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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 12 mars 2026 64 min

Tempête Nils : la France trop vulnérable ? - C dans l’air - 13.02.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

et agissez dès aujourd'hui. ... - S.Brakhlia: Bonsoir et bienvenue.

Des vents violents jusqu'à 180 km/h, des pluies qui inondent une bonne partie du pays et des avalanches dans les Alpes...

La tempête Nils fait beaucoup de dégâts. 6 victimes, dont 3 skieurs. De nombreux départements sont toujours en vigilance orange.

Difficile de s'y habituer. Avec le réchauffement climatique, ces épisodes vont s'accentuer. Quelles réponses pour prévenir ces catastrophes naturelles?

Les politiques ont-ils conscience de la gravité de la situation? Prennent-ils les bonnes décisions? En plateau pour répondre à ces questions, F.Gemenne...

Vous êtes enseignant et coauteur du 6e rapport du Giec et président du conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l'homme. N.Berrod est là.

Vous êtes journaliste et chef-adjoint du service santé-sciences au "Parisien-Aujourd'hui en France". M.Lamoureux, bonsoir.

Vous êtes grand reporter à "La Croix L'Hebdo". Vous êtes spécialiste des questions environnementales. E.Crauser-Delbourg, vous êtes économiste de l'eau et fondatrice de Water Wiser, un cabinet de données sur l'eau.

Bonsoir et bienvenue à tous les 4. On va essayer de comprendre ce qui s'est passé avec cette tempête et comment on peut anticiper les prochaines tempêtes, car il y en aura. Est-ce que ce qu'on vit aujourd'hui était prévisible? - F.Gemenne: On entre dans une époque où le climat va devenir de moins en moins prévisible, de plus en plus instable, avec des phénomènes extrêmes qui vont devenir à la fois plus fréquents et plus violents, avec des précipitations exceptionnelles, comme celles en ce moment, mais aussi avec des canicules et des sécheresses.

On quitte une période géologique marquée par une grande stabilité du climat pour aller vers une période où le climat devient de plus en plus instable avec de plus en plus d'extrêmes. Ca va être difficile de les prévoir à long terme. On peut faire de la prévision météo à court terme, mais sur le long terme, ce sera de plus en plus compliqué. - S.Brakhlia: Qu'est-ce qui a été propice à la formation de ces inondations? - N.Berrod: Depuis un mois et demi, avant l'arrivée de la tempête, on a eu un défilé de perturbations.

C'est un schéma classique en hiver. On a un rail dépressionnaire au-dessus de l'Atlantique, un flux dans lequel les perturbations pluvieuses s'enchaînent les unes après les autres. Quand elles arrivent en Europe, elles font tomber beaucoup d'eau.

Il a beaucoup plu de la Bretagne au Sud-Ouest depuis un mois et demi. Les sols étaient gorgés d'eau. Par-dessus cette situation, la tempête arrive.

Elle a été assez remarquable. Beaucoup d'eau est tombée sur des sols gorgés d'eau. Il y a eu des inondations dans de nombreux départements.

Des fleuves qui étaient déjà à des niveaux élevés sont sortis de leur lit. Il y a aussi des rafales de vent qui ont atteint des arbres dont les racines étaient dans des sols visqueux à cause de l'eau. Beaucoup d'arbres sont tombés, emportant leurs racines car le sol était malléable.

Une tempête qui arrive sur un territoire déjà gorgé d'eau, c'est le scénario...

Ca ne fait pas bon ménage car ça accentue le risque d'inondation et de chute d'arbres. Cette tempête a eu des impacts plus violents qu'elle n'en aurait eu si on n'avait pas eu les sols gorgés d'eau. Pour illustrer ce que disait F.Gemenne sur le chemin climatique, il y a une étude d'attribution.

C'est quand on essaye d'attribuer une partie de l'ampleur au réchauffement climatique. La tempête Nils a été 5 % plus intense en termes de pluie et de vent qu'elle ne l'aurait été sans le changement climatique. Avec des mers et des océans plus chauds, plus d'eau s'évapore.

Il y a donc plus d'eau dans l'atmosphère. Quand la situation est propice à ce que ça retombe, plus d'eau retombe. - S.Brakhlia: Les sols sont saturés d'eau.

Les sols fonctionnent comme des éponges, normalement, et ce n'est plus le cas? - E.Crauser-Delbourg: Effectivement.

Quand il y a trop d'eau qui tombe, plus rien ne peut être absorbé. On a eu affaire à des sols très secs depuis fin août ou septembre...

Sécheresses fortes et sols secs en 2025. Quand l'eau est tombée sur ces sols, ils ne pouvaient pas la capter. Les sols secs ne savent plus prendre l'eau.

Quand c'est trop sec, on ne sait plus récupérer l'eau très vite. l'eau a du mal à s'écouler. Il y a les coulées de boue et de l'érosion.

Ce n'est pas parce qu'il pleut beaucoup que notre été est forcément... - S.Brakhlia: C'est ce que j'allais demander.

Les sols sont saturés d'eau. Si on a une sécheresse cet été, tant mieux? On sera protégés? - M.Lamoureux: Ce n'est pas si simple.

Je ne m'exprimerai pas sur les enjeux scientifiques et météorologiques. Ce qui me frappe plus, c'est le mot "exceptionnel". Je suis journaliste.

On ne sait plus où donner de la tête. On a les avalanches, la crue de la Garonne, des vents violents...

On est pris. On se dit que c'est exceptionnel, mais en même temps, quand on parle comme ça, ça occulte ce que vous disiez sur le fait que ce n'est pas non plus une surprise. On sait qu'on va être exposés à ça.

Toute la question est de savoir si on se sent vulnérables. Je ne suis pas sûre. On y reviendra.

C'est toute la question, de se préparer. - F.Gemenne: Certaines tempêtes récentes passent inaperçues.

La tempête Harry a dévasté le sud de l'Italie, la Sardaigne et la Sicile, il y a quelques semaines. C'est passé en dessous des radars. Les inondations au Maghreb, il y a 2 semaines, également.

On en a très peu parlé. C'est la nouvelle norme. Il y a une forme d'accoutumance car on ne peut pas en parler tout le temps.

Sinon, on ferait l'émission tous les soirs sur ce sujet. - S.Brakhlia: On va revenir sur les crues.

La tempête Nils touche aussi la montagne. Plusieurs stations de ski ont fermé face au risque d'avalanche. 3 skieurs sont morts dans une avalanche à Val-d'Isère, en Savoie.

L'alerte rouge a été activée hier par Météo-France. C'est un fait rarissime. C'est la 3e fois en 25 ans que cette alerte rouge est déclenchée.

Bonjour, E.Brocardi. Vous êtes le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.

Vous vous trouvez dans les Hautes-Alpes. Quelle est la situation de votre côté? - E.Brocardi: La situation dans les Hautes-Alpes est sécurisée tous les jours par le dispositif de secours et le déclenchement du plan d'intervention de déclenchement des avalanches pour sécuriser le domaine skiable, qui est très impacté par les fortes chutes de neige.

