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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 6 mars 2024 10 min

Paris 2024 : Aurélien Pradié est l’invité du 6 mars 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4 V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bienvenue dans Les 4 V, Aurélien Pradié. Alors ça y est, on le sait, 326 000 personnes pourront assister à la cérémonie d'ouverture des JO. C'est ce qu'a annoncé hier Gérald Darmanin. On est bien loin des 600 000 personnes évoquées dans un premier temps. Qu'est-ce que vous en pensez ?

0:25
Aurélien Pradié

Moi, je suis très fier que mon pays accueille les Jeux Olympiques. C'est un moment très, très important. Mais je dis attention, attention à ne pas gâcher la fête. La promesse des JO, et particulièrement en France, c'était une promesse populaire. Et nous voyons bien qu'au fur et à mesure du temps, nous sommes en train de passer dans une forme d'entre-soi, finalement pour assister à cette grande cérémonie d'ouverture, qui est un moment très important. On nous explique qu'il va falloir être coopté. Tout cela, ce ne sont pas les détails. La fête populaire doit rester populaire.

0:53
Présentateur

220 000 personnes, effectivement, pourront assister gratuitement à la cérémonie d'ouverture, mais elles devront être invitées par l'État, par des collectivités locales. Le général Darmanin dit que ce n'est plus juste de faire comme ça.

1:03
Aurélien Pradié

Mais c'est une cooptation. Moi, je n'aime pas l'entre-soi. Au fond, ces JO sont en train de ressembler de plus en plus à un entre-soi. Et nous le voyons, y compris pour ceux qui pourront participer à cette cérémonie d'ouverture. Non, la vérité, c'est que depuis le début, il y a des zones d'ombre dans cette organisation des JO, et je le dis très clairement. Et lesquelles ? Elles sont financières, d'abord. Nous le voyons au fur et à mesure du temps. Nous découvrons à peu près tous les jours quelques millions d'euros, ici ou là, qui sont consacrés à des missions que l'on n'avait pas anticipées. Les zones d'ombre, elles sont sécuritaires aussi.

J'ai fait partie de ceux qui, dès le début, ont dit que nous devons avoir toute la vérité sur l'état sécuritaire de notre pays. Vous demandez une commission d'enquête sur les JO ? Je pense que nous devrions avoir une commission d'enquête. Et je l'ai dit d'ailleurs, y compris à mes amis politiques, je suis un partisan des JO. Mais la tâche est trop rude, l'impréparation paraît si grande, que nous devons aujourd'hui enquêter sur les conditions financières et sécuritaires. Je ne le dis pas pour être un pisse-froid, comme l'expression pourrait pousser à le dire aussi brutalement, mais je le dis simplement parce que l'affaire est trop grave.

Et il ne faut pas gâcher la fête, il ne faut pas gâcher cette fête des JO.

2:05
Présentateur

Alors une polémique touche notamment l'affiche officielle des JO sur laquelle la croix qui figure sur le dôme des Invalides a été remplacée par une flèche. Est-ce que vous, ça vous choque ? L'auteur de cette affiche dit que c'est un parti pris, c'est une illustration, ça ne représente pas forcément la réalité.

2:20
Aurélien Pradié

Pardon, mais qui sont ces fous ? Qui sont ces fous qui considèrent que le dôme des Invalides, que la croix sur le dôme des Invalides est un élément irritant ? C'est notre histoire. Lui, il nie toute intention politique ou religieuse. Mais alors pourquoi l'avoir retirée ? Pourquoi est-ce que la patrouille de France, sur cette image, ne traîne pas les couleurs du pays, le tricolore ? Vous avez vu, il a fallu même effacer le tricolore. Pour vous, c'est bon lotère ? De la traîner. Enfin, écoutez, ça fait beaucoup de détails tout de même. Au fond, ce qui me choque, c'est que nous avons oublié... Vous n'êtes pas un peu parano, là ? Non, je ne suis pas parano.

Cumulez tous les détails, il n'y a pas une trace du tricolore. Et pour ce qui est de la croix sur le dôme des Invalides, si nous ne sommes pas capables dans ce pays de comprendre que ce n'est pas un élément religieux, c'est un élément de notre histoire, de notre patrimoine. Ce qui a fait la force universelle de la France, ce n'est pas d'effacer sa singularité, c'est d'affirmer notre histoire. Il y a au fond, là, une image qui ne ressemble pas à notre pays. Et je trouve ça absolument terrible que l'on pense que la force de la France, ce serait d'être un terrain vague, une page blanche. Ce qui a toujours fait rêver la France dans le monde, c'est notre histoire.

