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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 8 juillet 2024 45 min

Candidature à Matignon, recherche de majorités "texte par texte"... Le "8h30 franceinfo" d'Olivier Faure et Roland Lescure

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Olivier Faure. Bonjour à vous. Les résultats sont définitifs. Le nouveau Front populaire aura au moins 178 sièges dans cette nouvelle Assemblée. Ça peut bouger en fonction des affiliations. Ça se joue en ce moment. Est-ce que ça signifie que le futur Premier ministre doit forcément être issu de la gauche ?

0:21
Olivier Faure

Oui, oui, à la fois pour les résultats du second tour et oui pour les résultats du premier tour. En fait, la lecture doit être assez simple. En réalité, on a un pouvoir actuel, le pouvoir sortant, qui a été défait à la fois le 9 juin et le 30 juin. Et je rappelle qu'il n'y avait que 400 000 voix qui séparaient le nouveau Front populaire de l'extrême droite au premier tour. Donc il y a une évidence au fait qu'il y a un désaveu pour le camp présidentiel et que désormais, l'alternative ne peut venir que de l'extrême droite, mais elle a été défaite par le Front républicain et donc elle ne peut désormais venir que du nouveau Front populaire.

0:56
Invité

Emmanuel Macron reste prudent. Pourtant, il le dit, il attendra la structuration de la nouvelle Assemblée pour prendre les décisions nécessaires. Est-ce que vous comprenez cette prudence ? Et qu'est-ce que vous attendez du chef de l'État aujourd'hui ? Qu'est-ce que vous lui demandez ?

1:09
Olivier Faure

Mais qu'il reconnaisse sa défaite. La réalité, c'est que le camp présidentiel ne s'en tire que parce que nous avons nous-mêmes appelé au Front républicain au second tour. Nous avons été le seul barrage possible après le premier tour et au second tour, nous avons fait l'effort, même parfois le sacrifice de nos candidats, pour permettre en réalité que le Front républicain se constitue. Nous avons été les seuls à l'appliquer intégralement. Les LR ne l'ont pas appliqué du tout et les macronistes l'ont fait, mais pas partout.

Et donc, nous sommes les seuls à avoir appliqué cette règle avec constance et en étant obligés, parfois, face à des candidats qui pouvaient espérer encore un rebond, etc., de leur dire non, tu te retires, tu arrives en troisième position. Et donc, désormais, c'est un candidat républicain au sens générique du terme qui doit devenir le candidat pour nous toutes et tous et permettre d'éviter...

2:04
Invité

Mais concrètement, que doit faire le président ? Est-ce qu'il doit appeler un premier ministre dans vos rangs aujourd'hui ? Qu'est-ce que vous attendez concrètement du président ?

2:10
Olivier Faure

Que ce soit... Aujourd'hui, peut-être pas. Il s'agit d'abord que le nouveau Front populaire se décide et fasse le choix d'une incarnation, d'un nom et d'une répartition des responsabilités pour qu'ensuite, le chef de l'État puisse appeler celui ou celle-là. Mais ça doit se faire très vite.

2:26
Présentateur

Très vite, c'est-à-dire ?

2:27
Olivier Faure

Ça veut dire que nous-mêmes, dans la semaine, nous devons arriver à nous mettre d'accord. et ensuite, au chef de l'État, de tenir compte des résultats et de faire en sorte d'appeler l'un d'entre nous à Matignon.

2:41
Présentateur

Ce point de calendrier, il est important. Vous êtes le deuxième ce matin sur France Info à nous le dire. Yannick Jadot nous disait, voilà, il faut que ce soit réglé dans la semaine. C'est l'objectif que vous vous êtes fixé au cours des réunions qui ont lieu ces dernières heures après les résultats ?

2:53
Olivier Faure

Oui, c'est ce que nous nous sommes dit. C'est-à-dire que nous devions, nous-mêmes, ne pas donner le sentiment que nous n'étions pas en capacité de gouverner. Nous le sommes. Après, la question tenait, enfin, Tire, Tire raconte forcément des équilibres entre nous et puis de ce que nous voulons faire. Et donc, oui, il faut que dans la semaine, nous puissions être en mesure de présenter une candidature pour Matignon et faire en sorte d'obliger le chef de l'État à tenir compte de cette situation.

3:18
Invité

On va parler du portrait robot de cette candidature idéale pour Matignon. Mais Olivier Faure, vous considérez en l'État que vous avez assez de sièges pour gouverner ? Parce que 178, même un peu plus, ça signifie une majorité très fragile qui pourra être renversée d'un instant à l'autre. Ça ne tiendra pas ?

3:35
Olivier Faure

Bien sûr que la réalité, c'est qu'un gouvernement, quel qu'il soit, de quelques blocs qui lui proviennent, est un gouvernement qui est en réalité assez fragile puisque nous n'avons pas de majorité absolue, ni pour les uns, ni pour les autres. Donc, comment est-ce qu'on va faire ? Il faut changer complètement de méthode. Matignon ne peut pas être la courroie de transmission, ça va de soi, du président de la République. Et il ne peut pas y avoir un pouvoir jupitérien qui s'installe à Matignon. Ça doit être, au contraire, un pouvoir qui considère que la réalité du pouvoir est au Parlement.

Et donc, faire en sorte d'accompagner le mouvement, de faire en sorte d'initier un certain nombre de propositions ou de projets, et de faire en sorte, ensuite, que la discussion se nourrisse au Parlement, de l'échange...

4:19
Invité

Donc, créer des majorités texte par texte au Parlement, c'est ça ? Mais avec un Premier ministre de gauche.

4:24
Olivier Faure

Mais vraisemblablement, effectivement, trouver des majorités texte par texte, il faudra bien que nous avancions. Et donc, comme on ne pourra pas procéder exclusivement par 49.3 et qu'on ne pourra pas dépendre uniquement des motions de censure qui pourraient être adoptées par la droite et l'extrême droite, eh bien, nous devons, effectivement, chercher texte par texte des majorités qui, sur la réforme des retraites, sur la réforme de l'assurance chômage, il n'y a pas besoin, ça se passera uniquement par décret, mais sur d'autres sujets, nous aurons besoin d'avancions.

4:54
Invité

Oui, vous dites que c'est à la gauche d'être à Matignon. Jérôme Guetsch, député socialiste, réélu, a mis en garde hier. Attention à ne pas reproduire une hégémonie à 190 alors qu'on a reproché à Emmanuel Macron son hégémonie à 250. Vous avez beaucoup moins de députés que la majorité sortante, mais vous prétendez gouverner seul, sans coalition, sans tendre la main ou sans saisir la main tendue par les macronistes.

5:17
Olivier Faure

Mais vous vous rendez compte que nous avons un pouvoir sortant qui a été défait à tous les tours du scrutin. Vous n'imaginez pas un seul instant que nous puissions demain nous expliquer qu'il y a un gouvernement dans lequel on retrouverait Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, etc.

