#RP31 - COMMENT ÉCHOUER À DISCRÉDITER UN MOUVEMENT EN 8 SEMAINES
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue pour ce rapport politique de la semaine et très belle année à vous. Alors, dans ce rapport politique, je voulais vous parler de trois points. Le premier c’est que, vous l’avez vu, il y a eu une manifestation massive des Gilets Jaunes encore samedi dernier qui ont continué d’ailleurs pendant les fêtes de fin d’année, ce à quoi le gouvernement ne s’attendait absolument pas, et la réponse face à cette mobilisation encore très très forte du mouvement des Gilets Jaunes, du gouvernement, ça a été une réponse policière, une réponse de répression, et une attaque inouïe contre le droit de manifester avec quand même je le signale pour Edouard Philippe, un amalgame entre des hooligans, avec une comparaison entre des hooligans et donc des gens qui vont voir des matchs de foot et le droit constitutionnel de manifester ce qui est quand même pas du tout la même chose et un fichage des manifestants qui ne seraient pas autorisés à exercer leur droit constitutionnel donc c’est une attaque très grave contre les droits démocratiques et les droits fondamentaux des citoyens français.
Et donc cette réponse policière elle s’est accompagnée d’une irresponsabilité extrêmement forte du gouvernement qui jette de l’huile sur le feu partout. Donc on a entendu Emmanuel Macron qui, lors de ses vœux, a parlé de "foule haineuse" donc pour apaiser le débat et pouvoir dialoguer on est quand même extrêmement loin Benjamin Griveaux a fait quelque chose d’extrêmement grave en qualifiant d’ "esprit munichois" absolument toutes les oppositions politiques donc ça veut dire que la République en Marche considère que toute l’opposition politique à son projet politique qui est absolument injuste, est hors du champ républicain, donc c’est extrêmement grave ce qu’a dit Benjamin Griveaux Julien Denormandie a qualifié Jean-Luc Mélenchon de « trahir la République », alors Julien Denormandie, on rappelle quand même, parce qu’il faut avoir un peu de mémoire en politique, que c’était l’homme qui croyait qu’il n’y avait que cinquante personnes à la rue en Île-de-France, donc on comprend qu’il a du mal à compter les Gilets Jaunes et à comprendre qu’il y a une pression politique extrêmement forte du côté des citoyens qui sont très nombreux à soutenir ce mouvement pour la dignité de toutes et tous, et Marlène Schiappa qui – on se demande où ils vont s’arrêter – décide de fermer une cagnotte qui est pourtant légale, alors qu’on ne l’avait jamais entendue par exemple sur la cagnotte qu’avait faite Génération Identitaire, Génération Identitaire donc qui est ce groupuscule d’extrême-droite qui avait fait joujou à la chasse aux migrants dans les montagnes et ce sur lequel le gouvernement n’avait jamais rien trouvé à dire. Donc on est vraiment sur un gouvernement qui joue l’escalade de violence, qui met en danger à la fois les policiers et les manifestants et qui joue un jeu très grave et très dangereux face au mouvement des Gilets Jaunes pour ne pas avoir à répondre politiquement, donc ils ont donné leurs petites miettes mais ils refusent de répondre sur les revendications politiques du mouvement des Gilets Jaunes et donc, pendant ce temps-là, on ne parle ni de la hausse du SMIC que demandent les Gilets Jaunes, ni du rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, ni du référendum d’initiative citoyenne, ni du référendum révocatoire, ni des revendications démocratiques etc, etc.
Et pendant ce temps-là, leurs amis les riches continuent à bien se gaver puisqu'on a appris en cette fin d’année que les actionnaires du CAC 40, les plus grandes entreprises, avaient eu des dividendes record cette année encore, pour se gaver encore et toujours plus, puisque les riches, si on ne leur met pas des règles, n’en ont jamais assez, et sont prêts à aller très loin contre le partage des richesses. Donc ça c’était le premier point, alors le deuxième point, la seule solution politique qu’ils ont trouvée pour sortir de l’impasse politique dans laquelle ils ont mis le pays, c’est ce grand débat national. Alors, ce grand débat national, il faut déjà dire au gouvernement un truc très simple, c’est que lorsqu’on insulte les gens c’est déjà une très mauvaise base pour commencer un dialogue, mais bon ça ils devraient l’avoir appris après 18 mois mais apparemment ce n’est pas le cas, donc ça c’est la première des choses, la deuxième, c’est quand même que ce débat ils ont commencé par dire : « on va parler fiscalité mais on ne changera rien à notre politique » c’est ce qu’a dit Emmanuel Macron lors de ses vœux, donc vous n’avez pas le droit de parler de l’impôt sur la fortune, qui est pourtant majoritairement soutenu par les Français, le fait de le rétablir puisque 80% des Français et des Françaises sont favorables au rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, vous ne pouvez pas parler de la flat tax, vous ne pouvez pas parler des cadeaux aux riches, donc concrètement, vous pouvez dire tout ce que vous voulez, vous pouvez écrire tout ce que vous voulez, mais on en tiendra pas compte.
Mais ça c’est quand même un grand problème, puisque du coup, ce débat ne servira à rien, à part à démobiliser les Gilets Jaunes. Les gens qui vont aller écrire sur les cahiers risquent d’être extrêmement déçus, lorsqu'à la fin de ce grand débat, il n’en ressortira absolument rien, et d’ailleurs je pense que En Marche qui avait fait une grande campagne de porte-à-porte d’après eux pour aller voir les gens, pour établir leur programme, pour continuer sur les Européennes etc, devrait savoir lorsqu’ils vont parler avec les gens, si ils arrêtent d’aller parler seulement à leurs amis très riches, ils devraient savoir que les gens ne demandent pas à ce que on leur enlève de la retraite, à ce qu’on leur enlève des services publics, à ce qu’on donne des cadeaux aux plus riches, je crois que si on fait du porte-à-porte, c’est pas ça que les gens demandent, et d’ailleurs on le voit avec le mouvement des Gilets Jaunes, ce n’est certainement pas ça que l’on demande. Donc la seule réponse politique qu’ils apportent est encore une fois un enfumage qui va décevoir et agrandir la colère.
Et puis le troisième point c’est quand même que pour faire arrêter ce mouvement, ils ont commencé à sortir quand même pas mal des procédés classiques pour décrédibiliser un mouvement citoyen. Alors, au début, vers le 17 novembre, lorsque ça a commencé, ils parlaient du fait que les Gilets Jaunes étaient des casseurs, des violents, puis ça a été des homophobes, puis des anti-immigration, puis des fachos, alors là en décembre ils ont sorti une nouvelle ficelle alors à chaque fois elles sont assez grosses pour qu’on les voie bien, finalement les Gilets Jaunes « mettent des gens au chômage », on ne savait pas, c’est des gens qui luttent pour une vie digne et pour que ils puissent vivre de leur salaire mais ils ont mis tant de personnes au chômage partiel et bien sûr, c’est la faute du mouvement citoyen et pas du gouvernement qui ne répond pas à leurs attentes, mais bon ça passons sur cette question. Et là ils ont trouvé une nouvelle chose, donc on ne parle que des violences, on ne parle pas de l’expérience pacifique de centaines de milliers de gens qui sont en train de discuter, d’imaginer une vie meilleure pour toutes et tous, mais on ne parle que des violences, et là la nouvelle trouvaille, c’est bien sûr de dire que tous les Gilets Jaunes seraient du FN puisque le FN est devenu d’après les « sondages » le premier parti d’opposition, et que il y aurait des convergences dans le mouvement des Gilets Jaunes avec la France Insoumise, entre le FN et la France Insoumise.
Alors-là, on s’arrête un petit peu, parce qu’il faut un peu respirer lorsqu’on dit une connerie comme ça, et ensuite on se rend compte que si on voulait trouver des convergences avec le FN peut-être qu’on pourrait en trouver avec les Républicains puisque Thierry Mariani vient de rejoindre le Front National, donc je pense que c’est une convergence très claire cette fois-ci, et puis ils pourraient en trouver très facilement avec la République en Marche, la République en Marche qui est contre la hausse du SMIC, ah bah le FN aussi, ils ont tous les deux voté contre, ils ont tous les deux voté pour l’enfermement des enfants pendant 90 jours dans les centres de rétention, ah bah ils sont d’accord là-dessus, il y a une convergence forte. Ensuite, ils ont voté aussi contre le fait de faire une Constituante pour que nous réécrivions tous ensemble notre Constitution, ensuite la République en Marche et le FN ont aussi voté contre le référendum révocatoire qui permet de révoquer un élu lorsque celui-ci ne tient pas ses promesses. Donc on peut trouver des convergences extrêmement fortes, et puis je crois que ce n’est pas la France Insoumise qui a applaudi à quatre mains l’Autriche et la Hongrie qui sont les alliés de Marine Le Pen, lorsqu’ils font des lois esclavagistes qui mettent la journée de travail à 12 heures, qui permettent d’avoir jusqu’à 400 heures supplémentaires en plus par an, et qui en plus ne sont payables que dans les trois ans.
Donc je pense que il n’y a aucune convergence avec le FN, nous n’avons jamais rien eu à voir avec Marine Le Pen, et nous n’aurons jamais rien à voir avec Marine Le Pen, mais nous soutenons ce mouvement contrairement au Front National. Et donc demain nous avons l’acte 9 des Gilets Jaunes, où je pense que nous serons extrêmement nombreux, et il faut être extrêmement nombreux parce que c’est de cette manière que nous arriverons à continuer à avoir un rapport de force pacifique avec le Gouvernement, qui en face de la légitimité des Gilets Jaunes, n’a plus qu’une solution, le retour aux urnes.
Mathilde Panot