Amélie de Montchalin : "En 2025, l'État fera le plus grand effort de réduction [de ses dépenses] depuis 25 ans"
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien la ministre chargée des comptes publics, vos questions au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Amélie de Montchalin, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter en ce grand jour pour vous qui doit voir théoriquement l'adoption par 49,3 du budget le plus laborieux à concevoir de ces dernières années. Sauf coup de théâtre, la majorité du PS et le Rassemblement National ne voteront pas la censure. Alors vous dites quoi ce matin ? Ouf, soulagement, on est passé ric-rac, mais on est passé ?
Je vous dis d'abord qu'il y a eu un long chemin depuis six semaines. Vous savez, on a pris nos fonctions avec Eric Lombard et sous la direction du Premier ministre le 23 décembre. Et à ce moment-là, souvenez-vous, il y avait deux choses dans le débat public. Il y avait d'abord une immense anxiété et inquiétude des Français qui ne comprenaient pas, et à raison, où nous allions. Et qu'on avait l'impression qu'il n'y aurait jamais de budget dans ces conditions. Et puis la deuxième chose, c'est qu'il était dit, notamment au Premier ministre, que le compromis était impossible. Donc avec Eric Lombard, on a pris une méthode, notre bâton de pèlerin, on a pris du temps.
On a écouté tous les groupes politiques et parlementaires qui ont souhaité venir à Bercy. On a dialogué et vendredi dernier, il s'est passé quelque chose qui, je crois, est un acquis démocratique très important pour notre pays. Il y a eu un compromis entre parlementaires, entre députés et sénateurs, dans une pièce où le gouvernement n'était pas. Nous, on a facilité le compromis. Mais le compromis, il a été acté par les parlementaires. Et donc, ça permet aujourd'hui, effectivement...
De quoi ? D'être soulagé ?
Que les conditions soient réunies pour qu'il puisse y avoir un vote, en fait, qui ne censure pas le gouvernement et qui, de facto, accepte ce budget. Et demain, il y aura, on espère aussi, un vote au Sénat.
Vous saluez l'attitude des socialistes qui ont hésité jusqu'au bout, qui se font engueuler sur les marchés en disant « Pourquoi est-ce que vous avez sauvé Bayrou ? » Et qui ont voté, est-ce que vous dites qu'ils ont agi en responsabilité, cette fois-ci ?
Vous savez, ce que j'ai vu dans ces salles à Bercy, ces heures de discussion, d'abord, c'est un personnel politique dans notre pays emprunt de beaucoup de gravité et beaucoup de responsabilité. Tous les groupes politiques qui sont venus ne sont pas venus avec des lignes rouges. Ils sont venus avec des priorités pour les Français, en disant « Voilà, la situation ne peut pas être celle du blocage qui se poursuit. » Et les socialistes, mais comme tous les autres, je crois, et c'est vraiment à l'honneur de tous ceux qui ont participé, ne sont pas venus pour des choses pour eux, pas pour le Parti Socialiste.
Le Rassemblement National aussi ?
Ils ont poussé des priorités pour les Français. Et en poussant des priorités pour les Français, je crois qu'aujourd'hui, on a à la fois un meilleur budget, parce que quand on écoute, on est meilleur. Quand on dialogue, on est meilleur. Quand on ne s'enferme pas, on est meilleur.
Éric Coquerel dit qu'il est pire que celui de Michel Barnier.
Alors, Éric Coquerel, il dit quelque chose qui est très intéressant. Il dit « Ce budget, à ses yeux, n'est pas celui qu'il souhaite, puisqu'il y a 6 milliards d'impôts en moins que celui de Michel Barnier, et il y a 6 milliards d'économies en plus. » Vous savez, moi, si je me dis qu'en 6 semaines, on a réussi à réduire la facture fiscale, à faire des économies en plus, à réduire le déficit, à ne pas augmenter les impôts des classes moyennes et des classes populaires, moi, je pense que c'est un meilleur budget dans la contrainte et la situation qui est la nôtre.
Alors, comment le qualifier, ce budget ? C'est un mélange de la copie Barnier, un mélange de la copie Bayrou, avec des ajouts de la commission mixte paritaire ? C'est quoi ? C'est un budget Frankenstein ou il y a une cohérence, une ligne directrice ? Si oui, d'ailleurs, dites-nous laquelle ?
Il y a plusieurs encres dans ce budget. Et la manière dont on a repris la discussion, c'était de dire, d'abord, il faut réduire le déficit. Ce n'est pas une lubie, ce n'est pas un dogme. Et vous savez, il y a un homme de gauche qui était un grand dirigeant français, Pierre Mendès France. Il disait que quand on est progressiste, quand on est de gauche, on a le double impératif de bien gérer les finances publiques, parce que sinon, derrière, tous les services publics et ce pour quoi les progressistes se battent est en danger. Donc, réduire le déficit, c'était un impératif. Sortir du surendettement de notre pays est un impératif. Donc, c'est déjà, il y a cette cohérence-là.
La deuxième cohérence, c'est que ce ne sont pas les classes moyennes et les classes populaires qui vont payer la facture. J'ai écouté, je crois que c'était lundi, vous aviez Dominique Schelcher à votre micro, qui disait de manière assez, je crois, touchante ce qu'il entend dans les magasins, ce que les parlementaires entendent dans les permanences, ce qu'on entend tous. C'est une immense anxiété et inquiétude des Français de classe moyenne qui disent, est-ce que c'est nous qui allons voir la TV augmenter ? Est-ce que c'est nous qui allons voir l'impôt sur le revenu augmenter ? Est-ce que c'est nous qui allons voir la petite épargne que l'on a être plus taxée ? Du coup, la cohérence...
Vous avez dit oui aux plus riches et aux chefs d'entreprise, on va y venir. On n'a pas dit oui. Vous avez dit oui, vous allez payer plus.
Oui, on a dit que exceptionnellement, dans un moment exceptionnel, il y avait un effort exceptionnel, mais il y a en retour un engagement exceptionnel du gouvernement pour que cette année soit une année pendant laquelle nous réglons un certain nombre de sujets que les entreprises ont légitimement le droit de poser sur la table. Les enjeux de simplification, les enjeux de défense industrielle, les enjeux de compétitivité face aux Etats-Unis, les enjeux de soutien à l'innovation,
les enjeux de soutien au travail. Il ne vous croit pas. Vous avez entendu tous les grands patrons qui se sont exprimés. Le patron de Michelin, le patron de Total, le patron du Medef, Patrick Martin, qui disait hier que ce n'est pas un bon budget. 13 milliards d'euros de charges en plus pour les entreprises françaises qui sont déjà les plus chargées au monde. Ça ne va pas encourager l'investissement. Il estimait que les entreprises étaient la variable d'ajustement et qu'en fait, ils doivent payer là où vous ne faites pas d'économie ailleurs. C'est pour eux, quoi. Et puis, ils ne croient pas au côté exceptionnel.
Vous dites que ça ne durera qu'un an, mais qu'est-ce qui leur donne l'assurance que l'année prochaine, vous n'allez pas venir en disant « Pardon, mais on va remettre la surtaxe ».
Vous savez, ces dirigeants d'entreprises, ils sont dans nos bureaux à Bercy, tous les jours avec Éric Lombard, on leur parle et on travaille. Je leur réponds trois choses que je leur dis dans mon bureau, autant que les Français le sachent, parce qu'il n'y a pas d'agenda caché. La première chose, c'est oui, on vous demande un effort exceptionnel, oui, il sera exceptionnel et oui, on va travailler sur le budget 2026 dès la semaine prochaine pour qu'il soit construit très différemment.
La deuxième chose qu'on leur dit, c'est tous ces enjeux de simplification, d'engagement européen, de soutien à l'innovation, ce sont des sujets sur lesquels, dans ce budget et pour la suite, nous ne voulons pas dévier. Et puis, la troisième chose que je leur dis, c'est que l'État fait le plus grand effort de réduction de son fonctionnement en 2025, depuis 25 ans. Nous allons réduire la dépense des ministères de 10 milliards par rapport à 2024. C'est inédit. Nous allons, dans cette année, réduire nos achats de 10%, nous allons réduire la dépense des opérateurs de 5%, nous réduisons la masse salariale utile de 4% et ça, sans toucher au service public.
Parce que vous savez, j'ai été ministre de l'agent public, j'ai été ministre du service public. Ce que nous faisons, c'est un plan d'efficacité du fonctionnement. Nous n'avons pas sorti la tronçonneuse pour rayer d'un trait de plume une politique publique. Et par ailleurs, nous n'avons pas, et ça c'est ma conviction, décidé de supprimer des fonctionnaires comme on compte les bâtons. Un service public, c'est quoi ? C'est une politique publique que les Français payent avec leurs impôts et que nous devons rendre plus efficaces.
Et donc, quand je vois les patrons, je leur dis, à votre effort exceptionnel, pour les entreprises, les 500 groupes qui font plus d'un milliard de chiffre d'affaires dans notre pays.
Vous comprenez leur ras-le-bol, vous comprenez leur ras-le-bol, ces groupes-là, exprimés par Bernard Arnault, mais aussi par le patron de Michelin, le patron de Total, quand ils vous disent « Nous, on voit ce que fait un Donald Trump en termes de libéralisation de l'économie. » On pourrait avoir envie de partir. Est-ce que vous les comprenez ? Et qu'est-ce que vous leur dites ? D'abord, je les écoute,
c'est que je leur dis deux choses. Je leur dis d'abord, aux États-Unis, il y a plein d'autres choses dont on ne parle pas. Il y a un déficit à 8% dont personne ne parle parce qu'ils ont le dollar. Il y a un système de santé où ça dépend de vos moyens financiers et ce n'est pas ce qu'on a choisi en France. C'est un pays aujourd'hui où on nous dit qu'on va supprimer l'équivalent du ministère de l'Éducation. Donc, on n'a pas le même modèle, on n'a pas les mêmes choix politiques et je crois que beaucoup d'ailleurs de patrons l'entendent.
Mais la deuxième chose que je leur dis, c'est que pendant sept ans, une partie de la dépense publique dont on parle, et elle a été faite de manière totalement volontariste et assumée et très positive, elle a été mise sur la table pour protéger nos entreprises, pour protéger nos salariés. Si on rembobine le fil, si on revient depuis 2017, qu'est-ce qui s'est passé ? On a réformé le marché du travail. On a réformé le marché de l'apprentissage. On a protégé comme nul autre pays nos entreprises pendant la crise Covid. On a fait un plan de relance et soutien l'innovation et la décarbonation comme nul autre.
Donc, vous dites que ça fait sept ans qu'on est pro-business, à vous de faire des efforts, c'est ça que vous leur dites ? Non, ce n'est pas ça. Depuis sept ans, le pays a fait des efforts pour nous transformer et soutenir les entreprises et les salariés. Ça a un coût et à un moment donné, le pays, le même, il doit rembourser la facture. C'est un effort collectif pour notre économie et je crois que assez peu de pays ont protégé les PME, les entreprises face à la crise inflationniste comme on l'a fait, mais ça a un coût et aujourd'hui, collectivement, chacun fait un effort et je les remercie, je les remercie, ces entreprises, de contribuer
à cet effort national. Amélie Monchalin, vous dites que l'objectif numéro un, c'est de réduire les déficits. Vous prévoyez arriver à 5,4% de déficit à la fin de l'année. L'ancien rapporteur du budget à l'Assemblée nationale, Jean-René Cazeneuve, qui était mentionné hier par Dominique Seudy, entre la croissance qui flanche et les dépenses qui filent, il faut être passé récemment à Lourdes pour croire à ces chiffres de réduction du déficit. Vous êtes passé par Lourdes récemment ?
Non, mais on est passé avec Éric Lombard avec le Premier ministre. On a décidé, ça a été annoncé hier aux différents ministères, que nous allions suivre le déroulé de l'année 2025, ce qu'on appelle l'exécution budgétaire, de manière, je crois, inédite, pour que nous mettions assez d'argent de côté si des crises arrivent, mais que nous soyons en capacité de tenir cette cible de 5,4%. Parce qu'on tire aussi les leçons de ce qui s'est passé l'année dernière. L'année dernière, ce qui s'est passé, c'est qu'à un moment donné, les recettes, les impôts ne rentraient plus parce qu'il y avait de la désinflation et du ralentissement économique, mais inversement, les dépenses, elles, continuaient.
Et ça, on ne doit pas le permettre une deuxième année de suite. Vous allez mettre quoi ?
Une équipe dédiée qui va aller vérifier tous les mois, ministère par ministère,
qu'ils tiennent leurs dépenses ? Nous allons, avec Éric Lombard, réunir et travailler avec tous nos collègues ministres pour nous assurer que les chiffres qui sont dans le budget soient les chiffres qui, à la fin de l'année, auront été les dépenses effectives. Et je pense que c'est un gage à la fois de confiance et de sérieux vis-à-vis des Français, de confiance et de sérieux vis-à-vis de ceux qui, justement, payent l'impôt et de confiance et de sérieux aussi vis-à-vis de nos partenaires européens. Mais vous l'avez dit, la cible, c'est 5,4% de déficit en 2025. La vraie cible, c'est quand notre dette arrête d'augmenter. Et ça, ça veut dire qu'on revient à 3% de déficit.
Ça, c'est la cible 2029. Et ça veut dire qu'aussi, tout ce qu'on a mis dans ce budget est aussi pensé pour que ça permette de commencer une trajectoire durable de sortie du désendettement. Allez, on va passer
au standard d'Inter où nous attend, Milena. Question sur un thème. Nous avons beaucoup, beaucoup de questions sur ce thème. Bonjour, Milena. Bienvenue.
Bonjour. Merci beaucoup de prendre ma question.
Je vous en prie et on vous écoute.
C'est un point de la parole pour savoir quelle est la décision que le gouvernement va prendre pour débloquer le financement des 5 000 services civiques rapidement. À titre personnel, je viens d'avoir une réponse à un service civique que j'attends depuis des mois qui s'occupe des femmes en détresse à Paris. Et je suis en colère car tout ce processus s'arrête. Voilà, donc je voulais savoir quel est le délai du gouvernement pour débloquer et décider le budget pour les services civiques en 2025. Merci. Parce que tout arrête à partir du 1er février.
Merci, Milena. Amélie de Montchalin vous répond. Je le redis beaucoup de questions sur ce thème-là.
Bonjour, Milena. D'abord, je vous féliciter de vouloir vous engager parce que le service civique c'est une magnifique mission que 150 000 jeunes chaque année réalisent au service de grandes causes ou de sujets d'importance sociale. Donc d'abord, vous féliciter pour ce projet que vous avez pour notre pays. Ce qui se passe très concrètement, c'est que quand on n'a pas de budget, on ne peut pas lancer de nouveaux contrats. C'est ce que nous dit la Constitution. Et donc effectivement, on a mis en pause la signature des contrats dès qu'on a un budget. Donc je pense que c'est une question de trois semaines, quinze jours, trois semaines avant que le Conseil constitutionnel valide ce budget.
Eh bien, on pourra évidemment valider les contrats. Donc votre contrat pourra probablement commencer au 1er mars. Mais je veux dire ici un point. Hier, j'étais aux questions au gouvernement et notamment les insoumis m'ont posé cette question en me disant c'est quand même incroyable, vous bloquez la vie du pays. Et je leur dis mais vous savez, on ne vit pas dans le même monde. Le monde qui est le vôtre, les insoumis, c'est le monde où au fond le blocage, c'est la censure, c'est une péripétie politique. Vous faites de la vie des Français un décor de votre fiction politique. Non, on ne peut pas vivre sans budget.
Et non, dans la Constitution qui est la nôtre, dans la loi spéciale qui est la nôtre, dans ce service minimum qui est imposé par l'absence de budget, malheureusement, comme le service civique, on a un enjeu. Mais je tiens à rassurer tous les acteurs, le budget pour le service civique qui a été décidé par les sénateurs et par les députés. Il est de 580 millions d'euros, c'est-à-dire, il permet de financer 150 000 contrats, exactement comme en 2024.
Amélie de Monchalin, beaucoup, beaucoup de questions sur la PID-Inter des auto-entrepreneurs. On a plein qui nous posent les questions. Il y en a un au téléphone. Je vous lis rapidement. Stéphane, et la TVA qui passe à 25 000 euros pour les micro-entreprises, ce n'est pas les classes moyennes qui vont payer ? Annabelle, pourquoi avoir baissé le seuil d'assujettissement de la TVA de 37 500 à 25 000 euros ? Vous condamnez des milliers d'auto-entrepreneurs à augmenter leurs tarifs ou à baisser leurs marges déjà faibles ? Même question de Gérard. Quel est votre avis sur le changement du seuil de TVA des auto-entrepreneurs qui est passé, alors pour lui, de 85 000 à 25 000 ?
Quand des grands groupes font des dividendes, est-il normal de saigner et de conduire à la rupture les artisans auto-entrepreneurs ? Il y en a des Kyrielles comme ça. Et Julien, au standard, bonjour. Oui,
bonjour à tous les trois. Bonjour Léa, bonjour Nicolas et bonjour Madame la ministre. Je voulais absolument rebondir effectivement sur ce point que vous vous apprêtez à faire passer en silence parce que personne n'en parle. Merci à vous ce matin de lever le sujet et qui va avoir un impact sur 200 000 Français. C'est cet abaissement du taux du plafond de TVA à 25 000 euros pour les micro-entreprises et ce qui va avoir deux conséquences directes.
En fait, nous allons être contraints de devoir répercuter 20 % sur nos tarifs ce qui fait qu'on va perdre en compétitivité par rapport aux grandes entreprises et ça va aussi considérablement alourdir la gestion et la comptabilité de ces petites structures qui avaient aujourd'hui cet avantage d'avoir un modèle de fonctionnement simple. Donc, pourquoi aujourd'hui faire payer à tous ces gens-là qui en plus font des petits chiffres d'affaires et qui travaillent beaucoup à travers ces mesures que vous prenez, évidemment, sans avoir consulté les intéressés ?
Merci à tous les trois. Merci à vous, Julien, pour cette question. Amélie de Monchalin vous répond. Alors,
merci à tous et je crois qu'effectivement il faut qu'on mette les choses à plat parce qu'il y a depuis quelques jours beaucoup d'informations et je crois beaucoup d'anxiété qu'il faut qu'on arrive à planir. Cette mesure, elle est en débat depuis plusieurs mois et ce n'est pas quelque chose qui a été fait dans le dos des Français entre les députés et les sénateurs dans une pièce où le gouvernement n'était pas. Aujourd'hui, d'ailleurs, les questions le montrent, il y a huit seuils différents de déclarations de TVA selon votre statut, selon votre secteur et vous savez, on nous demande souvent de la simplification sans des thunes. Après, j'ai deux choses à dire.
Le premier élément, c'est que nous avons un énorme projet de simplification des déclarations qui s'appelle la facturation électronique qui est l'équivalent du prélèvement à la source mais pour les petites entreprises pour que les déclarations de TVA soient préremplies et que ce que dit votre auditeur à savoir que ça va être encore de la paperasserie, l'année prochaine ça soit résolu. Ensuite, il y a un élément de concurrence qui se produisait selon le régime fiscal, le régime d'entreprise que vous choisissiez avec les règles qui existaient jusqu'à il y a quelque temps, vous aviez une forme de concurrence un peu déloyale entre acteurs. Ce seuil, il permet de remettre tout le monde à égalité.
Il y en a qui vont trimer, reconnaissez qu'il y a des auto-entrepreneurs qui font des marges minimales qui vont devoir payer
beaucoup plus. Peut-être que certains prix vont augmenter, mais j'assume une chose, c'est que dans notre pays, à un moment donné, de la complexité naît beaucoup de différences entre les acteurs, potentiellement des choses un peu déloyales et surtout, une partie de ce qu'on cherche à faire, c'est qu'on redonne à notre pays de la lisibilité. Donc cette mesure, elle n'est pas pensée pour taxer.
Vous seriez auto-entrepreneur aujourd'hui,
pardon d'être... Ça veut peut-être dire que les prix vont augmenter. Vous voyez les boules. Ça veut peut-être dire qu'effectivement, que certains vont devoir changer leur manière de fonctionner. Mais ce que j'entends aussi, c'est que dans notre pays, à un moment donné, il faut faire des choses qui soient lisibles. Et je crois qu'avec huit taux de TVA et de déclarations différentes, c'était plus lisible. Et je crois que l'effort que nous faisons pour que ces déclarations de TVA soient pré-remplies et qu'elles puissent être faites de manière quasi-automatique dans les prochaines années, c'est un engagement que je prends aussi vis-à-vis de ces acteurs.
Question de Fabien sur l'appli d'Inter. Pourquoi vous faites exploser les frais de notaire qui déjà sont immenses ?
Alors, on ne fait pas exploser les frais de notaire. C'est dans l'accord qui a été trouvé entre collectivités au Sénat, un certain nombre de départements qui ont des très grandes difficultés financières pour assumer leurs dépenses, notamment pour le vieillissement, pour le handicap, pour l'autonomie, ont demandé le droit de pouvoir le faire voter dans l'ensemble de 0,5%, sauf pour les primo-accédants qui sont exclus de cette potentielle hausse qui est à la main des départements. Vous savez, on est dans un pays où on parle beaucoup de décentralisation. Là aussi, ça touche les classes moyennes. Vous dites... On est dans un pays de décentralisation.
Ce n'est pas à Paris qu'on décide le niveau des frais de notaire. Un certain nombre de départements nous ont demandé le droit de le faire. Ce sont les présidents de départements qui, là où ils sont, et je pense qu'il y a beaucoup de départements qui ne mettront pas en place cette hausse, qui proposeront et auront le débat local de leur niveau de fiscalité.
Marie, tout le monde doit faire des efforts, sauf les ex-présidents et premiers ministres. Ils devaient voir leurs avantages supprimés. François Bayrou les a remis finalement. Ça coûte chaque année 3 millions d'euros par an pour les anciens premiers ministres et les anciens présidents.
Alors, ce n'est pas François Bayrou qui a remis quoi que ce soit. Ce sont les députés et les sénateurs qui, ensemble, ont effectivement choisi de ne pas faire cette réforme dans le budget. Peut-être dire quelque chose. C'était une décision des sénateurs qui avaient dit qu'il avait fait voter. Ce régime, je n'ai pas de tabou sur le sujet. Il a été changé en 2019. En 2019, ça veut dire qu'aujourd'hui, ceux qui sont parlementaires, je pense à François Hollande, à Elisabeth Borne, à Gabriel Attal, ils n'ont pas ces avantages. C'est un décret 2019 qui a été pris à l'époque pour rationaliser les choses. Ce que j'ai à dire, c'est que beaucoup de ces dépenses sont liées à de la sécurité.
Et je pense que dans notre pays, ceux qui ont été les anciens présidents, les anciens premiers ministres... Le chauffeur et le secrétariat, ce n'est pas pardon. Le chauffeur, c'est associé souvent à une mesure de protection de sécurité parce que si ces hommes et ces femmes sont agressés, c'est la France qui est agressée. Donc, il y a des choses qui ne sont pas superflues. Moi, je n'ai aucun problème que les parlementaires remettent le sujet sur le métier. Mais là aussi, je voudrais dire quelque chose. Le budget, ce n'est pas l'endroit où on fait les réformes. Le budget, c'est là où on les intègre. Donc, si en 2025, il y a un travail sur le sujet, on mettra la réforme en 2026.
Mais vous voyez, ce n'est pas dans une pièce où il y a sept députés, sept sénateurs qu'on fait ce genre de réformes. Vous le souhaitez ? Vous vous voyez à titre personnel ? Moi, je n'ai pas de problème avec les réformes. Vous savez, je pense qu'il faut juste faire les choses de manière apaisée, de manière rationnelle. Et s'il y a des enjeux de sécurité, on les paye. S'il y a des choses qu'il faut faire évoluer, on les fait évoluer. En 2019, ça a évolué. Je ne viens pas devant vous en disant mordicus, tout oui, tout non. Et notre démocratie, elle s'honore aussi à pouvoir organiser ce genre de débat de manière calme et posée.
Amélie de Montchalin, ceux qui veulent changer de fenêtre ou isoler leur toiture, vous leur dites quoi ce matin ? Que l'écologie, c'est une autre variable d'ajustement de ce budget, que les crédits de ma prime rénov' baisse de 460 millions, les crédits de la mission écologie baisse de 2,1 milliards ?
Je leur dis que c'est tout l'inverse, que ce sont des dépenses essentielles à notre existence même, on l'a vu à Mayotte. Ce que je peux dire sur ma prime rénov', c'est que ce qui coûte cher à ma prime rénov', ce n'est pas la réforme du gouvernement puisqu'il n'y a pas de réforme. On ne change pas les paramètres et les aides seront les mêmes en 2025 qu'en 2024. En revanche, ce qui coûte très cher, c'est qu'en janvier-février, ils me rénovent. Donc on est en train de prendre du retard parce qu'on n'a pas de budget. Les centaines de millions d'euros dont vous parlez sont le constat du retard qu'on est en train de prendre.
Mais je tiens à rassurer les Français, ceux qui veulent continuer de rénover leur maison et leur logement, et c'est une très bonne chose pour eux et pour notre pays, ces hommes et ces femmes peuvent continuer à le faire, simplement que ça reprendra là aussi quand on aura un budget.
Lise ? Lise, oui. Bonjour. Et le pass culture qui disparaît en 24 heures anéantissant en un claquement de doigts à une multitude de projets culturels dans les établissements scolaires ? Pour l'interrogation, on lise sur l'application Radio France. Il ne disparaît pas, on précise, mais vous avez mis fin à la part collective du pass culture pour l'année scolaire en cours en invoquant des raisons budgétaires.
Non plus. Je vais vous dire ce qu'a répondu Elisabeth Borne hier à l'Assemblée parce que là aussi il y a de la confusion et c'est normal, c'est notre rôle de ministre.
Il y a des directeurs d'établissements qui vous disent que toutes les sorties culturelles prévues pour l'année
sont paralysées. Donc, on va reprendre les choses là aussi. On doit aux acteurs et aux Français de la clarté. L'année dernière, le budget de ce pass culture pour que les classes puissent faire des sorties a été prévu à 62 millions. Ça a été plus de 90 millions qui ont été engagés, ce qui veut dire que le ministère a accompagné beaucoup plus de projets que prévus. Elisabeth Borne avait proposé 72 millions d'euros pour l'année. Il se trouve que là, vous voyez, on est 3 février, il y a déjà 50 millions d'euros qui ont été engagés. Donc, ce qu'a dit Elisabeth Borne, c'est qu'on fait juste une pause pour s'assurer que tous les projets, évidemment, qui ont été validés seront bien payés.
On relance la dynamique, mais on explique à tout le monde que le budget, il y a un budget. Donc, évidemment, les projets sont...
Il n'est pas extensible.
Il n'est pas infini. Mais ce qui est formidable, c'est que grâce à cet outil, que beaucoup d'ailleurs ont décrié, je viens à le dire, on a une pratique culturelle dans les classes et les établissements qui est très forte. Elisabeth Borne hier a expliqué que la plateforme serait réouverte dans les prochains jours. Simplement qu'il faut s'assurer qu'on a bien les moyens de payer. Donc, là aussi, pas d'inquiétude. Elisabeth Borne l'a dit hier à l'Assemblée, c'est une politique d'encouragement à l'ouverture culturelle, à l'émancipation et à l'accès à la culture que nous voulons, évidemment, encourager.
Allez, un dernier mot sur la conjoncture économique française. L'année 2025 sera-t-elle plus dure que 2024 sur le front de l'emploi, sur le plan de la croissance ? Ça va être difficile.
Vous savez, la première décision que le Premier ministre a prise avec Éric Lombard et moi, c'est d'acter que les incertitudes et que la conjoncture était moins bonne puisque nous avons dû réviser la prévision de croissance à 0,9% de croissance en 2025, là où le précédent gouvernement quelques mois avant attendait encore 1,1%. Donc, ce n'est pas un scoop, mais si on regarde, toute l'Europe est en très grande difficulté. L'Allemagne était en récession en 2024. Nous, la France, on a fait un peu plus de 1% de croissance. L'Allemagne est à 0,4%, ce qui nous freine aussi parce que quand l'Allemagne ne va pas bien, on ne va pas bien non plus.
Il y a effectivement une dynamique de l'emploi qui n'est pas bonne. Mais ce que je tiens à dire, c'est qu'aujourd'hui, quand vous écoutez les patrons de PME, les grandes entreprises, les artisans, les auto-entrepreneurs, ce qui aujourd'hui pèse énormément sur notre croissance, c'est cette incertitude. Donc, le budget, ça ne va pas miraculeusement faire doubler la croissance, mais ce qui est sûr, c'est que si on continue son budget, et c'est pour ça que la stabilité politique, elle permet aussi une forme de relance économique, eh bien, nous aurions été encore pires.
Donc, notre but, c'est de soutenir l'activité, c'est d'accompagner les entreprises, et c'est effectivement de sortir de cette phase qui a été très anxiogène pour tout le monde.
Merci, Amélie de Montchalin, ministre chargée des Comptes Publics.
Amélie de Montchalin