Sandrine Rousseau était l'invitée de RTL le 29 septembre 2017
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Chapitres
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Questions et réponses
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Bonjour Sandrine Rousseau, merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL.
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C'est donc le titre de votre livre chez Flammarion, Parler, que vous publiez après l'affaire Denis Bopin.
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Affaire qui éclate quand quatre élus témoignent un visage découvert contre ce député Europe Écologie Les Verts en témoignant et en l'accusant d'agression et de harcèlement sexuel.
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Ce livre, un an et demi après que le scandale a éclaté, on va y revenir, c'est pour dire à quel point témoigner, dénoncer, ça coûte très cher.
- 1:30OuverteRéponse directe
Alors, vaste sujet, appel aux parleuses, on va revenir un peu sur les faits si vous voulez bien.
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Et là, que se passe-t-il ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:45Invité politiqueFait
« C'est ça, en fait pour l'instant les femmes portent ça souvent assez silencieusement »
- 0:50Invité politiqueFait
« moi je l'ai gardé aussi, même si j'en ai parlé dans des sphères, je ne l'ai pas porté devant la justice pendant longtemps »
- 1:04Invité politiqueFait
« on s'aperçoit que c'est précisément là, dans la non-parole publique des femmes que se niche la récidive, l'impunité et donc parler est une forme d'enjeu de société »
- 1:47Invité politiqueFait
« Là, il m'attend dans le couloir, il me plaque contre le mur et il cherche à m'embrasser de force. »
- 1:54PrésentateurFait
« C'est une agression sexuelle. »
- 2:24Invité politiqueFait
« Les réactions sont des réactions que j'ai découvertes être très classiques. »
- 2:33Invité politiqueFait
« Quand les femmes commencent à parler, c'est qu'on dit, c'est une histoire entre lui et toi. »
- 2:44Invité politiqueFait
« Et donc, c'est une forme de bienveillance qui, en fait, vous fait taire presque. »
- 3:08Invité politiqueFait
« Ne parle pas, ça va être encore pire. »
- 3:36Invité politiqueFait
« J'ai attendu, je crois, trois ans avant de lui dire réellement ce qui s'était passé. »
- 4:13Invité politiqueFait
« Non, c'est que c'est normal. »
- 4:18PrésentateurFait
« On savait qu'il agressait les femmes ? »
- 4:41Invité politiqueFait
« C'est quelqu'un qui avait beaucoup de poids dans le parti, qui en plus avait été au cabinet de Dominique Voinet. »
- 5:08PrésentateurFait
« C'est pour ça que vous ne portez pas plainte ? »
- 5:12Invité politiqueFait
« Je ne porte pas plainte parce que je ne veux pas que lui gagne. »
- 5:41Invité politiqueFait
« Je pense que quand il fait ça, c'est ce qu'il cherche. »
- 6:20PrésentateurFait
« Les faits, quand vous les avez dénoncés avec trois autres élus, étaient trop anciens. »
- 6:25PrésentateurFait
« Et il est donc, Denis Bopin, juridiquement innocent. Il n'est pas jugé. Il n'y aura pas de procès. »
- 6:36Invité politiqueFait
« Oui, mais il accuse toutes les femmes qui ont parlé de mentir. »
- 6:48Invité politiqueFait
« La défense est une deuxième agression. »
- 8:14Invité politiqueChiffre
« Et aujourd'hui, il faut savoir qu'en France, 1% simplement des agresseurs et des violeurs sont condamnés. »
- 8:17Invité politiqueChiffre
« C'est-à-dire qu'il y en a 99% qui ne le sont pas. »
Temps de parole
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7h44, Elisabeth Martichoux, vous recevez ce matin Sandrine Rousseau, secrétaire nationale adjointe d'Europe Écologie Les Verts et auteure de Parler aux éditions Flammarion. Oui bonjour Sandrine Rousseau, merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL. C'est donc le titre de votre livre chez Flammarion, Parler, que vous publiez après l'affaire Denis Bopin, affaire qui éclate quand quatre élus témoignent un visage découvert contre ce député Europe Écologie Les Verts en témoignant et en l'accusant d'agression et de harcèlement sexuel.
Ce livre, un an et demi après que le scandale a éclaté, on va y revenir, c'est pour dire à quel point témoigner, dénoncer, ça coûte très cher, on y reviendra, mais c'est en parlant que ce fléau du harcèlement peut reculer.