C'est les conséquences de la tempête Nils. Le territoire national est un confetti de vigilances, rouges, jaunes, et de natures différentes. En fonction de là où on se trouve, c'est différent.

Il y a des conséquences graves sur la notion humaine et les vies. Ce qu'il faut adapter en termes de comportement, c'est la culture du renoncement. En fonction des risques, je ne vais pas en hors-piste.

Je me protège tout seul. Je ne vais pas élaguer un arbre quand on sait qu'il va y avoir des bourrasques de vent. Il faut vivre avec la nature et ses dérèglements climatiques, et il faut s'adapter avec les règles du renoncement.

Il faut être en alerte permanente. Quand je vois que les demandes de secours augmentent et que la Cour des comptes essaie délibérément d'évincer les sapeurs-pompiers du secours en montagne alors qu'on est dans un créneau d'urgence par rapport à la sécurisation des domaines, je me pose beaucoup de questions entre le domaine de la réflexion et le domaine du terrain. Les sapeurs-pompiers des Alpes-Maritimes, avec les CRS et les gendarmes, ont sauvé une vie dans le Haut-Pays niçois, dans une avalanche.

La culture du risque est la culture du renoncement. C'est surtout prendre en considération, au niveau de l'Etat, que les orientations doivent protéger impérativement les concitoyens. - S.Brakhlia: Avec un risque maximal d'avalanches.

Plusieurs stations de ski dans la région, en Savoie, ont fermé. Qu'est-ce que ça veut dire, la fermeture d'une station? Fermeture de plusieurs pistes?

Confinement? - E.Brocardi: Vous avez eu la bonne information.

Il y a eu une alerte rouge avec un risque d'avalanche de 5/5. Il y a eu jusqu'à un confinement au niveau de Tignes car le risque était trop élevé pour permettre que les gens soient exposés à un risque. Le manteau était très fragile.

Vous avez plusieurs conditions de déclenchement d'avalanche. Il y a des causes naturelles. On peut les neutraliser avec des actions très tôt le matin.

C'est pour ça qu'on qu'on entend des "boum". Il y a aussi la nature humaine, qui se soustrait à des risques particuliers et à des consignes de sécurité. A un moment, ça déclenche des avalanches.

Ce qui a été adopté en Savoie, ça a permis de limiter les risques et de prendre en compte ces risques. - S.Brakhlia: On peut être quand même surpris par une avalanche ou tout peut être anticipé? - E.Brocardi: Tout le domaine skiable est sécurisé dès le matin pour permettre que l'ensemble des pistes balisées puissent évoluer en toute sécurité.

Il faut être accompagné par des professionnels. Il faut faire attention. Il y a des professionnels, les moniteurs de l'ESF.

Ils ont un diplôme. A côté de ça, il y a une concurrence déloyale avec des diplômes qui viennent d'autres pays d'Europe. On veut réglementer cette question de la réglementation du ski.

Il faut prendre tous les éléments, la montagne, la plage, toute activité outdoor...

Il y a une notion de risque particulier. Il faut impérativement prévenir avec des bulletins météo fournis sur les smartphones, sur des postes de secours ou ailleurs. - S.Brakhlia: La vigilance, c'est ce que vous dites à ceux qui veulent aller en montagne.

Je le dis car c'est les vacances scolaires. - E.Brocardi: Exactement.

La montagne ne tue pas. La montagne est une fabrique de souvenirs extraordinaires, une fabrique de sensations incroyables, comme la plage, les activités que les Français ont le droit d'effectuer. Il ne s'agit pas de vampiriser ça.

Il faut être respectueux des consignes de sécurité. Il faut être bienveillant sur les autres et soi-même en respectant les consignes. C'est la consigne ultime.

Tout a évolué. Les consignes doivent être mieux incrémentées dans la culture du risque. - S.Brakhlia: Merci.

Vous êtes porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Des avalanches en montagne, des inondations, des vents violents, des dégâts et plusieurs victimes liées à cette tempête Nils, et la situation est toujours compliquée. On fait l'état des lieux. - Le vent souffle si fort qu'il en produit des naufrages.

Ce bateau de plaisance n'a pas résisté à la violence des flots. - Apparemment, il y en a un autre là-bas. Une bouée flotte. - Des bateaux coulés, une grue de plus de 500 t qui s'effondre sur un cargo à Sète, et des bâtiments agricoles ravagés par les bourrasques.

Certains ont tout perdu. - Ca fait vraiment quelque chose. C'est notre outil de travail qui est par terre.

Le ciel nous tombe sur la tête. C'est écoeurant. - La tempête Nils a déjà fait 3 victimes.

Des rafales de vent dans toute la France. 16 records de vitesse ont été battus, avec des pointes enregistrées jusqu'à 185 km/h en Corse. Des dizaines de camions renversés sur les routes.

Dans le Sud-Ouest, des arbres déracinés. - C'est un peu embêtant car c'est ma voiture de chantier. Je ne peux plus aller travailler.

On verra bien avec les assurances comment ça se passe. - En gare, la circulation des trains reste cet après-midi encore mouvementée. Après 2 jours de perturbations, les décollages d'avions ont repris sur l'île de Beauté. - Il faut faire avec.

C'est un peu compliqué. Comme on est dans une île, pas d'autre solution alternative. - Des intempéries de l'arc méditerranéen jusqu'à la Bretagne. 29 jours que ça dure.

Un phénomène d'une ampleur exceptionnelle. 450 000 foyers étaient toujours privés d'électricité ce midi. - Les renforts sont effectués sur le terrain pour faire les réparations, mais aussi à l'écoute des clients, et aussi pour répondre aux maires, aux élus qui ont des communes touchées par ces aléas climatiques. - De la Gironde à la Vienne, fleuves et rivières débordent.

Le niveau de l'eau continue de monter. Il pourrait atteindre jusqu'à 10 m, par endroits. Dans ce village près de Poitiers, la Sèvre niortaise est sortie de son lit aux aurores. - Il a beaucoup plu, cette nuit.

L'avenue de la Gare: complètement inondée. Des inondations dans les maisons, très vite. On a fermé les rues. - 2 départements sont toujours en vigilance rouge crues. 23 sont en alerte orange.

Un temps à ne pas mettre un chat dehors. Depuis une semaine, cette retraitée publie chaque jour sur Facebook des vidéos. - Un petit tour en bas pour mesurer. - Elle y documente son quotidien.

Expédition aquatique au rez-de-chaussée. - On est à 1,05 m. - Un mois et demi de précipitations sur la façade atlantique en une semaine et des massifs alpins sous des tonnes de neige.

L'alerte maximale a été levée en Savoie aujourd'hui. - On dira qu'avec le dérèglement climatique, on aura de plus en plus de précipitations intenses pendant des périodes courtes. C'est un peu ce qui se passe avec les inondations.

