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interviewLCP - Assemblée nationale· 7 juillet 2025 36 min

Violences à Betharram : révélations choc et silence d’État - LCP le mag

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Musique C'était l'audition la plus attendue de la commission d'enquête sur les violences scolaires. Celle qui aurait pu coûter son poste de Premier ministre à François Bayrou pour son rôle dans l'affaire Bétharram. -Qu'est-ce qui explique qu'en sept jours, vous faites varier à quatre reprises votre version concernant votre ignorance ou manifestement votre connaissance des faits de violences physiques et sexuelles à Bétharram ? -Vous m'interrogez, vous, en montant à la tribune, pour m'accuser d'avoir protégé des pédocriminels ?

Vous ? Dans ma vie, on m'a accusé de beaucoup de choses. Rarement de faits aussi ignominieusement graves. -Un moment politique finalement presque anecdotique face à ce que la commission d'enquête parlementaire a révélé.

Des violences scolaires systémiques dans certains établissements privés catholiques et une défaillance de l'Etat à tous les niveaux de la hiérarchie. -Cette commission d'enquête, est forte, utile, elle dérange. Oui, on va faire des propositions de changement assez forts. -On ne veut pas se faire balader. -Au fil des jours, des centaines de victimes brisent le silence un peu partout en France, dans les établissements privés et aussi publics. -Je crois vraiment que littéralement le silence tue parce que des élèves ont voulu se suicider.

Peut-être qu'il y en a qui l'ont fait et on le sait pas. -C'est horrible de dire ça, mais j'ai l'impression que ma vie s'est terminée à un moment où de toute façon je pensais y rester. -Vous savez, ici, l'éducation d'autrefois n'était pas la même que celle de maintenant. -C'est un dossier tentaculaire qui a bouleversé la commission d'enquête. -Ces violences ne sont pas des violences qui renvoient à un passé révolu, ce sont aussi des violences de notre présent.

Et dans l'intérêt des enfants, des douze millions d'élèves qui sont scolarisés en France, il faut très rapidement prendre les mesures qui s'imposent. -Auditions, contrôles surprises. Pendant quatre mois, nous avons suivi le travail de Violette Spillebout et Paul Vannier, pour en finir avec la loi du silence.

Musique -Au bord du Gave, encaissée au pied des montagnes pyrénéennes, Notre-Dame de Bétharram. C'est dans cet établissement privé catholique aux murs imposants que le scandale a éclaté. Un détonateur pour la commission d'enquête qui va se plonger dans des décennies de violences physiques et sexuelles.

Musique -Le chemin des sanctuaires de Bétharram, Alain Esquerre l'emprunte chaque jour depuis son enfance. C'est un peu son chemin de croix. Musique -C'est vraiment immense parce qu'il faut imaginer cinq, six dortoirs de cinquante, soixante enfants en enfilade sur les premiers et deuxièmes étages.

Musique -Quand je les regarde, j'y vois la peur, la terreur. Les années passées, à pleurer sur moi-même, parce qu'effectivement, nous n'avions que nos yeux pour pleurer. Musique -Alain Esquerre a laissé six ans de son enfance dans cette école.

Ceux qui y étaient pensionnaires dénoncent des violences sexuelles. Lui était externe, et il se souvient des châtiments corporels, des punitions à répétition dont le supplice tant redouté : celui du perron. -Un chuchotement provoquait la mise sur le perron.

La mise sur le perron, c'est ce petit promontoire qu'il y a au-dessus des escaliers. Et donc, sous le regard de la Vierge, on était collés nez au mur pour attendre la punition qui arrivait. Alors, au mieux, c'était une paire de gifles par le surveillant général, ou au pire, vous alliez dans son bureau et là, il vous passait à tabac.

Sachant que vous aviez déjà été punis puisque vous restiez debout parfois pendant des heures et malheureusement pour les internes, ils y passaient une grande partie de leur nuit. Piaillements -L'ancien élève vit toujours à quelques pas de Bétharram. Pendant longtemps, il s'est tu.

Et puis, il y a deux ans, il croise un de ses anciens tortionnaires. C'est le déclic. Il lance un appel sur Facebook pour recueillir les témoignages d'autres victimes comme lui.

