Aurore Bergé, Est-ce qu'on a le droit de pleurer quand on est une femme politique?
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En fait, c'est tellement douloureux au moment où sa sœur est tellement pas anticipée ou prémédité qu'en plus je craque et que physiquement je pleure. Et là, c'est ce qui a de pire en politique. Moi, je suis assez convaincu sur ces échecs politiques que j'ai connu m'ont permis d'avoir la trajectoire qui est la mienne aujourd'hui. En fait, ce que ça m'a appris, mais la vie politique en général laapprend assez vite, c'est qu'en fait bah, il y a un jour d'après. Donc, on décide pas de ses faits, on décide de ce qu'on en fait. Si vous êtes convaincu qu'il n'y a pas de force sans faille, vous êtes au bon endroit. Bienvenue dans Faille. Aujourd'hui, je reçois Aurore Berger. Aurore est ministre chargé de l'égalité entre les hommes et les femmes et de la lutte contre les discriminations. Et ce qui
m'intéressait dans cet épisode, c'était de la faire réagir d'abord sur ses failles évidemment, mais aussi sur cette notion de vulnérabilité et sur les différents aspects qu'elle peut avoir. Est-ce qu'on peut avoir des failles ? Est-ce qu'on peut montrer ses failles quand on est ministre ? Et la faire réagir sur les vulnérabilités dont elle s'occupe dans sa fonction. Alors si cet épisode vous plaît et si vous voulez m'aider, je vous remercie de vous abonner en vidéo à ma chaîne YouTube ou en audio sur l'une de vos plateforme de podcast. Bon épisode.
Bonjour Aurore. Bonjour. Euh on va pas faire une interview politique. OK, c'est bien ça change. On va sortir un petit peu de de des interviews habituels et on va parler des failles. Les failles, c'est un sujet que j'aime beaucoup et qui vient parce qu'il vient de mon histoire personnelle. J'ai perdu mon mari et de ce drame sont nés aussi beaucoup de choses positives et j'aime bien employer l'expression qui parfois choque un peu mais c'est mon côté provocateur grâce à mon drame et de lister tout ce que ce drame m'a apporté et combien les épreuves sont le moteur de transformation et donc comme j'en suis convaincu pour moi-même ça m'intéresse d'aller le chercher chez les autres et c'est
représenté par cette image que j'adore du kinsugi. Tu sais ce qu'est le kinsugi ? C'est cette façon de sublimer voilà les bols cassés et de sublimer les failles, les fissures par de la poudre d'or. Alors moi dans ce podcast, j'offre un galet en kinsugi à mes invités sur lesquels j'ai inscrit ton prénom et donc je te le remets. Merci beaucoup. et les failles. J'ai envie de t'en faire parler parce que je considère que c'est un c'est un terme qui a différents aspects par rapport à la façon dont tu le côtoies. D'abord parce que tu es ministre chargé de l'égalité entre les hommes et les femmes et de la lutte contre les discriminations. Donc
on pourrait dire peut-être euh pour vulgariser que tu es ministre des vulnérabilités. Ouais. Et donc tu les côtois au quotidien et par ailleurs tu es ministre et en plus tu es une femme. Donc la vulnérabilité elle est un peu interdite. C'est une règle tacite et la vulnérabilité est signe de faiblesse. Donc ce que je voudrais que tu me tu nous partages, c'est la façon dont tu concilies ce cette notion qui a tellement de facettes. En fait, je pense que tu as bien résumé les choses. C'està-dire, il y a cette espèce de d'accord tacide qui fait que quand on fait de la politique, comme c'est un monde qui est tellement concurrentiel parce que de facto il y a peu de place. À la fin, un gouvernement c'est 30 40 personnes moitié homme, moitié femme, l'assemblée c'est 577,
c'est pas 578. Donc en fait les places coûtent très cher. Euh et donc à partir du moment où c'est tellement concurrentiel, ben il y a l'idée de la force. Euh et ce qui a souvent été résumé comme l'inverse de la force, c'est justement la faille ou la vulnérabilité. Et je pense que le problème d'avoir mis ça des factau en scène, de l'avoir presque théorisé ou en tout cas intériorisé fait que ça aussi beaucoup déshumaniser la vie politique. Euh il faut pas être fragile, il faut pas être malade, il faut pas affronter des preuves. Or les hommes et les femmes politiques sont des hommes et des femmes d'abord. Donc ça veut dire qu'on traverse des épreuves personnelles, des épreuves de vie, qu'on peut traverser la maladie, la si à nous proche, traverser le handicap, traverser des violences,
traverser des doutes aussi du burnout. Bref, tout ce qui constitue les failles d'une société ou les failles d'un être humain. Et se dire que le présupposé, c'est qu'il faut le cacher. Il faut surtout pas que ça se sache. Il faut surtout pas le montrer. Il faut surtout pas dire "Je suis pas disponible là tout de suite maintenant parce que je suis pas en état." Ça commence un petit peu à changer. Tant mieux. Moi, je me souviens par exemple une la mère d'Auberviller euh c'était l'année dernière et c'était la première fois. Mais elle a écrit à toute la population en disant "Je là, j'y arrive plus." Ouais, je suis en burnout. Donc j'ai deux solutions. Bah soit je démissionne et j'arrête, soit j'accepte de prendre du temps pour moi et ma famille parce que sinon de toute façon je vais plus être
au niveau. Peut-être qu'il y a 10 ou 15 ans et sans doute qu'à 10 ou 15 ans, elle aurait pas du tout pu dire ça parce que dire ça ça aurait provoqué du récanement, ça aurait conduit à son remplacement. C'està dire elle est pas compétente et pire encore. En plus c'est une femme donc forcément elle nous fait le coup et cetera et cetera. Donc je pense que ça ça commence à évoluer parce que je pense que si on veut que les Français croient quand même que la politique peut changer des choses, il faut qu'il croit aux femmes et aux hommes qui font la vie politique. Et on y croit parce qu'il y a des convictions, parce qu'il y a des combats qu'on peut porter, mais qu'il y a aussi à un moment une humanité qui nous anime. Et cette humanité qui nous anime, bah elle est
aussi faite de ces failles et de la manière avec laquelle ces failles elles vont nous construire et de cette résilience. Enfin, pour moi, le corolaire de la faille, c'est la résilience, c'est-à-dire la capacité justement à se dire ne pas les effacer parce qu'en fait on n'efface pas une histoire, on n'efface pas un vécu, on apprend à le domter, on apprend à vivre avec, on apprend à faire en sorte que ça nous envahisse pas. En tout cas, moi c'est comme ça que je le vis. On apprend aussi parfois que bah il y a des moments où ça revient. C'était pas forcément prévu, c'était pas forcément prémédité, mais tout d'un coup, boum, on se réveille un matin et ça revient, on y repense, ça nous réaffecte. En fait, c'est pas grave. C'est pas grave si on sait pourquoi on est là, si on sait
pourquoi on se lève le matin, si on est aussi bien entouré et si on sait en faire quelque chose. Là où c'est insupportable, c'est si on n'arrive pas à en faire quelque chose. Si on arrive pas non pas à tourner la page, mais à se dire "On va s'en servir, s'en saisir pour transformer." Et ça, je pense que ça prend du temps. C'est pas immédiat. Je pense que tu l'as évidemment vécu et ressenti dans ta chair. Euh c'est surtout quand il y a un entourage, quand il y a une famille, quand ça n'impacte pas que nous, mais que ça impacte les autres. Mais à la fin, je pense qu'on s'en sort accepte ça, que c'est pas une page qu'on tourne, c'est pas une page qu'on efface, que ça reste en nous, que ça restera toujours en nous, mais qu'on a réussi à en faire quelque chose. Et je pense que
dans la vie politique, ça doit aussi être la règle. Bien sûr, mais c'est vrai que dans le monde de l'entreprise, on est loin parce qu'on les dirigeants n'ont pas le droit d'fin il doit certains l'ont fait. Certains l'ont fait. Certains l'ont fait. Je pense à question du cancer par exemple, grand dirigeant d'entreprise un moment. Exactement. Arthur l'a fait. Enfin, je trouve que ça dit quelque chose. C'est très fort d'avoir à un moment un dirigeant puissant parce que c'est toujours le sujet. C'est le rapport à la puissance, c'est le rapport au pouvoir qui a un moment a dit a dit qu'il traversait une épreuve de vie que beaucoup de Français soit ont traversé eux-mêmes, soit ont traversé dans leur propre famille et qu'en fait c'était pas ce qui allait l'empêcher euh non
seulement de vivre parce qu'il allait se battre, d'exister. Et je trouve que dans le monde économique, c'est très fort. Je pense aussi à cette femme pour le coup, elle son nom m'échappe mais qui a parlé de du sujet de l'alcoolisme, sujet très tabou. on parle d'une maladie euh et elle à un moment s'est exprimée en disant moi dirigeante était cadre subsup dans dans une grande entreprise française j'ai vécu ça. J'ai été malade et là c'est encore différent. C'est quelque part c'est l'alcoolisme s'est vécu comme elle l'a bien voulu, elle l'a choisi. C'est évidemment pas comme ça que ça se passe. C'est une addiction, c'est une maladie. Euh et il faut arriver à le reconnaître, à l'accepter pour accepter d'en sortir et de se faire accompagner soutenir. Et je trouve ça
très fort en fait qu'on ait des femmes et des hommes qui ose à un moment prendre la parole et notamment dans le monde économique où là encore voilà cette notion de de concurrence, de pouvoir et de puissance fait que normalement on leur dit plutôt que ça va faire peur. Ouais ça va faire peur. Et en fait je pense que ça fait pas peur aux autres. Je pense que ils peuvent alors peut-être que les épreuves ça fait peur évidemment personne n'a envie de traverser ces épreuves-là mais le fait que justement on est des gens puissants ou qui ont du pouvoir qui ont accès à la parole publique qui à un moment disent je trouve que c'est aussi réconfortant euh pour la société française c'est sûr mais les réseaux sociaux militent pas en faveur de ça puisque on voit que la face
voilà rêvé de de tout un chacun donc ça c'est c'est quand même une vraie entrave et on est quand même loin de je me suis intéressée de par les failles aux fail conférences aux États-Unis et donc vraiment c'est cette culture de l'échec qu'on qu'on met en avant et et on en est loin et en fait en France il y a un peu le problème de la enfin moi ce que j'appelle un peu une forme de double peine c'est-à-dire qu'on a ni le droit à la réussite ni le droit à l'échec c'està-dire que l'échec c'est un marque au fer rouge mon dieu il a planté sa boîte bah oui mais en fait s'il a pris le risque il a pris le risque de monter une boîte mon dieu il a perdu une étion bah oui mais il a pris le risque de se présenter en fait si on accepte pas l'échec on peut pas réussir. Ça c'est
une règle qu'on apprend quand on fait de la politique, quand on monte sa boîte, quand on a une profession libérale, c'est qu'à un moment on sera confronté. Bien sûr. En tout cas, ça arrive l'échec. On se plante dans une relation amoureuse, on narrive pas à élever ses enfants comme on aurait aimé le faire. Exactement. euh on se prend des chemins parfois alambiqués dans sa vie professionnelle et on tire des enseignements dans tire des épisodes et il il faut un moment assumer de parler de ces échecs parce que là encore je pense que c'est ça rassure de se dire que on a le droit de s'être trompé et que notre vie elle est pas tracée parce que on va prendre la mauvaise spécialité pour ensuite avoir le bac ou parce que on va pas choisir la bonne école ou la bonne fac ou que le premier job va pas
être le job dans lequel on va finir pendant 30 ou 40 ans de sa vie ou que peut-être le le premier histoire d'amour, bah ce sera pas la dernière. Enfin, c'est ça fait partie de nos vies. Il y a des gens pour lesquels tant mieux, peut-être tout sera très linéaire tout au long de leur vie et tant mieux si c'est ce qu'ils ont choisi. En général, les lignes de vie, elles sont un peu plus tortueuses quand même et elles sont elles sont rarement des lignes droites qui ne s'arrêtent jamais. Donc je pense qu'à un moment il faut qu'on arrive à à lever cette double peine. On a le droit de réussir, on a le droit d'être conquérent. On a le droit de réussir. Il a 10000 chemins de réussite d'ailleurs. C'est pas que la réussite professionnelle, c'est pas que l'argent, c'est pas que le succès, la
notoriété. Il y a 1000 manières d'être accompli dans une vie et on a le droit à l'échec pour justement réussir ensuite à à s'accomplir. Je reviens sur cet épisode quandé dans l'hémicycle. On est en mars 2023. Il y a une proposition de loi pour rendre l'inéligibilité obligatoire des personnes qui ont été condamnées pour des violences conjugales et tout d'un coup tu dis je sais exactement de quoi je parle. Donc j'imagine que tu n'avais pas anticipé ça. Et comment tu en viens à te mettre à nu et finalement à rompre cette règle tacite dont on parlait tout à l'heure qui est de ne pas montrer ses faiblesses et là tu es en plein milieu de l'Assemblée nationale. Ouais. Alors, on est au cœur de là où il faut jamais montrer en effet de la vulnérabilité et en plus c'est pire que
ça parce que en fait c'est tellement douloureux au moment où sa sœur est tellement pas anticipé ou prémédité qu'en plus je craque et que physiquement je pleure. Et là c'est ce qu'il y a de pire en politique, c'est vraiment de montrer de la faiblesse absolue de d'être désarmé, d'être démuni, de pleurer et cetera. Et en fait, moi j'ai l'impression d'avoir déposé un texte qui me paraît évident. Euh on sort de l'affaire Catnance euh donc député de la France insoumise qui a été condamné, ce qui est quand même suffisamment rare pour être souligné, condamné pour des fait de violence conjugale. On essaie matin, midi et soir de répéter qu'il y a pas de petite violence et donc il se trouve qu'il est condamné. Euh, il se trouve qu'il est très défendu euh par sa famille politique, par son parti
politique, par Jean-Luc Mélenchon en particulier qui aura jamais eu un mot pour la victime. Jamais il n'aura eu un mot de compassion ou d'empathie pour la victime. Il revient à l'Assemblée nationale sous les ouras quand même. Vraiment cette scène là, c'est alors c'est pas le même jour, mais c'est une autre scène moi qui m'a beaucoup choqué, beaucoup marqué. D'ailleurs, on a été beaucoup de femmes à quitter l'hémicycle à ce moment-là. Toute formation politique confondue parce que on a trouvé ça insupportable. c'estàdire, il revient comme c'était un héros quoi. Quand il revient, première prise de parole, ils se mettent tous à ses côtés et il se lèvent pour l'applaudir. C'est c'est je trouve ça si d'ailleurs, je pense qu'on l'aurait laissé passer dans aucun autre parti
politique. Donc bref, donc je dépose cette proposition de loi et pour moi ça devait faire unanimité. Je m'attendais à ce que les insoumis évidemment soient mal à l'aise mais tant mieux. Moi, je voulais aussi montrer que justement en fonction du parti d'où ça venait, les uns et les autres étaient pas forcément à l'aise. Et en fait, je me retrouve, j'avais l'impression, enfin l'image moi qui me vient en tête de ce moment-là que j'ai jamais voulu revoir. Il y a une fois ou deux médias qui me l'ont présenté sans me le dire d'ailleurs avant l'interview, j'ai failli partir du plateau parce que c'est pas des images que j'ai envie de regarder, elles sont très très douloureuses. Euh mais vraiment, j'ai l'impression d'être voilà un taureau au milieu de la reine mais
sans avoir aucune capacité de pouvoir du coup m'échapper quoi. C'est une mise à mort. C'est vraiment ça. C'està-dire qu'il y a juste une femme présidente de groupe donc qui incarne le pouvoir, qui incarne l'autorité, qui dépose une proposition de loi. Donc moi, qui défend l'idée qu'un homme condamné ou une personne condamnée pour violence conjugale ou intrafamiliale sur des femmes ou sur des enfants ne devrait pas pouvoir être un élu de la République. Ce qui est quand même quelque chose sur lequel on devrait tous se mettre d'accord. Ouais, c'est le bé àabas. Et à la fin, je me fais lych et harceler et harceler par les femmes en particulier et en particulier la France insoumise. C'est un bris épouvantable, ça hurle en permanence d'insulte, d'humiliation et
cetera. Et puis il y a ce truc qui est insupportable où on me dénit le droit de porter ce texte. En gros, je suis une opportuniste absolue. Je n'y connais rien. Je n'y comprends rien et c'est presque une insulte aux femmes ce que je suis en train de faire parce que je fais de la politique. Un, j'ai le droit de faire de la politique, je suis député, je suis présidente de groupe, donc on a le droit de faire de la politique et j'essaie de poser des principes. La politique c'est aussi poser des principes. Donc c'est à ce moment-là où un peu je sais même pas si c'est instinctif en fait, c'est qu'à un moment c'est trop quoi. Tu sors de tes c'est trop. Et du coup euh du coup je leur dis mais vous avez pas le droit quoi. Juste vous pouvez pas euh de de quel droit vous parlez ? Qu'est-ce que
vous en savez ? Qu'est-ce que vous savez de ma vie ? De ce que j'ai vécu, de ce que j'ai traversé et d'ailleurs dans les my sans doute d'autres femmes qui sont concernées. Et d'ailleurs il y en a qui me l'ont dit après. Il y en a qui me l'ont dit après en disant "Bah moi aussi, moi aussi j'ai vécu et j'ai je sais ce que sont les violences conjugales et non, je l'avais jamais dit." Et donc voilà, il y a il y a ce moment-là. Mais tu le regrettes ce moment si tu pouvais revenir en arrière ? Ce que je regrette, c'est de pas avoir pu prévenir des gens que j'aime parce qu'il y a des gens qui l'ont découvert à ce momentlà. Il y avait très très peu de gens qui étaient informés en fait. Il y a mes parents que j'ai prévenu très longtemps après les faits d'ailleurs. Il
y a mon mari, il y a deux trois amis très proches. Je ça se compte à peine sur les doigts des deux mains en fait ceux qui étaient au courant. Euh et donc forcément euh après ce moment-là, il y a plein de gens qui m'écrivent en fait et qui se disent "Mais pourquoi tu nous l'as pas dit ? Comment on peut aider ?" et cetera. Et je comprends, les gens se sentent un peu démunis en se disant "Mais tuas tu as vraiment dit ça ? Il s'est vraiment passé ça ?" Et comment on n pu pas le voir à l'époque ? Et en fait c'est là où il faut bien comprendre que quand on vit des violences, c'est normal de pas forcément le voir parce qu'une victime de violence, elle fait tout pour que ça se voit pas justement. ou après elle envoie des signaux qui sont pas forcément audibles
parce qu'on n'est pas prêt à l'entendre ou parce qu'on n'est pas prêt à le voir et puis parce qu'on pense toujours que les violences ça n'arrive qu'aux autres. Cette phrase-là, elle est vraie. C'est-à-dire que les violences, c'est tellement quelque chose d'insupportable que le premier principe, c'est qu'on se dit "Je peux pas connaître quelqu'un qui est coupable de violence, je peux pas connaître une victime, c'est pas dans ma famille, ça peut pas être dans mon entourage, ça peut pas être dans ma vie professionnelle." que statistiquement il y a forcément dans nos entourages des gens qui ont été victimes et donc des gens qui ont été auteurs aussi. Et ça c'est encore plus dur à entendre cette idée-là. Et donc ce que je regrette c'est ça, c'est en fait enfin ce que je
regrette c'est que c'est que j'ai pas pu choisir le moment où j'allais le dire et peut-être qu'en fait je l'aurais jamais dit sinon. Ouais. Alors je me dis le positif de ça c'est que je l'ai dit euh donc quand on parle des failles c'est que je l'ai dit ça t'a libéré d'une certaine manière. pas sur le moment. Sur le moment, ça a été épouvantable et sur le moment j'ai Et quand tu sors de l'Assemblée nationale, qu'est-ce que tu fais ? Tu appelles quelqu'un ? Tu Non, j'ai j'ai alors j'ai Ellisabeth B qui était pr ministre à l'époque qui m'a tout de suite appelé euh et très empathique et et en soutien. Beaucoup beaucoup de témoignages de députés. Il y en a une gens était adorable qui m'ont envoyé des bouquets de fleurs, qui m'ont des chocolats le lendemain. Enfin, les
gens ont fait comme ils pouvaient en fait pour me témoigner qu'ils étaient là et c'était très très touchant et ça fait du bien de se sentir accompagné et soutenu. Donc en fait, j'ai pas choisi le moment et ça c'est très violent en fait de se sentir contrainte. J'aime pas ça moi. Je suis très attachée à la liberté. J'aime pas l'idée qu'on m'est privé de cette liberté de dire ou de ne pas dire et de choisir le moment où je le dirai. Tu as été dans le corner quoi. Finalement bah là vraiment j'étais acculé. Alors, j'aurais pu ne rien dire et juste encaisser encaisser, mais en fait, c'était tellement enfin insupportable pour moi d'entendre l'idée que je me servais des femmes, que je me servais de ce sujet alors que oui, en fait, malheureusement et comme des millions de
femmes en fait, je sais de quoi je parle. Et donc, ça sorti comme ça. C'est sorti comme ça. Le pire d'ailleurs, c'est que ça les a pas empêché de continuer ensuite à à attaquer et à harceler. Mais mais on arrivera à faire voter cette ce texte. Moi je je voilà je n'abdiquerai jamais sur ce sujet. Je pense qu'il y a un devoir d'exemplarité, d'humanité, de dignité qui fait qu'on peut pas élire n'importe qui, qu'on peut pas investir n'importe qui et que il faut que chaque parti politique fasse le ménage. Si j'essaie de regarder l'aspect positif des failles puisque c'est ça c'est à quoi tu nous invites, c'est que peut-être que sinon je l'aurais jamais dit. Peut-être que sinon ce serait jamais sorti que je l'aurais juste dit à quelques personnes très très très
proches. Euh et c'est vrai que je sais que vu les messages que j'ai reçu, les courriers que j'ai reçu, les mails, les messages sur les réseaux sociaux, vraisemblablement ça a fait du bien. Moi, je me souviendrai toujours quand je suis allée en déplacement dans le nord, je visite un un centre une fois que je suis devenue ministre, donc c'est presque 2 ans après, euh une femme qui a été victime de violence euh elle me prend à part qu'on est dans un centre d'hébergement de de fag victime et elle me tombe dans les bras en pleurant disant vous comme vous avez vécu ça, je sais que vous vous nous défendrez. Et c'était ça m'a énormément ému parce que c'était quelqu'un voilà, c'est pas quelqu'un d'engagé, c'est pas quelqu'un de connu, c'est juste une femme qui vient pour être accompagné, pour être
soutenu euh et qui voilà qui a eu ce ce geste d'humanité et d'espérance h d'espérance en moi. Ce qui veut dire qu'il y a beaucoup d'espoir aussi parfois qui repose sur nous et qu'il faut espérer être à la hauteur et faire en sorte d'être à la hauteur. Rien que pour ça, je me dis voilà ça ça vaut les petits fils dorés et ça veut dire que ça ça a pas été ça a pas été inutile. Mais de cet épisode puisque c'est pas ce qui m'intéresse n'est évidemment pas les violences que que dont tu as été victime mais de est-ce que cet épisode t'a tu as changé et justement qu'est-ce que tu en as tiré comme force en tant que femme dans ta relation de couple, dans ta relation de toi vis-à-vis de toi-même ? Est-ce que ça t'a renforcé ? Au contraire, peut-être ça sur le moment, ça a été très très rud,
très violent. Mais en fait ce que ça m'a appris, mais la vie politique en général la prend assez vite, c'est qu'en fait bah il y a un jour d'après et que le jour d'après bah on se remet sur ces deux jambes et puis qu'on avance. Euh et donc encore une fois, on tourne pas la page parce que cet épisode tu m'en parles, parce que il a marqué. Voilà. En plus, l'histoire a fait que ensuite président de la République m'a nommé. Bon, d'abord sur les solidarités, les féministes, c'est pas très éloigné. C'est un hasard. Alors alors le président savait pour le coup, il a fait partie de très rares auquels je l'ai dit avant que ça existe. Euh et c'est vrai que là au moment où il m'a nommé sur les questions d'égalité, il en a jamais fait référence directement et je lui ai jamais posé la
question. Euh d'ailleurs, mais déjà c'est toujours lui qui m'a annoncé lors des remements que j'étais nommé. C'est toujours par lui que je l'ai appris. Euh et la première fois qu'il me nomme sur ce sujet-là, c'est quand même sa grande cause, il est très attaché. Euh il me dit, il m'écrit même euh "Je je veux que tu sois sur un combat qui compte pour toi." Et donc c'est c'est un peu injuren implicitement. Je sais pas. Euh et c'est vrai que j'ai en fait j'ai pas voulu savoir et du coup j'ai pas voulu lui poser la question. Mais je mais lui savait, il le savait encore une fois avant cet épisode à l'assemblée et moi je l'ai pris aussi pour ça. Je sais qu'il m'a nommé d'abord parce que je suis une femme politique et que j'espère avoir des compétences avant d'être juste une femme qui a su ça et
qui l'a dit parce que je veux pas être ramené à ça. Je veux pas être étiqueté comme ça et je veux pas être limité à ça. Je suis heureusement bien d'autres choses que juste ça comme tu es bien d'autres choses que la faille que tu as traversé parce que les failles on les décide pas. tu n'as pas décidé l'épreuve que tu as eu à subir. Je n'ai pas décidé de l'épreuve que j'ai eu à subir. Donc on décide pas de ces faits, on décide de ce qu'on en fait. Absolument. C'est ça qui compte en fait. Et donc on se résume pas à ça non plus. Euh mais je voilà, je je me dis et j'ai envie de me dire que peut-être que ça a aussi compté. Alors puisqu'on parle de tes failles, je voudrais aussi qu'on parle de tes fondations. Tu tu parles souvent et et de de manière très tendre, enfin qui m'a
moi beaucoup touché de tes parents. Ouais. Je sais que ton papa est décédé il y a pas très longtemps et tu parles de tes parents vraiment comme des bah des des éléments fondateur de ce que tu es et et je me reconnais là-dedans parce que je crois aussi que ma force vient de ça et tu tu mets en avant des valeurs qu'ils t'ont transmises qui sont la liberté, l'amour, le travail aussi, le goût du travail, le sens de l'effort. Voilà. Moi en tout cas, je je suis convaincue, tu vois, quand j'ai vécu cette épreuve, tout le monde me disait "Oh là là, qu'est-ce que tu es courageuse." Et et ça m'énervait quand me dit ça. D'abord, j'étais pas courageuse, j'avais pas le choix. Mais surtout, je crois pas que j'étais courageuse, mais que j'avais cette chance d'avoir reçu tellement
d'amour que ça m'avait donné des vraies fondations. Ouais, je partage ça. En fait, tu disais dans que le ministère que que j'occupe, c'est ministère des vulnérabilités. Moi quand je le régime parfois je dis que c'est aussi une star où on voit le pire et le meilleur de la société. H le pire parce que je suis confronté à la question des violences, à l'antisémitisme et le meilleur parce qu'on voit aussi ceux qui s'engagent et ceux qui refusent de s'habituer à ça. Ceux qui refusent de s'habituer à l'indifférence. Et ce qu'on apprend notamment sur la question la lutte contre les violences, c'est à quel point la famille est absolument décisive. Euh et moi, je sais comme toi que j'ai en fait j'ai eu de la chance, j'ai eu une chance inouie, c'est-à-dire que je n'ai
jamais douté de l'amour que mes parents me portaient. À aucun moment dans ma vie, je me suis dit il ne m'aime pas ou il ne m'aime pas assez. Et ça en fait c'est inestimable. Alors parfois j'ai douté sur est-ce que ils sont assez fiers de moi ? Est-ce qu'ils croient assez en moi et cetera ? Parfois j'avais jamais l'impression de faire assez et cetera, c'est autre chose. Mais j'ai jamais été en insécurité. Enfin voilà, ils vont toujours apporter ça et le ce qu'on apprend d'ailleurs, quel que soit le milieu social dans lequel on grandit, même s'il y a des milieux pour lesquels c'est plus facile que d'autres, il faut être quand même lucide évidemment, mais en plus j'ai eu la chance d'être baigné dans les livres, dans le théâtre, dans la musique. Donc je sais aussi cette
chance inouie qui a été la mienne. Mais au-delà du milieu social, ce qu'on apprend, ce qui est plus important dans la fondation d'un enfant, c'est la sécurité et l'amour. Qu'il ne qu'il se sente toujours protégé et qu'il se sentent toujours aimés. Et moi ça m'a en fait c'est marrant parce que mes amis ont toujours été étonnés de la relation que j'avais avec mes parents euh parce que on a mes parents avaient une maison en Normandie donc c'est une maison qui vivait euh et on invitait les copains et puis moi j'ai invité mes copains. En fait la question s'est même pas posée de dire je vais ailleurs et cetera. Enfin donc mes parents ont connu et ont vu grandir mes amis mes potes et cetera et en fait il dînent avec nous. Enfin, je me suis jamais dit je vais inviter des copains, mais s'il vous
plaît, surtout vous nous laissez tranquille et vous venez pas à table. Enfin, c'est c'est c'était c'était une évidence en fait. Et d'ailleurs quand j'ai perdu papa enfin c'est fou quoi, le nombre de gens qui ont été marqués par lui, par ce qu'il leur a transmis à eux aussi, par son amour, par les valeurs qui étaient les siennes. C'était en personnage puis très cultivé. Donc voilà, je je sais que j'ai eu cette chance absolument inestimable et moi j'essaie enfin maintenant que je suis maman euh bah j'essaie d'être à la hauteur de ça en fait de ce que j'ai reçu et je fais forcément des choses différemment. Je cherche pas à copier mais euh je veux qu'elle soit sûre que c'est une petite fille, elle soit sûre qu'elle ait aucun doute d'à quel point je l'aime. Et j'étais souvent surprise
moi de d'amis ou de copains qui me disaient mais moi mes parents il me disaient pas je t'aime il le montrai par d'autres manières mais ça se disait pas. Et en fait, j'ai l'impression qu'il y a tellement de familles où où ces motsl sont pas des mots communs, sont pas des mots habituels. Moi, je pense qu'il y a pas un jour où mes parents m'ont pas dit "Je t'aime" le soir en me couchant ou le matin ou je sais pas. Je pense qu'il y a pas eu un jour de ma vie où ça a pas été le cas. Et aujourd'hui, quand j'ai ma maman au téléphone ou quand on s'écrit ou quand je la vois, il y a pas un moment où c'est la conversation finit pas par "Je t'aime maman et je t'aime ma fille." Enfin, c'est et pas juste parce qu'il faut le dire. Mais parce que c'est là. Et donc ma fille, oui, je lui je lui
dis tous les jours évidemment que je l'aime, je ne sais combien de fois par jour quand voilà et et je lui pose tous les matins, c'est un rituel que j'ai instauré moi en tout cas les mêmes questions. Je dis qui est la plus forte ? Qui est la plus belle ? Qui est la plus intelligente ? Qui est la plus drôle ? Pour qu'à chaque fois, elle réponde victoire, victoire, victoire, victoire. Certains me disent que du coup, elle va être euh horriblement sûre d'elle, mais tant mieux. enfin vu le monde qu'elle a affronté ou qu'elle aura demain affronter et ben elle aura de l'assurance et voilà je veux qu'elle soit qu'elle qu'elle ait confiance en elle. Euh et ça je pense que ça s'inculque et ça se transmet très tôt euh parce que dès tout jeune euh il y a déjà voilà des amitiés, des inimitiés.
Alors bon à 3 ans ça dure enfin les amis ils changent parfois tous les jours. Donc un jour elle parle d'une copine, le lendemain c'est plus sa copine et puis sur le lendemain c'est un autre copain et cetera. Mais je veux qu'elle doute jamais d'elle et de l'amour qu'on a pour elle et mon mari et moi. C'est quelque chose que vous partagez t tous les deux dans son éducation. Il a eu une éducation très différente de la mienne dans un milieu qui est qui est très très très différent du mien. Et puis il a pas eu de papa euh parce que son papa est parti. En tout cas celui qui était sur est parti mais il a été levé par son par son beau-père. Donc lui aussi il a il a des failles euh mais qu'il a réussi aussi à transformer. Moi je suis très admirative de son parcours. Je sais que j'ai eu au
départ sans doute beaucoup plus de chance que lui. Euh de la composition familiale qui était la mienne, du milieu dans lequel j'ai grandi qui était d'abord un milieu culturel, intellectuel. Euh donc moi je suis lucide par rapport à ça. Ça veut pas dire qu'ensuite on n pas du mérite et toi et moi parce qu'à un moment on a bossé, on a fait des études, on s'est imposé, on a pris des risques, on a survécu à des failles et cetera. Mais voilà, il faut aussi être lucide sur le fait qu'on a parfois quand même plus ou moins de chance au départ. Et moi je suis très très admirative de lui. Je pense c'est une des raisons aussi pour laquelle je l'aime tant. C'est c'est aussi ce qu' les épreuves qu'il a qu'il a surmonté et qui sous-estime lui-même comme si finalement bon bah il a réussi
comme ça. Ben non, en fait il y en a qui auraient pas pu tenir debout et lui il a tenu debout et oui on transmet ça à lui il a trois filles et puis moi du coup je une semaine sur deux j'en ai trois à la maison donc on change pas de discours. Et et je dis d'ailleurs à mes belles filles, j'aime pas ce mot, j'arrive, onarrive pas. En fait, je les appelle par leur prénom, je dis pas mes belles filles à table, ça existe pas. Donc il y a les enfants à table. C'est vrai, c'est pas un joli mot et moi je déteste aussi qu'on m'appelle la belle mè. Belle fille, c'est déjà pas joli. Mais alors belle-mère vraiment c'est c'est bref, en plus il y a belle-mère ça désigne plein de personnes différentes. Donc un jour, on trouve un autre mot qui permet à chacun d'être à la juste place
parce que je suis pas à la place de leur maman, elles ont une maman. Donc chacun est dans son rôle mais une semaine sur deux, je les élève et donc je les aime. Et c'est un rôle pas simple euh parce que des facto on te demande de d'aimer, de t'attacher à des enfants et mais sur lesquels tu n'as aucun droit. Donc c'est c'est très c'est très étrange he comme relation à créer. C'est une Oui. C'est une place qui est très difficile à prendre et Ouais. Ouais. et à définir parce que on a ni envie d'être ceci, ni envie d'être cela. Il faut pas prendre la place de l'autre, il faut quand même prendre une place et puis on vit ensemble et puis on les élève et puis je fais pas de distinction. Enfin, je veux dire quand il y a les trois à la semaine, ben il y a les trois à la semaine, elle traite
pas différemment. En fonction de leur âge, je fais fonctionne différemment mais je ne les traite pas. Et heureusement encore d'ailleurs, enfin la question se pose même pas en fait. Elles sont là, elles sont toutes les trois, elles sont sœurs, il y a pas de demi-sœurs. Jamais prononcer ce horrible mot. Elles sont sœurs et en plus euh comme je suis arrivée dans leur vie euh très tôt euh finalement euh puisqueaujourd'hui elles ont 8 ans et 10 ans et ça fait maintenant un peu plus de 4 ans. Donc du coup euh voilà, on a on va grandir ensemble. Tu participes vraiment à leur éducation ? Bah oui, des factos et heureusement et c'est cela où il faut trouver la juste place. Elles ont une maman que je respecte et que je ne remplacerai jamais. Alors pour revenir sur ces ces
embûches peut-être de dans ton parcours personnel et politique de l'échec des municipales de ce que des enseignements que tu as tiré cet échec et peut-être spontanément tu veux me parler d'autres embûches ou d'autres choses qui t'ont bah qui t'ont qui ont forgé la personne que tu es aujourd'hui. Et on on dit de toi, tu le sais évidemment que tu es quelqu'un de solide et de pugnass. Est-ce que c'est cette éducation dont on a parlé ? Est-ce que ce sont ces embûes que tu as traversé ? Voilà, moi j'aimerais comprendre tout ça. S'en doute un peu de tout ça, mais les municipal ça a été fondateur pour moi. Euh déjà parce que je me suis pris une claque. Euh tu considères que c'est la première grosse claque que tu es prise ? Bah en
fait, c'est en fait qu'on a jamais été candidat soi-même. C'est un truc qui est difficile à appréhender mais à la fin tu as des affiches avec ta photo, tu as ton nom qui est partout mais à l'époque c'était sur une commune de 10000 habitants mais pour la première fois j'avais des affiches de moi, j'avais des tractes avec ma tête, j'avais mon nom qui était partout. Euh c'est un truc un peu étrange quand même. Euh et il faut d'ailleurs garder suffisamment de distance, c'est-à-dire c'est pas parce que les gens ne votent pas pour toi qu'il te rejettent toi en tant qu'individu, en tant que personne, faire la part des choses. À un moment, il y a des idées qu'ils n'ont pas eu en de voilà de de mettre au pouvoir. Euh il y a des erreurs qui ont été faites et cetera, mais c'est un vrai sujet sur le
rejet en fait. Euh et c'est pas parce que tu gagnes d'ailleurs que le les gens t'aiment, c'est autre chose. Mais il y a un vrai rapport là-dessus des hommes et des femmes politiques sur la question de la séduction, sur la question de l'amour, sur la question de la conviction et c'est des registres qui sont très différents. Mais c'est pas parce qu'il y a de la séduction que pour autant quand on perd, ça veut dire que on est rejeté soi-même et ça ça met du temps à à l'apprendre et à le comprendre. Et moi, c'est vrai que déjà, j'étais plus jeune, c'était en 2014. Euh, c'était ma première vraie campagne et puis ma première campagne sur mon nom. Donc, tuembarques avec toi, 28 autres personnes, était 29 sur la liste. Donc 28 qui te font confiance, tu consacres, j'ai quasiment tous mes toutes mes
soirées, j'ai je faisais des réunions d'appartement, des réunions publiques, je faisais du porte à porte le weekend et cetera en plus de ma vie professionnelle. Euh donc tu jettes un peu toutes tes forces dans la bataille et puis c'est très dur de s'autoévaluer en campagne. C'est très dur d'arriver parce que les gens te disent pas forcément toute la vérité. Ils peuvent t'accueillir très bien chez eux et puis finalement le lendemain ils votent autre chose. Souvent il y a des des enquêtes qui disaient que un/ers des Français se décidait dans l'isoloire. H ce qui est quand même assez vertigineux. Donc ça veut dire que parfois ça peut se décider à rien et sur rien. Euh donc ça relativise quand même tous les efforts qu'on y met qu'on y met avant. Mais vraiment le jour où enfin au moment où
il y a l'élection mais je m'étais dit si j'y arrive pas mais ma vie va s'effondrer en fait je vais pas m'en relever et en fait tu te relèves. Et donc en fait c'est ça c'estàd que le dimanche le dimanche tu sais parce que l'élection c'est le dimanche donc le dimanche tu te prends une clé dans la gueule puis le lundi matin j'étais au boulot tu vois parce que j'avais ma vie professionnelle je vivais pas du tout du fait d'être élu euh et donc bah le lundi, je suis au boulot donc tu as euh les quelques collègues sympas qui te disent oh là là ça doit être difficile et cetera tu as deux trois cercanes de dire ah bon bah finalement c pas voilà et puis tu as un peu d'indifférence aussi par c'est bien normal qu'il y avait vraiment autre chose à faire que de savoir moi ma ma campagne ce qui
allait se passer puis en fait tu vois que bah que tu survis quoi et donc c'est une manière d'apprendre à encaisser les coups aussi parce que dans ton métier on encaisse beaucoup de coup bien sûr mais je pense que sincèrement euh et ceux qui ont connu ça je pense comprendront cette phrase mais que que tu sais gagner si tu as appris à perdre bien sûr voilà tu as été avocate il y a aussi ce rapport là et en c'est différent quand tu es avocate parce que tu as la vie des autres aussi entre tes mains. Enfin, c'est c'est une nature qui est évidemment une matière qui est différente, mais il y a un peu de ça. C'est-à-dire qu'il y a des métiers où on se dit si je perds cette affaire là, si j' perd ce cas-là, si je perds cette élection là, c'est fini. Ma carrière s'arrête, je m'en relèverai
pas, je m'en remettrai pas, même personnellement, humainement, je ne me relèverai pas. En fait, si. Et moi, c'est ça que ça m'a appris, c'est qu'en fait il y avait le jour d'après et que le jour d'après bah j'étais pas par terre, que le jour d'après bah j'arrivais à me relever. Euh et ça m'est arrivé aussi dans après dans le reste de ma vie politique, déjà je pense que je serais peut-être pas devenu député et donc peut-être pas devenu ministre si j'avais pas connu cet échec là parce que j'ai connu cet échec donc j'ai pas été maire alors que sinon j'aurais été maire, j'aurais été vice-présidente de la GLO et puis peut-être que j'aurais été tout de suite conseillère régional et donc peut-être que ça aurait été différent que j'aurais pas eu exactement le même
parc. En vrai, je peux pas savoir parce que c'est d'autres circonstances. J'ai fait ensuite d'autres choix. Euh mais voilà, le rapport à l'échec euh il est il est fondateur. Ça permet aussi de compter les siens, de voir qui sont les amis qui tiennent dans l'échec et pas que dans les moments les les plus heureux. Et donc je l'ai vécu après à d'autres moments de la vie politique, des moments où tu t'attends à être nommé. Enfin la question de la nomination mon toujours bah comment on fait pour être nommé ? Je le savais, il y a pas de mode d'emploi, ça marche pas comme ça. Un remanement, c'est des contingences politiques, c'est des différents partis qui doit être présentés, c'est des règles de parité géographique. C'est ce que tu pèses aussi politiquement. Donc
j'ai progressivement réussi à à peser plus politiquement parce que il y a plus de de notoriété, parce qu'il y a plus d'impact, parce qu'il y a les combats que je porte et je pense que je suis reconnue aujourd'hui pour ces combats-là. Euh en tout cas, je je l'espère. Donc évidemment que ça joue mais il y a des moments où je pensais que ça voilà où normalement les planètes étaient alignées pour être nommé. Finalement je l'ai pas été. Et peut-être que aussi en fait du coup j'ai réussi à l'être au bon moment parce que quand je suis réélu député en 2022 et qu'on propose d'entre au gouvernement là c'est moi qui dit non. Ouais. En disant en fait non moi je veux devenir présidente de groupe donc je vais être candidate. Alors que là on me le proposait et en fait c'est moi qui vais à un
moment dire en fait c'est pas la voix que j'ai envie de prendre. J'ai envie de prendre le groupe et de me faire élire parce qu'il y a une élection. Hm. Euh et donc je suis élue par les députés et à ce moment-là, on est plusieurs on est plusieurs candidats et je gagne au premier tour malgré plusieurs candidats et donc je démontre que voilà, je peux gagner, je peux les convaincre, euh je peux leur donner envie de travailler avec moi et qu'on peut faire du collectif et qu'on peut faire ensemble et cetera et cetera. Voilà, si j'avais été nommé un an avant euh bah je serais peut-être resté au gouvernement, j'aurais pas vécu cette expérience de groupe qui m'a énormément appris et solidifié. Donc c'est pour ça que voilà dans dans le rapport qu'on a aux épreuves ou à l'échec, il faut voir ce
que ça nous a permis ensuite malgré tout de faire de réussir, de transformer. Évidemment que sur le moment où on préfère gagner, enfin personne peut dire le contraire. Évidemment qu'on préfère ne pas échouer. Sauf qu'à un moment bah ça nous fait de facto grandir et et on n'est plus exactement les mêmes. Et ça remet en place un peu d'humidité. Ça change un peu les entourages parfois. Ça permet de remettre en question ce qu'on a fait, ce qu'on a pas su faire. Euh et en tout cas à la fin, moi je suis assez convaincue que sur ces échecs politiques que j'ai connu m'ont permis d'avoir la trajectoire qui est la mienne aujourd'hui. Euh et que sans ça, sans doute que j'aurais pas eu j'aurais pas eu la même vie politique.
Et alors tu dis que la vie politique c'est une partie de la vie. Ouais. Comment est-ce que tu entrevois l'après-vie politique ? Ben en fait, je pense que on est dans un moment qui est quand même euh un moment de rejet de la vie politique. Là-dessus, il faut quand même être très lucide. C'est-à-dire qu'aujourd'hui les Français zapent de plus en plus, euh regardent de moins en moins euh et se disent surtout qu'on a de moins en moins de prises sur euh sur la vie et sur leur vie. Donc moi, j'essaie de me battre pour ça parce qu'en plus j'ai des causes. Moi, c'est des causes et des combats en fait ce ministère euh c'est des combats dont on a parlé ensemble sur la lutte contre l'antisémitisme, lutte contre le racisme, la discrimination, la lutte contre les violences, les gagés, c'est que des
combats. Donc il intérêt à avoir quelqu'un à ce poste-là qui est prêt à combattre, qui est prêt à aller un moment remuer, bouger, mobiliser, qui arrive à embarquer aussi un peu un peu collectivement. Moi, je pour ça que je suis heureuse aussi d'être à cet endroit-là. Euh mais voilà, il faut avoir la lucidité de reconnaître quand même qu'aujourd'hui le risque c'est que la vie politique on soit la pièce d'à côté hein pour les Français. Si on veut vraiment être à nouveau dans leur salon et à nouveau dans la pièce principale de vie et que la conversation le dimanche midi ça se fasse encore un peu sur la vie politique et pas juste pour s'en désespérer, il faut aller parler aux français. Et pour être crédible par rapport à eux, il faut aussi leur dire qu'on va pas faire ça toute notre vie
parce que s'ils ont l'impression qu'on est que des rentiers et que notre seul sujet c'est nos personnes et c'est comment en fait on sera là au prochain remement ou à la prochaine élection et ainsi de suite en fait évidemment que ça leur donne pas envie de continuer à croire en nous. Si par contre je leur explique que moi c'est une tranche de vie sur laquelle je m'engage totalement. Totalement euh parce que je pense que des choses qui m' reconnu, c'est le travail. Peu ne pas m'aimer mais je pense que les gens respectent quand même l'énergie que j'y mets et et la force de travail qui est la mienne. Euh donc il me voit bosser en tout cas. Euh et si en plus je leur dis voilà non seulement je vais bosser, je vais je vais me donner corps et âme sur ça mais je serai pas là
dans 20 ans ou dans 30 ans. Et où tu devrais être ? Bah pour l'instant je suis là et je suis pleinement là. Donc en fait, c'est vrai que je me pose pas la question parce que le moment où je me poserai la question, c'est un moment où je tournerai la page. Et pour l'instant, je suis pas prête à tourner la page parce que on a des combats tout de suite maintenant qui sont quand même essentiels et qui disent beaucoup quand même de l'état d'une société, d'une démocratie. Et puis on a un rendez-vous qui est majeur dans 18 mois avec l'élection présidentielle et avec un risque qui a jamais été aussi grand que l'extrême droite gagne dans notre pays. Donc il va falloir quand même quelques combattants et combattantes pour assumer que c'est pas inéluctable parce que c'est pas
inéluctable. Ils ont pas encore été élus. Donc tant qu'ils ont pas été élus, ça veut dire que ils ne le sont pas. Et donc il faut que chacun ait ça en tête et qu'on se dise pas "Ça y est, c'est fini, c'est trop tard et on tourne la page." Il faut pas tourner la page. Il faut se battre pour que ça n'arrive pas. Euh et donc on verra après ça. Après moi j'ai toujours dit par exemple que député je pense que c'est trois mandats et que c'est bien de faire trois mandats de vie parlementaire. Alors là on peut dire que je suis au 3è. Enfin il y a une petite solution. Donc en gros, c'est 15 ans. C'est 15 ans de vie parlementaire. Je pense que c'est bien. Aujourd'hui, il y a quand même peu de Français qui font 30 ans, 40 ans dans le même métier, c'est quelque chose euh ou dans la même fonction.
Euh donc c'est aussi comment on évolue, comment on grandit, puis c'est aussi très exigeant vis-à-vis de nos familles, vis-à-vis de nos proches. Tu rêvais d'être scénariste, je crois. Ouais. Ouais. Mais les gens me posent souvent la question disant "Mais tu as eu des parents comédiens ? Est-ce que tu as déjà donné envie ou pas ?" Euh al j'ai fait du théâtre et cetera évidemment, mais euh non, j'ai pas eu j'ai pas eu cette lumière là. Je pense car c'est un truc un peu animal qu'on a ou pas. Et puis moi, j'ai vraiment eu au fond de moi et très tôt et très jeune la vie politique et ça ça m'a toujours animé. Euh donc je pense que ça continuera à m'animer jusqu'à la fin de mes jours. Euh de porter des combats, d'avoir un avis, de vouloir le donner, de vouloir prendre la
parole. Mais je sais qu'il y a plein de manières de le faire. Mais aujourd'hui, je suis pleinement dans ce combat là et puis dans celui qui arrive parce que il va falloir qu'on se qu'on se mobilise quand même très fortement. Donc étape une étape après l'autre. Mais oui, il y aura une autre vie après. Ça, j'y crois et je pense que c'est sain. Mais je pense aussi qu'il faut que le monde économique aussi l'accepte. C'est qu'à un moment, on a le droit quand même de s'être engagé pour son pays pendant 5 ans, pendant 10 ans, pendant 15 ans et ensuite de revenir à une vie civile. Si à la fin, là aussi, on est tous marqués au fer rouge parce que mon dieu, on a été député puisquon a été ministre. Maintenant, c'est devenu un problème. C'estd qu'on a été élu par les Français,
qu'on les a représenté. On peut en fonction des idées accepter ou pas, mais enfin on peut pas par principe dire qu'on est disqualifié parce qu'on a été parlementaire au membres du gouvernement. C'est un truc un peu fou quand même. Alors on va jouer aux cartes. J'ai un jeu de cartes sur les failles. Il y a plein de petites questions et tu vas en piocher trois au fur et à mesure et si tu veux bien tu vas les lire et même y répondre. Allez la première. Alors, j'aimerais que les gens disent de moi que plutôt que [rires] J'aimerais que les gens disent de moi que je suis courageuse plutôt que que lâche. Bon, ça je crois que normalement j'espère que c'est J'espère. En tout cas, faut continuer à le démontrer.
Une deuxième carte de l'autre côté. Hop, le voyage qui a changé ma vie. Euh alors, changer ma vie, je sais pas. Euh mais qui t'a marqué ? Peut-être ? Qui m'a marqué ? Moi j'ai eu la chance de de beaucoup voyager avec mes parents. Mon père travaillait beaucoup mais on avait toujours deux tr semaines l'été. Il prenait jamais de vacances pendant l'année mais il y avait deux tr semaines l'été où on partait et on partait souvent à l'étranger pour voir d'autres choses. Euh donc c'est peut-être un souvenir avec mon papa. En fait c'est la première fois que je suis allée à Florence h parce que pour le coup je m'en souviens très très bien. Tu avais quel âge ? Je devais avoir 8 ans. 8 ans 9 ans. Euh ouais, j'étais à l'école primaire. Donc ça doit être ça. 8 ans 9 ans. Et
c'est la première fois de ma vie, j'ai pleuré d'émotion devant quelque chose de beau. Euh c'està-dire que je je tenais la main de mon père, de mon papa et et on arrive devant le domo en fait à Florence et j'en ai pleuré. Ça paraît fou hein voilà d'avoir cette émotion. Mais en fait ça m'a submergé. Je trouvais ça tellement beau. Je serré très très très fort la main. Euh et c'est un choc et on a des chocs parfois devant devant des tableaux, devant des paysages, devant des lieux et moi ça a été ça. Donc je sais pas si ça a changé ma vie mais en tout cas c'est une émotion dont tu te souviens don Oui. que je ressens encore aujourd'hui en en parlant et puis en plus c'est un sous qu'on pe et une dernière alors je au milieu la décision la plus difficile que j'ai
eu à prendre. là [rires] elles sont dures. C'est dur de répondre à ça. Je je sais pas. Euh je dirais que paradoxalement pas la plus difficile mais la plus engageante de ma vie c'est de devenir maman. Ça la fois la décision la plus facile parce que je l'ai fait à un moment où j'étais prête à le faire. Euh je me suis beaucoup battue sur pour la liberté des femmes de choisir pour l'inscription de l'IVG dans la constitution. Euh j'ai dit publiquement que j'avais eu recours comme des millions de femmes à l'IVG à des moments où juge était pas prête. Euh et je crois à ça, je crois à la liberté. Je crois qu'on est une bonne mère à un moment où on décide qu'on est en capacité de l'être et qu'on est aussi bien accompagné pour l'être. En tout cas, moi ça a été mon choix. Donc c'est pas la décision la
plus difficile, pas du tout, mais c'est le processus et le fait que voilà, c'est quand même une décision de dire voilà, je suis enceinte et et j'ai et j'ai envie de cet enfant et j'ai envie de cet enfant avec toi. Euh et donc c'est pas la plus difficile mais c'est la plus engageante de ma vie parce que c'est pour toute la vie et la plus la plus structurante, celle qui m'a le plus changé dans ma vie, c'est l'arrivée de ma fille. Faut être hyper organisé quand on est ministre et maman d'un très jeune enfant. On a une revue d'agenda tous les dimanches soirs [rires] pour se coordonner. Ouais, il y a souvent beaucoup de culpabilité. Euh mais ça, j'arrive pas à m'en départir. On me dit "Mais ah bon oui mais c'est pas si simple en fait de se dire allez je vais enlever ma couche de culpabilité
comme ça. Non, c'est pas une pellicule qu'on qu'on enlève, c'est pas un scotch. Euh donc j'essaie de faire avec. Euh et quand je suis avec elle, je suis vraiment avec elle. Quand je suis avec elle, je suis pas sur mon téléphone. Quand je suis avec elle, c'est du temps pour elle, avec elle. Mais tu lui expliques parce qu'elle est toute petite ta fille, tu lui dis "Je fais un métier qui parfois m'obligea." Comment difficile à comprendre enfin c'était plus facile dire quand elle était nourrisson toute petite parce que elle mesurait moins l'absence. Là, elle le mesure plus parce que déjà elle s'exprime tout le temps, elle parle tout le temps, elle pose des questions et c'est vrai que là, il y avait souvent les questions quand je revenais tiens mais est-ce que tu repars ? Est-ce que
tu vas au travail ? Donc ça, elle a compris que maman elle travaillait. Ça elle a vraiment intégré. Donc elle est venue plusieurs fois au monster. Elle est parfois quand je suis là où je suis élue, elle peut venir mais je veux pas non plus qu'elle devienne le centre d'attention. Tout le monde va la voir et cetera. Enfin, c'est pas une attraction ma fille, même si c'est parfois très très gentil hein. Euh tout le monde connaît son prénom, tout le monde toujours de ses nouvelles et cetera. Euh mais c'est c'est voilà c'est ma vie personnelle. Puis elle elle l'a évidemment pas choisi cette vie-là, mais j'essaie de voilà de faire attention au temps. Le temps avec elle, je sais que je le rattraperai pas. Le temps que je n'ai pas avec elle, je le rattraperai pas.
Euh donc être voilà, être épanoui, être à fond dans ce que je fais, dans mon couple aussi évidemment, mais avec du temps pour elle et avec elle et pleinement avec elle quand je suis avec elle. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Si ce podcast vous plaît, abonnez-vous à ma chaîne YouTube. Abonnez-vous sinon en audio sur votre plateforme habituelle. Mettez une petite note avec les étoiles, ça m'aidera beaucoup. Merci.
Aurore Bergé