Aller au contenu
Tous les transcripts
InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 21 novembre 2021 17 minContradictoireActualité / polémiqueNumériqueEurope & internationalInstitutions & électionsCulture, médias & sport

Alexis Lévrier : la situation des médias est "très instable" et "assez inquiétante"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:32OuverteRéponse directe

    Beaucoup de médias, dans peu de mains, est-ce un phénomène inédit qui est à l'œuvre en ce moment ?

  • 3:15OuverteRéponse directe

    Qui possède la presse en France ? Sur les douze plus grandes fortunes de France, six ont investi dans la presse. Pour quelles raisons ? Est-ce que ça rapporte ?

  • 4:47OuverteRéponse directe

    Ce phénomène de concentration, est-ce que finalement ça peut faire une élection ?

  • 7:21OuverteRéponse directe

    Vous dites que cette presse d'information qu'on a eue est en train de glisser vers une presse d'opinion ?

  • 9:03OuverteRéponse directe

    Le CSA a pour mission historique d'assurer le respect du pluralisme politique. Est-ce que cette mission est encore assurée aujourd'hui en France ?

  • 10:25OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'elle dit, la loi de 1986 sur la concentration dans les médias ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:40InvitéFait
    « Ce qui est inédit, c'est la brutalité de ce phénomène, sa rapidité, le fait qu'on ait des acteurs, aussi comme Vincent Bolloré, qui ont un projet culturel et politique avéré. »
  • 2:17InvitéFait
    « On voit bien que ces médias penchent à l'extrême droite. »
  • 3:24InvitéChiffre
    « Non, ça ne rapporte plus. »
  • 3:31InvitéFait
    « Parfois, on achète des médias pour se préserver d'enquêtes qui peuvent porter sur soi. »
  • 4:03InvitéFait
    « Là, on a pour la première fois un patron qui a empêché, au sein de ces médias, avec ces news, avec Europe 1, toute forme de vitalité interne et qui s'en servent. »
  • 4:17InvitéFait
    « Il y a des précédents dans l'entre-deux-guerres comme François Cotty. »
  • 5:13InvitéFait
    « Le pouvoir politique s'est saisi de la question. »
  • 5:48InvitéFait
    « Emmanuel Macron veut plutôt favoriser Bouygues et donc le rachat de M6 par TF1. »
  • 6:54InvitéFait
    « L'émergence d'Éric Zemmour est intimement liée à l'exposition médiatique dont il a bénéficié sur CNews pendant deux ans. »

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Présentateur20 %
  • Présentateur 210 %

≈ 4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Karine Bécard, Jérôme Cadet, le 6-9 du week-end. L'invité du grand entretien de la matinale de ce dimanche est Alexis Lévrier. Bonjour à vous.

0:12
Invité

Bonjour.

0:12
Présentateur

Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes historien de la presse, maître de conférences à l'université de Reims. Vous avez publié Jupiter et Mercure, le pouvoir présidentiel face à la presse. C'est aux éditions des Petits Matins, un livre consacré aux relations entre Emmanuel Macron et la presse française. On va en parler. La pré-campagne présidentielle Alexis Lévrier se déroule dans un contexte médiatique très particulier, marqué par une grande concentration. Le rachat à venir du groupe M6 par TF1.

La prise de contrôle annoncée de l'industriel Vincent Bolloré, déjà propriétaire de Canal, sur Lagardère, c'est-à-dire Europe 1, Paris Match, le journal du dimanche, entre autres. J'ajoute à cela depuis 2017 la consolidation du groupe Altice de Patrick Draille, avec entre autres BFM TV, RMC, le magazine L'Express, le journal Libération. Et le groupe de Xavier Niel, désormais copropriétaire du Monde et de Nice Matin. Tout cela sous l'œil d'un président de la République qui, après avoir qualifié l'audiovisuel public de « honte de la République », a fragilisé son financement en supprimant la taxe d'habitation à laquelle était adossée feu la redevance.

Quand certains candidats à la présidentielle, à droite et à l'extrême droite, eux veulent tout simplement privatiser ce service public. Et je ne parle pas de la concentration, là encore, de la presse quotidienne régionale, lue par plus de 40 millions de Français. Voilà le décor, Alexis Lévrier. Commençons par la concentration. Beaucoup de médias, dans peu de mains, est-ce un phénomène inédit qui est à l'œuvre en ce moment, ou au contraire assez récurrent dans notre histoire ?

1:40
Invité

Ce qui est inédit, c'est la brutalité de ce phénomène, sa rapidité, le fait qu'on ait des acteurs, aussi comme Vincent Bolloré, qui ont un projet culturel et politique avéré. Maintenant, on en a quand même la preuve sur CNews ou sur Europe 1. Et tout cela a créé une situation très instable dans une période de campagne présidentielle. Donc, ce n'est pas nouveau d'avoir des phénomènes de concentration.

2:00
Présentateur

Oui, si on revient au début des années 80, Robert Ersan avait 40% de la presse nationale, 20% de la presse locale. C'était considérable.

2:08
Invité

C'était énorme, mais les ambitions d'Ersan, elles étaient politiques, mais c'était plutôt une droite assez classique, dans le cas de Vincent Bolloré, qui lui-même ne dit jamais quel est son positionnement. On voit bien que ces médias penchent à l'extrême droite. Et ça, c'est un phénomène assez nouveau. Il y a une crise structurelle de la presse, qui vient pour la presse écrite du passage à un nouveau modèle économique, qui n'est pas encore tout à fait accompli. Vers le numérique.

Voilà, et pour la situation actuelle, et ça concerne tous les médias, il y a une crise conjoncturelle qui est due au Covid, qui a fragilisé la presse écrite, qui a aussi fragilisé la radio, parce qu'on écoute beaucoup la radio en mobilité, et il n'y avait plus de mobilité avec le confinement. Donc tout cela crée une situation où il y a des acteurs historiques comme Bertelsmann, qui se sont désengagés, d'où le fait qu'on ait ce rachat de M6 par TF1, dans Rouparlier, d'RTL, où aujourd'hui, les difficultés du groupe Lagardère, qui entraînent des mouvements de rachat, par Bolloré notamment, mais pas uniquement, il y a Kretinsky qui a racheté des titres.

Donc tout cela crée une situation assez inquiétante, parce qu'on ne voit pas où ça va s'arrêter. Ce mouvement de concentration, assez inédit par son ampleur, et par sa rapidité, on voit bien que personne n'arrive véritablement à le gérer, y compris le pouvoir politique d'ailleurs.

3:15
Présentateur

Alors, qui possède la presse en France ? Sur les douze plus grandes fortunes de France, six ont investi dans la presse. Pour quelles raisons ? Est-ce que ça rapporte ?

3:24
Invité

Non, ça ne rapporte plus. C'est la grande différence avec le XIXe siècle, et même longtemps, le XXe siècle. C'est un outil d'influence, la presse. Parfois, on achète des médias pour se préserver d'enquêtes qui peuvent porter sur soi. C'est un outil de prestige aussi. Parfois, il y a de la philanthropie, mais enfin, la philanthropie, de la part de ces grands patrons, elle est assez limitée. Mais en soi, ce n'est pas... Moi, je pense que les Gilets jaunes, par exemple, étaient dans un discours fantasmé de croire que tous les journalistes étaient aux mains d'oligarques et étaient des marionnettes entre leurs mains.

Normalement, dans le système tel qu'il fonctionnait jusque-là, le fait d'avoir ces grandes fortunes n'empêchait pas les rédactions de conserver une indépendance au moins relative. Là, on a pour la première fois un patron qui a empêché, au sein de ces médias, avec ces news, avec Europe 1, toute forme de vitalité interne et qui s'en servent.

4:09
Présentateur

C'est inédit, ça.

4:11
Invité

On ne l'avait jamais vu, surtout avec une ligne, je vous dis, aussi marquée à l'extrême droite. Il y a des précédents dans l'entre-deux-guerres comme François Cotty. C'est peut-être le précédent le plus proche de ce que l'on vit avec Bolloré. Mais il avait échoué parce qu'il avait voulu aller trop vite. Et c'est peut-être ce qui menace Vincent Bolloré. S'il essaie de faire avec ce qu'il a racheté, notamment le JDD, Paris Match, on parle du Figaro maintenant, s'il essaie de modifier la ligne éditoriale, qui a été démentie tout de suite par le Figaro, donc on n'est pas certain que ce soit avéré. Mais de toute façon, justement, François Cotty avait racheté le Figaro.

Il avait essayé d'impulser une ligne d'extrême droite au sein de ce journal de droite classique et ça n'avait pas du tout fonctionné.

4:47
Présentateur

Mais si on essaie de décortiquer un peu ce qui est en train de se passer dans le phénomène Bolloré, c'est effectivement la rapidité, vous l'avez souligné plusieurs fois. On a l'impression aussi qu'il n'y a plus de limites dans la détention des médias en France, dans la concentration qu'un grand patron peut décider d'enclencher. Est-ce que ça, c'est vrai ou pas ?

5:04
Invité

Oui, et d'ailleurs...

5:05
Présentateur

Il peut tout faire, en fait. Il peut tout se permettre.

5:07
Invité

On va voir parce que pour l'instant, il y a quand même une prise de conscience au sommet de l'État, à la fois de la part du gouvernement qui a demandé à ses services d'enquêter sur les moyens de réguler ce phénomène, et d'autre part, il y a une commission d'enquête au Sénat qui a été demandée par le groupe socialiste et qui va auditionner un certain nombre d'acteurs, dont, je pense, Vincent Bolloré. Donc, le pouvoir politique s'est saisi de la question.

5:26
Présentateur

Il y avait déjà eu ce genre de commission d'enquête. Vincent Bolloré avait mis beaucoup de temps. Il avait fini par y être allé, mais il avait mis beaucoup de temps quand même à le faire.

5:33
Invité

Théoriquement, il est obligé de le faire. On est quand même dans un cadre démocratique et il a des comptes à rendre comme n'importe quel acteur. Donc, je crois qu'il viendra. Et le problème, si vous voulez, c'est que, comme toujours en France, le pouvoir politique a des intentions. Il a aussi un agenda dans une période présidentielle. Et on voit bien qu'Emmanuel Macron veut plutôt favoriser Bouygues et donc le rachat de M6 par TF1, alors même que Vincent Bolloré, lui aussi, avait des ambitions sur M6 et sur RTL et qu'il le prend très mal.

Et ce qui est assez ingérable dans la situation actuelle, c'est qu'on a pour la première fois un groupe de presse qui est plutôt vent debout contre le pouvoir politique, qui se sert du coup des médias qu'il a rachetés pour contester ce pouvoir politique et obéir à son propre agenda d'une manière soudaine, d'une manière qui est quand même extrêmement brutale et qui n'a pas d'équivalent dans l'histoire récente. D'habitude, le pouvoir politique joue ses armes et c'est ce que faisait assez bien Emmanuel Macron d'une manière très jupitérienne. On va en parler.

Et là, on a un acteur face à lui qui a son propre agenda et qui n'hésite pas à avancer ses pions beaucoup mieux et beaucoup plus, en tout cas beaucoup plus brutalement que ne le faisaient ses prédécesseurs.

6:38
Présentateur

Alors, il avance ses pions, mais ce phénomène de concentration, est-ce que finalement ça peut faire une élection ? Parce que c'est bien ça la question qu'on se pose à cinq mois d'une élection présidentielle.

6:49
Invité

Il faut espérer que non, ça serait grave. Mais comme on n'a pas vécu de phénomène similaire, effectivement, on voit bien que ça va peser dans l'élection et que l'émergence d'Éric Zemmour est intimement liée à l'exposition médiatique dont il a bénéficié sur CNews pendant deux ans sans aucune contrepartie et sans aucune contradiction parce que l'émission était entièrement à sa gloire.

7:08
Présentateur

Organisée autour de lui.

7:09
Invité

Organisée autour de lui. Il n'avait jamais eu... Il avait toujours des contradicteurs lorsqu'il était dans les médias. Là, il y a eu une émission qui était faite pour lui et qui a préparé sa candidature. Donc ça, on n'avait jamais vu dans l'histoire récente.

7:21
Présentateur

La presse n'a jamais fait une élection en France. Vous qui êtes historien de la presse, Alexis Lévrier. D'ailleurs, vous revenez sur les critiques qui avaient accompagné l'émergence d'Emmanuel Macron il y a cinq ans où beaucoup de critiques disaient « En fait, c'est le candidat de la presse, Emmanuel Macron. »

7:35
Invité

Ça, ça vient d'une critique radicale des médias et qui est largement de l'ordre du fantasme. Emmanuel Macron, il manquait au contraire de relais au sein de la presse. Alors, il connaissait des oligarques. Mais précisément, ce n'est pas parce que vous connaissez des oligarques. Il suffit de voir l'attitude du monde à son égard qui n'a pas hésité à lancer des affaires comme l'affaire Benalla alors même que le couple Macron a des liens avec Xavier Niel ou avec Mimi Marchand. Et ça n'a pas empêché le monde de faire un travail assez exemplaire dans l'affaire Benalla. Il faut de croire que tous les journalistes sont les marionnettes des oligarques.

Mais là, on a un groupe de presse qui, lui, va utiliser ces médias pour faire l'élection, en tout cas pour l'influencer. Et ça, c'est tout à fait inédit.

8:11
Présentateur

Et du coup, vous dites que cette presse d'information qu'on a eue est en train de glisser vers une presse d'opinion où, si on essaie de prendre un peu du champ, c'est à exagérer de dire ça ?

8:21
Invité

Alors, il y a beaucoup de médias, notamment audiovisuels, qui glissent vers ça parce que le modèle CNews qui est inspiré de Fox News et ce qu'a fait Murdoch qui a permis l'émergence de Trump d'éteint sur les autres médias. Et c'est ça, BFM, LCI, France Info TV devraient se dissocier de ce fonctionnement-là comme il fait de l'audience, comme en plus, c'est un modèle low-cost. Ça ne coûte pas cher de faire venir des gens au plateau qu'on ne paye pas les trois quarts du temps plutôt que de faire du reportage et de l'investigation. Donc, ce modèle, il fonctionne parce qu'il est low-cost. Et il faut se rappeler que Vincent Bolloré, c'est un patron de presse avisé et qui a toujours rentabilisé.

C'est pour ça qu'il y a des convergences entre Europe 1 et CNews également. Mais ça ne lui coûte pas cher et en plus, ça permet d'avoir un média d'influence et qui va certainement peser dans la campagne présidentielle.

9:03
Présentateur

Alors, du coup, j'ai relu une partie des statuts du CSA. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a pour mission historique, normalement, d'assurer le respect du pluralisme politique. Est-ce que cette mission est encore assurée aujourd'hui en France ?

9:17
Invité

On peut s'interroger. Je crois que, d'ailleurs, le CSA lui-même s'interroge. Je ne suis pas sûr que c'était une bonne idée de décréter, par exemple, qu'Éric Zemmour était un acteur du débat politique national parce qu'au contraire, ça a permis de lancer sa campagne. Sans le dire, il n'est officiellement pas candidat. Donc, je ne pense pas que le CSA ait forcément fait une bonne chose. On peut s'interroger, par exemple, quand CNews, mais d'autres médias, je crois qu'Élcey fait la même chose, diffusent les discours de leaders politiques de gauche la nuit pour respecter une forme de pluralisme, alors que la journée, c'est Zemmour, on continue.

Donc, ça, c'est bien la preuve qu'il va peut-être falloir, à l'issue de cette élection, réinventer, repenser les instruments de régulation qui existent, mais qui, en l'occurrence, ont montré leur limite.

9:52
Présentateur

Mais le CSA a la possibilité

9:58
Invité

remontrances, notamment en raison de la surexposition de Zemmour, mais on s'aperçoit de ce qui s'est passé dans Face à l'Info. Il y a eu un discours révisionniste, par exemple, même sur l'innocence de Dreyfus, sur la responsabilité de Vichy, et le CSA n'a pas agi comme il aurait dû le faire pendant les deux années où Zemmour a pu débiter ces fake news historiques presque en permanence et sans contradiction. Donc, vous dites

10:18
Présentateur

qu'il faut réformer le CSA ?

10:19
Invité

Je pense qu'il faut revoir nos instruments de régulation, à la fois la loi de 1986 sur la concentration dans les médias et le rôle du CSA également.

10:25
Présentateur

Précisément, réforme ou pas, en tout cas, il y a commission d'enquête au Sénat pour étudier, analyser ce phénomène de concentration. Les ministères des Finances et de la Culture qui ont déligenté eux aussi une enquête au sujet de cette loi de 1986. Qu'est-ce qu'elle dit, Alexis Lévrier ? Aujourd'hui, tout n'est pas permis dans la possession de la presse en France.

10:43
Invité

Non, tout n'est pas permis, mais il y a des règles qui ont été pensées dans un système où il y avait six chaînes et encore, c'était vraiment le tout début des six chaînes. Pas la TNT. Voilà. Et on n'avait pas l'émergence du numérique que l'on vit aujourd'hui. Donc, ces règles... Emmanuel Macron veut les repenser, ces règles. Le problème, c'est que comme ministre de l'économie en 2014, il était plutôt favorable à l'assouplissement de ces règles pour permettre l'émergence de champions nationaux. Or là, ces champions nationaux pourraient aller dans le sens d'une concentration dans les médias dangereuse.

Donc, j'espère que le pouvoir politique va évoluer sur ces questions-là et faire en sorte qu'on ne puisse pas... Parce que la loi de 1986 permet et prévoit un certain nombre de limitations mais qui ne correspondent plus au paysage médiatique tel qu'il est aujourd'hui. Il faut veiller à ce que les oligarques qui veulent détenir des médias aient des limites à cette possession. Et ça, c'est tout à fait envisageable. Il faut revoir cette loi.

11:32
Présentateur

Alors ça, c'est l'une des inconnues des mois à venir. L'autre inconnue, elle concerne le financement de l'audiovisuel public puisque la redevance assure encore l'essentiel des revenus. C'est par exemple 90% des revenus pour Radio France. Elle était adossée à la taxe d'habitation qui va être supprimée. Aujourd'hui, personne ne sait comment sera financé l'audiovisuel public après 2022 et Emmanuel Macron a fait le choix de ne pas trancher et ne le fera pas avant l'élection présidentielle.

11:59
Invité

Alors ce qui est rassurant, c'est que comme vous l'avez rappelé, il avait désigné l'audiovisuel public comme étant la honte de la République. C'est très jupitérien, c'est très habituel.

12:06
Présentateur

Ce qu'il avait démenti ensuite. Oui, voilà, il a devenu sur ses propos.

12:09
Invité

Les propos avaient été légèrement rectifiés mais c'était quand même dans ce sens-là. Ils devaient supprimer je crois 10% du budget de Radio France

12:16
Présentateur

passé de 630 millions

12:20
Invité

à 60 millions de moins. Donc c'était quand même très très soudain, très brutal. Finalement, ça n'a pas eu lieu. On voit par ailleurs que les audiences du service public sont excellentes, qu'il y a une très bonne image. Mais c'est précisément ce moment-là que la presse, notamment d'extrême droite, utilise pour dire que tous les journalistes du service public sont de gauche, ont un agenda politique et que tous les problèmes des médias viendraient des humoristes de France Inter pour caricaturer un petit peu. Et c'est une rhétorique de l'inversion qui est typique de l'extrême droite quand elle est aux portes du pouvoir.

Dire que tout le problème vient de la gauche, des médias de gauche, on a eu ça à d'autres périodes de notre histoire, il ne faut pas le croire évidemment. Et je crois que les Français doivent comprendre que dans une période d'extrême droitisation des médias, le service public est plutôt une protection pour eux, pour l'ensemble de la population.

13:03
Présentateur

Mais du coup, revenons à la question quand même de la taxe d'habitation sur laquelle est adossée la redevance de l'audiovisuel public. Qu'est-ce qui se passe après ? Puisque cette taxe d'habitation est supprimée.

13:11
Invité

On ne le sait pas.

13:13
Présentateur

Est-ce qu'il y a des options qui sont sur la table ?

13:15
Invité

Oui, c'est-à-dire qu'en fait cet impôt que les Français payent plus ou moins avec bonne volonté, il est automatique dans le cas de la taxe d'habitation même s'il y a toujours des moyens de ne pas la payer si on n'a pas de téléviseur. Mais on sait que ça fait longtemps que de toute façon il faut réfléchir à l'évolution de cette taxe puisqu'on peut accéder maintenant aux médias audiovisuels et à la télévision autrement que par un téléviseur. Donc il y a longtemps qu'il est question de la réformer. C'est peut-être l'occasion de changer les règles puisque ça va devenir en fait un impôt autonome et qu'il faut revoir la manière dont on le paye.

Mais je crois que cette redevance c'est aussi un moyen de liberté et de protection pour les Français et c'est là-dessus qu'il doit y avoir un rôle et j'espère qu'Emmanuel Macron n'a pas tenu ses propos hostiles au service public depuis le début de son quinquennat. Il est revenu à quelque chose dans une période comme celle-là.

14:00
Présentateur

Mais si je vous entends bien on a quand même le sentiment que l'audiovisuel public est un peu en danger. C'est ça que vous nous dites ce matin ou pas ?

14:06
Invité

Alors l'audiovisuel public est toujours en danger. C'est-à-dire que le pouvoir politique depuis déjà De Gaulle l'a créé dans cette optique-là. Il disait la presse est contre moi la télévision est à moi. Donc c'est l'antre du pouvoir jupitérien le service public et aucun président n'a renoncé à interférer et à agir sur ce service public. Mais donc dans ce contexte-là

14:25
Présentateur

pourquoi privatiser par exemple ? Parce que ça veut dire se séparer d'un potentiel relais.

14:30
Invité

Mais si les médias publics sont à ce point attaqués notamment par la presse d'extrême droite c'est bien qu'on leur reproche leur indépendance. Et si Emmanuel Macron a pu s'en prendre lui-même au service public c'est qu'il voit bien qu'il y a un esprit parfois un peu frondeur sur le service public et qui ne correspond à rien de ce qui est porté dans le reste des médias. Donc je crois que les bonnes audiences qui sont réalisées par le service public sont la meilleure de vos protections. Ça prouve que les Français apprécient. La dernière enquête le montre que ce soit France Culture France Inter ça fonctionne bien et notamment la matinale. On a bien fait

15:03
Présentateur

de vous inviter ce matin. Merci Alessi Lerguet.

15:04
Invité

Oui c'est pour ça que je viens pour vous soutenir.

15:07
Présentateur

Emmanuel Macron vous l'avez dit il a fait preuve de brutalité surtout au début dans ses rapports avec la presse. Il a beaucoup cherché à contourner les journalistes. Il s'est beaucoup appuyé aussi sur les réseaux sociaux. Il le fait encore beaucoup aujourd'hui. Est-ce que le président Macron a contribué à affaiblir la presse aujourd'hui ? Est-ce que vous iriez jusque-là ?

15:26
Invité

Alors ce qu'il y a il y a des signes positifs dans cette campagne. Par exemple il a accordé cette semaine une interview à La Voix du Nord et La Voix du Nord c'est un journal qui avait un peu affronté le président avec beaucoup de courage d'ailleurs en 2019 en refusant le principe des interviews réécrites relues mais qui en fait étaient réécrites par l'Elysée et c'était le seul journal de la PQR qui a dit à l'issue de ça on n'acceptera plus d'avoir des interviews on préfère renoncer à des interviews du pouvoir plutôt que de renoncer à notre indépendance. Et là il a accepté de donner un entretien à La Voix du Nord aux conditions de La Voix du Nord c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de réécriture.

Donc on est dans une logique d'apaisement avec la presse qui contraste avec le début de son quinquennat qui a été marqué au contraire par une volonté très verticale de retour à une présidence jupitérienne Jupiter ça renvoie à François Mitterrand et au-delà au général de Gaulle c'est l'idée qu'on modèle les médias exactement comme on l'entend quitte à faire preuve d'un certain nombre de restrictions à la liberté de la presse et d'une posture assez méprisante. Il a été dans cette posture-là ça change un petit peu il faut s'en réjouir.

16:25
Présentateur

Vous parlez de la voix du Nord j'en profite pour parler des groupes de presse régionaux parce que c'est aussi l'une des évolutions majeures de ces dernières années là encore les lecteurs peut-être et auditeurs de France Inter n'en ont pas conscience mais il y a une concentration extrême.

16:37
Invité

Oui il y a une concentration extrême par exemple dans la région Occitanie tous les médias de presse écrite sont détenus par le groupe Bailey et c'est évidemment un problème. La dépêche du midi ?

La dépêche du midi mais les journaux dans la région de Montpellier désormais sont aussi détenus par le même actionnaire qui lui-même a été un homme politique tout cela pose un problème évident il faut souligner qu'il y a du pluralisme aussi dans les médias régionaux par exemple il y a un site comme Médiacité qui est en difficulté aujourd'hui qui fait de l'investigation qui fait de l'enquête à l'échelle régionale donc c'est aussi aux lecteurs aux auditeurs de privilégier de plébisciter des médias qui vont refuser ce système de monopole.

17:13
Présentateur

Merci à vous Alexis Lévrier c'était passionnant merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Inter je renvoie à la lecture de votre dernier ouvrage Jupiter et Mercure le pouvoir présidentiel face à la presse c'est aux éditions des Petits Matins Excellent Dimanche Merci à vous