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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 9 octobre 2026 22 minComplaisantPortrait personnelJusticeSolidarités & familleOutre-mer

"Mon esprit est encore là-bas", confie Nabil Diab, journaliste palestinien ayant quitté Gaza

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:18OuverteRéponse directe

    Par quel miracle êtes-vous là ce matin avec nous, dans ce studio ? Comment avez-vous réussi à quitter Gaza ?

  • 2:31OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez quand même conscience que ce n'est pas tout à fait un rêve, que c'est désormais votre vie nouvelle, votre vie réelle ?

  • 3:45OuverteRéponse directe

    Comment Nabil Diab a réussi à quitter Gaza ? Comment vous avez, vous aussi, à votre mesure, participé à cette action ?

  • 5:15OuverteRéponse directe

    Comment êtes-vous parvenu à être à la fois journaliste et citoyen ? Journaliste et père de famille, vous l'avez dit.

  • 7:17OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous ressentez quand vous entendez cet extrait du podcast ?

  • 7:44OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous craignez chaque fois de le voir mourir et de l'avoir envoyé au mauvais endroit, au mauvais moment ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:51InvitéFait
    « Je veux aussi dire, on a réussi, Thibaut. Vraiment, on est là. »
  • 2:01InvitéFait
    « de faire sauver la vie de ma famille, de me faire sortir d'ici. »
  • 4:00InvitéFait
    « il y a des opérations qui sont menées par le Quai d'Orsay et par le consul général de France à Jérusalem, où en fait, il y a une sorte de procédure d'évacuation selon des critères très précis, qui sont le regroupement familial, et puis les étudiants ou les artistes qui bénéficient de bourses. »
  • 4:36InvitéFait
    « Et puis, Nabil et sa famille, ses deux enfants et son épouse, sont passés aussi par la Jordanie. »
  • 5:21InvitéFait
    « vous avez relevé le prix des pommes de terre qui ne cessaient d'augmenter. »
  • 5:27InvitéFait
    « près de Rafa, au point de distribution alimentaire, où des personnes se sont fait tirer dessus pour un sac de farine. »
  • 11:15InvitéFait
    « j'ai fait le tour de Gaza, il n'y avait personne, Gaza était vide. »
  • 11:35InvitéFait
    « Sachant que les Gazaouis sont habitués à ce jour-là, peut-être ils descendent, mais je sens que les gens avaient quelque chose d'interne que non, ça va être dur. »
  • 12:03InvitéFait
    « Le 13 octobre, a commencé le grand déplacement de Gaza du nord vers le sud, et ça a commencé une nouvelle vie pour tous les Gazaouis. »
  • 14:42InvitéFait
    « l'armée israélienne a publié une liste de 170 journalistes présumés liés avec le Hamas. »
  • 16:11InvitéFait
    « il est évident, pour être tout à fait clair, qu'il n'a aucun lien avec le Hamas. »
  • 19:31InvitéChiffre
    « des gens qui ont perdu leur famille, des gens qui sont encore, des cadavres sont encore sous les décombres, plus de 70 000 morts. »

Temps de parole

  • Invité35 %
  • Invité 227 %
  • Invité 317 %
  • Présentateur15 %
  • ?5 %

≈ 30,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:06
Invité

C

0:06
Locuteur

'est

0:07
Présentateur

un témoignage pour l'histoire que nous vous proposons ce matin, avec un homme qui nous a informés chaque jour sur la guerre à Gaza depuis Gaza. Bonjour Nabil Diab.

0:15
Invité

Bonjour, bonjour Eva.

0:17
Présentateur

Vous êtes journaliste palestinien et vous êtes le cœur d'un podcast inédit de Radio France, un podcast puissant, émouvant et sensible intitulé « Quitter Gaza après le 7 octobre », où l'on entend et l'on comprend le travail incroyable que vous avez réalisé durant deux ans. Vous allez nous raconter votre travail, votre quotidien, comment vous êtes venu en France aussi. Mais vous n'êtes pas seul ce matin. Nous sommes également en compagnie de Thibaut Lefebvre, correspondant permanent de Radio France à Jérusalem. Bonjour Thibaut.

0:43
Invité

Bonjour Eva. Bonjour à tous. Salut Nabil. Salut Thibaut.

0:46
Présentateur

Vous aussi, vous êtes au cœur de ce podcast, Thibaut, car c'est avec vous que Nabil Diab est changé chaque jour. Nabil Diab était vos yeux et vos oreilles à Gaza, puisque comme tous les journalistes étrangers, vous ne pouviez pas pénétrer le territoire. Comment vous avez travaillé ensemble ? Comment Nabil a documenté la guerre tout en étant percuté par elle ? Comment vous avez quitté aussi Gaza et rejoint la France ? C'est toutes ces questions que nous avons envie de vous poser ce matin. Vos questions et vos réactions, chers auditeurs et auditrices, c'est au 01-45-24-7000 et sur l'application Radio France. Et c'est la première question, Nabil Diab, qu'on a envie de vous poser ce matin.

Par quel miracle êtes-vous là ce matin avec nous, dans ce studio ? Comment avez-vous réussi à quitter Gaza

1:24
Locuteur

? Ah

1:25
Invité

ben, merci. Vraiment, moi aussi je pose toujours cette question. Comment ? J'arrive pas à croire. Vraiment, c'est un miracle de sortir.

1:33
Locuteur

Ça

1:34
Invité

fait un an, ce jour-là, en octobre. J'étais en train d'attendre un appel. Vraiment de sauver une vie. Pas non seulement de sortir. J'étais en train d'attendre un appel du Consulat Général de France. Mais permettez-moi vraiment de remercier la France, de remercier le ministère des Affaires étrangères français, de remercier le ministère de l'Intérieur pour ce qu'ils ont fait, de faire sauver la vie de ma famille, de me faire sortir d'ici. Et je veux aussi dire, on a réussi, Thibaut. Vraiment, on est

2:11
Locuteur

là.

2:12
Invité

Vous nous avez dit, vous êtes bien là, vous êtes bien devant nous, Nabil Diab. Vous nous avez dit, en préparant cette émission, c'est un rêve. C'est un rêve d'être là en France avec vos trois enfants. C'est un rêve d'être au sein de la rédaction internationale de Radio France, où vous travaillez aujourd'hui avec ces gens fabuleux. Est-ce que vous avez quand même conscience que ce n'est pas tout à fait un rêve, que c'est désormais votre vie nouvelle, votre vie réelle

2:38
Locuteur

?

2:39
Invité

Vraiment, j'essaie de croire que non, je suis ici, je réussis à sortir, parce que moi, je suis journaliste, j'ai fait la couverture des cigares pendant 2008, 2012, jusqu'au

2:54
Locuteur

2025. Donc, tu

2:58
Invité

arrives à un point où, oui, en 2008, en 2014, 10 jours, ou bien 20 jours, ou bien 53 jours, à la fin de compte, tu rentres chez toi, tu as une maison. Vous voyez comment tu prends ta douche, tu as une maison, tu rentres malgré tout.

3:13
Locuteur

Et

3:13
Présentateur

là, ce n'était plus le cas

3:14
Locuteur

?

3:15
Invité

Non,

3:15
Locuteur

c

3:15
Invité

'était un autre cas, tout à fait, un déplacement, tu vis dans une tente, tu n

3:21
Locuteur

'as

3:21
Invité

pas d'électricité, tu n

3:23
Locuteur

'as

3:23
Invité

pas d'info, tu essaies de transmettre

3:25
Locuteur

l

3:26
Invité

'info,

3:26
Locuteur

et

3:27
Invité

en contrepartie, tu es un père. Moi, j'ai vécu les trois, je suis un journaliste, un père, un citoyen.

3:33
Locuteur

Donc,

3:34
Invité

ces trois choses-là, s'en sont vraiment très lourdes. On va revenir sur ce quotidien, sur ce que vous avez vécu, sur la façon aussi dont vous nous avez informé. Un mot avant cela, Thibaut Lefebvre, comment Nabil Diab a réussi à quitter Gaza ? Comment vous avez, vous aussi, à votre mesure, participé à cette action

3:53
Locuteur

? En

3:55
Invité

fait, il y a des opérations qui sont menées par le Quai d'Orsay et par le consul général de France à Jérusalem, où en fait, il y a une sorte de procédure d'évacuation selon des critères très précis, qui sont le regroupement familial, et puis les étudiants ou les artistes qui bénéficient de bourses. Et en fait, au fur et à mesure de la guerre, il y

4:21
Locuteur

a

4:21
Invité

eu des évacuations comme ça qui ont été organisées. Alors, c'était très, très, très compliqué, parce qu'il fallait que le Quai d'Orsay soit aligné avec le ministère de l'Intérieur, avec parfois des sensibilités politiques qui étaient diamétralement opposées. Et puis, Nabil et sa famille, ses deux enfants et son épouse, sont passés aussi par la Jordanie. Donc, il a fallu aussi que les autorités jordaniennes soient d'accord pour l'évacuer. Donc, voilà, il y a tout un processus, et vous pouvez l'entendre dans ce podcast. Il y a, voilà, ça n

4:58
Locuteur

'a

4:58
Invité

pas été facile. Il y a eu plusieurs annulations, ce que je qualifierais de yo-yo émotionnel. C'est-à-dire que c'était terrible. Nabil a cru qu'il allait sortir, notamment au mois d'août. Et puis, au dernier moment, cette évacuation a été annulée. Donc, c'était des moments très difficiles, oui. Alors, ces deux années de guerre, Nabil Diab, que vous avez couvertes, vous avez raconté Gaza de l'intérieur. Au marché d'Air El Bala, vous avez relevé le prix des pommes de terre qui ne cessaient d'augmenter. Près de Rafa, au point de distribution alimentaire, où des personnes se sont fait tirer dessus pour un sac de farine. Ou encore, à l'hôpital Al-Shifa, à chercher des témoins après une frappe.

Comment êtes-vous parvenu à être à la fois journaliste et citoyen ? Journaliste et père de famille, vous l'avez dit.

5:42
Locuteur

C

5:43
Invité

'était pas facile d'être ça. Moi, pendant les guerres précédentes, je disais, ouais, je peux faire ça. Tu appelles tes enfants, ils sont dans un abri. Ils sont dans un abri en sécurité, entre parenthèses. Mais cette fois-ci, non, non, t'arrives pas. Tu dois chercher l'information parce qu'il y a des difficultés.

6:02
Locuteur

Il

6:02
Invité

n

6:02
Locuteur

'y a

6:02
Invité

pas d'Internet,

6:02
Locuteur

il

6:02
Invité

n

6:02
Locuteur

'y a

6:02
Invité

pas d'électricité. Tu dois y aller où il y a. Il y a des endroits précis où tu peux trouver des réseaux. Donc, c'était pas facile du tout. Après, t'as vécu plusieurs étapes. On a vécu une famine. On a vécu manque d'eau, manque de nourriture, manque de tout. Mais à la fin de compte,

6:18
Locuteur

t

6:18
Invité

'es journaliste. Tu dois te mettre debout pour essayer de raconter

6:24
Locuteur

toute

6:25
Invité

cette journée en une minute. C'était pas facile.

6:27
Présentateur

Le podcast quitté Gaza après le 7 octobre, c'est la possibilité d'entendre votre voix, Nabiliam, et celle de Thibaut Lefèvre. Extrait.

6:37
Invité

J'arrive pas à t'avoir directement.

6:42
Locuteur

Je

6:43
Invité

vais retenter. J'ai l'impression que ça tire dans tous les sens et que c'est plus seulement l'armée israélienne. Ça devient le chaos, cette histoire. Thibaut, Tchallah, vous aurez ce message-là. Oui, ça va, la situation, vraiment, et c'est l'enfer. C'est l'enfer, mon frère.

7:06
Locuteur

Mais

7:06
Invité

ça va.

7:07
Locuteur

Je

7:08
Invité

respire encore. Merci, Thibaut.

7:10
Présentateur

Nabil Diab, vous avez correspondu avec Thibaut Lefèvre grâce à des notes vocales comme celles que l'on vient d'entendre. Qu'est

7:17
Locuteur

-ce

7:17
Présentateur

que vous ressentez quand vous entendez cet extrait du podcast

7:19
Locuteur

?

7:20
Invité

Ça, ça... Vraiment, ça... Ça me touche beaucoup. Je ne peux pas... D'ailleurs, je n

7:25
Locuteur

'ai

7:25
Invité

pas pu entendre toutes les épisodes du podcast. Même la première épisode,

7:32
Locuteur

c

7:32
Invité

'était très forte pour moi. Je n

7:34
Locuteur

'ai

7:34
Invité

pas pu écouter toute la...

7:36
Locuteur

Ça

7:37
Invité

me touche beaucoup.

7:38
Présentateur

Thibaut Lefèvre, parfois, vous envoyez Nabil dans des zones où sa sécurité, elle est en danger, évidemment, dans ce territoire de Gaza. Le 5 juin 2005, par exemple, il vous écrit qu'il est coincé sous les tirs. Vous n'arrivez plus à le joindre. Il n'en ressort qu'au bout de trois heures. Est-ce que vous craignez chaque fois de le voir mourir et de l'avoir envoyé au mauvais endroit, au mauvais moment

7:56
Locuteur

?

7:57
Invité

Oui,

7:58
Locuteur

c

7:58
Invité

'est des moments terribles et c'est vrai qu'à l'écouter, comme ça, je ressens une émotion profonde. Vous parliez tout à l'heure, Quentin, du marché de Der Elbala, ce reportage qui a été commandé par France Inter et diffusé lors d'une journée spéciale Gaza.

8:14
Locuteur

C

8:14
Invité

'était il y

8:14
Locuteur

a

8:14
Invité

un an de mémoire, un peu plus d'un an, un an et demi. Et en fait, à ce moment-là, Nabil m'envoie les notes vocales au fur et à mesure. Donc, vous êtes au marché. Vous avez, comme vous le dites, le prix des pommes de terre, le prix des cigarettes aussi qui s'achetaient à cette époque-là à la taf. C'est

8:29
Locuteur

-à

8:29
Invité

-dire qu'il fallait acheter... Enfin bon, c'était l'objet de son reportage. Et à un moment, l'enregistrement se coupe. Et là, je n

8:35
Locuteur

'ai

8:35
Invité

plus de nouvelles pendant,

8:36
Locuteur

je

8:37
Invité

ne

8:38
Locuteur

sais

8:38
Invité

pas, une heure peut-être. Et l'envoi suivant, le son suivant que je reçois, c'est un chaos total avec des sons d'ambulance. Et Nabil me dit,

8:50
Locuteur

mon

8:51
Invité

frère, je suis vivant, il y a eu un bombardement. Mais vous ne pouvez pas imaginer en fait le stress à ce moment-là. Moi, je suis à la fois prêt puisque Jérusalem est à une soixantaine de kilomètres de Gaza. et en même temps, très loin parce que les autorités israéliennes nous empêchent toujours de rentrer dans Gaza et de pouvoir aider nos confrères palestiniens. Donc c'est un stress absolu. Et puis Eva, pour répondre à la deuxième partie de votre question, en fait, j'ai pu envoyer Nabil nulle part.

9:20
Locuteur

C

9:20
Invité

'est-à-dire qu'il y

9:21
Locuteur

a

9:21
Invité

un moment où au début, on a travaillé avec un autre journaliste qui est toujours sur place dont le travail est extrêmement précieux qui s'appelle Rami Al-Maghari. Et puis, j'ai fait l'erreur une fois, à un moment, de lui commander un sujet comme si on travaillait dans un contexte normal. Et puis, à ce moment-là, ça m'a profondément stressé. Il y avait un risque et on a décidé, et c'est à partir de ce moment-là où on a travaillé avec Nabil Diab et une autre journaliste aussi, Feryal Abdou, j'ai envie de dire, de mailler de correspondants le territoire de Gaza pour justement éviter des déplacements

9:52
Locuteur

et faire en sorte,

9:53
Invité

c'est ça. C

9:54
Locuteur

'est

9:54
Invité

comme ça qu'on a fonctionné et ce qui a permis de limiter les risques. Mais oui, il y a eu deux ans avec des périodes, comme je vous l'expliquais, de stress profond parce que quand c'est une ou deux heures, ça va, mais quand vous n

10:06
Locuteur

'avez

10:06
Invité

pas de nouvelles pendant

10:07
Locuteur

deux ou

10:07
Invité

trois jours, c'est très compliqué. Vous m'avez raconté Nabil Diab avant d'entrer en studio la façon aussi dont vous aviez traversé vous-même cette journée du 7 octobre 2023 et vous m'avez dit lorsque vous avez entendu au loin les premiers bombardements, vous n'avez pas osé ouvrir les yeux. Racontez-nous. Oui, c'était à peu près entre 5h et 6h du matin, j'ai entendu des bombardements donc je n

10:35
Locuteur

'ai

10:35
Invité

pas voulu vous réaliser. Je disais que non, non, peut-être qu'il

10:38
Locuteur

y

10:38
Invité

a si c'était un accrochage

10:40
Locuteur

entre

10:40
Invité

les parties de Hamas, du djihad, non, non, mais ça va y aller.

10:44
Locuteur

Mais

10:44
Invité

ça a continué, quoi. Je disais non, peut-être que

10:48
Locuteur

quelqu

10:49
Invité

'un, je ne sais pas, une explosive interne, je n

10:51
Locuteur

'ai

10:51
Invité

pas voulu croire que non, ça va retourner une nouvelle

10:55
Locuteur

guerre.

10:58
Invité

Et malheureusement, j'ai reçu un appel

11:00
Locuteur

d

11:01
Invité

'une amie qui n

11:02
Locuteur

'a

11:02
Invité

pas croit que ça va commencer. Donc, elle a eu un fou rire, quoi, elle est devenue folle, elle m'a dit la guerre a commencé.

11:11
Locuteur

Et

11:12
Invité

j'ai descendu

11:13
Locuteur

à

11:14
Invité

7h du matin, j'ai fait le tour de Gaza, il n'y

11:16
Locuteur

avait

11:16
Invité

personne, Gaza était vide.

11:19
Locuteur

J

11:19
Invité

'ai senti quelque chose que Gaza va me manquer. Gaza, allez-vous manquer ?

11:24
Locuteur

Déjà, va me manquer un jour, le

11:25
Invité

premier jour.

11:26
Locuteur

Alors que vous y étiez

11:27
Invité

encore

11:27
Locuteur

? C

11:28
Invité

'était le 7 octobre, le premier jour. Je ne

11:30
Locuteur

sais

11:30
Invité

pas, j'ai appelé mon ami, on a fait le tour de Gaza,

11:33
Locuteur

il

11:33
Invité

n

11:33
Locuteur

'y

11:33
Invité

avait personne. Sachant que les Gazaouis sont habitués à ce jour-là, peut-être ils descendent, mais je sens que les gens avaient quelque chose d'interne que non, ça va être dur.

11:46
Locuteur

Vous

11:46
Invité

pressentiez donc qu'il y avait quelque chose d'anormal, et au-delà d'ailleurs que

11:51
Locuteur

pour

11:52
Invité

Gaza, une forme d'enfer allait se dessiner dans les semaines, dans les jours même qui venaient ? Oui, bien sûr d'ailleurs.

12:01
Locuteur

Le

12:02
Invité

7 octobre, ça a commencé. Le 13 octobre, a commencé le grand déplacement de Gaza du nord vers le sud,

12:10
Locuteur

et

12:10
Invité

ça a commencé une nouvelle vie pour tous les Gazaouis.

12:13
Locuteur

C

12:14
Invité

'était un mélange, les habitants du nord, des places vers le sud, c'était vraiment une bataille interne. On le sait, Nabil Diab, à Gaza, toujours Noël, tout journaliste doit composer avec le Hamas, ne serait-ce que pour obtenir sa carte de presse, le 7 octobre notamment, quels étaient encore à l'époque vos rapports avec le Hamas

12:39
Locuteur

?

12:41
Invité

Tout le monde pose cette question. Bon, tu habites à Gaza, après le 2006, le contrôle

12:46
Locuteur

du

12:47
Invité

parti du Hamas, le contrôle du Gaza, et tous les journalistes, même le côté de santé, tu dois passer par

12:58
Locuteur

le

12:59
Invité

Hamas. Nous, les journalistes, on ne peut pas accéder ou bien faire des couvertures médiatiques sans passer. C'est incontournable, c'est comme une administration au fond. si quelqu'un maintenant part au Congo, il doit se traiter par les gens là-bas.

13:15
Locuteur

Ils

13:15
Invité

s'en fichent, c'est qui qui

13:16
Locuteur

gère,

13:17
Invité

mais tu dois avoir ton permis. Mais le Hamas, vous l'appeliez le H. Le H, qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi cette lettre-là ? Et qu'est-ce que ça disait aussi de votre rapport de méfiance, vous l'expliquez en partie dans le podcast, vis-à-vis du Hamas ?

13:32
Locuteur

Oui. J

13:34
Invité

'appelle le H, parce que, vous savez, si quelqu'un écrit dans les réseaux sociaux ou bien parler, le Hamas, il t'accuse toujours que tu es quelqu'un qui... Tu es de Hamas, tu es un journaliste de Hamas. Non. Non, je suis un journaliste. Je fais mon travail, je fais un père de famille.

13:55
Locuteur

À

13:55
Invité

Gaza, ils ne sont pas... Ce n

13:57
Locuteur

'est

13:57
Invité

pas la bande de Gaza, ils ne sont pas tous Hamas. Non, non, c'est...

13:59
Locuteur

Thibaut,

14:00
Invité

lorsque vous décidez vous-même de travailler effectivement avec Nabil, comment vous garantissez à distance son indépendance ? Écoutez, alors déjà,

14:11
Locuteur

il

14:11
Invité

y a un choix éditorial qui est fait au niveau de Jérusalem, c'est-à-dire que Nabil envoie ces éléments et on discute systématiquement sur chacun des reportages, des coulisses de ce reportage. Et donc, il y a un choix éditorial qui est fait au niveau du bureau de Radio France à Jérusalem en collaboration, évidemment, avec la rédaction internationale. vous posez la question de l'appartenance des relations des journalistes avec le Hamas. C'est évidemment actuellement une bataille de narratifs. Récemment, l'armée israélienne a publié une liste de 170 journalistes présumés liés avec le Hamas. Je pense que la vraie question, c'est de savoir qu'est-ce qu'être Hamas aujourd'hui à Gaza.

C'est-à-dire que vous avez l'autorité israélienne qui a une vision extensive. Moi, je connais notamment des journalistes qui ont été tués par l'armée israélienne parce qu'ils avaient des liens dans leur famille avec le Hamas. Mais est-ce que c'est parce que votre papa ou votre oncle appartient au Hamas que vous-même vous êtes Hamas ? C'est la vraie question de la définition du Hamas, de l'appartenance des journalistes au Hamas ou en tout cas des relations. Nous, à Radio France, on a été particulièrement vigilants. c'est-à-dire qu'avant d'engager un correspondant, évidemment, on parle pendant des mois et des mois.

15:32
Locuteur

C

15:32
Invité

'est-à-dire que Nabil a travaillé avec nous de manière, j'ai envie de dire, régulière et effective seulement neuf mois ou dix mois après le début de la guerre. Mais pendant les premières semaines, on a échangé. Donc, il n'a pas tout de suite été correspondant pour Radio France, ce qui a permis de prendre le temps un peu de discuter. Et puis surtout, on crible les réseaux sociaux. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous avez une telle pression sur les réseaux sociaux, la moindre prise de la moindre expression sur les réseaux sociaux après le 7 octobre, évidemment, discrédite les journalistes. Là, aujourd'hui, Nabil Diab est à Gaza. Il est passé entre les mains et du ministère de l'Intérieur.

Il est évident, pour être tout à fait clair, qu'il n'a aucun lien avec le Hamas. Vous écouterez dans le podcast. Il met dos à dos, d'ailleurs, le gouvernement israélien et le Hamas en disant, et c'est terrible cette note vocale, Thibaut, on est pris entre deux feux. Et je le dis un peu de manière plus vulgaire, mais en tout cas, c'est l'idée.

16:27
Présentateur

Nabil Diab, à quel moment, en fait, vous avez décidé de partir, de dire, il faut que je quitte Gaza ? Il y

16:34
Locuteur

a

16:34
Présentateur

eu un événement précis qui vous a poussé à prendre cette décision où, au fond, vous aviez perdu tout espoir

16:39
Locuteur

? Je

16:42
Invité

ne

16:42
Locuteur

vous

16:42
Invité

cache pas, au début-là, je ne voulais sortir que mes enfants.

16:46
Locuteur

Que

16:46
Invité

faire sortir

16:47
Locuteur

vos enfants. Et vous restez

16:47
Présentateur

sur place ?

16:48
Locuteur

Vous restez sur

16:49
Invité

place parce que, moi seule, journaliste, je dois continuer de travailler. Vous avez trois enfants, on le précise. Oui. Deux filles, un garçon. Deux filles,

16:57
Locuteur

un garçon. Et votre

16:58
Invité

grande fille, la première, avait quitté Gaza quelques mois avant.

17:01
Locuteur

Pour ses étudiants.

17:02
Invité

Oui, un mois avant, c'était,

17:03
Locuteur

elle a

17:03
Invité

quitté Gaza en juillet

17:05
Locuteur

2024.

17:09
Invité

Après, 2025.

17:11
Locuteur

2025,

17:12
Invité

pardon. qu'est

17:15
Locuteur

-ce

17:17
Invité

qui vous a poussé vous-même à décider de quitter ce lieu ? Après la perte des amis à toi, après la perte de ta maison, après la perte de tes souvenirs, après la perte de tes rêves, ton espoir, tu n'as rien, tu donnes le noir. Donc, en ce moment-là, après, j'ai décidé que non. Gaza, pour moi, il était une fois.

17:41
Locuteur

Vous

17:42
Invité

êtes en France désormais, vous vivez en France, vous travaillez en France, vos enfants, ils sont scolarisés.

17:48
Locuteur

Est

17:48
Invité

-ce que la guerre continue pour vous de vivre ? Est-ce qu'elle est encore en vous et au sein même de votre famille ? J 'ai réussi à sortir à faire évacuer ma famille, mais nos esprits sont encore là-bas.

18:01
Locuteur

Ce

18:01
Invité

n'était pas facile. Oui, on a réussi à sortir à m'évacuer, mais mon esprit, c'est encore là-bas. Jusqu'à maintenant, je travaille à Radio France dans ce grand ensemble. Des fois, tu n'arrives pas à arrêter de penser, arrêter de réfléchir de ce qui se passe, de téléphoner, d'appeler. Donc, tu arrives à un point et tu dis non. Il y a une grande partie de mon esprit là-bas. Vous continuez aujourd'hui encore de suivre cette actualité ? Vous y arrivez

18:31
Locuteur

? Bien

18:33
Invité

sûr. Tu as une histoire à raconter.

18:37
Présentateur

Nabil Diab, si je vous demande juste de fermer les yeux un instant, quelle est la première image que vous avez qui vous vient quand vous pensez à Gaza

18:44
Locuteur

? Les

18:51
Invité

décors en bas de ma maison.

18:53
Locuteur

Et

18:53
Présentateur

est-ce qu'il y

18:54
Locuteur

a

18:54
Présentateur

un son qui vous a marqué

18:55
Locuteur

? Beaucoup.

19:00
Présentateur

Beaucoup. Il y

19:02
Locuteur

a

19:02
Présentateur

Mohamed qui nous a écrit un message pour vous sur l'application Radio France et qui vous demande comment vous vivez votre déchirement d'être en France et d'avoir quitté Gaza. Est-ce qu'il nous dit probablement que ça doit être très difficile ? On l'entend à votre émotion. C'est extrêmement dur d'être ici et encore un peu là-bas ?

19:16
Locuteur

Bien

19:17
Invité

sûr, bien sûr. Même nous, même nous, les Gazaouis, on n'a pas cru un jour qu

19:23
Locuteur

'on

19:24
Invité

va être dispersés.