Musique -Je ne peux imaginer à aucun moment ce que je vais découvrir et l'immensité de ce dossier. Je suis sidéré par l'immensité de ce dossier qui est tentaculaire, par le nombre d'agresseurs, par le nombre de victimes. -En quelques semaines, des centaines de témoignages affluent.

A la recense, trente-deux agresseurs présumés, dont dix-huit prêtres. Des agressions qui remontent, pour les plus anciennes, à 1957. Il les a toutes classées. -Donc en jaune, on a les violences physiques.

Certains, c'est des piqûres à l'eau, d'autres, ça va être des coups de cravache, voilà, des coups à perdre connaissance, des humiliations. Ca peut être... des fessées, des fessées à derrière nu.

Et puis après, vient évidemment en rouge les violences sexuelles avec... les attouchements et... et plus les viols, parfois répétés ou en bande organisée. -Au moment où nous tournons, Alain a répertorié 212 plaintes.

Parmi elles, celle de Jean-Rémy Arruyer. Pensionnaire du CM2 à la classe de première à la fin des années 70, il a enfermé ses souvenirs et ses photos de classe dans une malle pendant quarante ans. Pour nous, il accepte de les ressortir.

Musique -Il s'agit d'une procession quand je suis en classe de sixième. -Vous êtes où ? -Je suis ici et là.

Il y a beaucoup de... de têtes que je reconnais.

Monsieur Carricart, il m'a agressé sexuellement à plusieurs reprises. Quand je revois ces photos, c'est immédiatement glaçant pour moi. C'est la machine à souvenirs qui remonte, mais alors... -Pierre Silviet-Carricart est à l'époque le père directeur de Notre-Dame de Bétharram.

Pour tenter de s'en protéger, Jean-Rémy va adopter un stratagème pendant près de trois ans. -Classe de sixième, classe de cinquième, quatrième. Tous les dimanches soir, ici, j'ai enfilé un gant de toilette que je mettais autour de mon sexe. -Pourquoi ? -Pour moi, ça semblait être une petite armure dérisoire.

Je me disais, de toute façon, je vais prendre des mains aux fesses ou ailleurs. Qu'est-ce que je peux faire ? Je vais pas en parler à un adulte à Bétharram.

Ils sont tous... plus chtarbés que les uns que les autres, plus pervers.

Ils en jouissent, de la situation des enfants. -Et vos parents, c'était trop difficile d'en parler ? -C'était pas possible d'en parler.

Bétharram, c'est une institution éminemment respectable. -En 1998, le père Carricart est mis en examen pour viol, puis libéré. Il se suicide alors qu'une nouvelle plainte vient d'être déposée contre lui.

Déjà en 1996, les violences physiques à Bétharram faisaient la une des journaux télévisés. *-Polémique, à Lestelle-Bétharram, près de Pau, le père d'un élève de quatorze ans, inscrit dans un collège privé, a déposé plainte pour coups et blessures volontaires et traitements inhumains et dégradants. *-Notre-Dame de Bétharram est réputée pour sa sévérité, mais il semble cette fois-ci que certains élèves aient été victimes de sévices qui vont au-delà de la simple punition. *-Des parents ont porté plainte pour coups et blessures. *Ils dénoncent, je cite : "des méthodes barbares et des punitions moyenâgeuses." -Parmi les parents d'élèves de Bétharram à cette époque, l'un d'eux est très connu.

Il est même ministre de l'Education nationale, François Bayrou. Il va diligenter une inspection express de l'établissement. Malgré les plaintes, le rapport conclut à l'absence de dysfonctionnement.

Toutes les informations que le ministre pouvait demander, il les a demandées. Toutes les vérifications ont été favorables et positives. Le reste suit son cours.

Le poids du silence retombe sur l'institution pendant vingt-cinq ans. C'est une enquête de Mediapart qui va relancer l'affaire Bétharram en février 2025 et mettre en cause celui qui est, depuis, devenu Premier ministre. Le média d'investigation accuse François Bayrou d'avoir menti pour la défendre.

C'est en lisant cet article que le député Paul Vannier découvre le scandale de Bétharram. -J'ai compris qu'à nouveau, la question du contrôle des établissements privés était posée à travers cette affaire Bétharram. J'ai proposé à mon groupe parlementaire d'interpeller le Premier ministre sur cette question.

Applaudissements -Monsieur le Premier ministre, pourquoi n'avez-vous pas protégé les élèves de l'école Notre-Dame de Bétharram, victimes de violences pédocriminelles ? -Alors, j'affirme que j'ai évidemment, je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit de violences ou de violences, a fortiori, sexuelles. Jamais. -Et à la suite de ces questions, je fais la proposition de création d'une commission d'enquête parlementaire à la présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation.

Cette proposition est mise au vote. Elle est votée. Et quelques jours plus tard, je deviens corapporteur.

Donc tout ça est allé très vite. -La commission d'enquête sur les modalités du contrôle de l'Etat et la prévention des violences scolaires est lancée. Le député insoumis va travailler aux côtés de la macroniste Violette Spillebout.

Deux rapporteurs que tout oppose politiquement, mais qui vont faire front commun. Et ça commence par un déplacement surprise au ministère de l'Education nationale. -BONJOUR MONSIEUR VANNIER.

BONJOUR MADAME SPILLEBOUT. -Aujourd'hui, on a un certain nombre de documents que nous allons pouvoir analyser parce que c'est le premier jour de travail de cette commission d'enquête et nous souhaitons préparer très sérieusement l'audition des victimes. -Nous avons découvert qu'il n'existe pas, et c'est très étonnant, qu'il n'existe pas de dossier Bétharram.

Et donc nous allons poursuivre nos investigations pour comprendre à quel moment ces faits ont été détectés ou pas, en effet, par l'Education nationale. -Les archives, ils vont aller les chercher directement à la source. Un contrôle sur pièces et sur place, à Notre-Dame de Bétharram.

Ils vont découvrir que l'institution n'a quasiment jamais été contrôlée, comme la plupart des établissements privés. Un contrôle en moyenne, tous les 1500 ans. Bétharram, l'arbre qui cache la forêt des violences scolaires et de l'omerta qui les entoure.

En quelques jours, des dizaines de collectifs de victimes se constituent un peu partout en France. Violette Spillebout et Paul Vannier sont submergés de témoignages. Ils choisissent de consacrer leur première audition aux victimes.

Musique -On a découvert le trois mars qu'un des tortionnaires de Bétharram, il faut le dire, avait poursuivi sa carrière directement de Bétharram à Neuilly-sur-Seine, à Saint-Dominique de Neuilly. -A Neuilly-sur-Seine, mais aussi au Bon Pasteur à Angers. -Il y a des milliers et des milliers de filles qui n'ont jamais rien dit et qui sont dans la nature.

Trop honte, trop culpabilisées, trop humiliées. Et ça vous démolit pour la vie entière. -Au collège Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon en Bretagne. -De bas en haut, je dirais, à part les femmes qui nous servaient à la cantine... tout le monde était dans la violence.

Qu'a fait l'Etat pendant ce temps-là ? Il n'y a pas eu, en trente ans, un signalement. -Et encore dans le Pas-de-Calais, au village d'enfants de Riaumont. -Le père Revet assumait le fait d'embrasser les enfants sur la bouche.

Le père Revet assumait d'enfermer les enfants au pain sec et à l'eau pendant cinq jours, nus dans des douches, frappés à coup de ceinturon côté boucle. Musique -Albert Revet, c'est le père fondateur de la communauté de Riaumont. Un foyer d'accueil pour enfants puis une école privée hors contrat, tenue par des religieux catholiques traditionnalistes.

Musique -Les violences auraient débuté dans les années 60. Les enfants auraient même été contraints à des travaux forcés pour construire les bâtiments. Musique -Riaumont semble aujourd'hui encore figé dans le temps, à l'abri des regards, sur cette colline boisée du Pas-de-Calais.

C'est cet édifice, austère, que les deux parlementaires sont venus contrôler. Musique -Je pense qu'il faut qu'on aille vite, tout de suite, en arrivant, en leur disant ce qu'on veut. -Oui. -Et on peut peut-être commencer par la question des archives -Oui. et de l'internat, tout de suite. -Archives, internat. -Voilà. -Bonjour, bienvenue. -Bonjour, monsieur. -Bonjour. -Et j'invite les journalistes qui ont déjà parlé de notre plainte en diffamation à venir.

Les autres, vous pouvez faire des images à l'extérieur. -Le ton est donné. La visite s'annonce tendue. -Bonjour. -C'est une commission d'enquête parlementaire.

