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Conférence de presseMinistère de l'Europe et des Affaires étrangères· 7 mai 2026 76 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalNumériqueInstitutions & électionsDéfense

Agir dans la bataille des récits - Ouverture par Jean-Noël Barrot

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 25 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 17:00Jean-Noël BarrotFait
    « 10 pays sont aujourd'hui candidats pour rejoindre l'Union européenne. »

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14:08
Non speech

[applaudissements]

14:13
Jean-noël Barrot

[applaudissements] Récit ensemble d'événements reliés entre eux par une trame narrative qui décrit une évolution dans le temps. Un récit, c'est un discours qui donne du sens et de la cohérence au monde. Et les nations ont besoin de récits pour exister. Car les nations ne sont pas seulement formées de territoires, d'institutions, de frontières ou d'administration. Elles sont aussi et peut-être d'abord des espaces de représentation et de projection. Une nation tient parce qu'elle raconte quelque chose à celles et ceux qui la composent. Une origine, une trajectoire, une promesse, une responsabilité. Oui, le monde est une volonté de représentation pour reprendre les mots de Schopenhauer.

L'être humain ne se contente pas d'habiter le réel. Il l'interprète, il l'agence, il cherche des liens entre les événements, des causes derrière les ruptures, des continuités derrière les épreuves parce qu'il en a besoin qu'il est en quête de sens. Et ce mouvement n'est pas seulement individuel, il est collectif. Les peuples cherchent à comprendre ce qui leur arrive. Ils interrogent leur passé, leurs blessures, leur grandeur, leurs fautes, leur combat. Ils écrivent leur histoire pour ne pas être condamnés à la subir. Ils se donnent un récit commun pour faire tenir ensemble des vies différentes. Une nation au fond, c'est cela.

Une communauté humaine qui accepte de se reconnaître dans une histoire partagée non pas figée, non pas myifiée mais vivante. Un récit national n'est pas une légende commode destinée à masquer la complexité du réel. Il doit au contraire être une manière lucide de l'affronter, dire ce que nous avons été, comprendre ce que nous sommes, choisir ensemble ce que nous voulons devenir le récit que nous voulons écrire. Or, l'univers des récits a horreur du vide. C'est pourquoi si nous n'occupons pas nous-mêmes cet espace, d'autres le feront à notre place avec leurs propres mots. Et certains de nos adversaires l'ont parfaitement compris.

Les nouveaux empires se sont armés de récits simplistes et brutaux pour servir leur projet géopolitique et offrir à ceux qui les écoutent une cohérence, un ordre à défendre. En Russie, c'est la doctrine Caraganov. nationaliste, impérialiste, colonialiste. Une vision fondée sur la confrontation des civilisations. Un récit dans lequel la Russie serait un rempart pour résister au chaos occidental. Aux États-Unis depuis 2025, c'est une vision missionnaire fondée sur des valeurs réactionnaires, des récits structurant qui s'exprime dans des doctrines et des stratégies nationales de sécurité et qui se déclinent en même gagner en viralité.

Ces récits ne se contentent pas de promouvoir une vision du monde. Ils véhiculent aussi des messages hostiles à notre égard pour obtenir des gains géopolitiques. Ce sont des provocations systématiques, des stratégies nationales d'influence qui alimentent une confrontation permanente dans le champ informationnel et rendent inaudibles nos réponses institutionnelles. Pourquoi ? Parce qu'elles sont trop policées. Parce que nos adversaires savent que nous sommes trop polis. Alors, il nous attaque sans complexe. Ils prétendent que l'Europe est au bord de l'effacement civilisationnel. Ils disent qu'il faut l'abolir et ils s'y mettent à plusieurs.

Rappelez-vous la campagne Abolish the EU lancée par Elon Mus sur X. Une véritable partie de ping-pong entre les réseaux MAGA et les leaders du Kremelin et 9 milliards d'interactions en l'espace de quelques jours. Oui, la convergence de l'international réactionnaire et la privatisation des plateformes offrent une chambre d'éco sans précédent à des contenus dont le but n'est plus d'informer mais de créer un récit dominant. Et 2025 a été une année d'accélération spectaculaire pour la fabrique de ces récits. À la faveur de très nombreuses élections, chacun s'est mis à déployer des stratégies narratives offensives. Cette évolution n'est ni circonstantielle ni improvisée.

Elle est le fruit d'investissement massif réalisé par la Russie, la Chine, les États-Unis, Israël, l'Iran. Les productions hollywoodiennes aux vidéos TikTok. Vous envoyez les effets tous les jours sur vos écrans et les États y consacrent des moyens considérable. La Chine 48 milliards de dollars par an, la Russie 2,6 milliards, l'Iran 1,8 milliards et plus d' 1,2 milliards pour les seules productions du ministère de la guerre américain. Mais cette capacité de produire des récits n'est plus limitée aux États, plus besoin de chaînes de diffusion, de services en langues étrangères, de réseaux de correspondant.

Désormais, chacun peut produire une vidéo sans dépourser un seul centime et l'envoyer comme une bombe dans le champ informationnel américain, indien ou sud-africain. La seule chose qu'il vous faut, c'est une bonne histoire. Oui, avec la généralisation des réseaux sociaux, le récit est devenu l'arme centrale des conflits asymétriques et la force des faibles. Il permet de toucher le monde entier. Et l'intelligence artificielle quant à elle a fait disparaître les coups d'entrée. Ces dernières semaines, les vidéos iraniennes d'animation en Lego destiné à un public américain ont marqué l'apogére informationnelle à coup zéro.

Dans la guerre informationnelle de 2026, les armes sont des récits visuels et divertissants. Leur forme est ludique, mais leur fonction est évidemment géopolitique. Et nous dans tout ça, nous sommes restés, disons-le, trop longtemps en retrait de la bataille des récit. Pourquoi ? Parce qu'on a longtemps pensé que parce qu'elles sont universelles, nos idées seraient s'imposer d'elles-même par elles-même. Parce que notre esprit rationnel, dans notre esprit rationnel passé par l'artifice de la fiction, de la séduction, c'était une forme de trahison. Parce qu'en France, on aime la nuance, la liberté, la diversité et on rejette le dogme, le récit unique et la norme.

Mais aujourd'hui, la réalité se rappelle à nous. Dans ce trop plein de récits, il ne suffit plus d'énoncer des évidences, il faut les mettre en récit. mettre en récit ce que l'on croyait à qui pour toujours. Un peuple qui n'écrit pas sa propre histoire se résigne à subir celle que les autres ont écrit pour lui, sur lui et sans lui. Et l'absence de récit fédérateur s'accompagne inévitablement d'un sentiment de dépossession. Sans récit, on est à la mercie des autres. On se laisse intoxiquer sans mots, sans images, sans projection. Le présent se vide et peu à peu, génération après génération, une nation perd son identité culturelle.

