Présidentielle américaine : les dernières heures de la campagne décryptées
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:19OuverteRéponse partielle
Pourquoi labourer le terrain ? Pourquoi matraquer les électeurs de messages télé ? Pourquoi faire du porte-à-porte ?
- 2:13OuverteRéponse directe
Quels sont les faits importants de ces dernières heures de campagne pour Kamala Harris et Donald Trump ?
- 3:17OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous a surpris dans cette campagne ? La violence, la virulence ?
- 4:36RelanceRéponse directe
L'accusation de fascisme vous semble-t-elle infondée ?
- 7:25OuverteRéponse directe
Est-ce que l'un des deux candidats peut être dramatiquement sous-estimé par les sondeurs ?
- 12:25OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on peut dire que ce n'est pas l'élection américaine qui se joue demain mais celle de la Pennsylvanie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:29PrésentateurFait
« « Les balles ne m'ont pas frappée en juillet dernier et si jamais quelqu'un veut à nouveau m'attaquer, les balles pourront traverser la tribune des journalistes, je n'en ai rien à faire ». »
- 3:23InvitéFait
« Trump qui traite Harris de débile, de stupide, d'incompétente, prostituée même, dit un proche de Trump, au meeting de Madison Square Garden. »
- 3:35InvitéFait
« Hillary Clinton qui compare le meeting de Trump au meeting nazi de 1939. »
- 4:15InvitéFait
« il traite ses adversaires politiques d'ennemis intérieurs, d'ennemis intérieurs, contre lesquels il faut lancer l'armée d'ailleurs, c'est ce qu'il a dit une fois, contre lesquels il faut susciter une guerre civile. »
- 7:58PrésentateurFait
« Il nomme des journalistes en disant, celui-là n'aura plus de travail parce qu'il a été contre moi. »
- 8:04PrésentateurFait
« Il dit avoir fait une liste d'ennemis. »
- 8:13PrésentateurFait
« Il dit qu'il ira voir très vite Poutine, même avant de s'installer à la Maison Blanche, pour faire la paix à sa manière à l'Ukraine. »
- 8:50PrésentateurChiffre
« Il y a une inflation absolument incroyable dans n'importe quel endroit où vous allez aux Etats-Unis. »
- 9:22InvitéFait
« si, dans notre pays, il y a plus de gens qui se sentent victimes du modèle économique et du capitalisme que de gens qui en tirent profit, notre démocratie ne s'en remettra pas. »
- 10:02InvitéPromesse
« je serai la voix de ceux qui n'en ont pas. »
- 10:05InvitéPromesse
« Désormais, il dit, je serai le bras armé. »
- 16:17InvitéChiffre
« l'Iowa, avant-hier, donne, alors que ce n'était même pas un swing state, on le donnait vainqueur gagnant par Donald Trump, et les trois points d'avance avec le vote des femmes. »
Temps de parole
- Présentateur29 %
- Invité25 %
- Invité 223 %
- Invité 313 %
- Présentateur 211 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Le jour J, le 10D, c'est demain, demain, que les Américains auront à choisir entre Donald Trump et Kamala Harris. Suspense absolu, sondage difficile à lire, petite variation en faveur de l'un ou de l'autre des candidats qu'on peine à comprendre et expliquer. Bref, on va essayer ce matin de faire le point le plus précis à 24h du vote des Américains. Nos invités, Léa ?
En direct de New York, Laurence Saïm. Bonjour, journaliste, réalisatrice du documentaire Donald Trump, Dieu et les siens, diffusé demain soir sur France 2, produit par Luc et Virginie Besson. Bonjour à vous. Bernard Guetta, eurodéputé Renew, vous avez été dans une vie antérieure correspondant du monde à Washington. et Thomas Négaroff, historien spécialiste des Etats-Unis, auteur avec Romain Huret du podcast France Inter, Etats-Unis, anatomie d'une démocratie. Bonjour à tous les trois.
Bonjour. Et soyez les bienvenus au micro d'Inter. Trump comme Harris ratisse les états-clés ces dernières heures. Meeting, interviews, spot télé. La démocrate est passée par la Géorgie, la Caroline du Nord, le Michigan, le Républicain par la Virginie, la Caroline du Nord également. Pourquoi labourer le terrain ? Pourquoi matraquer les électeurs de messages télé ? Pourquoi faire du porte-à-porte ? Il reste Thomas Négaroff, encore une frange d'électeurs indécis, à convaincre ? Très très peu.
C'est le signe d'un pays très polarisé. Il y a 3-4% d'indécis, c'est très peu, c'est toujours le cas. Mais là, encore plus que d'habitude. Non, il faut surtout mobiliser ses troupes à soi. Il faut faire le plein. Chacun doit faire le plein de son camp. Sinon, c'est comme Hillary Clinton en 2016, il manque quelques voix à la fin. Et sinon, c'est comme Donald Trump en 2020 face à Joe Biden, il manque quelques voix à la fin. Donc chacun essaye d'aller voir son propre camp, parler à son propre camp. Ce qui est aussi le signe d'une démocratie un peu malade. Quand on a abandonné même l'espoir d'aller convaincre l'autre camp que son discours est le meilleur.
Et qui fait craindre pour l'après-élection, bien sûr. Laurence Haïm, quels sont les faits importants de ces dernières heures de campagne ? A la fois pour Kamala Harris comme pour Donald Trump. Qu'est-ce qui vous a marqué depuis les Etats-Unis où vous suivez cette campagne ?
Alors moi, ce qui me marque beaucoup, c'est à quel point Donald Trump se radicalise dans ces dernières heures. Hier, il était sur l'aéroport de Lipstick où, en Pennsylvanie, il a commencé à dire « Les balles ne m'ont pas frappée en juillet dernier et si jamais quelqu'un veut à nouveau m'attaquer, les balles pourront traverser la tribune des journalistes, je n'en ai rien à faire ». Il a été applaudi là-dessus. Donc il y a une radicalisation dans le discours contre la presse avec une violence verbale de Donald Trump dans ces dernières heures. Écoutez, Kamala Harris, ce qui marque, c'est encore et toujours Hollywood, qui s'invite de plus en plus dans la campagne.
Avec Kamala Harris qui multiplie les apparitions à la fois sur TikTok, sur les réseaux, mais aussi dans une émission très célèbre samedi soir où elle s'est caricaturée elle-même. Il y a beaucoup moins de fonds chez Kamala Harris qu'avant et elle privilégie vraiment une communication people.
Une communication people, on va y revenir. Qu'est-ce qui vous a surpris, Bernard Guetta, dans cette campagne ? Est-ce que la violence, la virulence de cette campagne vous a surpris ? Trump qui traite Harris de débile, de stupide, d'incompétente, prostituée même, dit un proche de Trump, au meeting de Madison Square Garden. De l'autre côté, chez les démocrates, avec Trump, c'est le fascisme qui revient. Hillary Clinton qui compare le meeting de Trump au meeting nazi de 1939. Il le traite de nazi, Michel Obama, le traite de nazi, de fasciste. Le mot, le point Godwin est atteint. Qu'est-ce qui vous surprend ?
Ce qui me surprend et macable, c'est qu'une moitié, roughly speaking, comme on dit, une moitié des Américains, s'apprêtent à voter avec détermination et même enthousiasme pour un homme qui est d'une vulgarité absolument stupéfiante. Mais vulgarité de langage, vulgarité de manière, mais vulgarité de pensée aussi, tout simplement, vulgarité de pensée, qui est d'une violence absolument inouïe, absolument inouïe, puisqu'il traite ses adversaires politiques d'ennemis intérieurs, d'ennemis intérieurs, contre lesquels il faut lancer l'armée d'ailleurs, c'est ce qu'il a dit une fois, contre lesquels il faut susciter une guerre civile. Mais l'accusation de fascisme, Bernard Guetta, concernant...
Elle ne me semble pas infondée. Elle ne vous semble pas infondée ? Non, elle ne me semble pas infondée. Alors, évidemment que l'histoire ne se répète jamais, que ce n'est pas les mêmes conditions, que ce n'est pas l'Europe, que c'est les Etats-Unis, etc. Mais oui, il y a beaucoup, beaucoup de traits communs, naturellement, bien sûr. Vous êtes d'accord, Thomas Négaroff ? Alors, pas la définition du fascisme originel de 1922 à la marche de Rome, ce n'est pas le cas, même si certains se considèrent à la marche sur le Capitole comme étant quelque chose qui ressemble à ça.
Non, en revanche, quand on lit Umberto Eco et sa définition du fascisme au milieu des années 90, on a quelques points communs. Le culte du chef, l'anticommunisme, la haine des ennemis, la haine de la presse, la haine du pluralisme, la haine de l'alternance. Parce que qu'est-ce qui va se jouer demain ? En fait, parmi les grandes définitions de la démocratie, il y en a une qui est, à mon avis, la plus claire. Quand on perd une élection, on reconnaît sa défaite et on quitte le pouvoir. Il n'a toujours pas reconnu la défaite de 2020. Et il a déjà annoncé que s'il perdait, c'était parce que l'élection était truquée.
Et donc ça, c'est un signe d'une démocratie qui fonctionne très mal et de quelqu'un qui ne veut pas jouer le jeu de cette démocratie. Après, l'accusation en fascisme, je ne suis pas sûr qu'elle soit efficace politiquement, mais elle a eu le mérite, à un moment donné, de poser les deux pieds dans un plat brun. Mais enfin, les Etats-Unis ne sont pas une démocratie assez robuste pour résister, quand on vous entend, à un éventuel deuxième mandat de Donald Trump. Quand on parle de fascisme, c'était la fin de la démocratie, d'une certaine manière. Écoutez, l'Italie a finalement résisté au fascisme. Bah oui, mais au bout d'un long temps.
Ça a été long et je n'exclus pas complètement que les Etats-Unis entrent aujourd'hui dans une longue période de maladie, oui, de maladie. Et de fragilisation radicale du socle démocratique même du pays ? Bah écoutez, quand on voit un tel antagonisme, quand on voit un tel blocage des institutions, quand on voit un tel triomphe du mensonge, un tel triomphe du mensonge en politique, parce que ce mensonge marche auprès d'une moitié des Américains. Il ne faut pas l'oublier. Je viens de passer comme député européen une semaine à Taïwan. Vous savez, l'autre Chine, la Chine démocratique, etc.
Mais à ma grande surprise, j'ai entendu entre les lignes, ou très directement, dans la bouche de tous les responsables de ce pays, l'idée suivante. Écoutez, on vous en supplie, les Européens, affirmez-vous, existez, dotez-vous d'une défense. Et pourquoi est-ce qu'ils nous y aient ça ? Parce qu'ils ont de moins en moins confiance dans les Etats-Unis. Ils ne pourraient pas le dire ouvertement, naturellement. Parce que les Etats-Unis restent leur seul véritable défenseur. Mais ils sentent la terre se dérober sous leurs pieds.
Laurence Saïm, quel regard vous avez sur cette conversation et sur cette idée du fascisme, du mot fasciste, qui est prononcé maintenant dans quasiment tous les meetings et toutes les interviews des démocrates ?
Moi, ce qui me trappe, c'est surtout, et vos interlocuteurs le disent, très justement, les propos absolument incroyables de Donald Trump. Et il annonce depuis, non pas 15 jours, mais depuis 7 mois, tout ce qu'il veut faire. Et quand vous l'entendez précisément, c'est vrai qu'on peut se dire, mais est-ce que l'Amérique, ça va devenir ça ? Est-ce que l'Amérique, qui dans les années 60, ou dans les années 70, on était tous sur Woodstock, est-ce qu'aujourd'hui, ça va être l'Amérique Trump ? C'est ça, la question. Et il a des idées, il les dit, et il les dit ouvertement, précisément. Il nomme des journalistes en disant, celui-là n'aura plus de travail parce qu'il a été contre moi.
Il dit avoir fait une liste d'ennemis. Il dit qu'il va y avoir des expulsions malsives le jour où je vais arriver au pouvoir. Il dit qu'il ira voir très vite Poutine, même avant de s'installer à la Maison Blanche, pour faire la paix à sa manière à l'Ukraine. Donc il faut prendre très au sérieux, à mon sens, les propos d'un homme politique qui dit très précisément ce qu'il veut faire et qu'il veut le pouvoir. Mais pourquoi ça prend auprès de 50% de l'électorat, comme le disait Bernard Guetta, selon vous, Laurence Haïm ? Parce qu'on est dans une Amérique de déçus.
On est dans un pays de gens qui rejettent complètement les politiques, d'une classe moyenne qui a beaucoup perdu en termes de pouvoir d'achat. Il y a une inflation absolument incroyable dans n'importe quel endroit où vous allez aux Etats-Unis. Et les gens n'en peuvent plus. Et ils ont l'impression que Donald Trump va répondre à leur attente. C'est une Amérique qui est en colère, que je constate. Sur le terrain, vous le voyez en permanence. Une Amérique de gens qui n'en peuvent plus et qui disent qu'on le choisit lui, parce qu'au moins, lui, on sait ce qu'on a. C'est une Amérique qui est en doute. Et c'est vraiment la leçon, à mon sens, de cette élection, si jamais Donald Trump gagne.
Thomas Négaroff. Il y a quelques années, le ministre du Travail de Bill Clinton, qui s'appelle Robert Reich, avait dit, dans quelques années, si, dans notre pays, il y a plus de gens qui se sentent victimes du modèle économique et du capitalisme que de gens qui en tirent profit, notre démocratie ne s'en remettra pas. Je me demande si on n'est pas arrivé à ce moment-là où vous avez une majorité des gens qui se disent, ce système me broie, mon identité, mon niveau de vie, mon rêve américain. Et par conséquent, vous avez, et c'est le génie de Trump, cette capacité à saisir cette colère, à lui mettre un visage, à lui donner un nom et à lui donner une voix.
En 2016, quand il avait gagné, il avait dit, je serai la voix de ceux qui n'en ont pas. Désormais, il dit, je serai le bras armé. Je serai l'acte de revanche de ces gens-là à qui on dit en permanence qu'on a volé l'élection. Donc, quand vous dites, la démocratie est malade, tous ces gens disent, on veut sauver la démocratie. Seulement, ce n'est pas de la même démocratie dont ils parlent. Un des insurgés du Capitole, on en a fait un sujet hier sur France 5, il est sorti du Capitole, il a fait quatre ans de prison. Le type, il sort de prison, il dit, je suis prêt à y retourner. Et qu'est-ce qu'il se passe en prison ?
Il fait un blog avec d'autres prisonniers, les gardes sont avec lui parce qu'il y a toute une Amérique qui considère que ces gens-là sont des héros. Donald Trump les appelle des prisonniers politiques. Voilà où on en est aujourd'hui aux Etats-Unis. Et face à ça, on a une campagne de Kamala Harris, Laurence Haïm le disait, qui privilégie les people, qui montre une image du système bien installé, du système pour qui ce système capitaliste convient, et qui, d'ailleurs, Donald Trump l'a dit, il dit, moi je dis ce que je vais faire quand je serai élu président, elle, elle ne fait qu'une seule chose, elle ne fait que parler de moi.
Et ce n'est pas faux, elle ne dit pas vraiment ce qu'elle va faire, elle passe son temps dans toutes les interviews à dire Trump il est méchant. Elle l'a dit au début de sa campagne, elle l'a dit au début de sa campagne, puis elle a renoncé, parce qu'elle a vu que tout simplement ça ne prenait pas. Et ça ne prend pas pour une raison très très simple, c'est que partout, aux Etats-Unis, comme en Europe, et en Europe ça monte, on a quelques années de retard, mais ça monte en même temps, il y a un épuisement des forces politiques traditionnelles qui dominaient tout l'après-guerre depuis 1945.
Droite et gauche sont intellectuellement épuisées, elles n'ont plus grand-chose de neuf, de nouveau à proposer, et une grande moitié des électorats, éventuellement, parfois plus que la moitié des électorats, eh bien, cherchent l'homme ou la femme d'ailleurs.
Enfin, l'homme providentiel, l'homme providentiel, et Trump joue évidemment dans sa vulgarité, la personnalisation, etc., la carte de l'homme providentiel, et c'est pour ça, je le répète, que l'évocation du fascisme ne me semble pas infondée, et encore une fois, ce n'est pas la reproduction, mot pour mot, circonstance pour circonstance, mais l'homme providentiel qui bouscule une démocratie dont les idées, dont les partis, dont les forces politiques sont fatiguées, ben moi ça me rappelle beaucoup
le début des années 30. Est-ce que Laurence Haïm, l'un des deux candidats, peut être dramatiquement sous-estimé par les sondeurs ? Est-ce qu'il peut y avoir un vote Trump caché ou un vote démocrate Harris sous-estimé, comme ça avait été déjà le cas lors des élections de mi-mandat en 2022 ? Quel est le point sur ce débat-là ? Nicolas, vous devriez être aux Etats-Unis pour effectivement essayer de répondre à cette question, c'est la question la plus difficile ? Personnellement, oui. Il y a certainement un vote caché qu'on va sans doute avoir dans la nuit de mardi à mercredi.
Ça va être ou la majorité silencieuse pour Kamala Harris qui, et les démocrates l'espèrent, va au dernier moment venir voter, surtout les femmes, sur le problème de l'avortement. C'est vraiment ce que les démocrates espèrent. Mais côté républicain, eh bien, il y a aussi une majorité silencieuse qui, d'après les gens autour de Donald Trump, veulent en finir avec l'Amérique démocrate et veulent, et Thomas le disait très bien, rétablir la justice. Parce que, pour les auditeurs, les Trumpistes sont absolument persuadés qu'en 2020, Donald Trump a gagné. Et donc, ce vote qui va se passer demain, c'est le retour de Donald Trump, mais le retour du président qui n'a jamais cessé d'être président.
Il y a un sentiment quand vous parlez aux Trumpistes en permanence de tricherie. On nous a volé l'élection en 2020, Biden est un pourri du style, les démocrates nous ont dérobé cette élection, on va faire justice. Et ce sentiment de justice, c'est bien évidemment ce qui inquiète tout le monde. Voilà, moi ce que je voudrais aussi vous dire, parce que ça me paraît vraiment très important très rapidement, c'est qu'il y a trois possibilités. L'un des deux passe triomphalement, très haut, et on s'était tous trompés, et les sondages en premier. Ça peut arriver, c'est Trump ou c'est Kamala Harris.
L'autre solution, c'est qu'on recompte, et là on va être dans quelque chose qu'on a, à mon sens, jamais connu, avec énormément de tension de part et d'autre, d'une Amérique qui ne supporte plus l'autre.
C'est les deux scénarios que vous voyez donc. Et si c'est la deuxième hypothèse, si c'est la deuxième hypothèse, les conséquences internationales, je ne parle pas des conséquences internationales, elles sont évidentes, les conséquences internationales sont épouvantables, parce que vous seriez Xi Jinping, vous seriez Poutine, vous verriez l'Amérique totalement paralysée au bord de la guerre civile, au bord de la guerre civile, pendant deux mois, vous ne seriez pas tenté d'en profiter, et d'en profiter en poussant vos pions.
Je ne dis pas forcément de lancer les chars sur Paris ou sur Berlin, non, non, mais d'avancer vos pions avec subtilité, oui, bien sûr que oui, et à Taïwan, j'y reviens, à Taïwan, ils se disent mais si l'Amérique est paralysée pendant deux mois, que fait la Chine continentale ? Que fait la Chine continentale ? C'est un point d'interrogation. Et si, aujourd'hui, le premier ministre polonais que citait tout à l'heure Géopolitique, le premier ministre... Pia Rasky, bien sûr, peut dire, alors qu'il est polonais, peut dire, comme ça, l'ère de la sous-traitance est terminée, c'est que dans toute l'Europe, il y a aujourd'hui le sentiment que l'on ne peut plus forcément compter sur les Etats-Unis.
Thomas Négarov ? Sur le vote caché, et c'est une question sur l'appli France Inter, c'est vrai que c'est ce qu'on entend ces dernières heures, c'est une question de Sarah, est-ce que les nouveaux sondages qui donnent Kamala Harris gagnant dans l'Iowa peuvent changer le cours de l'élection ? Oui, j'allais le dire, ce n'est pas les nouveaux, c'est un sondage, et on en est là aujourd'hui. C'est un sondage sérieux parce qu'aux Etats-Unis, il y a des sondages pas sérieux et très nombreux. C'est un vrai business, ce sondage. Et les sondeurs sont conservateurs, progressistes, il faut toujours savoir lire les sondages.
C'est compliqué parce que les sondages nationaux n'ont aucun intérêt, il faut regarder état par état, et effectivement, l'Iowa, avant-hier, donne, alors que ce n'était même pas un swing state, on le donnait vainqueur, gagnant par Donald Trump, et les trois points d'avance avec le vote des femmes. Et c'est un sondage très sérieux. Et là, on se dit, tiens, est-ce qu'il est en train de se passer quelque chose ? En 2016, ils se sont plantés, et nous avec. On avait tous dit Hillary Clinton parce que les sondeurs l'avaient dit. En 2020, ils sont encore plus trompés.
Ils avaient dit, ça va être Biden avec une avance bien plus large et puis la nuit américaine, souvenez-vous, et à un moment donné, on s'est dit, est-ce que c'est pas Trump qui va gagner ? Et aujourd'hui encore, il pense avoir gagné tellement ça s'est joué à peu. On commence à se demander aussi si l'Iowa ne dit pas une chose, c'est que le biais qui a été mis en place par les sondeurs pour corriger à la hausse Trump parce qu'il avait été sous-évalué en 2016 ou en 2020 n'est pas trop fort. Ça serait l'éventuelle voix qu'évoquait Laurence Haïm il y a un instant pour une victoire plus large qu'on ne l'imaginait tous ici de Kamala Harris. C'est pas impossible.
Alors on se parle, l'inverse est possible aussi.
Laurence Haïm, justement, est-ce qu'on peut dire ce matin si on veut être caricatural que ce n'est pas l'élection américaine qui se joue demain mais l'élection de l'État de Pennsylvanie ? Tant cet État, ces banlieues périurbaines, ces cols bleus, ces électeurs ont un rôle crucial dans le scrutin. Ça peut être la Pennsylvanie, ça peut être un autre État. À mon avis, il va y avoir d'énormes surprises dans les résultats. Il ne faut pas faire de prévision parce qu'encore une fois, quand vous les voyez, quand vous voyez l'ambiance dans les meetings, par rapport à toutes les campagnes que nous tous, on a couvert, on n'a jamais vu ça.
Moi, ce qui me frappe aussi, c'est l'enthousiasme, de manière positive et de manière négative. Il y a un enthousiasme, il y a une passion pour la politique. Ce n'est pas une Amérique qui dit, oh là là, c'est des élections, on ne va pas aller voter. tout le monde parle de ça. À New York, où je suis, les gens sont extrêmement anxieux. Il y a des gens qui vous disent, je n'arrive plus à dormir parce que l'avenir de mes enfants se joue dans cette élection. Et puis, il y a sur les meetings, quelque chose que moi, je n'ai jamais vu. C'est un enthousiasme qui a disparu.
Vous avez une colère et une énergie très, très, très bruyante qu'on voit dans les meetings de Trump et côté démocrate, vous n'avez pas une Amérique qui danse en disant, ça y est, on va gagner. Vous avez une Amérique qui danse mollement. Et ça, en suivant Michel Obama, je l'ai vu samedi et ça m'a vraiment surprise en Pennsylvanie. Les gens sont tellement inquiets qu'ils dansent mollement. Ils ont peur. Il y a une Amérique qui fait peur et il y a une Amérique qui a peur. Et à mon sens, on va avoir de grosses surprises dans les résultats.
Thomas Négard, les Américains disent que c'est l'élection all or nothing pour tout le monde. C'est-à-dire que chacun se dit c'est nous ou le chaos. Et ce qui est frappant et en écoutant Laurence et Bernard, ce qui est intéressant, je trouve, c'est que ce climat d'incertitude qu'on évoque ensemble, il nourrit des gens comme Trump. Parce qu'à la fois, l'incertitude est nourrie par Trump, mais elle le nourrit aussi l'incertitude parce qu'il offre des réponses à ça. Vous savez, l'un de ces slogans que je préfère de Trump, c'est Trump will fix it.
Trump va trouver une solution et dans un monde il va réparer les choses et dans un monde aussi complexe où les problèmes sont nombreux, où il y a l'inflation, où il y a l'immigration, où il y a la guerre partout, vous avez quelqu'un qui se pointe et qui dit moi j'ai la solution. Et c'est en ça que le leader charismatique il est puissant en ce moment, c'est en ça que ça nous concerne aussi nous, chez nous. L'idée du type qui arrive ou de la femme qui arrive en disant, souvent c'est un homme, je peux tout régler d'un coup de baguette magique, faites-moi confiance, suivez-moi, je ne veux pas faire de parallèles historiques.
Mais c'est là que ça se joue, c'est là qu'il faut envisager notre temps présent avec ce personnel politique dont Trump n'est que l'un des avatars. L'inquiétude, l'incertitude dont parle Laurent Saïm, Bernard Guetta, la peur de l'Amérique, d'une partie de l'Amérique, elle est partagée aussi en Europe. Il y a une peur j'imagine au Parlement européen dans les instances européennes de se dire la donne va totalement changer et notamment avec Poutine et notamment sur l'Ukraine. L'extrême droite au Parlement européen soutient Trump. elle a voulu l'extrême droite attribuer le prix Sakharov, le prix Sakharov à Elon Musk, le principal soutien de Donald Trump.
Mais à part cette extrême droite, deux des extrêmes droites, écoutez, il y a l'unanimité au Parlement européen contre Trump et l'unanimité dans une anxiété et cette anxiété aujourd'hui amène l'Union européenne à se doter, tenez-vous bien, quand même d'un commissaire à la défense, d'un commissaire à la défense et d'un commissaire à la Méditerranée. Ça veut dire que frontière méridionale, frontière orientale, l'Union européenne aujourd'hui se donne les moyens de devenir une puissance politique.
Allez, dernière question, pronostic. on ne vous en voudra pas on ne sortira pas à l'archive vers la guerre
non, certainement pas, certainement pas, évidemment pas de pronostic, évidemment pas. Si, moi je vais vous faire un vrai pronostic, je pense que ça sera serré. Merci, Thomas Pégaroff, ce courage qui vous honore.
Et vous, Laurence Haïm, qui vivez ça depuis les Etats-Unis.
Grosse surprise. Ça veut dire quoi ? Ça ne veut rien dire. C'est pour ça qu'elle a choisi. Ça voudrait dire une victoire large, en fait. Ça voudrait dire le contraire de ce que dit Thomas Pégaroff. Une victoire large d'un des deux.
Grosse surprise. Ça veut dire que soit on se reparle pendant deux mois et on se retrouve tous dans le comté de Maricopa en Arizona au fin fond de la Pennsylvania avec, et encore une fois, je reprends ce qu'on entend de ces 48 heures des villages où il y aura six voix de différence entre l'un et l'autre et tout le monde repontera, il y aura beaucoup d'avocats et on se dira ils sont complètement dingues que se passe-t-il dans cette démocratie. Soit énorme surprise. Énorme. Voilà. C'est mon pronostic.
Quand même un pronostic. Je crains que s'il a perdu, Trump, dans tous les cas de figure, refuse le résultat. Ça, on est sûr.
Merci à tous les trois. Bernard Guetta, heureux député, Renew, Thomas Négaroff, historien. On renvoie à votre podcast avec Romain Huret, Etats-Unis, anatomie d'une démocratie. Merci, Laurence Haïm, d'avoir été en ligne avec nous. Je renvoie à votre documentaire Donald Trump, Dieu et les siens, diffusé demain soir sur France 2 à 22h50. Merci encore. Sous-titrage Société Radio-Canada
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