Camélia, harcèlement, "no kids"... Le "8h30 franceinfo" d'Édouard Geffray
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France Info Bonjour Edouard Geffray. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour à tous. C'est l'une des images de ce week-end. Cette marche blanche hier en Seine-et-Marne en hommage à Camélia. Il y a dix jours, cette adolescente de 17 ans, victime de harcèlement scolaire, s'est suicidée. Son oncle a lancé un appel à ne pas se taire.
Les maux des enfants, étouffés par le silence des adultes, finissent par tuer. Nous ne pouvons pas laisser ça se reproduire.
Edouard Geffray, c'est l'éducation nationale qui est responsable.
Alors d'abord, je me permets de redire toutes mes pensées à la famille et à la communauté éducative parce que pour une famille, c'est le pire qui puisse arriver. Et c'est une vie brisée. Et évidemment, toute la communauté éducative est très touchée. Et je crois que les échos de ce suicide de la jeune Camélia montrent bien que c'est une société entière qui est touchée. Sur les responsabilités, je ne sais pas à ce stade. Il y a une enquête pénale qui est en cours. Il y a une enquête administrative qui est en cours. J'ai moi-même diligenté une enquête de l'inspection générale. J'attends les conclusions dans les prochains jours. Ils sont en train d'auditionner à ce nombre de personnes.
Et en attendant cela, je crois qu'il y a deux choses qui vont à l'esprit. La première, c'est la plus grande prudence. Il n'y a pas de tribunal numérique en France. Et donc, il faut faire attention à ne pas tout de suite imputer des responsabilités. Il y a une enquête. Elle le dira. Et après, vous parlez du proviseur qui a été rentré de ses fonctions à sa demande. Tout à fait. Et s'il y a des mesures à prendre, je les prendrai. Et je peux vous garantir que ma main ne faiblira pas. Mais je les prendrai en fonction des conclusions de l'enquête.
Pour qu'on comprenne de quoi on parle, le jour de son suicide, Camilla avait vu le proviseur. Elle écrit ensuite à sa mère, il a dit que je me victimise. Et puis, elle se donne la mort. Vous, qu'est-ce que vous savez aujourd'hui de la responsabilité du proviseur ?
Précisément, aujourd'hui, j'ai demandé une enquête. Et quand j'aurai la relation totale des faits et leur chronologie, je pourrai me prononcer.
Rien aujourd'hui ne prouve que le proviseur a une part de responsabilité.
Il y a les faits que vous avez mentionnés qui ont justifié que j'ai déclenché une enquête. Sinon, je n'en aurais pas déclenché. J'ai déclenché une enquête. Vous l'avez eu directement, lui ? Non. Je n'ai pas souhaité, précisément pour ne pas perturber l'enquête. Habituellement, quand il y a un problème, j'appelle les proviseurs. Là, en l'occurrence, je ne sais pas si tu es perturbé à l'enquête. Donc, il y a une enquête. Quand l'enquête aura conclu, à ce moment-là, j'en tirerai des conclusions. Et la deuxième chose, et c'est quand même important, c'est, j'en bondis sur ce que disait l'oncle de Camélia. Et vraiment, mais je le dis à tout le monde, par pitié, ne vous taisez pas.
Oui, il parle des mots des enfants étouffés par le silence des adultes. Mais il vise aussi peut-être l'éducation nationale.
Par définition, il vise tous ceux qui n'ont pas réagi en temps. Mais vous êtes victime, vous êtes témoin, vous en parlez d'un adulte, vous faites le 30-18.
Ça, c'est le numéro d'appel qui n'a pas été utilisé dans cette affaire.
Non.
Et alors, comment ça se fait ?
Ni par la famille, ni par le personnel scolaire. Mais effectivement, il n'y a pas eu d'alerte, si je peux dire, au-dessus. Il y a eu effectivement des alertes, probablement au niveau de l'établissement. Il n'y a pas eu d'alerte au-dessus. Et donc vraiment, je le redis, on a tous une part de responsabilité pour protéger nos enfants. On ne peut pas laisser faire ça. Et donc, vous êtes adulte, vous êtes enfant, vous êtes témoin, vous êtes victime. Vous décrochez votre téléphone, vous faites le 30-18. Vraiment, enfin, par pitié, il faut le dire à tout le monde. Il faut que ça soit affiché partout. Il faut que ça soit répété sur vos chaînes. Le 30-18, le 30-18, le 30-18, on l'appelle.