Elle importe les obsessions des autres, leur langue, leur standard, leur mode de vie. Et ce n'est pas nouveau. Écoutez ce que Stephan Swe disait déjà de l'Europe en 1925, il y a un siècle. Le vrai danger pour l'Europe me semble se situer sur le plan de l'esprit dans l'importation de l'ennui américain, de cet ennui abominable, bien particulier qui là-bas sour de chaque pierre et de chaque maison. Des rues numérotées, cet ennui qui n'est pas comme jadis l'ennui européen, celui du repos. Assis sur le banc d'une taverne, à jouer au domino et à fumer la pipe. Une manière de dilapider son temps, certes paresseuse, mais tout à fait inoffensive.

L'ennui américain, lui, est agité, nerveux et agressif. Il s'affè [grognement] dans une ardeur urgente s'étourdit par le sport et les sensations. Il n'a plus rien d'un jeu mais court comme possédé par une folie furieuse fuyant éternellement devant le temps. Il s'inventeent des médias artistiques toujours nouveaux comme le cinéma ou la radio. nourriture de masse pour alimenter le sens insatiable et il transforme la communauté d'intérêt du plaisir en corporation aussi gigantesque que le sont ses banques et ses trusts.

C'est d'Amérique que vient cette vague effrayante de l'uniformité qui donne la même chose à chacun, le même complet sur le dos, le même livre à la main, le même stylope entre les doigts, la même conversation aux lèvres et la même automobile en lieu et place de la marche. Et de manière funeste, c'est une même volonté de monotonie qui menace depuis l'autre côté de notre monde, depuis la Russie, sous une forme différente. volonté de morceler l'être, d'uniformiser la vision du monde, la même effrayante volonté de monotonie. Pas plus qu'il y a un siècle, nous ne pouvons nous résoudre à subir le récit des autres. Alors, écrivons le nôtre. Quel est notre récit ?

celui d'un pays, d'un continent, d'une civilisation façonnée au fil des siècles par la philosophie, la science, les arts et le droit. Une civilisation humaniste qui a produit des avancées sans équivalents, scientifiques, technologiques, économique et à qui l'histoire a donné raison. Les faits sont là. On vit mieux en Europe qu'aux États-Unis ou en Chine. On y vit plus libre, on y vit plus longtemps, on y vit en meilleure santé. Notre espérance de vie est plus longue. La mortalité infantile est plus faible, deux fois plus faible. Les inégalités aussi. C'est un fait. L'Europe, c'est la coalition des nations libres la plus avancée du monde.

Le plus grand marché économique du monde, la société la plus démocratique du monde. 10 pays sont aujourd'hui candidats pour rejoindre l'Union européenne. Quelle autre organisation politique dans le monde peut en dire autant ? Oui, à Biliciie comme sur le Maï en 2014, des peuples se lèvent et chantent leur aspiration à la démocratie, au son de l'ode à la joie et en brandissant le drapeau européen comme un symbole d'espérance. Quel autre idéal politique dans le monde suscite un tel engouement ? Si l'Europe est aujourd'hui contestée, si elle est attaquée, ce n'est pas un hasard. C'est parce qu'elle incarne quelque chose qui dérange, une certaine idée de la liberté.

Oui, l'Europe défend les libertés individuelles et toutes les libertés. La liberté académique et scientifique, la liberté de la presse, la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté d'expression. Et l'Europe défend une certaine idée du droit, de la dignité humaine, de la démocratie. Et les régimes autoritaires craignent la démocratie par-dessus tout. Ils savent que la démocratie est contagieuse. Il la redoutent comme un virus mortel. Rien ne les inquiète plus que sa propagation. Et c'est pourquoi il nous livre une telle bataille des récits pour nous décourager, pour nous faire capituler.

Mais contrairement à ce qu'on entend et ce qu'on lit partout désormais, ni la France ni l'Europe n'ont dit leurs derniers mots. D'abord parce que ces superpuissances, ces empires qui nous attaquent portent en eux des fragilités et des faiblesses qui ne sont pas éternelles, que nous ne sommes pas condamnés à être la remorque de la Chine ou des États-Unis. que nous allons résister et que nous finirons par l'emporter. Au bout de ces ténèbres, une lumière pourtant est inévitable que nous définons déjà et dont nous avons seulement à lutter pour qu'elle soit.

Retenez ces mots d'Albert Camu comme un appel à la résistance collective, à ne pas subir, à ne pas baisser les bras, mais au contraire à entretenir cette lumière inévitable, celle de la France. et de l'Europe en écrivant notre propre récit. Et contrairement à ce que font nos adversaires, ce récit, nous allons l'écrire ensemble. C'est une œuvre collective dont chacun d'entre nous porte une part et auquel chacun d'entre nous est appelé à apporter son regard, ses valeurs, sa propre histoire. Alors, munissons-nous des armes de l'esprit, écrivons ce récit ensemble et imposons-le à ceux qui cherchent à écrire notre histoire à notre place.

C'est à tout cela que le ministère des affaires étrangères travaille depuis maintenant 4 ans. Il s'est mis en ordre de bataille. D'abord la veille, ensuite la riposte et maintenant les récits. Premier temps, la veille. Entre 2022 et 2024, nous avons développé des outils pour comprendre les récits de nos adversaires, pour traquer leur campagne. Nous nous sommes spécialisés dans la détection, l'analyse, le partage d'information et nous sommes aujourd'hui en mesure de surveiller l'évolution des récits de nos compétiteurs à travers le monde et de les relier directement à leur manœuvre diplomatique en cours. Pour cela, nous bénéficions de 400 capteurs à travers le monde.

nos ambassades, nos consulats, notre réseau, le trisème réseau diplomatique du monde, c'est une force de frappe exceptionnelle et grâce à lui, nous bénéficions d'une vision panoramique du champ informationnel. Deuxème temps, l'arryposte. En 2025, nous avons monté le son et nous avons haussé le ton en lançant des campagnes de défense de la démocratie contre ce que nous avions appelé l'algocratie, en ripostant pied à pied au missionnaire MAG qui attaquaiit l'Europe, en déconstruisant en direct les mensonges russes sur l'Ukraine, en retournant les accusations portées contre la France en Afrique et cette posture de R post a été largement remarquée et saluée à travers le monde.

French response a tiré dans le 1000 et fait bugger la matrice. Ce n'est pas un troll, c'est un outil géopolitique, un outil de recadrage en temps réel. On reposte, on dénonce la manipulation adverse, on recadre. L'objectif, c'est bien de redresser le champ des perceptions quand il a été défiguré volontairement en notre défaveur. Grâce à French Response, vous avez été 200000 à nous suivre sur Twitter en quelques mois. Merci pour cet enthousiasme et cette fierté que vous avez été nombreux à exprimer. N'allons pas nous arrêter en si bon chemin. Accrochez vos ceintures. Aujourd'hui, cette mai, [grognement] French Response arrive sur TikTok et ça va envoyer du lourd.

Et plus nous engageons dans la guerre informationnelle, plus nous rapprochons de la ligne de front, plus nous aurons besoin de vous. 3è temps, la construction de nos propres récits. La riposte fonctionne, nous l'avons prouvé. Elle fait reculer nos compétiteurs. Elle permet d'exposer les manœuvres adverses, de contenir leur propagation, d'ouvrir les yeux du grand public, mais lorsqu'on riposte, on reste dans la réaction. Nous voulons maintenant intervenir en amont, façonner nous-même l'environnement informationnel et non pas réagir aux lignes adverses. Lorsqu'une campagne est dénoncée, chacun le sait ici, les dégâts sont là, on ne peut que les constater.

