TOUT SAVOIR SUR - Laurent Wauquiez, l'allié sans attache de Michel Barnier qui prépare 2027
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, c'est Marie-Pierre Haddad. Je vous retrouve dans ce nouvel épisode de « Tout savoir sûr », le podcast de la rédaction de RTL. Toutes les semaines, je vous propose de décrypter et de connaître les coulisses de l'actualité politique. Et dans cet épisode, je vous emmène à l'Assemblée nationale, dans le groupe de la droite républicaine, anciennement « Les Républicains », et à sa tête, Laurent Wauquiez.
On va soutenir Michel Barnier. Donc c'est soutien. On va l'aider, et on va l'aider à faire une politique de changement. On a besoin de plus de fermeté sur la sécurité. Moi, il y a un sujet auquel je suis très attaché, c'est la revalorisation du travail. Je pense qu'on a un système social qui est devenu écœurant, parce qu'il ne valorise plus le travail. Et puis on a évidemment cette question qui est quand même très lourde pour notre pays, qui est notre situation budgétaire. Donc il faut sortir le pays dû en même temps. Il faut qu'il y ait du changement.
Laurent Wauquiez au micro de Thomas Soto sur RTL, le président des 47 députés du groupe de la droite républicaine. Alors ça lui a pris du temps, mais ce groupe ne fait officiellement plus partie de l'opposition à l'Assemblée nationale, puisque Michel Barnier est issu des Républicains. Quelle est donc la stratégie de ce groupe, avec ou contre le gouvernement ? Et Laurent Wauquiez dans tout ça, comment se prépare-t-il ? Pour en discuter, j'accueille Marion Mourgue. Bonjour. Bonjour Marie-Pierre. Vous êtes rédactrice en chef du service politique du Parisien et spécialiste de la droite. Alors première question, est-ce qu'on peut dire que le groupe de la droite républicaine est dans la majorité ?
Officiellement oui, puisque le groupe de Laurent Wauquiez a demandé leur attachement à la majorité, à l'Assemblée nationale. Mais ça a pris un peu de temps à Laurent Wauquiez. Et il faut se souvenir qu'au départ, il était contre une participation au gouvernement, contre un soutien à l'exécutif. Et qu'au fur et à mesure, poussé par les élus, les députés, les parlementaires, il a évolué et désormais, c'est un soutien, mais sans participation de sa part au gouvernement.
Comme d'autres partis, Laurent Wauquiez a fixé une ligne rouge.
On a besoin d'une politique de droite pour qu'il n'y ait pas de hausse d'impôt. Et notre engagement sera aux côtés de Michel Barnier pour l'aider à ce que ces politiques puissent être menées.
Marion Mourgue, est-ce que vous savez quelle va être la stratégie de Laurent Wauquiez et de son groupe par rapport au budget qui est présenté par Michel Barnier ?
Il y a deux points dans sa stratégie. C'est à la fois un soutien affiché à la politique de Michel Barnier officiellement. Et en coulisses, c'est une stratégie pour obtenir des gains politiques, notamment sur les retraites. Laurent Wauquiez négocie avec Michel Barnier pour qu'il recule sur ce qu'il compte faire pour les pensions des retraites, qui ne seraient plus indexées sur l'inflation. Michel Barnier n'y est pas opposé, mais il demande en échange qu'il y ait d'autres propositions qui soient faites par le groupe de la droite républicaine pour trouver les 4 milliards en jeu. Et donc Laurent Wauquiez va faire des propositions.
Et ça, c'est un gain politique qu'il doit obtenir dans la discussion parlementaire, donc dans quelques semaines.
Est-ce qu'on connaît un peu les relations entre Michel Barnier et Laurent Wauquiez ? Parce qu'ils se connaissent depuis des années aux Républicains.
Oui, ils sont élus dans la même région, mais ils n'ont pas toujours été amis. Michel Barnier et Laurent Wauquiez, qui ne sont pas de la même génération, se sont affrontés pour les régionales en 2015. À l'époque, Michel Barnier considérait que c'était à lui d'être le candidat. Et finalement, c'était Laurent Wauquiez qui était allé. Et donc, ça avait laissé un froid entre les deux hommes. Ils se sont rapprochés ensuite, quand Laurent Wauquiez a pris la tête du parti, mais sans que ce soit jamais de très bons amis. Et désormais, ils sont contraints de travailler ensemble. Mais Laurent Wauquiez l'a eu mauvaise aussi de ne pas être retenu pour le ministère de l'Intérieur.
Et c'est Bruno Rotaillot qui a été choisi à sa place.
Est-ce qu'on sait justement s'il échange, Laurent Wauquiez, avec d'autres ministres issus de son parti ? Par exemple, Bruno Rotaillot ?
Oui, il échange avec Bruno Rotaillot ou avec Annie Gennevard, la ministre de l'Agriculture. Quand on en parle avec Bruno Rotaillot, il dit en privé que Laurent Wauquiez est très loyal, d'ailleurs, dans sa manière de travailler avec lui, puisque le ministre, forcément, et le président du groupe parlementaire travaillent et donc échangent régulièrement. Donc, pour l'instant, ça se passe bien. Mais il y a toujours un mais quand on parle de Laurent Wauquiez, c'est-à-dire que les gens se disent toujours « il peut me faire un mauvais coup ». Donc, ils s'attendent toujours à ce que Laurent Wauquiez, à un moment, fasse entendre sa mauvaise humeur.
Il a vraiment voulu, à un moment, entrer au gouvernement. Et donc, le fait qu'il n'y soit pas, ça peut laisser présager, à un moment, de quelques humeurs politiques.
En parlant d'humeurs politiques, à l'Assemblée nationale, on sait qu'il y a des tensions entre Laurent Wauquiez et Gabriel Attal, qui, lui, est le patron des députés Ensemble pour la République. Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe là-bas ?
Alors, déjà, les deux hommes ont appris à se connaître cet été, chacun étant à la tête d'un groupe parlementaire. Ils ont dealé ensemble pour des postes à l'Assemblée nationale en se mettant d'accord. « Toi, tu prends ça et toi, tu auras ça ». Les deux hommes disaient à l'époque « on travaille très bien ensemble, on se découvre, on s'entend bien ». Et chacun disait de l'autre « il est loyal ». Et puis, patatras, il y a quelques jours, ça s'est passé un peu autrement. Il devait y avoir toujours ce même deal pour des postes, des postes de présidence de commission, notamment la Commission des Affaires Économiques.
Et puis, Laurent Wauquiez a considéré que ce n'était pas la même situation que cet été, puisque désormais, comme il y avait un Premier ministre issu de droite, la droite républicaine, le groupe de Laurent Wauquiez, pouvait prétendre avoir plus de postes. Et Gabriel Attal lui a dit « non, on a un deal, il faut le respecter ». Donc ça, c'est plutôt tendu entre les deux hommes. Et au final, ni l'un ni l'autre n'a eu le poste. C'est la France Insoumise qui a raflé la présidence de la Commission. Ça peut laisser des traces, puisque désormais, chacun est sur ses gardes et se dit que l'autre peut le trahir.
Et ces tensions entre Gabriel Attal et Laurent Wauquiez fragilisent toute la coalition dont Michel Barnier a tant besoin. Laurent Wauquiez était président des Républicains, mais il a dû quitter son poste après l'échec de son parti aux élections en 2019.
Ces élections, c'est un échec. Ce n'est pas facile, mais il faut le reconnaître avec humilité, c'est un échec. On a fait cette campagne tous ensemble. Mais c'est moi qui suis le président de notre famille. Et au fond, pour le dire assez simplement, les victoires, elles sont collectives. Les défaites, elles sont solitaires. C'est comme ça. Et il faut que je prenne mes responsabilités. Ma décision ce soir, c'est une décision qui est mûrement réfléchie. J'ai décidé de prendre du recul. Et pour répondre à votre question, je me retire de mes fonctions de président des Républicains.
En interne, comment est vécu son retour ? Parce qu'il n'a pas que des amis. On sait que Xavier Bertrand avait quitté le parti, à cause de lui notamment.
C'est mitigé. A la fois, les députés sont contents d'avoir un chef, puisque c'est ce qu'ils réclamaient depuis longtemps. Ils étaient peu audibles médiatiquement et politiquement. Ils n'arrivaient pas à peser. Donc, il y a plutôt la construction d'un groupe. Mais c'est un petit groupe. Ça ne reste que 47 députés. C'est plus compliqué au Sénat, où il n'a en effet pas que des amis. Et beaucoup de sénateurs lui en veulent de ses positions politiques. Et beaucoup attendent de savoir désormais ce qu'il va faire. C'est-à-dire qu'Éric Ciotti, ayant lâché la présidence des Républicains, il y a une autre page qui va s'écrire.
Ce qu'on comprend, c'est que Laurent Wauquiez n'ira pas tout de suite prendre ce poste qui va laisser passer la séquence du budget et qui pourrait se présenter l'année prochaine.
Laurent Wauquiez, comment lui, il a vécu ce retrait de la scène médiatique ? Parce qu'il était très peu présent sur la scène nationale. Il était plus au niveau de la région, en Auvergne-Rhône-Alpes.
C'était à la fois forcé et volontaire. C'est-à-dire qu'il n'était pas, comme tous les animaux politiques, il n'était pas habitué à ne plus parler. Ça lui a coûté au début. Et ensuite, il s'est dit, il faut que j'utilise cette période pour me renouveler. Donc, il est allé à la rencontre des Français sur le terrain pour essayer de trouver des nouvelles idées, pour essayer de comprendre comment la société évoluait, notamment son rapport au travail, comment les gens aspiraient aussi parfois à ne travailler que quatre jours. Et donc, il a essayé de se renouveler, d'arriver avec un programme en tête, puisqu'évidemment, il a toujours 2027 dans un coin de son cerveau.
Quand il était président de LR, Laurent Wauquiez a été accusé un peu de briser le cordon sanitaire entre la droite et le Rassemblement national. C'est une critique que l'on n'entend plus, enfin moins en tout cas. Est-ce qu'il a changé de ligne politique ?
Non, il n'a pas du tout changé de ligne politique. Pourquoi il y a moins cette critique aujourd'hui ? Déjà, parce qu'il n'est pas aux manettes. Donc, désormais, on va entendre plus Bruno Rotaillot qui est à l'intérieur. Et Bruno Rotaillot est sur la même ligne que celle de Laurent Wauquiez. Et puis, la société se droitise aussi. Donc, ce que la société pouvait condamner à un moment, aujourd'hui, elle le tolère davantage.
L'ambition de Laurent Wauquiez est connue, vous le disiez justement. Et quand Thomas Soto l'interroge sur 2027, voici ce qu'il répond. Vous serez candidat en 2027 ou pas ? Vous avez ça dans la tête toujours ? Vous faites partie des politiques qui ne se cachent pas quand ils viennent au micro.
En général, ça, c'est pour vous inciter à dire une mauvaise réponse. Juste, est-ce qu'on peut se poser deux secondes et voir tout ce qu'on a traversé en moins de six mois ? On sort d'une dissolution. On a un pays qui est bloqué. On a un pays qui a failli avoir une première ministre de la France insoumise. On a fait, nous, notre travail. Et parfois même en assumant de prendre des changements par rapport à ce qu'étaient nos positions initiales. 2027, c'est très loin, monsieur Soto.
Marion Mourgue, est-ce que c'est un réflexe de journaliste et de lui poser la question de sa candidature en 2027 ou clairement, il veut y aller ?
Clairement, il veut y aller. Et là, il y a beaucoup de langue de bois dans la réponse qu'il a faite. Tout ce qu'il fait aujourd'hui est tendu vers cet objectif, qu'il prépare méthodiquement. Il est convaincu qu'il sera sur la ligne de départ et il est convaincu qu'il affrontera Marine Le Pen et que face à elle, il peut gagner. Ensuite, le chemin n'est pas encore écrit. Il lui faut rassembler sa famille politique. Vous en parliez, il y a encore beaucoup d'inimitiés. Et ensuite, il y aura la question de la candidature du bloc central. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on sait qu'Édouard Philippe est déjà candidat. Gérald Darmanin ne ferme pas complètement la porte.
Xavier Bertrand se positionne aussi. Quand sera-t-il de toutes ces candidatures ? Qu'est-ce qui va les départager à un moment ? Est-ce que ce sera simplement des sondages ou une primaire ? Ça, personne ne sait. Mais aujourd'hui, tout le monde sait qu'il faudra une seule candidature face à celle de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Et donc, pour Laurent Wauquiez, il faut encore s'installer comme cette seule candidature et on n'y est pas.
Ce candidat naturel. J'ai une dernière question. Vous avez dit durant notre échange que Laurent Wauquiez réfléchissait éventuellement à se présenter pour devenir, redevenir président des Républicains. Pourquoi ce choix n'est pas une évidence pour lui ?
Il peut clairement le redevenir. Ce n'était pas son objectif au départ. Mais là, il voit qu'avec l'évolution de la vie politique, il faut être très présent. Donc, a priori, il pourrait se présenter, même s'il ne le dit pas encore aujourd'hui, disons février-mars 2025, une fois que la séquence du budget est passée, une fois qu'on y voit plus clair sur le gouvernement. Est-ce qu'il y a eu motion de censure ou pas ? Est-ce que le gouvernement de Michel Barnier est toujours là ? Il pourrait se présenter et garder en même temps la présidence du groupe des députés à l'Assemblée.
Merci beaucoup Marion Mourgue. Cet épisode est réalisé par Jonathan Griveaux. Vous pouvez écouter tous les épisodes du podcast Tout savoir sûr sur toutes les plateformes de téléchargement et pour suivre l'actualité politique, rendez-vous sur RTL et RTL.fr.
Laurent Wauquiez