La croix sur le dôme des Invalides, ce n'est pas un symbole religieux. C'est un symbole de notre grande histoire. Assumons enfin ce qu'est la France, le jour où nous cesserons d'avoir honte de notre pays. Alors peut-être que notre pays rayonnera à nouveau, y compris dans le monde.

3:36
Présentateur

Aurélien Pradi, Bruno Le Maire, aujourd'hui, avec son ministre aux Comptes publics, va présenter le plan d'économie qui a été décidé par l'État. 10 milliards d'euros pour cette année. Il le présente aussi, il y a quelques instants, chez nos confrères du journal Le Monde. Donc c'est bien 10 milliards. Ce ne sera probablement qu'une première étape, dit-il. Dans le viseur, ensuite, les dépenses sociales, les collectivités locales également. C'est nécessaire. Vous soutenez ce plan d'économie ?

3:59
Aurélien Pradié

Bien sûr. Mais où était Bruno Le Maire depuis quelques années ? Pardonnez-moi, mais j'ai l'impression que Bruno Le Maire devient subitement ministre des Finances. C'est lui qui a amené à cette conséquence-là. Notre pays s'est habitué à une forme d'irresponsabilité budgétaire. La dette explose, les dépenses publiques filent. Et surtout, le gouvernement refuse de revenir devant le Parlement pour traiter cette question des 10 milliards.

4:23
Présentateur

Il y a eu le Covid également.

4:24
Aurélien Pradié

Mais ce n'est pas la seule raison. Avant le Covid et après le Covid, nous avons eu une dépense publique qui a explosé. Au fond, c'est d'ailleurs pas seulement la faute de Bruno Le Maire. C'est un sentiment général qui s'est installé dans le pays où on peut raser gratis. Au fond, la dépense publique était devenue un détail. Je pense que c'est aujourd'hui un élément fondamental de la reconstruction du pays. Mais je dis à Bruno Le Maire...

4:45
Présentateur

Il remet un équilibre à l'horizon 2032.

4:47
Aurélien Pradié

Mais Bruno Le Maire a l'équilibre à l'horizon 2032. Depuis combien de temps a-t-il promis des équilibres ? Qu'il a lui-même contribué à déséquilibrer. Aujourd'hui, la situation, elle est de sa responsabilité. Je dis à Bruno Le Maire les choses clairement. Il ne pourra pas régler cette question des 10 milliards en catimini. Il faut revenir devant le Parlement. Il faut un projet de loi de finances rectificatif qui permette aux députés de traiter de cette question. Où les 10 milliards vont être cherchés ? Il n'est pas question pour moi... Parce que pour l'instant, ça se fait par décret. Oui. Et ces décrets-là vont aller engager des saignées supplémentaires, notamment sur les classes moyennes.

Un de mes combats sera que les dépenses publiques et l'économie, aujourd'hui, les économies ne doivent pas peser sur les classes moyennes parce que ce sont elles qui font vivre notre pays et qui construisent la richesse nationale.

5:30
Présentateur

Alors l'un des débats importants des prochains jours, ça va être la question de l'Ukraine. Le président de la République reçoit aujourd'hui ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy, ainsi que François Hollande, dans les colonnes du Figaro. Le patron de votre parti, Éric Ciotti, juge que la prise de position d'Emmanuel Macron sur l'envoi de troupes au sol en Ukraine est, je cite, « périlleuse, irréfléchie et irresponsable ». Vous partagez cet avis ?

5:50
Aurélien Pradié

Il y a des temps pour la polémique et il y a des temps pour le respect de la parole présidentielle. Vous savez, je suis un opposant politique parfois féroce d'Emmanuel Macron. Mais là, lorsqu'il s'exprime, il s'exprime en tant que chef des armées. Et je ne veux pas affaiblir la parole du président de la République. Ce sujet-là, de la guerre, est un sujet beaucoup trop sérieux pour polémiquer. Mais il a raison d'évoquer la possible envoi de troupes au sol ou c'est une erreur ? Je pense que c'est une maladresse.

Je pense qu'Emmanuel Macron n'a pas mesuré à quel point, avant d'engager la parole de la France en matière militaire, il fallait qu'il ait avec lui la légitimité du peuple et la légitimité du Parlement.

6:25
Présentateur

Alors justement, il y aura un débat la semaine prochaine, le 12 mars, au Parlement, avec un vote sur l'accord bilatéral de sécurité qui a été signé avec le président Zelensky il y a quelques jours lors de sa visite à Paris. Vous voterez pour ou contre cet accord ?

6:36
Aurélien Pradié

Nous verrons ce qu'il y a dans ce texte-là. Mais je veux que la France aille jusqu'au bout de ses convictions. Ce que Vladimir Poutine attend de nous, c'est de la faiblesse. Et vous voyez bien qu'au détour de l'inquiétude que nous avons tous de la guerre, parce que c'est un moment tragique, il y a cette tendance à voir revenir l'esprit de Munich. Vous savez, cet esprit de la défaite.

6:58
Présentateur

Ce sont quasiment les mêmes mots qu'Emmanuel Macron a prononcés hier. Il dit l'esprit de défaite rôde.

7:02
Aurélien Pradié

Vous êtes aligné avec lui sur cette question. Oui, je le crois, l'esprit de défaite rôde. Parce que nous n'avons pas suffisamment à expliquer à nos concitoyens qui légitimement ont peur de la guerre, comme moi-même j'en ai peur. Je sais ce que ça engage. Nous n'avons pas suffisamment expliqué que ce qui se jouait en Ukraine n'était pas un détail. Donc vous appelez les Républicains à soutenir le Président de la République ? Je porte ma parole, qui est celle de quelqu'un convaincu qu'il y a des moments pour la polémique et des moments pour l'unité de la nation. Que la matière militaire, la guerre, ne peut pas justifier la polémique. Et enfin, j'ajoute une chose.

Dans ces moments-là, nous devons aussi ne pas être hypocrites. J'entends ici ou là tous ceux qui nous disent qu'il faut renforcer l'armement que nous donnons à l'Ukraine. Mais ne soyons pas inconscients. Il y a des armements qui nécessiteront des hommes, qui nécessiteront des militaires. C'est déjà en partie le cas lorsque nous allons envoyer des démineurs sur le terrain. Est-ce que ce ne sont pas les troupes que nous envoyons déjà ? Je dis tout cela et je sais que ma parole peut être difficile à porter dans ce moment. Mais il faut que nous mesurions que ce qui se joue en Ukraine est un des grands enjeux de l'équilibre du monde. Et la France ne peut pas en être absent.

8:05
Présentateur

Alors ça sera un des grands enjeux également des élections européennes. On le voit, c'est déjà dans le débat de ce scrutin à venir au mois de juin. La tête de liste est l'air aux européennes. François-Xavier Bellamy ne dépasse pas pour l'instant les 8% dans les études d'opinion, même s'il faut rester prudent. Comment vous l'expliquez ?

8:19
Aurélien Pradié

La droite est à reconstruire, de fond en comble. J'espère que ces élections européennes nous permettront de survivre. Mais il n'y a pas de reconstruction possible si la droite ne pense pas des idées nouvelles. Et en particulier si nous ne sommes pas à nouveau un parti populaire. C'est toute ma conviction. Et je le dis, y compris à mes amis politiques, il faudra se reconstruire. François-Xavier Bellamy aura mon soutien parce que je suis un homme loyal et que je continuerai à soutenir ma famille politique. Mais cette étape sera déterminante.

8:50
Présentateur

C'est quoi la ligne pour les européennes des républicains ?

8:53
Aurélien Pradié

Vous interrogerez notre candidat. J'espère que nous en aurons une claire, celle de la souveraineté de notre nation, mais celle aussi de l'attachement profond à l'Union européenne. Aujourd'hui, notre parole est difficile à faire entendre au milieu du bruit des uns et des autres. Vous dites reconstruire, ça veut dire enterrer les républicains, créer un nouveau parti après les élections européennes ? Je n'anticipe pas sur les malheurs de ma famille politique. Mais je sais que nous avons trop vécu dans la rente politique et que la reconstruction, elle passera par une rupture, une rupture positive avec la famille politique, une rupture qui nous permettra de redevenir un parti populaire.

9:30
Présentateur

Question courte, réponse courte. Est-ce que ça ne vous semble pas fou quand même que votre parti, par exemple, ne soutienne pas la candidature d'Ursula von der Leyen, un nouveau mandat à la tête de la Commission européenne, alors qu'elle est issue du PPO qui regroupe les partis de droite au niveau européen ?

9:42
Aurélien Pradié

Ce qui me paraît fou, c'est que nous l'ayons soutenue jusque-là. Ce qui me paraît fou, c'est que nous n'ayons pas réussi encore à convaincre tous les membres du PPE qu'elle n'était pas la bonne candidate. Si nous ne voulons pas affaiblir encore l'Union européenne, il faut que celles et ceux qui veulent effacer les nations, von der Leyen en fait partie, n'aient plus leur place dans notre famille politique. La question de la ligne politique du PPE se posera, et je compte sur François-Xavier Bellamy pour influer.

10:07
Présentateur

Merci beaucoup Aurélien Pradier, c'est à vous Damien et Marie. Aurélien Pradier qui veut donc une commission d'enquête parlementaire sur les Jeux Olympiques. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada