Richard Ferrand : "La première vertu du dialogue, c'est d'être un antidote à la violence"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:35OuverteRéponse directe
Qu'attendez-vous précisément de ce grand débat ?
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Pour partager les complexités, comme vous dites, il faut qu'il n'y ait pas de doute sur l'indépendance de ce débat national.
- 3:57RelanceRéponse partielle
Il ne faut pas nommer deux ministres à la tête.
- 4:10RelanceRéponse partielle
Mais pourquoi ce n'est pas une organisation neutre et indépendante du gouvernement qui tient les rênes ?
- 5:18OuverteRéponse partielle
Qui allez-vous proposer comme garant d'impartialité ?
- 6:11RelanceRéponse partielle
Pourquoi avoir écrit que l'ISF est un sujet tabou ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:42Invité politiqueFait
« D'abord, une grande respiration démocratique. »
- 2:34Invité politiqueFait
« Il est quand même curieux qu'une institution qui est en charge de l'organisation du débat public, et sa présidente, choisissent précisément le moment de l'ouverture du plus grand débat public jamais mené dans notre pays, pour se retirer. »
- 2:52Invité politiqueFait
« L'indépendance et la neutralité sera totale. »
- 3:47Invité politiqueChiffre
« où il y a déjà plus de 3200 contributions. »
- 6:45Invité politiquePromesse
« nous nous étions engagés à l'Assemblée nationale, dans les deux ans, nous vérifierons, et donc on approche de ces deux ans, on évaluera la pertinence de cet impôt. »
- 7:34Invité politiqueChiffre
« il y a près de 21 millions de Françaises et de Français qui ont élu le Président de la République sur la base d'un projet et d'une démarche. »
- 7:40Invité politiqueChiffre
« il y a près de 21 millions de Françaises et de Français qui ont élu le Président de la République sur la base d'un projet et d'une démarche. »
- 15:51Invité politiqueFait
« Moi, je n'ai pas dit que l'existence de l'ISF était un frein à l'investissement. »
- 15:57Invité politiqueFait
« nous étions le seul pays, quasiment au monde, en tout cas sur un Europe, à avoir cet impôt dont on n'a pas pu vérifier qu'il était utile »
- 16:41Invité politiqueFait
« La théorie du ruissellement est une théorie que ce gouvernement, cette majorité, n'a jamais porté. »
- 16:56Invité politiqueFait
« il n'y a pas de refus de main tendue, mais il y a au contraire les bras qui sont grands ouverts pour que tout le monde puisse se saisir de ces questions et de ces débats. »
- 19:39Invité politiqueFait
« il n'est pas normal que Claire n'ait pas pu rencontrer son parlementaire. »
- 20:34Invité politiqueFait
« le rythme des réformes engagées depuis 18 mois, qui est inédit en France »
- 23:49Invité politiquePromesse
« 100% des députés seront contrôlés pendant cette mandature sur l'usage qui est fait des frais de mandat. »
Temps de parole
- Invité politique67 %
- Présentateur14 %
- Locuteur 49 %
- Locuteur 56 %
- Locuteur 14 %
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien de la matinale le président de l'Assemblée Nationale. Vous pourrez dialoguer avec lui, vous le savez, dans 10 minutes. 01 45 24 7000, les réseaux sociaux et l'application mobile France Inter. Bonjour Richard Ferrand. Bonjour. Le grand débat national est donc lancé aujourd'hui. A cette échelle, il faut le rappeler, l'entreprise est inédite. L'organisation, la méthode retenue, les débouchés posent encore de multiples questions. On va y venir. L'idée de ce débat, c'est d'essayer de trouver un débouché politique à la colère qui s'exprime depuis deux mois maintenant, sous des formes là aussi inédites.
Alors dites-nous, pour qu'on ait juste clairement votre position Richard Ferrand, qu'attendez-vous précisément de ce grand débat ?
D'abord, une grande respiration démocratique. Et que ce soit l'occasion pour toutes les Françaises et tous les Français qui ont quelque chose à dire sur les grands sujets de notre pays. Et je crois que c'est le cas de tous nos compatriotes, eh bien qu'ils viennent participer. Que, au fond, les grands thèmes ne soient pas, qu'ils nous préoccupent, que ce soit la fiscalité, la transition écologique, la citoyenneté, ne soient pas, au fond, préemptés par tel ou tel mouvement d'opinion ou tel ou tel groupe, mais que sur ces grands thèmes qui concernent notre vie, notre présent et notre avenir, eh bien les Français prennent la parole. C'est ça l'enjeu.
C'est de permettre ce dialogue, de permettre cette écoute, de permettre de revisiter des questions qui surgissent comme ça au gré du mouvement que nous connaissons. Et c'est permettre, au fond, aussi, que l'on partage les complexités. Car, vous savez, il est toujours commode de dire « il n'y a qu'à, faut qu'on ». Ça permet aussi de partager les enjeux compliqués. Simplement, quand on dit « il faut faire ci, il faut faire ça », c'est aussi comment on finance, comment on fait, moins d'impôts, plus de services publics, comment on l'organise, enfin, vous voyez, quelques questions comme ça qui méritent.
Que ce ne soit pas que la question des responsables publics, mais que ce soit une question mise en partage avec l'ensemble de nos compatriotes.
Pour partager les complexités, comme vous dites, il faut qu'il n'y ait pas de doute sur l'indépendance de ce débat national. Il y en a déjà pas mal de doutes sur cette indépendance. Chantal Joanneau, la présidente démissionnaire de la Commission nationale du débat public, qui a démissionné de son rôle d'organiser ce grand débat, a tweeté hier « dès lors que le gouvernement a décidé de reprendre le pilotage du grand débat national, la CNDP, qui est une autorité neutre et indépendante, n'y a plus sa place. Entendez-vous là la critique sur les modalités même du débat, ni neutres, ni indépendantes, puisque ce sont deux ministres qui vont la chapeauter ? »
J'entends surtout un paradoxe. Il est quand même curieux qu'une institution qui est en charge de l'organisation du débat public, et sa présidente, choisissent précisément le moment de l'ouverture du plus grand débat public jamais mené dans notre pays, pour se retirer. Je trouve qu'il y a là tout de même un petit paradoxe qui devrait nous permettre de faire l'économie de ce type de leçons. Mais à côté de cela, il y a deux ministres chargés de l'organisation, mais l'indépendance et la neutralité sera totale. Pourquoi ? Parce que, d'une part, il nous a été demandé de créer un collège de garants, et je serai conduit à nommer une personnalité indépendante.
Il y en aura cinq. Vous vous en nommez un sur les cinq.
C'est ça, le président du Conseil économique et social également, et le président du Sénat également. Donc, qui seront les garants, justement, de cette neutralité, de cette indépendance. Ensuite, ce sont les partenaires qui travaillaient d'habitude avec la Commission nationale du débat public, qui a donc fait le choix de déserter ce qui est pourtant sa mission première, qui, eux, vont continuer à animer ces débats, à les faire vivre.
Il y a aussi les maires qui peuvent prendre des initiatives vierges et reçues à l'Assemblée nationale, l'Association des maires ruraux de France, qui, j'étais une cinquantaine à peu près, qui m'ont remis les cahiers qu'ils avaient ouverts dans leur mairie, où il y a déjà plus de 3200 contributions. Donc, c'est vous dire que, lorsque l'on ouvre grand les portes et les fenêtres, les Français viennent s'exprimer. C'est ce qu'ont fait les maires.
Il ne faut pas nommer deux ministres à la tête. Ce n'est pas paradoxal.
Non, il ne faut pas qu'il y ait maldonne. Il n'y a pas deux ministres à la tête. Il faut bien qu'à un moment donné, il y ait quelqu'un qui tienne le manche de l'organisation concrète, pratiquement.
Mais pourquoi ce n'est pas une organisation neutre et indépendante du gouvernement qui tient les rênes ?
Non, mais que d'un côté, il y ait un ministre qui veille au bon déroulement des débats, qu'un autre veille à sa bonne organisation. Très bien. Mais c'est le comité des garants qui veillera à cette neutralité, à cette indépense. Et puis surtout, Mme Salamé, qui le voudra, pourra organiser des débats. Comme ça a été dit dans la lettre du président de la République. Ça peut être des organisations syndicales, politiques, des associations, des citoyens comme vous et moi, qui décident demain, sur la place du village, ou dans la salle polyvalente, dans la salle communale, de dire, rassemblons-nous pour discuter de cela et faisons remonter ce qu'on a à dire.
Donc, si vous voulez, il ne faut pas commencer les choses en cherchant le point qui pourrait jeter le doute. Il y en a d'autres, il y en a d'autres, Richard Ferrand. Il faut bien qu'il y ait une coordination qui existe, il y aura des partenaires professionnels, et donc neutres, et un comité de garants. Donc, allons en confiance, en confiance.
Ça ne se décrète pas, la confiance, ça se construit, Richard Ferrand.
Je vous rappelle vos auditeurs, dont je salue le nombre croissant, si j'ai bien entendu ce que disait Mme Salamé, à venir participer partout où ils le souhaitent, sous la forme où ils le souhaitent, à ce débat.
Une question, non pas de détail, mais vous l'avez dit à l'instant, les présidents de chacune des assemblées doivent nommer l'un de ces garants d'impartialité. Ce sera le cas jeudi. Qui allez-vous proposer ?
Écoutez, j'ai été saisi de cette question hier soir, donc je vais regarder autour de... Vous pensez trouver quelqu'un, parce que c'est quand même un grand désert d'hommes et de femmes, là ? J'entendais ce matin sur votre antenne un de vos confrères, M. Westfried, qui disait justement que beaucoup de gens ne voulaient plus s'engager dans l'action publique, parce qu'ils se sentaient traqués, parce qu'ils se sentaient mis en cause en toutes occasions, et que d'une certaine manière, il y aurait une difficulté. Écoutez, je vais m'y mettre, et d'ici vendredi, nous aurons trouvé une personnalité dont je suis certain, vous pourrez dire vous-même, qu'elle sera garante d'indépendance et de neutralité.
Alors vous allez peut-être dire que c'est un point de détail, mais c'est tout de même un point de doute, puisqu'on n'a pas cette réponse-là. Alors d'un côté, le président de la République dit qu'il n'y a pas de sujet interdit, il n'y a pas de ligne rouge, on peut parler de tout, mais pas l'ISF, puisque l'ISF, vous pouvez en parler, mais on n'y reviendra pas. Donc pourquoi avoir écrit cela ? Pourquoi vous accrochez ontologiquement à cette question de l'ISF ? On a l'impression, vous pouvez parler de tout, mais ça, non.
Non, non, il n'y a pas, comme vous le dites joliment, d'accrochage ontologique à cette histoire. C'est bien limité, quand même. La seule question qui compte sur cette histoire d'ISF, il faut arrêter d'en faire un totem, c'est est-ce que ça a servi notre économie ou pas ? Bon, et comme nous nous étions engagés à l'Assemblée nationale, dans les deux ans, nous vérifierons, et donc on approche de ces deux ans, on évaluera la pertinence de cet impôt. En tout cas, ce qu'on sait, c'est qu'aussi longtemps qu'il a existé, ça n'a pas rendu service à notre économie, sinon on s'en serait aperçu.
La question est de savoir si cette mesure qui se voulait une mesure d'attractivité, pour pas qu'on ait l'impression, quand on a des capitaux, qu'on vient investir en France, qu'on commence d'abord par prendre en impôts. L'enjeu était de dire, il faut investir en France pour créer des emplois, etc. Bien, on va mesurer la pertinence de cette mesure, mais comme c'est écrit dans le courrier du Président de la République, il n'y a pas de sujet tabou. Ensuite, il faut bien s'entendre, évidemment, mais il faut bien s'entendre sur les choses. L'enjeu n'est pas de détricoter l'ensemble de ce qui a été mis en place, parce qu'il faut reprendre la mesure des choses.
On nous dit, ah voilà, il y a 80 000 Français qui manifestent, ou 100 000, peu importe le chiffre. Enfin, je voudrais juste vous rappeler qu'il y a près de 21 millions de Françaises et de Français qui ont élu le Président de la République sur la base d'un projet et d'une démarche. Alors, il faut écouter tout ce qui s'exprime, mais il faut aussi se souvenir que la majorité est souvent silencieuse. Et c'est bien pour ça que je lui propose de venir prendre la parole, pour aussi soutenir un certain nombre de choses qui ont été faites à bon escient.
21 millions de Français qui ont voté pour Emmanuel Macron, c'est vrai, face à Marine Le Pen, non ?
Oui, certes. Alors, Richard Ferrand... Mais ça ne diminue pas, attendez, Madame Salé... Non, mais ça recontextualise l'élection. Ça ne la remet pas en cause, mais ça la recontextualise. Si vous considérez la valeur d'une élection selon les protagonistes présents, ça va devenir compliqué.
Ah bah, historiquement, on est obligé de...
Je regrette, mais il n'en reste pas moins que le Président de la République a été démocratiquement élu.
Bien entendu, personne ne le conteste.
Et que les 577 députés qui siègent à l'Assemblée nationale l'ont été tout autant.
Laurent Berger, depuis le début de cette crise, en appelle au débat. Il se demande là, depuis donc hier, quel débouché, quelle forme, sous quelle forme seront reprises les conclusions de ce grand débat. C'est ça le point important. On se réunit, on parle, il y a un rapport qui établit le contenu de la discussion, et ensuite, comment on en sort ? Est-ce que vous le savez, aujourd'hui, ou pas encore ?
Écoutez, j'en ai une certaine idée, mais soyons aussi humbles, on va avancer en marchant, si je puis dire. Mais l'idée, c'est que sur un certain nombre de questions de débat, on en tire des conclusions qui soient concrètes, c'est-à-dire des conclusions budgétaires, des conclusions par la loi, bref, par tout ce qui fait que l'on... Mais ce n'est pas codifié, encore ? Non, à ce stade, non. Mais enfin, il va bien falloir que les principales conclusions soient ensuite évaluées, débattues et mises en œuvre. Le but, c'est évidemment pas de se dire, tiens, on va passer un moment agréable ensemble en discutant du sexe des anges.
Non, ce n'est pas ça l'enjeu, c'est de se saisir des grands sujets de notre société, de ce qui fait débat et parfois qui donne des injonctions contradictoires, typiquement sur la transition écologique, mais aussi sur les enjeux de démocratie, de citoyenneté. Comment fait-on vivre le dialogue entre les institutions et les citoyens ? Est-ce que la démocratie représentative dans sa forme actuelle suffit à bien entendre, à bien capter à la fois les demandes populaires et surtout si elles sont majoritaires ? Je crois qu'il ne faut jamais perdre de vue que la démocratie, c'est d'abord l'expression d'une majorité et non pas simplement l'empilement de différentes minorités.
Vous dites qu'on ne va pas détricoter ce qu'on a fait, et c'est compréhensible puisque vous avez l'aval de l'élection. Sous réserve d'inventaire. Alors, sous réserve d'inventaire, on ne touche pas à ce qu'on a fait, à ce qu'on a fait voter, notamment l'ISF, mais en revanche, on pourra revenir sur les 80 km heure, dit hier Christophe Castaner, qui ont pourtant été votés. C'est là où je ne comprends pas la cohérence.
Non, je vous rappelle madame que les 80 km heure, ça n'a jamais été voté. C'est un décret du Premier ministre, ce n'est pas une loi.
Oui, mais qui aurait été décidé si vous préférez. Donc on peut revenir sur les décrets mais pas sur les...
Non, mais écoutez, je crois qu'il faut partir de l'idée que tous les sujets peuvent être abordés. Simplement, et c'est cela que le débat doit permettre, c'est de regarder l'intérêt des choses et de mieux expliquer pourquoi les choses ont été faites. Vous parliez du fameux ISF, ce n'est pas un problème ontologique. C'est est-ce que, oui ou non, ça sert l'économie française et l'emploi ? Si c'est oui, on le garde. Si c'est non, on en rediscute. Les 80 km heure, est-ce que ça crée un handicap à la liberté de se déplacer en France ou est-ce que ça a sauvé des vies ? Qu'est-ce que ça produit ? Faut-il adapter cette mesure ? Tout comme la première.
Faut-il faire en sorte qu'ici ou là, elle soit revisitée ? On le met sur la table, on en discute. Dès l'instant qu'on ouvre un débat, on ne fait pas a priori le tri. Le tri, on le fera collectivement, démocratiquement et en toute transparence ensemble.
On va aller vers le standard de France Inter dans quelques instants. Est-ce que tout cela sera suffisant, ce grand débat national, Richard Ferrand, pour revitaliser la démocratie représentative en France ? Car ce à quoi on assiste, c'est aussi à une crise de la démocratie représentative. N'est-ce pas le but tout de même de ce débat ?
La première vertu du dialogue, même si on ne sait pas toujours où ça mène, c'est d'être un antidote à la violence dont on sait qu'elle ne mène nulle part. Qu'elle soit contre les élus de la République, qu'elle soit contre les journalistes ou qu'elle soit entre Français. Parce que vous savez, on entend les manifestations visibles le samedi, mais on entend moins l'exaspération qui monte de la part de très nombreux compatriotes qui disent « il y en a marre de cette histoire de gilet jaune ».
Donc, moi ce que je souhaite, c'est que le dialogue évite que les situations de violence se multiplient et s'aggravent et puissent même exister entre Français, ceux qui portent leur expression avec le gilet jaune et ceux qui en face disent qu'ils en ont marre. Donc, de grâce, choisissons le dialogue. Le dialogue, c'est le garant de la paix civile, c'est l'apprentissage collectif à échanger, c'est le respect de l'autre, c'est la capacité de contribuer à la pensée collective.
Il y a une critique sur les institutions, sur les représentants, sur les parlementaires, sur le rôle des assemblées. Est-ce que ce moment de démocratie participative peut permettre de dépasser une certaine forme d'épuisement ou d'essoufflement de la démocratie représentative ?
Vous savez, je pense qu'à partir de certains symptômes récurrents et bien connus, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives. Vous savez, chaque fois qu'un pays connaît des convulsions sociales douloureuses comme celles que nous avons vécues, assez rapidement, la détestation des élus apparaît. C'est-à-dire élus tous pourris, on peut même rajouter ensuite, on peut empiler des clichés fonctionnaires tous feignants, paysans tous pollueurs. Enfin, j'en passe et j'en entends depuis bien longtemps que je suis engagé sur le terrain. Donc, il faut dépasser précisément ces clichés.
Il faut, d'ailleurs, ce sera aussi l'occasion de dire, finalement, les députés, les sénateurs, qu'est-ce qu'ils font tous ces gens ? Parce qu'on a toujours sur des clichés, on envoie un à 50 dans l'hémicycle et les autres, qu'est-ce qu'ils font ? Ils se promènent ? Peut-être non. Eh bien, ce sera peut-être l'occasion de bien expliquer ce qu'est le travail parlementaire. Tout ça doit former un sursaut civique, doit permettre aussi de mieux expliquer comment fonctionne notre démocratie.
Allez, on file au standard 01-45-24-7000. J'accueille Stéphane à l'antenne d'Inter. Soyez le bienvenu, Stéphane. Bonjour.
Bonjour. Je souhaite poser une question à M. Ferrand. Dans son propos, il nous a expliqué, il y a quelques minutes, que l'ISF était contre-productif en matière d'investissement au capital des entreprises.
Non, je n'ai plus.
Avant que l'ISF devienne l'IFI, donc sous le mandat de M. Macron, il existait un dispositif de réduction fiscale pour les gens qui étaient soumis à l'ISF et qui investissaient donc au capital des PME de petite taille ou des PME innovantes. La suppression de l'ISF fait que ce dispositif n'existe plus. Ce qui signifie donc qu'il y a tout un tas de capitaux qui, assez naturellement, allaient être investis tous les ans au capital des PME et des PME innovantes, d'accord ? Puisque ce dispositif s'accompagnait l'ISF, qui aujourd'hui, en fait, n'iront plus au capital de ces entreprises-là.
Donc typiquement, quand vous nous expliquez que l'ISF était un frein et qu'aujourd'hui, l'IFI va être une motivation pour l'investissement au capital des PME, moi, j'estime que vous énoncez une contre-vérité.
Merci Stéphane. Merci pour cette question. C'est un torrent de questions qu'il y a sur l'application France Inter, également un torrent de questions sur l'ISF. Philippe, si j'ai bien compris, moi, citoyen, j'ai le droit de débattre de tout, mais pas de la théorie du ruissellement. Servin dit la chose suivante après la mise au rebut du rapport Borloo, le refus de la main tendue de Laurent Berger, le maintien du tabou de l'ISF. Comprenez la frilosité des Français à l'égard de ce débat ? Je vous livre l'ensemble de ces trois questions. Richard Ferrand, pour réponse.
D'abord, ce que vient de dire Stéphane, je l'appelais par son prénom, puisque vous l'avez présenté ainsi, est très intéressant. Moi, je n'ai pas dit que l'existence de l'ISF était un frein à l'investissement. Ce que j'ai dit, c'est que nous étions le seul pays, quasiment au monde, en tout cas sur un Europe, à avoir cet impôt dont on n'a pas pu vérifier qu'il était utile, y compris par rapport à ce qu'il pouvait rapporter, et que l'on mettait en balance avec à la fois ce que cela faisait fuir et ce que cela rapportait.
Ensuite, ce qu'indique Stéphane, qui dit au fond, rétablissez cet impôt et faites en sorte, si je suis bien, qu'on puisse déduire au fond ce que l'on investit dans les entreprises innovantes ou autres. Mais écoutez, voilà une manière d'aborder le sujet, que moi je trouve intéressante. Donc il n'y a pas, et je veux répondre aux questions qui suivent, il n'y a pas de tabou. Ensuite, on vous parle de la théorie du ruissellement. La théorie du ruissellement est une théorie que ce gouvernement, cette majorité, n'a jamais porté. C'est une théorie ultra-libérale qui est totalement inopérante et qui n'a jamais fonctionné.
Le ruissellement, c'est de dire enrichissez les riches et faire en sorte qu'ensuite que les miettes aillent vers les autres. Cette vision des choses n'a jamais été celle de cette majorité ou de ce gouvernement. Ensuite, non seulement il n'y a pas de refus de main tendue, mais il y a au contraire les bras qui sont grands ouverts pour que tout le monde puisse se saisir de ces questions et de ces débats. Et la manière qu'a eue le premier auditeur que nous avons entendu, Stéphane, de poser les choses est précisément une manière utile de s'interroger sur tel ou tel dispositif. Et il n'y a pas d'attachement à telle ou telle disposition.
Il faut aller changer et ce que Stéphane a soulevé mériterait que...
Voilà, il n'y a pas de tabou, on vient de dire Richard Ferrand pour répondre à Stéphane. Claire est au standard. Bonjour.
Oui, bonjour France Inter. Bonjour M. Ferrand. Bonjour Madame. Je fais partie des 21 millions de Français qui ont voté pour M. Macron, en toute connaissance de cause, étant retraités et acceptant tout à fait la CSG et ne bénéficiant pas de l'abattement sur la taxe d'habitation. Et à ce niveau, je pense qu'il y a des gens qui ont fait des études et qui sont d'une autre génération, qui ont plus de mal que moi à vivre. Ceci étant dit, je suis dans une région où la députée qui a été élue était la France en marge par rapport à des adversaires traditionnels qui étaient là depuis très longtemps.
Depuis l'élection législative, j'ai essayé, je ne suis pas, je n'ai pas pris ma carte à la France en marge, même si je la soutiens y compris aujourd'hui, mais je n'ai pas réussi à la joindre. Tous les différents comités dans ma région sont très invisibles.
Et la question que je voulais vous poser, étant donné qu'avant d'être à l'Assemblée nationale, vous étiez en charge des députés, etc., et du mouvement, est-ce que là, il n'y a pas eu un manque d'informations et de, je dirais, de communication redescente en puits fines vis-à-vis des gens qui soutenaient le mouvement pour aller vers nos concitoyens qui, visiblement, je l'ai vu, ayant participé au dépouillement des élections, avaient une attente immense d'un changement ? Est-ce que ce manque, vous allez le combler aujourd'hui, après le grand débat ? Parce que sinon, ça ne servira à rien.
Merci beaucoup, Claire, pour votre intervention. Richard Ferrand vous répond.
Ce que dit Claire, au fond, c'est de la difficulté à rencontrer son ou sa députée, et d'autre part, de manquer d'outils pour expliquer ce qui a été fait, et pourquoi ça a été fait. C'est ce que Claire nous dit. D'abord, vous voyez, ça aussi, c'est une complication. On demande à la fois aux députés d'être le plus souvent possible à Paris, et le plus souvent possible sur le terrain. Ce qui crée une difficulté, parce que si on est sur le terrain, on dit « tiens, l'hémicycle est vide », et si on est à Paris, on dit « on ne vous voit jamais ». Bien, c'est une difficulté. En tout cas, il n'est pas normal que Claire n'ait pas pu rencontrer son parlementaire.
Moi, je reçois chaque semaine des personnes qui veulent me voir, qui sont dans mon territoire d'élection. Ensuite, sans doute que Claire a raison sur un point, c'est que les choses sont allées finalement relativement vite, et le souci de la majorité a été de mettre en musique très vite la plupart des engagements qui ont été pris par le président de la République et sa majorité. De sorte que le temps d'explication, sans doute que le temps aussi de confrontation, le temps de dialogue a peut-être manqué, ce qui explique que beaucoup de choses ont été mal comprises ou mal interprétées, parce que mal expliquées.
Et donc là, la responsabilité, en effet, de ceux qui nous gouvernent et de la majorité qui les soutient, elle est engagée. Parce que si on ne s'explique pas bien, si on ne se confronte pas assez, alors ça veut dire qu'en effet, le fameux fossé se creuse entre les citoyens et ceux qui décident. Et c'est vrai que le rythme des réformes engagées depuis 18 mois, qui est inédit en France et qui est aussi un maître à l'actif du gouvernement et de la majorité, a pu, ici ou là, donner le tournis et un sentiment d'incompréhension. Un mot léa ?
On dit que vous êtes un des rares, aujourd'hui, à encore pouvoir parler à Emmanuel Macron et surtout à être écouté par Emmanuel Macron, Richard Ferrand. Quand il va, le président, après ses deux mois de mobilisation, qu'est-ce qu'il dit ? Est-ce que vous l'entendez faire des entrées privées ? On ne vous demande pas de nous dire ce que vous dites précisément, mais est-ce que vous entendez des changements chez lui ? Qu'il l'écoute, qu'il entend des choses ? Ou est-ce qu'il se replie sur ses fondamentaux ?
