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interviewC dans l'air· 4 mai 2023 58 min

Mélenchon : hold-up sur la gauche ! #cdanslair Archives 2022

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. L'hypothèse était inenvisageable il y a encore quelques semaines. Maître autour de la table, les socialistes, la France insoumise, les communistes et les écologistes. Jean-Luc Mélenchon a donc réussi son pari. Le PS, hégémonique pendant des années, a fini par signer un accord pour les législatives. Avec ses 1,7% au premier tour, il a fini en supplétif, en satellite, et se range sur le fond à la ligne de la gauche de rupture. Inacceptable, un abandon du socialisme républicain et menace politique.

Je suis donc, Jean-Luc Mélenchon met au pas toute la gauche et promet la victoire à l'Elysée. Lui, le président, cherche la parade et profite et cherche un profil de Premier ministre de gauche pour remplacer Jean Castex. Mélenchon, hold up sur la gauche, c'est le titre de cette émission avec nous. Pour en parler ce soir, Roland Quairol, vous êtes politologue, directeur du centre d'études et d'analyse de CETAN, je rappelle, en reporter au journal Le Monde, à la ligne de votre journal. Aujourd'hui, l'EPS rejoint avec LFI au prix de division. Je cite votre ouvrage, Passion zéro à l'origine du coronavirus en France, aux éditions Gléna. Caroline Vigoureux est avec nous ce soir.

Vous êtes journaliste politique à l'Opinion. Je cite votre article du jour, législative. Currier, directeur général délégué d'Ipsos, vous avez publié une enquête pour Le Monde sur les présidentielles 2022. Enquête que vous poursuivez d'ailleurs pour les élections législatives. On va en parler. Bonsoir à tous les quatre. Roland Quairol. Et c'est un sacré retournement de l'histoire.

1:29
Invité

Oui, c'est assez incroyable. Y compris le fait qu'on ne pensait pas que Mélenchon pourrait avoir cette capacité d'ouverture. On n'a toujours pas prononcé depuis cinq ans le mot de gauche. Et il nous fait l'union de la gauche. Comme j'ai dit sur le parti communiste avant 72, qui n'utilisait pas le mot de gauche. Et qui a fait, qui a participé à une union de la gauche. Cela dit, dans quelles conditions ? Un, c'est contre le plat de l'Antille. Oui, c'est classique. C'est classique. Et les partis le font toujours dans leurs arrangements internes. Grès, les journalistes, pour se mettre d'accord, pour faire un accord de direction.

Hein, Caroline, je te passe ta position sur l'Europe à la direction. C'est toujours un peu bizarre que ce soit, qu'on puisse changer de conviction pour se mettre d'accord in fine. Mais alors c'est encore mieux quand c'est entre partis différents pour aller, soi-disant, à la majorité du pays. Ou plutôt non. Ils le font parce qu'ils savent qu'ils ne vont pas à la majorité du pays.

2:35
Présentateur

Vous pensez ça, Roland Pérol ?

2:37
Invité

Je le pense. Je pense qu'il n'y a aucune espèce de possibilité que cet accord conduise à une majorité absolue du Parlement. Donc ce qui se fait, c'est qu'on sauve les meubles de chaque famille. On sauve les boutiques. Et on sauve les sous. Du premier tour des législatives, le financement public n'est fondé en France que sur le premier tour des législatives. Donc il faut bien trouver des sous. Et puis en plus, si ça donne des députés, à fortiori un groupe, d'abord ça donne de la présence institutionnelle. Et puis ça donne aussi un peu d'argent que les députés donnent aux partis. Donc un léger... Pour qui ?

Évidemment pour ceux qui lancent les convictions et on ne prend que le plat de lentilles. Ça fait un peu bizarre que ce soit sur la ligne politique de Mélenchon que tout ça se fasse. Et puis est-ce que ça valait la peine ? Et notamment pour les socialistes, je comprends que ça soit là. Encore que ceux qui vont partir vont faire un parti croupion. C'est croupion contre croupion. Mais il y a ce côté... Est-ce que c'est sûr que ces 70 circonscriptions, ça va rapporter au total plus de députés qu'ils n'en ont en sortant ?

3:50
Présentateur

Vous parlez de l'impression que ça lève. Dès mois, on a entendu ces socialistes interrogés sur toutes les matinales, sur leur désunion, sur le fait qu'ils aillent désunis à la présidentielle, nous dire, nous arrivons à nous mettre en commun des propositions sur le fond. Et pour le parti socialiste, après quasi 14 ans de désaccord avec Jean-Luc Mélenchon, arriver à dire, on va avancer ensemble. Qu'est-ce que les Français peuvent retenir de tout ça ?

4:16
Jean-Luc Mélenchon

Dans l'esprit des électeurs de gauche, il y a une aspiration qui est forte à l'unité. Ça, c'est pas nouveau, ça existe, etc. On voit bien que, semble-t-il, une partie des électeurs de Yannick Jadot et d'Anne Hidalgo, alors ils ne sont pas très nombreux, mais ils existent, de Jean-Luc Mélenchon, résistent. Mais la majorité bascule quand même. Ça, c'est du côté des électeurs et c'est à court terme. Après, je rejoins totalement ce que vient de dire Roland Quairol. Il porte en tous les cas, à date de victoire, que du coup, chacun peut y trouver son compte en termes de groupe, etc. Que les électeurs, aujourd'hui, peuvent suivre, mais que c'est un tournoi tout à fait... C'est historique ?

Ah, moi, je trouve. Je trouve que sur des questions aussi essentielles et qui ont fait clivage, et dans des décennies, il y a eu quand même des alternances et des décennies, la question de l'Europe était une question fondamentale. C'est un point de clivage majeur avec Jean-Luc Mélenchon. La question aussi de la position que la France doit avoir sur l'OTAN, c'est quand même pas un petit sujet, surtout avec l'Europe en guerre. Donc, il y a un renoncement quand même extraordinaire pour des intérêts de court terme. À court terme, sur cette élection, je pense que ça laissera des traces extrêmement profondes et que c'est une quasi-disparition du Parti Socialiste.

5:25
Invité

Raphaël Baquet ? C'est tout à fait vrai, mais le Parti Socialiste était face à un dilemme épouvantable. Soit perdre une très grande partie de ses financements et même éventuellement disparaître encore qu'il pouvait retrouver, mais avoir un vrai problème d'existence quand même, un aléa important sur son existence, soit s'asseoir sur ses convictions. Donc, il a choisi le court terme. Cité, dans quelques mois, on ne se souviendra plus de cette histoire. D'accord, c'est fait. Et ça, évidemment, pour la France insoumise, c'est une moitié, mais c'est toujours pareil. C'est malheureux vaincu.

Lorsque vous avez fait un si faible score à la présidentielle, vous n'êtes pas en mesure de décider, d'avoir le rapport de force avec vous. Et puis, par ailleurs, et Brice a commencé à esquisser cette idée, les électeurs ou une partie des électeurs, et notamment les plus jeunes, et puis les barons du parti, et peut-être aussi les électeurs les plus âgés. Et ceux-là, les électeurs les plus âgés ou les barons du parti, c'est la génération Mitterrand, d'une certaine façon. Celle où le PS était dominant et le Parti communiste était un parti peu à peu devenu contre les électeurs.

dont on voit qu'ils ont beaucoup moins de réticence à aller vers la France insoumise, parce que ce qui compte, c'est là. Et donc, ça, c'est ce qui a aussi fait que, finalement, les dirigeants du PS aujourd'hui, notamment Olivier Faure, et puis ceux qui se sont accordés pour le laisser négocier dans cette voie, ont dit d'accord.

7:03
Présentateur

Je voulais juste retrouver pour le plaisir quelques phrases de Jean-Luc Mélenchon, par exemple, sur les socialistes. Des gens sans programme, qui ne veulent pas changer la vie. Ça, c'était en janvier 2022. Olivier Faure, premier secrétaire du PS à Grenoble, le 3 mars 2022, il dit « Moi, je ne veux pas d'un président de la République qui considère que ses alliés principaux sont ceux qui soutiennent. Poutine, Maduro, Bachar el-Assad en Syrie. » Or, ça n'a pas changé. Ça n'a pas changé. C'est toujours la même chose. Et tout ça est passé par pertes et profits. Ils en ont parlé quand même de ces dissensions-là, de ces divergences-là de fonds, j'imagine, dans cette négociation.

