Paris/ Alger : les "influenceurs"... et la crise - Reportage C dans l'air 23.01.2025
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Sur TikTok, DJ Rafik est suivi par plus de 300 000 personnes. Rafik Méziane, de son vrai nom, influenceur algérien, a été interpellé hier à Paris. Et c'est le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, qui s'empresse de l'annoncer sur Twitter.
L'influenceur algérien Rafik Méziane, qui appelait à commettre des actes violents sur le territoire français sur TikTok, a été interpellé ce matin. Ne rien laisser passer.
Une annonce peu appréciée par le parquet de Paris, qui, fait rarissime, recadre le ministre de l'Intérieur dans un communiqué.
Il est rappelé que seule l'autorité judiciaire est légitime à communiquer sur une affaire judiciaire en cours, et qu'une personne qui n'est pas jugée est présumée innocente.
Un influenceur de plus dans le collimateur de la place Beauvau, le septième arrêté depuis le début du mois. Dans leurs vidéos, des propos haineux et violents contre des personnes susceptibles de s'opposer au régime algérien, comme cet homme de 25 ans qui appelait à commettre des attaques au nouvel an. Hier au Sénat, Bruno Retailleau affirme qu'il ne lâchera rien.
Je vous rappelle que la teneur de ces propos, c'est l'appel au meurtre, l'appel au viol, l'appel à la torture, des propos parfois aussi antisémites. Donc nous ne céderons rien.
Une affaire en particulier avait fait monter la tension entre Paris et Algiers. Le 5 janvier dernier, l'influenceur Doualem, n'âgé de 59 ans, est arrêté à Montpellier, puis expulsé direction l'Algérie. Mais à son arrivée, l'homme est refoulé par les autorités locales et renvoyé vers Paris. Colère du ministre de l'Intérieur.
Je veux dire ma supéfaction, et je pense qu'on a atteint avec l'Algérie un seuil extrêmement inquiétant. On voit bien que l'Algérie cherche à humilier la France.
Une escalade dénoncée par l'ancien patron du Quai d'Orsay, Dominique de Villepin. Nous ne sommes pas aujourd'hui à devoir nous faire plaisir en réglant des comptes, quels qu'ils soient. Ce n'est pas l'esprit de la relation entre la France et l'Algérie. Nous avons payé à travers l'histoire suffisamment chère pour apprendre qu'il n'y a qu'un chemin. C'est celui de l'amitié, c'est celui du respect, et je l'espère très fortement, de la réconciliation. Mais le ministre de l'Intérieur va plus loin. Dans une longue interview avant-hier, Bruno Retailleau évoque la remise en cause de l'accord franco-algérien de 68, qui facilite l'entrée en France des ressortissants algériens.
On est pâché avec tout le monde, et comme ça ne suffisait pas, ils trouvent encore le moyen qu'on aille se pâcher avec l'Algérie. Nous ne voulons pas la guerre avec l'Algérie. C'est clair, ce sont nos frères, nos sœurs, nos tempes, nos grands-parents, nos amis.
À l'origine de la crise, la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental, conflit qui dure depuis près de 50 ans entre Rabat et Alger. Sur le site du ministère des Affaires étrangères, la zone disputée est aujourd'hui représentée comme unie à l'ensemble du royaume. Lors de son discours à la nation le 29 décembre dernier, le président algérien accuse la France d'ingérence.
L'idée d'autonomie est une idée française, pas marocaine, et nous le savons depuis des décennies. Laisser les Sahraouis s'exprimer, s'autodéterminer, ne lui imposer rien.
Début janvier, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, a tenté d'apaiser les esprits et d'envoyer un signal positif en se disant prêt à se rendre à Alger. Nous étions en débat pendant ce reportage.
Ça passionne l'Algérie.
Oui, mais sur le fait, ça suscite pas mal de réactions et d'incompréhensions ce soir sur, effectivement, le fait que l'Algérie refuse de reprendre un de ses ressortissants qui appelaient à la violence, alors que c'est une décision administrative.
Pour l'Algérie, tout est politique, c'est très simple. Donc, en fait, ils ont considéré que c'était un coup de force politique du ministère de l'Intérieur français, quelles que soient les raisons pour savoir s'il avait un sauf-condu, pas un sauf-condu, une OQTF, une OQTF, et ils n'ont pas voulu laisser passer ce qu'ils considéraient comme une prise de position politique. Et ils n'ont pas tort, parce qu'il y a une névrose française vis-à-vis de l'Algérie.
Alors, ça, ça date depuis longtemps et on va beaucoup en parler ce soir. Juste, on a entendu parler rapidement dans ce reportage, donc, du ministre de l'Intérieur, qui dit, dans ces conditions et dans les conditions générales en matière d'immigration, nous voulons une remise en cause de l'accord migratoire de 1968.
Il n'y a plus rien dans l'accord de 1968. Alors, cet accord de 1968 a été révisé trois fois.
D'accord. Qu'est-ce qu'il dit, cet accord ?
Alors, cet accord, il fait partie de la suite des accords d'Ivian. Il faut saluer, parce que bientôt, au mois de mars, on a signé les accords. La France a signé les accords d'Ivian pour mettre fin à cette guerre d'Algérie. Deux choses. Le premier objectif, c'est mettre fin à la guerre, l'indépendance de pays. Et le deuxième, c'est quand même gérer le... vivre ensemble, en quelque sorte, des milliers de Français qui sont en Algérie. Deuxième objectif, n'a pas réussi, puisque des centaines de milliers de Français n'ont pas voulu rester, parce qu'il y avait quand même une grande tension.
1968, il y a plusieurs autres accords, est venu pour régler, pour gérer le six jours, la mobilité et l'emploi d'Algérie en France. Il fait suite à quoi ? À d'autres facilités, d'autres accords. Par exemple, la France, après l'indépendance, les gens ne le savent pas, bénéficiait de l'usage de Marcel Kbir, du port militaire à l'Orani, bénéficiait aussi, il aura fait aussi des essais nucléaires dans le sud algérien.
Ça lui a été réproché récemment, mais on va y revenir.
Absolument. Et aussi la question pétrolière, l'indépendance. Donc ça veut dire cet accord, il a été révisé, il a été vidé de tout son sens.
Mais aujourd'hui, quand il dit ça, le ministre de l'Intérieur, quelles mesures en particulier il vise pour qu'on sorte d'une force de facilitation, d'installation des Algériens en France ? C'est ça le sujet ? Quelles sont les mesures qu'il vise ?
Aujourd'hui, les Algériens ont quand même un avantage par rapport à n'importe quel autre pays, c'est-à-dire qu'ils ont une possibilité de circuler très librement entre la France et l'Algérie. On a le certificat de résidence qui donne cette possibilité. Il y a 200 000 certificats qui sont donnés chaque année et qui permettent aux Algériens. Ça a toujours fonctionné comme ça et ça a toujours posé des problèmes à une certaine partie de la droite. D'ailleurs, je vous rappelle qu'Edouard Philippe avait essayé de casser cette relation et il n'y est pas parvenu. Parce que pour casser un accord, il faut que les deux parties soient d'accord pour négocier.
Si l'Algérie ne veut absolument pas négocier le fait de briser cet accord, c'est compliqué de mettre en place une évolution.
Mais juste pardonnez-moi pour être sûr de bien comprendre, ça ressort aujourd'hui parce que nos deux pays sont en crise diplomatique ou est-ce que c'est dans le débat depuis longtemps ?
C'est dans le débat depuis longtemps et surtout c'est un levier qui est toujours ressorti lorsqu'on parle effectivement des expulsions. On dit que ce n'est pas normal, il y a 2 000 laissés-passés consulaires remis par l'Algérie chaque année pour permettre les expulsions alors qu'on donne 200 000 possibilités aux Algériens de chaque année pouvoir venir en France. Donc voilà, ce déséquilibre-là est remis en question à chaque fois. Dans la continuité de ce que dit Audrey Goutard en termes d'illustration de ce que peut contenir justement ces accords, il y a par exemple des facilités en termes d'installation, d'accès à l'emploi pour les étudiants algériens.
S'ils veulent notamment ouvrir un commerce dans l'entrepreneuriat qui leur est facilité. des facilités ne disposent pas, par exemple les Marocains ou les Sénégalais. Après 5 ans de résidence, il y a aussi des conditions plus faciles que pour les autres. Il y a, et le dernier point par exemple, une immigration familiale qui est facilitée puisque c'est 12 mois et non 18 mois d'attente. En réalité, l'aspect est surtout symbolique et c'est là-dessus qu'à la fois l'Algérie tient, puisque l'Algérie ne veut pas, on dit que ça ne compte pas, mais le gouvernement algérien ne veut pas que cet accord-là soit cassé.
Et puis il y a d'un point de vue français une espèce aussi de symbole en disant à partir du moment où on fait des gestes et que la main tendue n'est pas saisie, et bien de notre côté, les contreparties vont devoir prendre... C'est vrai que le...
Bruno Retailleau