Le président de la République, vous savez, est très conscient de ce qui se passe. Et vous savez, si personnellement, il y a quelque chose que je trouve particulièrement douloureux, c'est que je vois, je le vérifie, je le vis sur le terrain, que la perception qu'ils ont de la personnalité d'Emmanuel Macron est aux antipodes de l'Emmanuel Macron que je connais, et que je connais bien, et que j'ai soutenu, et que je continue à soutenir. Simplement, effectivement, un certain nombre d'événements, sans doute un certain nombre d'expressions, ont fait que, et on le voit bien, il y a quasiment un problème de contestation de sa manière d'être et d'agir. On l'entend, on n'est pas sourd.
Et je crois qu'il est parfaitement conscient de cela, qu'il sait que, eh bien, il faut repartir, justement, de la manière la plus humble qui soit, c'est-à-dire par le dialogue. Et je crois, d'ailleurs, que l'acte qu'il a posé en écrivant cet être français est aussi une manière, est un acte de gouvernance totalement novateur. Ce qu'il a écrit, c'est pas un texte pour dire, votez pour moi. Ce qu'il a écrit, c'est de dire, voilà les innombrables questions, il y en a plus de 34, que nous devons ensemble étudier et sur lesquelles nous devons réfléchir collectivement. Donc, je crois que le Président de la République a conscience de ce qui est mis sur la table.
Il a conscience de l'ampleur des sujets qui sont à débattre et il compte bien permettre que ces sujets soient débattus.
Une dernière question, Richard Ferrand, dans le sillage du travail de la cellule Investigation de Radio France, qui a révélé vendredi qu'une députée du groupe La République En Marche, Anne-Christine Lang, avait apparemment détourné son enveloppe destinée à payer ses frais de mandat pour des dépenses personnelles. Avez-vous l'intention de prendre des sanctions à l'encontre de cette députée ou de les proposer ?
Dans un premier temps, d'ailleurs, je voudrais souligner qu'il s'agit de faits qui se sont déroulés sous la précédente législature. Je veux juste, tout de même, remettre les choses en perspective. Aujourd'hui, députée groupe LREM. Absolument, mais donc aujourd'hui, cette députée va évidemment rembourser ce qui, selon elle, a fait l'objet de négligence. Elle aura l'occasion de s'en entretenir avec la déontologue de l'Assemblée Nationale. Et je voudrais surtout vous dire que hier, précisément, la déontologue de l'Assemblée Nationale m'a remis son rapport et que dit cette personnalité tout à fait indépendante, professeur de droit, etc., c'est que la culture de la déontologie progresse.
Ce que je peux vous dire, c'est que 100% des députés seront contrôlés pendant cette mandature sur l'usage qui est fait des frais de mandat. Je dis bien 100%. Le 30 janvier, précisément, la déontologue viendra devant le bureau de l'Assemblée Nationale pour indiquer quelles sont les modalités de contrôle qui vont être mises en œuvre et pour lancer, comme ça a été prévu par la loi que nous avons voté, les contrôles qui permettent cela.
Mais, vous savez, je vais aussi vous dire, entre cette enquête, cette enquête qui, d'ailleurs, repose sur des sources que sont les Macron-Ligues, c'est-à-dire la capture illégale d'un certain nombre de documents, que ce soit ensuite un article singulier que j'ai lu dans un grand quotidien, toujours sur cette personne, je crois que ça constitue à la fois la traduction d'un désir de transparence, mais une contribution au dénigrement des parlementaires sur la nécessité desquels je m'interroge.
Voilà, je pense que la cellule investigation de Radio France ne sera absolument pas d'accord avec votre analyse et votre appréciation, mais c'est le jeu du débat et de l'appréciation du travail journalistique. Merci Richard Ferrand d'avoir été au micro d'Inter, on est très en retard.