7:40
Invité

Oui, ils ont abordé tous ces sujets. C'est en cela que, selon moi, le coup politique de Mélenchon est magistral. Il a réussi à faire en 2022 ce qu'il n'était pas parvenu à faire en 2017, à savoir capitaliser immédiatement sur son pactole de 7,7 millions de voix. Il n'a même pas laissé le temps à ses potentiels rivaux à gauche de retomber sur leurs pattes, qui disaient déjà « on entre dans les négociations », envoyer Jean-Luc Mélenchon à Matignon. Et il ne leur a laissé aucun répit. Il les a pris au col, si je puis dire. Et il a profité du rapport de force du premier tour, qui lui était extrêmement favorable, pour imposer ces négociations.

Et c'est pour ça que ce qui n'était pas possible pendant des dizaines d'années et jusqu'au 10 avril l'est soudainement devenu juste après. Mais c'est vrai que ça a été dit. Mais pour les socialistes, c'est quand même un renoncement.

8:31
Présentateur

Mais quelle victoire, vous disiez, coup magistral pour Jean-Luc Mélenchon. Il faut peut-être rappeler son histoire avec les socialistes. Il est quand même parti en claquant la porte comme le petit chose.

8:41
Invité

Il est parti il y a 14 ans du PS et il leur mène la vie dure depuis. Et il y a des inimitiés et des détestations terribles entre les insoumis et les socialistes. Pendant la campagne, Anne Hidalgo avait quand même qualifié Jean-Luc Mélenchon de complice de Vladimir Poutine. Ce n'est pas rien, ce n'est pas anecdotique. Et trois semaines pactistes avec l'ennemi, si je puis dire. Ce qui va être intéressant à suivre, c'est de voir ce que font Hidalgo ou Carole Delga, présidente de la région Occitanie, ou même François Hollande. Alors, ils se sont exprimés.

9:13
Présentateur

Je fais un peu de teasing avec François Hollande. Et on va le voir dans un instant. Je voudrais qu'on voit ce premier reportage, puisqu'effectivement, après l'accord conclu ce week-end avec les écolos, hier avec les communistes, c'est au tour des socialistes de caler leur pas. Sur ce point de la présidentielle, l'EPS a obtenu 70 circonscriptions. Jean-Luc Mélenchon tient donc sa revanche sur les éléphants qui, pour certains, préfèrent promettre de claquer la porte. Magali Lacroze et Ilana Azincott. L'union des gauches pour les législatives. Ça vaut bien une tendresse à la presse ce matin. Jean-Luc Mélenchon rejoint les ultimes négociations entre socialistes et insoumis.

Et laisse à ses lieutenants le plaisir d'annoncer l'accord conclu cet après-midi.

9:57
Jean-Luc Mélenchon

C'est fait. Aujourd'hui, des millions de gens dans ce pays peuvent espérer voir leur vie changer dans quelques semaines.

10:10
Présentateur

Ambiance un peu plus tendue chez les socialistes, qui saluent quand même un grand jour.

10:17
Invité

Un moment historique, d'un moment historique attendu depuis des années par le peuple de gauche qui nous demandait, qui nous demandait ardemment de savoir nous rassembler, de prouver que nous étions capables de passer au-dessus de ce qu'ils ont fait pendant des décennies, nos divergences.

10:35
Présentateur

Ça a l'air simple comme ça, mais les discussions ont duré longtemps, pendant des heures cette nuit. Ce matin encore, les socialistes ont obtenu 70 circonscriptions en cas de candidature unie, mais rien n'est encore acquis.

10:49
Invité

La proposition que nous avons formulée tient compte, y compris de l'implantation territoriale des différents protagonistes, etc. Donc je crois que c'est un bon accord. Et maintenant, c'est dans le camp du Parti socialiste que les choses se décident définitivement et se valident. En tout cas, nous, on a fait ce qu'il fallait pour que ça fonctionne.

11:06
Présentateur

Petite mise en garde aux socialistes, tenter de chipoter, non l'accord. Mais voilà, au sein de la famille P, européenne défendue par Jean-Luc Mélenchon.

11:15
Jean-Luc Mélenchon

Chez les écologistes, dans le texte, il est marqué que la désobéissance européenne doit se faire dans le cadre légal. Vous avez déjà compris qu'à écrire ce type de formule, on voit bien quelle est l'ambiguïté totale dans laquelle tout ça se fait. Mais en même temps, sous une ligne et sous une bannière qui, elle, prône la désobéissance européenne. Donc les écologistes se sont rangés derrière Jean-Luc Mélenchon. Mais au fond, qu'est-ce qu'ils pensent les uns et les autres ? Qu'est-ce qui les motive ?

11:46
Présentateur

Parmi les plus virulents contre la direction du PS, les nouveaux frondeurs sont les anciens éléphants.

11:53
Jean-Luc Mélenchon

En politique, savoir qui l'on est et ce que l'on veut, c'est aussi avoir une idée claire de ce que l'on n'est pas et de ce que l'on...

12:01
Présentateur

Avant les négociations avec le PS, la France insoumise a topé avec le Parti communiste. Et tant pis pour les divergences sur le nucléaire. Mais Fabien Roussel ira-t-il faire campagne pour Jean-Luc Mélenchon pour autant ? La réponse est claire.

12:15
Invité

Non, mais non, nous nous sommes mis d'accord. Et nous avons discuté pendant des jours et des jours, des nuits, des heures, longues, sur une bannière qui doit tous nous rassembler. Cette bannière sera la nouvelle union populaire, écologiste et sociale. Et nous sommes contents parce que les écologistes et les écologistes qui ont rapporté, sociale, c'est nous.

12:37
Présentateur

L'indépendance est-elle possible quand on fait alliance ? Avant les communistes, Europe Écologie Les Verts signe en premier l'accord avec les insoumis dimanche. Mais depuis, silence radio de Yannick Jadot qui avait prévenu quelques jours avant les négociations.

12:53
Jean-Luc Mélenchon

Si à un moment donné, cette coalition ne respecte pas la diversité et l'identité de ses partenaires, ce sera sans moins.

13:02
Présentateur

Le NPA de Philippe Poutou est aussi en pourparler.

13:08
Invité

Et ça se rapproche de plus en plus. Ce soir, le voilà à tout sourire. Jean-Luc Mélenchon, le troisième homme de la présidentielle, s'est imposé en quelques jours patron de toutes les nuances de gauche.

13:19
Présentateur

Cette réaction à l'instant d'Olivier Faure qui dit « C'est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source ». Voilà, et il cite Jaurès.

13:31
Invité

Jaurès, oui.

13:32
Présentateur

Comment ça marche cette alliance ? Est-ce que tous les candidats aux législatives auront un programme commun ?

13:37
Invité

Qui en est digoureux ? Alors, c'est une bonne question parce qu'ils ont un peu fait à la carte la France insoumise en promettant aux uns et aux autres en fonction de leur programme respectif. Par exemple, sur l'Europe, ils s'en sont sortis en faisant un communiqué extrêmement long, extrêmement compliqué, afin que tout le monde puisse y voir l'Europe qu'il défend en disant « Nous, on plaide pour une désobéissance au traité, mais certains pourront y déroger de manière exceptionnelle ». C'est très alambiqué parce qu'en réalité, ils n'ont absolument pas tous la même vision de l'Europe.

Elle est même radicalement opposée à la base entre les insoumis et les socialistes ou entre les insoumis et les écolos qui portent quand même le mot « Europe » dans le nom de leur parti et qui aujourd'hui se retrouvent contraints d'acter une forme de désobéissance. En tout cas, il y aura un projet commun. Après, je compte sur eux pour trouver des formules suffisamment alambiquées pour que tout le monde puisse s'y retrouver et pour que ça ne froisse vraiment personne.

14:36
Présentateur

Ça veut dire qu'en fait, ce programme-là ne sera pas appliqué, que chacun fera ce qu'il veut en fonction de sa couleur politique ?

14:40
Invité

De toute façon, oui. Enfin, c'est un programme législatif. Voilà, c'est ça. Donc, s'ils n'ont pas la majorité des députés, il y a peu de chances en réalité qu'ils puissent appliquer ce programme. Ils se font élire dessus. Mais la réalité, c'est qu'il y a très très peu de chances que Jean-Luc Mélenchon a accompli son pari.

14:58
Présentateur

Ça ne veut pas dire donc que c'est une gauche radicale qui l'emporte avec cet accord pour l'Union Populaire ? Ou est-ce que quand même, il y a un clivage ? Puisque chacun a mis un peu d'eau dans son vin, mais quand même, ils calent leur pas derrière celui de Jean-Luc Mélenchon.