C'est ça, en fait pour l'instant les femmes portent ça souvent assez silencieusement et moi je l'ai gardé aussi, même si j'en ai parlé dans des sphères, je ne l'ai pas porté devant la justice pendant longtemps et on s'aperçoit que c'est précisément là, dans la non-parole publique des femmes que se niche la récidive, l'impunité et donc parler est une forme d'enjeu de société même si on ne peut pas imposer à des femmes de parler parce que c'est compliqué et c'est lourd mais il y a quand même un enjeu, si on veut regarder le problème en face et si on veut le régler surtout, du moins le diminuer, il faut réussir à faire en sorte que les conditions dans lesquelles les femmes parlent soient des conditions respectueuses de leur parole et de leur personne.
Alors, vaste sujet, appel aux parleuses, on va revenir un peu sur les faits si vous voulez bien. Automne 2011, vous formez un tandem de travail avec Denis Bopin, chargé de négocier un accord électoral avec l'EPS. Vous êtes en réunion à Montreuil et vous partez faire une pause, vous allez aux toilettes.
Et là, que se passe-t-il ? Là, il m'attend dans le couloir, il me plaque contre le mur et il cherche à m'embrasser de force. Donc, vous vous êtes agressée ?
C'est une agression sexuelle. Par quelqu'un que vous connaissez, un collègue de travail en somme. Vous en parlez autour de vous ?
J'en parle dans les minutes qui suivent à la personne qui est à côté de moi en réunion et après, je n'ai cessé d'en parler en interne au parti. J'en ai parlé à plusieurs membres de la direction, de plusieurs directions différentes. Donc, je ne tais pas cette histoire, mais par contre, je ne la rends pas publique. C'est-à-dire que j'essaye de faire en sorte que ça se gère en interne. Et alors, en interne, quand vous racontez la scène, quelles sont les réactions ? Les réactions sont des réactions que j'ai découvertes être très classiques. Quand les femmes commencent à parler, c'est qu'on dit, c'est une histoire entre lui et toi. « Oui, bon, ben voilà. Ou alors, fais attention à toi.
Fais attention à toi. C'est quand même un spécialiste du nucléaire. Il faut que tu te préserves. Attention, il est puissant au sein du parti. » Et donc, c'est une forme de bienveillance qui, en fait, vous fait taire presque. C'est une bienveillance qui est un puissant moteur de silence. parce qu'on renvoie toujours le risque sur les épaules des personnes qui ont subi ça. Donc, vous êtes la victime, mais on vous dit, bon, ne parle pas parce que ça va être encore pire. C'est ça ? Oui, c'est ça. Ne parle pas, ça va être encore pire. Ceci dit, c'est vrai. Dans les faits, quand on parle, c'est souvent pire. On va y venir.
Mais ceci dit, c'est le seul moyen de sortir la tête haute d'une histoire de cet ordre.
Alors, vous dites, à quel point c'est ça qui est intéressant, c'est que dans la société, on ne veut pas entendre. On ne vous écoute pas. Mais est-ce que vous arrivez aussi à dire les faits tels qu'ils se sont produits ? Par exemple, vous en parlez à Cécile Duflo, qui vous renvoie dans les buts en disant, mais oui, les mecs, t'emmerdes, mais c'est notre vie à toutes, après tout. Elle ne vous entend pas, mais est-ce que vous lui dites vraiment ce qui s'est passé ?
Alors, à Cécile Duflo, j'ai mis longtemps à lui dire vraiment ce qui s'était passé. J'ai attendu, je crois, trois ans avant de lui dire réellement ce qui s'était passé. Et quand je lui ai dit clairement ce qui s'était passé, elle n'a pas fui. Mais avant, j'ai essayé de lui dire, et j'étais plus maladroite. Et donc, je comprends qu'elle n'ait pas entendue. Par contre, je l'ai dit très clairement à plein d'autres personnes. C'est humiliant d'en parler ? C'est dur d'en parler ? Mais ce n'est quand même pas complètement simple. Surtout quand on vous renvoie le fait que c'est une histoire entre vous et lui. Ou alors quand on dit, oh bah oui, on sait.
Là, il y a repensé, c'est que vous êtes consentant.
C'est toujours ça l'idée ? C'est que vous y êtes pour quelque chose ?
Non, c'est que c'est normal. Moi, ce que j'ai ressenti, c'est qu'on le savait. Oui, c'était quelque chose qu'on savait. On savait qu'il agressait les femmes ? On savait que c'était un dragueur lourd. On savait qu'il avait des problèmes avec lui.
Mais bon, voilà quoi. Mais le fait que ce soit un camarade de travail, je l'ai dit. Un homme qui a du pouvoir, vous l'avez dit. C'est celui qui porte le dossier nucléaire chez les Verts. C'est pas rien quand même. Ça fausse tout aussi. C'est comme si vous étiez fait agresser par un chef de service dans la grande distribution.
C'est ça. Oui, c'est ça. C'est quelqu'un qui avait beaucoup de poids dans le parti, qui en plus avait été au cabinet de Dominique Voinet. Donc, c'est quelqu'un qui avait un poids important. Et c'est là aussi qu'on mesure la différence de réception de la parole. Parce que quand moi j'en parlais, je voyais bien que dans les yeux aussi des gens à qui j'en parlais, on se disait « mais ça ne va pas être possible de le mettre en cause lui ». Il y avait quelque chose de cet ordre. C'est pour ça que vous ne portez pas plainte ? Je ne porte pas plainte parce que je ne veux pas que lui gagne. Enfin, ça c'est quelque chose...
Attendez, c'est paradoxal là.
Oui. Je ne veux pas que si je porte plainte, on me démette de mes fonctions, on me sorte de mes responsabilités, et du coup je lui laisse le champ. Et ça c'est quelque chose qui est très compliqué à gérer parce que je veux être une femme politique à ce moment-là. Et donc je veux aussi prouver que je suis en capacité de prendre des responsabilités, etc.
Vous auriez l'impression de lui faire le cadeau du sacrifice de votre vie politique, de votre vie professionnelle ?
Je pense que quand il fait ça, c'est ce qu'il cherche. Et donc je ne veux pas... S'il cherche à vous évincer ? Il cherche à m'évincer. Il cherche à faire en sorte que soit je parte, parce qu'en plus l'enquête a montré qu'il y a plusieurs femmes qui sont parties de leur fonction après des actes similaires. Et donc je le ressens sur ce moment-là. Et moi je ne veux pas laisser la place et je ne veux pas que ma légitimité soit mise en cause.
À ce stade, il faut quand même rappeler que l'affaire a été instruite. Il y a eu une enquête. Le procureur a formulé des attendus, on va le dire, extrêmement sévères. Mais ça a été classé sans suite, parce qu'il y a prescription. Les faits, quand vous les avez dénoncés avec trois autres élus, étaient trop anciens. Et il est donc, Denis Bopin, juridiquement innocent. Il n'est pas jugé. Il n'y aura pas de procès. Il nie les faits. Il vous accuse de mentir.
Oui, mais il accuse toutes les femmes qui ont parlé de mentir. Et je rappelle quand même qu'il y a plus d'une dizaine de femmes qui ont dénoncé des faits dont il est l'auteur.
C'est une deuxième agression ?
La défense est une deuxième agression. Ça, c'est très clair aussi. Et pour autant, c'est des défenses qui sont très communes aussi. Ça aussi, je l'ai découvert. Alors, ce livre, il est aussi fait pour dire, mais ne soyez pas surprise, vous les femmes qui avez subi des choses, ne soyez pas surprise de ces défenses, par exemple, parce que ce sont des défenses qui sont horribles, mais qui sont très communes et très répandues. Oui, l'homme dément. Et on est toutes menteuses, on est toutes comploteuses, on est toutes...
Et la violence de la défense, c'est une deuxième agression, parce qu'en plus, c'est dit avec l'assurance et finalement l'espèce de statut qui était le sien et qui ne lâche pas dans ces moments-là.
Un propos de statut, donc à ce stade, vous témoignez publiquement, c'est la première fois, il y a une déferlante, il y a un scandale, et vous dites que ça a tout emporté. Vous êtes enseignante, chercheuse en économie, vous êtes vice-présidente de la région Nord-Pas-de-Calais, porte-parole d'Europe Écologie-Lévese. Je ne suis plus vice-présidente. Mais à ce moment-là, vous n'êtes plus, à partir du moment où vous parlez, vous n'êtes plus que victime. C'est fini, toutes vos fonctions, toutes vos compétences, vous n'êtes plus que victime.
C'est ça, c'est que ça balaye tout et je pense que c'est aussi un enjeu de continuer à voir les femmes comme des femmes avec des compétences, avec des expertises sur des sujets et à ne pas les voir uniquement comme victime d'eux. Ceci dit, c'est très compliqué aujourd'hui parce qu'à partir du moment où on parle d'agression sexuelle, on n'est plus que l'agressée.
Dans votre vie privée aussi, ça a eu des conséquences ? Votre vie publique, l'image que vous avez publiquement et votre vie privée aussi ?
Dans ma vie privée, c'est l'agression qui a eu des conséquences dans ma vie privée puisque le jour de mon divorce, je suis surprise. Je parle à ce qui va être mon ex-mari dans quelques instants du fait que j'allais parler sur l'agression de Denis Bopin et il me répond, tu sais que c'est en partie à cause de ça qu'on est là. Et ça, le sol se dérobe sous ses pieds à ce moment-là parce qu'on se demande finalement quelles conséquences tout cela a eu sur notre vie et on commence à s'interroger sur ces conséquences. Et c'est à le regretter ? On en est là à le regretter ?
Non, on ne regrette pas, mais on regarde sa vie sous un nouveau jour et ce jour montre quand même que ces actes sont, je ne sais pas comment le dire, mais sont loin d'être anodins et sont de puissants facteurs de délégitimation des femmes et dans la sphère publique et dans la sphère privée.
Parler, vous dites à quel point ça coûte cher et à quel point ça dérange et à quel point c'est insupportable. Vous avez enregistré hier soir une émission qui passera samedi soir, on n'est pas couché, il y avait Christine Angot. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il s'est passé un violent clash, une violente altercation avec Christine Angot sur le plateau parce que la parole, c'est quelque chose de compliqué, c'est quelque chose de compliqué.
Christine Angot qui elle-même a raconté, évidemment, pour ceux qui ont lu Christine Angot, une agression sexuelle dont elle a été victime. Et elle n'a pas supporté que vous en parliez, vous ?
Il faudrait lui demander ce qu'elle n'a pas supporté. Mais ce que je peux dire, c'est que la parole est violent. C'est violent pour les femmes qui ont subi des choses, c'est violent pour la société, c'est violent pour les victimes. Et cette émission hier, elle montre à quel point parler est non seulement pas évident, mais qu'en même temps, moi je trouve qu'elle montre aussi que c'est absolument indispensable de faire évoluer la société sur ces sujets, parce qu'on ne peut pas rester comme ça dans des femmes qui restent seules face à leurs problèmes. Ça pour moi, c'est impossible.
Émission à voir, c'est l'émission de Laurent Ruquier, samedi soir sur France 2.
Sandrine Rousseau, où en êtes-vous aujourd'hui ? Alors aujourd'hui, j'ai démissionné de la direction d'Europe Écologie-Les Verts, je ne suis plus secrétaire nationale adjointe. Vous l'annoncez là ? Vous n'êtes plus cadre ? Non, je ne suis plus cadre d'Europe Écologie-Les Verts, je reste écologiste parce que ça, je pense que c'est le défi majeur auquel on est confronté. Mais je ne suis plus cadre et je voudrais maintenant passer quelques temps à vraiment me concentrer sur ce sujet et faire évoluer la société autant que je le pourrai, à la place où je le peux et du mieux que je le peux, pour que les chiffres ne bougent pas depuis 10 ans.
Et aujourd'hui, il faut savoir qu'en France, 1% simplement des agresseurs et des violeurs sont condamnés. C'est-à-dire qu'il y en a 99% qui ne le sont pas. Les femmes restent seules face à leur souffrance. Pour moi, ça n'est pas possible. Je ne peux pas faire comme si je ne le savais pas.
La majorité des femmes ne parle pas et vous dites parler, aller les parleuses. Merci beaucoup. Chez Flammarion, le livre de Sandrine Rousseau, à lire évidemment sur les violences sexuelles pour en finir avec la loi du silence. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin sur RTL. C'est dans la non-parole des femmes que se niche la récidive du harcèlement sexuel, vient de nous dire Sandrine Rousseau. On renvoie toujours le risque sur les victimes, en l'occurrence une dizaine de femmes qui ont porté plainte contre Denis Bopin. Rappelons que les faits ont été prescrits par la justice.
Parler est violent pour tout le monde, même si cela est indispensable, nous dit Sandrine Rousseau, qui annonce par ailleurs avoir renoncé à toutes ses fonctions au sein d'Europe Ecologie Les Verts. Merci infiniment à l'une et à l'autre. L'entretien est bien entendu à retrouver sur le site RTL.fr.
Sandrine Rousseau