Et après, nous, derrière, on assure.
Le message est passé. On va écouter maintenant d'abord Sheherazade, qui a participé hier à La Marche, au Micro France Info de Farida Noir. Et ensuite, Justine Atlan, qui est directrice générale de l'Association de la protection des enfants sur Internet, e-Enfance.
Au début de l'année, on en parle.
Des fois, il y a des interventions, mais en réalité, on ne nous en parle pas plus que ça. On nous fait faire des QCM pour nous demander si on est seul, si on ne se sent pas bien ou triste, etc. Mais il n'y a jamais rien derrière.
Il manque certainement de formation, parce qu'on se rend compte que souvent, les adultes dans les établissements ont du mal à s'en saisir. Enseignants, proviseurs, même, effectivement, surveillants. Enfin, il faut vraiment que tous ceux qui sont témoins, adultes, puissent s'en saisir.
QCM, manque d'information. Est-ce que vous partagez ce constat ?
Alors, on a un programme qui s'appelle Phare, qui normalement est déployé dans tous les établissements. Et d'ailleurs, je vais relancer aujourd'hui même tous les recteurs et tous les directeurs académiques pour faire en sorte que ce soit effectivement le cas et pour remettre, si je puis dire, un nouveau coup d'accélérateur sur ces sujets-là. Dans ce cadre-là, on forme. On forme les élèves, on forme les professeurs, on forme les personnels, etc. Est-ce que ça suffit, la réponse est non ? Parce qu'on est sur un phénomène qui est à la fois massif et qui est pernicieux. C'est-à-dire que le propre du harcèlement, c'est que c'est compliqué à détecter.
Et en plus, il se poursuit sur les réseaux sociaux.
Il y a des coordinateurs, pardon, dans le cadre de ce dispositif Phare, les coordinateurs harcèlement. Là, normalement, il y en a dans tous les établissements.
Il y a une équipe par établissement et il y a en plus une équipe par département et par académie.
Et là, cette équipe n'a pas été saisie ? Il y a eu un harcèlement ?
En l'occurrence, je ne le sais pas. Ça fait partie des choses qu'on verra.
Vous ne savez pas encore ?
Non, ça fait partie des choses qu'on verra parce que je ne ramasse pas les choses bout par bout. J'attends les conclusions de l'enquête dans les jours qui viennent. Et à ce moment-là, on saura tout, on aura un film complet.
Vous parlez du programme Phare qui est effectivement très important dans toute la France. Et la présidente dans le département, la FCPE, qui est la première fédération de parents d'élèves de l'école publique, trouve qu'il est très bien fait, très bien construit ce programme Phare. Mais elle pointe le manque de moyens pour faire appliquer ce programme. Est-ce que vous manquez d'argent à l'échelle nationale pour lutter contre le harcèlement ?
Honnêtement, je ne disais pas qu'on manque d'argent. Non, il y a une nécessité en fait pour nous. Le vrai enjeu, c'est de se mettre constamment à jour. C'est un sujet sur lequel finalement, il faut constamment se reformer. Et une fois encore, c'est un sujet sur lequel on lutte, nous, sur un terrain qui est l'environnement scolaire. Mais en dehors de l'environnement scolaire, je ne sais pas faire. Et l'école ne peut pas tout faire. Donc quand nos jeunes se font harceler sur les réseaux sociaux, au-delà des murs de l'école, il y a des choses que je sais faire dans l'école, au-delà des murs, ça devient compliqué. Et c'est pour ça qu'il faut se battre sur tous les terrains.
On va en parler. D'abord, juste un mot, vous avez rencontré la famille de Camélia ?
Non, je leur ai écrit. Mais j'ai souhaité respecter leur deuil. Et je considère que si... Voilà, je leur ai écrit. Je suis à leur disposition. Je... comment dire... Je... Je ne tiens pas à faire publicité de ma petite personne quand les gens sont confrontés à un drame pareil. Je pense qu'ils ont besoin d'abord de recueillement, de respect. Et moi, je respecte profondément la douleur. Évidemment, je les recevrai quand je reste à l'enquête pour les partager avec eux, par contre. Ça, c'est sûr.
Et alors, Giffré, vous parliez des souffrances en dehors de l'école. Il y a un autre suicide d'une adolescente de 12 ans qui a eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi. Une adolescente qui s'est pendue dans sa chambre à Gloriane, dans les Pyrénées-Orientales. Que savez-vous de ce drame ? Et qu'avez-vous fait ?
Alors, en première analyse, je dis bien en première analyse, puisqu'il y a un inspecteur académique qui est venu aussitôt sur les lieux, nous, nous n'avons aucun élément ni à l'échelle de l'établissement, ni en dehors, donc ni le 30, 18, etc., qui témoigneraient d'un harcèlement. Et en revanche, les différents éléments, pour être tout à fait transparents, m'ont conduit à faire un signalement au procureur sur l'environnement familial de cette jeune fille. C'est-à-dire ?
L'article 40 ?
C'est-à-dire, effectivement, un signalement au procureur sur des faits dont on a eu connaissance et qui nous semblent justifier qu'il y ait un regard de la justice dans le cadre de l'enquête judiciaire.
Donc, à ce stade, vous écartez la piste du harcèlement scolaire et il n'y aura pas d'enquête administrative ?
Alors, il y a une enquête, puisqu'il y a un inspecteur qui est sur place, mais les premiers éléments ne montrent pas, a priori, en tout cas, il n'y avait eu aucune saisine de personnes sur des faits de harcèlement.
On vient de parler de deux suicides d'adolescentes en l'espace d'à peine deux semaines. Est-ce qu'il y a une recrudescence de suicides chez les jeunes, en particulier chez les jeunes filles ?
Alors, de manière générale, depuis le Covid, il y a une recrudescence des suicides ou des tentatives de suicide. Très substantielle. Santé publique France parle de 80% en 5 ans. Donc oui, il y a une recrudescence importante depuis le Covid, grosso modo au cours des cinq dernières années.
Et c'est lié à quoi, cette recrudescence ?
C'est très difficile à qualifier. Clairement, ça touche plus les jeunes filles que les garçons. Déjà, premier élément. Et deuxième élément, les écrans jouent un rôle, on va dire, en tout cas d'accélérateur ou d'aggravation. Il y a eu une enquête qui est sortie en début d'année sur la santé mentale de nos jeunes. Très clairement, plus ils consomment des écrans, plus leur santé mentale se dégrade. Il y a vraiment une relation de cause à effet qui est vraiment très catégorique de ce point de vue-là.
Avant de... On va parler justement de l'interdiction des écrans, mais on parle quand même de deux suicides de jeunes filles en moins de 15 jours, d'un dispositif phare qui n'a peut-être pas été déclenché, d'un numéro d'urgence qui n'a pas été utilisé. C'est un constat d'échec, non ?
Je pense surtout que... Enfin d'abord, quand il y a mort d'homme, il y a échec. C'est clair. Mais je pense aussi qu'il y a un enjeu de maturité collective. On ne peut pas tout attendre de l'école. On a notre rôle à jouer. Si on l'a mal joué, une fois encore, j'en tirerai les conséquences. Mais on ne peut pas tout attendre de l'école. Et il faut vraiment que notre société se mobilise, que les parents se mobilisent, qu'ils parlent avec leurs enfants, qu'ils restreignent l'usage des réseaux sociaux. Ce n'est pas un mal de restreindre l'usage des réseaux sociaux par ses enfants, ça le sauve. Et donc, il faut qu'on se batte collectivement. Mais c'est un combat qui touche l'ensemble de la société.
Ce n'est pas seulement...
Donc les parents doivent faire plus aussi, selon vous ? On ne peut pas tout attendre de l'école ?
En tout cas, pour y arriver, il faut qu'on soit main dans la main sur le sujet. Et d'ailleurs, tous les parents que j'ai l'occasion de rencontrer, etc., le savent très bien. Il faut qu'on soit main dans la main sur le sujet. Si on considère qu'il y a une brique qui assure et que les autres, pendant ce temps-là, dans le fond, n'ont pas besoin de s'en préoccuper, là, on prend des risques.
Vous parliez des réseaux sociaux. Justement, vous soutenez le texte qui vise à les interdire aux moins de 15 ans, qui est examiné aujourd'hui à l'Assemblée. Le président Macron a annoncé une procédure accélérée pour qu'il entre en vigueur dès la rentrée prochaine. Ce qui voudrait dire que, concrètement, le 1er septembre 2026, les Français devront donner une pièce d'identité pour s'inscrire sur les autres sociaux. Vous croyez vraiment que c'est possible, ça ?
Alors, non seulement je pense que c'est possible, mais c'est nécessaire. Parce qu'une fois encore, aujourd'hui, il y a plusieurs enjeux. Il y a un enjeu de santé publique. On vient de parler de la santé mentale. Il y a un enjeu cognitif. C'est-à-dire que nos jeunes, ils passent des heures et des heures et des heures à scroller, comme on dit, ou à swiper sur TikTok et autres. Un quart des jeunes passe plus de 5 heures par jour sur les écrans. Oui. Enfin, vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ? Et après ça, on me dit, mais que faites-vous à l'école ?
Mais s'ils passent plus de temps sur TikTok que dans la classe, comment voulez-vous que je dise à un professeur qu'il est là pour éveiller la conscience civique ?
Mais je pense que le constat, on est assez nombreux à le partager. En revanche, concrètement, comment vous faites ? Parce que là, vraiment, vous pensez qu'on va présenter une pièce d'identité à chaque fois qu'on voudra s'inscrire sur un réseau social ?
D'abord, on n'est pas obligé de présenter une pièce d'identité. Il y a plusieurs modèles qui existent. Soit alors, effectivement, on est obligé de justifier de sa propre identité directement auprès du réseau social. Soit alors, il y a ce qu'on appelle un tiers de confiance. C'est-à-dire que vous passez par quelqu'un qui connaît votre identité et qui dit au réseau social, oui, il a plus de 15 ans ou non, il a moins de 15 ans. Ce que vous avez déjà expérimenté avec les sites pornographiques. Alors, pour les sites pornographiques, les moins de 18 ans, ça, ça marche.
Il se trouve que nous, pour les réseaux sociaux en plus, on a une solution éducation nationale qui permettrait directement à l'élève de passer par cette plateforme-là et de ne pas avoir à donner des éléments personnels sur lui, mais simplement à la plateforme de dire oui, non.
Mais vous pensez que les plateformes vont jouer le jeu ? Parce qu'en fait, aujourd'hui, c'est ça. Vous misez sur la bonne volonté des plateformes. On est d'accord. Vous n'avez aucun moyen de contraindre les plateformes.
Ah pardon, mais le droit, c'est une contrainte, madame.
Mais pas pour les plateformes. Les États n'ont pas le droit de contraindre les plateformes. Vous le savez, ça.
Non, mais attendez, excusez-moi. Il y a quand même un truc qui s'appelle le droit européen et le droit national. Justement, ils sont en contradiction. Ça s'applique. Alors d'abord, ils sont en contradiction parce que le président de la République a mené un travail au niveau européen qui a permis effectivement que l'Europe renvoie aux États membres le soin de, comment dire, de fixer l'âge de la majorité numérique. Ça, c'est la première chose. Deuxième chose, on prend une loi. On ne fait pas des recommandations aux plateformes.
On prend une loi qui va être débattue dès cet après-midi en procédure accélérée parce que le président de la République l'a souhaité et de manière à ce qu'on puisse agir dès le premier second, c'est-à-dire dès la rentrée. Et à partir du moment où le droit s'applique, et je vous dis ça parce qu'il se trouve que dans une vie d'entraînement, je travaillais à la Commission nationale informatique et liberté sur le RGPD, on nous disait la même chose. On nous disait, mais les plateformes, machin, etc. Non, je suis désolé. Il y a un droit. Le droit, il est respecté. Oui, mais attendez. Et si il n'est pas respecté, on a des conséquences.
Vous savez que selon le droit européen, la France ne peut pas faire peser une vérification d'âge sur les plateformes.
La France, selon le droit européen, peut fixer un âge minimal. Fixer un âge, oui,
mais elle ne peut pas faire peser la vérification de l'âge sur les plateformes.
Oui, mais la responsabilité des plateformes, c'est de s'assurer que des mineurs, enfin des mineurs de moins de 15 ans désormais, ne seront pas inscrits en tant que tels sur la plateforme. Ça sera eux de faire le travail.
Donc vous misez sur la bonne volonté des plateformes.
Non, je mise sur le respect du droit. Ils auront quatre mois pour le faire. A priori, puisqu'on part sur une application le 1er septembre, il y aura une période transitoire pour, si je puis dire, purger les comptes. Et après, on aura juste protégé nos enfants d'un dispositif, enfin de plateformes dont ils n'ont pas besoin et qui vise principalement, grosso modo, à utiliser leur tourne-cerveau disponible. Le 830 France Info.
Agathe Lambret, Paul Larouturou.
Avec Édouard Geppret, ministre de l'Éducation nationale, le téléphone peut être bientôt banni du lycée, Paul. Cet après-midi, proposition de loi, de renaissance qui vise à interdire notamment le téléphone au lycée. Elle sera donc examinée après, on va dire, le succès mitigé au collège par quel miracle vous voudriez dévisser des lycéens de leur téléphone portable ? Comment faites-vous ?
Alors d'abord, j'apprécie que vous utilisez le mot dévisser, puisqu'effectivement, on a des jeunes qui, aujourd'hui, peuvent être vissés sur leur téléphone. Alors, je suis un peu plus nuancé que vous sur le collège. Au collège, il y a une interdiction qui, globalement, fonctionne. Elle n'est pas parfaite, bien sûr, les jeunes les comptent, mais globalement, ça fonctionne.
Vous avez un bilan ? Vous avez des chiffres ?
Alors, écoutez, je n'ai pas de chiffres comme ça en tête, mais, à priori, quand on interroge les chefs d'établissement de manière, pardonnez-moi, de termes empiriques, ce qui m'arrive souvent, parce que je vais souvent au collège ou au lycée, globalement, l'interdiction au collège, elle est respectée. Deuxième chose, nos lycéens actuels, ils ont connu le collège sans téléphone portable. Ce n'est pas une nouveauté. Et donc, l'idée de dire, ah là là, mais ça va leur tomber dessus, mais pas du tout. Ils ont connu le collège, ils y ont d'ailleurs plutôt bien vécu sans portable.
Et ce qu'on dit, c'est qu'effectivement, le temps de l'école, et moi, je suis très ferme là-dessus, le temps de l'école, ce n'est pas le temps du téléphone.
Et comment vous l'appliquez ? Vous allez renforcer les moyens parce qu'il faut du personnel ? Puis par ailleurs, au lycée, son téléphone, on en a besoin de temps en temps pour buper à la cantine ou pour faire d'autres choses.
Donc, vous faites comment ? D'abord, il y a deux choses. La première, c'est qu'effectivement, il y a un principe d'interdiction. Et ensuite, il y a des dérogations qui seront fixées dans le règlement intérieur. Si vous êtes en internat, si vous avez besoin du téléphone pour buper à la cantine, ce genre de choses, c'est le chef d'établissement. Ça va vivre localement et ça va s'adapter aux réalités locales. Il ne s'agit pas de dire à tout le monde venez sans téléphone. Ils peuvent venir avec leur téléphone mais ils ne l'utilisent pas sauf lorsque le chef d'établissement l'a autorisé.
Et quand ils sortent et qu'ils reviennent, ils le prennent, ils sortent ?
Non, mais ils n'ont pas besoin de le mettre dans leur sac et ils ne le sortent pas de la journée, c'est tout. Et si on les voit dans la journée, dans des circonstances qui ne sont pas autorisées, à ce moment-là, on récupère le téléphone, on le confisque.
Mais c'est comme le projet phare et le harcèlement dont on parlait tout à l'heure. Là encore, vous avez besoin de plus de moyens, donc de plus d'argent. Est-ce que vous avez les moyens, monsieur le ministre ?
Pardonnez-moi, c'est assez intéressant comme débat parce que, comme tout le reste d'ailleurs, mais la question est intéressante. Moi, j'entends dire depuis quelques semaines « Ah, mais on ne va pas pouvoir mettre une personne derrière chaque élève pour vérifier qu'il n'a pas son téléphone. » Enfin, depuis quand est-ce qu'on apprécie le bien fondé d'une règle à la lumière de la capacité à mettre une personne derrière chaque risque de manquement ? Sinon, il n'y a plus de code de la route. Il y a des policiers pour le faire. Il y a des policiers partout ? Vous avez un policier par feu rouge et par stop ? Non, mais il y a des radars. Vous avez un certain nombre de contrôles qui sont aléatoires.
Quand vous êtes chef établissement, quand vous êtes CPE, il y a des adultes dans un établissement, ils vous voient avec un téléphone portable, le CP vous voit avec un téléphone portable, téléphone portable confisqué, point. Mais au-delà de ça, parce que c'est ça qui compte aussi, c'est qu'il faut qu'on fasse prendre conscience à nos jeunes que quand on passe, vous disiez tout à l'heure, 5 heures par jour sur son téléphone, 5 heures par jour, enfin, les réseaux sociaux et compagnie, leur objectif, ce n'est pas votre santé physique et mentale. Leur objectif, c'est que vous passiez le maximum de temps à les consulter. Ce n'est pas que vous vous couchez tout.
Ce n'est pas que vous refassiez le monde avec vos camions.
On vous entend, Edouard Geffré, vous voulez donc mettre fin au téléphone, au lycée, aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et dans le même temps, le budget 2026 acte la suppression de 4000 postes d'enseignants. Alors, vous mettez en avant la baisse de la démographie mais est-ce que c'est vraiment un bon argument quand on voit l'État de certaines classes surchargées, des professeurs qui sont épuisés, qui considèrent qu'ils sont mal payés pour travailler beaucoup trop ? C'est vraiment la solution de supprimer 4000 postes ?
Il faut partir du constat. On aura perdu, dans le premier degré, donc juste dans les écoles maternelles et élémentaires, on aura perdu un million d'élèves, un million. entre 2019 et 2029. Il y a un moment, donc on passe de 6 700 000 à 5 700 000. Et on va perdre grosso modo 20 % d'élèves au cours des 15 % d'élèves. Donc la réponse c'est la démographie ? Ça c'est la démographie.
Et en même temps, il manquait 2500 profs à la rentrée en septembre et on connaît tous, je pense, on est nombreux à connaître un enfant qui n'a pas eu de prof pendant 6 mois, pendant un an.
On est bien d'accord là-dessus. Mais il y a deux sujets difficiles. Donc il manque des profs aussi. Pardonnez-moi, juste, je reprends, la démographie c'est quand même juste un paramètre assez fondamental et en plus l'école est en première ligne pour ça. Je perds donc 20 à 25 % des élèves au cours des 15 prochaines années. Ne pas en tirer les conséquences progressives, ça serait absolument irresponsable.
N'est-ce pas le bon moment pour alléger les classes du coup ? Mais c'est précisément ce qu'on fait.
Mais vous n'avez pas assez de profs
pour le faire.
Tout simplement parce que, non mais attendez, j'y arrive. Tout simplement parce qu'en fait on ne suit pas la démographie. Si on avait suivi la démographie, il aurait fallu supprimer 8 ou 9 000 postes cette année. On propose d'en supprimer 4 000. Pourquoi ? Parce que l'idée c'est un atterrissage progressif. Et précisément, chaque année, chaque année, depuis 2017, chaque année, on réduit le nombre d'élèves par classe. Il y a aujourd'hui plus de 2 élèves par classe en moins par rapport à 2017. On sera à 21 élèves par classe à la rentrée scolaire prochaine. C'est du jamais vu dans les systèmes éducatifs.