15:12
Invité

Ça va poser forcément un problème électoral et idéologique, si vous voulez. Pour les écologistes aussi. Le cœur de l'écologie, c'est l'Europe. Tous leurs programmes reposent quand même sur l'Europe. Leurs meilleurs scores sont aux élections européennes. Donc, c'est quand même compliqué aussi pour eux. Donc, ça veut dire que même s'ils réussissent à sauver des circonscriptions et même s'ils font un bon score, je doute qu'ils aient quand même la majorité. Enfin bon, disons qu'ils fassent un bon score et qu'ils aient pas mal de députés. Comment vous faites pour redevenir un vrai mouvement de gouvernement ? Un vrai parti de gouvernement.

Pouvoir proposer une alternative sérieuse, qui aspire la confiance à vos électeurs. Là, c'est beaucoup plus compliqué quand même.

15:56
Jean-Luc Mélenchon

Oui, parce que là, on évoque l'Europe. Mais si vous prenez simplement la question du rapport à l'économie de marché. Le Parti Socialiste est un parti qui se voulait de gouvernement et qui acceptait l'économie de marché en cherchant à en corriger les effets. C'est pas du tout la vision de la France insoumise. Donc, en réalité, c'est le triomphe de la tripartition de notre système politique. Vous avez une gauche, un bloc de gauche, qui est dominé par Jean-Luc Mélenchon, par la France insoumise et ce qui va avec sur l'économie, sur l'Europe, sur tous ces sujets-là. Et je ne sais pas si c'est la formule d'Olivier Faure, là, et que vous disiez le fleuve...

16:30
Présentateur

Oui, c'est du Jaurès. C'est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source.

16:32
Jean-Luc Mélenchon

Oui, ou qu'il se dissout dans la mer. Ou qu'il se dissout. Oui, ou qu'il se dilue et qu'il se dissout dans la mer. Moi, j'ai plutôt le sentiment que la mer, aujourd'hui, c'est la France insoumise et que le fleuve, ou ce qui était le fleuve socialiste, eh bien, il va se dissoudre dans cette mer. Donc, on a ce bloc-là et tous les clivages anciens sur l'Europe, sur les questions écologiques, sur les questions d'économie de marché, eh bien, sont maintenant du côté...

16:54
Présentateur

Quand on regarde dans le détail, c'est quand même assez savoureux, le droit à la retraite à 60 ans, pour toutes et tous. On se souvient que François Hollande avait fait voter la réforme touraine sur la retraite qui est encore en application. L'abrogation de la loi El Khomri, c'est ça qu'a signé le Parti socialiste, quand même, Roland-Pérol.

17:12
Invité

C'est ahurissant, c'est-à-dire que ce qui en ressort d'abord, c'est quand même la victoire idéologique, institutionnelle des insoumis. Et ça, ça va rester. Il va y avoir l'idée qui va s'installer, qui est déjà installée dans ce pays, qu'après tout, comme on a une espèce de gouvernement des centres, sans doute centre-gauche ou centre-droite, eh bien, c'est forcément dans les solutions radicales que se passent les oppositions. Il y a l'extrême droite et puis il y a cette gauche qui entend se battre.

17:44
Présentateur

Qui est l'extrême gauche ?

17:45
Invité

Oui, qui serait d'une certaine façon l'extrême gauche dans le système. L'extrême gauche dans le système, oui. Et de ce point de vue, le fait que les autres aient dû venir à Canossa, car ils sont venus à Canossa, ça renforce l'image des insoumis comme ceux qui dominent le jeu dans cet échiquier. Mais ça ne peut pas durer éternellement une affaire comme ça. Les Verts et les socialistes ne vont pas se rallier, corps et bien, dans leur fort intérieur, à ces propositions. Ils n'y croient pas.

18:21
Présentateur

Au lendemain du ventre, chacun reprendra ses convictions ?

18:23
Invité

Les leaders. Il va bien, il va falloir en tout cas retricoter pour chacun autre chose. Ils ne peuvent pas rester les dindons de la farce d'une union à laquelle eux-mêmes ne croient pas. Alors, ce qui est embêtant avec les socialistes, mais c'est un problème qui se pose à la social-démocratie dans toute l'Europe, c'est qu'est-ce qu'ils veulent exactement ? Il y aura beaucoup de social-démocrates qui seront dans le pouvoir en France avec Macron. Et beaucoup d'électeurs socialistes sont des électeurs modérés dans les enquêtes. Ils ne veulent pas des changements radicaux du système. Donc, qu'est-ce qu'on propose à ces gens-là ? Ils iront chez Macron.

Et le programme de la social-démocratie qui irait plus loin, il n'existe plus. Il est complètement à faire. Comment on affronte les problèmes de la société française, pas seulement européenne et mondiale, mais en France ? Comment est-ce qu'on change la société française pour plus de justice sociale, progrès, etc ? Il n'y a rien dans le programme socialiste là-dessus. Tout est à faire.

19:23
Présentateur

François Hollande récuse l'accord entre la France insoumise et le Parti socialiste. Il dit « je récuse cet accord sur le fond et même sur les circonscriptions ». Mais c'est une question qui doit être tranchée par le Conseil national du PS. On n'a aucun doute sur ce que va faire le Conseil national du PS.

19:38
Jean-Luc Mélenchon

Il va le trancher en faveur de la Cour. Et de toute façon, ce qu'on voit aussi, c'est à quel point les tenants de la ligne social-démocrate classique, François Hollande et les autres, sont très isolés. Mais ils sont très isolés. Quand je dis que c'est le triomphe de cette France et de ces trois blocs, c'est parce que le PS était déjà largement dissous en 2017 et une partie des électeurs était chez Macron, aujourd'hui, il ne reste plus rien pour ces électeurs que d'aller chez Macron ou finir.

20:03
Présentateur

Il dit « parce que je suis fidèle au socialisme républicain, je ne pourrais demeurer dans un parti qui, à l'instant, dit la sympathie, ne peut couvrir les désaccords ».

20:09
Jean-Luc Mélenchon

C'est-à-dire que quand vous prenez cette philosophie, cette vision, elle a sa légitimité, elle a sa raison d'être. Mais ils n'ont plus d'électeurs. C'est quand même ça le problème. Les électeurs, ils sont soit chez Mélenchon, soit chez Macron, mais ils ne sont plus sur cette ligne sociale-démocrate.

20:23
Présentateur

Qu'est-ce qui va se passer avec les éléphants, comme on les appelle ? Ils vont quitter ce qu'il reste du Parti Socialiste ?

20:29
Invité

François Hollande, il a été très marqué par un chiffre au sortir de cet accord tout à l'heure. C'est le chiffre de 507 circonscriptions. Il n'y aura pas de candidat PS. Donc pour lui, c'est un effacement territorial total du PS, au-delà de tout le renoncement sur les idées qu'on a évoquées. Mais François Hollande, à la base, il voulait créer un label pour les législatives. Il hésite lui-même à se lancer. Alors, aux dernières nouvelles fraîches de cet après-midi, sa décision n'était pas prise. Mais honnêtement, je ne vois pas du tout comment il peut se lancer dans un tel contexte politique qui lui est plus que défavorable.

Et pour répondre à votre question, ce que peuvent faire les éléphants, à part quitter le PS, ce qu'ils sont déjà en train de faire, comme Bernard Cazeneuve et Claude Bartholone, ils n'ont plus la main, ils n'ont plus de pouvoir. Après, il y a des grands élus locaux comme Anne Hidalgo ou Carole Dalgion, mais ils n'ont plus la main sur le Parti Socialiste qui est à la botte d'Olivier Faure. Le Conseil National, lui, est majoritaire. Donc, ils n'ont plus de levier d'action.

21:28
Présentateur

– Stéphane Le Paul aura donné rendez-vous au mode juillet. On leur a dit, rassemblons-nous pour réfléchir à quelque chose.

21:32
Invité

– Oui, chacun veut faire des états généraux. Qu'est-ce qui restera du PS après tout ça ? – C'est-à-dire que ces gardiens de… Je poursuis ce que dit Caroline. Ces gardiens du Temple ou ces gardiens de l'histoire du Parti Socialiste n'ont plus d'électeurs, en tout cas, à la présidentielle, ils n'en ont plus eu. Alors, ils en ont localement. Carole Delga, par exemple, elle a des électeurs. Anne Hidalgo a été réélue, bien qu'elle soit très contestée à Paris. Mais enfin bon, ils ont eu des électeurs. À la présidentielle, ça a été quand même une catastrophe. Donc, c'est très difficile de… Ces éléphants n'ont plus de base. Et encore une fois, c'est une génération aussi.

Donc, c'est aussi la fin d'une génération.

22:12
Jean-Luc Mélenchon

– Je trouve ça qui est très frappant aussi dans ces ralliements. C'est-à-dire qu'on voit bien qu'on a une génération qui se retrouve non seulement sans électeurs, mais dont la ligne n'est plus suivie. Et petit à petit, qu'est-ce qu'ils peuvent faire ? Aller recréer quelque chose ? Et on a une autre génération qui aspire malgré tout à continuer à peser en politique, qui aujourd'hui ne se dit qu'elle peut le faire qu'à l'intérieur de ce bloc de la France insoumise. Moi, je pense qu'effectivement, c'est une disparition pour cette génération aussi. En tous les cas, pour les idées qu'elle incarnait.

Mais on voit que ce n'est pas simplement la logique politique, c'est la logique générationnelle qui intervient.

22:44
Présentateur

– Et effectivement, il y a cette autre partie de la gauche. On peut parler de Manuel Valls qui a obtenu une investiture, La République en marche. On peut parler d'autres maires de gauche, je pense à François Rebsamen, qui ont rejoint la Macronie, en considérant portée par Emmanuel Macron.

22:56
Jean-Luc Mélenchon

– Mais fondamentalement, c'est bien ce qui s'est passé sous le quinquennat de François Hollande avec les opposants internes, les frondeurs, et notamment la cristallisation autour de la loi Lécombrie. On avait une partie des socialistes qui évoluaient vers une forme de social. Et ils y sont restés. Ce sont des convertis maintenant. Et les autres, ceux qui restaient encore sur une ligne jadoïste ou Hidalgo, eh bien face à cette coalition, à ce bloc, je pense qu'ils iront chez Emmanuel Macron, pas chez ce que les anciens grands éléphants peuvent essayer de construire, parce que là, c'est une autre époque, vont rejoindre ce bloc de gauche dominante.

23:29
Présentateur

– Et l'électorat a déjà fait ce choix-là, c'est ce que vous nous disiez à l'instant, avec les trois blocs qui sont clairement aujourd'hui définis.

23:35
Jean-Luc Mélenchon

– C'est pour ça que je pense que ça cristallise encore plus. Et point final, j'ai envie de dire.

23:39
Présentateur

– Sur les projections, sur les prochaines législatives, Emmanuel Macron est arrivé en tête dans 267 circonscriptions, Marine Le Pen dans 206 circonscriptions, Mélenchon dans 104 circonscriptions. ça peut bouger avec l'effet de l'union populaire, écologique et, comment est-ce qu'elle s'appelle ? – Sociale. – Et sociale, est-ce que ça, ça peut bouger avec une… Justement, vous nous disiez tout à l'heure, l'électorat de gauche est très sensible à cette idée d'unité, d'union de la gauche, des gauches. Est-ce que ça, ça peut faire bouger ce score-là, qui est quand même le score du premier tour ?

24:10
Jean-Luc Mélenchon

– Il peut quand même y avoir, heureusement pour cette coalition, il peut quand même y avoir plus de chances, non seulement d'accéder au second tour, mais d'accéder dans un nombre un peu plus important de circonscriptions en y étant en tête, sinon ça n'aurait absolument aucun sens. Donc la coalition, non pas obtenir une majorité absolue, là je suis aussi un peu sceptique, mais en tous les cas, peser et revenir en force.

24:31
Présentateur

– Peser, revenir en force, pardonnez-moi, je vous coupe, quitte à redevenir la première opposition à la majorité macroniste au Parlement, c'est la finaliste de la présidentielle, Marine Le Pen par exemple.

24:45
Jean-Luc Mélenchon

– Bien sûr, c'est ça qui se joue, parce que si vous regardez du côté du RN, ils sont très isolés, donc ils seront bien sûr renforcés, il y aura plus que 8 députés probablement du Rassemblement national, mais de là à devenir la première force d'opposition au Parlement, certainement la coalition de l'autre, et bien les LR qui sont restés fidèles à une ligne un peu autonome, risquent malgré tout de revenir diminuer. Il y a 130 députés, en gros LR et diverses droites, ils risquent de revenir amputés de 30, 40, on ne sait pas très bien. Et le bloc de gauche a toute chance d'être la première opposition.

25:17
Présentateur

– Le match des 5 ans, pardon, ce sera Macron-Mélenchon ?

25:22
Jean-Luc Mélenchon

– Ça peut être Macron-Mélenchon, oui.

25:25
Invité

– Mais simplement, je vous rappelle que l'accord, si j'ai bien compris, comme l'a dit plein de fois Mélenchon, je vous garantis à chacun un groupe parlementaire. – C'est ça. – Donc il n'y a pas une opposition dominante, il y aura sans doute plus d'insoumis que le reste, mais chacun, si le coup marche, chacun aura son groupe parlementaire. Et ça ne sert à rien d'être le premier groupe d'opposition au sein du Parlement. Ce qui est con, c'est d'avoir un groupe parlementaire pour la dire. Donc c'est beaucoup plus compliqué de faire exister un bloc de gauche dans cette unité idéologique bancale par rapport à l'actualité.

Il va falloir sur chacun des textes de loi, sur chacune des questions à poser au gouvernement. – Pour rappel, pour le moment à l'Assemblée nationale, il y a seulement 17 députés insoumis. Donc c'est quand même très peu. Alors ils sont très bien organisés, assez bruyants, etc. Mais c'est dans tous les cas, quand bien même, effectivement, moi non plus, je ne crois pas qu'il aura la majorité, qui a réussi à élargir son assise parlementaire. Enfin en tout cas, c'est son ambition. Là, avec 17 députés insoumis, bon, ce n'est pas grand-chose. S'il en avait déjà 50, 60, ça serait déjà une étape énorme de franchir.

26:35
Présentateur

– Je voudrais qu'on dise un mot sur une polémique de ces derniers jours, dont on va sans doute parler pendant la campagne. Emmanuel Macron, selon le canard enchaîné, aurait été abasourdi par la désignation du journaliste militant, Taabou Afs, qui avait révélé l'affaire Benalla, et qui a été condamné pour injure à l'encontre de Linda Keba, de syndicaliste policière, qu'il avait traité d'arabe de service. On a l'impression que ça, dans ces législatives, ça a été un sujet sur lequel la France insoumise a dû se justifier vis-à-vis de ses partenaires.

27:00
Invité

– Oui, et ça révèle les dissensions qu'il y a autour de la question de la laïcité entre la France insoumise et ses autres partenaires. Jean-Luc Mélenchon a beaucoup été accusé par le PS de communautarisme, de flatter une forme d'islamisme politique, etc. qui fête à la France insoumise, et au Parti socialiste aussi, il y en a beaucoup qui sont assez mal à l'aise.

27:23
Présentateur

– Et la maire de Vénitieux-PC maintient sa candidature face à Taabou Afs. – Oui, il y aura beaucoup de dissensions.

27:29
Jean-Luc Mélenchon

– Alors, Kirole, parce qu'effectivement, vous aurez peut-être trois groupes de gauche à l'Assemblée, mais vous imaginez à ce moment-là la situation, si sur un sujet comme la laïcité, vous avez le Parti socialiste qui tout à coup dit « Ah ben non, je reviens à mes positions d'antan », après avoir été élu dans une coalition avec Jean-Luc Mélenchon, qui ne dit pas ça, à ce moment-là, vous avez trois groupes qui en réalité sont totalement morcelés, une opposition qui n'a plus de puissance, qui a fait une coalition à un moment donné, puis qui ensuite revient sur les positions inverses, et un Emmanuel Macron qui est triomphant dans ce schéma-là.

28:00
Présentateur

– Oui, on peut prendre les paris que ça peut se passer comme ça. Rappelez-moi quelles seront les prochaines élections à mi-mandat ? Enfin, au début, ce sont les européennes. Il risque d'y avoir des dissensions au sein de ces groupes-là sur le fond. Raphaël Baquet, peut-être ?

28:13
Invité

Oui, oui, non, ils peuvent parfaitement revenir à leur position. – Non, mais c'est peut-être pour ça qu'on peut moins rigoler que d'habitude sur l'idée. Cette fois-ci, il y a un besoin. On ne peut pas se contenter, si on est socialiste ouvert historique, qui a terminé dans la déroute électorale de la présidentielle. Il faut vraiment trouver du nouveau. Donc, il faut qu'ils bossent. Alors là, vraiment, il faut qu'ils bossent pour que sur le fond, ils aient des choses à nous dire. – Et là, on est quand même sur fond de guerre. Je voudrais juste rappeler ça, parce qu'il y a quand même… Est-ce qu'on envoie des armes à l'Ukraine ? Enfin, ce que nous faisons actuellement.

Qu'est-ce qu'on fait vis-à-vis de la Russie ? Et que fait l'Europe de la défense ? Donc, s'il y a un gros désaccord sur ce sujet-là, ce qui est le cas, déjà, ça sera quand même problématique.

28:55
Présentateur

– On a passé peut-être les deux dernières années à expliquer aux gens qui nous regardent que la France était un pays de droite, que la majorité des Français, au fond, avaient basculé, que le pays était à droite. Quand ils nous entendent ce soir, ils se disent peut-être que les choses ont un peu bougé avec cette présidentielle, des choses qu'on n'aurait pas vues, parce qu'on avait vu un second tour entre Macron et Le Pen.

29:17
Jean-Luc Mélenchon

– Le second tour entre Macron et Le Pen, en tous les cas, il confirme plutôt que le tropisme du pays est au centre en bloc et qu'il y a un bloc qui est uni, ou qui, en tous les cas, est en train de constituer une véritable alliance. Par rapport, si je mets de côté le bloc macroniste, par rapport à l'Assemblée nationale, n'a pas beaucoup de chance d'avoir beaucoup de députés dans ce système-là. Oui, bien sûr que le tropisme revient du côté du bloc de gauche en termes de possibilité d'avoir des députés en nombre. Ça n'affirme pas que le tropisme général de la société française, il a quand même évolué. Vous prenez, par exemple, une échelle gauche-droite sur la longue période.

Oui, ça s'est déplacé plutôt à droite, mais ce n'est pas non plus… – Très peu. – Exactement, c'est pas non plus quelque chose d'énorme, colossal.

29:58
Présentateur

– C'était les thématiques qui étaient abordées, qui étaient davantage des thématiques de droite, c'est pour ça ?

30:03
Jean-Luc Mélenchon

– Là aussi, ça a évolué, il ne faut être plus nuancé que ça, parce qu'on avait au moment des régionales, par exemple, en termes de thématiques, l'immigration, la délinquance, etc. Mais qu'est-ce qu'on a eu ensuite sur la présidence ? – Pouvoir d'achat ? – Sujets économiques et sociaux, crise sociale, pouvoir d'achat. Donc, en réalité, le pays a un peu évolué vers la droite au détriment d'une gauche qui n'existerait plus, idéologiquement parlant.

30:20
Présentateur

– Eh bien ça, Emmanuel Macron l'a compris, vous allez voir. Jean Castex restera donc en poste jusqu'au 13 mai. En coulisses, les proches d'Emmanuel Macron consultent à la recherche de ministres d'ouverture de profils sociaux, de signaux à envoyer cette fois-ci à la… se souviennent de leur nomination et reviennent sur leur expérience pas toujours facile, vous allez le voir. Mathieu Lignot, Marie-Laurent et Dominique Lemarchand.

30:40
Jean-Luc Mélenchon

– Monsieur le Président de la République. Une investiture pour un nouveau président de droite. Un dépassement des clivages, une ouverture. – Je veux dire ma conviction qu'au service de la France,

30:58
Invité

il n'y a pas de camp. Il n'y a que les bonnes volontés de ceux qui aiment leur pays.

31:02
Jean-Luc Mélenchon

– Réussi, ancien socialiste, ou encore Martin Hirsch. Lui vient de l'association Emmaüs. – Je n'ai pas de photo de moi. – 15 ans plus tard, il est fier de son… – Vous voyez, je n'ai pas de photo de moi, mais j'ai une photo de cet allocataire qui a vu ses conditions de vie améliorées. Rejoindre un gouvernement de droite quand on a le cœur plutôt à gauche. Martin Hirsch ne fait plus de politique. Il se souvient même avoir hésité. – J'avais des relations exécrables avec Nicolas Sarkozy quand il était ministre. Il m'a à la fois proposé de rentrer au gouvernement puis il a commencé par m'engueuler, donc ça partait bien. Un, je n'avais pas envie de devenir un homme politique professionnel.

Deux, je n'avais pas voté pour Nicolas Sarkozy, ça me paraissait bizarre de rentrer. Trois, je ne voulais pas me renier. Et alors, donc j'avais plein de sources d'hésitation. – Mais cette ouverture était-elle un ripollinage de façade ? Martin Hirsch a-t-il servi de caution ou d'alibi ? Lui s'en moque, il voulait être utile. – La Libye, c'est un type qui ne fout rien. Nous, on a été chercher de l'argent pour le mettre dans la poche des travailleurs pauvres. Pour moi, la définition de la politique, c'est est-ce qu'on a envie de porter des idées et de les faire se concrétiser ?

Alors, que des bonnes idées soient bloquées parce qu'elles sont dans un camp et qu'il faut attendre cinq ans pour qu'elles puissent se réaliser aux dix ans, ça, je trouve ça dommage. Donc, pour moi, c'est l'ouverture aux idées et c'est pas l'ouverture aux étiquettes. – Et puis, là… Affaiblir la gauche. C'était bien la tentative de l'ouverture de Nicolas Sarkozy. À l'époque, Jean-Marie Bockel quitte le Parti Socialiste et rentre lui aussi au gouvernement.

32:47
Invité

– Alors, comment ça s'est passé ? – Je suis toujours fidèle à mes convictions. Je reste un homme de gauche et je suis dans ce gouvernement.

32:55
Jean-Luc Mélenchon

Je voulais la réforme à partir de la gauche. Après 30 ans à gauche, il a choisi Nicolas Sarkozy, le président du Karcher et du « casse-toi, pauvre con », de quoi lui valoir de nombreuses critiques de son ancienne famille politique. – C'était quand même d'une grande violence à qui j'ai été fidèle, y compris au moment de sa candidature 2012. Donc, c'est vous dire que je n'y en ai pas voulu et que je lui ai et je lui reconnais des qualités. Mais cette violence, c'était quand même par moments, y compris dans ma vie personnelle et de famille. Et puis, le procès qui nous a été fait quand même par nos anciens amis du Parti Socialiste et à bien des égards assez méprisant.

Et au fil des jours et des semaines, certains amis se sont détournés et des bons amis, des amis avec qui on milité depuis 30 ans. – Le « ni de droite, ni de gauche » d'Emmanuel Macron. Toute ressemblance ne serait pas… – D'ailleurs, le fait qu'il se soit retrouvé dans la complicité qu'on a vécue ces derniers temps le montre bien, même si, naturellement, les styles sont différents. – Oui, on peut dire qu'effectivement, c'était à certains égards du Macron avant l'heure, bien avant l'heure quand même. – En 2012, le président de droite est battu par François Hollande de gauche.

34:24
Présentateur

– Et cette question d'André dans le Var, Emmanuel Macron, attente-t-il l'explosion du PS pour faire son marché ?

34:30
Invité

– Bon, alors d'abord, je dirais que c'est quand même pas du tout la même situation, parce que Nicolas, en 2007, il siphonna un électorat, mais c'est pas l'électorat socialiste, c'est l'électorat du Front National. – Là, pour le coup, ce sont des prises de guerre. – Et il efface, et il épauche individuellement quelques figures de la paresse des traîtres, parce que d'une certaine façon, les électeurs de gauche sont quand même marginaux. Alors qu'Emmanuel Macron, en 2017, et même encore aujourd'hui, il a des électeurs venus de la gauche. Donc c'est pas tout à fait pareil. Et il a déjà des socialistes dans son gouvernement.

Christophe Castaner, Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, Olivier Véran, Jean-Yves Le Drian, tout ça, c'est des anciens socialistes. Donc si vous voulez, cette installation dans une partie du nid de la gauche, elle est déjà installée, y compris électoralement. – Avec une ligne politique

35:27
Présentateur

qui a été défendue pendant 5 ans par Emmanuel Macron, qui était plutôt ancrée à droite. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ? Avec un Premier ministre de droite, des grands ministres à Bercy, à droite, je vous pose cette question parce que… – Ça dépend sur quoi vous regardez. Quoi qu'il en coûte, est-ce que c'est une politique libérale ? – Par exemple, je vous pose la question, pourquoi ? Parce qu'on a appris ces derniers jours que Valérie Rabot, la patronne des députés socialistes à l'Assemblée nationale, aurait été approchée par l'Élysée pour Matignon. Elle aurait refusé le poste, expliquant qu'au fond, elle ne peut pas aller à Matignon et défendre la retraite à 65 ans.

Est-ce qu'on va pouvoir, avec la retraite à 65 ans, mener une politique de gauche ?

36:09
Jean-Luc Mélenchon

– Non mais la grande différence, et là où je suis assez d'accord, c'est qu'en 2007, Nicolas Sarkozy, c'est le candidat de la droite décomplexé. Donc ça n'a rien à voir avec le candidat Macron qui lui théorise le dépassement du clivage, même si, vous avez raison, son tropisme est plus de droite que de gauche au fil du quinquennat. Mais les situations ne sont pas du tout les mêmes. Moi je crois que les ministres ou les personnalités de gauche qui ont rejoint Nicolas Sarkozy en 2007, en quoi ont-elles pesé, on peut peut-être faire une petite exception pour Martin Hirsch, mais en quoi ont-elles pesé sur la ligne politique ? Elles se sont faites rouler dans la farine.

On a une configuration qui a un peu d'affichage, même dans la volonté, on est dans la volonté en tous les cas de dépasser ce clivage.

36:51
Présentateur

– Si on oublie 2007, si on oublie l'exemple qui a été pris de 2007, c'est les bandes à vous aussi, d'une politique, en gros, il a siphonné les idées même du parti des Républicains avec des états d'âme sur son flanc gauche, de gens qui disaient on n'existe pas, on les a entendus. Est-ce que cette fois-ci, son Premier ministre doit répondre à une nouvelle priorité qui est d'aller chercher quelqu'un à la gauche de l'échiquier politique et aller chercher des gens qui vont mener une politique ?

37:20
Invité

– C'est ce qu'il cherche à faire et pour répondre à la question de votre téléspectateur, si Emmanuel Macron fait durer le plaisir dans la formation du gouvernement et des législatives, des investitures, c'est parce qu'il voit bien ce qui se passe à gauche et il voit bien un sas de tous ces éléphants ou a besoin de ça aujourd'hui parce que comme vous le disiez justement, il a été étiqueté président des riches pendant 5 ans, c'est un sparadrap qu'il n'a jamais vraiment réussi à décoller et il a besoin de se gauchiser, si je puis dire, en tout cas d'équilibrer cette balance parce qu'il a été perçu comme un président plutôt à droite pendant 5 ans et même s'il y a eu des mesures, comme le disait Raphaël Baquet, comme le « quoi qu'il en coûte » qui est une politique redistributive…

– Qui a été faite partout en Europe, il faut… – Mais qui est quand même une politique redistributive qu'on peut difficilement qualifier de droite, il n'a pas réussi à se dépêtrer de cette image et il voit bien le score de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle, donc là il aurait tout à gagner à débaucher une grosse prise de guerre à gauche mais la difficulté c'est de la trouver puisqu'il a déjà… plusieurs republes…

38:27
Présentateur

– En tout cas, politiquement, c'est acté, c'est ce profil qu'il cherche. Vous êtes d'accord avec ça Roland-Cairol ?

38:32
Invité

– Écoutez, moi si on repasse les bandes, je n'ai jamais cru à cette histoire de désormais Macron et le… – Le candidat de la droite. – Moi j'ai toujours dit, « Attendez, vous verrez, ça… » Et la preuve, c'est que ces électeurs de gauche du départ, dont on a annoncé sans arrêt le départ, ils étaient toujours là. Donc je ne crois pas à cette version et je crois qu'il va continuer de plus en plus clairement à dire qu'il soit une politique et de droite et de gauche et en même temps, et de droite et de gauche.

Et moi, d'une certaine façon, l'importance que la presse lui donne en ce moment, je crois que ce qui compte, c'est Macron et il va donner des signes immédiats du fait qu'en effet, on gauchise ou plutôt qu'on rend plus social le visage du politique. Sur les minima sociaux, par exemple, il faudra faire les efforts que tous les autres candidats proposaient de faire. Mais que ce soit XY ou Tartampion ou Mme Tartampion, puisqu'il paraît que ce serait encore mieux si c'était une femme, je crois que ça n'a pas une grande importance. Ce qu'il faut, c'est que l'équipe collectivement reflète cette diversité. Alors le problème, c'est que c'est un problème de DRH assez compliqué à gérer.

Enfin, assez compliqué. En même temps, quand vous sortez triomphant d'une période électorale, c'est plus facile. Les gens sont à côté de leur téléphone en train d'attendre d'être appelés. Il y en a même qui prétendent qu'on les a déjà appelés et qu'ils auraient refusés. Attention, quoi. Mais non, je crois que c'est jouable et que ça peut être cette figure de Premier ministre. Mais en fonction de la composition globale de l'équipe, ça peut aussi... ...de gauche qui vont venir

40:08
Présentateur

dans cette équipe. Non ?

40:09
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, moi, je crois qu'il a déjà, il a digéré l'électorat de droite. L'électorat de droite, il va se retrouver face à une coalition ou au chemar. Donc ça, ça va plutôt les renforcer du côté d'Emmanuel Macron. Donc qu'est-ce qu'il reste ? Il reste la structure d'accueil que peut-être ou que doit être Macron pour des électeurs de centre-gauche qui peuvent hésiter entre la France insoumise ou cette coalition et Emmanuel Macron. C'est jadouïste éventuel ou une partie d'entre eux du premier tour, les sociodémocrates. Donc il a tout intérêt, effectivement, à rééquilibrer son positionnement politique. Ses électeurs, ils sont quand même plus à droite aujourd'hui qu'il ne l'était en 2017.

Donc il a encore plus intérêt puisqu'il a absorbé la droite à rééquilibrer son flanc gauche pour essayer d'attirer les ordres de droite.

40:53
Présentateur

Et il fera la réforme des retraites à 65 ans.

40:55
Jean-Luc Mélenchon

Et à ce moment-là, la réforme des retraites, c'est quand même un sujet extrêmement conflictuel. Donc s'il veut attirer quand même des électeurs de gauche, il faut qu'il laisse entendre qu'il sera plus dans l'écoute et peut-être un peu moins à l'heure. Il faut quand même ajuster, sinon c'est que de la posture. Mais le positionnement, et votre téléspectateur a tout à fait raison, il attend l'exclusion, c'est-à-dire qu'il attend que la coalition à gauche soit faite pour pouvoir ensuite aller se rééquilibrer sur son flanc gauche et attirer ceux qui ne veulent pas rentrer dans cette coalition.

41:21
Présentateur

Peut-être peut-il décrocher son téléphone pour appeler Bernard Cazeneuve puisqu'il vient d'annoncer officiellement qu'il quitte le Parti Socialiste. C'était écrit.

41:29
Invité

Le défenseur d'une social-démocratie qui effectivement ne se dissout pas du tout dans la France Insoumise, pour le coup, c'est très cohérent. C'est-à-dire que les choses vont se partager entre ceux qui vont partir et ceux qui vont quand même essayer de rester. Ils ne vont même pas composer une espèce de... Oui, ils ne vont même pas être ensemble dans une même stratégie.

41:48
Présentateur

En tout cas, les premières mesures du futur gouvernement, n'en seront à n'en pas douter social. Avec l'urgence de répondre avant l'été à la problématique, naturellement, on l'a dit, du pouvoir d'achat. Au moment où l'inflation bondit en Europe, en Espagne, vous allez le voir, elle atteint 9,8% du jamais vu depuis 37 ans. Reportage, Juliette Perrault et Marion Devauchel.

42:12
Invité

Comme tous les mardis, sur ce marché populaire de Madrid, Rouani prend le pouls de ses clients. Et la petite, elle va comment ? Pour targéta ? Payer par carte ? 40 ans de métier, 40 ans à tenir la caisse. Les tomates, oui, elles ont augmenté. Si je prie des ma premières et que tu es à ton compte, eh bien, tu le répercutes sur tes clients, non ? Évidemment. Parmi les clients, Rulia et Yolanda.

42:42
Jean-Luc Mélenchon

Quand j'ai terminé, je m'occupe de toi.

42:46
Présentateur

4,99 euros, c'est super cher.

42:52
Invité

Il faut bien qu'on mange. Donc il faut trier entre ce dont on a envie et ce que l'on peut acheter. Et puis il faut acheter de ses onces, c'est plus économique. Une hausse du coût de la vie ressentie partout en Espagne. Ici, l'inflation atteint des records, 9,825. Un contexte qui pousse certains Espagnols à changer radicalement leur comportement, comme Roberto, 44 ans. Là, je vais cuisiner du porc. C'est une recette ibérique et je vais le faire sous forme de ragoût. Je vais en manger trois ou quatre fois dans la semaine. Pour réduire sa facture d'énergie, lui a trouvé une solution. Préparer tous ses repas de la semaine en une seule fois.

43:40
Jean-Luc Mélenchon

Je me suis rendu compte que si je n'utilise qu'une fois la plaque vitrocéramique, je gaspille moins parce que je ne monte qu'une fois la chaleur de 0 à 6.

43:50
Invité

Même stratagème avec la machine à laver.

43:55
Jean-Luc Mélenchon

J'essaie de la mettre en route le plus tard possible, à une heure du matin ou encore mieux, deux heures. Toujours après minuit. C'est le moment où l'électricité coûte moins cher.

44:06
Invité

Et ça ne gêne pas les voisins ?

44:07
Locuteur

On le fait tous ici, tous.

44:10
Invité

En quelques semaines, il a réussi à diviser sa facture par deux. De 200 à 100 euros par mois. Une situation qui reste. intenable sur le long terme et qui l'inquiète. Dix ans après la dernière grande crise économique en Espagne.

44:24
Jean-Luc Mélenchon

En 2011, on avait des baisses de salaire mais on pouvait quand même faire avec parce que les biens de première nécessité étaient accessibles. J'avais moins d'argent mais je pouvais travailler plus. Et le prix de l'eau par exemple restait le même. Là, je ne peux pas faire plus. je ne peux pas me passer d'électricité, je ne peux rien faire. Seulement ce que vous avez vu. Je ne peux rien pour éviter. Juste ce que vous avez vu.

44:53
Invité

Des Espagnols en colère et qu'ils l'ont fait savoir en descendant dans la rue. Pour calmer les esprits, le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez a pris des mesures. Encadrement des loyers, hausse de 15% du revenu minimum, subvention de 20 centimes sur les prix des carburants. Loin d'être suffisant pour ces chauffeurs de taxi.

45:15
Jean-Luc Mélenchon

Le secteur des transports a reçu des aides. Pour les taxis, c'est une aide ponctuelle de 300 euros. Comme on dit ici, c'est du pain pour aujourd'hui mais pas pour demain. C'est insoutenable. L'essence est en train de grignoter nos marges.

45:33
Invité

En fait,

45:34
Jean-Luc Mélenchon

on travaille pour les compagnies pétrolières.

45:36
Invité

Aujourd'hui, José Luis est inquiet

45:38
Locuteur

pour la poursuite de son activité

45:39
Invité

et aimerait bien que les Espagnols retournent dès que possible dans la rue en s'inspirant, pourquoi pas, du mouvement des Gilets jaunes français.

45:48
Jean-Luc Mélenchon

Il y a une injustice vis-à-vis des classes populaires et des plus fragiles. Nous, on est les derniers maillons de la chaîne et c'est nous qui souffrons en premier.

46:02
Invité

Un climat de défiance face auquel le gouvernement espagnol espère tenir. Les mesures d'urgence devraient être prolongées jusqu'à la fin du mois de juin.

46:11
Présentateur

Et cette question qui fait aussi écho à notre discussion au début de l'émission, pourquoi ne pas mettre davantage en avance ce sur quoi c'est parti le développement du renouvelable ? Avec la réalité économique qui s'annonce, la question du blocage des prix, en tout cas, va être...

46:24
Invité

Oui, je crois qu'ils ne peuvent pas faire ça parce que si on se met d'accord que ce sur quoi on est déjà... Justement, ils viennent sur la position idéologique... Sur le prix des produits de première nécessité. Voilà, évidemment, ils se sont ralliés au même niveau de SMIC, etc. Alors, cela dit, le problème est de savoir maintenant qu'elle va être la politique du gouvernement parce que c'est par rapport à ça que chacun va se situer et essayer d'en proposer plus ou de proposer autre chose. Or là, c'est clair qu'il est forcé, Macron, quel que soit son gouvernement, il est forcé de réadapter, de faire autrement un quoi qu'il en coûte. Ça va être la préoccupation première des Français.

On avait quand même perdu l'habitude de l'inflation. Les Français ont adoré la grande période. Ils ont adoré parce qu'ils ont pu faire des emprunts et que c'était la belle vie. Mais pour que l'inflation soit désirable, il faut qu'elle dure longtemps et il faut que les prix soient sans arrêt corrigés. Par contre, quand il veut tenir les mallettes du déficit, doit empêcher. Donc, il y a là une gestion compliquée à mener. Il va falloir céder sur le pouvoir d'achat.

47:32
Présentateur

Ça veut dire quoi, céder sur le pouvoir d'achat ?

47:33
Invité

Il va falloir céder sur les salaires de la fonction publique. C'est prévu. C'est prévu et il va falloir le faire sérieusement parce que c'est là que le pouvoir syndical est fort. Donc là, il va falloir montrer qu'on dégèle le point d'indice, qu'on a des vraies discussions et qu'on fait en même temps de l'augmentation du pouvoir d'achat et un peu de justice entre les catégories de fonctionnaires ou des gens des entreprises publiques. Sur les salaires du privé, il n'y a pas beaucoup d'actions possibles parce que ce n'est pas l'État qui fixe les salaires. Mais il y a des incitations possibles et il va falloir en jouer.

Et là, je ne suis pas dans la tête de ceux qui seront au pouvoir, mais c'est clair qu'ils ont forcément une feuille de route qui va être dans ce sens-là, forcément différente et qui va entraîner du coup une vie politique un peu différente.

48:20
Présentateur

Brice Saint-Toyer, c'est vrai qu'on l'a bien compris ces derniers mois que les Français et avec une inflation qui est en train de grimper et certains acteurs de la filière, notamment la grande distribution, évoquent une inflation qui pourrait monter jusqu'à 10%. Donc effectivement, là, ça va être une urgence sociale.

48:38
Jean-Luc Mélenchon

C'est le premier thème de préoccupation des Français. Ensuite, parce que je pense qu'on ne bascule pas si facilement que cela dans un monde où il n'y a pas eu d'inflation pendant une trentaine d'années, un monde où on a une inflation à 4, à 5%, avec des écarts entre la hausse des prix et le temps, si le rattrapage se fait même, mais le temps pour qu'il y ait un rattrapage en termes de salaire. Donc vous avez une angoisse sociale qui est en train de monter autour de ce sujet-là et qui est légitime, qui est fondée sur des réalités. Si les augmentations dans les entreprises sont de 2 à 2,5% et que l'inflation est à 4,5%, vous voyez bien quand même le gap.

Et c'est ça qui est en train de se produire. Donc tout va pivoter, à mon avis, autour de cette nouvelle question et de ce nouveau paradigme lié à la montée des prix. Et ce qu'on évoquait même auparavant sur Macron, de droite, de gauche, libéral, les premières années du quinquennat, qui est incontestablement avec un tropisme de droite, je pense que tout cela est revisité par cette question du pouvoir d'achat et de l'inflation.

49:32
Présentateur

La plasticité, là pour le coup, il va devoir s'adapter nécessairement à cette urgence sociale. Il n'y a pas de choix pour le coup.

49:39
Invité

Oui, bien sûr. On voit déjà qu'avec les prix de l'énergie, il est obligé de s'adapter. Il a déjà d'ailleurs beaucoup promis quand même pendant la campagne électorale et le projet de loi de finances rectifiquée. Il va être pris aussi sur un autre front qui est quand même très compliqué à gérer et à vrai dire, quel que soit le président, ça aurait été comme ça. La situation économique ne va peut-être pas être aussi facile qu'elle l'a été ces cinq dernières années. Et nous revenons maintenant à vos questions.

50:07
Présentateur

Quelles sont les divergences de vues fondamentales entre Europe Écologie, Les Verts, le PC, le PS, la France Insoumise ? Cette alliance fera-t-elle long feu ? Alors, un résumé. Qui se charge du résumé ?

50:19
Invité

Allez, Caroline Digoureux. Je le tente. Allez-y. Non mais on l'a pas mal, on l'a beaucoup évoqué mais donc il y a évidemment la question de l'Europe P1. Il y a la question du nucléaire pour les communistes qui, eux, étaient attachés au développement de la filière alors que Jean-Luc Mélenchon était plutôt sur l'idée de l'abandonner. Il y a la question de la laïcité où il y a une vraie différence là aussi entre les communistes et les... J'oublie un autre terme.

50:44
Jean-Luc Mélenchon

La politique étrangère, la Russie...

50:46
Invité

Oui, la politique étrangère, oui, on a parlé de l'Europe mais évidemment le rapport à l'Ukraine où Mélenchon était plutôt pour arrêter l'armement massif aux Ukrainiens. Et surtout, vous l'avez dit rapidement,

50:58
Présentateur

du commandement intégré de l'OTAN.

50:59
Invité

Et enfin, les institutions où Mélenchon défend depuis très longtemps une sixième république, ce qui n'était absolument pas dans le programme des socialistes qui, eux, sont plutôt les défenseurs d'une cinquième république.

51:12
Jean-Luc Mélenchon

Parce que l'élection reine pour le Rassemblement National, c'est vraiment l'élection présidentielle avec une très forte incarnation autour d'une personne, Jean-Marie Le Pen puis Marine Le Pen. Alors que les élections législatives, leur mode de scrutin, le fait que ce sont 560, la chance, l'opportunité pour le Rassemblement National, c'était la présidentielle. La présidentielle, c'est terminé, il faut bien se dire ça. On est sur une autre élection et du coup, cette élection est très peu favorable aux E.R.

51:36
Invité

Alors, je ferais une petite différence entre Le Pen et Zemmour. Le score présidentiel, 7% et aujourd'hui, il fait face quand même à une débâcle de son parti. C'est-à-dire qu'il n'a aucune des têtes d'affiches de reconquête son nouveau parti. Parce qu'il a peur de se faire battre. Mario Maréchal n'y va pas. Philippe de Villiers est parti en Vendée. Donc, c'est quand même assez compliqué pour lui. Un national qui, effectivement, doit faire face à un mode de scrutin très difficile pour lui, mais qui va quand même avoir quelques députés. Combien peut-elle avoir de députés ?

52:11
Jean-Luc Mélenchon

C'est difficile à dire, mais peut-être... Une fourchette ? Une trentaine. On est sur le terrain. On va partir sur le terrain pour faire une simulation maintenant qu'on commence à avoir une petite idée des alliances. En tous les cas, beaucoup plus que ce qu'aujourd'hui.

52:23
Invité

Aujourd'hui,

52:23
Jean-Luc Mélenchon

il y en a 8. Ça, c'est incontestable. Mais juste par rapport à Éric Zemmour, ça rappelle quand même aussi un peu qu'elles se sont toujours terminées à l'avantage de Le Pen qui reste dominant et elle l'a prouvé encore une fois.

52:34
Présentateur

En cas de cohabitation, de quel contre-pouvoir dispose le président de la République ? Roland Quirole. Même si vous n'y croyez pas, vous l'avez dit tout à l'heure.

52:41
Invité

Écoutez, d'abord, le président de la République a institutionnellement la main sur la politique étrangère et de défense. Donc là, ça va être... À un moment, on a posé la question à Mélenchon, je ne sais où, et il a répondu ça, sur ce plan-là, ça va être chaud, la cohabitation. Alors, en effet, la dernière main, c'est le président de la République sur ces sujets, donc, défense, affaires étrangères. Sur le reste, c'est le Premier ministre qui devient le véritable France. Donc, en matière de politique intérieure et notamment de politique économique et sociale, le président peut embêter le Premier ministre.

Il peut retarder les choses, il peut faire faire de nouvelles délibérations, il peut refuser de signer certains décrets et les refaire mettre au travail, il peut, in fine, dissoudre l'Assemblée nationale et dire c'est aux électeurs de trancher. Mais vraiment, c'est comme ça que ça se décide. En politique étrangère et en défense, c'est le président et pour la politique du pays à l'intérieur, c'est le Premier ministre.

53:43
Présentateur

Et pour le coup, c'est le président qui fait de la figuration ensuite.

53:46
Invité

Exactement.

53:47
Présentateur

Rembarcement des rôles. Pourquoi Emmanuel Macron peine-t-il à trouver ce réel-vail ? C'est toujours comme ça ou c'est particulièrement long ?

53:51
Invité

Alors, là, c'est assez long mais pourquoi pas ? Après tout, il a le temps. Ce qui est intéressant, c'est qu'on a deux femmes qui disent avoir refusé. Véronique Bédague, enfin, qui ne l'a pas dit publiquement, mais Véronique Bédague et Valérie Rabot. Elles ont été effectivement sondées par Alexis Collère. Le secrétaire général de l'Élysée. Le secrétaire général de l'Élysée. Elles n'y vont pas. Pourquoi ? D'abord, c'est très rare de refuser. On voit un peu de malice dans ce que vous êtes en train de dire. Est-ce que c'est parce que ce sont des femmes ? Ça peut être une hypothèse. Est-ce que c'est parce que c'est quand même incertain ?

C'est-à-dire que là, vous êtes nommée Premier ministre et puis on ne sait pas ce qui se passe aux législatives. Vous avez un super job comme Véronique Bédague. Vous lâchez ça pour... Nous ne croyons pas, mais enfin, disons l'Union populaire gagne les législatives et Jean-Luc Mélenchon doit être nommé un matignon. Vous voyez, vous êtes partie pour un mois. Donc ça, c'est une complication et donc, en même temps, et donc, il a du mal à débaucher.

54:57
Présentateur

En sachant que, je donne cette information qu'on a appris aujourd'hui que Jean Castex resterait aux responsabilités jusqu'au 13 mai et qu'il lui a été proposé. On a lui, si vous voulez, entre eux. En tout cas, il souhaite partir, Jean Castex.

55:08
Jean-Luc Mélenchon

Mais pourquoi c'est plus compliqué pour Emmanuel Macron ? Parce qu'avant, vous étiez dans un système gauche-droite. Le président élu choisissait au sein de la famille politique en fonction de sensibilité humaine et éventuellement de sensibilité politique. Mais là, c'est beaucoup plus ouvert. Il faut d'abord qu'il trouve une personnalité éventuellement compatible avec lui. Mais surtout, il y a un choix politique beaucoup plus complexe. Est-ce que je vais à gauche ? Est-ce que je vais à droite ? Est-ce que je vais du côté de la société civile ? Surtout quand je refais ça après l'avoir fait en 2017. Donc, c'est forcément une équation qui est plus complexe.

Puis, vous avez des gens beaucoup plus avertis qu'en 2017 qui vont se dire on ne me refait pas le coup du en même temps qui finalement, dans la première partie du quinquennat, était quand même bien à droite qui ensuite essaye de se rééquilibrer. Donc, la clarification de la position du président de la République, ça peut être un des attendus des futurs premiers ministres. Ça serait un attendu légitime.

55:56
Invité

Et puis, dans cinq ans, Emmanuel Macron, c'est fini. Il ne veut pas se représenter. Ça joue énormément. Oui, ça change beaucoup de choses.

56:03
Présentateur

On n'entend plus Jadot. Soutient-il le ralliement des partis de gauche à la France insoumise ? En particulier d'Europe Écologie Les Verts ?

56:08
Invité

Yannick Jadot a toujours défendu une ligne pro-européenne. Donc là, pour lui, c'est un lourd renoncement. Et son problème, c'est qu'il n'avait pas voulu prendre le parti avant d'être candidat. Anne Hidalgo a eu le même problème. La page Hidalgo et Jadot a tout de suite été balayée juste après la campagne. Ils ont été totalement écoindres pouvoirs sur le parti qui les a soutenus. Donc, pour eux, c'est assez cruel parce que c'est un renoncement absolu de toute la ligne qu'ils ont défendue ces derniers mois. Et la dernière fois qu'il a pris la parole sur France Inter, il a dit qu'il n'y a pas de chef. En tout cas,

56:38
Présentateur

c'est pas mais l'on se fait par le dire que c'est sans lui comme l'a fait à l'instant Bernard Cazeneuve. Emmanuel Macron n'est-il pas devenu le symbole de la solitude du pouvoir ? Roland Quairol.

56:47
Invité

Je ne sais pas. Il y a des solitudes assez peuplées alors parce que, à mon avis, quand même, il a de quoi pêcher beaucoup de gens. C'est parce que lui aussi n'est pas pressé. Attention. Ce n'est pas que les gens demandent des explications de la vieille que les demandes de clarification quand on a envie d'avoir un portefeuille. Ce n'est pas ça qu'on met en avant. Non. Le problème, c'est que lui, parce qu'il aime bien avoir le sentiment que c'est à lui de choisir, mais le choix en matière de direction des ressources humaines lui est un peu difficile. Ça lui est difficile de ne pas mettre un certain nombre d'amis alors que ce sont des amis.

Ça lui est difficile de choisir parce que quand on cerne pas complètement les individualités, il fait partie de ces gens.

57:34
Présentateur

Merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 23h50. Il est l'heure de retrouver Anne-Elisabeth Pémoine et toute l'équipe de CETA. Bonsoir Anne-Elisabeth au menu, au programme.

57:43
Invité

Bonsoir Caroline. Depuis plus d'un mois, Shanghai, la capitale économique de la Chine est totalement confinée à Pékin. Le Covid qui a un coût social, politique et économique. On en parle avec le membre du Conseil scientifique Arnaud Fontanet.

57:55
Présentateur

Bonne émission. Et nous, on se retrouve demain en direct à 17h50 et n'oubliez pas que vous pouvez retrouver C'est dans l'air quand vous le souhaitez en replay et en podcast. Belle soirée.

Mélenchon : hold-up sur la gauche ! #cdanslair Archives 2022 — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote