La France ingouvernable : un tremplin pour le RN ?
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Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans l'esprit public. Aujourd'hui, la France ingouvernable, un tremplin pour l'ERN et l'Ukraine peut-elle encore gagner la guerre ? Nos débatteurs ce dimanche, Brice Couturier, bonjour Brice. Bonjour L'Hervé. Collaborateur au magazine Le Point, votre dernier ouvrage au PUF, l'entreprise face aux revendications identitaires. Sylvie Kaufman, bonjour Sylvie. Bonjour. Éditorialiste au Monde, les aveuglés, comment Berlin et Paris ont laissé la voie libre à la Russie. C'est votre dernier livre publié il y a quelques semaines aux éditions Stock. Bertrand Baddy, bonjour. Bonjour.
Professeur en relations internationales pour une approche subjective des relations internationales. Là aussi, c'est votre dernier ouvrage chez Odile Jacob. Et puis Thierry Pêche, bonjour. Bonjour. Directeur général de Terranova. Alors dans la deuxième partie de l'émission, nous parlerons de l'Ukraine, à qui l'Europe en trouve un peu plus sa porte. Les 27 ouvrent des négociations d'adhésion avec Kiev. Mais la Hongrie met son veto à une nouvelle aide européenne en faveur des Ukrainiens. Ce qui tombe mal au moment où ces derniers peinent sur le terrain face à l'armée russe. Nous en débattrons. Mais tout de suite, notre premier sujet.
Si Emmanuel Macron dissout l'Assemblée nationale, que le Rassemblement national obtient une majorité, nous assumerons notre responsabilité. Et pour une raison très simple, c'est que nous sommes prêts non seulement à revenir devant les Français, mais que nous sommes prêts également à gouverner la France.
Vous accepteriez d'être le Premier ministre d'Emmanuel Macron ?
D'être un Premier ministre de cohabitation ? Bien sûr !
Jordan Bardella, Premier ministre de cohabitation d'Emmanuel Macron, le Président du Rassemblement national à Matignon. Alors ça n'est bien sûr qu'une hypothèse qu'il a évoquée sur RMC l'il y a quelques jours, mais il n'y a pas si longtemps, elle aurait été, cette hypothèse, qualifiée d'absurde. Signe des temps, elle est désormais crédible. Crédible politiquement et crédible aux yeux des Français. Puisque selon un sondage Elab publié cette semaine, 46% des personnes interrogées considèrent que Bardella ferait un bon Premier ministre. C'est un coup de poker inattendu qui a donné de la consistance à un tel scénario. Tout s'est joué lundi à l'Assemblée nationale.
Vous connaissez l'histoire, le projet de loi immigration devait y être débattu en séance publique. Mais surprise, la motion de rejet déposée par le groupe écologiste est adoptée avec la quasi-totalité des voix de la gauche, une bonne partie des voix de la droite et celle des députés RN. Alors à première vue, le choix tactique du Rassemblement national interroge. En votant la motion de rejet, les députés RN se privent d'une tribune sur leur sujet de prédilection, l'immigration, puisque le débat est stoppé net. C'est ce qui s'appelle, a priori, se tirer une balle dans le pied.
Mais avec le recul, c'est bien le parti de Marine Le Pen qui apparaît comme un des principaux vainqueurs de cette séquence. Car quelles en sont les leçons ? Eh bien que la majorité est minoritaire au Parlement, qu'elle n'est plus en mesure d'imposer son calendrier, que plus l'échéance de la prochaine présidentielle va approcher, plus les oppositions auront intérêt à ne pas jouer le jeu du compromis, et que face à de tels blocages, face à une France devenue ingouvernable, la solution se pourrait être la dissolution. C'est en tout cas ce que demande Jordan Bardella, considérant que son parti est en mesure de remporter les élections et prêt à exercer le pouvoir.
Affirmation déjà entendue, certes, mais ce qui est inédit, c'est qu'une majorité de Français considère désormais que le RN peut gouverner, comme en témoigne le baromètre annuel Le Monde France Info, et ça, ça n'était jamais arrivé. On voit donc à quel point la crise ouverte lundi dernier a un potentiel déflagratoire extrêmement important. Brice Couturier, je voudrais commencer par vous citer, tiens, quelqu'un que vous connaissez bien, puisque c'est vous-même. Vous avez écrit un post sur Twitter il y a quelques jours qui m'a interpellé. Je vous cite.
« Puisqu'il va falloir en passer par un épisode RN, tous les sondages le montrent, pourquoi pas dans le cadre d'une cohabitation, dissolution à l'Elysée, Macron garde la main sur la politique étrangère et il dissout au moment propice en 2026. » Est-ce qu'il faut comprendre que, pour vous, il vaut mieux avoir l'ERN au gouvernement aujourd'hui pour éviter de l'avoir en 2027 ?
Écoutez, s'il faut vraiment passer par cet épisode-là, comme le montre l'évolution des voix recueillies par Marine Le Pen aux récentes élections présidentielles, je rappelle qu'en 2017, elle avait fait 21% des voix au premier tour et 34% au second tour, et que, plus récemment, en 2022, elle a fait 23% au premier tour et 41% au second tour. Si vous suivez, si vous extrapolez, comme le fait Aquilino Morel dans son dernier bouquin, « La parabole des aveugles » Marine Le Pen aux portes de l'Elysée, vous voyez qu'effectivement, elle a toutes les chances d'emporter la présidence la prochaine fois.
Or, elle emporterait donc à la fois la présidence, Or, vous savez qu'avec la logique constitutionnelle qui est la nôtre, la personne qui emporte la présidence, généralement, emporte une majorité soit relative, soit absolue à l'Assemblée nationale. Donc, oui, c'est une idée qui a été aussi émise par le responsable du groupe Renaissance au Sénat. Une dissolution permettrait, en tous les cas, de mettre les choses au clair.
Savoir si vraiment le Rassemblement national, avec ses intentions de vote, est capable ou non de l'emporter maintenant, dans le cadre qui serait celui d'une cohabitation où le Président de la République garderait, comme on le sait avec les deux cohabitations précédentes, trois, des pouvoirs suffisants pour éviter, disons, le pire. C'est une hypothèse que j'aimais à titre très privé, avec beaucoup d'inquiétude.
Avoir le Rassemblement national à Matignon dans le cadre d'une cohabitation, est-ce que ça ne serait pas donner un marchepied supplémentaire à Marine Le Pen pour la prochaine présidentielle ? Ça serait aussi une manière de voir si réellement,
ce parti est en capacité de diriger le pays comme il le prétend. Beaucoup de gens pensent le contraire. Il vaut mieux avoir une expérience grandeur nature dans un cadre relativement restreint, contenu, plutôt que donner tous les pouvoirs à ce parti dont nous n'avons jamais vu ce qu'il serait capable de faire en situation de pouvoir. Écoutez, on est dans une situation qui est quand même assez délirante. Mon ami Jean-François Merle a parlé d'une majorité pierre d'ac pour voter cette motion de rejet à l'Assemblée nationale lundi dernier.
Une majorité pierre d'ac, vous vous souvenez, le fameux humoriste et résistant pierre d'ac avait inventé le mouvement ondulatoire unifié dont le slogan était « Pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour ». Or, nous avons vu à l'Assemblée nationale, pour la première fois, ce que j'appellerais une convergence des contraires et même une convergence des contraires pour refuser un texte, refuser non pas un texte, mais de discuter sur un texte. Comment peut-on voir le Rassemblement national, les Verts et la France insoumise unis dans un même rejet d'un texte qu'ils ne veulent pas discuter ?
C'est très grave parce qu'en réalité, ce qui a été mal perçu sur le moment, c'est que les arènes de débat sont en train de se déplacer. Elles n'ont plus lieu au Parlement qui ne veut pas discuter des lois, mais dans d'autres instances, le Conseil national de la refondation, les rencontres de Saint-Denis et puis le gouvernement qui peut très bien être gouverné par décret sans passer par l'Assemblée nationale. On est dans une situation de crise institutionnelle et politique sérieuse à cause de la tripolarisation et il faut en sortir d'une manière ou d'une dont on ne peut pas rester jusqu'aux prochaines élections dans l'attente de toutes les réformes qui sont nécessaires.
Restons sur cette hypothèse à propos du RN Thierry Pêche. Se dire qu'il vaut mieux peut-être essayer le Rassemblement national dans le cadre d'une cohabitation avec un partage des pouvoirs avec le chef de l'État plutôt que de permettre au RN peut-être en 2027 d'avoir les pleins pouvoirs, que ce soit côté exécutif et côté législatif. Qu'est-ce que vous pensez de cette tentation d'essayer cette formule-là ?
Je pense que c'est une spéculation sans grande crédibilité. D'abord parce que ceux qui sont capables d'en décider n'y ont pas intérêt et le chef de l'État en tout premier lieu. Ensuite parce qu'il n'est pas du tout évident que de nouvelles élections législatives dégageraient une majorité telle pour le RN qui serait légitime de l'appeler à Matignon. Je vous rappelle que le Front National a 89 sièges, 88 sièges aujourd'hui, mais à la faveur d'une élection où l'abstention était très élevée et où l'abstention différentielle a plutôt joué en sa faveur. Donc il pourrait espérer plus, il pourrait peut-être... Imaginons qu'il ait 200 sièges, ce serait beaucoup.
Est-ce que ça suffit à construire autour de lui une majorité à l'Assemblée ? Je n'en suis pas.
On voit bien ce qu'est une majorité relative
dans un contexte de tripartition. Ça ne suffit pas. La vérité, c'est que... Moi, j'avais parlé au moment de la réforme des retraites et de la crise qu'elle avait occasionnée d'une crise de régime lente. Je pense qu'on est dans une crise de régime lente. Pourquoi ? Parce que depuis 1958, nos institutions ont fonctionné à une condition, c'est qu'une majorité forte se dégage des élections législatives. Et donc la Ve République a toujours vécu en contexte de faits majoritaires, comme disaient les constitutionnalistes. Il y a eu des exceptions. Le gouvernement Rocard, mais le gouvernement Rocard manquait la majorité à quelques sièges et moyennant quelques tractations. On y arrivait.
Et il est arrivé à faire beaucoup de réformes avec cette majorité relative. Là, on a des majorités relatives qui sont beaucoup plus faibles. Et même dans les projections qu'on pourrait faire aujourd'hui avec un RN élevé, il n'est pas du tout évident que ce serait beaucoup mieux. Donc qu'est-ce qui se passe dans ces cas-là ? Normalement, dans une démocratie parlementaire, on fait une coalition. Mais on est dans une démocratie particulière. Il y a deux légitimités fortes en France. Celle du président de la République qui a proposé aux Français un projet et il a été élu pour ça.
Et simultanément, une autre légitimité, celle du Parlement, qui incarne un autre projet, on ne sait pas trop lequel, mais qui est contradictoire avec le premier. Donc on a deux, on a un conflit de légitimité qui se sont simultanément révélés dans les urnes. Ce n'est pas facile de fabriquer de la coalition à partir de là. Parce que vous avez un personnage, le président, qui dit je vais réaliser le projet pour lequel j'ai été élu et une Assemblée nationale qui dit vous n'avez pas la légitimité pour le faire. Donc comment on fait ? On fait cette espèce de bricolage.
Alors évidemment, le constituant en 1958, qui n'avait pas du tout imaginé que le fait majoritaire serait l'ordinaire de la vie démocratique française, a mis dans la Constitution tout un arsenal de moyens pour organiser la rationalisation du parlementarisme. Le 49-3 étant le plus célèbre, mais il y en a beaucoup d'autres. Et donc, qu'est-ce qui s'est passé en 2022 ? On a sorti cette trousse à outils formidable, on a fait du 49-3 sur tous les textes budgétaires, on a même transformé d'autres textes en textes budgétaires pour pouvoir les 49-3-iser, si j'ose dire. Mais au fond, à la fin, on bute sur le problème et il faut le reconnaître.
Donc je pense qu'on est dans cette crise de régime lente et aussi longtemps que durera la tripartition du paysage avec nos modes de scrutin. On restera dans cette difficulté que nos institutions ne savent pas résoudre.
Mais juste un mot très rapide, Thierry Pech, avant de donner la parole à Sylvie Kaufmann et à Bertrand Baddy. Ce bricolage-là, vous le voyez durer combien de temps ? C'est-à-dire la prochaine échéance électorale majeure, c'est 2027 avec la présidentielle et les législatives. Est-ce qu'on va continuer à bricoler comme ça, sachant qu'on voit bien que le bricolage, ça ne fonctionne pas toujours. C'est la loi sur l'immigration.
Bien sûr, mais ce qui est terrible dans ces situations, c'est que faute de solution, on continue. Et cette absence de solution est préférable à beaucoup à une dissolution dont pourrait sortir d'autres situations, si toutefois c'était le cas. Donc malheureusement, j'ai peur que ça dure et qu'on ne sache pas clarifier les choses. J'ajoute un mot, Herbé, c'est qu'il est tellement difficile de réviser la Constitution aujourd'hui que ce n'est pas demain qu'on changera la règle du jeu. La solution,
ça n'est pas la dissolution,
Sylvie Kaufmann ? Je suis désolée, je ne l'ai pas non plus. La dissolution, par rapport à... Mais la dissolution, je pense que personne n'en a vraiment envie en ce moment. Je suis tout à fait...
Le RN, Jordan Bardella, avait l'air d'être plutôt partant.
Oui, bien sûr, mais ce n'est pas eux qui vont décider ça. Donc je pense que les autres n'ont pas vraiment intérêt. Et je suis d'accord avec Thierry quand il parle d'une crise de régime lente, sauf que cette crise de régime lente, elle est en train de s'accélérer. Elle est de plus en plus aiguë en réalité. Et le constituant de 58, ce qu'il avait prévu, il n'avait pas prévu ce qui se passe aujourd'hui, mais il avait prévu surtout un septennat qui est une des raisons pour lesquelles on a ces grosses difficultés aujourd'hui. Et donc ce qu'on a là, ces deux tendances lourdes qui se complètent probablement et interagissent, c'est qu'on a d'un côté une forme d'impuissance du pouvoir exécutif.
C'est incroyable. Et de la majorité très relative, donc présidentielle, c'est quand vous regardez les deux, quand vous comparez ces deux mandats de Macron, c'est extraordinaire. Ce contraste, le premier mandat, bien sûr, il a eu des crises énormes, il y a eu, malgré ces crises énormes, les gilets jaunes, le Covid, etc., on voyait à peu près le cap qu'il avait fixé et qui était celui de la transformation. Et le deuxième mandat, on ne le voit plus vraiment, il est incapable, il n'a pas les moyens à cause de cette majorité relative faible au Parlement, il est incapable de mettre en œuvre son agenda de transformation, donc il se limite à gérer ce qu'il peut.
Et on a finalement un président, vous savez, aux Etats-Unis, on a ce président Lameduck à la dernière année de son mandat, c'est-à-dire que... Lameduck,
qu'est-ce que ça veut dire ?
Lameduck, c'est le canard qui ne peut plus marcher, qui boite, voilà. Et donc qu'il ne peut plus avancer parce qu'il boite et on le dit ça de la dernière année de son mandat en général parce qu'il y a eu les élections de mi-mandat et que comme il ne peut pas être réélu, c'est en général à la fin du deuxième mandat présidentiel, il ne peut pas être réélu donc il ne sert plus à rien, il n'a plus de pouvoir.
Sauf que là, on est en 2023. Mais là, on a un président
qui est Lameduck trois ans et demi avant l'élection présidentielle. Donc on a vraiment cette forme d'impuissance qui se développe et qui est assez démoralisante pour la majorité, bien entendu, et puis pour les députés et puis pour les Français, pour les électeurs aussi parce qu'on ne voit pas les choses avancer. C'est très difficile à vivre pour le pays dans un contexte après tout quand même très anxiogène, extérieur, intérieur, etc. Et puis la deuxième tendance lourde, c'est cette montée du Rassemblement national que confirme, vous avez cité un sondage, mais on a une volée de sondages cette semaine qui vont tous dans le même sens.
C'est quand même assez frappant dans un contexte européen qui va dans le même sens. Donc on a là vraiment un phénomène politique important qui montre en France un vrai basculement du Rassemblement national comme parti d'opposition vers un parti de gouvernement. Et on a en effet Jordan Bardella qui dit moi je peux être Premier ministre. On a déjà entendu ça avec Mélenchon d'ailleurs mais alors il faut faire attention parce qu'il ne faut pas que ce soit une prophétie autoréalisatrice non plus. Moi je pense que pour paraphraser Bertolt Brecht cette ascension elle est résistible mais il faut en prendre conscience. Moi je ne suis pas du tout d'accord avec mon ami Brice.
Je pense qu'il faut faire très attention quand on parle de ça.
Bertrand Bardell le fait qu'on puisse évoquer et discuter et débattre d'une hypothèse Rassemblement National à Matignon est-ce que ça n'est pas déjà le signe de la fin d'un processus de normalisation de ce parti normalisation qui date déjà depuis quand même quelques années voire quelques mois en particulier depuis que le RN est fortement représenté à l'Assemblée Nationale.
Oui alors cette normalisation elle a fonctionné dans ce qui lui est effectivement le plus important c'est-à-dire dans la subjectivité dans la perception que les observateurs pouvaient en avoir et la description qu'ils en donnaient. ceci dit il n'y a rien de normalisé quand on regarde de près le Rassemblement National il ressemble comme un frère au Front National et il a toujours ces mêmes référents donc il faut faire attention.
Mais même si je suis d'accord avec beaucoup de choses qui ont été dites je me trouve encore trop optimiste ou pas assez pessimiste parce qu'on est face à alors peut-être est-ce un point aggravé de ce que vous avez dit tout à l'heure Thierry Pech qui est face à une crise triangulaire c'est-à-dire les trois éléments de l'équilibre d'un système politique sont aujourd'hui menacés et c'est rare qu'ils soient menacés en même temps ça veut dire quoi ?
ça veut dire une crise institutionnelle ça a été dit mais là aussi elle est encore plus importante qu'on le dit généralement parce que la solution palliative qu'était la cohabitation n'est même plus possible aujourd'hui c'est-à-dire pour que le le rassemblement national puisse régner à Matignon il faut que le rassemblement national ait une majorité absolue ou en tous les cas une coalition majoritaire à l'Assemblée or cette tripartition dont vous parliez tout à l'heure elle n'est pas dissoute et ça m'étonnerait qu'elle disparaisse avec le coup de baguette magique électorale cette crise institutionnelle elle est extraordinairement profonde parce que elle conduit à toute une série de contradictions dont on a vu la photo l'image à travers ce vote de rejet de la loi sur l'immigration qui est porteuse qui est porteur ce rejet pardon de toute une série d'effets pervers dont hélas à partir de lundi nous allons ressentir les conséquences il y a une autre crise qui n'est pas assez mise en évidente qui est la crise politique c'est à dire le jeu politique n'existe plus qu'est-ce que c'est que le jeu politique dans une démocratie c'est une confrontation de modèles de cité de projets gouvernementaux rappelez-vous comment l'élection présidentielle s'est déroulée en 2022 il n'y a pas eu de choc de projet de cité moi j'appartiens à une génération qui a en tête ce qu'étaient les élections en 1974 en 1981 en 1988 où vous aviez deux modèles de cité qui s'affrontaient et ça voulait dire quoi ça ?
ça voulait dire que l'on donnait de l'espoir l'espoir est une dimension sociologique absolument fondamentale dans les dynamiques politiques et nous sommes face à une société qui ne rêve plus qui n'a plus de modèle alors qu'est-ce qui se passe quand une société ne rêve plus et n'a plus de modèle et bien on entre dans la banalité de ce populisme sur lequel je vais revenir dans un instant mais je voudrais mettre en scène la troisième crise qui est quand même la crise sociale regardez le palmarès le hit parade des préoccupations des français et vous verrez qu'il renvoie une vision très grise de la situation et on est quand même dans un monde où on n'est pas suffisamment attentif à ce que la société moderne crée des micro-souffrances vous avez toute une série de micro-souffrances vous ne pouvez plus vous faire soigner comme vous voulez vous ne pouvez plus vous transporter comme vous voulez vous ne pouvez plus acheter comme vous voulez vous ne pouvez plus vous déplacer comme vous voulez vous ne pouvez plus avoir les documents administratifs comme vous voulez à chaque fois c'est une souffrance lorsque vous additionnez la micro-souffrance sociale et l'absence de rêve politique et bien vous êtes quoi ?
vous êtes face à une situation de gestion du marché politique et c'est en cela qu'on avance des produits non pas pour en faire des projets de gouvernement mais pour ratisser tout ce qui permet de gagner des voix l'immigration étant un exemple tout à fait remarquable de ce point de vue là et ça interdit du coup ceux qui en sont l'auteur je finis là-dessus à être des partis de gouvernement vous n'avez plus de partis de gouvernement en France aujourd'hui aucun aucun parti n'est porteur d'un programme gouvernemental et bien on va dans la dérive populiste et ça la dérive populiste elle n'est gouvernable que par un dictateur
alors plus de partis de gouvernement en tout cas peut-être malgré tout quand même demain on verra bien ce qui va se passer parce que c'est vrai que c'est extrêmement pessimiste on va dire comme intervention aujourd'hui mais il y a quand même peut-être la possibilité d'un déblocage politique alors après est-ce que c'est vendre du rêve aux français ou pas ça c'est encore un autre débat mais avec cette commission mixte paritaire dont on va voir si elle réussit demain à trouver un consensus sur la loi immigration consensus susceptible ensuite d'être adoptée par le parlement est-ce que ça Brice Couturier ça pourrait être un premier point quand même de déblocage face à cette situation extrêmement bloquée
tout dépend du groupe LR à l'Assemblée Nationale va-t-il accepter la main tendue par le ministre Darmanin ou pas mais moi je voudrais répondre à ce qui a été dit précédemment à plusieurs points de ce qui a été dit moi je ne pense pas qu'il y a une impuissance gouvernementale et je pense je prends l'exemple de Gabriel Attal il est en train en réalité de réformer l'éducation nationale de manière extrêmement radicale mais il le fait par décret il le fait parce que l'administration a les moyens en réalité de gérer le pays et même de le réformer dans une grande mesure je disais tout à l'heure un très grand nombre d'arènes alternatives se sont développées en dehors du parlement puisque le parlement subit un blocage de fait par la tripolarisation mais il y a d'autres moyens de gouverner deuxième résistible ascension de Marine Le Pen ou pas pour mettre fin à cette irrésistible ascension il suffirait peut-être de donner satisfaction aux français dans les domaines que le Rassemblement National a monopolisé qui sont ceux de l'immigration c'est pour ça que cette loi est indispensable mais il y a aussi la peur du déclassement la peur de la relégation cette fameuse France de la diagonale du vide identifiée notamment par Guy Lui on voit qu'aux dernières élections les grandes métropoles ont voté Macron et que les territoires à l'abandon ceux qui n'ont plus de service public ont voté Marine Le Pen et bien effectivement il faut peut-être répondre à cette attente ensuite il y a le sentiment de subir une écologie punitive qui est le fait de ces territoires abandonnés et on voit que Marine Le Pen s'est emparée de ce thème comme l'extrême droite le fait pratiquement dans tous les autres pays européens là aussi peut-être répondre aux attentes ensuite vous disiez Emmanuel Macron est-ce que vous savez que j'ai en 2017 j'ai publié un livre sur la philosophie politique d'Emmanuel Macron on s'est beaucoup bouqués de moi parce qu'on disait que ce titre n'avait pas de philosophie politique moi je prétends qu'il y en avait une je prétends qu'il y avait un cas alors voilà c'est ça la question Thierry Pêche la question c'est
est-ce que
si vous voulez moi j'avais identifié en particulier deux pôles un pôle les grands les grands flumes les grands flux la circulation des grands flux qui le ramenait à une école politique française et puis surtout ce qui m'avait intéressé davantage c'était le côté Amartya Sen et John Rawls le côté libéral de gauche or moi j'ai le sentiment qu'Emmanuel Macron avait un cap assez net et précis qui était celui de libéraliser le pays de le désengorger de le rendre compatible avec la mondialisation dans l'état où elle est et j'ai l'impression qu'aujourd'hui Emmanuel Macron a perdu ce cap vous avez la conjonction d'une impuissance politique parce qu'effectivement le parlement il n'y a pas il n'a pas de majorité au parlement et ensuite le fait que Emmanuel Macron ne sait manifestement plus où il va dans quelle direction il va alors si vous mettez les deux en face vous avez un problème et puis je vais finir avec ça l'électorat a besoin de grands récits a besoin qu'on lui raconte des histoires ce que le bloc central majoritaire jusqu'à présent avait comme histoire celui qui est composé disons du PS raisonnable et gouvernemental et des néo-gaullistes de gouvernement c'était le récit de l'Europe de l'intégration européenne or ce récit ne fonctionne plus et vous avez les récits alternatifs de l'extrême gauche qui est on va lutter contre le grand capital et vous avez celui de l'extrême droite qui est on va chasser tous les immigrés ces deux récits là ils sont évidemment à mon avis totalement irréalistes ils n'embrayent sur aucune réalité sérieuse on voit comment l'italiste débrouille très mal avec cette question migratoire avec un premier ministre d'extrême droite au pouvoir et vous avez donc d'un côté cette incapacité du bloc central à fournir un grand récit alternatif et puis en face vous avez deux récits populistes qui fonctionnent très bien et qui embrayent sur l'opinion il s'agit donc de retrouver un grand récit de retrouver une philosophie politique peut-être que Emmanuel Macron renoue avec son discours initial voilà
Thierry Pech je reviens sur une des propositions en tout cas une des mentions que faisait Brice Couturier au début de sa dernière intervention gouvernée par décret ce que fait notamment Gabriel Attal est-ce que ça ça peut pas être justement une façon alors peut-être pas jusqu'en 2027 mais enfin en tout cas c'est aussi une option
qui existe mais Dieu soit loué la démocratie repose pas sur uniquement la voie réglementaire sinon il n'y aurait qu'un seul pouvoir ça s'appellerait l'exécutif il faut arrêter de présenter je vais y revenir tout de même mais avant nous avons quand même de grands problèmes avec nos désirs chers amis nous les prenons souvent pour des réalités moi j'aurais beaucoup aimé croire Emmanuel Macron Amartya Sen Emmanuel Macron John Rawls mais c'est pas ce qu'on a vu c'est pas du tout ce qu'on a vu ce qu'on a vu c'est un syncrétisme de circonstances c'était déjà pas mal qui s'est habillé de grands mots voilà ce qu'a été le macronisme mais c'était déjà pas mal parce qu'il fallait à ce moment là de l'histoire nationale arriver je parle du premier mandat arriver à faire travailler ensemble des gens qui n'avaient pas les mêmes croyances pas les mêmes confessions etc c'est une habileté politique et parfois l'histoire a besoin d'habileté maintenant deuxième point sur nos désirs soyons spinosistes essayons de régler non pas notre puissance sur notre désir mais notre désir sur notre puissance c'est à dire de quoi sommes-nous capables voilà la question que se pose un décideur politique de combien de capital politique je dispose quelle est ma puissance réelle je peux faire des choses par voie réglementaire je vous avais promis d'y revenir j'y reviens en effet Gabriel Attal peut interdire la baïa mais il y a des choses qu'on ne peut pas faire par voie réglementaire et c'est heureux sinon à quoi bon avoir des représentants au parlement parmi les choses mais si on considère
que le représentant au parlement ne joue pas du tout le jeu du débat peut-être qu'il faut s'en passer mais vous vous rendez compte
de ce que vous dites
vous vous en rendez compte j'espère
confirmez-le moi j'ai peur comprenez bien Thierry Pêche que je vous provoque un petit peu avec ce genre de remarques je réponds à la provocation ça ne vous étonnera pas il y a un truc qui s'appelle la division des pouvoirs même Victor Orban semble avoir compris on va peut-être en parler tout à l'heure et donc il y a des choses qu'on ne peut pas faire par voie réglementaire alors on peut en faire beaucoup et sans doute par exemple que la régularisation des travailleurs sans papier dans les métiers en tension peut être faite en partie par décret par circulaire etc mais là il faut bien régler ses désirs sur sa puissance ce que ne fait pas l'exécutif actuel l'exécutif actuel entretient la fiction de sa puissance et donc on ne se sort de ces situations que par une forme de modestie dans l'exercice du pouvoir sinon vous ne créez pas de coalition et c'est ce qui s'est passé à un moment vous atteignez la contradiction Darmanin va au Sénat il dit bravo vous avez raison tout ce que vous dites est formidable puis il va à l'Assemblée il dit bravo vous avez raison tout ce que vous dites est formidable à l'arrivée vous avez une motion de rejet la CMP dont vous avez parlé un mot quand même à ce sujet commission mixte paritaire pour les non-initiés on devient expert en procédure parlementaire vous avez remarqué dans le premier quinquennat personne n'aurait su dire ce qu'était une CMP 7 députés 7 sénateurs 7 députés 7 sénateurs 5 LR 5 macronistes et 4 outsiders bien normalement on fait une CMP quand on a deux textes contradictoires mais là on n'a qu'un texte on n'a qu'un texte on a le texte du Sénat on n'a pas de texte de l'Assemblée Nationale on a le texte qui est sorti de la commission mais il n'a pas été voté c'est pas fait pour ça cette procédure alors qu'est-ce qui va se passer soit elle n'est pas conclusive c'est à dire les 14 ne se mettent pas d'accord auquel cas le texte sera abandonné on aurait pu commencer par là ne pas faire ce texte c'était pas une priorité c'était sans doute si on avait réglé notre désir sur notre puissance on n'aurait pas ouvert ce sujet elle est conclusive qu'est-ce qui se passe ?
le texte revient devant l'Assemblée Nationale et probablement comme il aura été beaucoup droitisé ça ne se passera pas bien à l'Assemblée Nationale voilà on en est à la fin on bute toujours et encore une fois c'est la logique de nos institutions sur le fait qu'il n'y a pas de majorité constituée à l'Assemblée Nationale on va rester sur
cette idée qu'il faut peut-être rester modeste ou en tout cas l'être un peu davantage à propos de ce sujet politique vous avez évoqué à plusieurs reprises les uns les autres l'Europe c'est justement notre deuxième sujet on va rester sur
l'Assemblée Nationale on va rester sur l'Assemblée Nationale
Marine Le Pen