🔴 EN DIRECT - Sandrine Rousseau invitée de RMC et BFMTV
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour Sandrine Rousseau. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes la députée Europe Écologie Les Verts de Paris. Et cette question d'abord, il y a cette loi, loi d'accélération des énergies renouvelables qui est présentée depuis hier soir à l'Assemblée. Est-ce que vous voterez pour ?
Alors on va décider dans le groupe tout à l'heure, donc je ne vais pas pouvoir vous donner la réponse tout de suite. Mais en tous les cas, on a obtenu des avancées après les votes en commission. Et donc on verra si c'est confirmé dans l'hémicycle. Et notamment, il y a quand même deux enjeux. C'est le fait de ne pas développer les énergies renouvelables au détriment de la biodiversité. Parce qu'il y a eu tout un dilemme pour savoir s'il fallait faire des exceptions au droit de l'environnement et donc détruire un peu plus la biodiversité.
Puis la deuxième chose, c'est la question du photovoltaïque sur les champs, et notamment sur les champs agricoles, où là on a absolument besoin des terres agricoles. Ça fait partie de nos biens les plus précieux aujourd'hui. Et donc il faut plutôt favoriser le bâti, le déjà construit, plutôt que les terres agricoles.
Ah ça c'est très intéressant. On va revenir évidemment aussi sur la question de est-ce que ces énergies renouvelables vont permettre de répondre à la demande dans ce moment de particulière tension sur l'électricité. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'au fond, ce que vous posez comme conditions, c'est des conditions qui vont limiter, en quelque sorte, le développement des énergies renouvelables.
Non, parce que si on prend tout ce qui est déjà bâti, en fait, il y a un potentiel énorme. C'est énorme. Et par ailleurs...
Quand on dit déjà bâti, ça veut dire que les panneaux photovoltaïques, par exemple, au lieu d'être placés sur des terres agricoles, devront, si on vous suit, être placés en priorité sur les toits des parkings,
sur les toits des grandes surfaces ? Bien sûr. Et il y en a énormément. Il y a un potentiel énorme. Donc au contraire, c'est une accélération. Et c'est ne pas détruire ce qui doit absolument être préservé dans la période. Je rappelle que les terres agricoles vont être quand même absolument indispensables. On l'a vu avec les sécheresses, les incendies, les inondations. On voit bien que les productions agricoles sont fluctuantes avec le dérèglement climatique. Ça va s'accroître. Il y a une incertitude sur les productions. Donc il faut absolument garder les terres agricoles.
Certains agriculteurs, eux, préfèrent le photovoltaïque, parce qu'économiquement, c'est plus intéressant.
Bien sûr. Et c'est d'ailleurs un des enjeux. C'est un mirage. Faire en sorte que s'ils le mettent sur leur bâti, ça soit tout aussi intéressant pour eux. C'est-à-dire qu'en fait, on ne peut pas demander à des agriculteurs qui deviennent...
Je veux dire, moins de surface de bâti que de surface de champ, évidemment.
Oui, mais on ne peut pas demander à des agriculteurs qui deviennent des producteurs d'énergie. Ce n'est pas ça leur métier, ce n'est pas ça leur vocation, ce n'est pas ça leur mission. Et ce n'est pas ce dont nous avons besoin. Donc en fait, les terres agricoles, encore une fois, aujourd'hui, on doit relocaliser l'agriculture, on doit préserver les terres agricoles. Donc les couvrir de panneaux solaires, ça n'est pas la chose la plus prioritaire. Et en plus, on a du potentiel. On a vraiment beaucoup de potentiel sur tout ce qui est déjà...
Et sur les éoliennes, vous disiez attention à la biodiversité. Est-ce que vous faites référence au fait que certains parcs éoliens ont été considérés comme ayant affaibli notamment les oiseaux, certaines espèces d'oiseaux ? Est-ce que c'est à ça que vous faites référence ?
Non, je fais référence au fait qu'on pourrait construire, c'était le projet de loi initiale, des éoliennes avec des exceptions sur le droit de l'environnement. Or là, on est dans un anéantissement de la biodiversité. Et donc on doit construire les éoliennes de manière prioritaire sur les délaissés d'autoroutes, sur les délaissés ferroviaires, sur des endroits où en fait, il n'y a pas de qualité particulière de la biodiversité. Et là, c'est pareil, ça fait partie des arbitrages qui sont un peu difficiles à faire parce qu'on doit choisir en quelque sorte entre biodiversité et énergie.
Et précisément, ce qu'on propose, c'est de ne pas avoir à choisir entre les deux et de trouver des modalités d'installation qui soient...
Donc dans la concurrence entre agriculture et photovoltaïque, vous dites priorité quand même à l'agriculture. Dans la concurrence entre biodiversité et éolienne, vous dites quand même priorité à la biodiversité.
Non, je dis les deux. C'est-à-dire, je dis et agriculture et photovoltaïque sur l'existant. Et je dis éolienne et...
Ce ne sera pas l'un ou l'autre, mais et du côté de la droite, parce que pour l'instant, vous êtes nombreux à envisager de voter cette loi. Du côté de la droite, eux, ils demandent un droit de veto aux maires, que les maires puissent s'opposer à la construction d'un parc, soit photovoltaïque, soit éolien sur leur commune. Est-ce que ça, vous y seriez favorable ?
Non, pas de droit de veto. Mais par contre, une forme de surveillance du taux d'énergie renouvelable sur un territoire. C'est-à-dire qu'en fait, l'idée, c'est qu'il n'y ait pas quelques territoires qui soient ultra chargés en énergie renouvelable et d'autres qui ne le soient pas du tout. Il faut une équité, il faut une répartition, et il faut aussi une implantation en fonction de la qualité paysagère, etc. Donc, c'est tout ça, en fait. Il nous faut une stratégie de développement et pas un droit de veto.
Et si tout cela est accepté, si ces amendements, les vôtres, ceux de LR, sont acceptés,
alors vous voterez pour cette loi ? Ça dépend des amendements de LR, là, parce que j'ai un peu peur. Mais en tous les cas, oui, bien sûr, parce qu'il faut développer les énergies renouvelables. Je rappelle que la France est le pays européen qui a le plus de retard en matière de développement des énergies renouvelables. Et d'une certaine manière, on le paye aujourd'hui avec la question des coupures d'électricité. C'est-à-dire que nous sommes aujourd'hui à plus de 19% à peu près d'énergie renouvelable. Nous aurions dû être à 30 voire à 40 selon les objectifs de l'Union européenne d'ici 2030. Donc, en fait, il y a besoin d'un coup d'accélérateur, mais majeur sur ces énergies renouvelables.
Je rappelle que ce n'est pas que le photovoltaïque et l'éolien. Ça peut être aussi la géothermie, ça peut être l'hydraulique. Et donc, il y a vraiment absolument besoin d'un coup d'accélérateur. Et si on l'avait fait avant, quelque part, on ne serait pas en tension aujourd'hui comme nous le sommes.
Est-ce qu'il n'y a pas une autre raison aussi, quand même ? Est-ce que vous ne reconnaissez pas une forme de responsabilité dans le fait d'avoir à ce point ciblé le nucléaire, d'avoir concouru à stopper le développement du nucléaire ?
Je ne crois pas que ce soit nous qui soyons responsables du retard sur les EPR, et notamment sur l'EPR de Flamanville, qui accuse 10 ans de retard. Et donc, c'est en fait une incapacité du monde nucléaire à créer ces EPR de manière sécurisée et fiable. Aujourd'hui, on a des dépassements de budget qui sont énormes. Et donc, en fait, vous voyez, par exemple, l'EPR de Flamanville, si on avait suivi le papier, aurait dû être en fonction opérationnelle en 2012. Nous sommes en 2022, il ne l'est toujours pas. Et en 2023, il ne le sera toujours pas. Donc, ce que je veux dire, c'est que c'est facile de taper sur les écologiques. Mais la fermeture de Fessenheim, Sandrine Brousseau.
Ça n'aurait rien changé. Un petit peu quand même. Non, la haute autorité sur l'énergie nucléaire nous dit que ça n'aurait rien changé, Fessenheim. Donc, en fait, là, on est dans un mythe. Et ça, c'est très important, en fait, pour comprendre la question énergétique. On est dans un mythe qui est qu'on cherche une solution magique. Et je le dis, ici, le nucléaire n'est pas la solution magique. Parce que construire une centrale nucléaire, on le voit sur l'EPR, ça met 20 ans. Et là, on a des problèmes aujourd'hui, de toute façon. Donc, quand bien même...
La fermeture de Fessenheim, elle est actée au moment de l'élection de François Hollande dans des négociations avec Europe Écologie-Léves.
Donc, en effet, ça fait très longtemps. On aurait Fessenheim que ça n'aurait strictement rien changé. à notre problème aujourd'hui.
Le fait que le nucléaire... Aujourd'hui, ce que dit EDF, c'est que le fait que 20 de nos 56 réacteurs nucléaires soient à l'arrêt, c'est dû notamment au fait que, depuis des années, on ne voit plus le nucléaire comme l'avenir. Au contraire, on est dans une logique de fermeture progressive ou de rééquilibrage du mix énergétique. Et que c'est donc pour cette raison qu'aujourd'hui, on tente de les remettre en route. Mais comme on les a laissés, petit à petit, tomber dans un état d'élabrement, c'est beaucoup plus compliqué.
Mais non, c'est juste que ces réacteurs arrivent en fin de vie. Et donc, la question...
Fessenheim avait été considérablement réhabilité.
Au contraire, c'était pratiquement inépuisable. Les 20 réacteurs dont vous faites mention, ce sont des réacteurs qui arrivent en fin de vie. Et donc là, la question qui nous est posée, c'est est-ce qu'on les prolonge ou est-ce qu'on ne les prolonge pas ? Et à chaque fois, il y a des questions de sécurité. Donc, on ne peut pas jouer avec la sécurité nucléaire. Oui, mais précisément.
Enfin, Sandrine Nousseau, là, pour le coup, je ne veux pas qu'on se mente, ni vous ni moi. C'est-à-dire qu'on sait très bien que ces 20 réacteurs, s'ils avaient été justement... Si on avait mis à la fois le budget et l'énergie pour les restaurer ou pour les rendre de meilleure qualité depuis quelques années, ils marcheraient très bien. C'est-à-dire que Fessenheim marchait très bien. Elle s'est fermée en parfait état de marche.
C'est bizarre que vous ne posiez pas cette question sur les énergies renouvelables. Pourquoi n'avons-nous pas développé massivement les énergies renouvelables ? Aujourd'hui, on peut parler du nucléaire pendant des années...
Non, mais il y a aussi un problème d'énergie renouvelable. Et d'ailleurs, la loi arrive à ce moment-là. Mais on ne peut pas nier que les centrales n'ont pas été réunis.
La piscine de la Hague qui reçoit les déchets nucléaires est quasiment pleine aujourd'hui. On ne sait pas quoi faire des déchets nucléaires. On ne sait pas construire une centrale nucléaire en quelques mois. On ne sait pas démanteler une centrale nucléaire. Pourquoi allons-nous billes en tête vers cette énergie-là ? Je sais que c'est le fleuron de la France. Je sais que c'est un débat. Mais c'est très franco-français par ailleurs. Parce qu'il n'y a pas d'autres pays... C'est sûr qu'en Allemagne, il rallume les centres à charbon. Non, mais l'Allemagne investit très massivement sur les énergies renouvelables et va sortir du charbon avant nous. Avant nous ! C'est incroyable !
C'est-à-dire que notre entêtement dans le nucléaire nous empêche de penser une stratégie d'énergie complète. On n'a plus tout ça à la centrale à charbon. C'est-à-dire que là, par exemple, à l'Assemblée nationale, on a trois textes différents alors qu'on devrait avoir une loi de programmation de l'énergie de manière globale sur les 10-20 prochaines années. Et là, on va voter un texte sur les ENR. Après, on aura un texte sur le nucléaire. Et en dernier, on aura un texte sur la programmation énergétique. Donc en fait, on voit tout partiellement.
Et on ne se pose pas la question de combien de kWh nous aurons besoin et à quelles conditions et qu'est-ce qu'on fait pour les produire de manière sécurisée.
Aucune responsabilité, en tout cas, dans le fait d'avoir freiné le développement du nucléaire.
Il est quand même incroyable qu'on accuse les écologistes à chaque fois. C'est-à-dire qu'on les accuse quand il y a des problèmes énergétiques alors que nous n'y sommes strictement pour rien. Nous nous disons au contraire, il faut développer les énergies depuis des années. Depuis des années, les énergies renouvelables. Donc si on nous avait écoutés, peut-être qu'on ne serait pas dans cette situation. Nous disons qu'il faut développer la sobriété depuis des années. Et rien n'est fait. On a fait voter un amendement sur la rénovation des logements qui étaient portés par Evassas dans l'hémicycle. Et qui n'est finalement pas passé. Et qui n'est finalement pas passé.
Oui, mais ça c'est très important. Parce que comment on fait pour diminuer notre besoin en énergie si on ne renove pas les logements ? On a des passoires thermiques, l'énergie s'envole par les fenêtres. C'est tout ça en fait qu'il nous faut revoir. Et ça, on ne peut pas nous accuser, nous, d'avoir une politique incohérente de ce point de vue-là.
Je n'accuse pas, je pointe les responsabilités des uns et des autres dans les choix. Je vous disais qu'ils sont des véritables choix politiques. Parlons de l'Allemagne. Journée test demain. Très grand froid. Très grand froid à la fois en France. En Allemagne, moins sans doute qu'en janvier. Mais c'est déjà une forme de test. Nos 20 réacteurs, je le disais, sont à l'arrêt. Et le problème, c'est que ces jours-ci, il n'y a pas de vent. Les éoliennes allemandes sont quasiment à l'arrêt. Alors qu'habituellement, justement, elles nous envoient de l'électricité. On dépend donc d'une forme quand même d'aléatoire.
Oui, mais dans tout. On le voit avec le nucléaire. C'est-à-dire qu'en fait, aujourd'hui, la production d'énergie, d'une certaine manière, c'est une ère nouvelle qui s'ouvre. C'est que la production d'énergie et l'accès à des énergies fossiles qui étaient garanties jusqu'à aujourd'hui, qui étaient presque illimitées, aujourd'hui, deviennent limitées et aléatoires. C'est le monde qui change. Et je vais vous dire, ce n'est pas la guerre en Ukraine. La réalité, c'est qu'on est dans un monde de pénurie. Et on est dans un monde où il va nous falloir diminuer de manière très importante la quantité de CO2 que nous émettons.
Et nous allons devoir aller vers une restriction massive de nos consommations d'énergie fossile. Donc c'est tout notre système économique et social qu'il nous faut repenser sur la base de l'essentiel, et non pas sur la base du superflu. Sur la base de ce qui est absolument indispensable, et non pas sur la base du gaz qui est superflu. Eh bien, ça fait partie des débats démocratiques que nous devons avoir. Qu'est-ce que nous souhaitons garder d'essentiel ?
Et moi, je pense que les services publics, je pense que l'école, je pense que la culture sont essentiels, je pense que les mobilités sont essentielles, que par contre, il y a sans doute une forme de surconsommation qu'il va nous falloir réduire. Et ça, ça fait partie des débats démocratiques qu'il nous faut avoir. Qu'est-ce qui est superflu à vos yeux, par exemple ? Par exemple, quand il y a des délestages, moi je m'interroge sur le fait qu'on garde les aéroports allumés, et qu'on s'interroge sur fermer et couper l'électricité à des personnes qui ont des respirateurs artificiels. En fait, de quoi on a besoin dans la société ?
Les aéroports, les avions émettent un carbone extrêmement dangereux pour notre avenir ? Et comment on choisit les priorités ? Moi, je pense que là-dessus, il doit y avoir un débat démocratique. Et par ailleurs, je pense que si on doit délester, si on doit faire ces coupures ponctuelles, on doit absolument garder les hôpitaux, garder les écoles, garder les logements. Parce que hier, par exemple, j'ai fait une réunion publique dans ma circonscription, et il y avait des gens qui étaient dans une colère inouïe parce qu'ils avaient froid. Parce qu'ils avaient froid. Est-ce qu'on a besoin de garder des infrastructures extrêmement consommatrices, comme les aéroports, de manière prioritaire ?
Alors si, rentrons vraiment dans le très concret, puisqu'en effet, on en est là, à faire cette dentelle en quelque sorte. Vous le disiez, Enedis alerte sur le fait qu'il ne sera pas possible de maintenir dans certaines rues, comme avait l'air de le dire le gouvernement, qui nous expliquait que les préfets avaient l'adresse de chacune des personnes qui sont dépendantes, par exemple, d'un respirateur artificiel. Non, Enedis dit, on ne pourra pas faire ça. En revanche, on pourra les prévenir, mais on ne pourra pas maintenir leur habitation sous électricité si le reste ne l'a pas. Donc vous, vous dites, voilà, on coupe par exemple, hop, on éteint, on fait disjoncter l'électricité d'un aéroport.
Mais pourquoi pas ?
Ça n'est pas une des solutions ? Plutôt qu'un respirateur artificiel, oui, je pense que c'est plus important. Donc on éteint les aéroports, on éteint quoi d'autre ? On éteint tout ce qui n'est pas absolument indispensable. Mais encore une fois, c'est quoi ? Par exemple, on pourrait éteindre des supermarchés, on pourrait éteindre des... En fait, la question c'est de... Qu'est-ce qui est vital, là ? Ce qui est vital, c'est l'accès à la santé. Donc les hôpitaux doivent absolument être préservés. Bon, je pense que tout le monde est d'accord là-dessus. Mais je pense que les... Mais par exemple, les écoles. En effet, vous parliez des écoles.
Le ministre de l'Éducation a dit qu'en cas de délestage, les écoles seraient fermées le matin. Vous, vous dites ça, il n'en est pas question ?
Moi, je pense que l'accès à l'éducation est prioritaire. Et je pense que précisément, ça fait partie des arbitrages que nous devons faire.
Donc mieux vaut éteindre l'aéroport, mais laisser allumer les écoles. Tout à fait. Donc voilà comment ça fonctionnerait. Ce débat, vous dites, il faut un débat démocratique. Est-ce que vous réclamez qu'il y ait ce débat qui n'a pas lieu pour l'instant, en tout cas, qui n'a pas lieu, par exemple, dans l'enceinte de l'Assemblée ?
Je pense que c'est un ange logique. C'est-à-dire de quoi a-t-on absolument besoin ? Que souhaite-t-on absolument garder ? Et qu'est-on prêt à laisser, à lâcher ? Et ça, ce débat n'a pas lieu. C'est-à-dire qu'on fait comme si on allait garder le système tel qu'il est actuellement. Or, ce système nous conduit dans le mur. On est vraiment à la veille de quelque chose qui, potentiellement, peut-être extrêmement grave. Donc là, il nous faut faire des choix.
Et ces choix ne peuvent être que démocratiques. Sorin, vous évoquiez le fait qu'hier, en réunion publique, les gens étaient en colère et disaient avoir froid. Est-ce que les conséquences de ce qu'on vit aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on est en train de dire aux Français, voilà, il va y avoir des coupures d'électricité, il y a en effet la fin de l'abondance dont parlait Emmanuel Macron à la fin de l'été, mais on le voit y compris sur des questions comme le médicament. On parlait ce matin sur AMC de la question des pénuries d'oliprane enfant, par exemple, ou d'amoxiciline enfant. Face à cela, est-ce que vous sentez une colère monter ?
Je pense que la colère est inouïe. Je pense qu'on ne mesure pas l'ampleur de cette colère. Et ce qui m'inquiète, c'est que j'espère que cette colère va se canaliser politiquement vers un changement et non pas vers un conservatisme. Et j'espère qu'on prendra conscience du fait que là, on laisse, par exemple, les plus riches continuer à s'enrichir, alors même qu'il y a des personnes qui sont en très grande précarité, qui ont froid chez elles, qui n'arrivent pas à manger, qui n'arrivent pas à payer leurs factures. Et qu'est-ce qu'on fait à l'Assemblée ? On criminalise le fait de ne pas payer des loyers. On diminue les assurances chômage.
On va augmenter le temps de travail sur toute la vie pour reculer l'âge de la retraite. Et en fait, il y a une politique anti-pauvre, là, et anti... Pour vous, il y a une politique sciemment, délibérément anti-pauvre ? Oui, actuellement, oui. Et c'est très grave, parce que je pense que la colère est légitime de ces personnes. Je la comprends, je la partage, et je me dis que c'est à l'opposé de ce que nous devrions faire aujourd'hui, où nous devrions protéger au maximum les plus vulnérables et faire en sorte que les inégalités se restreignent, et donc aller vers une réforme de la taxation des plus riches qui, aujourd'hui, le niveau de richesse des plus riches s'envole.
Pourquoi refuse-t-on, par exemple, les taxes sur les surprofits des grandes entreprises ? Pourquoi ?
C'est qu'il n'y a aucune espèce de politique anti-pauvre. Hier matin, à ce même micro, c'était le ministre du Budget, Gabriel Attal, qui expliquait qu'il voulait cibler dans les aides tous ceux qui travaillent et ne s'en sortent pas. Il parlait, par exemple, à propos de l'aide gros rouleurs, d'une aide gros bosseurs, ceux qui bossent et qui prennent leur voiture. Le fait qu'il y ait des chèques énergie, en fonction aussi du niveau de ressources, le fait qu'il y ait des aides pour ceux qui se chauffent avec les pelés, tout ça, ça ne vous paraît pas être des aides suffisamment ciblées
pour les plus modestes ? Pour l'instant, le bouclier tarifaire et les chèques énergie étaient justement pour tout le monde, y compris ceux qui avaient un 4x4 au Luxembourg ou un SUV à Paris. Je veux dire, peu importe le niveau de richesse. Alors, ce ne sera plus le cas, effectivement, à partir du mois de janvier,
puisque les aides seront ciblées.
Oui, mais combien de milliards on a dépensé là-dedans ? Combien de milliards on a donné, finalement, à des personnes qui n'en avaient absolument pas besoin ? Oui, mais dans les 8 milliards, il y en avait qui en avaient absolument besoin, y compris pour leur travail. Moi, je pense toujours, par exemple, aux aides à domicile, aux aides auprès des personnes âgées, aux infirmières, aux aides soignantes, à tous ces métiers-là qui ont absolument besoin, mais aussi d'artisans en ruralité.
La solution, par exemple, c'est la taxation des plus riches, est-ce que vous seriez favorable aussi au fait d'aller vers une sorte de jauge d'utilisation de l'énergie ? Vous aviez évoqué dans le groupe Europe Écologie des Verts des jauges sur l'eau, par exemple, que l'eau soit gratuite pour les premiers mètres cubes, et puis qu'ensuite, si c'est pour remplir sa piscine, par exemple, là qu'on n'ait plus accès à cette eau gratuite, tout en tout cas qu'elle devienne payante. Est-ce qu'on pourrait imaginer, est-ce que vous imagineriez, un système qui soit similaire sur l'électricité ?
C'est-à-dire, en fait, en gros, quand vous avez une grosse maison, vous payerez plus que si vous avez une petite maison. Mais ce serait justice.
Ce serait justice. Il n'est pas normal qu'aujourd'hui, les aides publiques favorisent tout le monde de la même manière. Il y a des gens qui sont... Donc des tarifs progressifs ? Oui, des tarifs progressifs, et puis en fonction des besoins. C'est-à-dire qu'en fait... L'équité et non pas égalité. Exactement, et c'est absent du débat aujourd'hui politique, c'est-à-dire qu'on renvoie toutes les personnes à des comportements individuels, c'est-à-dire qu'il faut baisser le chauffage chez soi, il faut mettre des cols roulés, il faut diminuer sa consommation. Mais en fait, il n'y a pas de politique publique d'accompagnement qui soit ciblée.
Mais l'effort qui est demandé... Alors là, pour le coup, tous les gouvernements, il y avait Olivier Véran la semaine dernière, il y avait Gabriel Attal hier, et chacun parle du mot « effort ». Ils disent « il faut faire des efforts ». En gros, si vous ne faites pas d'efforts, il y aura des coupures d'électricité. Est-ce que ça, par contre, vous êtes d'accord avec cette idée ?
Moi, j'ai envie de dire, et quels efforts a fait l'État ? Quels efforts a fait l'État, là ? Pourquoi on n'arrive pas, alors que ça fait trois ans qu'on sait qu'il va y avoir une crise majeure de l'électricité, pourquoi on n'a pas développé un plan de rénovation du bâti ? Pourquoi on ne fait pas d'efforts sur le prix des trains et des transports publics, comme on le fait en Allemagne ou en Espagne ? Pourquoi à Paris, le pass Navigo augmente, alors qu'au contraire, il devrait diminuer ? Pourquoi il n'y a pas de politique publique d'ampleur qui permette aux gens de s'en sortir ? C'est ça, la question.
Et en fait, c'est facile de la part du gouvernement de dire, vous chauffez trop, vous devez faire des efforts, mais où sont les politiques publiques d'accompagnement ? Il n'y en a pas. Donc c'est ça, la colère qui monte. Et je la comprends, et je la ressens.
Et ça suffit, en fait. Ça suffit, et vous le dites, notamment ce projet de loi énergie renouvelable, qui est quand même l'une des réponses, même si elle vous paraît probablement pas suffisante. Vous êtes favorable à l'idée de voter pour, si les amendements que vous avez décrits tout à l'heure sont adoptés ?
On est plutôt sur une abstention, mais on verra, je vous dirai ça ce soir. Abstention ? Plutôt une abstention, mais on a une discussion de groupe dans les...
Ça prend difficilement cohérent. Là, c'est la fin de l'interview, mais c'est vrai que c'est difficile d'être députée Europe Écologie Les Verts et de simplement s'abstenir sur l'énergie renouvelable.
Si nos amendements passent et que ça ne détruit pas la biodiversité, alors probablement, il y a une opportunité pour que l'on finisse par voter pour, mais aujourd'hui, on est plutôt sur l'abstention. Aujourd'hui, vous êtes plutôt sur l'abstention.
Sandrine Rousseau, députée Europe Écologie Les Verts
de Paris sur RMC et BFM TV 8h30.
Sandrine Rousseau