Les récits sont implantés, les perceptions sont affectées et des décisions sont prises sur la base d'information contaminée. Aujourd'hui, nous voulons nous placer en amont, agir avant même que l'opération adverse ne soit lancée. imposer nos propres lignes. C'est le nouveau combat auquel je vous invite après la veille, après la riposte, la bataille des récits. Pour gagner la guerre informationnelle, agir les premiers et passer à l'offensive. Président de la République l'a dit, pour être libre, il faut être craint et pour être craint, il faut être puissant. Et tout cela vaut pour le champ des perceptions. Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères entend bien jouer un rôle moteur.

Autour du mouvement French response, une [grognement] véritable communauté s'est créée. Elle rassemble des esprits combatifs et désireux de défendre la France. Ce mouvement avec vous, nous voulons lui donner la possibilité de passer à l'action, de se structurer à nos côtés, de s'engager davantage de manière proactive et offensive. De mon côté, j'assume de transformer notre réseau diplomatique en force de frappe informationnelle et pour cela, j'ai voulu opérationnaliser la stratégie que je viens de vous décrire. Très concrètement, j'ai décidé de créer une équipe dédiée au sein du ministère à Paris et à l'étranger.

Une nouvelle sous-direction au sein de la direction de la communication et de la presse dotée de deux nouvelles fonctions. La production des récits, la diffusion et l'activation du réseau diplomatique. Et puis à travers le monde, j'ai demandé à nos postes de se réunir régulièrement pour fixer leurs priorités et leur stratégie narrative. En 2026, nous allons continuer à finer notre travail pour documenter les récits locaux et ajuster nos récits au contexte local. Nous allons avec le chercheur Paul Charon qui s'exprimera tout à l'heure procéder à un recueil des perceptions dans une vingtaine de pays. Un travail dont nous allons nous nourrir pour améliorer l'efficacité de notre action.

Et j'ai déjà donné à nos diplomates le mandat d'occuper davantage l'espace narratif. J'avais annoncé en janvier que nous allions désigner des zones de guerre informationnelles. Ces choses faites, elles sont au nombre de 30. Elles ont vocation à être révisé tous les 6 mois pour prendre en compte les évolutions du champ informationnel et les besoins de nos postes. Ces zones correspondent à des pays où les représentants de la France dans nos ambassades sont la cible d'attaque et de campagne de décrédibilisation qui entrave l'exercice de leur mission.

Concrètement, dans ces zones de guerre informationnelles, nos personnels disposeront de services d'insistance renforcé accessibl via un guichet unique. Nous leur donnerons tous les outils dont ils ont besoin pour se défendre en temps réel et sur le long terme dans la guerre informationnelle. Mais pour relever ce défi, nos diplomates auront besoin de vous, vos talents, votre agilité, vos compétences linguistiques et votre maîtrise des outils numériques. C'est pourquoi j'ai décidé de constituer aujourd'hui le premier contingent de la réserve diplomatique, un contingent numérique dédié à la guerre informationnelle. Et la constitution de ce contingent commence ici et maintenant.

Merci aux 440 candidats qui nous ont proposé leur service depuis juillet dernier. Merci aux 120 nouveaux candidats qui se sont inscrits au speed dating que nous vous proposons aujourd'hui en direct avec nos postes à l'étranger. À l'issue de cette journée, nous aurons sélectionné plusieurs dizaines de réservistes qui travailleront au profit de nos 30 zones prioritaires de guerre informationnelle et plusieurs dizaines d'autres qui appueront notre nouvelle équipe en centrale pour coordonner la montée en puissance de nos postes. Cette réserve qui vient prêter main forte au ministère, c'est la garantie que nous allons faire passer nos efforts narratifs à l'échelle.

Tout au long de cette journée, vous aurez un avant-goût de vos futures missions dans une série d'ateliers qui vous donneront les armes pour agir dans la bataille des récit. Cette journée, nous l'avons voulu hors les murs dans ce lieu d'expérimentation numérique et de travail collectif. Car c'est ainsi que je conçois le ministère de l'Europe et des affaires étrangères ouvert sur le monde au service des Français au milieu d'eux. Merci à tous les partenaires académiques qui ont accepté de venir partager leur expertise sur les récits.

Merci à nos partenaires du ministère des armées dont je salue l'initiative portée avec le CNRS et l'INRIA intitulé les ateliers de la lutte contre la manipulation de l'information. Que cette journée soit utile et féconde pour vous toutes et tous. Faites vivre la communauté French response. N'ayez pas peur d'entrer dans l'arène numérique. Ne cédez jamais rien, [grognement] ni à la licitude ni au vacarmbiant. Parce que la bataille des récits ne fait que commencer et elle se livre avec les armes de l'esprit, celle de l'imagination, du panache et du rêve. Alors, prenez la parole, occupez l'espace et faites du bruit pour que vive l'Europe et que vive la France.

[applaudissements] Merci monsieur le ministre. Merci d'avoir bien voulu ouvrir cette journée consacrée organisée par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères aux luttes contre les manipulations de l'information. Pour compléter cette ouverture, je vous demander maintenant d'accueillir trois intervenants extérieurs, trois chercheurs et experts qui ont dédié leurs travaux à ces enjeux qui aujourd'hui nous concernent tous. Pour commencer, je vais vous demander d'accueillir Paul Charon. Paul Charon, vous êtes chercheur français, vous êtes directeur du domaine influence et renseignement à l'IRSEM et spécialiste des stratégies informationnelles notamment chinoises.

Vous êtes docteur en étude politique à l'Ess et narratologue. Parmi vos derniers livres, on peut citer les opérations d'influence chinoise et les mondes du renseignement tout de sortis en 2024. Merci beaucoup monsieur Charon. Merci. Le 19 août 2013, lors de la conférence nationale sur l'idéologie et la propagande, Cim Ping déclare devant les cadres du parti que leur mission est désormais de bien raconter la Chine, raconter une histoire, raconter des histoires et désormais l'axe majeur de la propagande extérieure du pays. La Chine n'est pas la seule à adopter cette stratégie.

Le ministre l'a rappelé, les récits stratégiques se multiplient, il se concurrencent et l'espace informationnel mondial est aujourd'hui saturé de récit. Alors, la question qu'on peut poser, c'est pourquoi parler de récit alors que le terme de narratif est [grognement] quasi hégémonique aujourd'hui dans le débat public ? Et bien, il me semble tout simplement que le substantif narratif tente à gommer les nuances et les subtilités de ce qu'est un récit. Et je vais essayer de vous montrer pourquoi. [grognement] Commençons avec une définition. Je vais mobiliser ici les travaux de Gérard Jeenette, un narratologue français qui distingue histoire, récits et narration.

L'histoire, ce sont les faits, les événements tels qu'ils arrivent réellement, tel qu'il se ils s'enchaînent chronologiquement. [grognement] Le récit, c'est la mise en ordre et la mise en sens de ces événements. On va jouer sur la sélection de ces événements, l'ordre dans lesquels on les présente, le rythme, le point de vue avec lesquel on les présente. La narration enfin, c'est l'acte de production du récit. C'est donc le moment où on va mettre l'accent sur l'instance énonciative, qui parle, à qui, dans quelle situation, dans quel contexte.

Et ce qui est intéressant avec cette conception du récit de Gérard Genète, c'est que ça permet de comprendre comment fonctionne les opérations informationnelles et que ces opérations informationnelles peuvent cibler chacun de ces éléments. [grognement] Une opération informationnelle peut d'abord cibler l'histoire et donc là ça va être de la falsification documentaire. penser à l'opération infection lancée par les soviétiques par le KGB en 1983 pardon pour accuser les États-Unis d'avoir fabriqué le virus du sida. Cette opération commence par une fausse lettre anonyme fabriquée par le KGB d'un scientifique américain accusant le laboratoire de la base de Ford District d'avoir fabriqué ce virus.

Et cette lettre est publiée dans un média indien. Les opérations informationnelles peuvent aussi cibler le récit. Et alors là, il va s'agir d'une opération de cadrage. On va sélectionner les faits qui nous sont favorables ou défavorables à nos adversaires. Pensez à vous connaissez peut-être l'influenceur américain I Show Speed. Au printemps dernier, il a fait une tournée en Chine qui l'a conduit notamment à Shenjen. Là-bas, il a présenté les prouesses technologiques des ingénieurs chinois, les succès économiques, les buildings, les lumières, tout. Il était fasciné.

Et ce qui est intéressant avec ce cas, c'est que IOW Speed est sincère, il est authentique, mais il y a tout ce qui est hors du cadre, tout ce qui n'est pas montré par la caméra, les quartiers pauvres, le travail forcé, les minorités opprimées, euh les libertés réprimées par la police chinoise. C'est donc ça agir sur le récit. Et enfin, les opérations informationnelles peuvent aussi agir sur la narration. Et donc là, on va procéder à des usurpations d'identité énonciative. On va faire en quelque sorte ce que j'appelle de la ventrilokie. On va faire parler les autres à notre place.

Encore une fois, les Chinois utilisent les influenceurs étrangers pour leur faire dire du bien de la Chine, faire l'apologie du système chinois ou critiquer le système américain par exemple. On voit bien tout de suite que cette définition du récit est beaucoup plus fine. Elle offre une granularité beaucoup plus importante que le terme de narratif qui a tendance à amalgamer des discours, des récits, des arguments, des éléments de langage et donc on ne sait plus exactement à quoi on a affaire. Alors il y a une autre conception, un autre concept qu'il faut mobiliser pour bien comprendre ce que fait un récit.

Et c'est un autre concept que l'on doit encore à Gérard Genète qui est celui d'architexte. [grognement] Imaginez avec moi la couverture d'un roman. Une ruelle sombre du brouillard, un homme portant chapeau et manteau long. Vous pensez tout de suite à un roman d'espionnage. C'est ça l'architexte. L'architexte est une instance de médiation entre le producteur, en l'occurrence un auteur, et un récepteur, ici un lecteur. Ce sont donc un ensemble de conventions qui vont orienter l'interprétation du texte. [grognement] Et bien les récits stratégiques fonctionnent exactement de la même manière en orientant nos interprétations, en s'appuyant sur des architextes.

Pour mieux comprendre, on peut distinguer la notion d'architexte de celle d'intertexte ou d'intertexte d'intertextualité. Vous vous souvenez peut-être de cette notion vue au lycée dans vos cours de français. L'intertextualité, c'est quand un texte fait explicitement référence à un autre texte. Vous lisez un un roman, un autre texte qui parle de Robinson Crusoé, c'est de l'intertextualité. [grognement] À partir du moment où les références à Robinson Cruso sans pile se sédimentent et se cristallisent dans un genre particulier qu'on appelle la Robinsonade, l'histoire d'un homme ou d'une femme perdue sur une île déserte, ça devient un architexte.

Et là, le seul fait de lire une histoire qui parle d'un homme perdu sur une île déserte vous pousse à mobiliser ce schéma narratif de la Robinsonade. Vous n'avez plus besoin de mentionner Robinson Crusaué. Le récepteur fait lui-même le travail de mobilisation de ces informations. [grognement] Les récits stratégiques, encore une fois fonctionnent exactement comme ça. [grognement] Il y a un autre élément très important et que j'ai mis du temps à comprendre.

[grognement] Euh longtemps, je me suis demandé comment des récits chinois, il faut le dire honnêtement, particulièrement mal ficelé, inconséquent, euh [grognement] indigeent parfois même parvenait malgré tout à toucher une frange de nos opinions publiques. Et bien l'architexte permet de comprendre ça. On doit à Umberto Echo et à l'école de Constance le fait d'avoir montré que le récepteur, le lecteur, le spectateur n'est jamais passif mais contribue, participe à la coconstruction du récit. Donc un récit même lacunaire va être complété par le récepteur et en fait en réalité on n'adhère jamais plus à un récit qu'on a contribué à construire.

Donc quand les Chinois pendant la COVID-19, pendant la pandémie ont accusé les Américains d'avoir fabriqué le virus du SARSCOV 2 dans la même base de Ford Detrick que les soviétiques avaient accusé en 1983, ça a suffi pour réactiver les mêmes récits mobilisés depuis des décennies par des franches de l'opinion publique américaine et par activer cet architexte complotiste. [grognement] On peut donc comprendre les architextes comme des schémas narratifs profonds, fondamentaux qui orientent nos interprétations. La lutte du bien contre le mal, euh le complot contre l'innocent, le lanceur d'alerte contre l'État tout-puissant, la chute et la rédemption.

Prenez le récit, l'un des récits majeurs de la Chine aujourd'hui qui est celui de la Renaissance nationale. [grognement] C'est un récit qui s'inscrit directement dans cet architexte de la chute et de la rédemption. La Chine était la première puissance mondiale. Elle a été injustement attaquée par les puissances européennes. C'est le siècle d'humiliation jusqu'à la prise du pouvoir par le Parti communiste chinois qui a redressé le pays, qui a restauré la puissance chinoise. C'est la Renaissance nationale. [grognement] Ce discours est puissant et prend en Chine comme ailleurs parce qu'il mobilise cet architexte.

Alors, [grognement] ces développements conduisent à plusieurs conséquences opérationnel. D'abord, le fact checking ne suffit pas, il ne suffit plus. Le fact checking, c'est se concentrer uniquement sur la première partie de la triade de Genète, c'est-à-dire l'histoire. On ne contrôle que l'effet, on ne vérifie que l'effet. C'est arracher une feuille d'un arbre sans s'attaquer au tron et aux racines. La feuille repoussera. [grognement] Deuxème conséquence, il faut cartographier les architextes. Il faut être en mesure d'identifier les récits fondamentaux, les schémas narratifs que nos adversaires peuvent mobiliser contre nous.

Cela nous permettra de mieux comprendre les ressorts utilisés et de mieux structurer nos réponses. Troisièmement, il faut sortir des cadres narratifs imposés par nos adversaires. Il y a un linguiste américain, spécialiste de sciences cognitives également, George Leov, qui a longtemps expliqué au démocrates que tant qu'il continuerait à débattre sur la question de l'impôt dans le cadre défini par les Républicains, c'est-à-dire l'impôt, c'est du vol, il perdraient. Pour gagner, il leur fallait briser ce cadre là. par exemple en proposant que l'impôt augmenter les impôts, c'est investir dans l'entreprise États-Unis. Et qui ne voudrait pas devenir un actionnaire d'une telle entreprise ?

On change de cadre narratif, on raconte une autre histoire, on déplace le champ de bataille. Dernière conséquence, cette bataille des récits ne peut pas être menée uniquement par les institutions étatiques. Elle doit impliquer la mobilisation de la société civile, les chercheurs, les journalistes, les entreprises et cetera et bien évidemment en premier lieu, les producteurs d'industrie culturelle. Les produits culturels sont une arme dans cette bataille des récits que nous devons mobiliser. Merci. Merci monsieur Charon pour cette première intervention. Je vous demander maintenant d'accueillir madame Elena Volochine.

[applaudissements] Elena Volochine, vous êtes grande reporter, vidéaste, réalise réalisatrice pardon indépendante et spécialiste de la Russie et de la guerre d'Ukraine. Vous avez été correspondante à Moscou pour des médias français et francophones pendant 10 ans. Depuis votre retour en France, vous animez pour France 24, le magazine hebdomadaire vu de Russie. En 2025, vous avez reçu le prix Albert Londres pour votre livre propagande l'arme de guerre de Vladimir Poutine. Merci beaucoup madame. Merci.

[applaudissements] Monsieur le ministre, mesdames et messieurs, je remercie le ministère de l'Europe et des affaires étrangères pour l'occasion qui m'est offerte de m'exprimer devant vous sur le sujet qui me tient le plus à cœur, celui des récits et de la propagande. Et je me réjouis du fait que sur fond de prise de conscience du fait que nous subissons une guerre informationnelle est venu le temps de l'action. Je suis devenu journaliste par vocation, celle de transmettre le réel.

Cette vocation a été mise à mal à partir de 2014 lorsque après avoir couvert la révolution proeuropéenne de Maidane en Ukraine qui venait de se terminer, je suis allé filmer en Crimé des populations se rebellant tantôt contre des fascistes, tantôt contre des nazis ukrainiens selon les locuteurs qui allaient prétendument venir les massacrer. C'estes fascistes et ces nazis que leur faisait que faisait miroiter aux locaux la propagande russe. Nous les journalistes occidentaux et indépendants sur place. Nous ne les avons jamais vu venir. Au lieu de ça, nous avons vu une rébellion orchestrée mise en scène et propulsée en trois dimensions par la Russie.

Je documente très précisément dans mon livre les mécanismes et les moyens qui ont été à la manœuvre. Les locaux étaient exactement là où la Russie voulait qu'il soit, devant les caméras de télévision, en vitrine et en façade d'une invasion qui n'a jamais jusqu'à présent dit son nom. Il répétait à Noséam que seul Vladimir Poutine pourrait venir les sauver d'une guerre qu'il prétendait devoir prévenir eux à tout prix. Cette guerre, sans jamais le savoir jusqu'à présent, ils l'ont favorisé. Peut-être un jour sauront-ils la vérité, peut-être pas s'il n'y a pas de justice ni de méacoule pas de l'agresseur. Il y a des exemples récents avec la guerre de Yugoslavie.

Pour eux, leur propre histoire a déjà été réécrite. Pour nous en partie seulement. La guerre de 2014-2022 n'était pas une guerre de l'Ukraine contre des séparatistes prorusses. C'était déjà une guerre de [raclement de gorge] la Russie contre l'Ukraine. C'est un fait, je documente aussi dans mon livre comment cela s'est produit. Dans le Dombas ukrainien, dans les oblaces de Donetsk et de Lugansk, l'invasion russe commence en avril 2014. Pour ne pas céder la Dombase comme il a cédé la Crimée, le nouveau gouvernement ukrainien issu de la révolution de Maidane envoie des troupes armées.

Débute [grognement] alors une guerre d'artillerie que la propagande russe qualifiera de génocide des russophones du Donbas par ces fameux nazis. Sur place, les populations seront et sont toujours doublement victimes des bombes et du récit que leur impose la Russie. Ces bombes venues du côté ukrainien valident en fait à leurs yeux cette théorie du nazi génocidaire. Les Russes dès lors ne seraient pas là pour les envahir mais pour les libérer. Ce discours aura moins de prise en 2022 lorsque l'invasion russe sera frontale et massive. Bien que toujours, non assumé. Cette guerre dite opération militaire spéciale ne dit toujours pas son nom.

Elle ne s'inscrit toujours pas dans la conscience collective du Mondruche. Pour nous autres journalistes, documenter cette réalité parallèle était effrayante. Vous mentez, nous disait le locaux en Crimé dans le Donbas. Les fascistes et les propagandistes, c'est vous. Vous soutenez ces nazis qui nous massacrent. Les Russes ne sont pas là. La Russie n'a jamais attaqué personne. Elle ne fait que nous aider dans notre révolte et dans notre combat au nom de nos ancêtres qui ont sauvé l'Europe et le monde du nazisme. Ces populations avaient le monopole de la réalité légitime parce que c'était la leure.

Nous journalistes occidentaux, nous en étions réduits à nivel les faits, à les rétrograder en version. Selon l'Occident, les Russes seraient en train de se déployer dans votre péninsule, disions-nous au criméen. Qu'en pensez-vous ? On ne pouvait pas dire la vérité, on ne pouvait pas dire le réel. que les Russes se déployaient bel et bien, que nos yeux le voyaient, que nos oreilles l'entendaient, mais la propagande annule les faits. Il n'y a plus que des versions qui donnent lieu à toutes les opinions possibles. Rien n'est vrai, tout est possible. Comme l'a écrit le journaliste britanico-rainien Peter Pomersef. La propagande, il faut s'en souvenir, elle parle toujours au nom de la vérité.

Le journal soviétique s'appelait Pravda. Vérité. Le réseau de Donald Trump s'appelle Trous Chuchol. "La force est dans la vérité." clame le slogan de l'opération militaire spéciale. En réalité, dans la Russie de Vladimir Poutine, la vérité est du côté des forts. Mesdames et messieurs, la guerre d'Ukraine est bâtie sur un mythe digne, et je pèse mes mots, des dictatures du 20e siècle dont s'est inspiré George Orwell pour 1984. Ce mythe inverse les rôles, les mots et les concepts. La guerre, c'est la paix et les Russes qui sont contre la guerre. En Russie, aujourd'hui, ils sont nombreux. la totalité de la population, je dirais la quasi-ttalité.

Je n'ai jamais entendu un riche me dire qu'il voulait la guerre. Ces Russes soutiennent massivement et aussi paradoxal soit-il, bien qu'avec lassitude aujourd'hui, Vladimir Poutine. Cette propagande, elle me les elle me les foules, elle assure le statut quo des dictateurs, elle réécrit l'histoire. Mais que savons-nous réellement de la manière dont cette arme opère chez nous et contre nous ? écouter un extrait de ce que dit de nous la propagande russe à l'intérieur du 10 dit monde russe. La Russie va la régie va le diffuser. L'Europe d'aujourd'hui, c'est le nazisme. C'est un génocide. Beaucoup ont peur de prononcer ce mot génocide, mais c'est un génocide érigé au rang d'une religion.

Pour eux, c'est devenu la norme. J'ai le sentiment que les États-Unis ont tenté de leur faire entendre en douceur qu'un génocide, c'est ce qui va vous arriver dans vos pays. Alors, je n'ai vraiment pas mis longtemps à trouver cet extrait. Je les montre toutes les semaines dans mon émission Vue de Ruffy. C'est ce que raconte tous les jours la propagande ruche. Tous les jours à longueur de journée sur leurs médias et pas seulement sur les chaînes de télévision évidemment. Alors, pourquoi ce vénérable politologue de l'Académie des Sciences Militaires de Moscou parle-t-il de génocide en Europe ? Rappelez-vous le discours de Jay Vans Amunque en février 2025.

Il disait que la principale menace qui détruirait l'Europe ne viendrait pas de la Russie mais de nos propres valeurs et d'appeler un sursaut civilisationnel. Cela ne nous rappelle-t-il pas quelque chose ? La guerre des civilisations déjà prédite au 19e siècle par les penslavistes russes face aux révolutions démocratiques en Europe. Cette guerre que Poutine a érigé en lutte eschatologique d'un pays civilisation devant contrevenir à une prétendue décadence occidentale, nos valeurs sataniques menant ni plus ni moins qu'à l'extinction de la race humaine. Encore une fois, c'est ce qu'ils disent tous les jours.

Cette guerre que la Russie nous prédisait en fait depuis des années et au nom de laquelle elle a entamé dès 2018 son réarmement nucléaire, elle a fini effectivement par arriver sur notre sol. C'est un combat pour la survie de démocratie diabolisée et mise à mal par ses récits. La propagande russe, il faut s'en souvenir aussi, fonctionne en prophétie autoréalisatrice. Elle est difficile à combattre parce qu'elle est paralogique. Donc comment agir ? Avant tout, il faut travailler sur ces récits et il faut surtout pas laisser passer parce que ça ne passera pas. Les f les fake news, vous fact checker, vous savez parfaitement les débunker.

C'est un travail scientifique alors qu'une ligne narrative est beaucoup plus difficile à combattre. Par exemple, lorsque Donald Trump dit que si la Russie ou la Chine venait à attaquer le Greenland, le Danemark ne pourrait pas le défendre. Et bien c'est vrai, l'annexion du Greenland par les États-Unis, elle est pas valable pour autant dans le monde réel. Pour le moment, on est tous d'accord là-dessus. Demain, on le saura peut-être moins parce que ça travaille, ça travaille, ça travaille. Lorsque la Russie dit qu'il y a des néonazies en Ukraine, c'est vrai aussi, mais il n'y a pour autant pas eu de coups d'étathanie en Ukraine en 2014.

Lorsque la Russie dit encore que si la France cessait d'armer l'Ukraine, elle éviterait de la provoquer. Bah c'est vrai aussi. Lorsqu'elle dit qu'Emmanuel Macron est un vat en guerre, ce n'est pas vrai pour autant. Le faiseur de guerre, c'est Vladimir Poutine. Donc la question, encore une fois, c'est que fait-on avec ça ? Travailler sur les récits implique de guetter l'inversion des rôles, les ruptures logiques entre les prémisses et les conclusions. Lorsque la propagande russe, autre exemple dit que les opinions publiques en Europe ne veulent pas de dirigeant v en guerre, et bien c'est en train d'advenir prophétie autoréalisatrice. Il faut la guetter. Comment la comment la combattre ?

On n' pas fini d'en discuter. Donc faire ? Il faut glisser contre le glissement des mots et des concepts, ne pas nous laisser spolier les valeurs fondamentales que sont le pluralisme et la liberté d'expression. Lorsqu'au nom de ces valeurs de liberté d'expression et bien la démocratie est attaquée. Il ne faut pas oublier que dans la doctrine militaire russe l'élément fondamental est le potentiel de mobilisation des populations. Si vous gagnez la guerre informationnelle, alors vous pouvez bombarder. M'a dit en 2014 le célèbre propagandiste russe Dimitri Kisselov.

Donc pour moi qui a vécu la décennie du grand basculement de 2012 à 2022 en Russie, ça a été la décennie de l'avènement des réalités parallèles. Le sentiment de déjà vu est effectivement très très fort. Le fascisme a relevé la tête en Europe. C'est ce que martellent les propagandistes russes et c'est ce qu'il martelaiit sur les chaînes de télévision russes en 2014 en parlant de la révolution ukrainienne. Il faut savoir que exilé à Berlin en 1933, l'idéologue favori de Vladimir Poutine, Ivan Ilin, chantait quant à lui des odes à Mussolini et à Hitler. Il écrivait des penflet plein d'espoir sur l'avènement d'un fascisme russe.

Et entre 1948 et 1954, il a fourni à Vladimir Poutine dans ses article un programme très détaillé pour ce que devrait devenir la Russie post-communiste. Un pays dont Leutsar saurait élevé chez son peuple la pensée monarchique inspirée du nouvel esprit du national socialisme. Un monarque qui ne redouterait ni la violence préventive ni les mandats qui saurait forger chez ces sujets une libre loyauté. Fort de ces enseignements, la société russe aujourd'hui s'est mise à réguler par le bas et par le peuple son propre fond répressif. La délation est devenue institutionnalisée, encouragée. Les délateurs sont promus.

prédisant les guerres de Caucase et d'Ukraine, Yvan Helline prévoyait aussi que le monarque post-communiste devrait mener un combat civilisationnel pour prévenir le démembrement d'une sainte Russie orthodoxe par une arrière coulisse mondiale satanique. Vous avez entendu un extrait dans ce discours. Encore une fois, ils sont quotidiens parce qu'on entend pas aujourd'hui autre chose à travers ces discours natalistes évangélisateurs qui diabolisent les homosexuels, les femmes, les politiques d'inclusivité, les droits inscrits dans la déclaration universelle des droits de l'homme adoptés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour que plus jamais l'histoire ne se répète.

Ces récits puisent leur racine dans cette idéologie que la Russie prétend aujourd'hui combattre en Ukraine. Olivier Manoni, le traducteur de Mcamp fait des textes du 3e RCH avec qui nous en avons longuement discuté, a écrit que le fascisme commençait par l'inversion des mots, des sens et des concepts. Notre démocratie est fragile et inversion ultime, je répéterai les mots de ces mêmes dictateurs qui font toujours ce dont ils accusent les autres. Les ennemis de la démocratie sont extérieurs et intérieurs. Le bien et le mal s'inverse. Mais le bien et le mal existent. Les faits existent aussi. Ils sont insolents et ils sont obstinés.

Alors, en plus de contrer les fausses informations, il faut être achevé des mots et des sens parce que les mots ont un sens. La propagande s'est mise dans nos failles. La réalité n'est pas négociable et ce combat sera long et difficile. Je vous remercie. Merci Elena pour cette plongée au cœur de du front russe de la bataille des récit. Pour terminer ces interventions, je vous prie d'accueillir monsieur Arnaud Miranda. Arnaud, vous êtes docteur en théorie politique associé au SVPOV de Science P. Vous êtes chercheur postdoctorant attaché au programme Tech de l'INALCO.

Vous êtes spécialiste de l'histoire des idées politiques contemporaines et concentrer recherches actuelles sur la circulation numérique et transnational pardon des idées réactionnaires. Arnaud, je vous laisse la parole. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Je suis ravi de de m'exprimer devant vous aujourd'hui. Alors ce que je vais essayer de de faire dans ce dans le temps qui m'est imparti, c'est vous résumer essayer de faire la synthèse d'un travail de recherche que j'ai mené pendant les dernières années que j'ai publié. J'ai publié la synthèse disons dans un ouvrage que qui a été qui a été qui est paru en début d'année.

Donc dans ce travail, j'ai essayé de de partir de de l'hypothèse ou en tout cas d'essayer de me pencher sur la dimension idéologique du trumpisme en essayant de prendre à rebour l'idée reçue selon laquelle le trumpisme ne serait pas une idéologie ou en tout cas que Trump ne serait qu'un un dirigeant aux décisions ératiques. Et donc, j'ai essayé de euh faire la généalogie de l'idéologie euh derrière de la vision du monde trumpiste.

[grognement] Alors, évidemment, ça ne signifie pas tout ce que je vais vous dire ensuite que Trump est un intellectuel ou un lecteur, mais plutôt euh l'image que je vous propose d'adopter pour essayer de comprendre euh ce que je vais essayer de vous décrire, c'est que Trump est plutôt une sorte de vaisseau idéologique. Un des idéologues dont je vais vous parler tout à l'heure parle plutôt d'une d'une énergie monarchique.

C'est un buldoire qui propose à différents courants idéologiques de monter à bord et donc on a affaire plutôt à quelque chose comme une coalition, un alliage étrange, impur, hétérogène de courants réactionnaires très différents avec des visions du monde qui sont qui se superposent mais qui ne se qui ne se qui ne coïncident pas tout à fait et qui forment comme je le disais un alliage instable.

Si on essaie de faire d'un point de vue d'histoire des idées politiques qui est ma discipline une forme de généalogie idéologique du trumpisme, on remarque que le trumpisme né à un moment précis de l'histoire des droites américaines qui est le moment de la fin des années 2000 apparaissent en réaction à ce qui est considéré comme un échec du néoconservatisme proéminent pendant les années bouches. Trois courants réactionnaires qui entendent radicaliser la position du parti républicain.

Ces trois pôs idéologiques qui sont nouveaux ou qui en tout cas reprennent et disons réinventent certaines doctrines de droite, ce sont l'Alttright, la droite alternative, les postlibéraux qui sont des chrétiens conservateurs et la néoréaction. Je vais essayer de vous présenter chacun de ces courants et de vous décrire de manière minimale leur vision politique. L'altraite, donc la droite alternative, c'est une c'est la dimension la plus populiste de cet alliage trumpiste que que je décrivais.

Elle a une origine qui est intéressante pour ce qui nous occupe aujourd'hui puisqu'elle est née principalement enfin uniquement sur internet à travers des blogs et notamment des blogs suprémacistes notamment sur le blog qui porte le nom The Alternative Wright, donc la droite alternative de Richard Spencer qui est un non seulement un suprémaciste mais même on peut le qualifier assez nettement de néonais. Et cette sur ces sur ces blocs s'est élaboré une doctrine néonationaliste qui ensuite a été réappropriée par Banon qui était, vous le savez, le le conseiller de Trump pour sa campagne.

Le fond du le corps de la doctrine des de la droite alternative, c'est une doctrine qu'on pourrait qualifier de en tout cas, on utilise ce terme en sciences politique de national populiste. C'est pas forcément un terme péjoratif, c'est vraiment l'idée de décrire un récit ou en tout cas une vision du monde, une rhtorique fondée sur l'opposition entre un peuple sain et une élite corrompue, en particulier l'élite démocratique. Et donc ce peuple sain serait menacé par la trahison de cette élite démocratique mais aussi par un peuple non sain qui serait un peuple étranger qui menacerait ce peuple sain.

Et donc pour courtcircuiter en quelque sorte cette ce piège dans lequel se trouve ce peuple sain qui est évidemment dans le cas de la droite alternative l'Amérique blanche et chrétienne. Il faut faire émerger un leader qui se fait le porte-parole du peuple saint. Donc ça c'est ce premier pôle idéologique, il était majeur dans la première campagne de 2016 et il avait vocation ce récit à convaincre une majorité de personnes puisqu'il s'agissait de mettre en place une machine électorale pour faire élireir Trump.

Donc, il y a eu une stratégie de diffusion massive de ce récit, mais euh euh ce cette pôle idéologique, notamment la figure de Banon, n'a pas réussi à imposer une ligne euh d'orientation politique très claire au premier mandat de Trump. C'est pourquoi ont été ensuite réappropriés notamment lors du 2e mandat de Trump autres courants idéologiques qui sont né au même moment à la fin des années 2000, au début des années 2010 et qui occupent des stratégies assez différentes et qui à mon avis méritent d'être étudié.

Donc [grognement] je vous citer les postes libéraux sur lesquels je vais pas trop m'attarder puisque ce sont principalement des conservateurs assez installés donc principalement des universitaires, des journalistes reconnus. Donc chez les universitaires, on on peut citer Julian Vermul qui est professeur de droit à Harvard ou Patrick Deine qui est qui était déjà très installé dans le milieu conservateur.

Et ces postbéraux proposent un récit de changement de régime, de réinterprétation de la Constitution américaine pour effacer tout ce que le libéralisme aurait corrompu dans l'esprit de la constitution américaine et donc en l'occurrence faire primer l'idée d'une communauté religieuse et nationale sur les droits individuels. Et ce qui a beaucoup polarisé ce récit notamment à partir du début des années 2010, c'est l'opposition au droit à l'avortement qui est vu comme un symptôme de la défaite de la Constitution américaine face au progressisme et au libéralisme.

Et le dernier courant qui me semble sous-estimé ou en tout cas qui a été longtemps sous-estimé parce qu'il a une stratégie très différente euh du premier courant qui était populiste et qui avait vocation à convaincre les masses, c'est la néoréaction qui a à mon avis un point qui qui soulève un point intéressant, c'est qu'il permet il coïcide avec la jonction particulière des géants de la tech, en tout cas de la droite tech et des conservateurs américains. Donc cette idéologie néoréactionnaire, elle a la particularité d'allier des éléments antidémocratiques avec des éléments technooptimiste et libertari. Simplement pour vous donner cinq caractéristiques de cette idéologie néoréactionnaire.

ce les idéologues néoactionnaires donc qui sont euh qui ont qui ont élaboré leur doctrine sur internet principalement mais sans avoir la vocation de convaincre les masses euh d'abord de de constituer un réseau extrêmement dense, se sont fondés une doctrine minimale qu'ils ont établi explicitement. L'idée était de défendre l'idée le le la thèse selon laquelle il existait des hiérarchies naturelles qu'ils expliquent principalement par le cuit et que ces hiérarchies naturelles devaient être répétées dans l'ordre social. Donc les plus forts cuits doivent être à la tête de l'État.

Une forme de pessimisme anthropologique, c'est-à-dire l'idée que le conflit est inexpiable des relations humaines et donc il faut un état avec une souveraineté absolue pour euh limiter ce conflit. l'idée que la démocratie n'est pas seulement corrompue comme on l'avait chez les populistes de l'altrait, mais qu'elle est inefficace structurellement et donc il faut remplacer le modèle démocratique par un modèle inspiré de l'entreprise.

Et deux autres élément qui semblent qui me semblent important, c'est une origine donc une inspiration libertarienne, c'està-dire l'idée qu'il faut créer une for enfin réduire la voilure de l'État, donc détruire l'État administratif, détruire l'État social pour ne garder que des fonctions régaliennes qui elles auront une une souveraineté absolue. Et enfin, un technooptimisme, c'est-à-dire l'idée que cette transformation de régime, cette sortie de la démocratie doit aussi permettre la dérégulation de l'innovation technologique et du capitalisme pour nous faire entrer dans une ère nouvelle et notamment post-humaine.

Ce qui m'a vraiment intéressé, c'est donc c'est sur cette sur cette partie de la constellation trumpiste que j'ai travaillé, c'est la stratégie numérique qu'ils ont explicitement théorisé dès la fin des années 2000. Donc en notamment euh à travers le les publications d'un auteur dont on a beaucoup parlé en France, peut-être même un peu trop, mais Kurty Servin euh qui euh en 2008, donc au moment du reflux du néocconservatisme et de l'élection de Barack Obama, élabore cette stratégie de conquête du pouvoir et de conquête idéologique.

Il théorise la manière dont il faut utiliser de la culture numérique et d'un style adapté en utilisant des mêmes et des références de la culture populaire pour désarmer ce qu'il appelle le système immunitaire de la démocratie, c'est-à-dire empêcher les démocrates de construire des réponses argumentées à ces thèses qui seront nécessairement prises comme étant des propositions loufoqu et donc inintéressantes.

Et donc il y a une stratégie qu'on pourra qualifier de à la suite de Marc Angelaot qui est un universitaire qui a travaillé sur sur la fin du 19e notamment une stratégie penfletaire, c'est-à-dire de développer une vision du monde qu'on ne propose pas à l'espace public, qu'on ne propose pas à l'argumentation, on ne rentre pas dans l'argent démocratique, on se place à la lisière pour proposer un contre-récit et qui n'est fait que de réécriture. Et ça, dans le style des néoréactionnaires, on le retrouve partout, c'est-à-dire une stratégie de de de renomination de toutes les catégories qui font le le le la sémantique démocratique.

Notamment un exemple, ils vont il Curty Servin par exemple va renommer les universités et les médias comme cathédrale, c'est-à-dire une forme de complexe acadé académico-médiatique qui tiendrait la démocratie. Et autre chose sur cette stratégie numérique, il théorise au passage une stratégie qui s'oppose au populisme de l'Altride dont on a beaucoup parlé parce qu'il était majoritaire au moment de la première campagne.

en opposition explicite avec l'activisme, l'idée de diffuser de manière massive les idées qui caractérisaient Altright, les néoréactionnaires proposent une stratégie passiviste, c'est-à-dire constituer un réseau extrêmement dense de gens intelligents à leurs yeux et qui vont élaborer une doctrine convaincante, un une feuille de route. Et ensuite, il s'agit de euh désarmer dans l'espace numérique la portée de ces idées, mais par derrière essayer de convaincre des élites politiques et économiques du bien fondé de ce plan. pour lorsque ces ces élites seront au pouvoir euh changer la donne et donc renverser le régime démocratique.

Je voudrais terminer en en en tirant deux conséquences de de ce travail de recherche. Tout d'abord, j'ai été confronté à à des limites complètement pratiques dans l'étude de ces idées politiques. Tout d'abord, parce que ce sont des idées nouvelles. Je pense que on a affaire à une nouvelle forme d'idéologie apparaissant avec l'air numérique et notamment une une une construction décentralisée des idéologies. On n' plus affaire à une densité euh de l'idéologie dans des livres. On a affaire à une construction complètement décentralisée et notamment à l'époque de la fin des années 2000 sur des blogs mais aujourd'hui sur des plateformes euh sur des réseaux sociaux.

Donc il faut développer des outils pour pouvoir analyser cette circulation des idées politiques. Il faut à la fois mener ce que j'ai ce que j'ai essayé de faire, c'est-à-dire un travail d'ethnographie numérique, mais il faut aussi essayer de développer et de c'est déjà un petit peu le cas dans la recherche, mais encore plus des méthodes computationnelles pour gérer des très grandes bases de données pour essayer de voir comment ces idées circulent.

Et enfin pour essayer de de rattraper le le la thématique générale de la journée, je pense avec cette expérience de de recherche qu'il est important non seulement de construire des contre-récis en effet, mais aussi d'exploiter les failles des récits en particulier du récit trumpiste. Je vous ai décrit cet alliage impur de de la sphère maga, c'est-à-dire cette cette triade, ce que Marlè Laruelle appelle les trois corps de Trump, l'Alfde populiste, le la la néoréaction, c'està-dire la branche techque et les postlibéraux chrétiens. C Paul adhèrent à cette à cette dynamique trumpiste, à ce à ce bulldoire trumpiste, mais il ne s'entendent pas du point de vue idéologique.

Il y a des contradictions irrémédiables entre les transhumanistes de la Silicone Vallée et les catholiques postlibéraux. Il y a des des des incompatibilités évidentes entre le populisme de l'Altri et l'élitisme des néolibéraux et de la néoréaction. Il y a des incompatibilités évidentes. Donc je pense que non seulement il faut construire des contrer récits à leur récit, mais aussi exploiter ces failles qui sont à mon avis extrêmement présentes. Je vous remercie. [applaudissements] Merci Arnaud. Merci à tous.

Maintenant, je vais vous demander donc de libérer cette salle et de pardon de profiter librement des différents ateliers qui sont en cours jusqu'à midi aujourd'hui à cet étage là et à l'étage du dessous. Vous pourrez vous référer aux différents bénévoles qui portent ce badge pour pouvoir vous indiquer le lieu des différents ateliers. Merci à tous et bonne fin de matinée.