Annie Genevard : "Les agriculteurs se sentent remis en cause en permanence"
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Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et nous recevons donc ce matin la ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire. Appelez-nous pour lui parler au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Bonjour Annie Gennevar. Bonjour. On est de nouveau dans un moment de grande tension du monde agricole. Les manifestations reprennent hier encore à Arras en marge d'une visite d'Emmanuel Macron. Les agriculteurs refusent absolument l'accord que l'Europe veut conclure avec les pays d'Amérique latine du Mercosur. Vous, madame la ministre, continuez à dire que cet accord est inacceptable en l'état.
Malgré ce qui ressemble à des hésitations du président de la République, et bien que la France n'ait pas les moyens de le bloquer cet accord face à une majorité d'états européens qui sont pour et à la commission de Bruxelles qui veut signer avant le 20 décembre. Alors la question est simple, madame la ministre, ils ont raison d'être inquiets les agriculteurs ?
Bien sûr qu'ils ont raison d'être inquiets. Cet accord n'est pas acceptable, nous l'avons dit clairement, et la France parle d'une seule voie en la matière. En l'état, il n'est pas acceptable en raison des risques sanitaires, des risques économiques qu'il fait peser sur des filières qui sont pour nous stratégiques. Le bœuf, la volaille, le sucre, l'éthanol. Donc si effectivement cet accord devait être conclu en l'état, ce serait très mauvais, très préjudiciable à notre agriculture.
On va détailler Annie Gennevard ce qu'il y a dans ce Mercosur, ce que la France pousse aussi pour tenter d'amodier les effets négatifs. Simplement, je suis frappé par le début de votre réponse. Vous dites, on a toujours dit les choses de façon claire. Le 6 novembre dernier, Emmanuel Macron, en déplacement au Brésil, se dit plutôt positif quant à la ratification par la France de l'accord. En février 2024, donc il y a plus d'un an, il disait c'est un mauvais texte tel qu'il a été signé, et donc on fera tout pour qu'il ne suive pas son chemin. Et à Toulouse, il y a une semaine, il promet un nom très ferme, donc quelques jours après avoir dit que c'était plutôt positif.
Moi, je ne trouve pas ça très clair comme position du gouvernement et de l'exécutif sur le Mercosur.
J'étais présente à l'entretien qu'il a eu avec les agriculteurs à Toulouse, et son propos a été extrêmement clair. La France n'accepte pas ce projet d'accord en l'État parce qu'il est très préjudiciable au monde agricole.
Pourquoi le 6 novembre, il se dit plutôt positif quant à la ratification du traité par la France ?
Écoutez, je ne suis pas là pour faire l'exégèse des propos du Président de la République.
Vous n'avez pas compris quand il a dit ça ?
Ce que j'entends, et constamment dans la voix de la France qu'elle s'exprime par le Président de la République, le Premier ministre ou le gouvernement, c'est que ce projet en l'État n'est pas acceptable. Ursula von der Leyen l'a signé il y a un an.
La présidente de la Comité européenne.
Sur la forme et sur le fond, il n'est pas acceptable. Et nous avons, depuis un an, travaillé à constituer une minorité de blocage. Elle n'est pas certaine. Et dans l'hypothèse où nous ne l'atteindrions pas, il nous faut absolument corriger les effets négatifs de ce projet d'accord.
Juste sur la minorité de blocage, vous maniez le féminisme quand vous dites qu'elle n'est pas certaine. Il n'y a pas de minorité de blocage aujourd'hui. Des pays dont vous espériez un changement de pied, notamment l'Italie, cette minorité de blocage, elle n'existe pas. Ça veut donc dire pour ceux qui nous écoutent ce matin que quand bien même à la fin vous voudriez vous opposer à la ratification de ce traité, vous n'en avez pas les moyens.
Alors d'une part, la France n'est pas isolée. La Pologne, la Hongrie, l'Autriche, la Belgique, probablement l'Irlande. Il y a un certain nombre de pays. Mais dans l'hypothèse où cet accord ne serait pas bloqué par une minorité, il nous faut absolument peser pour imposer les règles que nous voulons voir appliquées pour protéger les agriculteurs.
Alors, on y vient. Hier, il y a une première série de mesures de sauvegarde qui ont été adoptées par les États membres pour tenter de séduire la France. C'est-à-dire que sur un certain nombre de filières sensibles, la viande bovine, la volaille, les œufs, on va pouvoir refermer les marchés s'il y a de trop grosses tensions. Ce n'est pas suffisant, ça, comme protection à niveau de paris ?
Nous, nous avons demandé à la Commission européenne des précisions sur les conditions d'application de cette clause de sauvegarde. C'est un avancée non négligeable, je tiens à le dire. Elle vise à protéger économiquement nos filières parce que si nous ne sommes pas hostiles par principe aux accords de libre-échange, le commerce est ouvert. On exporte, on importe, même si on y reviendra peut-être au cours de l'entretien. En matière d'excellents commerciaux, la France est dans une situation extrêmement périlleuse. Là, c'est l'alarme. Oui, on va y venir. Il nous faut quand même pouvoir mettre des freins d'urgence si jamais il y a une déstabilisation trop forte.
Et vous considérez que ça, c'est en bonne voie ? Est-ce que vous êtes relativement optimiste sur le fait d'obtenir ces freins-là, ces mesures de sauvegarde, ce qu'on appelle des clauses miroirs ?
Je pense, alors ce n'est pas la même chose, je pense que sur la clause de sauvegarde, elle semble être en bonne voie d'être adoptée, mais nous demandons encore des précisions sur les conditions de son application.
Et ce n'est pas suffisant, on imagine ?
Ce n'est absolument pas suffisant. Et vous évoquez les mesures miroirs. Il y a une chose que les Français ne peuvent pas comprendre, ne peuvent pas admettre, et singulièrement les agriculteurs, c'est que les importations s'affranchissent des règles qu'on leur impose à eux-mêmes en matière d'utilisation de produits phytosanitaires, de médicaments, notamment d'antibiotiques de croissance. C'est interdit sur le solde de l'Union européenne à juste titre. Comment admettre, comment l'agriculteur peut-il admettre, c'est injuste pour lui, d'imaginer des règles différentes pour les importations, et c'est inacceptable pour le consommateur aussi ?
Mais si on reste sur ce point précis, Annie Gennevar, quand bien même vous réussiriez à obtenir ces mesures de sauvegarde, cette assurance qu'on ne peut pas utiliser dans ce qu'on importe des produits qui sont interdits sur le sol européen, vous faites confiance au contrôle ? On pourrait aller regarder derrière chaque stock, chaque morceau de viande, qu'il n'y a pas d'utilisation d'hormones, qu'il n'y a pas d'utilisation d'antibiotiques ? C'est vraiment possible ?
C'est la troisième condition que nous mettons. Et elle est fondamentale parce que vous pouvez dicter toutes les règles que vous voulez si leur application n'est pas contrôlée, c'est vain. Et donc la question du contrôle est fondamentale, contrôle à la fois dans les pays d'émission, dans les pays d'importation, et puis également contrôle aux frontières de l'Union Européenne et contrôle en France aussi. Et j'envisage de mettre en œuvre très rapidement des contrôles puissants parce qu'il faut aussi fiabiliser et rassurer le consommateur.
Juste Annie Gennevard, avant d'entendre un auditeur, quand on vous écoute ce matin, on a le sentiment qu'en fait, vous êtes en train d'habiller un certain nombre de petites victoires que vous allez obtenir parce qu'il faut s'y faire, le Mercosur va rentrer en vigueur.
La question n'est pas tranchée à ce stade. Et la décision n'est pas prise. En tout cas, moi, je continue à dire que si nous n'obtenons pas... Alors vous dites des petites victoires. Vous savez, si on impose les mesures miroirs, la réciprocité des normes, c'est un des points majeurs pour les agriculteurs. Moi, à ce stade, je ne préjuge pas, je ne présume pas de ce que sera la position de la France. Moi, j'ai toujours été extrêmement claire. Je suis la ministre de l'Agriculture et des agriculteurs. Mon rôle est de les protéger.
Alors pas de quoi les rassurer, cela dit pour l'instant. Nous avons Bernard en ligne. Bonjour, bienvenue Bernard. Vous êtes fils et frère d'agriculteurs, c'est ça ? C'est ça, en Savoie. En Savoie. Vous avez une question à poser, madame la ministre ? Voilà. Oui, bonjour à tous. Merci de prendre ma question. Bonjour, madame la ministre.
Bonjour, Bernard.
Je voudrais vous dire que cet accord est parfaitement scandaleux. Pourquoi est-il scandaleux ? Parce qu'il s'inscrit tout à fait dans la mondialisation qui continue à détruire nos fermes les unes après les autres. On ne cesse de prendre des terrains pour construire. Et moi, ma famille dans l'agriculture et j'ai un copain qui est agriculteur qui a 70 vaches, on se rend compte que plus ils produisent, moins ils gagnent. Plus ils sont inservis par cette mondialisation. Et cette mondialisation, on la connaît dans l'industrie, on la connaît en Chine, vis-à-vis de la Chine, vis-à-vis de l'Inde.
Dans notre magnifique pays pour lequel je suis si attaché, pour lequel je suis si fier, je me rends compte qu'on continue de tout détruire. Moi, j'ai le sentiment qu'il y aurait une volonté pour détruire encore un peu plus notre agriculture. Voilà mon interpellation. Je vous remercie. Merci, merci Bernard. On entend cette opposition et cette crainte quant à la mondialisation et à ce futur accord avec les pays d'Amérique latine, du Mercosur. Qu'est-ce que vous avez envie de lui dire à Bernard ? Je dis à Bernard
que je comprends tout à fait l'interrogation qui est la sienne sur la place que nous voulons voir conserver à notre agriculture. C'est un des fondamentaux de notre nation et l'agriculture, c'est l'activité immémoriale des hommes. Moi, tout mon combat est de faire en sorte que nos agriculteurs soient mieux respectés. Ils travaillent dur, ils gagnent parfois peu et ils ont pourtant un rôle absolument fondamental qui est de nourrir les Français. Et je dis à Bernard que la mondialisation mal comprise, elle est effectivement dangereuse, elle est nocive à notre agriculture. Mais nous commerçons avec le monde aussi.
Juste, vous prenez hâte que vous ne réussissez pas à les convaincre. Florence parlait en début d'entretien de la protestation des syndicats agricoles qui menacent de se mobiliser encore davantage. Vous venez d'entendre Bernard aussi son émotion. Vous ne réussissez pas à les convaincre.
Alors, sur la question des accords de libre-échange, ça devrait être une source de prospérité pour notre agriculture et notre pays. Pourquoi ça ne l'est pas ? Parce que ces accords de libre-échange qui peuvent être bons pour notre agriculture, nous exportons beaucoup aussi.
et qui le sont
pour un certain nombre de filières, doivent obéir à des critères. Le problème du Mercosur, c'est que c'est un accord qui est mal né. C'est un accord des années 90 à un moment où les conditions étaient totalement différentes. Aujourd'hui, le consommateur veut une alimentation saine, sûre, et de ce point de vue, l'agriculture française est la plus vertueuse du monde. Et puis, les agriculteurs veulent des accords équilibrés. quand il n'y a pas de réciprocité dans les exigences que l'on a pour nos agriculteurs français par rapport aux agriculteurs des pays tiers, c'est une injustice profonde. Et moi, je comprends la colère que Bernard exprime.
Vous savez, il n'y a pas un sujet aujourd'hui autre que le Mercosur qui suscite un tel rejet.
Il y a la protestation des syndicats agricoles. On a vu hier un certain nombre de tracteurs, d'agriculteurs qui étaient là pour accueillir le président de la République à Arras et qui espéraient pouvoir échanger avec lui. Est-ce que vous craignez une nouvelle mobilisation d'ampleur comme celle que l'on a vécue en janvier 2024 où des axes routiers étaient bloqués ? On sait que c'est une crainte de tout gouvernement de voir une mobilisation des agriculteurs d'ampleur. Est-ce que c'est ce que vous craignez dans les jours et dans les semaines qui viennent ?
Moi, je crois qu'il faut bien comprendre les ressorts de cette colère. Vous voyez, à Béziers, la semaine dernière, 7000 viticulteurs se sont réunis paisiblement pour dire leur détresse parce qu'ils n'arrivent plus à vivre de leur métier. Donc, il faut les entendre. Je les reçois d'ailleurs régulièrement mais surtout, il faut apporter des réponses et les réponses, ce sont des allégements de charges, ce sont des aides. C'est ce que vous avez
proposé aux viticulteurs ?
La solidarité nationale doit absolument s'exercer à leur endroit. C'est de la simplification aussi. Il faut bien comprendre la difficulté, les multiples difficultés dans lesquelles aujourd'hui sont nos producteurs. D'abord, on leur conteste le fait de produire, la légitimité de produire. Voyez, je vais vous donner un exemple. Un poulet consommé sur deux en France n'y est pas produit. Et en même temps, quand un producteur, quand un éleveur veut installer un bâtiment d'élevage, on le lui refuse parce qu'on ne veut pas voir de bâtiment d'élevage et tout est comme ça. Ça n'est plus possible.
Il y a une loi. Une loi a été votée pour l'autoriser, c'est la loi du plomb.
Pour faciliter effectivement l'installation. On n'arrête pas de dire l'élevage c'est mauvais pour l'environnement, la consommation de viande c'est mauvais pour la santé. Enfin, arrêtons ce délire.
Tout le monde ne dit pas ça, Annie Genevard. Il y a des débats sur la consommation de la viande et les effets sur la santé.
Je peux vous dire que les agriculteurs le vivent très douloureusement. Ils se sentent remis en cause en permanence.
Annie Genevard, un mot sur vos interlocuteurs syndicaux. On parlait de la FNSEA. Il y a aussi la coordination rurale, ce syndicat qui vient d'élire un nouveau président, Bertrand Vantot. Petit florilège de ses propos pour les auditeurs qui ne le connaîtraient pas, les écologistes qui sont qualifiés de terroristes, ouvrez les guillemets, les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau. Il parle des écologistes. Est-ce que vous condamnez ces propos ? Est-ce que c'est possible d'avoir un interlocuteur comme celui-là quand on est ministre de l'agriculture ?
Je condamne la violence de ses propos. Elle est profondément choquante et inacceptable. Et moi, je dis au nouveau président de la coordination rurale qu'il faut prendre la mesure de son rôle. Un syndicat, c'est un interlocuteur avec lequel il faut pouvoir travailler à résoudre les problèmes. Ce dont souffre l'agriculture aujourd'hui et de ce dont souffrent les agriculteurs, c'est de se sentir en permanence remise en cause. Et il faut bien comprendre qu'il y a une idéologie
Ce qui ne justifie pas ce genre de propos.
Pardon ?
Ce qui ne justifie pas ce genre de propos.
Aucunement. Aucunement. Mais voilà, il faut que les agriculteurs puissent être confortés dans leur rôle qui est éminemment utile. Mais vous la constatez cette radicalisation d'une part
de l'agriculture ?
Bien sûr. Cette radicalisation, elle est à l'oeuvre parce qu'il y a une colère profonde, une incompréhension chez les agriculteurs de ce qu'on attend d'eux. On leur donne des injonctions contradictoires. On leur dit qu'il faut produire mais la production est mauvaise pour l'environnement. Moi, je pense qu'il faut revenir à la raison.
Parce que vous arrêtez depuis quelques minutes. Vous dites on leur dit que l'avion est mauvais pour la santé. C'est qui, ils ?
Il y a un certain nombre d'ONG. Il y a certains mouvements d'opinion. On voit bien que...
Mais c'est-à-dire ?
Vous voyez bien quels sont les débats aujourd'hui qui sont à l'oeuvre sur... On veut opposer environnement et agriculture. Moi, je pense que c'est une impasse.
Alors, certains agriculteurs eux-mêmes s'opposent à une partie de la politique du gouvernement sur l'agriculture. Les agriculteurs ne sont pas tous faits du même bois et pas tous du même avis. Nous avons Florent en ligne qui est agriculteur dans l'Essonne. C'est ça, Florent ? Bonjour.
Oui, bonjour.
Bienvenue.
Oui, merci de prendre mon appel. Je voulais déjà remercier la ministre qui disait que justement c'était une menace pour nous de voir ce traité du Mercosur avec la libéralisation de l'agriculture qui poussait vers moins de normes. Je trouvais que c'était bien qu'elle reconnaisse ça. Moi, il y a ce qui menace mon métier c'est justement cette libéralisation et le fait d'avoir moins de normes et la loi qu'a portée la ministre l'année dernière, la loi Duplomb qui poussait pour moins de normes, qui poussait pour des élevages industriels, pour le gaspillage de l'eau, l'autorisation de certains pesticides interdits. Cette libéralisation, c'est une vraie menace pour moi.
Ça va vraiment ajouter des contraintes à mon métier parce que je vais être mis en concurrence avec une agriculture beaucoup plus industrielle. Et ce n'est pas du tout ce que veulent les citoyennes et les citoyens de ce pays. il y en a 2 millions qui se sont mobilisés pour faire une pétition contre cette loi. Donc moi, je voulais demander à la ministre qu'est-ce qu'elle fait de ces 2 millions de citoyens qui se sont mobilisés et qu'est-ce qu'elle fait des agriculteurs comme moi qui vont être mis en concurrence avec une agriculture beaucoup moins propre.
Vous produisez quoi, Florent ?
Moi, je produis des légumes, des fruits et des plantes aromatiques.
D'accord. Et vous êtes en bio, en traditionnel ?
En agriculture biologique.
En agriculture biologique. Merci, Florent. Madame la ministre,
Je ne serais pas la ministre qui oppose les modes d'agriculture entre eux. Je pense que chaque type de production agricole a sa place. Il y a de l'agriculture conventionnelle, raisonnée, biologique et tous ces modes de culture sont absolument respectables et vous voyez, j'évoquais les débats qui courent dans le monde agricole. Ce que vient d'exprimer Florent en est l'expression. Et je le regrette parce qu'il y a
de la caricature des deux côtés. Et il y a effectivement des propos divers qui sont exprimés. Juste avant de parler de souveraineté alimentaire, un mot sur la loi Duplomb puisque, rappelons-le, cette loi a été votée. Il y a eu une pétition qui a été signée par plus de 2 millions de personnes pour protester contre cette loi Duplomb et notamment pour la réintroduction partielle de ce qu'on appelle l'acétamipride, c'est-à-dire un pesticide néonicotinoïde. Cette réintroduction partielle a été censurée par le Conseil constitutionnel.
Est-ce que, comme ministre de l'Agriculture, vous allez remettre à l'agenda cette réintroduction partielle puisque, là encore, la censure du Conseil constitutionnel laisse vraisemblablement une porte ouverte à la possibilité de le faire s'il y a une volonté politique ? Est-ce que vous allez le faire dans les mois qui viennent ?
Bon, chacun connaît mon opinion. J'ai défendu cette loi qui vise à lever des entraves qui pèsent sur l'agriculture. Je dis une chose, dans le même espace de production qui est l'Union Européenne. Il faut que les règles soient les mêmes pour tous. Voilà. Et aujourd'hui, et donc, j'ai confié à l'INRAE, qui est un institut scientifique, la mission de me dire quelles sont les filières qui sont en impasse de production. On ne peut pas à la fois condamner l'importation de noisettes turques et puis empêcher la production de noisettes françaises.
Il faudra un moment résoudre cette contradiction et mettre les agriculteurs à égalité de contraintes et de normes par rapport à leur concurrence européenne. On verra la suite de cela. Je ne peux pas à ce stade vous le dire. Mais en tout cas, il y a une chose qui est certaine, c'est qu'on ne peut pas laisser des filières entières
en impasse de production. Annie Genevard, vous êtes ministre de la souveraineté alimentaire. Qu'est-ce que vous dites quand vous voyez que la France, pour la première fois depuis 50 ans, se retrouve en déficit commercial ? On a importé plus de produits agricoles et de denrées alimentaires cette année qu'on en a vendu à l'étranger. La France est en train de devenir dépendante là aussi ? On a perdu notre souveraineté ? Pour la première fois
depuis 40 ans, notre excédent commercial sera probablement à zéro. Oui, 50 même. Donc, c'est un signal d'alarme majeur. Et ça signe la perte de puissance de notre agriculture. Je rappelle quand même que la France est le premier pays agricole de l'Union Européenne. Et nous étions... Les exportations agricoles étaient le troisième poste des exportations après l'aéronautique et l'épargne. Mais donc, même ça, on n'y arrive plus. Et donc, on voit bien qu'à force... Alors, il y a des raisons conjoncturelles. Les taxes qui pèsent, vous savez, du côté de la Chine, du côté des Etats-Unis. Mais il y a aussi tout ce qui pèse en contraintes particulières sur le monde agricole.
On exporte moins de produits laitiers parce qu'on a moins de vaches et moins de septelles. Il y a une décapitalisation du septel parce qu'on ne cesse de mettre en cause l'élevage. Donc, vous voyez bien que là, on perd un outil de puissance économique et c'est extrêmement grave. Et donc, il faut véritablement lutter lutter contre cet effondrement de la puissance économique agricole française. Et croyez bien que c'est un sujet de préoccupation majeur pour moi.
Annie Gennevard, il nous reste quelques minutes. Une question politique sur votre position singulière. On ne sait pas exactement comment vous vous situez. Vous êtes ministre d'un gouvernement qui a été quitté par le président de votre famille politique, Bruno Retailleau, qui a souhaité vous exclure. En fait, vous avez été suspendu. Vous êtes dans un gouvernement qui défend un budget, ce budget-là qui est pour partie convaincu par le président des Républicains. Vous êtes où, en fait, Annie Gennevard ?
D'abord, je reste profondément attachée à ma famille politique et si j'en ai été suspendue, je n'en suis pas exclue et je considère que j'en suis toujours membre. Je crois lui avoir donné suffisamment de gage de fidélité pour ne pas être soupçonnée de déloyauté.
Quand les députés républicains et sénateurs se mettent d'accord sur une ligne commune sur la question du budget, ils ne veulent aucune augmentation d'impôts, aucune augmentation de taxes et des économies sur la dépense. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
Je suis absolument d'accord avec ça. Donc,
c'est-à-dire à peu près l'inverse de ce qui a été fait à l'Assemblée ?
Il ne vous a pas échappé, Benjamin Duhamel, que la réalité parlementaire fait que nous n'avons pas de majorité ni absolue ni même relative et donc, c'est le Parlement qui est à la manœuvre. On ne jugera de ce budget qu'au terme de son examen,
le Sénat... Vous siégez au Conseil des ministres avec un ministre de l'économie, Roland Lescure, qui lui, a défendu un certain nombre de doses d'augmentation d'impôts, augmentation d'impôts que vous refusez.
la position de la droite est très claire. Avant d'augmenter les impôts, il faut diminuer les dépenses et je crois que le Premier ministre n'est pas orthogonalement hostile à ce positionnement. Mais nous avons une Assemblée nationale à qui il a donné la responsabilité de voter un budget et vous en jugerez in fine lorsque le budget aura achevé son examen. En tout état de cause, je fais confiance au Parlement et au Sénat pour arriver à un aboutissement qui soit conforme à ce que porte
ma famille politique. Bien, merci Annie Gennevard, merci Madame la Ministre de l'Agriculture d'avoir été sur l'antenne de France Inter ce matin. La revue de presse à suivre.
Annie Genevard