Vous avez beaucoup de neige, beaucoup de vent en un temps donné. Ca peut causer de vrais problèmes de sécurité. - A Val-d'Isère, 5 clients ont été emportés dans une avalanche sur du hors-piste, à la mi-journée. 3 sont décédés. - S.Brakhlia: A l'instant, Vigicrues annonce que la France est en situation de crise généralisée.

Qu'est-ce que ça veut dire? - N.Berrod: Quand vous regardez la carte des cours d'eau, rivières et fleuves, hors vigilance, vous avez du jaune sur une grande partie du pays.

Il y a du orange dans pas mal d'endroits: Ile-de-France, Bretagne, Sud-Ouest, Centre...

Les cours d'eau sont en vigilance rouge dans 2 départements du Sud-Ouest, notamment la Garonne. Il n'y a pas qu'un seul endroit concerné. On a vu le Pas-de-Calais avec des crues monstrueuses, mais c'était localisé dans le Pas-de-Calais.

Avec cette série de perturbations plus la tempête, les fleuves débordent dans beaucoup d'endroits. Ils vont continuer à déborder car on a de nouvelles pluies jusqu'à la semaine prochaine qui vont arriver sur ces sols gorgés d'eau. - S.Brakhlia: Jaune, orange, rouge...

Ce code couleur a encore un sens? Est-il compris par les Français? - N.Berrod: En tant que journaliste, comme le disait ma consoeur, j'ai le sentiment que la vigilance orange n'est plus forcément perçue de la même façon qu'il y a 10 ans.

C'est comme la canicule. Certains se disent que l'orange est moins grave qu'il y a 10 ans car il y a de plus en plus de rouge. Le orange est un niveau de vigilance élevé.

Le jaune reste une vigilance. L'orange est un niveau au-dessus mais ça n'a pas moins de valeur qu'il y a 10 ans. La vigilance orange, c'est important.

Les cours d'eau débordent alors qu'ils ne sont qu'en orange. Ce n'est pas en rouge car ce n'est pas un phénomène massif. Orange, ce n'est pas rien.

Il faut prendre des précautions. Il faut ranger les choses dans le jardin quand il y a du vent. - S.Brakhlia: 2 départements sont en rouge: la Gironde et le Lot-et-Garonne.

Qu'est-ce que ça veut dire? - M.Lamoureux: La vigilance rouge, c'est un niveau élevé.

Il faut être prêt à renoncer. Par rapport à il y a plusieurs années, c'est surtout ce qu'il disait sur la culture du risque. Il faut qu'elle soit plus importante.

Il faut la développer, notamment dans des régions qui n'étaient pas forcément aussi exposées qu'elles le sont aujourd'hui aux événements climatiques extrêmes. On parle des inondations mais on pourrait parler des incendies. Le pourtour méditerranéen a une culture du risque des incendies.

Ce sont des régions souvent sèches, qui ont l'habitude de réagir, d'avoir des défenses incendie, de débroussailler, d'être stricts car cette culture est ancrée. On peut avoir des incendies dans des endroits qui n'ont pas cette culture. Il faut la travailler.

C'est des choses qui ne sont pas forcément dans les réflexes. Quand j'étais partie sur un feu de forêt urbaine dans le Sud-Ouest, à Anglet, les gens n'avaient pas la culture du risque. Ils voyaient qu'il y avait un incendie mais ils prenaient leur voiture. - S.Brakhlia: Ils ne se rendaient pas compte du danger? - M.Lamoureux: Non!

Ils se sont aussi retrouvés dans des embouteillages monstres. Chacun doit faire attention, et la culture du risque concerne aussi les autorités. - F.Gemenne: Cet enjeu de la communication est très compliqué.

Je vous donne un exemple. J'imagine que la production de l'émission va sans doute extraire quelques extraits de l'émission et les poster sur les réseaux sociaux. Sous chaque post, vous aurez un déferlement de commentaires de haine et d'insultes dirigées contre nous, qui vont nous accuser d'être des prophètes de malheur, de catastrophisme...

Quand vous voulez insuffler une culture du risque, vous êtes rapidement accusé d'être un prophète de malheur. Il y a une sensibilité extraordinaire des gens sur ces phénomènes météo. - S.Brakhlia: Sauf qu'on voit les dégâts aujourd'hui. - E.Crauser-Delbourg: Au-delà du risque, il faudrait des plans d'urgence où on sait quoi faire et quand. 17 millions de Français sont soumis à des risques d'inondation.

C'est sans doute sous-estimé. Les inondations peuvent arriver dans des endroits où on n'y avait pas pensé. Le risque d'incendie, on ne peut pas l'estimer car ça peut partir de n'importe où.

Il faudrait qu'on ait...

Le risque attentat, quand ça arrive, tout le monde sait quoi faire. La police, les pompiers, les CRS savent quoi faire. Un risque d'inondation ou de feu, on ne sait pas si on peut prendre sa voiture.

Les assureurs vont dire qu'il ne faut pas. Personne ne vous en empêche. Il n'y a pas de protocole d'urgence.

Ca peut être fait. Il faut le faire par région ou par territoire. C'est ça, la culture du risque.

Au-delà d'être des Cassandre, il faut dire que c'est la réalité. On a des épisodes forts chaque année. Il faut s'adapter pour que ne soit pas trop cher, ou on va subir.

Dans ce cas-là, advienne que pourra. - F.Gemenne: Où les gens doivent-ils évacuer?

Il y a la question sur l'adaptation sur le long terme. Comment adapter les infrastructures, les routes, les réseaux? Comment on adapte la culture et les horaires de travail?

C'est un vaste chantier. - S.Brakhlia: On disait que c'était les sols qui étaient saturés, qu'ils arrivaient pas à absorber l'eau.

Comment les faire redevenir sains? - E.Crauser-Delbourg: Nos sols, c'est des endroits, quand ils vivent, qui nous donnent des écosystèmes qui valent des millions d'euros, mais on a jamais valorisé un sol car c'est naturel.

Le sol capte l'eau. Ca protège des sapeurs-pompiers, qui en font un élément de sécurité nationale. Ca crée de la biodiversité, de l'agriculture.

Ca recharge les nappes. Ca nous rend l'eau quand il fait trop chaud. Il faut leur donner de l'eau.

On peut le faire. On sait faire revivre des sols. Il ne faut pas tout bétonner, ou mettre du béton poreux.

Il faut faire des agricultures qui captent davantage l'eau. Il faut laisser vivre les sols. - S.Brakhlia: Comment limiter les dégâts? - M.Lamoureux: Il faut respecter les textes votés.

Dans la loi climat et résilience de 2021, on a voté le zéro artificialisation net. Depuis, ce n'est que des injonctions contradictoires. Si on ne met pas quelques mesures comme ça, on n'y arrivera jamais.

On vient d'assouplir le texte alors qu'en réalité, c'est ce que vous dites: on a besoin d'avoir une réflexion profonde sur l'artificialisation car les sols sont nos alliés. - S.Brakhlia: On manque de logements et on ne peut pas construire à cause de ça. - F.Gemenne: Le but est de protéger des biens et des vies.

Les gens pensent qu'on fait ces lois pour sauver 3 tritons et 2 fleurs bleues. L'adaptation est un vrai sujet régalien. - S.Brakhlia: Est-ce qu'on ne fait pas ça parce qu'on n'en a pas les moyens? - N.Berrod: C'est une des raisons mises en avant par les élus locaux.

Certaines mesures ne demandent pas énormément de moyens. Plus de la moitié des Français disent avoir été confrontés à 2 événements climatiques majeurs au cours des 2 dernières années. C'est peut-être par les individus, les citoyens, que la nécessité de mettre en place de nouvelles mesures, notamment à l'approche des élections... - S.Brakhlia: On va en reparler. - N.Berrod: Ca peut venir des citoyens.

Si les habitants disent, suite à un incendie gigantesque, qu'ils veulent que les élus prennent des mesures pour ça, ça peut jouer. Peut-être que les politiques seront plus allants pour mettre en place des mesures. - M.Lamoureux: Avec cette étude, on se rend compte que quand il y a un événement climatique extrême, il y a une augmentation des consultations en psychanalyse car les gens sont traumatisés.

On est toujours traumatisé par une inondation, quand il y a des fuites d'eau. Il y a des enjeux de santé mentale liés à ça. C'est comme ça que la prise de conscience peut se faire, même si je ne vous le souhaite pas. - S.Brakhlia: On parle des crues...

Il y a aussi un impact climatique. L'eau qui entre dans les maisons, ça va coûter cher. Ca va avoir des conséquences sur des mois ou des années? - M.Lamoureux: 80 milliards d'euros qu'ont coûté les inondations à l'UE depuis les années 80.

Le fonds Barnier ne se compte qu'en millions. Il ne suffit plus qu'il y ait...

On n'a pas l'argent. On est en plein dans les inondations. Il faudra nettoyer.

Les experts devront aller dans toutes les maisons. Les semences des agriculteurs sont pourries. Ils ne pourront pas semer.

Les effets dans le temps seront décalés. Dans 1 ou 2 ans seulement, on pourra commencer à régler l'addition. Ca coûte cher.

Dans le Nord-Pas-de-Calais, ils comptent toujours les 1 milliard de dégâts. Ca s'étale dans le temps. Ce n'est même plus un problème environnemental ou écologique.

Il y a un problème économique. - F.Gemenne: Il y a un problème d'échelle de temps.

Le coût des catastrophes climatiques double tous les 5 ans. On peut se dire qu'il faut déployer des moyens pour éviter de payer l'addition plus tard. Toutes les études économiques montrent que le coût de l'action aujourd'hui est nettement inférieur au coût de l'inaction, au fait de payer l'ardoise plus tard.

Le problème, c'est l'échelle de temps. Il faut investir de l'argent aujourd'hui. On n'a pas forcément cet argent.

C'est pour éviter des risques futurs. Comment pourrez-vous déployer des énergies renouvelables...

Vous investissez et vous aurez un retour sur investissement quasi immédiat car c'est très rentable. Là, c'est éviter des coûts futurs. C'est difficile d'attirer des investisseurs privés.

Il faut souvent des fonds publics. Vous avez tendance à retarder le moment de cet investissement en espérant que ce sera le suivant qui s'en occupera, que vous ne serez plus en fonction. - S.Brakhlia: Car le gain n'est pas immédiat. - M.Lamoureux: Si on redescend dans ce que vivent les gens, et je reviens à cette histoire des ZAN, les maires disent qu'ils voulaient faire un institut médicoéducatif ou un Ehpad sur ces 3 ha. "Je ne peux pas m'en sortir.

C'est une catastrophe." On entend beaucoup ça. A court terme, au regard des injonctions contradictoires, on ne le fait pas. - M.Lamoureux: On sait faire de l'urbanisation et du sol qui se protège.

Il faut penser la façon dont on fait l'urbanisme. Il faut que ce soit enseigné dans les écoles d'architecte. - S.Brakhlia: Il y a des endroits en France où cette adaptation est impossible?

C'est foutu? On ne peut rien y faire? - F.Gemenne: Dans certains territoires d'outre-mer, il faudra sans doute se résoudre à du retrait côtier.

On ramène les habitations et les infrastructures à l'intérieur des terres car la hausse du niveau des mers et le risque de submersion marine est trop fort. - S.Brakhlia: Avec ces catastrophes naturelles à répétition, c'est le politique qui devrait prendre les devants pour un problème au niveau national et européen, ou même mondial...

La question écologique a tendance à reculer. Il n'y a qu'à voir D.Trump aux Etats-Unis.

En France, on a peut-être un espoir: les élus locaux qui veulent oeuvrer contre le dérèglement climatique même s'ils n'en ont pas les moyens. C'est ce qui ressort d'une étude qui vient d'être menée. - Avec son association, il espérait remettre l'écologie au coeur du débat politique.

A un mois des municipales, J.-M.Jancovici publie une étude sur les élus locaux et le changement climatique, un enjeu prioritaire pour les maires. - J.-M.Jancovici: Pour eux, les enjeux environnementaux sont assez concrets.

C'est des sujets d'adaptation au changement climatique. C'est des sujets de cadre de vie. C'est la facilité à se déplacer, des questions de pouvoir d'achat, des questions de santé.

C'est pas juste des questions d'enjeux nationaux et globaux. Il en est ressorti une chose importante: c'est que c'est assez indifférencié en fonction de la préférence partisane. - Une préoccupation qui ne semble pas être partagée à tous les niveaux.

Ces derniers mois, plusieurs décisions politiques ont mis à mal l'ambition écologique du pays, à l'image de la suppression des ZFE, zones à faible émission, ou du vote de la loi Duplomb, l'été dernier. - J.-M.Jancovici: A l'approche de la présidentielle, comme les candidats ont besoin de se différencier les uns des autres, une façon classique qu'ils ont de faire, surtout que le temps leur est compté, c'est de dire des choses un peu clivantes, très différentes de ce qu'ont dit les gens d'en face.

La campagne présidentielle n'est pas un moment où on cherche le consensus. Ca peut être une explication. Une 2e explication possible: comme l'économie est difficile, une partie des gens peuvent dire qu'ils n'ont pas besoin de se préoccuper de ce genre de choses.

C'est oublier que l'économie dépend de l'environnement. A court terme, il peut y avoir cette tentation. - Ces attaques contre l'écologie reflètent-elles un désintérêt des Français pour les sujets environnementaux?

Non, selon lui, qui appelle à plus de pédagogie. - J.-M.Jancovici: Il faut révéler les effets positifs des mesures qu'on cherche à faire passer.

Personne n'achète de la peine. Si on vous dit A et qu'on vous promet une mesure géniale mais qui vous fera beaucoup souffrir, les gens qui sautent en l'air de joie sont assez rares. Les sujets qu'on avance doivent être associés à une amélioration du cadre de vie, de la santé...

Les élus nationaux ont plus de mal à faire ça. - Mais la lutte contre la transition énergétique est menacée par le retour d'un climatosceptique à la Maison-Blanche. Depuis son élection, D.Trump multiplie les attaques contre l'environnement.

Cette nuit encore, le président américain a annoncé l'abrogation de textes fondateurs pour la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. - J.-M.Jancovici: Je pense que Trump a une politique brutale, de prédation, de ce qu'il reste dans un monde qui va devenir plus contraint.

Paradoxalement, il est très conscient...

Ca révèle une forme de conscience que le monde est fini. Il n'y aura pas assez de terres rares pour tout le monde, donc je m'empare du Groenland pour avoir les miennes. Il n'y aura pas assez de pétrole, je vais sécuriser celui du Venezuela.

Trump est dans une espèce de politique de l'accaparement qui révèle une forme de lucidité, paradoxalement. L'Europe est considérablement plus naïve. On est sur un continent dépourvu de ressources.

Notre intérêt est de viser un fonctionnement de l'économie qui puisse faire avec moins de ressources que ce qu'on a aujourd'hui. C'est notre intérêt. C'est pas du tout l'intérêt de Trump qui vit dans un pays qui croule sous le pétrole, le gaz.

On n'est pas du tout alignés avec Trump. - Fin juillet, l'UE s'était engagée à acheter pour 750 milliards de dollars d'énergies fossiles américaines sur 3 ans. - S.Brakhlia: Sur l'étude de J.-M.Jancovici, on se rend compte qu'au niveau local, on n'a pas laissé tomber l'écologie, contrairement au niveau national, européen ou mondial.

Comment vous expliquez que les élus locaux disent qu'il faut qu'ils agissent? - N.Berrod: Ils se rendent compte que quand il y a des catastrophes climatiques, ça impacte la vie de leurs administrés.

Les administrés vont demander aux élus des solutions parce que leur maison est fissurée, parce qu'il y a eu du vent tellement fort qu'une partie de leur toit s'est effondré...

Ils vont demander des comptes. C'est lui, le premier échelon à leurs côtés. Les élus locaux se rendent compte que c'est sensible au niveau de la population.

Le problème, c'est qu'il y a des priorités qui passent au-dessus, comme la santé, le pouvoir d'achat, le logement, l'installation de parkings...

C'est souvent l'écologie qui trinque, notamment parce qu'on se dit toujours que la prochaine catastrophe climatique sera dans 1 ou 3 ans et qu'on aura le temps. - S.Brakhlia: Les couleurs politiques, sur la question de l'écologie, sur le terrain, au niveau local, il n'y a pas de différence entre elles. - F.Gemenne: Je suis toujours frappé du décalage entre l'échelon national et les élus de terrain.

Quand vous avez le souci de vos administrés, que vous soyez un maire de gauche ou de droite, ce qui va compter, c'est l'amélioration de la vie de vos administrés. De meilleurs logements, un meilleur cadre de vie, de meilleurs transports, c'est dans l'intérêt de tous. C'est au niveau local qu'on va incarner les bénéfices de l'intransition.

Le niveau national apparaît souvent comme une contrainte. - S.Brakhlia: Vous faites beaucoup de reportages et vous allez sur le terrain.

Vous voyez des sensibilités selon la couleur de la municipalité sur cette question? - M.Lamoureux: Non.

Je vois autre chose. Le débat national, malheureusement, commence à irriguer des problématiques locales, territoriales, sur des petits villages ou des petites communes qui auraient intérêt à se mettre autour de la table. Les enjeux pourraient être consensuels.

En fait, ils subissent l'impact des débats nationaux. Sur l'agriculture, c'est saillant. On a des listes qui se présentent comme écologistes, qui veulent mettre ce sujet à l'agenda.

De l'autre côté, on a des agriculteurs, et je l'ai vu dans la Sarthe, qui disent tout de suite: "Ecologie? Ecologistes? Ils sont anti-agriculteurs.

On ne va pas se comprendre." Je pense que les polémiques dont vous parliez, le débat national...

Cela dit, je voulais dire quelque chose de plus positif: l'étiquette politique ne compte pas forcément de manière fondamentale dans les petites collectivités locales. C'est aussi montré sur les électeurs. Il y a une étude qui montre...

Ils ont divisé toutes les sensibilités. On s'aperçoit que la question écologique intéresse quasiment tout le monde. On n'est pas obligés de l'aborder de la même façon, "de gauche", "bobo", sur des problématiques urbaines qui peuvent agacer des électorats plus à droite.

Mais ils ont beaucoup d'intérêts sur la question écologique, sur la préservation des paysages, sur la question de la santé, qui est très consensuelle...

Cette affaire d'étiquette politique, il ne faut pas se laisser avoir. C'est plus consensuel que ça en a l'air. - S.Brakhlia: On est en période électorale.

On n'a pas l'impression que les candidats mettent en premier la question écologique. Ca fait partie des préoccupations. - F.Gemenne: 87 % des Français estiment que l'écologie sera un des enjeux de leur vote aux municipales. 59 % des Français ignorent ce que fait leur maire en matière d'écologie. - S.Brakhlia: Ils ont peur d'effrayer leurs électeurs? - E.Crauser-Delbourg: Je pense qu'il y a un manque de courage politique là-dessus.

A l'arrivée des municipales, il y a beaucoup de projets agricoles ou industriels qui se sont stoppés, dès novembre, en disant qu'on allait voir ce qu'il allait se passer après mars. On a toujours peur de mettre l'argent au mauvais moment et au mauvais endroit. Ce qui est dommage, c'est que le changement climatique, l'économie que ça implique est massif.

Ca ne peut pas être chaque territoire ou chaque village qui s'y met. Ils n'ont pas assez d'argent. La question de ce risque devrait être nationale.

J'aimerais ajouter que je veux bannir le mot "écologie", qui fait croire que tous ces enjeux économiques sont des enjeux environnementaux qui ne sont pas de nous. Le fait de faire attention à nos sols, de mieux construire, d'aider une industrie à utiliser moins d'eau, d'aider les agriculteurs à continuer à produire dans un monde où l'eau est vulnérable, c'est de l'économie pure et dure, à l'ancienne. Bannissons l'écologie.

C'est très dangereux, ce débat qui oppose environnement et agriculture. On a l'impression que les 2 s'opposent. Politiquement, je pense que le ministère de l'Agriculture devrait avoir un courage très fort pour dire que ce n'est pas seulement la défense des agriculteurs mais aussi la défense de l'économie et tous les 2 devraient aller ensemble. - S.Brakhlia: Est-ce que les Français ont envie d'écologie ou de politique environnementale?

On voit que les maires écologistes sont en difficulté. On a en tête cette écologie punitive, ce message d'écologie punitive qui a longtemps freiné les politiques environnementales. - N.Berrod: Ce que je trouve très intéressant, c'est qu'il faut faire prendre conscience aux gens des côtés positifs des mesures qui peuvent être prises.

Il y a aussi énormément d'aspects positifs pour la planète qu'on veut laisser à nos enfants, pour la qualité de l'air, pour la façon dont nos enfants vont respirer, manger, quelle planète on veut leur laisser...

Sur la santé, un des signes du grand intérêt des citoyens pour les questions environnementales, c'est la loi Duplomb. Quand elle a été examinée...

Elle prévoyait le retour d'un pesticide, l'acétamipride, pour certaines cultures. Il y a eu une pétition signée par plus de 2 millions de citoyens, des vrais citoyens, en chair et en os. - S.Brakhlia: C'était sur le site de l'Assemblée. - N.Berrod: C'est gigantesque.

Ca a montré qu'il y avait une sensibilité des citoyens à ces questions qui mêlent environnement et santé. Le débat est complexe, parce qu'on ne peut pas dire que l'acétamipride est cancérogène. Ca montre qu'il y a une sensibilité, et ça touche à la santé.

Quand on fait prendre conscience aux gens qu'il peut y avoir des impacts sur leur santé et que mettre en place des mesures environnementales permet d'améliorer leur santé et celle de leurs descendants, j'ai le sentiment que ça touche particulièrement les gens. - F.Gemenne: Cette question des bénéfices de la transition, elle est fondamentale.

Tous les gens qui achètent une voiture électrique n'ont pas forcément une photo de G.Thunberg dans leur salon. On va pouvoir se transformer, nos comportements, parce qu'on va y trouver un intérêt immédiat.

Il faut montrer ces bénéfices de la transition. Jusqu'ici, le discours sur l'écologie reposait sur 2 jambes: une qui insistait sur les risques associés à l'inaction...

L'autre, c'était sur une jambe morale, où on disait qu'il fallait agir au nom de la planète, pour les générations futures...

Le problème, c'est que le discours était reçu de façon culpabilisatrice par beaucoup de gens qui n'avaient pas les moyens. - S.Brakhlia: Des téléspectateurs peuvent se poser des questions...

D.Trump peut notamment abroger un texte fondamental... - F.Gemenne: C'est pour ça qu'il ne faut pas parler d'effort, mais de notre intérêt. - S.Brakhlia: D.Trump décide d'abroger un texte fondamental qui lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. - D.Trump: En 2009, B.Obama et son agence de protection de l'environnement ont désigné les combustibles fossiles tels que le pétrole, le gaz et d'autres substances qui permettent aux usines de fonctionner et aux véhicules de rouler comme une menace pour la santé et le bien-être humain dans ce qu'on a appelé le "constat de mise en danger".

Cette décision n'avait aucun fondement, absolument aucun, et n'avait aucune base légale. Au contraire, au fil des générations, les combustibles fossiles ont sauvé des millions de vies et sorti des milliards de personnes de la pauvreté dans le monde entier. - S.Brakhlia: Pour lui, l'énergie fossile est super.

Il parle du charbon. Question. - N.Berrod: Sur le climat, pas grand-chose.

Ca a commencé par la sortie de l'accord de Paris. La question, c'est qu'est-ce qu'on fait? J'ai l'intime conviction que dans 20 ou 30 ans, les responsables américains vont regretter le retard qu'ils ont pris aujourd'hui.

C'est à nous, Européens...

Les pays asiatiques sont en pointe sur la transition écologique. - F.Gemenne: C'est comme si on misait aujourd'hui sur le Minitel à l'heure de l'IA. - N.Berrod: Beaucoup d'Américains le regrettent, notamment les démocrates.

Quand il y a des catastrophes climatiques, amplifiées par le changement climatique, tous les habitants sont touchés, républicains comme démocrates. - E.Crauser-Delbourg: La remise en cause du texte de 2009, c'est le Moyen Age.

C'est l'autodafé d'un texte scientifique prouvé. C'est comme s'ils disaient qu'ils pensaient que la Terre n'était pas ronde. Ils ont écrit un nouveau texte par des climatosceptiques.

Il y a aussi eu l'IA. Il y a des fautes. C'est un moment aberrant.

C'est très triste que ce soit à ce niveau du monde. Les Américains vont le regretter. Je pense que nous aussi.

Quand les Américains viennent s'immiscer dans notre économie...

Il y a beaucoup d'entreprises françaises qui ont reçu des lettres de l'ambassade des Etats-Unis leur disant: "Si vous continuez vos politiques d'inclusion ou sur le climat, vous ne pourrez plus travailler avec les Etats-Unis." Des collègues ont dit qu'ils étaient obligés de ralentir. - F.Gemenne: Notre suivisme en Europe Et notre tentation de déréguler, de détricoter toutes nos législations... - S.Brakhlia: L'Europe aussi recule. - M.Lamoureux: Il y a une pression directe. - F.Gemenne: Sur les entreprises.

Le sommet européen sur l'industrie, dans ce château...

On voit que c'est la même tentation à la dérégulation. Comme si on allait opposer les mesures de protection environnementale à l'économie. Or, depuis l'annonce du Green Deal, l'économie européenne ne s'est pas cassé la gueule. - S.Brakhlia: Je reviens sur ce qu'a dit D.Trump.

Il justifie sa décision en disant qu'il veut réduire le coût des voitures et donner beaucoup plus de pouvoir d'achat aux Américains. Il vante le bienfait économique de sa décision. - F.Gemenne: Sauf que les constructeurs se sont déjà adaptés.

Quel constructeur va se dire qu'il va maintenant pouvoir produire des voitures plus polluantes et qu'il va transformer sa chaîne de production pour produire à nouveau des voitures plus polluantes? Les constructeurs ne vont pas faire ça. Même s'ils le faisaient par pure idéologie, ça va renchérir le coût de la voiture.

Cette mesure va bénéficier à l'industrie du charbon. Elle était en train de sortir, aux Etats-Unis, parce que trop polluante...

Trump veut relancer l'industrie du charbon, qui est quand même l'énergie du XIXe siècle par excellence. - S.Brakhlia: Je voulais vous montrer cette photo de D.Trump.

Il adore la mise en scène. Il était entouré, il y a 2 jours, de mineurs, à la Maison-Blanche. Il fait pas les choses à moitié.

Le stylo avec lequel il a signé le décret...

Il dit: "Vous avez été maltraités pendant longtemps mais vous n'avez jamais eu de meilleur ami au bureau Ovale que moi." C'est ce qu'il dit aux mineurs. - M.Lamoureux: On disait qu'il fallait parler des bénéfices...

En réalité, il ne faut pas être naïf. C'est caricatural. Dans notre horizon politique, il y a des responsabilités dans les partis, qui ont compris qu'en disant que l'écologie était punitive et qu'en mettant le focus sur "vous allez perdre en pouvoir d'achat, vous passer de votre voiture", ils utilisent ça pour des raisons électoralistes.

Ce qui se passe au Etats-Unis Nous paraît caricatural, mais ce travail de sape est aussi fait en France. - S.Brakhlia: Le gouvernement vise 40 % d'énergies fossiles en 2030.

Est-ce que ça vous semble réaliste? En 2023, on était à près de 60 %. - N.Berrod: C'est possible.

Le souci principal, c'est qu'en 2027, il y aura une nouvelle élection présidentielle. Selon la personne élue, ça peut être remis en cause. Dans cette programmation pluriannuelle, il y a aussi un effort moins soutenu pour les énergies renouvelables.

Le RN n'en veut pas du tout, des renouvelables. Imaginons qu'il gagne l'élection présidentielle, est-ce qu'il va maintenir ça...

Tout peut être remis en cause. Il faut insister là-dessus: Trump inspire des responsables politiques en France. - E.Crauser-Delbourg: Et il finance.

On ne sait pas ce qu'il va se passer derrière. Il y a des financements russes, américains et pro-charbon derrière les partis d'extrême droite. - S.Brakhlia: E.Macron souhaite la création de nouveaux réacteurs nucléaires.

Il y va, même s'il ne sera plus là. Il mise sur le nucléaire pour décarboner l'énergie. C'est la meilleure solution, la plus évidente pour la France, le nucléaire? - N.Berrod: On part de très haut sur le nucléaire, par rapport à des pays voisins comme l'Allemagne, où il y a beaucoup de charbon.

Le RN ne voudrait que du nucléaire. Il ne veut pas du renouvelable. Officiellement, ça ressemble aujourd'hui plus à ça dans leur idéologie.

Le nucléaire, c'est pas forcément la solution optimale si on ne fait que ça. - F.Gemenne: Beaucoup cherchent à opposer les 2 dans le débat.

Il y a une opposition très forte entre nucléaire et renouvelable. Le concept d'un mix, c'est principalement d'associer des énergies aussi décarbonées que possible. - S.Brakhlia: En attendant que la politique soit à la hauteur des enjeux, sur le terrain, on essaie d'anticiper et de prévenir.

A Paris, si la capitale était à nouveau inondée comme en 1910...

Dans les agences et les administrations de la ville et de la région, on organise des simulations. Sirène. - Un bruit strident et un message d'alerte inondation sur tous les téléphones d'Alfortville.

Et une inquiétude... - Bonjour.

C'est un message de la préfecture. Il n'y a rien de grave. C'est une alerte.

Ils font un exercice inondation aujourd'hui. On teste le dispositif d'alerte. - Cette fois, c'est un exercice, mais aussi une piqûre de rappel. 100 % de la ville est inondable, mais personne ne semble préparer. - Le portable a sonné.

J'ai eu un peu peur. - Vous avez quand même compris le message? - Un jour, il y aura une grande inondation.

Tout le monde le sait. C'est des signes avant-coureurs. - Voici à quoi pourrait ressembler Alfortville si la Seine débordait.

Des quartiers inhabitables, 45 000 personnes à évacuer et reloger. Alors, Hervé surveille le fleuve tous les jours comme le lait sur le feu. La catastrophe pourrait se jouer au centimètre. - A 4,52 m, l'eau va déborder dans la ville.

On va avoir 72 heures pour évacuer la ville. Tout ça est prévu dans un plan d'évacuation. On doit le mettre en place.

Il nous permet d'avoir des sorties de ville, savoir où on va mettre les véhicules, où les personnes vont être hébergées. - 4,52 m, c'est beaucoup moins que la plus grande crue de l'histoire récente. En 1910, la hauteur de la Seine atteint 8,62 m.

La tour Eiffel a les pieds dans l'eau. On se déplace en barque ou sur des pontons pendant 10 jours. Le métro reste fermé pendant 3 mois.

Alors, ce jour-là, la Mairie de Paris se prépare au pire. - L'eau est déjà à 7 m ce matin. Elle va monter tout au long de la journée. - Nous observons déjà des débordements d'égouts.

Nos usines de pompage fonctionnent actuellement au niveau maximal de protection. - Cellule de crise fictive et problèmes en pagaille. - On est mieux protégés par les ouvrages qui ont été construits depuis 1910, mais aussi beaucoup plus fragiles par l'extension des réseaux divers et variés et on est aussi plus exposés parce que le changement climatique fait que ce type d'épisodes, notamment des phénomènes de crues, vont devenir de plus en plus fréquents. - Pour 100 000 Parisiens, la seule solution serait d'évacuer.

En plein centre de Paris, les services de secours s'entraînent à ces opérations hors normes. - Tu as mal au bras droit... - Mais la préparation ne fait pas tout face à la violence des aléas du climat. - Très pragmatiquement, s'il y a 9 m d'eau, vous pouvez prendre toutes les pompes de France, ça ne suffira pas.

Il faudra attendre une décrue naturelle. Dans un second temps, on va intervenir en plus pour retirer toutes les poches d'eau qui vont rester. - La décrue sera lente.

Elle pourrait prendre des semaines, des mois avant un retour complet à la normale. Cet exercice est aussi une occasion de faire de la sensibilisation. - J'ai une dame qui m'a dit: "Je ne comprends pas pourquoi l'Etat ne peut pas retenir la crue et empêcher qu'elle arrive à Paris." Il y a du chemin à faire.

C'est de la pédagogie. - Une crue centennale pourrait causer jusqu'à 30 milliards d'euros de dégâts en Ile-de-France. - S.Brakhlia: On va parler de la situation avant de revenir sur la simulation parisienne.

Les crues gagnent aussi l'Ile-de-France. En région parisienne, l'Essonne et la Seine-et-Marne sont en vigilance orange. Plusieurs cours d'eau sont montés, comme la Seine.

De nouvelles pluies sont attendues. Faut-il s'inquiéter en Ile-de-France aussi? - N.Berrod: Dans les territoires en orange, notamment avec la rivière du Grand Morin, qui sort régulièrement de son lit, il peut y avoir des dégâts et des maisons inondées.

Dans les départements limitrophes, il peut y avoir des dégâts. - S.Brakhlia: A Paris, on parle de crue centennale.

Qu'est-ce que ça veut dire? - N.Berrod: Chaque année, 1 chance sur 100 qu'elle arrive. - E.Crauser-Delbourg: C'est important de le dire.

On se dit que si ce n'est pas arrivé depuis 100 ans, c'est pour bientôt, mais non. - M.Lamoureux: C'est peut-être pas plus mal qu'on ait un peu peur! - S.Brakhlia: La question à la fin du reportage est intéressante.

La dame qui a demandé pourquoi l'Etat ne pouvait pas arrêter la crue si elle se produisait...

Il y a effectivement de l'impuissance. - F.Gemenne: L.Jospin disait: "L'Etat ne peut pas tout." - M.Lamoureux: Le paradoxe entre la prise de conscience et le fait de ne pas se sentir complètement vulnérable...

Là, c'est un peu symptomatique, mais pas seulement. Soit on n'a pas été exposé, soit on a l'impression qu'on va nous protéger. On revient à la question de la culture du risque, fondamentale. - N.Berrod: Quand j'étais en reportage sur les crues dans le Pas-de-Calais, j'ai beaucoup entendu: "Ca nous prouve que la nature est plus forte que nous." C'est pour ça qu'on fait des exercices, pour s'entraîner à réagir. - S.Brakhlia: S'il y avait une crue à Paris comme en 1910, il faudrait déplacer 100 000 Parisiens.

La décrue prendrait des mois. - F.Gemenne: Il y a beaucoup plus de Parisiens aujourd'hui qu'en 1910.

D'où l'importance de se préparer à ce type d'exercice d'évacuation. On peut se demander si ce n'est pas ridicule, ces cellules de crise fictives...

En réalité, c'est très important d'être prêt, de manière à ce que, le moment venu, on sache quoi faire, sans perdre de temps. - N.Berrod: Ca ne veut pas dire qu'on ne fait rien en amont.

Il y a des bassins de rétention. - S.Brakhlia: Il y a des bassins tout autour en Ile-de-France, mais si on protège Paris, est-ce qu'on noie ce qu'il y a autour? - E.Crauser-Delbourg: Les lacs réservoirs ont une capacité de tenir à peu près 4 jours de débit de la Seine s'il y avait une crue.

Mais ça ne protège pas tout. Si la Seine monte comme en 1910, on inonde Paris. Ce qu'on regarde, c'est un très bel exercice, mais dans le Pas-de-Calais, ils l'ont déjà vécu...

Peut-être que si on avait fait ces exercices dans ces régions-là, on aurait mieux réagi et les dégâts auraient été moins forts. Il y a même des scénarios qui sont faits avec qui on évacue en premier. Autour de la Seine, il y a les grands musées, les ministères, France Télévisions.

Tout ça va venir être inondé en premier. Qu'est-ce qui va se passer dans tout ce patrimoine culturel...

Il faut aussi penser...

Une fois que l'eau s'infiltre, les égouts remontent. Il y a le problème de la potabilité de l'eau, l'électricité, le chauffage, les problèmes sanitaires...

Ce n'est pas pour faire peur, mais pour dire que c'est bien de se préparer. Le jour où ça arrive, chaque citoyen doit savoir quoi faire. - M.Lamoureux: Il y a des inégalités dans la capacité à enregistrer l'information, à y avoir accès.

Les populations vulnérables ne sont pas forcément au coeur des politiques publiques de prévention. C'est un message à faire passer: l'adaptation, le fait de se préparer doit prendre en compte les publics les plus vulnérables qui sont parfois négligés. Le Secours catholique va rendre un rapport sur le lien entre ces catastrophes et les publics vulnérables.

On ne peut pas révéler les conclusions, mais ce sera intéressant à regarder. On oublie souvent de le dire. - F.Gemenne: Dans tous les pays, pour toutes les catastrophes, les populations les plus vulnérables se trouvent dans l'incapacité d'évacuer.

Elles n'ont pas les moyens, les connexions, l'information. Avec l'ouragan Katrina, qui a ravagé La Nouvelle-Orléans il y a 20 ans, 15 % de la population était resté coincé. 2000 personnes vont décéder. - S.Brakhlia: On en vient aux questions des téléspectateurs.

Question. - E.Crauser-Delbourg: Il y a bassine et bassine.

Il y en a qui se remplissent par les nappes phréatiques. Il y a aussi des retenues qui sont remplies par les pluies. L'eau ne rentre pas dans les sols.

Elle ruisselle. Malheureusement, c'est terrible à dire pour les gens qui sont sous l'eau en ce moment, mais si le printemps est sec et que l'été est caniculaire, on reparlera de sécheresse malgré les forts épisodes de pluie. - S.Brakhlia: Question. - F.Gemenne: Sans doute en partie.

Il y a aussi des transformateurs qui ont été touchés. Il n'y a pas que les lignes électriques. Si on enterre une ligne électrique, ça permet de réduire l'exposition au risque. - S.Brakhlia: Question. - E.Crauser-Delbourg: Vous avez un site comme georisques.fr où vous rentrez votre adresse et vous avez tous les risques auxquels vous êtes soumis.

Il y a aussi la sécheresse, le risque sismique...

Quand vous contractez une assurance, vous devez avoir accès à ces informations. - S.Brakhlia: Question.

On ne peut pas le savoir. - N.Berrod: La valeur, je ne sais pas.

Mais le type de culture...

Les cultures varient. Dans les territoires du Sud, de plus en plus secs et arides, on a du mal à cultiver des abricots. On pourrait cultiver des amandes. - E.Crauser-Delbourg: La valeur immobilière va baisser, de manière générale. - S.Brakhlia: Question. - F.Gemenne: Aveuglement, court-termisme... - E.Crauser-Delbourg: On a un rapport à la mer et à la vue qui ne prend pas en compte le risque. - S.Brakhlia: Question. - F.Gemenne: Absolument.

Il y a des ouragans qui se forment déjà en Méditerranée. C'est un risque auquel on n'était pas habitués en Méditerranée. Désormais, elle est sujette aux ouragans. - N.Berrod: L'outre-mer est très exposé aux ouragans.

C'est la France aussi. Parfois, les médias disent "mini tornades", mais ce sont des tornades. - S.Brakhlia: Ce ne sont pas les tornades qu'on voit aux Etats-Unis. - N.Berrod: Mais il y en a. - M.Lamoureux: Melissa est passée tout près des Antilles françaises à l'automne.

Des vents à 300 km/h. - N.Berrod: Le cyclone Chido à Mayotte... - S.Brakhlia: Question. - F.Gemenne: La grande question, c'est jusqu'à quand on va pouvoir tenir le modèle mutualiste d'assurance.

Ces risques vont être très différenciés selon les régions. La question, c'est jusqu'à quand ça va tenir. Aux Etats-Unis, les assureurs se retirent déjà de certaines zones.

En Floride, il y a des contrats d'assurance habitation qui ont été résiliés parce que le risque était trop élevé. - S.Brakhlia: Dans le Pas-de-Calais, on a vu des assurances qui ont résilié les contrats avec certaines communes.

Elles ont été désarmées. Question. - E.Crauser-Delbourg: C'est une jolie colle.

Il faudrait additionner tout ce qui contribue à la préservation de l'environnement. - S.Brakhlia: C'est interministériel.

Il faudrait faire les comptes. - F.Gemenne: C'est pas juste le budget du ministère de l'Ecologie. - S.Brakhlia: Question. - N.Berrod: La consommation de l'énergie, il y a des moyens simples de la limiter sans que ça nous impacte au quotidien.

On ne va pas interdire aux gens de voyager, mais trouver des façons différentes de le faire. - S.Brakhlia: Merci à tous les 4.

Dans un instant, "C à vous" avec M.Bouhafsi. - M.Bouhafsi: Bonsoir. "Notre liberté est menacée." Ces mots sont ceux du chancelier allemand à Munich devant les dirigeants américains.

L'ancien ministre des Affaires étrangères H.Védrine estime que l'Europe doit entamer une révolution. Il est notre invité.

Après des années de préparation, S.Adenot s'est envolée ce matin pour l'ISS pour sa 1re mission, qui marque le retour d'une Française dans l'espace depuis plus de 25 ans. J.-F.Clervoy est notre invité. "C à vous", ça décolle, dans un instant! - S.Brakhlia: Bonne émission.