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Podcast / conversationfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 6 juin 2025 26 minContradictoireFond programmatiqueInstitutions & électionsEurope & internationalÉconomie & entreprises

Un an après la dissolution de l'Assemblée nationale, la possibilité d'une nouvelle dissolution... Le "8h30 franceinfo" de Jean-Philippe Derosier et Benjamin Morel

Au micro : Adrien Bec Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:38OuverteRéponse directe

    Un an après, où en est-on ? Quel bilan vous tirez ?

  • 0:42OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron parlait d'une respiration démocratique. Est-ce que ça a été une réussite ?

  • 1:41OuverteRéponse directe

    Révélateur, diriez-vous aussi, Jean-Philippe Derosier ?

  • 2:46OuverteRéponse directe

    Est-ce que le but est atteint ?

  • 5:33OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron, c'est une de ses prérogatives, la dissolution. Est-ce qu'aujourd'hui, c'est un président qui, comme le disent certains, a abîmé la fonction, ce faisant ?

  • 7:07OuverteRéponse directe

    Emmanuel Morel, il abîme la fonction et est-ce qu'il ressort, lui, plus globalement, Emmanuel Macron, affaibli de cette histoire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:47InvitéFait
    « Alors oui, peut-être une respiration démocratique, mais suivie de deux ans d'apnée. »
  • 0:51InvitéFait
    « Parce qu'aujourd'hui, on est en effet dans une situation de blocage structurel. »
  • 1:01InvitéFait
    « Il est même assez probable qu'on ait recours soit à des lois spéciales, voire même à des ordonnances. »
  • 1:45InvitéFait
    « On était, la dissolution, je crois que je fais partie des rares qui considèrent qu'elle était inévitable. »
  • 2:00InvitéFait
    « on insiste à une déculottée à l'endroit du président de la République et de ce qui restait déjà de sa majorité. »
  • 2:21InvitéFait
    « La réponse politique ne pouvait être que la dissolution de l'Assemblée nationale. »
  • 4:21InvitéChiffre
    « 47% des Français voulaient voter contre le NFP, 44% contre Emmanuel Macron, 41% contre Marine Le Pen. »
  • 5:52InvitéFait
    « Emmanuel Macron abîme la fonction présidentielle depuis 2017. »
  • 7:36InvitéFait
    « Quand vous êtes élu et que vous dites, moi, président de la République, que je ferai une réforme des retraites et que derrière, vous n'avez pas de majorité pour la faire, qu'est-ce qui se passe ? »
  • 9:42InvitéFait
    « Emmanuel Macron n'a pas négocié. Il a imposé une réforme comme s'il était majoritaire. »
  • 10:05InvitéFait
    « Il a été élu président de la République face à l'extrême droite. C'était gagné d'avance. »
  • 10:51InvitéFait
    « Le problème en la matière, il est à la fois, et c'est évoqué, lié au mode de scrutin, mais lié également à la distorsion électorale. »
  • 11:38InvitéFait
    « Avec un mode de scrutin majoritaire à deux tours, vous ne pouvez pas construire des coalitions post-électorales. »

Temps de parole

  • Invité37 %
  • Invité 237 %
  • Présentateur13 %
  • Locuteur non identifié9 %
  • Locuteur non identifié 24 %

≈ 1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Et bienvenue, si vous nous rejoignez sur France Info, sur le canal 16, c'est le 8.30 France Info, avec ce matin Benjamin Morel. Bonjour, vous êtes politologue, maître de conférences en droit public à Paris de Panthéon-Assas. Et bonjour Jean-Philippe Dorosier, constitutionnaliste et professeur de droit public. Si on vous accueille tous les deux aujourd'hui, c'est parce que sur France Info, nous nous intéressons à cet anniversaire, entre guillemets, de la dissolution. C'était il y a presque un an, à quelques jours près, et on va s'y attarder avec vous. Peut-être commençons avec vous Benjamin Morel. Un an après, où en est-on ? Quel bilan vous tirez ?

Emmanuel Macron parlait d'une respiration démocratique. Est-ce que ça a été une réussite ?

0:47
Invité

Alors oui, peut-être une respiration démocratique, mais suivie de deux ans d'apnée. Parce qu'aujourd'hui, on est en effet dans une situation de blocage structurel. Là, on a vu comment est passé le dernier budget. Et là, le prochain budget pour 2026 est très, très, très compliqué à faire passer. Il est même assez probable qu'on ait recours soit à des lois spéciales, voire même à des ordonnances. Donc on est aujourd'hui tout de même dans une paralysie. La question c'est, est-ce que cette paralysie, est-ce que cette dissolution, c'est je dirais un coup politique qui a créé de l'instabilité ? Ou est-ce que c'est quelque chose qui, en fait, est plutôt un révélateur ?

Aujourd'hui, on a au moins une tripartition de la vie politique qui est inscrite vraiment dans la sociologie électorale. Et là-dessus, la dissolution a fait l'objet de révélatrices, même si, évidemment, il n'était peut-être pas très opportun politiquement de lancer un tel facteur d'instabilité dans une situation politique et économique déjà fort instable.

1:41
Présentateur

Révélateur, diriez-vous aussi, Jean-Philippe Derosier ?

1:45
Invité

On était, la dissolution, je crois que je fais partie des rares qui considèrent qu'elle était inévitable. Parce qu'au soir du 9 juin, on n'insiste pas à une défaite, on n'insiste pas à une déroute, mais pardonnez-moi l'expression, on insiste à une déculottée à l'endroit du président de la République et de ce qui restait déjà de sa majorité. A partir du moment où le 9 janvier, il avait limogé sa première ministre sans raison aucune, Elisabeth Borne, avait fait le job, et il décide qu'à prise du prince de la renvoyer, 5 mois plus tôt, en réalité, la dissolution était annoncée le 9 janvier.

Et on savait que les européennes n'allaient pas bien se passer, elles se sont particulièrement mal passées, et il fallait une réponse politique. La réponse politique ne pouvait être que la dissolution de l'Assemblée nationale. Elle ne pouvait pas avoir lieu plus tard, pas plus tard dans le mois de juin, parce qu'il y avait les Jeux Olympiques, et il fallait immédiatement, on ne pouvait pas faire des élections en plein milieu des Jeux Olympiques, elle ne pouvait pas avoir lieu à la rentrée, parce que ça aurait été beaucoup trop déconnecté de cet événement.

2:42
Locuteur non identifié

Et quand on dit respiration, il a même dit clarification, c'était l'objectif.

2:46
Invité

Ça, c'était ce qu'il espérait.

2:47
Locuteur non identifié

Est-ce que le but est atteint ?

2:48
Invité

Ça, c'était ce qu'il espérait, et on est forcée de constater que non. Pas une clarification au point de revenir aux équilibres d'antan, c'est-à-dire avant ce fameux nouveau monde, qui n'est qu'une confortation de cet ancien monde dans le procédé, mais qui est un éclatement de la vie politique du fait de l'arrivée d'Emmanuel Macron en 2017. Mais une clarification, parce qu'effectivement, on voit que Benjamin Morel parle de tripartition. Moi, je pense qu'il y a plutôt une quadripartition, c'est-à-dire qu'il y a la gauche...

3:18
Présentateur

Vous compliquez encore les choses.

3:20
Invité

Oui, oui, tout à fait. Il y a la gauche d'un côté, dont peine à identifier les véritables alliances, mais en tout cas, dans un processus électoral, est en mesure de s'unir. D'ailleurs, le nouveau Front populaire s'est fait à la dernière minute, mais c'est fait. Il y a l'extrême droite de l'autre qui reste seule, et on voit que lorsqu'elle reste seule ainsi, elle est incapable de gouverner et d'atteindre le gouvernement. Ça, c'est un autre élément de clarification aussi. Et puis, il y a le centre qui est conforté dans sa défaite, qui était défait le soir des Européennes et qui est conforté dans sa défaite avec les élections législatives. Et ce qui reste de la droite...

Que vous ne mettez pas dans le même bloc que le centre. Non, non. Ils gouvernent ensemble actuellement, mais ils ne sont clairement pas dans le même bloc que le centre. Bruno Retailleau n'est pas l'allié d'Emmanuel Macron. C'est un allié de circonstances dans le gouvernement, mais ce n'est pas l'allié politique d'Emmanuel Macron. Ce qui compte, en fait, c'est quand même plutôt la porosité des électorats. Et là, je cite souvent une enquête d'opinion qui a eu lieu juste avant le premier tour des dernières élections législatives. 47% des Français voulaient voter contre le NFP, 44% contre Emmanuel Macron, 41% contre Marine Le Pen. Et donc, on voit aujourd'hui qu'on a cette tripolarisation.

C'est-à-dire que la porosité au sein du centre, au sein de ce qu'on appelle le socle commun, entre les électorats est relativement forte, là où il est faible, d'ailleurs, en cas de second tour, entre un candidat macroniste et un candidat de gauche, un candidat socialiste, j'entends bien, il y a moins d'un électeur sur deux qui a voté pour le socialiste contre le Rassemblement National. Donc, on voit là-dessus qu'on a vraiment trois blocs relativement étanches, y compris dans les seconds tours. Si le Front Républicain a marché, c'est parce qu'il y a eu un bon report de gauche, des voix de gauche, sur le centre.

L'inverse, les reports de voix du centre sur la gauche, a été, lui, relativement médiocre. Il y a, en revanche, peut-être, en effet, un quatrième bloc qui est l'abstention. On a 30%... Qui a été faible, voilà, qui a quand même été relativement faible pendant les législatives. Mais il ne faut pas penser que l'abstention, elle se répartit de manière uniforme. Il y a deux parties qui ont des réserves dans l'abstention aujourd'hui. Le RN dans le périurbain et dans le rural, la France insoumise dans l'urbain, dans les banlieues. Et donc, dans ce cadre-là, on voit qu'on a un gâteau relativement restreint, que ce gâteau, il ne peut vraiment être étendu, élargi que sur l'épaule.

5:32
Présentateur

Un mot, peut-être, Jean-Philippe Dorosier, votre regard de constitutionnaliste sur le rôle d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron, c'est une de ses prérogatives, la dissolution. Est-ce qu'aujourd'hui, c'est un président qui, comme le disent certains, a abîmé la fonction, ce faisant ?

5:52
Invité

Emmanuel Macron abîme la fonction présidentielle depuis 2017. Emmanuel Macron fait énormément de mal aux institutions. à partir du moment où il se croit absolument tout puissant au prétexte qu'il a remporté l'élection.

6:04
Locuteur non identifié

C'est dans ses prérogatives, pardon, de dissoudre.

6:08
Invité

Bien sûr. C'est dans ses prérogatives aussi d'utiliser l'article 16. C'est dans ses prérogatives d'utiliser toutes les dispositions de la Constitution. Mais encore, faut-il le faire avec discernement. Ce qu'il a fait avec la réforme des retraites et la mobilisation de tous les leviers, alors ce n'est pas lui qui les a mobilisés, c'est son gouvernement, mais c'était évidemment lui le pilote, a fait là encore énormément de mal aux institutions. Et on en essuie encore les plâtres aujourd'hui. Donc Emmanuel Macron fait énormément de mal aux institutions.

La dissolution, comme je l'ai dit, elle me paraissait inévitable, mais elle est la conséquence de tout un processus accumulé depuis 2017, conforté en 2022, de ses erreurs, je pense, institutionnelles, en usant ses prérogatives. Il n'a rien fait d'anticonstitutionnel, mais il a cumulé des pratiques, une façon de gouverner qui n'est pas celle voulue par, en tout cas, les instigateurs de la Ve République.

7:06
Locuteur non identifié

Emmanuel Morel, il abîme la fonction et est-ce qu'il ressort, lui, plus globalement, Emmanuel Macron, affaibli de cette histoire ?

7:11
Invité

Là, il est évidemment affaibli et ça rejoint un petit peu, je dirais, le fait qu'il abîme ou pas la fonction, mais un président sur la Ve République, ça a des pouvoirs d'exception. L'article 16, ça a été dit, la dissolution, etc. Mais sur la gestion commune des choses, en fait, le président de la République, à quoi qu'on en pense, peut pouvoir. Le seul contact entre un président de la République et une loi, c'est quand il la promulgue. Et donc, en fait, qu'est-ce qui s'est passé ici ? On a un Emmanuel Macron qui est le révélateur de quelque chose.

Quand vous êtes élu et que vous dites, moi, président de la République, que je ferai une réforme des retraites et que derrière, vous n'avez pas de majorité pour la faire, qu'est-ce qui se passe ? Vous avez un choix binaire et ce n'est pas Emmanuel Macron ou un autre. C'est très compliqué parce que si vous arrivez en disant je ne ferai aucune réforme législative parce que ce n'est pas dans mon rôle, je me contenterai d'être parcimonieux en matière de dissolution et d'article 16, vous n'êtes pas élu. Donc, vous êtes élu sur un programme législatif. Si vous n'avez pas de majorité derrière, qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, il faut faire entrer les ronds dans les carrés.

Il faut, en effet, je suis d'accord sur la réforme des retraites, utiliser tous les artifices de procédure pour arriver à appliquer ce que vous avez dit lors d'une élection présidentielle mais que vous n'avez pas les moyens d'appliquer. Donc, là-dessus, Emmanuel Macron... Toute la question, c'est procédural,

8:15
Présentateur

mais est-ce que c'est bon pour la démocratie ? Est-ce que c'est bon pour les institutions ? On avait des reportages ce matin avec des Français qui disent, voilà, on a l'impression que tout se fait un peu en dehors de nous. Oui, mais si vous voulez,

8:28
Invité

certes, ce n'est pas bon pour la démocratie, mais ce n'est pas la personnalité d'Emmanuel Macron. Imaginez Valérie Pécresse élue sans majorité. Qu'est-ce qu'elle aurait fait ? Valérie Pécresse ou quelqu'un d'autre, est-ce qu'elle aurait dit, écoutez, voilà, j'ai été élue sur un programme mais je n'ai pas les moyens de l'appliquer. Je vais me contenter de présider pendant 5 ans. Non, mais il ne s'agit pas de se contenter de présider pendant 5 ans. Il s'agit d'entrer dans un dialogue et de se concerter. La réponse est non. Et donc, dans ce cadre-là, c'est certes les visions du président de la République qui sont interrogées, mais ce sont nos visions à nous également.

Quand on vote pour un président de la République et qu'on vote pour un président de la République en se disant il va être tout puissant, il va pouvoir faire une réforme des retraites, une loi sur la cueillette des fraises ou une loi immigration. Mais il faut bien comprendre que la légitimité qu'on donne n'est pas forcément le rôle institutionnel assumé et que dès le moment où on rentre dans une période où les majorités ne seront plus tout à fait évidentes, c'est notre conception générale des institutions qu'il faut modifier.

9:19
Locuteur non identifié

Alors, en face, il y a un parlement. Vous voulez réagir ? Oui, je voudrais réagir parce que je trouve

9:22
Invité

que c'est une vision un petit peu naïve du fonctionnement de la vie politique. Benjamin Morel est un partisan de la proportionnelle et la proportionnelle est un instrument qui doit favoriser les coalitions. À partir du moment où effectivement on est une personne qui est élue sur un programme et qu'on doit faire face à une coalition, il faut être en mesure de négocier. Or là, précisément, Emmanuel Macron n'a pas négocié. Il a imposé une réforme comme s'il était majoritaire. Emmanuel Macron, en 2022, a été démocratiquement élu mais politiquement battu. C'est-à-dire que sa majorité n'a pas été reconduite. Elle a été largement affaiblie.

9:54
Présentateur

Il aurait dû, selon vous, en tirer les conséquences dès ce moment-là. Il aurait dû absolument en tirer les conséquences.

9:59
Invité

Tout à fait. Mais même dès 2017. Dans quelles circonstances a-t-il été élu ?

10:03
Présentateur

Il avait une très large majorité, Jean-Philippe de Rosy. Oui, mais il a été élu président de la République

10:07
Invité

face à l'extrême droite. C'était gagné d'avance. Il a été élu parce qu'il y a eu l'affaire François Fillon et parce que François Hollande a renoncé. Et cela a conduit à un contexte où il n'était pas en mesure de politiquement affirmer une autorité comme s'il avait été plébiscité.

10:24
Locuteur non identifié

Tirer les conséquences, ça voulait dire pour vous prendre un Premier ministre qui soit... Tirer les conséquences,

10:30
Invité

ça voulait dire... De gauche, c'est ça ? Non, pas forcément. Mais faire preuve d'ouverture et d'écompte. Mais pardon,

10:35
Présentateur

je me permets simplement un petit point, messieurs, quand même, et notamment Jean-Philippe de Rosy. Quand on parle de coalition, de travailler avec d'autres parties, on pense par exemple au cas allemand. En France, on a eu l'impression que c'était strictement impossible. Oui, mais justement...

10:49
Invité

Ça l'est, je pense. Non, ça l'est pas, si vous voulez. Le problème en la matière, il est à la fois, et c'est évoqué, lié au mode de scrutin, mais lié également à la distorsion électorale. J'entends qu'en effet, Emmanuel Macron n'ait pas fait la grande union en 2017, mais en 2017, il avait une majorité absolue. Si vous tendez la main à votre opposition, vous avez tout d'un coup un système où il n'y a plus d'opposition. Ça ne marche pas. Vos oppositions doivent continuer à exister. Elles doivent continuer à s'opposer.

La base qui est liée d'Emmanuel Macron en 2017, elle n'est pas plus large que celle qui porte François Hollande au pouvoir quelques années auparavant ou Nicolas Sarkozy en termes d'inscrits, en termes de votants. Or, à l'époque, Nicolas Sarkozy n'a pas dit je vais gouverner avec le PS. Le mode de scrutin et l'organisation de la vie politique est faite comme tel. Ce n'est pas de la naïveté, c'est une réalité électorale et politique. Sinon, il n'y a plus de notion d'opposition.

Ensuite, sur la notion de coalition, là, le problème, on en revient à la question du mode de scrutin, c'est qu'avec un mode de scrutin majoritaire à deux tours, vous ne pouvez pas construire des coalitions post-électorales. Prenez les socialistes, les socialistes, dont on va peut-être reparler tout à l'heure, très compliqué pour eux de tendre la main au centre. Tout bêtement, parce que si vous avez été un député socialiste élu dans une circonscription sur une configuration NFP, donc alliance avec les insoumis, etc., et que la prochaine fois vous avez un candidat insoumis face à vous, eh bien, vous êtes potentiellement mort.

Et donc, vos alliances pré-électorales restent figées et ces alliances pré-électorales qui restent figées, elles empêchent de construire des coalitions et donc de maintenir de la stabilité.

12:10
Présentateur

Peut-être un dernier mot avant d'aller au fil info Jean-Philippe Dorosier sur le sujet, la proportionnelle qui permettrait fatalement un moment ou l'autre de construire des alliances. Est-ce que ça ne paraît pas couler de source ? Non. Non.

12:22
Invité

Si vous me posez la question, c'est sans doute parce que vous savez que je suis très hostile à ce mode de scrutin que je considère comme antidémocratique, précisément parce que, comme Benjamin Morel vient de le rappeler, c'est un mode de scrutin qui vient et pousse à construire des coalitions après l'élection. Or, avec le scrutin majoritaire, les coalitions sont présentées aux électeurs qui les valident, les approuvent ou les désapprouvent.

Et là, actuellement, nous avons les effets de la proportionnelle, c'est-à-dire un éclatement du paysage politique sans la proportionnelle, avec au moins cet avantage que les électeurs ont pu se prononcer sur les différentes coalitions, notamment le Nouveau Front Populaire, aussi la coalition centrale entre Horizon Modem et Macroni, et cela me semble bien plus démocratique.

13:07
Présentateur

Vous restez avec nous, Jean-Philippe Dorosier et Benjamin Morel, où on continue d'explorer la façon de sortir de cette crise politique juste après votre fil info à 8h46, Etienne Cholaise.

13:18
Locuteur non identifié

Donald Trump et Elon Musk s'écharpent en public, échanges de critiques et d'accusations sur les réseaux sociaux. Le patron de Tesla et SpaceX affirme que sans lui, Donald Trump n'aurait pas pu gagner la présidentielle. Il l'accuse aussi de faire partie du dossier Epstein, homme d'affaires qui se fait suicider en prison avant son jugement pour trafic sexuel. Donald Trump estime que son ancien allié est devenu fou. À Reims, dans la Marne, il y a 4 morts après l'incendie d'un immeuble cette nuit. La préfecture affirme qu'il y a un enfant parmi les victimes. Un autre est toujours recherché, porté disparu. Deux habitants sont aussi gravement blessés. Puis Loïs Boisson remet les pieds sur terre.

La sensation du tennis français battue sèchement par l'américaine Coco Gauffe. 6-1-6-2 hier en demi-finale de Roland-Garros. Côté masculin, ce sont aussi les demi-finales aujourd'hui. L'italien Lorenzo Muzetti contre l'espagnol Carlos Alcaraz et un autre italien, le numéro 1 mondial Yannick Sinner contre le serbe Novak Djokovic.

14:19
Invité

France Info

14:20
Locuteur non identifié

Le 8.30 France Info et Rangère Bonte Adrien Bec. Et ce matin, Benjamin Morel, politologue Paris 2, Panthéon Assas. Je donne vos maisons à tous les deux. Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste. Là, c'est Lille, l'université de Lille. On parlait de la proportionnelle. Je voudrais que vous puissiez réagir. Benjamin Morel, on a bien compris que vous n'êtes pas sur la même position l'un et l'autre. Mais Jean-Philippe Derosier disait qu'on a les effets de la proportionnelle sans la proportionnelle. Pourquoi en rajouter dans ce qui risque de morceler encore plus l'Assemblée ?

14:52
Invité

Alors, ça ne va pas la morceler en réalité. Regardez actuellement le Bundestag. Six groupes politiques. Combien de listes ont été représentées au Parlement européen après les dernières élections européennes ? Six. Vous mettez un seuil de représentation de 5%. Autrement dit, tous les partis qui franchissent la barre des 5% sont représentés. Vous avez six groupes politiques. Il y en a combien à l'Assemblée nationale, là ? Il y en a onze.

15:14
Présentateur

Deuxième élément... Parce que, pardon, Benjamin Morel, simplement précision pour nos éditeurs, nos téléspectateurs, on a un mode de scrutin. On peut aussi... Il y a plein de variations dans les modes de scrutin. Quand on s'amuse à parler de la proportionnelle, déjà, la proportionnelle,

15:26
Invité

ça n'existe pas. Voilà. Il y en a entre 50 et 80 formes selon la définition qu'on retient de la proportionnelle et le mode de scrutin... On ne va peut-être pas tous les détails. Je vous en prie. Le mode de scrutin déraisonnablement majoritaire que je connais s'il est français et il est proportionnel, c'est les élections municipales. Donc, à partir de là, il faut voir quelle modalité de 50%. Donc, à partir de là, il faut voir de quel proportionnel on parle. Ensuite, on n'a pas les effets de la proportionnelle.

15:47
Locuteur non identifié

C'est-à-dire qu'on explique quand même le premier, celui qui est arrivé en tête, a une prime.

15:51
Invité

Le premier qui arrive en tête à une prime, il y a un certain nombre de députés qui sont donnés. Deuxième élément, on l'évoquait tout à l'heure, avec une proportionnelle, je peux construire des coalitions post-électorales. Le problème du mode de scrutin majoritaire à deux tours, déjà, c'est que ça ne donne pas toujours des majorités. Historiquement, ça en donne si vous avez une bipolarisation. Il n'est pas... On montre aujourd'hui qu'il n'y a plus de bipolarisation. Si jamais vous n'avez pas de majorité absolue, qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, à ce moment-là, vous avez trois blocs et c'est bloqué. Dernier point pour répondre à ce qui a été dit sur le caractère non démocratique.

Il n'y a absolument aucune étude et pourtant, il y a une littérature très, très abondante sur les modes de scrutin qui montre que les Européens qui sont à la proportionnelle et tous les pays européens sont à la proportionnelle par nous et les Anglais, jugeraient ce mode de scrutin antidémocratique. Au contraire, vous avez plus sept points de participation dans la population générale

16:40
Présentateur

et vous avez une adhésion

16:42
Invité

plus grande de politique publique dans le cadre d'une proportionnelle. Bérangère, bon.

16:47
Locuteur non identifié

Alors, vous disiez onze groupes aujourd'hui, onze représentations dans l'Assemblée actuelle. Il faut qu'on parle de la gauche parce qu'évidemment, l'élection qui s'est déroulée hier et dont on a les résultats ce matin avec la réélection d'Olivier Fort aux commandes a une incidence. La question, c'est... Enfin, on peut la poser des deux côtés, si vous voulez. Est-ce que la dissolution a eu une incidence sur ce qui s'est passé au PS là ? Ou est-ce que l'élection d'Olivier Fort, c'est peut-être comme ça qu'il faut la poser, rend une nouvelle dissolution impossible finalement ou plus compliquée puisque l'union de la gauche va être plus compliquée à faire.

Olivier Fort ayant pris ses distances d'une certaine façon avec les Insoumis. Comment vous voyez cette élection aujourd'hui d'Olivier Fort dans ce contexte ? Jean-Philippe Derosier.

17:46
Invité

Olivier Fort était historiquement et en réalité depuis qu'il est arrivé à la tête du PS, une forme d'allié voire de prolongement de la France Insoumise. Il est incontestable que depuis 2024, il a pris ses distances. Mais 2024 arrive après l'avant-dernier congrès, actuellement il y a un congrès de Nancy, il y a deux ans il y a eu un autre congrès, qui a fait que il n'a été pas mis en minorité mais très largement concurrencé par ses opposants qui étaient à l'époque Hélène Geoffroy et Nicolas Maillard-Rossignol.

18:24
Locuteur non identifié

Pardon, mais c'est lui qui a choisi de ne pas voter la dissolution, la motion de censure voulue par les Insoumis. C'est le parti

18:29
Invité

qui a choisi de ne pas voter la motion de censure, lui étant le chef du parti. Il s'est effectivement... Dans un contexte de pré-congrès pourrait-on dire aussi, peut-être. Tout à fait. Tout à fait. Et c'est le parti qui lui a imposé ce choix faisant qu'effectivement on était dans la non-censure, que le parti socialiste était dans la non-censure. Maintenant avec la victoire d'Olivier Faure qui se passe dans des circonstances visiblement plus claires qu'au précédent congrès puisque dès la nuit du vote on a la reconnaissance de la victoire d'Olivier Faure et de la défaite de Nicolas Maillard-Rossignol. Qu'est-ce qui va se passer ?

Je n'ai pas de boule de cristal, je ne peux pas vous le dire, mais si je regarde ce qui s'est passé dans le passé, Olivier Faure ayant toujours été plutôt un allié de la France insoumise, on peut questionner le maintien de cette position de non-censure à l'égard du gouvernement et le maintien de cette position un petit peu neutre par rapport et le centre et la France insoumise.

19:24
Locuteur non identifié

Et Emmanuel Macron a ça en tête, dans l'hypothèse que j'évoquais de dissoudre à nouveau. Est-ce qu'il va se dire qu'ils ne vont plus être aussi unis qu'ils étaient ou alors au contraire Olivier Faure il va s'empresser de revenir dans le giron des défis ? Il se reformera

19:41
Présentateur

tout aussi vite que ça s'était formé la dernière fois.

19:44
Invité

C'est en effet plus que probable tout bêtement pour les raisons qu'on donnait tout à l'heure. Aujourd'hui, si vous êtes un député socialiste et qu'il n'y a pas de reformation de la NU, du NFP ou quel que soit le nouvel avatar, vous ne passez pas le premier tour pour environ les deux tiers du groupe socialiste. Et donc ça veut dire demain qu'il n'y a plus de groupe socialiste et ça veut dire qu'en cas de dissolution le seul groupe qui tient à peu près à gauche c'est le groupe La France Insoumise. Et donc pour des raisons je dirais mathématiques de raison électorale il y aura probablement une telle reformation.

Et donc dans ce cadre-là en effet mais pour Emmanuel Macron une dissolution fondamentalement aujourd'hui ne changerait pas grand chose.

20:16
Présentateur

Alors justement je voulais votre avis. Est-ce que vous y croyez ? Je sais qu'on n'est pas ni dans la croyance ni dans le mar de café mais est-ce que vous y croyez à une possible nouvelle dissolution ? Certains l'évoquaient on l'évoque beaucoup moins maintenant ? Bon aujourd'hui

20:28
Invité

quand vous prenez la sociologie électorale la gauche est encalminée dans ses fiefs et les circos qui sont les plus solides sont les circos la FI. Lors des dernières élections vous avez même des insoumis qui se sont payés luxe d'avoir des circonscriptions insoumis contre insoumis dissidents au deuxième tour. Donc vous n'aurez pas moins de la FI si jamais vous avez une dissolution. Vous aurez probablement plus de rassemblements nationaux parce que vous avez une force dynamique dans le périurbain et dans le rural. Si vous n'avez pas moins de la FI et plus de RN vous aurez une assemblée qui n'est pas plus gouvernable.

Donc pour Emmanuel Macron il n'est pas réellement dans son intérêt de dissoudre. Après peut-on bouger les choses sans dissoudre ? Compliqué également parce que le prochain budget il faut arriver à le faire passer il faut arriver à le faire passer c'est un point extrêmement important l'avant-veille d'élections municipales où les principaux protagonistes seront LR et le PS et là en effet pour le PS ne pas voter une motion de censure l'avant-veille des municipales ça va être très compliqué. Jean-Philippe Dorosier

21:20
Présentateur

votre avis sur la question dissolution nouvelle dissolution ou pas possible ?

21:25
Invité

Rappelons déjà que pour l'instant à ce jour la dissolution n'est pas possible pas encore elle n'est possible qu'à partir du 8 juillet à quelques semaines pardon c'est bien ça parce qu'elle a été prononcée le lendemain de l'élection de l'élection et pas de la dissolution la dissolution est le 9 juin 2024 l'élection est acquise le 7 juillet 2024 donc on ne peut dissoudre qu'à partir du 8 juillet à 0 heure on ne dissoudra pas le 8 juillet à 0 heure parce que ça voudrait dire qu'on voterait fin juillet début août ce serait assez périlleux il faut voter dans les 20 à 40 jours dans les 20 à 40 jours tout à fait on avait dissous début juin on a voté fin juin début juillet si on dissous début juillet on vote fin juillet début août donc si dissolution il y a ce serait vraisemblablement à la rentrée et pas avant pour qu'il y ait dissolution il faut soit que ce soit inévitable comme le 9 juin 2024 en raison d'une défaite d'une déroute électorale soit il faut que quelqu'un y ait intérêt à ce stade ce n'est pas inévitable ça pourrait le devenir si le budget précisément ne peut pas être adopté voire s'il y a motion de censure mais dans ces cas là ça veut dire que certains groupes politiques conduisent à ce blocage et donc il faut que certains d'entre eux y aient intérêt l'extrême droite n'a pas intérêt à la dissolution pourquoi ?

parce que Marine Le Pen ne pourrait pas se représenter en tout cas en l'état actuel des choses ce qui la priverait de la tribune politique dont elle dispose aujourd'hui en étant présidente du groupe à l'Assemblée nationale le centre la Macronie n'y a pas intérêt non plus parce qu'ils sont encore dans une position où ils ne se sont pas reconstruits et ils risquent de revenir encore plus faibles qu'avant je termine la gauche à l'exception de la France insoumise la gauche n'y a pas véritablement intérêt non plus parce que ça requestionnerait les questions des alliances et surtout comme l'a dit Benjamin Morel il y a en mars 2026 des élections si on fait une autre élection en septembre octobre novembre ça veut dire que les partis politiques doivent financer organiser deux élections coup sur coup or on sait que les finances des partis politiques ne sont pas forcément opulentes et cela leur poserait un certain nombre de difficultés

23:26
Locuteur non identifié

donc vous n'y croyez pas l'un et l'autre

23:27
Présentateur

il nous reste très peu de temps Jean-Philippe Dorosier pour parler du référendum ça va ça vient Emmanuel Macron en parle François Bayrou en parle on ne voit rien venir qu'est-ce qui se passe que doivent comprendre nos auditeurs téléspectateurs

23:39
Invité

et bien que le référendum depuis 2005 tout le monde en parle mais personne ne le fait parce qu'il y a beaucoup plus à perdre qu'à y gagner et là on le voit encore que tout le monde en parle personne ne le fait le Premier ministre a lancé ça sur la table mais ce n'est pas sa prérogative le Président de la République l'a évoqué dès ses voeux du 31 décembre on a reparlé il y a quelques semaines

23:57
Présentateur

vous ne croyez pas au fait qu'il y en aura un

23:59
Invité

non je n'y crois pas je n'y crois pas parce qu'on voit que les termes qui sont employés pour évoquer le référendum sont extrêmement flous c'est une façon de promettre quelque chose mais d'extrêmement vague et donc sans avoir un cap précis et une question claire à poser aux Français Benjamin Morel qu'est-ce que vous en pensez en quelques secondes là encore c'est très peu probable tout bêtement parce qu'en effet vous avez aujourd'hui des partis politiques qui sont extrêmement fragilisés et surtout vous avez un socle commun qui est un socle commun extrêmement friable donc si vous mettez un sujet à référendum qu'est-ce qui se passe ?

et bien vous allez cliver votre socle commun on a parlé tout à l'heure de la proportionnelle LR pourra avoir intérêt à la proportionnelle mais les députés LR probablement sauteraient parce que LR aurait plus de députés dans les zones urbaines mais moins dans les zones rurales où aujourd'hui ils ont leurs députés vous faites un référendum sur la proportionnelle ce qui est constitutionnellement possible et bien vous tombez vous avez un gouvernement qui s'effondre de l'autre côté il y a beaucoup de sujets qui seraient probablement des sujets à référendum dans l'esprit mais qui ne sont pas constitutionnellement mettables en termes de sujets de référendum et donc dans ce cadre là il n'est en effet pas très très stratégique de mettre en place un référendum après il n'était pas et on a un point de désaccord il n'était pas non plus extrêmement stratégique de dissoudre l'Assemblée il y a un an donc là-dessus la rationalité politique et d'un côté ce qui est fait n'est pas tout à fait évident il y a par ailleurs un président qui veut se remettre au centre du jeu qui veut apparaître à nouveau comme ayant les manettes étant le maître des horloges c'est peut-être pas un argument très rationnel mais c'est un argument qui peut le convaincre

25:23
Présentateur

merci Benjamin Morel politologue maître de conférence en droit public Paris 2 Panthéon Assas merci Jean-Philippe Derosier constitutionnaliste professeur de droit public à Lille et merci à vous d'avoir suivi ce 830 France Info dans quelques minutes on se retrouve pour les informer avec Renaud Delis