Simplement, moi, si vous voulez, ma ligne, et ce n'est pas une question de PLF 2026, c'est une question de long terme. C'est que sur 20 ans, il faut qu'on arrive à concevoir un atterrissage très progressif pour limiter les fermetures de classe, réduire l'élèves par classe et malgré tout, au bout d'un moment, tirer les conséquences des démographies qui est en chute libre pour l'instant.
Et le manque de professeurs, comment vous luttez aussi contre ce phénomène, le manque d'attractivité du métier, problème de vocation ? Vous, vous proposez une réforme de la formation des enseignants ? Décaler le... Ce serait à partir d'une licence Bac plus 3 qu'on pourrait passer
de concours ? Si le projet de loi de finances est adopté, dès le mois de mars, on a des étudiants qui sont en L3 qui vont passer les concours et qui feront leur master, donc leur temps de formation en tant que professeur en étant rémunérés.
Et vous pensez que c'est ça qui va résoudre
la crise des vocations ? Un peu quand même parce que d'abord faire ses études en master en étant rémunérés 1400 euros net par mois la première année, 1800 euros net par mois la deuxième année, c'est quand même plus confortable que dans d'autres circonstances, premier élément. Et surtout, ça veut dire qu'on les prend plus tôt, on leur met le pied à l'étrier plus lentement et de manière plus progressive. Mais derrière, il y a aussi très clairement un enjeu global qu'il faudra traiter au cours des années qui viennent de rémunération, de conditions de travail, etc. Oui, parce que là,
les salaires ne vont pas augmenter à court terme.
Pas à court terme, mais on voit bien que c'est un des sujets à moyen terme et de manière générale,
c'est un ensemble. Vous voulez vous en saisir de ce sujet ?
Dans le temps qui est le mien, ça peut être un peu compliqué, mais de manière générale, je crois qu'il faut s'en saisir et donc préparer le terrain pour la suite.
Et dans le temps qui est le nôtre, on a encore trois questions importantes à vous poser. Avant la question qui est, alors on y va, ça fait deux ans qu'une campagne de vaccination scolaire contre le papillomavirus a été lancée. Pourquoi ça ne marche pas ?
D'abord, ça ne marche pas si mal que ça aurait été. C'est progressif. Maintenant, on a 58% des jeunes filles qui sont vaccinées, 37% des garçons contre 13% il y a deux ans. Donc notre cible, c'est 80% en 2030, ça marchera. Et au passage, d'ailleurs, je dis aux parents, désormais, c'est couplé avec la vaccination contre le méningocoque, donc les méningites. Et donc, faites vacciner vos enfants, c'est 6'004 cancers chaque année du HPV qui sont entièrement évitables par la vaccination.
Édouard Geffray, après les révélations des violences physiques et sexuelles à Notre-Dame de Bétarame et dans d'autres établissements privés, votre pré-décesseur, Elisabeth Borne, avait lancé un plan d'inspection. Où en est ce plan ? Où en est l'inspection ?
Il se déroule de manière normale, si je puis dire, au sens où on a donc 1 000 établissements privés qui ont été contrôlés l'année dernière. 40% ont été contrôlés d'ici 2027, donc c'était la cible qui était fixée par le plan et je m'y tiens avec beaucoup de rigueur et ça, il s'agit de Bétarame en particulier, il y a eu en tout, enfin il y a eu plusieurs inspections successives. Donc voilà, les choses se passent comme prévu.
Sauf que le secrétaire général de l'enseignement catholique se plaint de graves abus d'autorité lors des contrôles.
Alors il y a eu dans quelques cas clairement des comportements inacceptables de la part d'inspecteurs donc on y a mis fin. Il nous les a signalés. On a évidemment repris l'ensemble des procédures qui les intéressaient et on y a mis fin quelques semaines après mon arrivée au ministère.
Le procès en appel de 4 personnes condamnées pour l'assassinat de Samuel Paty s'ouvre aujourd'hui. Son comité de soutien demande son entrée au Panthéon. Vous avez déclaré jeudi que cette panthéonisation devait être, je vous cite, réfléchie. Où en êtes-vous de vos réflexions après ce week-end ? Est-ce que vous en avez échangé avec l'homme qui prend cette décision à savoir le président de la République ?
D'abord effectivement, je vous remercie de le rappeler, c'est le président de la République, ce n'est pas moi qui prends cette décision. Moi ce que j'ai dit en réponse à la question qui m'était posée, c'est qu'effectivement ça nécessite d'être réfléchi parce que ce ne sont pas les critères habituels d'une panthéonisation. Indéniablement, Samuel Paty est devenu une grande figure symbolique de la République. Jusqu'à présent, le Panthéon a toujours vu entrer des hommes et des femmes dont l'action de leurs vivants avait eu un effet déterminant sur l'avenir de la collectivité nationale. Donc là, si je puis dire, il est devenu une figure symbolique à son corps défendant.
Et donc, c'est pour ça que ça se réfléchit, c'est-à-dire que ça serait une inflexion par rapport aux critères habituels de panthéonisation et comme vous l'avez rappelé, en tout cas de coche, je ne suis pas compétent pour me prononcer sur le sujet.
Edouard Jeffrey, comme tous les jours, c'est le moment de la question qui ? Aujourd'hui, la question qui ne veut pas d'enfant. La SNCF est en pleine polémique après le lancement d'une nouvelle offre, une classe optimum plus qui promet du calme, plus de place, sauf que ces rames sont interdites aux enfants de moins de 12 ans. Est-ce que cela vous a choqué, vous aussi ? Et de quoi est-ce le symptôme, selon vous, ministre de l'Éducation ?
Moi, tout ce qui est « no kids », comme on dit aujourd'hui, avec cette espèce d'anglicisme au plus, c'est-à-dire sans enfants, me scandalise. Profondément. Mais vraiment profondément. Quel est le pays qui peut vivre à ce point, quelle est la société qui peut vivre à ce point dans l'instant que, là aussi, vissé à ses écrans, elle veut en plus avoir la paix et ne pas être dérangée par ses enfants. Moi, je suis une ministre de 12 millions d'élèves et d'un million de professeurs qui, tous les jours, construisent l'avenir. Je ne conçois pas qu'on ne construise pas l'avenir.
Et je ne conçois pas de manière générale, d'ailleurs, indépendamment du cas d'espèce, je ne conçois pas qu'on se dise que finalement, c'est mieux de choisir son voisin de train, son voisin de piscine, son voisin de cinéma, etc. Ce n'est pas ça, faire société. Faire société, c'est brasser les gens, c'est brasser les âges. Et donc, moi, l'éducation nationale...
Vous l'avez dit patron de la SNCF ou vous lui dites quoi ce matin ? Vous l'avez eu directement ?
Non, je ne l'ai pas eu directement et puis je trouve que c'est plutôt, en réalité, ce qui se passe avec la SNCF, c'est plutôt le symptôme d'autre chose. Il y en a maintenant dans les cinémas, il y en a dans les hôtels, on va devenir dingue. Donc, moi, ma ligne, et en plus, il vient juste d'arriver et je ne pense pas que ce soit lui qui ait créé cette offre qui est manifestement plus ancienne que ça. Mais moi, ma ligne, c'est simple, pour reprendre un anglais six mains, c'est everything for kids. Tout pour les enfants. C'est-à-dire tout pour les enfants. Parce que sinon, c'est notre avenir qui est en péril.
Donc, tout pour les enfants, on fait en sorte que les gens qui en veuillent puissent en avoir, on fait en sorte de les éduquer, de les aider au bout de leur potentialité, on les protège, y compris contre les dangers modernes et à la fin, construire l'avenir. Ça, c'est quand même autre chose en termes d'espoir que de se dire je vais rester dans mon truc no kids avec mon train, mon cinéma, mon home cinéma et ma piscine.
Et ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Edouard Geffray, ministre de l'Éducation, d'avoir répondu aux questions de France Info.
Édouard Geffray