"Mon esprit est encore là-bas", confie Nabil Diab, journaliste palestinien ayant quitté Gaza
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Questions et réponses
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- 1:18OuverteRéponse directe
Par quel miracle êtes-vous là ce matin avec nous, dans ce studio ? Comment avez-vous réussi à quitter Gaza ?
- 2:31OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez quand même conscience que ce n'est pas tout à fait un rêve, que c'est désormais votre vie nouvelle, votre vie réelle ?
- 3:45OuverteRéponse directe
Comment Nabil Diab a réussi à quitter Gaza ? Comment vous avez, vous aussi, à votre mesure, participé à cette action ?
- 5:15OuverteRéponse directe
Comment êtes-vous parvenu à être à la fois journaliste et citoyen ? Journaliste et père de famille, vous l'avez dit.
- 7:17OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous ressentez quand vous entendez cet extrait du podcast ?
- 7:44OuverteRéponse directe
Est-ce que vous craignez chaque fois de le voir mourir et de l'avoir envoyé au mauvais endroit, au mauvais moment ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:51InvitéFait
« Je veux aussi dire, on a réussi, Thibaut. Vraiment, on est là. »
- 2:01InvitéFait
« de faire sauver la vie de ma famille, de me faire sortir d'ici. »
- 4:00InvitéFait
« il y a des opérations qui sont menées par le Quai d'Orsay et par le consul général de France à Jérusalem, où en fait, il y a une sorte de procédure d'évacuation selon des critères très précis, qui sont le regroupement familial, et puis les étudiants ou les artistes qui bénéficient de bourses. »
- 4:36InvitéFait
« Et puis, Nabil et sa famille, ses deux enfants et son épouse, sont passés aussi par la Jordanie. »
- 5:21InvitéFait
« vous avez relevé le prix des pommes de terre qui ne cessaient d'augmenter. »
- 5:27InvitéFait
« près de Rafa, au point de distribution alimentaire, où des personnes se sont fait tirer dessus pour un sac de farine. »
- 11:15InvitéFait
« j'ai fait le tour de Gaza, il n'y avait personne, Gaza était vide. »
- 11:35InvitéFait
« Sachant que les Gazaouis sont habitués à ce jour-là, peut-être ils descendent, mais je sens que les gens avaient quelque chose d'interne que non, ça va être dur. »
- 12:03InvitéFait
« Le 13 octobre, a commencé le grand déplacement de Gaza du nord vers le sud, et ça a commencé une nouvelle vie pour tous les Gazaouis. »
- 14:42InvitéFait
« l'armée israélienne a publié une liste de 170 journalistes présumés liés avec le Hamas. »
- 16:11InvitéFait
« il est évident, pour être tout à fait clair, qu'il n'a aucun lien avec le Hamas. »
- 19:31InvitéChiffre
« des gens qui ont perdu leur famille, des gens qui sont encore, des cadavres sont encore sous les décombres, plus de 70 000 morts. »
Temps de parole
- Invité35 %
- Invité 227 %
- Invité 317 %
- Présentateur15 %
- ?5 %
≈ 30,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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C
'est
un témoignage pour l'histoire que nous vous proposons ce matin, avec un homme qui nous a informés chaque jour sur la guerre à Gaza depuis Gaza. Bonjour Nabil Diab.
Bonjour, bonjour Eva.
Vous êtes journaliste palestinien et vous êtes le cœur d'un podcast inédit de Radio France, un podcast puissant, émouvant et sensible intitulé « Quitter Gaza après le 7 octobre », où l'on entend et l'on comprend le travail incroyable que vous avez réalisé durant deux ans. Vous allez nous raconter votre travail, votre quotidien, comment vous êtes venu en France aussi. Mais vous n'êtes pas seul ce matin. Nous sommes également en compagnie de Thibaut Lefebvre, correspondant permanent de Radio France à Jérusalem. Bonjour Thibaut.
Bonjour Eva. Bonjour à tous. Salut Nabil. Salut Thibaut.
Vous aussi, vous êtes au cœur de ce podcast, Thibaut, car c'est avec vous que Nabil Diab est changé chaque jour. Nabil Diab était vos yeux et vos oreilles à Gaza, puisque comme tous les journalistes étrangers, vous ne pouviez pas pénétrer le territoire. Comment vous avez travaillé ensemble ? Comment Nabil a documenté la guerre tout en étant percuté par elle ? Comment vous avez quitté aussi Gaza et rejoint la France ? C'est toutes ces questions que nous avons envie de vous poser ce matin. Vos questions et vos réactions, chers auditeurs et auditrices, c'est au 01-45-24-7000 et sur l'application Radio France. Et c'est la première question, Nabil Diab, qu'on a envie de vous poser ce matin.
Par quel miracle êtes-vous là ce matin avec nous, dans ce studio ? Comment avez-vous réussi à quitter Gaza
? Ah
ben, merci. Vraiment, moi aussi je pose toujours cette question. Comment ? J'arrive pas à croire. Vraiment, c'est un miracle de sortir.
Ça
fait un an, ce jour-là, en octobre. J'étais en train d'attendre un appel. Vraiment de sauver une vie. Pas non seulement de sortir. J'étais en train d'attendre un appel du Consulat Général de France. Mais permettez-moi vraiment de remercier la France, de remercier le ministère des Affaires étrangères français, de remercier le ministère de l'Intérieur pour ce qu'ils ont fait, de faire sauver la vie de ma famille, de me faire sortir d'ici. Et je veux aussi dire, on a réussi, Thibaut. Vraiment, on est
là.
Vous nous avez dit, vous êtes bien là, vous êtes bien devant nous, Nabil Diab. Vous nous avez dit, en préparant cette émission, c'est un rêve. C'est un rêve d'être là en France avec vos trois enfants. C'est un rêve d'être au sein de la rédaction internationale de Radio France, où vous travaillez aujourd'hui avec ces gens fabuleux. Est-ce que vous avez quand même conscience que ce n'est pas tout à fait un rêve, que c'est désormais votre vie nouvelle, votre vie réelle
?
Vraiment, j'essaie de croire que non, je suis ici, je réussis à sortir, parce que moi, je suis journaliste, j'ai fait la couverture des cigares pendant 2008, 2012, jusqu'au
2025. Donc, tu
arrives à un point où, oui, en 2008, en 2014, 10 jours, ou bien 20 jours, ou bien 53 jours, à la fin de compte, tu rentres chez toi, tu as une maison. Vous voyez comment tu prends ta douche, tu as une maison, tu rentres malgré tout.
Et
là, ce n'était plus le cas
?
Non,
c
'était un autre cas, tout à fait, un déplacement, tu vis dans une tente, tu n
'as
pas d'électricité, tu n
'as
pas d'info, tu essaies de transmettre
l
'info,
et
en contrepartie, tu es un père. Moi, j'ai vécu les trois, je suis un journaliste, un père, un citoyen.
Donc,
ces trois choses-là, s'en sont vraiment très lourdes. On va revenir sur ce quotidien, sur ce que vous avez vécu, sur la façon aussi dont vous nous avez informé. Un mot avant cela, Thibaut Lefebvre, comment Nabil Diab a réussi à quitter Gaza ? Comment vous avez, vous aussi, à votre mesure, participé à cette action
? En
fait, il y a des opérations qui sont menées par le Quai d'Orsay et par le consul général de France à Jérusalem, où en fait, il y a une sorte de procédure d'évacuation selon des critères très précis, qui sont le regroupement familial, et puis les étudiants ou les artistes qui bénéficient de bourses. Et en fait, au fur et à mesure de la guerre, il y
a
eu des évacuations comme ça qui ont été organisées. Alors, c'était très, très, très compliqué, parce qu'il fallait que le Quai d'Orsay soit aligné avec le ministère de l'Intérieur, avec parfois des sensibilités politiques qui étaient diamétralement opposées. Et puis, Nabil et sa famille, ses deux enfants et son épouse, sont passés aussi par la Jordanie. Donc, il a fallu aussi que les autorités jordaniennes soient d'accord pour l'évacuer. Donc, voilà, il y a tout un processus, et vous pouvez l'entendre dans ce podcast. Il y a, voilà, ça n
'a
pas été facile. Il y a eu plusieurs annulations, ce que je qualifierais de yo-yo émotionnel. C'est-à-dire que c'était terrible. Nabil a cru qu'il allait sortir, notamment au mois d'août. Et puis, au dernier moment, cette évacuation a été annulée. Donc, c'était des moments très difficiles, oui. Alors, ces deux années de guerre, Nabil Diab, que vous avez couvertes, vous avez raconté Gaza de l'intérieur. Au marché d'Air El Bala, vous avez relevé le prix des pommes de terre qui ne cessaient d'augmenter. Près de Rafa, au point de distribution alimentaire, où des personnes se sont fait tirer dessus pour un sac de farine. Ou encore, à l'hôpital Al-Shifa, à chercher des témoins après une frappe.
Comment êtes-vous parvenu à être à la fois journaliste et citoyen ? Journaliste et père de famille, vous l'avez dit.
C
'était pas facile d'être ça. Moi, pendant les guerres précédentes, je disais, ouais, je peux faire ça. Tu appelles tes enfants, ils sont dans un abri. Ils sont dans un abri en sécurité, entre parenthèses. Mais cette fois-ci, non, non, t'arrives pas. Tu dois chercher l'information parce qu'il y a des difficultés.
Il
n
'y a
pas d'Internet,
il
n
'y a
pas d'électricité. Tu dois y aller où il y a. Il y a des endroits précis où tu peux trouver des réseaux. Donc, c'était pas facile du tout. Après, t'as vécu plusieurs étapes. On a vécu une famine. On a vécu manque d'eau, manque de nourriture, manque de tout. Mais à la fin de compte,
t
'es journaliste. Tu dois te mettre debout pour essayer de raconter
toute
cette journée en une minute. C'était pas facile.
Le podcast quitté Gaza après le 7 octobre, c'est la possibilité d'entendre votre voix, Nabiliam, et celle de Thibaut Lefèvre. Extrait.
J'arrive pas à t'avoir directement.
Je
vais retenter. J'ai l'impression que ça tire dans tous les sens et que c'est plus seulement l'armée israélienne. Ça devient le chaos, cette histoire. Thibaut, Tchallah, vous aurez ce message-là. Oui, ça va, la situation, vraiment, et c'est l'enfer. C'est l'enfer, mon frère.
Mais
ça va.
Je
respire encore. Merci, Thibaut.
Nabil Diab, vous avez correspondu avec Thibaut Lefèvre grâce à des notes vocales comme celles que l'on vient d'entendre. Qu'est
-ce
que vous ressentez quand vous entendez cet extrait du podcast
?
Ça, ça... Vraiment, ça... Ça me touche beaucoup. Je ne peux pas... D'ailleurs, je n
'ai
pas pu entendre toutes les épisodes du podcast. Même la première épisode,
c
'était très forte pour moi. Je n
'ai
pas pu écouter toute la...
Ça
me touche beaucoup.
Thibaut Lefèvre, parfois, vous envoyez Nabil dans des zones où sa sécurité, elle est en danger, évidemment, dans ce territoire de Gaza. Le 5 juin 2005, par exemple, il vous écrit qu'il est coincé sous les tirs. Vous n'arrivez plus à le joindre. Il n'en ressort qu'au bout de trois heures. Est-ce que vous craignez chaque fois de le voir mourir et de l'avoir envoyé au mauvais endroit, au mauvais moment
?
Oui,
c
'est des moments terribles et c'est vrai qu'à l'écouter, comme ça, je ressens une émotion profonde. Vous parliez tout à l'heure, Quentin, du marché de Der Elbala, ce reportage qui a été commandé par France Inter et diffusé lors d'une journée spéciale Gaza.
C
'était il y
a
un an de mémoire, un peu plus d'un an, un an et demi. Et en fait, à ce moment-là, Nabil m'envoie les notes vocales au fur et à mesure. Donc, vous êtes au marché. Vous avez, comme vous le dites, le prix des pommes de terre, le prix des cigarettes aussi qui s'achetaient à cette époque-là à la taf. C'est
-à
-dire qu'il fallait acheter... Enfin bon, c'était l'objet de son reportage. Et à un moment, l'enregistrement se coupe. Et là, je n
'ai
plus de nouvelles pendant,
je
ne
sais
pas, une heure peut-être. Et l'envoi suivant, le son suivant que je reçois, c'est un chaos total avec des sons d'ambulance. Et Nabil me dit,
mon
frère, je suis vivant, il y a eu un bombardement. Mais vous ne pouvez pas imaginer en fait le stress à ce moment-là. Moi, je suis à la fois prêt puisque Jérusalem est à une soixantaine de kilomètres de Gaza. et en même temps, très loin parce que les autorités israéliennes nous empêchent toujours de rentrer dans Gaza et de pouvoir aider nos confrères palestiniens. Donc c'est un stress absolu. Et puis Eva, pour répondre à la deuxième partie de votre question, en fait, j'ai pu envoyer Nabil nulle part.
C
'est-à-dire qu'il y
a
un moment où au début, on a travaillé avec un autre journaliste qui est toujours sur place dont le travail est extrêmement précieux qui s'appelle Rami Al-Maghari. Et puis, j'ai fait l'erreur une fois, à un moment, de lui commander un sujet comme si on travaillait dans un contexte normal. Et puis, à ce moment-là, ça m'a profondément stressé. Il y avait un risque et on a décidé, et c'est à partir de ce moment-là où on a travaillé avec Nabil Diab et une autre journaliste aussi, Feryal Abdou, j'ai envie de dire, de mailler de correspondants le territoire de Gaza pour justement éviter des déplacements
et faire en sorte,
c'est ça. C
'est
comme ça qu'on a fonctionné et ce qui a permis de limiter les risques. Mais oui, il y a eu deux ans avec des périodes, comme je vous l'expliquais, de stress profond parce que quand c'est une ou deux heures, ça va, mais quand vous n
'avez
pas de nouvelles pendant
deux ou
trois jours, c'est très compliqué. Vous m'avez raconté Nabil Diab avant d'entrer en studio la façon aussi dont vous aviez traversé vous-même cette journée du 7 octobre 2023 et vous m'avez dit lorsque vous avez entendu au loin les premiers bombardements, vous n'avez pas osé ouvrir les yeux. Racontez-nous. Oui, c'était à peu près entre 5h et 6h du matin, j'ai entendu des bombardements donc je n
'ai
pas voulu vous réaliser. Je disais que non, non, peut-être qu'il
y
a si c'était un accrochage
entre
les parties de Hamas, du djihad, non, non, mais ça va y aller.
Mais
ça a continué, quoi. Je disais non, peut-être que
quelqu
'un, je ne sais pas, une explosive interne, je n
'ai
pas voulu croire que non, ça va retourner une nouvelle
guerre.
Et malheureusement, j'ai reçu un appel
d
'une amie qui n
'a
pas croit que ça va commencer. Donc, elle a eu un fou rire, quoi, elle est devenue folle, elle m'a dit la guerre a commencé.
Et
j'ai descendu
à
7h du matin, j'ai fait le tour de Gaza, il n'y
avait
personne, Gaza était vide.
J
'ai senti quelque chose que Gaza va me manquer. Gaza, allez-vous manquer ?
Déjà, va me manquer un jour, le
premier jour.
Alors que vous y étiez
encore
? C
'était le 7 octobre, le premier jour. Je ne
sais
pas, j'ai appelé mon ami, on a fait le tour de Gaza,
il
n
'y
avait personne. Sachant que les Gazaouis sont habitués à ce jour-là, peut-être ils descendent, mais je sens que les gens avaient quelque chose d'interne que non, ça va être dur.
Vous
pressentiez donc qu'il y avait quelque chose d'anormal, et au-delà d'ailleurs que
pour
Gaza, une forme d'enfer allait se dessiner dans les semaines, dans les jours même qui venaient ? Oui, bien sûr d'ailleurs.
Le
7 octobre, ça a commencé. Le 13 octobre, a commencé le grand déplacement de Gaza du nord vers le sud,
et
ça a commencé une nouvelle vie pour tous les Gazaouis.
C
'était un mélange, les habitants du nord, des places vers le sud, c'était vraiment une bataille interne. On le sait, Nabil Diab, à Gaza, toujours Noël, tout journaliste doit composer avec le Hamas, ne serait-ce que pour obtenir sa carte de presse, le 7 octobre notamment, quels étaient encore à l'époque vos rapports avec le Hamas
?
Tout le monde pose cette question. Bon, tu habites à Gaza, après le 2006, le contrôle
du
parti du Hamas, le contrôle du Gaza, et tous les journalistes, même le côté de santé, tu dois passer par
le
Hamas. Nous, les journalistes, on ne peut pas accéder ou bien faire des couvertures médiatiques sans passer. C'est incontournable, c'est comme une administration au fond. si quelqu'un maintenant part au Congo, il doit se traiter par les gens là-bas.
Ils
s'en fichent, c'est qui qui
gère,
mais tu dois avoir ton permis. Mais le Hamas, vous l'appeliez le H. Le H, qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi cette lettre-là ? Et qu'est-ce que ça disait aussi de votre rapport de méfiance, vous l'expliquez en partie dans le podcast, vis-à-vis du Hamas ?
Oui. J
'appelle le H, parce que, vous savez, si quelqu'un écrit dans les réseaux sociaux ou bien parler, le Hamas, il t'accuse toujours que tu es quelqu'un qui... Tu es de Hamas, tu es un journaliste de Hamas. Non. Non, je suis un journaliste. Je fais mon travail, je fais un père de famille.
À
Gaza, ils ne sont pas... Ce n
'est
pas la bande de Gaza, ils ne sont pas tous Hamas. Non, non, c'est...
Thibaut,
lorsque vous décidez vous-même de travailler effectivement avec Nabil, comment vous garantissez à distance son indépendance ? Écoutez, alors déjà,
il
y a un choix éditorial qui est fait au niveau de Jérusalem, c'est-à-dire que Nabil envoie ces éléments et on discute systématiquement sur chacun des reportages, des coulisses de ce reportage. Et donc, il y a un choix éditorial qui est fait au niveau du bureau de Radio France à Jérusalem en collaboration, évidemment, avec la rédaction internationale. vous posez la question de l'appartenance des relations des journalistes avec le Hamas. C'est évidemment actuellement une bataille de narratifs. Récemment, l'armée israélienne a publié une liste de 170 journalistes présumés liés avec le Hamas. Je pense que la vraie question, c'est de savoir qu'est-ce qu'être Hamas aujourd'hui à Gaza.
C'est-à-dire que vous avez l'autorité israélienne qui a une vision extensive. Moi, je connais notamment des journalistes qui ont été tués par l'armée israélienne parce qu'ils avaient des liens dans leur famille avec le Hamas. Mais est-ce que c'est parce que votre papa ou votre oncle appartient au Hamas que vous-même vous êtes Hamas ? C'est la vraie question de la définition du Hamas, de l'appartenance des journalistes au Hamas ou en tout cas des relations. Nous, à Radio France, on a été particulièrement vigilants. c'est-à-dire qu'avant d'engager un correspondant, évidemment, on parle pendant des mois et des mois.
C
'est-à-dire que Nabil a travaillé avec nous de manière, j'ai envie de dire, régulière et effective seulement neuf mois ou dix mois après le début de la guerre. Mais pendant les premières semaines, on a échangé. Donc, il n'a pas tout de suite été correspondant pour Radio France, ce qui a permis de prendre le temps un peu de discuter. Et puis surtout, on crible les réseaux sociaux. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous avez une telle pression sur les réseaux sociaux, la moindre prise de la moindre expression sur les réseaux sociaux après le 7 octobre, évidemment, discrédite les journalistes. Là, aujourd'hui, Nabil Diab est à Gaza. Il est passé entre les mains et du ministère de l'Intérieur.
Il est évident, pour être tout à fait clair, qu'il n'a aucun lien avec le Hamas. Vous écouterez dans le podcast. Il met dos à dos, d'ailleurs, le gouvernement israélien et le Hamas en disant, et c'est terrible cette note vocale, Thibaut, on est pris entre deux feux. Et je le dis un peu de manière plus vulgaire, mais en tout cas, c'est l'idée.
Nabil Diab, à quel moment, en fait, vous avez décidé de partir, de dire, il faut que je quitte Gaza ? Il y
a
eu un événement précis qui vous a poussé à prendre cette décision où, au fond, vous aviez perdu tout espoir
? Je
ne
vous
cache pas, au début-là, je ne voulais sortir que mes enfants.
Que
faire sortir
vos enfants. Et vous restez
sur place ?
Vous restez sur
place parce que, moi seule, journaliste, je dois continuer de travailler. Vous avez trois enfants, on le précise. Oui. Deux filles, un garçon. Deux filles,
un garçon. Et votre
grande fille, la première, avait quitté Gaza quelques mois avant.
Pour ses étudiants.
Oui, un mois avant, c'était,
elle a
quitté Gaza en juillet
2024.
Après, 2025.
2025,
pardon. qu'est
-ce
qui vous a poussé vous-même à décider de quitter ce lieu ? Après la perte des amis à toi, après la perte de ta maison, après la perte de tes souvenirs, après la perte de tes rêves, ton espoir, tu n'as rien, tu donnes le noir. Donc, en ce moment-là, après, j'ai décidé que non. Gaza, pour moi, il était une fois.
Vous
êtes en France désormais, vous vivez en France, vous travaillez en France, vos enfants, ils sont scolarisés.
Est
-ce que la guerre continue pour vous de vivre ? Est-ce qu'elle est encore en vous et au sein même de votre famille ? J 'ai réussi à sortir à faire évacuer ma famille, mais nos esprits sont encore là-bas.
Ce
n'était pas facile. Oui, on a réussi à sortir à m'évacuer, mais mon esprit, c'est encore là-bas. Jusqu'à maintenant, je travaille à Radio France dans ce grand ensemble. Des fois, tu n'arrives pas à arrêter de penser, arrêter de réfléchir de ce qui se passe, de téléphoner, d'appeler. Donc, tu arrives à un point et tu dis non. Il y a une grande partie de mon esprit là-bas. Vous continuez aujourd'hui encore de suivre cette actualité ? Vous y arrivez
? Bien
sûr. Tu as une histoire à raconter.
Nabil Diab, si je vous demande juste de fermer les yeux un instant, quelle est la première image que vous avez qui vous vient quand vous pensez à Gaza
? Les
décors en bas de ma maison.
Et
est-ce qu'il y
a
un son qui vous a marqué
? Beaucoup.
Beaucoup. Il y
a
Mohamed qui nous a écrit un message pour vous sur l'application Radio France et qui vous demande comment vous vivez votre déchirement d'être en France et d'avoir quitté Gaza. Est-ce qu'il nous dit probablement que ça doit être très difficile ? On l'entend à votre émotion. C'est extrêmement dur d'être ici et encore un peu là-bas ?
Bien
sûr, bien sûr. Même nous, même nous, les Gazaouis, on n'a pas cru un jour qu
'on
va être dispersés.
Il
y a des gens qui ont perdu leur famille, des gens qui sont encore, des cadavres sont encore sous les décombres, plus de 70 000 morts. c
'est
la gazastrophe plus que la catastrophe.
Je
voudrais que vous disiez un mot à ce micro parce que vous nous l'avez raconté également avant l'émission. L'enfance de vos propres enfants lorsqu'ils sont arrivés en France, vous nous avez dit, vous avez décrit la façon dont
une
nouvelle vie pourrait aussi commencer et au fond, une première enfance. Racontez-nous.
Je
vais vous raconter des choses. La première que quand je suis arrivé, c'est en France et il y avait
la
maison de Radio France et la rédaction internationale, vraiment,
je
suis arrivé à l'appartement. La première des choses que
j
'ai vues,
c
'était les toilettes. Oui, ce n'était pas donné à
tout
le monde d'avoir des toilettes à toi privé. Oui, j'ai gagné. Et la deuxième des choses, quand tu sors avec tes enfants, il y a ma fille, je suis sorti avec elle, on est parti au parc, elle était en train de jouer
et
après deux minutes, je lui ai dit, non, non, allez, on y va, ça c'est pour les enfants, ce n
'est
pas pour toi.
Et
je n
'ai
pas imaginé que ma fille qui a 12 ans, elle est enfant.
Tu
n'arrives pas à croire parce qu'à Gaza, il n
'y a
pas d'enfants, il y a des grands âges, des petits âges. Des petits âges. Il nous reste quelques secondes d'un mot, ce n'est pas révélé un secret mais nous on l
'a
appris hier que vous faisiez du stand-up désormais.
On avait envie de finir avec un sourire.
Non, non, il y a des trucs, par exemple, que
quand
on est à Gaza, on est sur le terrain, il y a le présentateur qui te dit, par exemple, ouais, on est un autre correspondant à Gaza, dis-nous, explique-nous, raconte-nous la situation, tu es où, mais non,
je
suis là où je ne dois pas être.
J
'ai envie de lui dire ça. Vous savez, des fois, tu entends des bombardements et tu restes calme mais quand le batterie signe à l'eau, ça sera le bombardement interne, ça, c
'est
déjà pour nous. Des fois, on rit de notre souffrance
mais
on doit.
Et ça fait du bien.
Merci beaucoup, Nabil Gab.
Merci. Merci Nabil Diable et Thibaut Lefebvre. Merci d'avoir été avec nous ce matin. Quittez Gaza après le 7 octobre est un podcast Radio France, un récit incarné par Fabienne Synthès, écrit par Sébastien Logény et Étienne Monin, réalisé par Anna Buie. Un grand merci à Fanny Rask et Anne Souhaitmont, à toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés pour votre retour aussi, Nabil. Et on n'oublie pas, évidemment, les deux autres journalistes palestiniens qui travaillent encore pour Radio France sur place, Rami Almagari et Ferial Abdou. Sous-titrage Société
Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada