? Plus connu du grand public pour son rôle de juré dans l'émission de M6, qui veut être mon associé, que pour son rôle d'investisseur et entrepreneur. Donc, c'est une personne qui a fondé la société Ledger. C'est une start-up de la tech française qui est valorisée à plus d'un milliard d'euros. Donc, forcément, il est très concerné par la taxation des plus riches et notamment par la taxe Zuckmann. Cet entrepreneur nourrit une forte opposition.

Donc, pour lui, sous couvert de justice sociale, les créateurs deviennent même carrément l'ennemi à abattre. Donc, une taxe qui qualifie d'inapplicable, d'atteinte à la propriété privée ou encore de confiscatoire. Donc, la question à M. le sénateur, c'est quelle est votre position sur la taxation des ultra-riches que le Premier ministre semble avoir définitivement écartée. Et plutôt que de taxer, ne serait-il pas plus efficace, comme le suggère Éric Larchevêque, de se concentrer sur une réduction massive des dépenses de l'État et des collectivités ?

9:43
Pierre Ouzoulias

Ah ! J'adore ce discours, mais après, j'aimerais qu'ils nous disent où ils veulent supprimer des postes de fonctionnaires. À l'hôpital, à l'école, dans la police, le discours est toujours le même. Il y a trop de fonctionnaires, mais quand on demande des précisions sur les fonctionnaires qu'il faut supprimer, là, il n'y a plus de réponse. Vous êtes du Puy-Dôme, je suis de la Corrèze. Est-ce que vraiment on peut dire que dans le massif central, il y a trop de fonctionnaires ? Il n'y en a plus. C'est fini. Et les gens, aujourd'hui, ils ont le sentiment qu'ils sont complètement oubliés par Paris. Il faut qu'ils aillent très loin pour aller à l'hôpital.

Vous le savez, moi, je suis de la Haute-Corrèze. Les femmes accouchent sur l'autoroute à 89 pour aller à Clermont-Ferrand. Il n'y a plus de maternité. Donc, il faut supprimer encore des soins. Ce que j'aimerais dire à votre entrepreneur, et je parle en histérien, c'est que l'économie, c'est un problème de répartition de la richesse. Il y a de la richesse qui est créée et il faut savoir où elle va. Depuis 2017, il y a eu une forte augmentation des déficits de l'État et, concomitamment, une baisse du pouvoir d'achat. Donc, on ne peut pas dire que c'est les salariés qui ont capté la richesse. Au contraire, ils en ont perdu. Donc, cette richesse, elle est allée ailleurs.

Elle a échappé à l'impôt. Elle a échappé à la taxation. On n'y arrivera pas comme ça. Et les Français, ça, c'est l'identité de la France, ils tiennent à la justice fiscale. Souvenez-vous, 1789, c'est ça. La prise de la Bastille, c'est qu'à un moment donné, les Français estiment qu'il y a un problème de justice fiscale. Donc, si ce gouvernement n'apporte pas une solution à ce problème fondamental, nous aurons de nouveau une prise de la Bastille.

11:25
Présentateur

Merci, Franck. Merci d'avoir été avec nous la une de la montagne tout au sujet. C'est conservard à ne pas rater. C'est à la une de votre journal en cette veille de week-end. On va continuer à regarder ce qu'il y a à la une de la presse régionale. Et ce matin, dans plusieurs journaux, on va le voir, c'est Chine qui fait la une la marque d'ultra-fast fashion qui a choisi la France pour ouvrir ses premiers magasins physiques dans le monde civil. Sont concernés, dont Limoges. Bonjour, Emile Roger-Lomberti. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes le maire, justement, de Limoges. Bonjour. Comment vous avez réagi à l'annonce de Chine d'ouvrir un magasin dans votre ville ?

11:59
Invité

D'abord, ça m'a montré que nous sommes dans une situation de dépendance vis-à-vis de la Chine en plein de domaines. La première chose, c'est que les commerçants ont pris conscience que les magasins qui pourraient venir alors qu'ils tiennent déjà le marché de la fast fashion, c'est-à-dire des produits pas chers et de grande quantité, sur Internet et livrés par Amazon. Donc, c'est une découverte terrible pour les commerçants avec une peur terrible d'avoir à fermer leur boutique face à une concurrence sur laquelle ils ne peuvent pas s'aligner.

12:32
Présentateur

Mais comment faire ? Comment vous pouvez vous y opposer ? Vous n'avez pas les moyens, non ?

12:38
Invité

Non, nous, ce que nous pouvons dire, c'est qu'on n'a aucun moyen de pouvoir s'opposer à cette ouverture. Mais vraiment, nous pouvons attirer l'attention de la population sur le fait de l'hyper-consommation et de l'hyper-consommation de produits pas chers. Et notre drame, c'est que plus nous consommons des produits importés, moins nous les produisons nous-mêmes, moins nous produisons de richesses et moins nous avons le pouvoir d'achat pour pouvoir s'auto-suffire et consommer correctement.

13:07
Présentateur

Chine qui promet des créations d'emplois, qui promet de revitaliser les centres-villes, de prendre des engagements en ce sens. Pour vous, il n'y a pas néanmoins une opportunité à saisir ?

13:18
Invité

Vous savez, là, c'est la double, voire la triple, la double peine. Les galeries ont un fonctionnement un peu difficile et le fait d'ouvrir une boutique Chine risque à mener un flux de jeunes consommateurs dans les magasins. L'autre problème, c'est que si Chine vend beaucoup, l'ensemble des autres marques vendra de moins en moins et à partir de ce moment-là, nous serons dans une crise de plus en plus forte. Et ce qu'il y a de terrible, c'est que nous, découvrons aussi que l'hyper-consommation capitalistique que nous avons enseignée à nos enfants comme une valeur prédominante est le piège dans lequel notre démocratie, notre souveraineté nationale est en train de se perdre.

14:08
Présentateur

Pierre Zulia,

14:10
Invité

comment vous réalisez ?

14:10
Pierre Ouzoulias

Moi, je suis ravi quand j'entends le maire de Limoges parler ainsi. On sent qu'il reste chez vous, monsieur le maire, quelque chose de Limoges-la-Rouge, celle qui s'était levée au moment de la commune de Paris. Je vous félicite. Je partage complètement votre point de vue. Moi, je suis de la Haute-Corrèze et je vois ce que sont devenus les centres-villes de la Haute-Corrèze, que ce soit à Mémac, que ce soit à Neuvik et à Ussel. C'est terrifiant, c'est mort. Il n'y a plus aucune boutique et je pense que malheureusement les dernières boutiques d'habillement qui risquent vont fermer avec l'arrivée de ces grands groupes. Monsieur le maire, vous posez une question très juste.

Est-ce que nous pouvons accepter aujourd'hui de laisser tous les produits de toute la planète, notamment de la Chine, arriver librement dans notre pays ? Je ne le pense pas. Et je crois qu'il faut en finir avec le rêve de la globalisation heureuse. Non, la globalisation, ça ne rend pas les gens heureux et dans les territoires comme le vôtre, monsieur le maire, c'est la fin. C'est la fin de tout ce qui était la vie de ces territoires. Donc, il faut repenser l'utilité des frontières. Et Trump agit, alors, pas de façon appropriée à mon avis, mais pose les vraies questions. Est-ce que notre souveraineté, notre indépendance nationale, elle doit aujourd'hui passer par la fermeture des frontières ?

Je pense que oui, de façon ciblée. À un moment donné, il faut protéger. Et vous êtes maire de Limoges, pays d'élevage. Nous savons très bien, vous et moi, qu'avec le Mercosur, ça sera la fin de l'élevage de la limousine dans notre pays, M. le maire.

15:56
Invité

M. le maire. Alors, nous soutiendrons la limousine. Et M. le sénateur, je vous invite effectivement à militer pour que nous protégions notre agriculture et regarder comment un vieux gaulliste comme moi peut être d'accord avec un communiste. Et nous souvenons que nous avons redressé la France il y a bien longtemps et il faut que nous y soyons mobilisés. Ce que nous avons en commun,

16:20
Pierre Ouzoulias

c'est la défense de la République, M. le maire.

16:23
Invité

Tout à fait. Vive la République et vive la France.

16:26
Présentateur

Et on va se quitter sur ces belles paroles. Merci, Emile Roger-Lomberti. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, maire de Limoges. On passe à l'actualité du Sénat. Pierre Ouzulia en plein conflit entre les médias Bolloré et l'audiovisuel public. Les sénateurs ont auditionné cette semaine le président de l'ARCOM, l'autorité régulatrice. C'est votre éclairage. Quentin, c'était la toute première audition au Sénat de Martin Adjari, président de l'ARCOM, l'ancien CSA. Oui, tout à fait. Une audition, vous le disiez, Auriane, dans un contexte très tendu. Il y a en ce moment en France un paysage médiatique polarisé.

Il y a déjà l'affaire Le Grand Cohen du nom de ces deux journalistes de Radio France filmés en train d'avoir une discussion avec des responsables socialistes. Le Monde qui écrivait le 8 septembre que cette polémique fragilisait l'audiovisuel public. Il y a également l'affrontement entre les médias Bolloré et le service public. Les journaux du groupe qui relèvent massivement les attaques envers les médias publics. Edelphine Ernot, la présidente de France TV qui qualifie CNews, autres médias du groupe Bolloré, de chaînes d'extrême droite. Enfin, je rajouterai que certains parlementaires de droite n'ont pas digéré la suspension de la chaîne C8 où officiait Cyril Hanouna.

Et donc, prenons ces sujets dans l'ordre. Commençons par l'affaire Thomas Legrand, Patrick Cohen. Écoutez, en audition, le sénateur Max Brisson, très en colère donc auprès du président de l'ARCOM. C'était mercredi en séance, en commission.

17:52
Invité

Autant le pluralisme est une obligation qui s'applique à l'ensemble des médias privés comme public, autant l'impartialité est dans la loi une des valeurs dont le régulateur...

18:02
Présentateur

C'était la réponse du président de l'ARCOM. Écoutons donc Max Brisson qui lui a été très en colère en commission mercredi.

18:08
Invité

Indépendance ou impartialité lorsque nous apprenons les connivences politiques entretenues par deux chroniqueurs du service public dont Paul Legrand et Patrick Cohen. Indépendance ou impartialité lorsque un mot à peine couvert ceux-ci disent-ils la manière dont ils souhaiteraient user de leur influence au service public.

18:27
Présentateur

Le président de l'ARCOM qui a répondu à ce sujet dans son propos liminaire. Effectivement, la loi audiovisuelle de 1986 consacre l'indépendance de l'audiovisuel public mais exige le pluralisme des expressions politiques sur les antennes et l'impartialité des journalistes d'où la réponse qu'on a entendue tout à l'heure du patron du régulateur français. Qu'est-ce que vous en pensez Pierre Ouzulia ? Est-ce que vous comprenez la colère de Max Brisson face à ses soupçons de connivence et faut-il que le législateur précise la loi de 1986 pour mieux définir l'impartialité des journalistes du service public ?

19:04
Pierre Ouzoulias

Première chose, les images et leçons qui ont été prises l'ont été de façon illégale. C'est illégal de prendre sans l'accord de personne des images pour les diffuser comme ça. Les journalistes proches de l'extrême droite qui ont fait ça n'ont pas respecté le code de déontologie des journalistes.

19:24
Présentateur

Donc il y a une première faute de leur part.

19:25
Pierre Ouzoulias

Si je parle avec vous de façon privée en dehors du plateau et que vous prenez les images, vous ne pouvez pas les diffuser. Là, ils ont repu. Donc c'est des méthodes de barbouze. Il y a une forme d'espionnage de l'extrême droite sur le service public. C'est insupportable. C'est insupportable.

19:42
Présentateur

Et sur les soupçons de connivence, ce que dit Max Brisson, est-ce qu'il faut préciser la loi, mieux définir l'impartialité des journalistes du service public ?

19:49
Pierre Ouzoulias

Mais moi, je pense, et c'est ce que j'ai dit lors de la commission, que le code de déontologie, ce qu'on appelle le manifeste de Munich, pourrait remonter dans le niveau législatif, mais s'imposer à tout le monde. Et est-ce qu'aujourd'hui, c'est les médias Bolloré qui respectent vraiment le code de déontologie ? Moi, je suis allé de temps en temps sur le plateau. Je n'ai pas le sentiment que les journalistes soient impartiaux. Les journalistes sont des militants et ça ne me choque pas. Ça ne me choque pas. Moi, je défends l'humanité qui est un journal d'opinion, d'opinion communiste, qu'à côté, il y ait des médias Bolloré qui défendent les idées de l'extrême droite, ça ne me gêne pas.

Mais qu'ils le disent, qu'ils l'assument. Et là, c'est le service public,

20:32
Présentateur

c'est de l'argent public qui finance ces journalistes. C'est ça le sujet ?

20:36
Pierre Ouzoulias

Le sujet, c'est qu'aujourd'hui, il y a une attaque frontale contre le service public de l'audiovisuel. Nous en sommes à la même situation qu'en Argentine avec Javier Milei et aux États-Unis. Il y a une forme de trumpisation de la droite française qui veut abattre le service public pour donner la totalité des médias Bolloré. L'enjeu politique, il est celui-là. Le reste, franchement, ce n'est pas le plus important.

21:00
Présentateur

Il y a aussi une question sur l'Arcom. Est-ce que cette administration qui semble très lente à réagir, très prudente dans ce débat politico-médiatique, est-ce qu'elle a les moyens de ces missions ?

21:11
Pierre Ouzoulias

Je suis très inquiet sur les attaques systématiques qui concernent les juges, le Conseil constitutionnel et les agences indépendantes comme l'Arcom. Et là aussi, on sent une forme de trompisation de la société française. Jusqu'à présent, personne n'attaquait le Conseil constitutionnel quand même. Et l'Arcom, donc ce sont des agences dont l'indépendance est garantie par la loi. Il faut les respecter, c'est ça la défense de l'État de droit.

21:39
Présentateur

Vous avez même parlé de constitutionnaliser ces agences. Autre reproche, la place de Gabriel Zuckman dans les antennes du service public. Exactement. Il faut dire que c'est vrai que l'économiste a fait la une de toute la presse ces dernières semaines. Sa taxe de 2% sur le patrimoine des plus riches en France est au cœur aussi des négociations politiques. Sur cette antenne aussi, on a parlé de cette taxe Zuckman pour l'expliciter, comprendre pourquoi la gauche en faisait un véritable totem dans les négociations budgétaires. Mais la droite a dénoncé en audition une surreprésentation de l'économiste sur les médias publics.

Écoutez un deuxième extrait de la prise de parole de Max Brisson cette semaine.

22:16
Invité

impassalité ou indépendance lorsque du 10 au 20 septembre Gabriel Zuckman était invité des matins de France Culture de 7 à vous sur France 5 du grand entretien sur France Inter et excusé peu du 20 heures de France 2 sans jamais de réelle contradiction et sans que jamais il soit indiqué que M. Zuckman loin d'être un simple économiste était aussi le fournisseur de l'arsenal fiscal de la campagne européenne de M. Gluckman et le co-rédacteur des programmes économiques de la NUPES et du NFP.

22:53
Présentateur

Qu'est-ce que vous répondez à Max Brisson ? Est-ce que le service public a commis une erreur ?

22:57
Pierre Ouzoulias

Je pense que la droite vient de comprendre que la gauche pouvait aussi comme la droite l'a fait pendant très longtemps mettre dans l'actualité des sujets de gauche qui concernent aujourd'hui ce que les Français vivent c'est-à-dire leur pouvoir d'achat. Jusqu'à présent c'est la droite qui dictait l'agenda politique de ce pays

23:17
Présentateur

Les économistes étaient tous libéraux sur les plateaux vous pensez ? Avec des thèmes

23:20
Pierre Ouzoulias

que vous connaissez l'immigration la laïcité etc le terrorisme etc Là la gauche vient enfin de préempter son dossier Après j'ai été stupéfait de la façon dont certains ont dénié M. Zuckman sa qualité d'universitaire C'est quelqu'un qui est respecté et derrière lui il y a plusieurs prix Nobel Donc il y a Mais là

23:47
Présentateur

c'est pas ça qu'il dit Max Brisson Il dit Gabriel Zuckman il était souvent sur les antennes du service public sans qu'on dise qu'il travaillait pour l'NPES

23:54
Pierre Ouzoulias

Mais quand vous questionnez sur les plateaux des chaînes Bolloré des personnes personne vient faire remarquer qu'ils sont complètement dans la construction de l'idéologie de l'extrême droite

24:10
Présentateur

Oui mais encore une fois là on parle de l'audiovisuel public

24:13
Pierre Ouzoulias

pas de chaîne privée Ce que j'ai vu pour l'audiovisuel public c'est qu'il y a eu du débat contradictoire Il y a des grands patrons qui sont venus sur les chaînes du service public en disant que c'était une façon d'assassiner la France la taxe Zuckman Ça je l'ai entendu Ils se sont manifestés de façon extrêmement forte et ils se sont manifestés avec tous les médias qu'ils possèdent parce que le rapport des forces il est quand même inégal

24:37
Présentateur

Oui mais justement c'était ma dernière question Pierre Gouzouliard Comment comprendre cette tension du paysage médiatique actuel avec des journalistes médiatiques qui sont en confrontation directe On le disait tout à l'heure c'est une des médias Bolloré cette prise aussi de position de Delphine Ernot Comment sortir de ces invectifs délétères ?

24:55
Pierre Ouzoulias

Il y a une polarisation du débat politique qui est très nette et qui fait que alors ça c'est vrai pour M. Zuckman quand vous n'avez pas les mêmes opinions que la pensée commune actuelle de droite vous êtes soit un walkiste soit un extrémiste soit un gauchiste Il n'y a plus de respect pour la pensée de l'autre et ça c'est un signal extrêmement dangereux qui montre que notre démocratie est en difficulté

25:23
Présentateur

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25:33
Locuteur

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