Interview intégrale d'Edouard Philippe
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Edouard Philippe. Bonjour. Edouard Philippe, vous avez 51 ans, vous êtes maire du Havre et président de la communauté urbaine du Havre depuis 2010. Vous avez été député de 2012 à 2017. Vous avez été premier ministre de 2017 à 2020. Et enfin, vous êtes président du parti politique Horizon que vous avez fondé en 2021. Tant de mandats et pourtant, votre mandat préféré reste celui de maire puisque vous déclariez en juillet 2020 être maire, c'est le plus beau des mandats électifs. C'est vrai. L'attractivité d'une ville est essentielle pour un maire comme vous. Le principal facteur de la ville du Havre en termes d'attractivité, c'est bien sûr son port.
Un des grands projets que vous avez menés ces dernières années, c'est la création d'Aropa Port, donc sur la fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris. Quel est l'intérêt de cette fusion pour le Havre ?
Fonctionner mieux, attirer plus de trafic, créer plus d'emplois, être plus attractif pour la localisation des activités industrielles et logistiques. C'est parce que le système dans lequel trois ports autonomes, d'ailleurs on parlait de ports autonomes à l'époque, dépendant de l'État, mais au fond ne se parlant peu, existaient chacun de leur côté, parce que ce système n'était pas satisfaisant, qu'on a essayé progressivement de les rapprocher. Il y a quelques années, on a créé une espèce de holding qui leur permettait de se parler beaucoup plus que ça n'était le cas avant.
J'ai décidé quand j'étais Premier ministre qu'il fallait aller beaucoup plus loin dans l'intégration et qu'il fallait penser le développement du trafic maritime et du trafic fluvial à l'échelle de l'axe Seine, c'est-à-dire sur un ensemble cohérent avec une politique commerciale, une politique stratégique, une politique tarifaire, une politique d'investissement cohérente depuis le port de Paris, le port de Rouen jusqu'au port du Havre.
On a créé Aropa, et comme en ce moment l'activité économique mondiale se porte bien, comme le trafic maritime est extrêmement intense, nous avons obtenu pour l'année 2021 les meilleurs chiffres en matière de trafic portuaire qui n'avaient jamais été enregistrés dans l'histoire du port, plus de 3 millions de conteneurs, le maximum de 2018 a été dépassé, et des perspectives qui, grâce à Aropa, sont assez exceptionnelles, avec beaucoup d'investissements de la part des grands manutentionnaires, MSC, CMA, avec beaucoup d'investissements industriels sur l'ensemble de l'axe Seine, et avec des investissements logistiques qui sont indispensables, parce que c'est ça qui fixe une partie du trafic.
Donc on a des perspectives exceptionnelles devant nous, ce qui est une très bonne nouvelle pour le Havre, évidemment, et c'est ça qui compte d'abord à mes yeux, mais aussi pour l'ensemble de l'axe Seine.
L'attractivité c'est aussi l'urbanisme, depuis 15 ans maintenant, d'importants travaux d'aménagement de l'entrée de ville du Havre ont été opérés. La troisième phase des travaux d'entrée de ville a commencé il y a maintenant quelques semaines. Dans le même temps, les travaux de rénovation du boulevard Clémenceau vont bientôt toucher à leur fin. Quel est l'objectif de ces grands projets d'urbanisme ?
D'abord, il y a des projets d'urbanisme partout en ville. Vous auriez pu citer Dumont-Durville, où on est en train de créer un nouveau quartier d'habitation et de logement et d'équipement dans les quartiers sud. Vous auriez pu parler des grandes opérations de transformation des quartiers de la ville haute, du quartier d'Anton qui a été totalement rénové et ce n'est pas terminé. C'est vrai qu'au Havre, on essaie de transformer la ville pour qu'elle soit à la fois plus belle, et je trouve que ça a beaucoup de sens, mais aussi plus agréable. Ce qui est fait sur le quai de Southampton et sur le boulevard Clémenceau, c'est de l'agrément.
On ne va pas construire plus de logements à cet endroit-là, mais en revanche, on souhaite que ce soit plus beau. Dans l'entrée de ville, la logique est assez simple. L'idée, c'est de transformer ce qui était une autoroute en un boulevard urbain.
Quand j'avais votre âge, et maintenant ça commence à faire un petit bout de temps, c'était quasiment une autoroute qu'on avait à cet endroit-là, avec des mini-souterrains, comme on les appelait, avec des franchissements qui étaient très compliqués, et avec des nuisances pour tous ceux qui habitent à côté de cette autoroute, qui étaient considérables parce qu'il y avait toutes les nuisances et aucune capacité à venir sur cette avenue, sur ce boulevard, sur ce qui était presque un tronçon autoroutier. Aujourd'hui, c'est un boulevard, on peut le traverser. Un certain nombre de projets d'équipements veulent s'installer le long de ce boulevard parce que ça devient un site intéressant.
L'idée, c'est de faire en sorte de favoriser les circulations douces, le vélo, la marche, d'avoir quelque chose de beaucoup plus vert. Vous savez qu'on a planté énormément d'arbres depuis le grand stade, depuis le stade Océane, jusqu'à la chambre de commerce et de l'industrie. On va planter énormément d'arbres. On a déjà commencé à le faire et on va continuer. Plus beau, plus vert, plus agréable pour les circulations douces, beaucoup plus agréable pour les riverains. C'est aussi ça, construire une ville.
Pour parler justement des mobilités douces, c'est aujourd'hui devenu essentiel. L'accent est de plus en plus mis sur l'électrique. Vous avez par exemple mis en place un service de trottinette électrique ou encore de location de 1 000 vélos électriques. D'ici 2026, vous souhaitez également installer 200 bornes de recharge de voitures électriques. Et enfin, vous avez porté avec la communauté urbaine du Havre l'extension du réseau de tramway avec deux nouvelles lignes, dont une en direction des quartiers sud du Havre et une seconde en direction de Montivier. Tout cela pour une mise en service prévue en 2027. Quels sont les objectifs de ces deux nouvelles branches de tramway ?
D'abord, il faut le mettre dans le contexte général. Vous avez raison de dire que ce qu'on veut, c'est multiplier les façons d'utiliser l'électricité pour se mouvoir, si j'ose dire. Or, le système de trottinette, il fonctionne du feu de Dieu. Je peux vous dire que l'entreprise qui les a installées, n'imaginez pas une seconde que ça marcherait aussi bien. Peut-être parce que la ville du Havre s'y prête bien, des avenues assez larges dans la partie reconstruite, mais en tout cas, ça marche très bien. Le vélo électrique, pareil.
Vous avez vu que le Havre a été récemment très bien classé en matière de ville cyclable, c'est-à-dire qu'on progresse et on va continuer à progresser parce qu'on pense qu'il y a une demande et on pense que c'est important. Et puis, évidemment, cet investissement massif du tramway, ce n'est pas la première ligne de tramway construite. On en a fait une en 2012. Avant la construction de la ligne de tramway, il y a plein de gens qui étaient contre. Pendant les travaux, il y a plein de gens qui étaient contre. Je me suis fait bien engueuler.
Et puis, une fois que la ligne de tramway a été construite, tout le monde a compris, tout le monde a vu et tout le monde reconnaît l'intérêt extraordinaire à la fois en termes de rénovation urbaine, la ville qui est autour du tramway est plus belle, mais aussi en termes de qualité de service, tôt le matin, tard le soir, avec une grande ponctualité et avec une qualité de service qui se traduit d'ailleurs par le fait que vous aurez remarqué que le tramway est très respecté par les Havraises et les Havrais. Pas de graffiti, il est très respecté. Donc ça, c'est une excellente nouvelle. Eh bien, on veut continuer.
Il y a toute une série d'endroits au Havre avec des équipements majeurs qui sont mal desservis par les transports en commun. C'est vrai d'un certain nombre de quartiers sud où il y a une activité importante. C'est vrai des docks qui n'est pas très loin de la gare, mais qui pourraient être mieux desservis. C'est vrai aussi et peut-être surtout à la fois du stade Océane et surtout de l'hôpital Mono qui lui est à l'extérieur de la ville et qui est difficilement accessible depuis le centre-ville. Lorsque le tramway sera construit, on sera à 20 minutes à peine du centre-ville direct en tramway avec une fréquence de l'ordre de toutes les 8 minutes, il y aura un tramway.
Donc on va avoir une qualité de service pour aller travailler ou pour aller visiter ou pour aller consulter à l'hôpital Mono qui sera infiniment supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui. Et ça, c'est une excellente, excellente nouvelle pour l'hôpital et pour la ville.
La ville du Havre occupe la 37e place du classement général des villes étudiants selon le magasin d'étudiants. Aujourd'hui, le Havre recense 13 650 étudiants pour une déplaçant d'un couple de 268 000 habitants. Plusieurs projets ont été menés au cours de votre dernier mandat avec notamment la création de la Cité numérique, le déménagement des locaux de l'école de management de Normandie, donc tout cela dans le cadre de votre plan de campus. On peut également citer la requalification des abords de l'université du Havre. Lors de l'élection municipale de 2020, vous avez formulé l'envie de continuer à développer la vie étudiante avraise.
D'ici 2026, votre objectif est que le Havre accueille 15 000 étudiants sur son campus. Comment vous comptez parvenir à ce but ?
En continuant ce qu'on a commencé, c'est-à-dire en faisant en sorte que les établissements d'enseignement supérieur s'installent dans un périmètre qui est relativement cohérent, de façon à créer la masse critique, il n'y a pas beaucoup d'étudiants au Havre. Traditionnellement, vous le savez parfaitement, ce n'était pas une ville étudiante. La grande ville étudiante de Normandie, c'était Caen, puis ensuite Cervant. Il a fallu attendre le milieu des années 80 pour créer une université au Havre. Donc on part de très très loin. On n'a jamais eu autant d'étudiants au Havre. Plus de 13 000, vous avez raison, jamais eu autant. On va continuer, on va arriver à 15 000.
Il ne s'agit pas de faire la quantité pour la quantité, mais vous voyez bien qu'être en mesure de proposer au Havre, au Havray, et à plein de gens qui viennent d'ailleurs, de suivre des études dans des domaines variés et dans des domaines d'excellence, c'est hyper important. Donc on joue le développement de l'offre étudiante et on joue la qualité de vie étudiante. Et pour faire ça, il faut créer un campus relativement central. Moi, je n'aime pas les campus quand ils sont très éloignés du centre-ville, comme on en a fait beaucoup trop.
Relativement central, avec beaucoup de services, avec beaucoup de mobilité, avec beaucoup de branchement, si j'ose dire, sur la ville, de connexion sur la ville. Et donc, comment est-ce qu'on fait pour le développer ? D'abord, on fait attention à l'excellence et à la qualité des formations qui sont proposées et les investissements qu'on a faits sur l'école de la marine marchande, l'école nationale supérieure maritime, qui, quand on a construit le bâtiment, on nous a dit parfois, oh là là, vous avez vu grand, il est à moitié vide. Aujourd'hui, il est trop petit. Parce que les effectifs sont en augmentation considérable.
Avec Sciences Po, avec l'école de management, avec l'université, bien sûr. Demain, avec d'autres établissements d'enseignement supérieur. Nous sommes en train... En ce moment, je suis en train de travailler avec quatre établissements d'enseignement supérieur qui veulent s'installer au Havre et qui regardent comment s'installer dans le périmètre qui est le périmètre du campus. Donc, ça veut dire des centaines et des centaines et des centaines d'étudiants supplémentaires. Encore une fois, je ne suis pas là pour faire du chiffre. Je suis là pour dire à toutes les Havraises et à tous les Havrais qu'ils peuvent trouver au Havre une formation plus facilement qu'avant qui leur correspond.
Et je suis là aussi pour dire à tous ceux qui ne connaissent pas le Havre qu'ils peuvent venir étudier dans des conditions exceptionnelles ici.
Donc, vous souhaitez former un campus avec l'ensemble des formations. Est-ce que, par exemple, vous souhaitez toujours déménager l'Unité de Coquerie ou Ville ?
Bien sûr. Bien sûr, l'idée, c'est de faire en sorte... Encore une fois, je vais vous dire, l'objectif, il est simple. Je souhaite que tous les établissements d'enseignement supérieur qui veulent se développer au Havre ou s'installer au Havre ou envisager leur futur au Havre le fassent dans le périmètre du campus. C'est comme ça qu'on crée des correspondances entre les étudiants, entre les formations. C'est comme ça qu'on peut offrir des services de qualité aux étudiants. Ce n'est pas en étant dispersé en ville. Il faut pouvoir faire ce campus qui, par ailleurs, est un campus remarquablement bien placé.
Vous avez la gare au milieu, vous avez des bassins, vous avez une offre commerciale et une offre culturelle qui est accessible. Donc, c'est vraiment la stratégie qu'on pousse. L'IUT de Coquereauville, il n'appartient pas à la ville, mais il a vocation à s'installer sur le site Frissard avec d'autres établissements d'enseignement supérieur qui sont en train d'y réfléchir.
La politique culturelle d'abord et avant tout doit viser à ce que des individus rencontrent des oeuvres. Voici comment vous définissiez la politique culturelle au micro de France Culture il y a quelques semaines. Le Havre compte de nombreux lieux et activités culturelles, notamment au Festival Le Goût des Autres, au Musée André Malraux ou encore à l'ensemble des manifestations organisées dans le cadre d'un été au Havre.
Après avoir implanté des relais de lecture dans de nombreux quartiers du Havre, il y a une dizaine d'années maintenant, vous avez indiqué dans votre programme vouloir créer un pôle culturel au centre commercial du Mont Gaillard en y intégrant une bibliothèque ainsi qu'une salle de spectacle. Quand ce projet verra-t-il le jour et quel en est l'intérêt ?
On est en plein dedans, on y travaille, on est en train de discuter avec à la fois le volcan qui est la scène nationale évidemment installée dans l'espace Nîmes-Meyer mais qui a besoin d'une deuxième salle. Alors évidemment on pourrait imaginer construire une deuxième salle peut-être en centre-ville, pas très loin, c'est d'ailleurs évidemment le souhait initial de ceux qui animent le volcan mais ce n'est pas mon souhait. Mon souhait c'est que on puisse installer cette deuxième salle dans la ville haute et qu'on puisse utiliser des installations déjà existantes et localiser cette deuxième salle à un endroit qui est très bien desservi notamment par les transports en commun.
Il se trouve qu'il y a une galerie marchande qui est très vaste à Mont Gaillard qui est très vide.
Mon idée c'est de dire elle est construite elle est là au lieu de construire du neuf on peut réadapter une partie une partie seulement bien entendu de cette galerie marchande le tramway passe déjà il y a déjà un parking donc c'est économiquement une bonne affaire pour l'argent public et c'est surtout la possibilité de mettre un pôle culturel belle bibliothèque belle scène de spectacle avec une scène nationale dans un quartier de la ville haute où la présence culturelle doit être envisagée comme une ambition et donc pour toutes ces raisons on est en train de travailler sur le sujet alors ça voudra dire des travaux ça voudra dire construire le bon schéma avec la scène nationale mais j'ai bon espoir que dans les mois et en tout cas les quelques années qui viennent on aboutisse à quelque chose qui va je dois dire assez radicalement changer la donne.
Est-ce que vous pouvez parler par exemple du pôle
Simone Veil qui a été inauguré il y a quelques mois ? Le pôle Simone Veil c'est un bâtiment magnifique qui est construit sur la place de l'ancienne prison du Havre alors les plus jeunes ne se souviennent pas forcément très bien de ce qu'était la prison à cet endroit-là des murs de briques hyper hauts qui obscurcissaient quasiment tout le quartier un bâtiment qui avait été construit il y a plusieurs dizaines d'années fin 19e, début 20e qui était totalement vétuste et une ambiance forcément qui était quand même un peu compliquée autour de la prison.
On a décidé de racheter le site de le raser de récupérer de l'espace et de reconfigurer la totalité du quartier d'Anton on l'a fait après une énorme concertation avec les riverains qui nous a permis d'envisager le projet de façon globale et il y a quelques mois on a ouvert l'espace Simon Veil qui est à la place de la prison avec des murs on a mis un bâtiment magnifique qui est ouvert sur l'extérieur avec des jeux de lumière qui permettent de voir depuis l'extérieur ce qui se passe à l'intérieur et réciproquement et c'est un bâtiment qui accueille à la fois des salles de sport une salle de sport mais aussi un centre social et donc c'est un bâtiment de vie c'est un bâtiment ouvert sur un jardin qui a été complètement refait avec des immeubles qui sont en construction pour accueillir des nouveaux logements ou des nouveaux services c'est un quartier qui se transforme complètement un peu au nord on a percé une rue l'allée Aimé Césaire qui va aller vers la gare pour désenclaver le quartier on a rasé la salle Cassin qui était une bâtisse qui passait au-dessus de la rue Anatole France qui venait empiéter dans le square Walker on a rasé tout ça de façon là encore à recréer des espaces à recréer des espaces publics des jardins et à construire des logements neufs de bonne qualité et on a aussi encore un peu plus au nord préservé un bâtiment exceptionnel que probablement il y a beaucoup de gens qui ne le connaissent pas qui est l'ancienne caserne Dumais d'Aplemont c'est une caserne absolument gigantesque d'ancienne caserne de pompiers où les pompiers ont continué à exercer leur activité jusqu'à il y a assez récemment qui a été totalement vidé et qui vient d'être totalement rénové en logement en galerie de photographie et qui va permettre à des havrais de se réapproprier un patrimoine ancien qui date d'avant la guerre dans des conditions extraordinaires donc c'est un quartier qui se transforme complètement et c'est pour ça que je vous dis que maire c'est formidable parce que parce qu'on transforme on essaye on n'arrête pas toujours mais on essaye d'améliorer la réalité et de donner des perspectives à celles et ceux qui aiment la hava
1145 1145 c'est le nombre de jours dans lesquels vous avez occupé le poste de premier ministre
dit comme ça ça fait long
comme vous le dites souvent vous aimez être aux manettes et bien de 2017 à 2020 vous avez pu être aux manettes mais cette fois-ci à une échelle nationale et pourtant au départ vous n'y pensiez pas du tout à vrai dire on ne peut pas dire que j'aime ce que je fais
et je ne lâche jamais la propre langue
Matignon vous y pensez ?
non
jamais ?
jamais
on n'y a jamais pensé à Matignon ? jamais c'est pas possible pourquoi c'est pas possible ? parce que c'est pas pour moi pourquoi c'est pas pour vous ? c'est comme ça vous pensez que c'est quoi une question de capacité une question d'envie ? non non c'est comme ça c'est pas le sujet c'est pas le sujet plus tard peut-être ?
non j'aime vraiment bien être perdu à Havre
c'est tout ?
c'est déjà énorme
ok
ben ouais c'est vrai que j'aime bien être perdu à Havre
alors Philippe qu'est-ce qui a fait que c'est devenu possible ?
ben parce qu'on me l'a proposé ce qui était inenvisageable c'était qu'on me le propose inenvisageable parce que j'étais pas dans le camp du candidat à l'élection présidentielle qui a gagné vous souteniez Alain Juppé ?
oui je souteniez Alain Juppé qui avait perdu à la primaire et Emmanuel Macron j'avais pas fait sa campagne et puis accessoirement j'étais dans son opposition quand j'étais député enfin pas dans son opposition à lui mais dans l'opposition à la majorité socialiste de l'époque donc c'était inenvisageable qu'il me le propose et d'ailleurs reconnaissez avec moi que quand il m'a proposé d'être premier ministre ça a surpris tout le monde pas simplement au Havre ça a surpris absolument tout le monde donc il a pris un pari un risque quelque chose qui traduit l'audace assez extraordinaire qui est la sienne et j'ai accepté bon voilà il vous a pas échappé que quand j'ai arrêté d'être premier ministre je suis revenu immédiatement au Havre parce que c'est véritablement ce que j'aime même si la politique nationale m'intéresse j'aime bien mon pays ça me passionne d'ailleurs il n'y a pas le Havre petite principauté dans laquelle vraiment il n'y aurait que des affaires locales et puis la France la vérité c'est que tout ça est très lié donc évidemment que ça m'intéresse évidemment que j'ai envie d'être un acteur de ce débat là mais effectivement je suis bien maire du Havre c'est ce que j'ai envie de faire dès que je ne m'intéresse pas à la politique nationale
lorsque vous avez été nommé premier ministre le 15 mai 2017 vous écrivez dans votre livre Impression et lignes claires co-écrit avec Gilles Boyer la surprise laisse sa place à la peur comment vous expliquez ce sentiment de peur parce que vous avez même avoué avoir perdu 6 kilos en deux semaines
mais vous pensez vraiment qu'on peut ne pas avoir peur non ça vous arrive vous d'aller dans un nouveau métier ou à un oral vachement important sans avoir un peu les jetons moi je connais pas enfin moi ce qui me fait peur c'est les gens qui n'ont pas peur en la matière c'est les gens qui ne se disent pas est-ce que je vais être à la hauteur c'est les gens qui ne se disent pas c'est monstrueusement difficile voilà les gens qui n'ont jamais qui ne le cachent donc oui bien sûr j'ai eu la trouille avant évidemment que j'ai eu la trouille avant mais avant de devenir maire du Havre je peux vous dire qu'Antoine Rufnac m'a dit qu'il démissionnait et que allez maintenant c'était mon tour j'ai eu la trouille aussi le problème c'est pas de ne pas avoir la trouille le problème c'est de la surmonter voilà les gens courageux le courage c'est pas l'absence de peur le courage c'est j'ai la trouille mais je vais le faire je dis pas que je suis courageux en ayant accepté d'être premier ministre ce que je veux dire c'est que c'est normal d'avoir peur avant mais dès que vous commencez il faut que la peur disparaisse et que vous soyez concentré sur ce que vous faites c'est ce qui s'est passé à Matignon et c'est ce qui s'est passé au Havre quand j'ai pris les manettes et c'est ce qui se passe maintenant
depuis votre départ de Matignon votre coût de popularité reste très élevé puisque selon un sondage d'Odoxa vous êtes la personnalité politique préférée des français voire loin pour faire bien voilà la ligne directrice de votre parti Horizon vous avez indiqué ne pas avoir créé Horizon pour beurrer des tartines mais bien pour creuser dans le débat public aujourd'hui vous avez créé nombre de comités municipaux comment vous comptez peser dans le débat public au cours des prochaines semaines voire années ?
en travaillant en travaillant et en proposant dans le débat public des positions qui ne sont pas simplement je l'espère des postures ou des formules mais qui correspondent à un travail documenté partagé avec en politique on ne fait rien tout seul on peut avoir une bonne idée tout seul on peut faire semblant qu'on fait les choses tout seul en vérité on ne fait jamais rien tout seul c'est vrai au niveau national mais c'est vrai au niveau local vous me posez des questions parce que je suis maire mais la vérité c'est que je suis d'abord et avant tout à la tête d'une équipe d'élus et à la tête d'une administration et moi je suis peut-être la partie la plus visible mais c'est les autres qui comptent aussi et au moins autant en vérité c'est la même chose dans un parti politique donc ce que je veux c'est produire des idées former des équipes et essayer de faire en sorte que les idées ou les inquiétudes parfois que je porte les solutions que je propose puissent se prévaloir dans le débat public je le fais sérieusement sans me prendre trop au sérieux parce que c'est pas la peine mais avec beaucoup d'enthousiasme et je constate que dans la formation politique que j'ai créée je vois à la fois venir des gens qui font de la politique depuis longtemps et qui se disent tiens ça ça m'intéresse je veux venir là et ça me réjouit beaucoup mais je vois aussi venir beaucoup de gens qui n'ont jamais fait de politique en tout cas qui ne se sont jamais engagés dans un parti politique et qui me disent on a envie d'essayer de compter et on a envie d'essayer d'avancer et ça me réjouit aussi beaucoup
votre parti va présenter des candidats aux élections législatives de 2022 est-ce que vous personnellement vous souhaitez redevenir député ou vous comptez peser personnellement ?
non non moi je souhaite rester maire du Havre je l'ai dit d'ailleurs la seule hypothèse dans laquelle je me présenterai aux législatives c'est l'hypothèse dans laquelle un candidat d'extrême droite gagnait la présidentielle parce que dans ce cas là je considérerais que je souhaiterais aller porter la contradiction à l'Assemblée nationale mais sinon je souhaite continuer ce que j'ai engagé ici il y a un paquet de trucs à faire ça m'amuse ça m'intéresse c'est ce que j'ai envie de faire c'est ce que je sais faire et donc voilà moi je ne serai pas candidat aux élections législatives sauf dans l'hypothèse que j'ai soulignée après il y aura des candidats à l'horizon législative ça c'est clair
merci beaucoup Edouard Philippe d'avoir accepté cette entrevue
merci à vous
Édouard Philippe