5:33
Invité

Ils ont bénéficié d'un voie de barrage comme vous, comme le nouveau Front populaire aussi ?

5:37
Olivier Faure

Ils ont bénéficié d'un voie de barrage que nous avons nous-mêmes porté, mais surtout, il y a eu un premier tour, et dans ce premier tour, ils étaient 8 points derrière le nouveau Front populaire. Donc il n'y a pas photo, on n'a pas besoin d'appeler la VAR pour pouvoir chercher à comprendre qui était sur la ligne d'arrivée. Donc il y a un choix très clair qui a été fait par les Français et qui est d'en finir avec la politique conduite depuis 7 ans.

6:00
Présentateur

Mais on est très loin, Olivier Faure, quand on vous écoute, de ce qu'on a entendu dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon hier soir, qui disait que le nouveau Front populaire appliquera son programme, rien que son programme, tout son programme. Vous qui appelez à des compromis, voilà, ça n'est strictement rien à voir.

6:13
Olivier Faure

Mais nous allons devoir avoir un gouvernement du Front populaire qui ensuite s'en remettra au Parlement. Je ne dis pas qu'il faut renoncer à ce que nous avons porté. Moi, je porte avec toute l'énergie de l'espoir ce que nous avons proposé aux Françaises et aux Français. Simplement, il y a une forme de réalisme qui s'impose, c'est que nous n'avons pas de majorité absolue. Donc, nous serons bien obligés d'aller discuter au Parlement et de faire sorte que le Parlement redevienne le cœur battant de la démocratie.

6:47
Invité

Toujours avec Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti Socialiste. Olivier Faure, pour que ce soit clair, ce matin, vous dites, il n'y aura pas de coalition déraisonnable, de rassemblement des bonnes volontés, de gouvernement provisoire. Il n'y aura rien de tout cela. Il y aura la gauche seule à Matignon.

7:03
Olivier Faure

Mais il faut de la clarté. Il faut faire en sorte que les Français comprennent qu'il y a un avant et un après 7 juillet. Ils ont voté et ils ont voté pour ce changement. Et donc, moi, je souhaite que ce changement soit incarné par un nouveau gouvernement, qui soit un gouvernement issu du nouveau Front Populaire. Et je précise, le Front Populaire, ce n'est pas simplement quatre parties. C'est aussi la société civile organisée qui a accompagné ce mouvement. Et donc, moi, je souhaite que dans ce prochain gouvernement, on ait des gens qui, issus de la société civile, viennent renforcer et permettre d'être des relais aussi de ces changements nécessaires qui seront parfois contestés brutalement.

Je pense à tous les lobbies qui se mettront en marche dès aujourd'hui pour expliquer que rien n'est possible. Parce qu'à chaque fois que la gauche arrive au gouvernement, c'est toujours la même chose. Il y a toujours des gens pour dire qu'on ne peut pas toucher au salaire. On ne peut pas toucher au SMIC. On ne peut toucher à rien, en réalité, parce qu'il n'y aurait aucune alternative. C'était la phrase de Margaret Thatcher, restée célèbre pour cela. Donc, on a bien sûr besoin d'aller chercher à élargir cette majorité, mais d'abord dans le pays, faire en sorte que le pays comprenne que nous avons besoin.

Moi, j'appelle les forces sociales à se mobiliser à leur tour et à dire qu'elles veulent le changement et qu'elles l'accompagneront par leur proposition et qu'elles feront en sorte qu'il y ait une vraie rupture par rapport aux sept années qui se sont écoulées.

8:25
Présentateur

Mais que les choses soient claires, Olivier Faure, votre objectif, en fait, c'est de gouverner sans majorité absolue avec l'idée que vous ne serez pas censuré dans l'année qui vient, si on a bien compris ce que vous avez dit hier soir.

8:37
Olivier Faure

Oui, la responsabilité, elle appartient aussi au camp macroniste. C'est à eux de dire aussi s'ils sont prêts à mêler leur voix avec celle du RN pour obtenir la peau d'un gouvernement du Front populaire. C'est à eux de préciser leur pensée. Peut-être le feront-ils, peut-être ne le feront-ils pas. Ils pourront noter que, par exemple, pour ce qui nous concerne, pendant les deux années qui viennent de s'écouler, nous n'avons jamais mêlé nos voix à celle du RN, y compris pour la censure, y compris dans des moments où l'envie nous brûlait de censurer le gouvernement, notamment après la réforme des retraites.

9:11
Présentateur

Donc, on l'a bien compris, vous n'êtes pas dans une logique de coalition ce matin. Vous n'êtes pas dans la logique d'aller tendre la main, par exemple, à François Bayrou ou à d'autres.

9:18
Olivier Faure

Mais il y aura une discussion au Parlement. Le Parlement, il est fait pour ça. C'est quand même le temple de la démocratie. Et donc, il y a un Parlement dans lequel se nourront des accords et des désaccords, parce que c'est là que ça doit se passer. Et que, comme personne ne dispose d'une majorité absolue, il faut que le Parlement joue pleinement son rôle.

9:34
Invité

Olivier Faure, quel est le profil du Premier ministre demain ?

9:39
Olivier Faure

Quelqu'un qui sache à la fois rassembler la majorité relative et puis qui puisse, au-delà, rassembler les Français sur des objectifs qui sont des objectifs clairs, sur une méthode de gouvernement qui ne soit pas celle que nous avons connue jusqu'ici et qui permette à la fois d'apaiser et en même temps d'être dans une forme d'ambition qui réponde aux attentes des Français. Moi, je veux qu'on reparte aux attentes des Français.

10:04
Invité

Un politique ou quelqu'un issu de la société civile ? Raphaël Luxman parlait de Laurent Berger, par exemple, l'ancien patron de la CFDT.

10:11
Olivier Faure

Oui, qui a décliné. Ça aurait pu être un profil. Mais là, il faut qu'il y ait un accord entre nous sur la personnalité qui nous représentera. Mais je souhaite que cette personnalité soit quelqu'un qui soit capable, y compris, de dialoguer avec l'extérieur, de ne pas s'enfermer, de ne pas... On a besoin de quoi ? On a un pays qui est totalement fracturé, un pays qui est divisé comme jamais. On a besoin de le réconcilier avec lui-même. Les Français ont fait une énorme part du travail ce week-end en rejetant massivement l'offre d'une majorité absolue pour le RN. Mais maintenant, le travail doit continuer. Il va falloir prendre... Il faut un tisserand.

Il faut des gens qui soient capables de reprendre maille après maille.

10:49
Invité

Quelqu'un de consensuel, ça ne sera pas un insoumis, vous le dites clairement aujourd'hui ?

10:53
Olivier Faure

Mais nous aurons à discuter avec, y compris les insoumis. Ce que j'ai dit à plusieurs reprises et que je pourrais répéter devant vous ce matin, c'est que Jean-Luc Mélenchon n'a pas ce profil-là parce qu'il est certainement le plus clivant au sein du Nouveau Front Populaire. Maintenant, nous allons décider ensemble et je ne veux pas préjuger de ce que sera la décision commune.

11:10
Présentateur

Mais quelqu'un issu de la France insoumise, ça n'est pas complètement exclu pour vous ce matin ?

11:14
Olivier Faure

Mais je ne veux exclure par principe personne, même si je pense qu'il faut un profil qui permette de dialoguer avec l'extérieur, qui permette de rassembler la société civile organisée, non pas pour l'enrôler, mais pour entrer en dialogue avec elle et faire en sorte que le changement soit possible.

11:31
Présentateur

Et quelqu'un qui n'effraie pas le monde de l'entreprise, le monde économique, dans un quart d'heure vont ouvrir les marchés par exemple, dans un pays qui est très endetté, c'est important ça aussi ?

11:39
Olivier Faure

Je crains que nous soyons tous effrayants pour ceux qui pensent que les privilèges doivent être préservés. Et donc oui, c'est vrai que...

11:46
Présentateur

Non mais vous le savez bien qu'il y a une réalité, ce pays a besoin de lever plusieurs dizaines, plusieurs centaines de milliards d'euros chaque année pour financer sa dette. Voilà, ce n'est pas non plus un détail ça.

11:56
Olivier Faure

Ça n'est pas un détail, ça ne m'a pas échappé. Et donc je pense qu'il faudra tenir compte de toutes ces contraintes et partir avec l'idée que nous ne sommes pas là pour 15 jours, nous sommes là pour à minima un an, et qu'il faut faire la démonstration que la gauche au pouvoir ça fonctionne.

12:14
Invité

Et est-ce que votre nom sera proposé, Olivier?

12:15
Olivier Faure

Cette question est une question qui intéresse bien sûr la France, mais qui intéresse aussi l'Europe. La première personne qui m'a appelé hier soir, c'est la dirigeante de l'opposition italienne, Elie Schein, qui évidemment regarde avec beaucoup d'intérêt ce qui se passe en France, parce que face à Georgia Meloni, elle est dans une situation assez comparable, même si chez elle, c'est l'extrême droite qui goutera.

12:36
Invité

Olivier Faure, est-ce que votre nom sera proposé, et comment et quand allez-vous vous mettre d'accord sur ce nom de Premier ministre à proposer au Président?

12:42
Olivier Faure

Le nom viendra dans la semaine, et nous allons avoir des discussions. Nous avons commencé hier soir, nous recommencerons le soir prochain. Un vote? Mais nous verrons, soit ce sera par consensus, et s'il n'y a pas de consensus, ce sera forcément, il faudra bien trouver un moyen.

12:57
Invité

Ça fait trois semaines que la campagne a commencé, vous n'avez toujours pas de nom de Premier ministre. Aujourd'hui, les Français vous ont fait confiance, et vous nous dites, on ne sait toujours pas, on ne sait même pas comment on va le désigner.

13:05
Olivier Faure

Si, je viens de vous le dire, soit c'est par consensus, soit il y aura forcément un vote. Parce qu'il faudra bien qu'à un moment, cette détermination se fasse de manière démocratique. Et le nouveau Front populaire, il n'a de vocation durable que dans une capacité à diriger ensemble, et donc à avoir une forme de démocratie interne qui permette d'avancer. Il n'y aura pas de l'extérieur, qui que ce soit, qui dictera sa conduite au Front populaire.

13:33
Invité

Est-ce que ça pourrait être vous, juste d'un mot, oui ou non ?

13:35
Olivier Faure

Ça pourrait être tous ceux, les 194 que moi j'ai comptés, qui appartiennent au nouveau Front populaire. L'un d'entre eux sera Premier ou Premier ministre.

13:42
Invité

Et sur le programme, est-ce que vous faites un geste vers la droite ? On a vu que le pays penchait à droite aussi, qu'aux Européennes, c'est le Rassemblement national qui est arrivé en tête. Est-ce que vous allez proposer quelques mesures consensuelles rassembleuses ?

13:57
Olivier Faure

Ce qui est certain, c'est que nous ne pouvons pas faire l'impasse sur ces 10 millions de Françaises et Français qui ont à un moment pensé que l'alternative, le changement, pouvait venir de l'extrême droite. C'est extrêmement clair que pour reprendre l'écriture de Ruffin, il va falloir rassembler les tours et les bourgs. Et qu'il va falloir entendre aussi la demande de sécurité qui est posée par les Français. Et donc, de ce point de vue, nous avons dans notre programme le retour de la police de proximité, qui est un impératif. On ne peut pas avoir simplement une police d'intervention qui agit au coup par coup, mais qui crée autant de tensions qu'elle règle des conflits.

Et donc, nous avons besoin de ramener à une police de proximité et puis mettre les moyens aussi contre le narcotrafic qui mine aujourd'hui complètement des quartiers, des villes et parfois des îles. J'étais pendant la campagne des Européennes en Martinique où le maire de Fort-de-France m'avait dit à quel point ils souffraient aujourd'hui de la présence des narcotrafiquants.

14:56
Invité

Donc, vous n'allez pas délaisser la sécurité ?

14:59
Olivier Faure

Jamais, nous ne laisserons la sécurité qui est un sujet essentiel. Et il y a tant de gens aujourd'hui, y compris dans les quartiers populaires, qui souffrent de la présence du narcotrafic, qui souffrent aussi des incivilités, qui souffrent de tout ce qui fait ce malaise quotidien et que nous avons besoin de régler. Et moi, je souhaite une police qui soit présente, qui soit là, qui connaisse les gens. Vous savez, dans les quartiers, en général, on sait très bien qui sont les fauteurs de troubles.

Et on a besoin de policiers qui, en liaison d'ailleurs, non pas seulement avec l'appareil répressif, mais aussi avec la justice, mais aussi avec les médiateurs, mais aussi avec celles et ceux qui font vivre au quotidien la ville, avec les élus locaux, soient en mesure de réguler et d'assurer la tranquillité publique, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

15:51
Présentateur

Et toujours Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti Socialiste, qui nous disait tout à l'heure que la gauche allait présenter dans la semaine une candidature au poste de Premier ministre. Mais pourquoi faire ? Quelles seraient les toutes premières mesures qu'un gouvernement, Nouveau Front Populaire, mettrait en place ?

16:05
Olivier Faure

D'abord, la vocation, c'est de dérouler tout le projet du Front Populaire. Bien sûr qu'il y a des priorités et parmi lesquelles, évidemment, il faut commencer par le pouvoir d'achat. Faire en sorte que nous puissions commencer par à la fois le SMIC, l'augmenter, et faire en sorte aussi de bloquer les prix de première nécessité pendant les six premiers mois et permettre une négociation avec le milieu de la distribution pour pouvoir faire en sorte que les prix puissent baisser. Faire en sorte que l'alimentaire, vous vous rendez compte que ça a été une augmentation moyenne de 20%, le prix des pâtes 40%.