Violette Spillebout et moi-même sommes corapporteurs de cette commission d'enquête. On va rentrer. Musique Musique -Il m'a déjà bien dégoûté. -Ouais. -Et puis, il était sale, non ? -Dégueulasse. -T'as vu ses taches ? -Dégueulasse. -A l'entrée, le père Tabourin tente de défendre son établissement avant d'être interrompu. -80 % de nos anciens disent qu'ils ont été heureux ici. 10 % sont ni chaud, ni froid, et 10 % sont mécontents.

Bon, voilà. 10 % de mécontents, enfin, il faut pas exagérer. -Je me permets d'être dans les 10 % mécontents. -Sois le bienvenu. -Qui ont reçu une baffe. -Tu te souviens ?

Tu te souviens que tu m'as mis une baffe ? -C'est le frère Olivier. -Pardon ? -Tu mélanges avec le frère Olivier. -Non, je ne mélange pas.

Je me souviens très bien, tu m'as mis une baffe. Un jour avant la fin de l'année scolaire. Justement parce que j'ai refusé de ramasser des feuilles mortes. -Trois victimes ont profité de la visite des députés pour revenir sur les lieux de leur souffrance. -J'ai eu du mal à monter, je ne rentrerai pas.

C'est ce que je disais à Bruno, c'est ma prison et j'en suis sorti, je veux plus y rentrer. Je suis quasiment prêt à pleurer tellement ça me fait mal de revenir ici. Je pense qu'un enfant de neuf ans qui se prend des coups de rangers, des claques, des coups de poing ou autres sévices, j'ai l'impression d'être mort ici, en fait.

C'est horrible de dire ça, mais j'ai l'impression que ma vie s'est terminée à un moment où, de toute façon, je pensais y rester. -Notre caméra est finalement autorisée à visiter l'institution sous bonne escorte. -On va faire la visite, pour ceux qui sont restés. -L'école a fermé en 2019.

Et depuis janvier dernier, Riaumont n'a plus l'autorisation d'accueillir de mineurs. -C'était quoi, là ? -C'étaient les salles de classe.

Restées en l'état. -On a deux classes qu'on peut vous montrer. -Les moines, eux, sont toujours là et ils assument leurs méthodes éducatives. -Voilà.

Ici, c'était la classe la plus difficile à tenir. C'était pas évident de donner un enseignement. On faisait beaucoup plus de discipline, faire en sorte que les enfants restent assis à leur chaise et soient attentifs. -Vous niez toutes ces formes de... -Comment ?

Mais oui, le but n'était pas de faire pleurer les enfants. Le but était... -Le résultat, c'était ça. -Non, pas du tout.

C'est très dur pour nous d'entendre dire que nous sommes des tortionnaires. Vous vous rendez compte du mot ? -Que ce soit clair, vous avez mis des claques... -Il y a une discipline à faire respecter.

Il fallait...

Voilà...

Quand... vous êtes avec une classe...

Ce que j'ai dit tout à l'heure, vous êtes dans la classe la plus difficile, euh...

Vous étiez bien...

Si vous voulez faire votre cours, vous essayez de mettre de l'ordre. -Alors que nous achevons la visite, dans la cour, la tension monte. -C'est ça que vous êtes venu me voir dans une classe et me demander pourquoi je faisais tout ça ? -Je veux pas tellement en parler, pourquoi je parlerais ? -Allez-y, maintenant, j'ai fini. -Françoise Lobbedez, 80 ans, a bien connu le père Argouarc'h à ses côtés. -...au collège... -Dans les années 70, elle enseignait le français à des collégiens pensionnaires à Riaumont et elle a tenté d'alerter. -Moi, je fais mon devoir de prof, je signale quand ça va pas. -Et c'était vous, monsieur ? -C'était vous ? -Je sais pas, je crois pas. -Allez, la vérité, vous vous souvenez pas ? -Non, je me souviens pas, non. -Mais quand madame nous dit : "J'avais des élèves qui venaient, qui souffraient." -Je peux pas dire... -Vous, vous avez jamais vu d'élèves malheureux ? -Moi... -D'élèves qui souffraient ? -Moi, vous savez, je suis religieux.

Voilà, j'ai jamais vu quelqu'un de persécuté ici. Voilà, c'est tout. Après, le reste, elle racontait ce qu'elle voulait. -Mais tout à l'heure, quand des victimes nous disent : "Je me souviens, je me suis pris des claques, des coups, des coups de poing", tout ça, vous contestez ? -Bah...

Je...

Vous savez, l'éducation d'autrefois, n'était pas la même que celle de maintenant. C'est pas si facile que ça. -Vous avez été confronté à devoir donner des claques, des coups, faire des travaux forcés ? -Les travaux forcés, non, ça existe pas. -...j'ai connu des enfants d'âge de collège... -Il y avait, quand vous étiez là, Françoise, des garçons extrêmement difficiles. -Avec vous, peut-être. -Après, que vous disiez... -Ne me criez pas dessus. -Je crie parce que c'est inadmissible que vous attaquiez comme ça.

Je ne peux pas parler avec madame parce que... -On veut pas que vous vous fâchiez.

On va vous laisser. -C'est inadmissible. -...deux mois de vacances chez moi parce que je l'ai pris pour deux mois de vacances. - Au revoir, monsieur. -L'atmosphère est plus que pesante.

C'est aussi ce que vont ressentir les députés tout au long de leur visite. Ils ressortent un peu sonnés. -D'accord. -Et ils préfèrent s'éloigner pour nous donner leurs impressions. -Ici, vous êtes sûr ?

Ici, comme ça ? -Pardon, excusez-moi. Brouhaha -Il y avait comme un climat de défiance qui, peut-être, traduit quelque chose et qui, peut-être, nous rappelle... et nous sortions d'un rendez-vous avec les victimes, ce qu'a pu être pour des enfants, des adolescents, une vie ici. -Pour les victimes, c'est une histoire qu'elles ont largement déjà partagée elles-mêmes, une histoire de souffrance, de travaux forcés, de travaux nocturnes dans le froid. -Comme à Bétharram, les députés veulent comprendre comment ces dysfonctionnements ont pu perdurer.

Ils espèrent obtenir des réponses à la préfecture d'Arras. -Toute la partie archive nationale s'arrête à 1981 jusqu'à 2017. Donc ça, on doit vraiment demander à la préfecture, les choses.

Ce qu'on peut aussi demander à la préfecture, en plus, c'est...

Parce que les préfectures valident les délibérations municipales. C'est toutes les délibérations municipales de soutien au village d'enfants. -De la part de la mairie. -Voilà.

Je crois qu'on est au complet. On y va ? Musique -Ils vont découvrir que des contrôles, des alertes, il y en a eu à Riaumont. -Bonjour. -Et pourtant, rien n'a changé. -Bonjour.

Nous avons commencé à reconstituer ces dysfonctionnements. Dysfonctionnement d'un rapport de la DDASS qui n'a pas été suivi des faits en 2001. Dysfonctionnement de rapports d'inspections de l'Education nationale en 2012 qui ont finalement, à plusieurs reprises, été étudiés et donné un avis favorable à la reprise d'activité alors qu'on était en pleine plainte de crimes pour des faits de violences physiques et sexuelles au sein de Riaumont. -A chaque fois, c'est une chaîne entière de responsabilités qui a failli.

Une institution, l'Education nationale, souvent incapable de réagir face aux violences scolaires. Dans les établissements privés, mais aussi dans les écoles publiques. Bruit électronique -Allez, hop.

On se ressaisit. -Marie-Pierre Jacquart est une lanceuse d'alerte. Cette professeure a osé dénoncer un de ses collègues accusé de harcèlement et d'agressions sexuelles pendant vingt-cinq ans sur ses élèves.

Non seulement elle n'a pas été entendue, mais en plus elle a été mutée. -Je me dis, mais en fait, on est à l'école, on est prof, on est dans l'Education nationale, pour les élèves, en fait, pour les protéger, parce qu'on s'intéresse à eux, parce que...

Et finalement, je me dis, tout le monde s'en fout, en fait. C'est vraiment... -Le noeud du problème, c'est ça, c'est l'écoute de l'enfant. -Oui, je crois qu'il y a une sorte de hiérarchisation des personnes, qui se sentent supérieures d'autres.

Moi, je suis dans la strate inférieure, des profs. Et alors les élèves, c'est comme s'ils existaient pas. Ils n'ont rien à dire, on ne les croit pas, alors qu'on les écoute pas. -Marie-Pierre, elle, les a écoutés.

Elle a même recueilli leurs témoignages. C'était en 2021. -Il y a des élèves qui m'ont écrit qui ont aujourd'hui plus de quarante ans.

Il y en a un qui me dit : "J'étais là-bas entre 2003 et 2006. Si vous saviez depuis combien de temps il agissait...

Mais je préférerais vous en parler de vive voix." Nous sommes appelés par la suite. Et il y a quelqu'un qui m'a dit aussi : "C'est vraiment passé pas loin pour moi.

Je suis allée chez lui, j'ai bu son coca, j'ai été sur son matelas, je l'ai vu ouvrir sa chemise. Je ne me rendais pas compte à quel point j'étais proche de l'enfer absolu." "Je revois Pascal se vanter auprès de moi d'avoir couché avec un élève." -Mais pour sa hiérarchie à l'époque, ces écrits ne sont pas suffisants. -J'ai alerté ma proviseure, qui a alerté les inspectrices, ensuite on a eu une réunion ensemble, et là on m'a dit qu'il n'y avait pas de preuves, pas de plaintes, qu'il n'y avait rien...

à lui reprocher en fait. Moi j'ai dit : "Je crois que c'est grave, vraiment, il faut faire quelque chose." et je me suis dit "ça va se faire", et en fait, non. -Pendant deux ans, Pascal Vey continue d'enseigner.

Jusqu'à ce que la justice se saisisse du dossier. Il se suicide la veille de sa garde à vue. Il n'y aura pas de procès.

Paul Vannier et Violette Spillebout ont découvert l'affaire du lycée Bayen pendant leur commission d'enquête. Ils ont tenu à saluer Marie-Pierre Jacquart. -Je vous salue. -Emouvant d'être là, devant le lycée.

Merci à vous. -Merci à vous. Beaucoup. -On vous en prie.

Suivez nos travaux. On vous tiendra informée, bien sûr. Bon courage à vous. -Merci beaucoup pour la démarche.

C'est vraiment important. -Les auditions sont publiques. Les conclusions seront publiques.

Ca permettra aussi, avec des objectifs, de continuer le chemin. -Tout le monde espère. -Merci beaucoup. -On va faire le maximum.

Au revoir. -Les députés veulent comprendre pourquoi les signalements n'ont pas été pris en compte. -Bonjour. -Bonjour. -Vérifiez aussi que depuis, le lycée a mis en place des protocoles d'alerte.

Pour les corapporteurs, ces contrôles sur pièce et sur place sont essentiels. Les archives qu'ils récupèrent permettent d'enrichir les auditions, de confronter les protagonistes à la vérité. -T'as tout pris ? -J'ai tout. -Hop ! -A l'Assemblée nationale, c'est dans cette salle que Violette Spillebout et Paul Vannier passent la plupart de leur temps pour débriefer ces contrôles et préparer leurs auditions. -C'est le matériel.

Voilà à quoi servent les contrôles sur place et sur pièce. A aller chercher des documents, des documents qui sinon seraient restés méconnus, inconnus. Et ils sont essentiels.

C'est vraiment des milliers et des milliers de pages. -Il y a près de dix mille pages de documents. Beaucoup viennent des archives nationales parce qu'on a fait un certain nombre de requêtes, notamment sur les échanges entre les ministres, les cabinets ministériels, les administrations, les associations. -Comme cette lettre envoyée par le secrétaire général de l'enseignement catholique en novembre 2024 au ministère de l'Education nationale.

Un document crucial. -C'est un courrier très important parce que ce secrétaire général, monsieur Delorme, publiquement a affiché, souvent a revendiqué son souhait de voir les contrôles être généralisés dans les établissements qui relèvent de son réseau. Et dans ce courrier, il dit les choses de façon très différente.

On peut constater dans ce courrier qu'il s'oppose au renforcement du contrôle, et un guide du contrôle qu'il qualifie par exemple de "manuel de l'inquisiteur". -Ce courrier, Paul Vannier va l'utiliser face à Philippe Delorme. -Dans... ce courrier... vous indiquez notamment que, je vous cite, c'est vous qui signez ce courrier, "Les établissements privés associés à l'Etat par contrat ne peuvent être contrôlés comme les établissements hors contrat.

Ils ne peuvent pas non plus être contrôlés comme le public." -L'organisation de la vie scolaire nous est propre et fait partie de notre liberté. -Vous qualifiez ce guide dans ce courrier, je vous cite, M.

Delorme, de "manuel de l'inquisiteur". Et vous considérez que ce guide participe, je vous cite encore, d'un "système de délation". Je vous pose des questions très directes, Monsieur le Secrétaire Général.

Est-ce que vous considérez que les inspecteurs sont des inquisiteurs ? -Non, ils ne sont pas des inquisiteurs, monsieur. -Très bien, c'est pourtant ce que vous avez écrit dans ce courrier. -Nous n'écririons pas forcément la même chose aujourd'hui. -Confronté à son courrier qui date d'à peine six mois, le secrétaire général de l'enseignement catholique a changé de discours. -C'est un point que nous considérons comme un point d'avancée, signe de l'utilité de notre commission d'enquête. -Ca met des personnalités qui ont des responsabilités en face, sous serment, en face d'un public qui attend des réponses, par exemple sur le sujet des violences sexuelles dans des établissements privés sous contrat. -On n'est pas là pour piéger qui que ce soit, mais on n'est pas là non plus pour se faire balader.

Et ces documents nous garantissent qu'on ne le sera pas. -La commission a réalisé 140 auditions, mais l'une d'elles est particulièrement attendue. Ce 14 mai, les rapporteurs s'apprêtent à entendre le Premier ministre, François Bayrou.

L'ambiance promet d'être électrique. Le député LFI, Paul Vannier, a réclamé sa démission trois mois plus tôt et l'accuse toujours d'avoir menti. -Je vous invite donc, Monsieur le Premier ministre, à lever la main droite et à dire "Je le jure." -Je le jure. -Le duel peut commencer, et cette fois, sous serment. -Monsieur le Premier ministre, le 11 février dernier, ici même à l'Assemblée nationale, vous avez déclaré, je vous cite : "Je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit de violences ou de violences a fortiori sexuelle.

Jamais." Monsieur le Premier ministre, maintenez-vous aujourd'hui sous serment, devant notre commission d'enquête, cette déclaration ? -Celui qui ment ce jour-là, le 11... février, ce n'est pas celui qui répond à la question, c'est celui qui pose la question.

C'est-à-dire vous. -Vous n'avez pas répondu à ma question, je la repose donc à nouveau. -Je maintiens que les seules informations que j'ai eues étaient celles qui étaient dans le journal.

Je n'en ai pas eu d'autres. -Et la passe d'armes entre la Commission et François Bayrou continue. -M.

Vannier, j'ai déjà décrit votre méthode qui consiste à essayer de tirer la réalité pour nourrir un procès en scandale. -Excusez-moi, juste, je... je pense qu'il faut prendre aussi le pli, c'est-à-dire répondre à la question qu'on vous a posée. -Je n'ai rien caché, madame.

Et je vous demande d'adopter une formulation qui respecte ce que vous convoquez devant cette commission. Il se trouve que je n'ai pas eu le sentiment que la commission était totalement objective. -Nous savons que nous avons le Premier ministre en face de nous et c'est très important d'être juste et factuel dans les questions que nous vous posons.

Mais à l'inverse, je vous demanderais effectivement de ne pas considérer que tout ce travail est à charge contre vous. -Bien, je crois que nous avons terminé cette longue audition de Monsieur le Premier Ministre. Nous vous remercions et nous arrêtons là.

Merci beaucoup. -Cinq heures et demie. -Cinq heures et demie de bras de fer pendant lesquelles chacun campera sur ses positions.

Un Premier ministre qui se défend d'avoir menti et une commission d'enquête qui pointe ses approximations. Musique -Alors que les auditions s'enchaînent à l'Assemblée nationale, en parallèle, la justice avance. Le tribunal de Béthune doit rendre une décision importante concernant Riaumont.

Adrien Bonnel, l'une des victimes que nous avions rencontrées devant le village d'enfants, ne veut pas rater ce moment. -Bonjour, Adrien, tu es venu assister à ma relaxe ? -Votre relaxe, on verra bien. -L'homme qui l'interpelle, c'est le père Alain Hocquemiller.

Il comparait pour détention et consultation d'images pédopornographiques. -Ici, je m'énerve. Ca va ? -Ca va et toi ? -Il vient d'arriver, t'as vu. -Tu sais ce qu'il m'a dit ? -Non, il t'a dit quoi ? -"Tu viens assister à ma relaxe ?" -Ah, c'est pas vrai ? -Si ! -Nan mais, il a aucune limite, quoi. -Adrien retrouve la journaliste Ixchel Delaporte.

C'est elle qui a révélé le scandale de Riaumont et retrouvé une cinquantaine de victimes. Il y a aussi Françoise, l'ancienne professeure de français. -C'est le premier procès.

Alors forcément, c'est très symbolique pour les victimes. C'est très symbolique parce qu'ils se sont jamais retrouvés à devoir rendre des comptes devant la justice, à l'Etat, à des victimes. Là, c'est une première étape, mais d'une longue liste, en fait. -L'ancien prieur écope de deux ans de prison avec sursis et interdiction d'exercer avec les mineurs pendant cinq ans.

Son avocat a fait appel. -Alors, comment vous accueillez ce délibéré ? -C'est pas ce que j'espérais.

Il y a d'autres procès à venir dans lesquels il fait partie. Donc, de ce fait, on va attendre. On espère qu'avec le fait qu'il soit en sursis, que ça le fasse tomber sur du ferme dans ce cas-là. -Le parcours judiciaire ne fait que commencer pour le village d'enfants de Riaumont.

Les membres du collectif de victimes suivent aussi le travail de la commission d'enquête. Et ils en attendent beaucoup. -Non, mais ce qui est certain, c'est que grâce à la commission parlementaire, on voit tous les aspects du problème, toutes les administrations, toutes les parties prenantes qui ont dissimulé ou qui n'ont pas dissimulé euh... toutes ces maltraitances et tout ce scandale, en quelque sorte. -Cette commission, elle est salvatrice parce que c'est la première fois que l'Etat met le nez dans toutes les déviances structurelles et institutionnelles qui ont permis ce silence, qui ont permis ces omertas, ces crimes, parce qu'on peut parler de crimes.

De ce qui a été commis auprès d'enfants. Et donc finalement, ils ont été là pour entendre, pour écouter, pour dire cette fameuse phrase qu'on aimerait entendre plus souvent, qui est : "Je t'écoute et donc je te crois." Et le "je te crois", il a été fait par des gens qui représentent quelque chose.

Et donc rien que ça, déjà, c'est une reconnaissance, finalement, du statut de victime que les victimes elles-mêmes ont mis du temps à s'accorder, en quelque sorte. -Mais comment être reconnue victime devant la justice ? Les violences sont souvent anciennes et de nombreuses plaintes comme celle d'Adrien sont prescrites. -Ce que je voudrais pour ma part, mais je pense que c'est pour beaucoup de monde, c'est la levée de la prescription dans le cas des faits qui se sont produits sur des mineurs. -Que la loi change ? -Qu'elle change là-dessus.

Musique -Ses attentes, Violette Spillebout et Paul Vannier les ont en tête au moment de présenter leur rapport. Ils ont élaboré cinquante recommandations pour mettre fin aux violences scolaires et pour que les victimes soient enfin reconnues. -Il y a des recommandations extrêmement importantes pour les victimes.

Je pense en particulier à la création d'un fonds d'indemnisation qui permettra individuellement de reconnaître chaque victime. Fonds d'indemnisation par l'Etat, parce que c'est bien l'Etat qui a été défaillant dans le contrôle des établissements scolaires, qu'ils soient privés ou publics dans notre pays, pendant des années. -Face à cette situation, face à cette carence insupportable, inacceptable, nous appelons à une révolution dans des moyens du contrôle qu'il faut renforcer, conforter, clarifier, dans des procédures de signalement qui doivent être beaucoup plus robustes, et la création de Signal Educ comme cellule nationale de signalement, et puis des mesures de prévention très nombreuses qui doivent être mises en place pour empêcher que le pire ne se produise. -Les députés proposent des contrôles dans les établissements privés tous les cinq ans au minimum.

Ils déposeront une proposition de loi à l'automne, regroupant la plupart de leurs préconisations. Quant à la levée de la prescription réclamée par les victimes, elle fera l'objet d'une mission transpartisane à l'Assemblée nationale. Si la commission a permis que la parole se libère, les députés souhaitent à présent une prise de conscience collective pour protéger les enfants et s'assurer que les violences scolaires appartiennent au passé.

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