Menaces, Russie, coulisses… Le chef d'État-major de la Marine invité de LCI
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[musique] La marine française est-elle prête au choc avec ses adversaires ? Le chef d'étatmajur de la marine et mon invité ce soir, Amiral Beaujour. Bonsoir.
Bonsoir Margotette. Je suis ravi de vous recevoir en plateau. Vous publiez la guerre des mers, la marine française au cœur des nouveaux enjeux du monde aux éditions Talier.
Vous êtes à la tête de la Royale depuis 2023 avec plus de 41000 marins sous votre commandement. J'ai envie de vous demander avec tous ces bouleversements géopolitiques, comment votre rôle a évolué et ceux qui travaillent avec vous ? Alors, d'abord bonsoir à tous nos téléspectateurs.
Je vouis juste préciser 41000 marins en fait qui opèrent dans quatre milieux très différents. Il y a ceux qui opèrent sur des bateaux de surface, il y a ceux qui opèrent dans des sous-marins, il y a ceux qui opèrent dans des avions. La marine a beaucoup d'avions, des rafales, des hélicoptères, des éles patronomir et il y a ceux qui sont commandoomarines également.
Donc en fait, c'est des marins qui opèrent dans un environnement extrêmement varié. Euh on dit souvent que dans la marine, il y a à peu près tous les métiers euh sauf conducteur de char. Euh mais c'est c'est un peu comme ça qu'on décrit le le rôle des marins.
Mais vous avez raison, le la mon rôle le rôle des marins a évolué. On est dans un monde qui se durcit, qui se durcit extrêmement fort. On parle souvent de rapport de force.
Euh de mon côté, je dis qu'on est dans l'affirmation des puissances dont chacun montre un peu ses muscles en mer. Et donc pour ça, il a fallu euh réhausser, renforcer les savoir-faire de nos marins pour être capable de répondre à tout types de menaces. Donc on a des athlètes de haut niveau, on en a fait des lions marchands.
Des léons marchands. Oui, vraiment vraiment dans certaines situation, il faut être extrêmement pointu et avoir un entraînement de très très haut niveau pour répondre à l'ensemble des menaces que l'on rencontre bien sûr. Et donc vous vous recrutez sur ce ces termes-là ?
Alors du coup, on recrute évidemment très large, on recrute de la 3e jusqu'au bac bac+ 2, mais euh en en réalité, on entraîne, on forme l'ensemble de ces marins à former une équipe, le collectif, on est en train de gagner au rugby. Le rugby est sport euh esport officiel de de la marine, on entraîne ce collectif de manière à être les meilleurs en réponse dans l'action en fonction de l'action qui se présente. En parlant euh d'agilité et euh j'aimerais qu'on parle un peu de la situation en Iran ce soir avec vous, Amiral Beaujourd parce qu'on se pose la question "Trump joue-t-il euh double jeu ?" Euh vous quand vous voyez euh à l'heure actuelle les options euh qui sont sur la table avec tous euh les regards tournés vers l'Iran, quand vous voyez ces opérations, notamment un de leur porte-avion, le Lincoln qui est déployé avec les navires d'escortes, comment vous analysez cette situation ?
Alors euh c'est un très bon exemple de l'emploi des portes-avions en mer. Là on a très clairement l'exemple d'un porte-avion qui vient crédibiliser la parole politique, la parole du président du président américain qui souhaite que les Iraniens viennent à la table des négociations et qui pour renforcer son message et imposer cette venue à la table des négociations montre à quel point il est capable de réaliser les frappes aux besoins sur sur l'Iran. Et donc cette présence intimidante amène les Iraniens au aux négociations et on peut constater aujourd'hui que ils y sont.
Donc donc tant mieux. La menace des Iraniens, c'est de fermer le D3 d'Ormouse. Le D3 d'Ormous que la marine française connaît bien, vous le dites.
La marine française opère depuis la Méditerranée jusqu'au D3 d'Ormouse. Quelles seraient les conséquences s'il le fermet ? Alors le D3 d'ormous, il faut le remettre un peu en perspective.
C'est 20 millions de barils par jour qui sortent du détroit d'ormouse. 80 % vers les pays asiatiques, 5 % vers l'Europe, des produits pétroliers de tout type, du gaz, du pétrole lourd, raffiné et cetera. Donc si ça se passait, il y aurait un réajustement des flux.
Et ça c'est une deuxième caractéristique qui est intéressante dans le monde maritime. Quand le D3 de Bab a été stoppé, les flux se sont détournés par le par le par le cap de bonne espérance. Donc, on aurait probablement un rééquilibrage des flux pétroliers.
Euh pour nous qui ne prenons qu'une partie au prochain Moyen-Orient, il y aurait probablement d'autres sources d'approvisionnement. En revanche, ce qui est sûr, c'est qu'il y aurait un effet géoéconomique extrêmement fort puisque ça augmenterait très probablement les prix du pétrole de manière assez immédiate. Et donc, j'allais dire l'impact pour la France, pour l'Europe, c'est pas forcément l'approvisionnement, c'est le coût à la pompe.
Justement, est-ce qu'on a une possibilité de le débloquer ? Est-ce qu'on sait faire ? Alors euh on sait les forces occidentales, la marine française euh évidemment a des capacités de garder des mines, c'est-àdire on est capable d'aller déminer des endroits et justement on a cette capacité de projeter nos capacités de guerre des mines.
Donc s'appelle des chasseurs de mines. Aujourd'hui, on est en train de droniser tout ça. Donc on va avoir bientôt des drones qui vont être capables de faire de la guerre des mines et donc on est capable de les projeter aux Émirats par exemple qui sont un pays partenaire pour opérer à partir de là et d'éminer le T3 Normous.
Vous vous souvenez probablement que à la fin de la guerre du golf, il avait fallu euh déminer l'ensemble des approches maritimes euh du Kuwait et on l'avait fait pendant plusieurs années. On imagine d'ailleurs euh en mer noire, le jour où ça s'arrête qu'il faudra faire la même chose euh en mer noir. Dans votre ouvrage, vous écrivez des mots forts sur notre ordre mondial.
Amiral Vjour, vous dites "Nous vivons une période de doute stratégique où les modèles de confiance établis sont remises en question. Si vous deviez identifier les menaces principales pour la France en mer, vous diriez que c'est quoi ? Alors, mon livre, vous le voyez, il s'appelle les guerres des mers.
En fait, c'est pour dire qu'il y a il y a plusieurs types de de menaces. Il y a évidemment [grognement] les menaces étatiques et le président de la République a très clairement cité la Russie comme étant une menace de déstabilisation de la sécurité européenne. [grognement] Il y a des menaces que l'on appelle hybrides sous le seuil du combat que nos concitoyens voient pas forcément mais en meral câble internet arraché, les conduites de tir qui s'accrochent sur nos avions de patrouille maritime Atlantique 2 comme je l'explique dans le livre, c'est des menaces assez immédiates.
Il y a d'autres types de menaces, narcotrafic, pêche illégale, tout ça, ce sont des un ensemble de menaces qui viennent, j'allais dire chatouiller notre souveraineté et que évidemment pour ce qui concerne la marine, nous nous défendons. Et vous dites cette phrase un peu comme un avertissement. Ceux qui ne bougent pas maintenant vont beaucoup perdre.
Est-ce que nous bougeons assez amiral jour ? Alors, quand je dis ça, c'est euh l'observation et beaucoup de commentateurs à la télé expliquent la la bascule du monde euh finalement la fin des outils de régulation. La question c'est est-ce qu'on veut toujours être euh écouté ?
Est-ce que l'on veut toujours être euh actif sur la scène internationale ? Si nous ne faisons rien, nous allons juste constater que le monde est en train de se réorganiser ? Un exemple très clair, très récent, le board of peace du président américain.
Nouvel outil créé créé de toutes pièces en concurrence avec l'ONU. On parle souvent des bricks, des pays qui se rassemblent pour essayer de recréer un ordre parallèle ou en tout cas des coalitions parallèles. Quelle est la place de l'Europe ?
Quelle est la place de la France ? Comment on arrive collectivement à se rassembler pour peser dans le concert des nations ? Est-ce qu'on veut être grignoté de chaque côté ou est-ce qu'on va avoir notre place ?
Je pense que la France est très claire. On veut avoir notre place et on a toute notre place. Vous êtes pour l'action amiral Bejour.
Vous parlez même du risque de l'inaction. Vous entendez quoi par ça ? Alors euh quand on est dans sur un bateau qu'on planifie un certain nombre d'opérations, on analyse toujours deux risques très forts.
C'est est-ce que je vais réussir à réaliser l'émission ? Il y a un niveau de risque. Est-ce que je vais mettre en risque mes hommes pendant cette mission ?
C'est un deuxième risque. Mais il y en a un troisième qui est le risque de l'inaction. Si je ne fais rien, il se passe quoi ?
Souvent dans notre société très prudente parce que très normalisé et cetera où on veut baisser le niveau de risque, onalyse pas ce troisème risque. Or quand on l'analyse des fois il vaut mieux faire quelque chose d'imparfait que de ne rien faire du tout. Et c'est cette analyse du risque de l'inaction qui est absolument essentielle.
Et ça se retrouve à tous les niveaux. Ça se retrouve sur mes sur les bateaux dans l'innovation. Est-ce que j'accepte de prendre un équipement qui est pas parfait mais finalement euh très utile au moins à 60 % ou est-ce que j'attends qu'il soit à 100 % peut-être 1 an, 2 ans, 10 ans avant qu'il arrive sur mes bateaux ?
Et ça vraiment ce que j'essaie d'inculquer dans la marine, en tout cas, c'est l'état d'esprit que je souhaite que les marins aient, c'est-à-dire cette compréhension que notre métier est un métier à risque. On doit être des experts du risque et des gens qui doivent apprendre à vivre avec le risque. Le chef d'étatmajur de l'armée de terre, le général Chill, que j'ai reçu en plateau à votre place il y a quelques semaines, disait très clairement, il y a le commandement par l'intention.
Est-ce que c'est ce que vous inculquez également ? Non, j'aurais pu écrire son livre. [rires] Non, mais la réalité est que on va exactement dans le même sens.
On a véritablement besoin dans la marine de subsidiarité dans l'action. C'est-à-dire que le commandant n'est sur un bateau n'est pas capable de tout faire. Ça n'est pas possible.
Il doit compter sur l'ensemble de sa chaîne opération et donc pour ça donner un ordre clair, donner une intention. Et une fois que l'intention est donnée, quand l'action va être extrêmement rapide, il faut que tout le monde se reconnaisse dans ce que j'ai à faire et il y a pas de problème. Ça correspond à l'intention du chef.
Le process sera peut-être pas parfait, mais si l'intention est bonne, ça ira bien au but et ça ça sera parfait. Vous patrouillez en mer parfois avec les Américains. Est-ce que c'est facile de se faire entendre auprès des Américains quand on est au côté d'une super puissance ?
Alors euh les Américains sont des partenaires d'abord historiques. Alors je rappelle que la marine française pendant la bataille de Chesapic avait aidé finalement les Américains à conquérir leur indépendance dans la bataille de Yorkown. Donc on a une histoire commune avec les Américains.
Nous avons grandi ensemble sur les mers. On a beaucoup appris avec avec eux. Ils ont aussi appris de nous pour être totalement honnête.
Du coup, on a créé un partenariat de militaire en militaire de grande confiance et donc il y a des zones dans lesquelles on opère. Par exemple, dans le Grand Nord où le niveau d'interopérabilité, le niveau de travail en commun sur des informations très sensibles est extrêmement grand et où on se fait une confiance très importante à tel point que les Américains peuvent me demander de mettre une frégate à tel [grognement] endroit et puis eux vont positionner leur sous-marins à tel autre pour qu'on puisse agir de manière coordonnée pour pister un sous-marin russe par exemple. très grande confiance.
Il y a d'autres endroits où de temps en temps on n'est pas complètement aligné. Alors dans mon livre, je parle de d'alliés non alignés. H et c'est des phrases qui existent un peu en ce moment dans les médias.
Je prends l'exemple de la mission en mer rouge où il fallait protéger le trafic commercial. Les Américains avaient dans l'idée qu'il fallait euh taper sur les bases outils et nous de dire "Non, on veut pas taper sur les bases outils, on veut juste protéger les bateaux." On sait parler, on n'est pas d'accord, il y a pas de problème.
Ça veut pas dire qu'on a cassé la confiance. Au contraire, c'est parce qu'on est on est en confiance parce que nous avons une marine crédible. Ils nous respectent et comme ils nous respectent, ils acceptent que l'on dise non et on le fait régulièrement.
Et quand on n'est pas aligné politiquement, et ben aligné politiquement et ben il y a pas de problème. On on est capable de dire non. J'ai reçu mon homologue américain pas plus tard ce lundi à Paris et il y a quelques sujets sur lesquels on n'est pas forcément aligné évidemment mais il l'accepte bien volontiers parce que le le bénéfice des endroits où on est où on est aligné est extrêmement fort.
Est-ce que vous êtes aligné sur le sujet de la Russie par exemple ? Quand on voit ce qui se passe en mer, vous le dites, l'adversaire peut être partout, il n'y a pas de frontière. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire faire face à la Russie tous les jours. Ça veut dire faire face à la Russie effectivement tous les jours pour la marine française. Dès que vous apparez de Brest, vous êtes susceptible de rencontrer un bateau russe.
Pour que nos téléspectateurs comprennent bien, il y a plus d'un bateau russe par semaine qui passe le long des côtes françaises dans la manche Mire du Nord. À chaque fois, nous avons un bateau, un avion ou avec nos alliés, avec les Britanniques qui escorte, qui vérifie, qui montre qu'on est là et cetera. Donc oui, on est aligné sur l'analyse de situation.
Euh quand on prend la Russie et qu'on dézoome un peu sur ce qui se passe en ce moment, euh on parle beaucoup de la guerre en Ukraine évidemment et c'est c'est une guerre sur le terrain européen, mais en mer, il y a eu de grandes bascules russes. La Russie avant la guerre en Ukraine, elle avait quatre accès. Elle avait un accès à Mourmansque dans le Grand Nord, la mer Baltique avec Saint-Pétersbourg, la mer noire avec Sbastopul et puis Tartus en Syrie.
Le régime de Bachar Alassad est tombé. Ils ont perdu leur base en Syrie. Les détroits du Bos ont été fermés par les Turcs.
Ils n'ont plus l'accès à la Méditerranée. La Baltique est devenue un lac othanien. C'est ce que j'explique.
C'est-à-dire c'était un lac neutre avec la Suède et la Finlande. Mais après la guerre en le début de la guerre en Ukraine, Suède et Finlande ont rallé l'OTAN. C'est devenu un lacotanien et Mourmans qui est toujours dans le nord toujours accessible.
Cela cotanien, je vais m'arrêter 2 secondes. 80 % de l'export de pétrole russe passe par la mer Baltique. 30 à 35 % du commerce extérieur russe passe par la mer Baltique et donc ils sont obligés de faire passer cela dans une zone où en fait il n'y a que des alliés de l'OTAN.
H c'est une très forte pression sur euh sur la marine russe, la marine de guerre mais également sur l'ensemble du commerce russe qui s'exerce. En fait, la marine russe a beaucoup perdu en mer pendant la guerre en Ukraine. Est-ce qu'elle est aussi faible que ce qu'on en dit dans dans les médias ?
C'est-à-dire, on est souvent à pointer du doigt les drones maritimes ukrainiens qui mettent en difficulté la marine russe en en mer noire. On a vu le Mosva que dont vous parlez également dans votre livre qui a été coulé par les Ukrainiens. Est-ce que elle a perdu de sa force ?
Alors euh je ne lirai pas comme ça. Quand on regarde les grands choix qu'on fait qu'on fait les Russes dans le temps, la Marine Russe a toujours eu des forces sous-marines extrêmement crédibles et performantes. C'est toujours le cas.
Elles n'ont pas du tout été impactées par la guerre en Ukraine. Dans les forces de surface, forcé de constater qu'en mer Noir, ils n'ont pas été capables de s'adapter rapidement au tempo qui était imposé par l'Ukraine, notamment dans l'innovation. Et c'est un des retours d'expérience.
On pourra y revenir. On pourra y revenir évidemment. et les Russes ont fait le choix des armes offensives et peut-être un peu moins des armes défensives.
Donc on entend tous parler des armes du manège, les missiles balistique, les missiles nucléaires, les missiles hypersoniques et cetera qu'ils ont effectivement développé mais au détriment un peu de leur capacité de défense. Et c'est là où ce qui est arrivé au croiseur Moxva en mer noire d'être coulé pardon par missile subsonique et pas quelque chose de très glorieux pour la marine russe. quelque chose qui est normalement une menace accessible pour les pour les marins russes.
Donc c'est ces choix stratégiques qui ont été faits précédemment, pas forcément sur la défense mais sur les armes offensives, sur les sous-marins qui font que le déséquilibre peut apparaître et peut dire finalement la marine russe a un peu perdu. Oui, elle a perdu en surface, elle est encore très présente dans le monde sous-marin et ça ça nous intéresse au premier chef dans le Grand Nord. Elle a en revanche une capacité qu'elle a jamais réussi à développer, c'est la capacité de supériorité aéromaritime.
Son porte-avion, le coup de Stof, n'a jamais réussi à être opérationnel et donc ça c'est une vraie une vraie lacune de la marine russe. Justement, j'aimerais vous lire les mots de votre homologue britannique qui dit ceci : "L'élément qui retient le plus mon attention dans l'Atlantique est l'investissement russe dans sa flotte du nord, notamment dans ses capacités sous-marines qui n'a pas diminué. On voit ses mots à l'écran.
Vous dites comme lui, les sous-marins nucléaires russes sont toujours là. Tout à fait. Alors là, on est pleinement aligné avec les Britanniques.
Euh la zone du Grand Nord, proche proche de l'Arctique, nord de la Norvège [grognement] est un une zone d'intérêt stratégique pour la France mais également pour les Britanniques, les Norvégiens et les Américains. Et euh les Russes débordent euh de leur de leur zone de leur base mourmans que dans le Grand Nord dans cette Atlantique Nord. Et euh nous les pistons, nous les détectons, nous les surveillons à cet endroit-là.
Et il est vrai que ils ont continué à développer leur sous-marins et leurs nouveaux sous-marins de type Yazen sont assez performants. Alors, ils ont face à eux aussi des marines très performantes comme la marine française évidemment, mais les marines de de l'OTAN de manière générale et on est capable de de les pister et de les de les détecter. Vous rajoutez que chaque présence peut être interprétée comme un message tactique.
Quand vous êtes en mer, quel comportement signale vraiment une escalade militaire ? Alors euh je sais pas si je peux répondre exactement comme ça, mais ce qui est certain euh tout déploiement et on le voit avec le porte-avion Lincoln. Le porte-avion Lincol est un message, c'est pas un message tactique d'ailleurs, c'est un message stratégique.
C'est-à-dire que euh ça accompagne le message stratégique. Euh vous pouvez avoir euh des bâtiments qui viennent le long devant vos bases et qui s'arrêtent un petit peu. Ça c'est un message de dire "Bon, je sais où vous êtes, je peux vous embêter, regardez, je suis capable de m'arrêter et cetera." On va peut-être faire appareil un bateau pour lui dire "Bon, c'est bon, on a compris ton message, maintenant ça serait bien de partir." Euh en Mer Baltique, vous avez des avions de patrouille maritime français qui surveille ce qui se passe et quand les Russes sont un peu agaissés, ils viennent accrocher leur conduite de tir pour nous signaler, "Bon, maintenant ça suffit, on a compris, merci de partir." Donc, il y a une espèce de dialogue tactique qui se crée par les positionnements des unités des unes des autres, par les manières de se comporter et que l'on connaît parce que finalement les Russes on les connaît depuis très longtemps.
Je dis dans le livre les là les yeux dans les yeux. Euh j'ai j'ai énormément navigué avec mes mes bateaux et le la Moxva dont on parlait tout à l'heure, je l'ai croisé. On a eu d'ailleurs, ils avaient fait des manœuvres de harcèlement sur mon bateau à cette époque-là.
Donc on on connaît bien leur mode d'action et on sait les décrypter. Par ailleurs, ils connaissent bien nos botes d'action. Ils savent aussi les décrypter.
Donc ce dialogue, il existe. Ce dialogue, il existe. C'est un dialogue non écrit.
Il y a pas de compte-rendu mais quelque part on sait l'interpréter et on sait donc décrire si ça change par rapport à d'habitude. On appelle ça les patterns of life, c'est-à-dire les habitudes de vie de l'adversaire. sur tous nos adversaires, on entretient une espèce de base de données qui nous dit bah d'habitude il fonctionne comme ça.
Et donc si on est dans le bruit de fond, entre guillemets tout va bien mais dès qu'il y a quelque chose qui sort, il y a un message et s'il y a ce qu'est-ce que sort, comment on l'analyse ? Comment on le traite ? Comment on répond aux besoins et cetera ?
Et dans tout ça, il y a jamais de dialogue direct. Alors, il peut y avoir un dialogue par radio euh mais euh mais pas tant que ça. Pas tant que ça en réalité.
Non, pas tant que ça. Pourquoi ? parce que c'est la diplomatie qui fait ça.
Alors il y a il y a plusieurs raisons. Une de très simple, c'est qu'il parle pas l'anglais et que je parle pas le russe. Donc non mais c'est c'est une réalité.
Donc on a des codes pour se parler mais en fait ça fonctionne pas très bien. Après l'Ukraine, vous avez admis dans votre ouvrage, nous avions mésé leur rationalité. En parlant des Russes euh justement avec leur fantômes, nous avons vu qu'il y avait deux techniques possibles.
Celle des Français avec la marine française qui a tout un protocole de ramener le bateau russe vers Marseille, d'avoir une procédure judiciaire et puis il y a les Américains qui quand ils voi un bateau de la flotte fantôme russe sur les côtes du Venezuela et ben ils y vont direct. Comment vous expliquez cette différence de ton de de de manière de faire ? Comment vous l'expliquez ?
En fait, chaque pays a sa manière de fonctionner. Il se trouve qu'en France euh nous avons un système qui est particulièrement performant, d'ailleurs que certains alliés viennent me voir pour me demander "Mais comment vous faites ?" qui permet d'assurer la continuité entre l'action militaire jusqu'à l'action judiciaire en passant par toutes les administrations françaises.
En critique entendant les administrations françaises mais là il y a un exemple qui marche super bien euh qui est sous les ordres du premier ministre avec un organisme qui s'appelle le secrétariat général de la mer et qui permet de coordonner l'ensemble des actions. Ce qui fait que sur les bateaux de la flotte fantôme, le Borakaille et le Grinch que nous avons intercepté, et bien ça commence par du renseignement militaire, une interception du bateau par la marine et après c'est un lien et un dialogue avec le procureur, les douanes, les affaires maritimes, les gendarmes maritimes qui vont permettre de constater les infractions et qui vont permettre de judiciariser l'action. Et ça c'est quelque chose que l'on a réussi à faire avec l'ensemble des administrations et ça marche très très bien.
Certains pays n'y arrivent pas forcément et du coup choisissent des modes d'action peut-être un peu plus brutaux. Ils le mettent aussi sous sous une forme de menace terroriste. Voilà, c'est donc c'est une manière de pour eux de dire finalement j'ai le droit terroriste pour moi et donc j'utilise ce droit là.
Une menace qui agit toujours comme une lame de fond. [raclement de gorge] la Chine. Vous écrivez que les Chinois ont des modes d'action différents et plus déroutants, plus silencieux, plus stratégique.
Alors, c'est pas exactement ça. Et là aussi, c'est assez intéressant quand on regarde la Chine, la Chine n'a pas de partenaire et s'est construite très vite et un peu dans son coin toute seule. Les Russes se sont développées face à l'OTAN et donc finalement, on a appris à se connaître, voire on s'est appris des choses l'un l'autre.
La Chine n'a pas appris grand-chose avec des partenaires et donc typiquement pour aisonner un bateau, elle préfère les prononner, j'allais dire à l'ancienne comme à l'époque des voiliers. Et du coup ça ça permet enfin ça nous montre des modes d'action qui pour nous sont un petit peu déroutants. Quand on regarde les vi les vidéos d'interception de bateaux Philippins par les bateaux chinois, c'est un peu un tout petit peu surprenant quand même.
Et du coup, ils ont grandi par eux-même avec des modes d'action qui correspondent pas à nos standards. C'est là où je vous reparle de les habitudes que l'on observe et c'est pour ça que c'est important d'y aller régulièrement, de voir un peu les habitudes évoluer, de voir comment ils ont évolué de manière à s'adapter. des fois vous pouvez prendre une action chinoise comme étant extrêmement agressive alors que pour eux pas du tout.
Et donc il faut faire attention à bien évaluer tout ça. Donc c'est important d'y aller régulièrement et ce qu'on fait quasiment chaque année. Ces menaces qui pèsent sur la marine mais également sur notre économie mondiale.
Quand on voit et que vous écrivez que 95 % des données numériques parcourent les mers, couper un câble c'est facile. Le remède c'est Ah ben le remettre c'est c'est beaucoup plus compliqué. il faut aller le repêcher, le remonter, le reconnecter dans une salle blanche parce que c'est hypersensible, c'est de la fibre optique et cetera.
Et donc il faut un industriel capable de le faire. Alors, il se trouve que, et ça c'est relativement méconnu en France, euh nous avons deux entrepreneurs en France qui sont capables de travailler sur les câble. C'est Alcatel Submarine Network et Orange Marine.
Ce sont deux pépites. À eux deux, ils représentent 30 % de la flotte des câbliers au monde. C'est une industrie totalement stratégique, hyper importante et on peut se contenter, glorifier en très heureux de de posséder cette ces deux industriels en France et il faut absolument les conserver.
Donc la France est capable de le faire. Tout à fait. La France est capable de le faire.
Alors aujourd'hui dans un modèle pour les les câbles qui est assez étonnant. Euh il y a une compétition pour poser les câbles entre les câbles de Google, les câbles d'ASN et cetera et en [grognement] fait il y a une grande coopération dans le monde et les grands industriels du monde se sont répartis les zones géographiques pour les réparer. Fait que si Google veut qu'on répare un de ses câbles, sera peut-être le bateau d'orange marine. [grognement] Mais le jour où on acceptera plus ça, il vaut mieux avoir les capacités nationales ou européennes pour pouvoir le faire.
Vous expliquez avoir observé l'émergence de nouvelles routes maritimes à mesure que la fonte des glaces article ouvrait de nouvelles possibilités de transit. Est-ce que Donald Trump a tort quand il dit ceci ? Écoutez, le problème c'est qu'il n'y a rien que le Danemark puisse faire si la Russie ou la Chine veut occuper le Groenland.
Mais il y a tout ce que nous pouvons faire. Vous l'avez découvert la semaine dernière avec le Venezuela. Nous pouvons tout faire face à des situations comme ça.
Ça n'arrivera pas. Je ne peux pas compter sur le Danemark pour se défendre tout seul. Est-ce qu'il y a un fond de vérité là-dedans ?
Alors le fond de vérité, il se trouve que sur l'Arctique est une zone stratégique. Elle est une zone stratégique pour quatre raisons. La première, vous l'avez cité, c'est la fonte des glaces.
Et donc c'est un c'est un sujet environnemental qui aura des conséquences majeures et qui a déjà des conséquences majeures. Euh on l'observe pas forcément directement en France mais euh mon homologue du Bangladesche m'expliquait que plus 1 m d'eau chez lui, c'est 30 millions de déplacés. Donc ça c'est quelque chose de très réel euh et quelque chose d'extrêmement ressenti dans les pays qui sont directement concernés.
Euh le 2è sujet, vous l'avez dit, c'est les routes maritimes, les flux maritimes. Euh passer de la Chine à au Havre en France, c'est 3 semaines en passant par Suèse, c'est 15 jours en passant par le Grand Nord et c'est 4 semaines en passant par le CAP de bonne espérance. Vous gagnez une semaine en passant par le Grand Nord.
Donc c'est économiquement extrêmement intéressant. Évidemment, ça c'est le deuxième point. Aujourd'hui, c'est pas encore possible parce qu'il y a encore beaucoup de glace et surtout il n'y a pas de terminaux de portbl réparer, d'assurer la logistique et cetera.
Seul port qui existe dans cet endroit-là, c'est sur l'île de Cottenle. C'est une base militaire russe pas forcément très avenante. Et le troisème point maintenant, pour venir dans les quatre enjeux, le troisème point, c'est l'accès aux ressources.
L'accès aux ressources avec la fonte des glaces va permettre d'accéder à du pétrole et des ressources minérales. C'est là que la le sujet se joue et en fait quand Donald Trump parle, c'est bien qui va aller récupérer cette terre rare, ce pétrole dans l'Arctique et donc comment on va contrôler ça ? Pour être plus performant, vous travaillez main dans la main avec la DGA, la direction générale de l'armement.
Est-ce que la mise à niveau de vos systèmes reste compliqué ? Amir VJ. Alors, elle est d'abord nécessaire la mise à niveau du système, elle est nécessaire.
Euh le premier retour d'expérience de la guerre en Ukraine, c'est l'agilité. C'est-à-dire euh il faut être capable de s'adapter à l'adversaire de manière extrêmement rapide. Et donc pour ça, on ne peut pas attendre des grands cycles de rénovation qu'on pouvait avoir autrefois sur nos bateaux.
Et donc, il faut être capable d'adapter nos bateaux au quotidien quasiment, en tout cas de manière extrêmement rapide. Donc je cite un exemple dans dans mon livre où on avait testé un brouilleur antidrone justement euh avec la DGA au large de Toulon. Il fonctionnait très bien.
Euh on était en septembre, en octobre on le déploya en zone d'opération. Il a prouvé qu'il fonctionnait encore mieux parce qu'il a réussi à descendre des drones en zone d'opération et on l'a acheté en novembre. Très bien.
C'est ça ce que je souhaite et tant pis s'il est pas validé à 100 %. J'assume ce risque. Je reparler de de l'inaction.
Euh ce qui m'empêche de dormir, ce qui m'empêche de dormir au quotidien, c'est d'avoir trouvé une solution et de pas être capable de la donner à mes équipages pour qu'il se protège, pour qu'il soient plus performant en opération. Et donc là, il y a un vrai état d'esprit nouveau qui s'est créé à la fois dans l'innovation sur les bateaux, à la fois avec la direction générale pour l'armement pour créer ces flux extrêmement rapides et pour pouvoir s'adapter. Et puis après aussi dans l'esprit de l'ensemble des chefs, faut assumer le risque.
Faut assumer le risque mais en avant également pour la dissuasion. Est-ce qu'il faut l'assumer tout autant ? Ah, la dissuasion, on l'assume.
Oui, bien sûr. D'abord, la dissuasion, si on parle bien de la dissuasion nucléaire, euh c'est le cœur de la défense nationale aujourd'hui. La dissuasion et ma responsabilité dans la dissuasion, c'est de mettre sous l'eau un SNLE, un sous-marin nucléaire lanceur d'engin qu'on appelle dilué, c'estàd qu' devient indétectable tous les 70 jours.
C'est une mission extrêmement structurante pour nous. Euh nous avons des capacités industrielles qui sont capables de produire ces sous-marins. C'est absolument remarquable.
Si vous avez l'occasion de visiter Cherbourg, allez visiter Cherbourg. Euh c'est assez unique au monde en réalité et euh cette dissuasion euh elle est défensive, le président l'a bien rappelé euh et cetera et elle nous permet véritablement de dissuader tout agresseur, de s'en prendre à nos intérêts vitaux et elle marche véritablement bien parce que certains experts du nucléaire disent trop d'ambiguité tue l'ambiguité. Vous êtes d'accord avec ça ?
Euh non, parce que euh on voit bien et dans la bascule du monde que l'on vit, on parle de l'incertitude et donc en fait d'ambiguïé et elle nous met quand même un peu mal à l'aise cette incertitude. Et donc il faut se mettre dans l'état d'esprit de celui qui est en face. Si vous rajoutez de l'incertitude à son calcul et ben c'est déjà quelque chose qui qui est bon parce que ça lui complique l'équation.
Vous allez fêter les 400 ans de la marine nationale avec un chantier, le porte-avion Charles de Gaul qui est prévu pour le successeur pardon du porte-avion Charles de Gaulle qui est prévu pour 2038. Ce sera le 8 mai prochain. Démonstration de force.
Pourquoi c'est indispensable pour la marine ? Alors justement, vous parliez tout à l'heure de message. Et ben c'est un message à destination de ceux qui nous observent que la marine française, mais pas que la marine française, la marine avec l'armée de l'air et de l'espace, avec l'armée de terre, avec les alliés représente une véritable force, représente des véritables outils de puissance et c'est ces outils de puissance qui permettent de peser sur la scène internationale, qui permettent de dire ce que l'on a envie de dire et qui permettent d'avoir un nom quand quelqu'un pourrait qu'on dise oui.
M.
Benjamin Haddad