On a aujourd'hui des gens qui, arrivant à la caisse du supermarché, abandonnent une partie de leur course parce qu'ils ne peuvent pas payer. Et bien ce moment-là doit s'arrêter et donc il faut que chacun puisse retrouver une capacité, non pas attendre le 10 du mois pour se dire que c'est la fin du mois, mais de faire en sorte que les gens puissent à nouveau vivre de leur salaire.

Tout simplement, je viens de le dire, il faut que les salaires bougent, il faut que nous puissions mettre en place à la fois l'augmentation du SMIC, l'augmentation de 14% et puis faire en sorte aussi d'avoir une conférence salariale, faire en sorte que les salaires bougent dans leur intégralité, avoir une relance par la consommation et faire en sorte qu'y compris les entreprises en profitent parce qu'aujourd'hui que nous disent les artisans, les commerçants étudiants nous disent en fait le problème c'est qu'on a un marché qui atone et il suffit de faire n'importe quel marché pour comprendre ce que disent les gens, ils disent le problème c'est que les gens n'ont plus d'argent donc ils ne consomment plus parce que, non pas parce qu'ils ne veulent pas consommer mais parce que tout simplement la fin du mois commence trop tôt.

17:37
Invité

Mais ce n'est pas l'inverse que ça va provoquer, augmenter les salaires, augmenter le SMIC, les entreprises peut-être pourront moins embaucher, ça peut peser aussi sur l'emploi.

17:45
Olivier Faure

Il y a un moment de transition, c'est évident, mais ce moment de transition il faut qu'on l'accompagne, mais la réalité c'est qu'elles vont être les premières bénéficiaires. Je ne veux pas revenir jusqu'à Ford qui disait qu'il faut qu'il paye mieux ses ouvriers pour qu'ils puissent acheter ses voitures, mais il y a quand même quelque chose qui devrait nous faire tilt, c'est qu'à un moment quand il n'y a plus d'argent, il n'y a plus de consommation et de quoi ont besoin les entreprises sinon de trouver un marché qui permette de vendre tout simplement.

18:13
Présentateur

Sur l'abrogation de la réforme des retraites, comment est-ce que vous comptez vous y prendre ? Ce qu'on l'a rappelé tout à l'heure, il faut une loi pour défaire cette loi.

18:22
Olivier Faure

Il faut un projet de loi et que nous déposerons devant l'Assemblée et l'Assemblée aura à se prononcer. On verra à ce moment-là qui est prêt à aller jusqu'au bout et ceux qui au contraire se défilent.

18:31
Présentateur

Et si vous n'avez pas de majorité absolue, est-ce que ce qui a été décidé par 49-3 pourrait se défaire par 49-3 ?

18:39
Olivier Faure

Ce qui s'est fait par 49-3 peut se défaire par 49-3, évidemment, puisque là, en l'occurrence, il s'agirait d'un parallélisme des formes. Je ne dis pas que sur tous les projets, il faut à chaque fois revenir avec le 49-3, il faut essayer de gouverner différemment. Mais sur un sujet sur lequel il y avait 80% des Français qui étaient hostiles à cette réforme, je pense que là, chacun comprendrait que ce qui a été imposé par le 49-3 peut être éventuellement aussi défait par 49-3.

19:10
Invité

C'est LFI, la France Insoumise, qui a la majorité relative, dans cette majorité relative du nouveau front populaire. Qu'est-ce que ça s'est dit ?

19:18
Olivier Faure

Je ne suis pas sûr, mais enfin, c'est... Ah, ça peut encore bouger ? On verra, on verra quand les groupes se constitueront, mais...

19:24
Invité

On sait que ça peut évoluer. Le Parti Socialiste pourrait être le premier groupe ?

19:28
Olivier Faure

Je pense que c'est possible.

19:30
Invité

C'est possible. Et pourquoi ? Est-ce que, par exemple, François Ruffin a acté la rupture avec la France Insoumise dans l'entre-deux-tours ? Et il l'a dit, Jean-Luc Mélenchon est un boulet, un obstacle au vote. Est-ce que vous partagez son point de vue ?

19:42
Olivier Faure

Je ne sais pas ce que fera exactement François Ruffin. Ce que j'ai compris, c'est qu'effectivement, il ne siègerait pas avec la France Insoumise. Il est possible que d'autres fassent le même choix. Je n'en sais rien. Il y a des discussions là en ce moment. Vous êtes d'accord ou pas ?

19:53
Invité

Est-ce que c'est un boulet, Jean-Luc Mélenchon ?

19:55
Olivier Faure

Moi, je n'utiliserai pas cette expression. Tout le monde a eu sa place et son rôle dans ce nouveau front populaire. et de Jean-Luc Mélenchon jusqu'à François Hollande, chacun a sa place dans la discussion. Simplement, il faut aussi à un moment se poser la question de savoir comment est-ce qu'on gouverne, qui est plus à même de le faire, comment est-ce qu'on peut être en capacité d'apaiser ce pays, faire en sorte de réparer les fractures qui le divisent profondément. Et donc, il y a des profils qui s'imposent plus que d'autres.

20:27
Présentateur

Pour revenir au groupe, à la composition du groupe, à l'heure où on se parle, vous pensez que le Parti Socialiste peut être le premier groupe au sein de ce nouveau front populaire ?

20:37
Olivier Faure

Je le pense, je n'en sais rien. On va voir quelles sont les affiliations. Il y a les ultramarins, il y a tous ceux qui étaient dans le front populaire sans être affiliés à telle ou telle formation politique. Donc, je dis simplement, soyons prudents dans ce que nous disons aujourd'hui. Et pour l'instant, je n'en sais rien, on verra dans les prochaines heures ou les prochains jours.

20:54
Invité

Est-ce que Raphaël Glucksmann, qui a incarné un espoir de courte durée avant la dissolution pour la social-démocratie aux européennes, aura un rôle de premier plan à jouer dans cette recomposition ?

21:06
Olivier Faure

Bien sûr. Moi, je souhaite que Raphaël puisse jouer un rôle dans cette recomposition et faire en sorte que cette coalition du nouveau front populaire puisse fonctionner en ayant en tête que personne n'est hégémonique et que tout le monde doit s'accorder et que nous avons besoin de trouver cet équilibre qui permet d'avancer. On ne peut pas à la fois expliquer que nous voulons rassembler les Français et en même temps ne pas rassembler la gauche. Donc, pour rassembler les Français, il faut commencer par rassembler la gauche.

21:37
Invité

Mais il ne faut pas rassembler un peu au-delà de la gauche, voire un peu au-delà de votre coalition. Il y a Édouard Philippe qui tend la main, par exemple, qui dit qu'il est disponible. Il y a Xavier Bertrand, à droite aussi, qui a appelé un gouvernement provisoire. Alors, vous dites non, non, on veut être seuls.

21:50
Olivier Faure

Non, mais ce n'est pas vrai. D'abord, eux disent... Vous vous tendez la main entre vous, en fait. Non, ils veulent bien décomposer le front populaire pour faire autre chose. Il faut quand même de la clarté. Les Français, ils n'ont pas choisi d'avoir un espèce de truc, d'une tambouille politicienne qui se déroule dans leur dos et où, après avoir défait la majorité présidentielle, on retrouverait d'un seul coup la même majorité présidentielle avec d'autres et recommencer en même temps. Le en même temps, ça conduit derrière à l'extrême droite.

22:19
Présentateur

Le nouveau front populaire, c'est un bloc intangible ce matin. C'est du marbre. Ça ne bougera pas. Il n'y aura pas quelques députés qui décrocheront pour aller travailler sur une majorité centrale.

22:28
Olivier Faure

Mais qu'il y ait des gens qui veulent nous rejoindre sur la base du projet que nous avons proposé aux Français, bien sûr que c'est possible.

22:34
Présentateur

Ce n'est pas ce dont parle Édouard Philippe. Lui, c'est plutôt... On peut s'arranger avec quelques socialistes, avec DLR.

22:39
Olivier Faure

Édouard Philippe, il veut décomposer le front populaire et il veut mettre en œuvre un projet qui serait la poursuite, la continuité de ce qui se fait depuis 7 ans. Je crois que les Français, on dit très clairement, au premier tour, à 80% si on y mêle un instant sans avoir les mêmes projets. Mais en fait, il y a un rejet massif de ce qu'a été réalisé par Emmanuel Macron. Donc on ne va pas remettre en selle Emmanuel Macron. Ce serait une absurdité totale. Et ça aboutirait à quoi ? Ça aboutirait à un tel dégoût des Français. Nous serions le carburant de l'extrême droite. Je ne veux pas être le carburant de l'extrême droite.

Nous avons été obligés de mettre en place un front républicain pour lui faire face. Il ne s'agit pas aujourd'hui d'être le fioul qui permettra demain à l'extrême droite de revenir en majesté. Regardez-le se délecter de cette idée qu'il pourrait y avoir une forme de ce qu'ils appelaient autrefois l'UMPS qui permettrait demain de dire regardez, en fait, la seule alternative, c'est nous, l'extrême droite. Eh bien non, l'alternative, ça n'est pas l'extrême droite et ça ne le sera jamais. Mais en revanche, il y a aujourd'hui une gauche qui est prête à gouverner, qui le fera dans la clarté et qui cherchera au Parlement à trouver des majorités.

23:47
Présentateur

Merci Olivier Faure. Et on retient donc que vous avez l'intention avec le Nouveau Populaire de présenter dans la semaine une candidature au poste de Premier ministre. Merci d'avoir été sur France Info ce matin. Agathe, dans un instant, nous recevons Roland Lescure.

24:01
Invité

Exactement, le ministre délégué chargé de l'industrie et de l'énergie. Est-ce qu'il tend la main et que pense-t-il de cette attitude du Premier secrétaire du Parti Socialiste qui refuse une coalition avec les macronistes ? France Info, législative 2024. Bonjour Roland Lescure.

24:20
Présentateur

Bonjour.

24:20
Invité

Vous êtes ministre, vous êtes encore ministre délégué chargé de l'industrie et de l'énergie. Vous avez été réélu député des Français d'Amérique du Nord. Roland Lescure, Emmanuel Macron voulait une clarification avec cette dissolution. C'est raté, c'est la grande confusion aujourd'hui ?

24:36
Présentateur

D'abord, il y a une chose qui est claire quand même, c'est que le Rassemblement National n'a pas la majorité absolue. Et ce n'est pas arrivé par hasard. Ils avaient 500 candidats pour le second tour. Ils ont au total à peine 150 députés. Et ça, c'est lié à une chose importante sur laquelle j'insiste, c'est que le Front Républicain a fonctionné. Ça veut dire en pratique qu'il y a des gens qui ont voté pour des candidats dont ils n'étaient pas nécessairement proches d'un point de vue du programme.

Des gens de chez nous qui ont voté pour des candidats de gauche et des gens de gauche qui ont voté pour des candidats de chez nous parce qu'ils souhaitaient avant tout faire barrage au Rassemblement National.

25:12
Invité

Mais pour le reste...

25:13
Présentateur

Non, mais c'est important. C'est-à-dire que ce n'est pas de la magouille, ce n'est pas de la combinaison. C'est qu'aujourd'hui, le Front National, le Rassemblement National, il y a 70% des Français et des Français qui leur ont dit non. Ensuite, on se retrouve effectivement avec trois blocs aujourd'hui dont aucun n'a la majorité absolue. Ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est que personne n'a gagné seul. Et je ne vais pas vous raconter des histoires. Nous avons perdu au sens où on a perdu 80-90 députés par rapport à la situation il y a quelques semaines. Le Front de Gauche en a gagné une quarantaine. L'extrême droite, une cinquantaine.

Mais on se retrouve aujourd'hui avec trois blocs qui, chacun d'entre eux séparément, ne peuvent pas gouverner seuls. Et ça, ça veut dire qu'il faut penser les choses différemment pour l'avenir. Alors, il y a au moins une chose qui s'est clarifiée depuis hier soir, Roland Lescure, c'est qu'au Nouveau Front Populaire, qui a discuté apparemment toute la nuit, Olivier Faure était à votre place il y a quelques minutes. Ils n'ont absolument pas l'intention d'entrer dans une logique de coalition, c'est-à-dire de demander à tel ou tel de venir compléter et d'atteindre une majorité absolue. Ils veulent gouverner avec une majorité relative, comme vous l'avez fait, d'une certaine manière, depuis 2022.

Est-ce que ça vous semble acceptable ? Moi, je le regrette. Je vais revenir dans une seconde sur les raisons pour lesquelles je le regrette. On n'est pas tout à fait sur les mêmes nombres qu'on avait depuis deux ans et à partir de demain. Pourquoi je le regrette ? Parce que moi, j'ai vécu au Canada pendant dix ans et quand on a un gouvernement minoritaire, ils cherchent un accord. En Allemagne, on crée des coalitions. En Angleterre, en Irlande, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique, partout dans le monde, quand on se retrouve face à cette situation, on trouve une manière différente de gouverner. Et ça ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tout.

Mais vous n'avez pas fait depuis 2022, vous étiez précisément dans cette situation. D'abord, on a essayé, on n'a pas réussi. Et je pense que si on n'a pas réussi, c'est parce que nous n'avons pas fait les choses bien. Je ne veux pas donner l'impression qu'on a tenté d'entrer dans une logique de coalition. Oui, on a essayé, mais je pense qu'on n'a pas suffisamment et on n'a pas bien essayé. Vous avez vraiment entendu la main ? Moi, j'ai eu l'occasion d'échanger pendant ma campagne avec une ancienne première ministre de Nouvelle-Zélande qui était à Boston qui me disait faire une coalition, c'est être capable de faire de vrais compromis.

y compris avec des gens qui ne sont pas d'accord avec vous sur beaucoup de choses mais dont vous avez besoin pour gouverner. Ces gens-là peuvent représenter 5, 10, 15% des voix mais c'est les 5, 10, 15% des voix dont vous avez besoin pour avancer. Donc, si clarification il y a au-delà du fait que le Rassemblement National est minoritaire en France et tant mieux, c'est peut-être qu'on doit changer de méthode que dans une cinquième république extrêmement pyramidale, on se retrouve aujourd'hui avec une démocratie parlementaire malgré nous ou peut-être même malgré le président de la république qui va devoir avancer de manière différente.

Mais en tout cas, je suis convaincu qu'aujourd'hui, d'ailleurs vous le dites, on l'a prouvé nous-mêmes en deux ans, malgré une majorité relative plus importante que l'NFP aujourd'hui, on a eu du mal à gouverner. On y est arrivé, on a voté 70 textes, etc. Mais ça a été difficile. Ça ne va pas être plus facile aujourd'hui. Donc soit on trouve des manières de travailler ensemble, soit les mêmes choses produisant les mêmes effets, ça va être très difficile à gouverner pour des gens qui vont se sentir égémotiques alors qu'ils seront minoritaires. Législative 2024, Agathe Lambret, Jérôme Chapuis.

28:36
Invité

Toujours avec Roland Lescure, ministre délégué chargé de l'Industrie et de l'Énergie, réélu député des Français d'Amérique du Nord. Effectivement, vous le précisiez, vous le rappeliez, le nouveau Front populaire a une majorité très relative, assez courte, avec 178 députés élus minimum. Cependant, est-ce que le Président peut ne pas proposer Matignon à ces groupes arrivés en tête ?

28:58
Présentateur

Écoutez, le Président de la République fera ce qu'il doit faire. C'est-à-dire qu'il va le regarder, la situation en place à l'Assemblée nationale, avec, il faut le reconnaître quand même, le Rassemblement national qui a le premier groupe politique

29:12
Invité

et le nouveau Front populaire

29:16
Présentateur

qui représente une coalition dont il faut le reconnaître aussi, qui ont le nombre le plus important de députés.

29:22
Invité

Vous voulez dire que le Président pourrait proposer un Premier ministre au sein du Rassemblement national ? C'est pas expliqué pour vous ?

29:26
Présentateur

C'est sa prérogative. En tout cas, les institutions ne fixent pas la règle. L'habitude aurait voulu que ce soit le premier groupe. On a eu des cohabitations précédentes dans lesquelles ça s'est passé. A chaque fois, ça a pris un peu de temps quand même, sauf quand le résultat a été extrêmement clair. Je me souviens qu'en 86, ça a pris quelques jours. Moi, je pense qu'il faut que les résultats soient totalement stabilisés et ensuite, le Président de la République fera son choix.

Mais les responsables du nouveau Front populaire, Olivier Faure, qui était à votre place tout à l'heure, nous disaient, voilà, dans quelques jours, on se sera mis d'accord au sein du nouveau Front populaire pour proposer un nom à Emmanuel Macron. Ce nom, il va s'imposer, non ? Écoutez, on verra. D'abord, on verra le nom en question. On verra si effectivement, extrêmement volubile qu'a parlé le premier avant tout le monde pour expliquer que tout le monde devait partir sauf lui et qu'il avait gagné. Bon, on verra. S'ils arrivent à le calmer, à la mettre dans un coin et à sortir un autre nom, peut-être, à ce stade, les discussions se poursuivent.

Visiblement, elles durent et on verra où ça les mène. Mais j'allais dire, chacun son sujet. À ce stade, le nouveau Front populaire, il a l'air solide. Oui, et c'est logique. Attendez, à ce stade, c'est logique. Moi, ce que je sais quand même, a un programme qui est aujourd'hui minoritaire en France et je sais aussi que malgré ce programme, il y a un certain nombre de sujets qui ne sont pas réglés. Moi, je ne veux pas commencer à égrener ce à quoi ressemblerait un gouvernement Front populaire mais le ministre de l'énergie, c'est qui ? C'est un pro-nucléaire comme Jean-Paul Lecoq ou c'est une anti-nucléaire comme Marine Tondelier et le ministre des Affaires étrangères ?

C'est Jean-Luc Mélenchon ou c'est M. Glucksmann ? On a aujourd'hui quand même à la fois sur le fond et des personnalités qui me semblent largement incompatibles et d'ailleurs, on l'a vu pendant la campagne européenne. Donc, qu'aujourd'hui, 24 heures après l'élection, il reste soudé, j'allais dire, le contraire serait étonnant. Vous êtes en train de prédire un effritement du nouveau Front populaire. Je ne prédis rien.

Je sais qu'aujourd'hui, derrière un programme qui a l'air solide, qui de mon point de vue est quand même assez incohérent, il y a aussi des divergences fondamentales sur des sujets fondamentaux dont la guerre en Ukraine, dont ce qui se passe dans le monde, dont le rapport aux Etats-Unis, dont le rapport à l'Europe.

31:45
Invité

ont obtenu la majorité relative. Dites-nous, aujourd'hui, est-ce que pour vous, il y a un scénario où les macronistes conservent le pouvoir d'une façon ou d'une autre ?

31:55
Présentateur

Je pense qu'aujourd'hui, et on est les premiers, je dirais, personne n'est majoritaire et nous ne le sommes pas non plus. La question, c'est, est-ce qu'il y a des conditions selon lesquelles nous pouvons contribuer à l'exercice du pouvoir ?

32:08
Invité

Faire une coalition, par exemple ?

32:09
Présentateur

Dans 90 pays sur 91 dans le monde, la question se poserait effectivement, et la réponse serait probablement oui. En France, où on est dans la 5ème République depuis maintenant 70 ans, la réponse est possiblement non. Maintenant, entre une assemblée boquée, avec, vous dites majorité relative, il faut arrêter, on a trois blocs minoritaires. Il y en a un qui est un peu moins minoritaire que les autres, mais 180 députés sur 577, ce n'est même pas un tiers de l'assemblée. Donc, on n'a pas aujourd'hui de majorité relative.

32:40
Invité

Vous pensez que ce gouvernement va être renversé immédiatement s'il y avait un gouvernement de nouveau ?

32:44
Présentateur

On n'en est pas là. Pour l'instant, on n'en a pas de gouvernement. Mais ce qui est clair, c'est qu'aujourd'hui, moi je suis prêt à travailler avec des gens de bonne volonté, des républicains des deux bords, comme on le dit, pour avancer sur une démarche de progrès et une démarche de compromis. Si le compromis, comme je l'ai un peu entendu depuis 24 heures, c'est, on a un programme et c'est avec ce programme ou sans nous, là on va avoir du mal à avancer. Parce que ce programme, je le répète, il est minoritaire. Et largement minoritaire. Et je ne suis pas plus majoritaire que je le suis moi. Mais reconnaissons que si on veut avancer, il va falloir apprendre à faire de mon avis.

Mais la logique des institutions et la logique du nouveau Front Populaire depuis hier soir, c'est de dire qu'on peut gouverner en Ve République avec une majorité relative tant qu'on n'est pas censuré par l'opposition. Et tout à l'heure, encore une fois, Olivier Faure disait qu'on attend de voir si les députés d'ensemble, donc vous, sont prêts à mêler leur voix à celle du Rassemblement National pour censurer un éventuel gouvernement au nouveau Front Populaire. Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Ce que je peux vous dire, c'est que selon, allez, je vais le dire comme ça, que le ministre de l'Intérieur et Louis Boyard ou Jérôme Gage, je n'aurai pas la même vision de ce gouvernement.

Et ces deux personnes-là, qui sont de mon point de vue totalement incompatibles sur les valeurs de la République, font partie de ce nouveau Front Populaire. Donc s'ils sont capables de constituer un gouvernement avec ces gens-là, je jugerai en conséquence à la fois en fonction des personnes, mais surtout de leur rapport à la République et de leur programme. Aujourd'hui, le programme, je le répète, il est peut-être cohérent, mais il est minoritaire. Et la retraite à 60 ans, la sixième semaine de congé payé, le SMIC à 1600 euros, on rase gratis et tout va bien. je ne suis pas sûr qu'il soit majorité en France. En tout cas, je suis sûr qu'il n'est pas financé.

34:33
Invité

Roland Lescure, pendant la campagne, vous n'avez pas franchement fait dans la subtilité. Emmanuel Macron dénonçait le projet immigrationniste du nouveau Front Populaire, un programme qui mènerait à la guerre civile. Gabriel Attal pointait des propositions économiques qui conduiraient le pays à la ruine. Donc aujourd'hui, vraiment, vous nous dites, vous pourriez vous mettre d'accord avec nous.

34:50
Présentateur

Non, mais moi là-dessus, j'ai évité pendant toute la campagne d'avoir des mots que j'aurais jugés définitifs. Moi, depuis le début, je pense qu'il ne faut pas injurer l'avenir. Depuis le début, je pense que personne ne serait majoritaire. Je ne vais pas vous dire que j'avais prévu le résultat, mais les trois blocs, je m'y attendais. Et que j'avais peur que le Rassemblement National soit majoritaire. Et c'est pour ça que, dès le premier tour, à 20h, moi, j'ai appelé à des histoires réciproques. Et je ne voudrais pas qu'on l'oublie.

35:20
Invité

Il y a eu des erreurs dans cette campagne ?

35:22
Présentateur

Mais bien sûr. Il y a eu des erreurs partout d'ailleurs. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui, le Rassemblement National n'est pas majoritaire en France et tant mieux, grâce à des gens de chez nous qui ont voté pour des candidats de gauche et grâce à des électeurs de gauche qui ont voté pour des gens de chez nous. Et ça, merci à eux. Parce que ça a dû être difficile. Alors, maintenant, on a une assemblée qui ressemble à ce qu'elle ressemble. Les Français nous ont dit vous êtes trois blocs. Il n'y en a aucun d'entre vous qui est majoritaire. Mettez-vous d'accord. Moi, c'est l'impression que c'est le message que j'entends. Et donc, on arrive à avancer de manière différente.

Soit on continue à avancer comme nous avons avancé et sans doute pas parfaitement depuis deux ans et on aura le même résultat. Moi, j'espère qu'on va être capable de penser différemment. Ça va prendre quelques jours. Je ne m'attends pas à ce que dès demain, on arrive à constituer une coalition différente. Mais je l'appelle de mes voeux. Vous étiez dans ce studio, il y a un mois tout juste, le 9 juin au soir, Agathe Lambret était là avec moi ici dans ce studio quand vous avez appris, quand nous avons appris ensemble à 21h02, la dissolution avec le recul un mois plus tard. Est-ce que vous ne vous dites pas justement, là était l'erreur ?

Écoutez, moi, dans la vie, j'ai l'habitude de dire ce que je maîtrise, je fais à fond. Ce que je ne maîtrise pas, je vis avec. Clairement, ce n'était pas de ma prérogative et ce n'était pas ma décision. Nous en avons été témoins. Et vous en étiez témoins puisque j'étais littéralement juste à l'entrée de ce studio quand nous avons entendu que cette dissolution arrivait. Elle a clarifié une chose et ça, je m'en félicite, c'est qu'aujourd'hui, il y a 70% des Françaises et des Français qui s'en mégoter malgré des votes qui ne les enchantent pas disent non au Rassemblement National.

Ça veut dire qu'on a un an, deux ans, trois ans, ensuite, pour trouver une autre manière de gouverner qui va nous montrer que ce refus du Rassemblement National, il est capable de mener à autre chose. S'il mène à ce qu'on a connu depuis deux ans, dont je concède que nous sommes en partie responsables, on n'ira nulle part. Donc, moi, j'en appelle vraiment et j'espère, moi, le premier, à la responsabilité collective des hommes et des femmes politiques pour leur dire cette fois-ci, il faut qu'on le fasse différemment. Sinon, dans trois ans, malheureusement, on risque d'avoir Mme Le Pen à l'Elysée et ça, mais vraiment, je ferai tout pour l'éviter.

Ça veut dire que moi, je suis prêt à faire des compromis sur un certain nombre de choses que je porte depuis sept ans, mais il faut que les autres soient prêts à le faire aussi. Et à ce stade, je ne l'ai pas entendu et j'allais dire c'est normal, il faut que tout ça se propose, que la poussière retombe, ça va prendre quelques jours, quelques semaines, peut-être même quelques mois. En Allemagne, moi, je travaille avec mon homologue allemand, il est écolo et il travaille avec des libéraux de droite, ils arrivent à travailler ensemble. C'est pas dans notre culture. Mais non, mais ils sont arrivés, ils y sont arrivés, essayons de changer de culture. Toujours avec Roland Lescure,

38:13
Invité

ministre délégué chargé de l'Industrie et de l'Énergie, réélu député des Français d'Amérique du Nord, vous parliez à l'instant d'erreur dans cette campagne. Il y a aussi Édouard Philippe qui a contesté le principe même de cette dissolution hier en disant qu'elle n'avait rien clarifié, au contraire, qu'elle avait conduit à une grande intermination, indétermination. Il y a Gabriel Attal, le Premier ministre, dont la première phrase hier soir a été « Cette dissolution, je ne l'ai pas choisie ». Est-ce que cette dissolution, c'est la fin du macronisme ? Roland Lescure ?

38:41
Présentateur

D'abord, je voudrais dire franchement, chapeau, bravo et merci à Gabriel Attal parce que, vous l'avez dit, il ne l'a pas choisi. Il a relevé le gant et il a mené une campagne exceptionnelle et certes, on a perdu 80-90 députés mais on nous annonçait bien pire il y a deux semaines, il y a même une semaine et je pense que le choix qu'il a fait, que le Président de la République a fait d'ailleurs du Front Républicain dès la fin du premier tour. Bon, non seulement a permis à un certain nombre de mes collègues d'être élus ou réélus mais surtout, je le répète, de faire en sorte que le Rassemblement national ne soit pas majoritaire.

Ensuite, clairement, c'est apparu assez évidemment hier soir, la perception des leaders de la majorité vis-à-vis de cette décision est pour le moins variable. Moi, ce que j'espère aujourd'hui, au vu de l'état de la majorité et de l'Assemblée nationale...

39:30
Invité

C'est très divisé, on a l'impression que le Président ne tient plus rien, Roland Leschi. Vous ne dites pas que c'est fini le macronisme ? Vous vous voyez encore une cohésion là-dedans ?

39:37
Présentateur

Qu'il y ait un peu de flottement, je dirais le contraire serait étonnant. On a aujourd'hui trois blocs, dont un qui est moins majoritaire que les autres, le nôtre, avec sans doute des différences de perception, y compris sur le Front Républicain d'ailleurs, que j'ai regretté moi. Je pense que ça n'est pas mégoté. Donc voilà, moi j'espère qu'on va rester rassemblés, j'espère qu'on va rester unis, parce que, évidemment, autant je pense que le Front Populaire peut se fissurer et on verra à quel niveau ça arrive, autant je pense aussi que nous, on peut se fissurer. Et ça, ça m'inquiète. Ça m'inquiète pourquoi ?

40:11
Invité

Ça m'inquiète pourquoi ?

40:13
Présentateur

Non mais peut-être que tout simplement, tout ça se terminera par ce qu'on constitue le clivage gauche-droite et au fond, le macronisme, comme vous l'appliez, n'a été qu'une parenthèse. Moi, je croyais et je crois encore à ce dépassement. Je croyais et je crois encore à notre capacité en France à dépasser les clivages traditionnels qui sont en partie liés à des idées mais en partie liés à des postures de manière à construire une France qui avance et qui rejette les extrêmes. Moi, j'y crois encore et donc je souhaite continuer à travailler dans ce sens.

40:42
Invité

Vous n'irez pas dans un groupe de gauche avec Clément Beaune, l'ancien ministre ou Sacha Houllier, les tenants de la gauche ?

40:46
Présentateur

J'allais dire Clément Beaune, malheureusement pour lui, il ne sera pas dans un groupe puisqu'il n'a pas été élu.

40:50
Invité

Moi, j'aimerais

40:54
Présentateur

qu'on reste ensemble. J'espère qu'on va rester ensemble. J'espère qu'on va rester groupés mais j'espère aussi qu'on va intégrer le fait que malgré tout ce qui s'est dit ici ou là, la France n'est peut-être pas autant de droite que ça et que la sensibilité de gauche, la sensibilité environnementale, la sensibilité sociale en France aujourd'hui, elles ont une voix et elles ont une voix qui porte.

Je ne sais pas si elle est majoritaire mais en tout cas entre le nouveau Front populaire, en tout cas la partie fréquentable qui est largement majoritaire chez eux et une partie d'entre nous qui croit au fait que la prospérité c'est bien mais qu'elle n'a qu'un objectif évidemment, c'est de pouvoir financer le modèle social français dont je suis fier, que la prospérité c'est bien mais elle ne peut se faire qu'à une condition qu'elle finance la transition écologique et qu'elle accélère la lutte contre le réchauffement climatique. Moi, je pense que on peut travailler là-dessus.

Mais ce qui est vrai, c'est que soit on le fait en restant groupé dans une logique de déplacement qui nous a au fond pas si mal réussi que ça depuis 7 ans soit on le fait en reproduisant le climat gauche-droite j'espère qu'on restera rassemblés. Je suis conscient que ce risque il existe aujourd'hui et moi personnellement je le regretterai et si ça arrive je prendrai mes responsabilités et je prendrai ma décision.

Roland L'Escure, vous êtes ministre de l'Industrie vous avez beaucoup travaillé sur l'attractivité de la France la Bourse de Paris a ouvert en légère baisse en ce moment de moins 0,4% l'euro est en léger recul également face au dollar est-ce que vous craignez pour l'attractivité de la France compte tenu de cette situation relativement instable ?

En tout cas, je pense que s'il y a bien quelque chose qu'on a bien fait depuis 7 ans c'est ça la France est plus attractive qu'elle ne l'a jamais été c'est le pays le plus attractif d'Europe on a eu des investissements étrangers qu'on créait de l'emploi en France c'est quand même ça l'essentiel tout ça l'attractivité c'est des mots qui ne veulent pas dire grand chose mais derrière il y a des emplois dans les Hauts-de-France il y a des emplois dans le centre de la France il y a des emplois dans le Grand Ouest il y a des emplois dans le Grand Est et j'allais dire tant mieux y compris d'ailleurs dans les industries de demain qui sont les industries écologiques donc oui j'espère que ça va continuer et ça, ça va continuer à deux conditions il faut reconnaître que dans une logique on n'a pas de majorité absolue je pense que la Bourse ne va pas trop mal se retenir parce qu'on va se dire tout ça c'est au fond une France qui est un peu bloquée qui n'avance pas beaucoup qui ne recule pas beaucoup et tout ça au fond ne nous avance pas beaucoup moi j'espère surtout qu'on va réussir à trouver autre chose et j'ai l'impression d'être un peu un disque rayé mais je suis persuadé que ce disque au fond il va porter parce que c'est le cas partout dans le monde on va devoir inventer la démocratie parlementaire malgré la 5ème République c'est ce que les Françaises et les Français nous demandent avec cette Assemblée Nationale aujourd'hui donc répondons-leur Banco allons-y

43:30
Invité

Juste un mot pour rassurer les Français qui ont vu tous ces ministres faire campagne qui gère vos dossiers depuis trois semaines

43:35
Présentateur

je peux vous dire alors moi j'étais en décalage horaire parce que j'étais en campagne en Amérique du Nord le matin j'étais ministre de l'Industrie je peux vous dire que je n'ai pas arrêté on a sauvé Ascométal une entreprise d'acierie exceptionnelle pour lesquelles on a trouvé un repreneur j'ai beaucoup échangé avec les organisations syndicales avec les élus locaux avec Belkir Beladad notamment l'élu du coin d'Agondange donc on a continué à sauver des entreprises on a continué à gérer nos dossiers puis l'après-midi et le soir je faisais campagne je n'ai pas beaucoup dormi depuis qu'un jour

44:03
Invité

et vous allez continuer si jamais il le faut

44:04
Présentateur

alors on va je pense si le président de la république accepte la démission du premier ministre passer dans ce qu'on appelle la gestion des affaires courantes donc ça ça veut dire qu'on fait le minimum on s'assure que les dossiers soient traités mais on ne peut pas prendre de décision et c'est normal qui engagerait notre ministère alors qu'on n'est pas en charge à plein mais oui on va continuer et je serai aussi député et heureux de l'être Roland Lescure encore ministre de l'Industrie donc merci d'avoir été avec nous sur France Info Merci d'avoir regardé cette vidéo !