19:28
Locuteur

Il

19:29
Invité

y a des gens qui ont perdu leur famille, des gens qui sont encore, des cadavres sont encore sous les décombres, plus de 70 000 morts. c

19:38
Locuteur

'est

19:39
Invité

la gazastrophe plus que la catastrophe.

19:43
Locuteur

Je

19:43
Invité

voudrais que vous disiez un mot à ce micro parce que vous nous l'avez raconté également avant l'émission. L'enfance de vos propres enfants lorsqu'ils sont arrivés en France, vous nous avez dit, vous avez décrit la façon dont

19:55
Locuteur

une

19:56
Invité

nouvelle vie pourrait aussi commencer et au fond, une première enfance. Racontez-nous.

20:01
Locuteur

Je

20:01
Invité

vais vous raconter des choses. La première que quand je suis arrivé, c'est en France et il y avait

20:11
Locuteur

la

20:11
Invité

maison de Radio France et la rédaction internationale, vraiment,

20:16
Locuteur

je

20:16
Invité

suis arrivé à l'appartement. La première des choses que

20:19
Locuteur

j

20:20
Invité

'ai vues,

20:21
Locuteur

c

20:22
Invité

'était les toilettes. Oui, ce n'était pas donné à

20:26
Locuteur

tout

20:26
Invité

le monde d'avoir des toilettes à toi privé. Oui, j'ai gagné. Et la deuxième des choses, quand tu sors avec tes enfants, il y a ma fille, je suis sorti avec elle, on est parti au parc, elle était en train de jouer

20:41
Locuteur

et

20:41
Invité

après deux minutes, je lui ai dit, non, non, allez, on y va, ça c'est pour les enfants, ce n

20:46
Locuteur

'est

20:46
Invité

pas pour toi.

20:47
Locuteur

Et

20:47
Invité

je n

20:48
Locuteur

'ai

20:48
Invité

pas imaginé que ma fille qui a 12 ans, elle est enfant.

20:51
Locuteur

Tu

20:52
Invité

n'arrives pas à croire parce qu'à Gaza, il n

20:53
Locuteur

'y a

20:53
Invité

pas d'enfants, il y a des grands âges, des petits âges. Des petits âges. Il nous reste quelques secondes d'un mot, ce n'est pas révélé un secret mais nous on l

21:02
Locuteur

'a

21:02
Invité

appris hier que vous faisiez du stand-up désormais.

21:07
Présentateur

On avait envie de finir avec un sourire.

21:10
Invité

Non, non, il y a des trucs, par exemple, que

21:13
Locuteur

quand

21:14
Invité

on est à Gaza, on est sur le terrain, il y a le présentateur qui te dit, par exemple, ouais, on est un autre correspondant à Gaza, dis-nous, explique-nous, raconte-nous la situation, tu es où, mais non,

21:27
Locuteur

je

21:27
Invité

suis là où je ne dois pas être.

21:31
Locuteur

J

21:31
Invité

'ai envie de lui dire ça. Vous savez, des fois, tu entends des bombardements et tu restes calme mais quand le batterie signe à l'eau, ça sera le bombardement interne, ça, c

21:42
Locuteur

'est

21:44
Invité

déjà pour nous. Des fois, on rit de notre souffrance

21:50
Locuteur

mais

21:50
Invité

on doit.

21:51
Présentateur

Et ça fait du bien.

21:51
Invité

Merci beaucoup, Nabil Gab.

21:53
Présentateur

Merci. Merci Nabil Diable et Thibaut Lefebvre. Merci d'avoir été avec nous ce matin. Quittez Gaza après le 7 octobre est un podcast Radio France, un récit incarné par Fabienne Synthès, écrit par Sébastien Logény et Étienne Monin, réalisé par Anna Buie. Un grand merci à Fanny Rask et Anne Souhaitmont, à toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés pour votre retour aussi, Nabil. Et on n'oublie pas, évidemment, les deux autres journalistes palestiniens qui travaillent encore pour Radio France sur place, Rami Almagari et Ferial Abdou. Sous-titrage Société

22:20
Locuteur

Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada