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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 9 mai 2022 24 min

François Hollande : "L'union est souhaitable mais je suis contre cet accord"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un ancien président de la République avec lequel vous allez pouvoir dialoguer, amis auditeurs, dans quelques instants au standard d'Inter 0145 24 7000 ou via notre application mobile. François Hollande, bonjour.

0:13
François Hollande

Bonjour.

0:14
Présentateur

Merci d'être à notre micro ce matin. On va évidemment et longuement parler de la situation politique en France, de l'accord conclu par les socialistes avec les insoumis dans quelques instants. Mais d'abord, arrêtons-nous sur ce lundi 9 mai à Moscou. Tout à l'heure, Vladimir Poutine s'apprête à faire une démonstration de force sur la Place Rouge pour célébrer l'anniversaire de la capitulation en Asie et de la victoire de l'Union soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale. Par-delà le défilé militaire, le monde est suspendu au discours que prononcera Vladimir Poutine et à ce qu'il dira des prochaines phases de la guerre en Ukraine.

Redoutez-vous, François Hollande, tout simplement, une escalade, une nouvelle escalade ?

0:54
Invité

Si escalade, c'est penser que Vladimir Poutine va continuer à avancer, notamment dans le Donbass, c'est-à-dire à l'est de l'Ukraine et dans le sud, oui, il y aura escalade. Si escalade signifie le recours à des armes terrifiantes, et notamment nucléaires, non. car les règles de la dissuasion font que Vladimir Poutine sait parfaitement que s'il peut menacer, s'il peut effrayer l'usage de ses armes, si elles étaient vraiment manipulées, entraînerait pour lui des conséquences effroyables. Donc il ne le fera pas. Mais il utilise toujours la force, parce que pour lui, la menace, le rapport de domination fait partie de sa diplomatie.

Donc sans préjuger de ce qu'il va dire, je pense qu'il dira que l'opération militaire, comme il l'appelle, c'est-à-dire la guerre, va continuer jusqu'où ? Mariupol, sûrement, mais ce qu'il veut, c'est contrôler tout le littoral du sud de l'Ukraine, jusque à ce qu'on appelle la Transnistrie, qui est en fait la Moldavie, pour avoir à la fois l'accès à la mer, retrouver Odessa, pour lui, qui est un port qu'il doit considérer comme russe, et pour couper l'Ukraine de tout accès à la mer. Voilà ses buts de guerre. Alors que pouvons-nous faire, nous ? C'est ce qu'on allait dire, la guerre en Ukraine dure déjà depuis deux mois et demi, que faut-il faire aujourd'hui ?

On a fait des sanctions financières contre Poutine et les oligarques, on en voit maintenant officiellement, on le reconnaît, des armes lourdes en Ukraine. Qu'est-ce que l'Europe peut et doit faire de plus ? L'embargo sur le pétrole, vous voyez qu'il tarde à venir, parce qu'en l'occurrence, le G7... Oui, ils ont dit qu'on y vient, mais sans le décider vraiment. Exactement, donc il faut aller beaucoup plus loin sur l'embargo pétrole, gaz et charbon, mais avec les conséquences que l'on sait. C'est-à-dire que ça a des effets sur le prix de ces énergies.

Deuxièmement, fournir des armes, oui, sûrement, et encore, car on ne peut pas laisser les Ukrainiens subir comme ils le font, et résister admirablement comme ils l'ont montré. Donc, la question de la fourniture régulière des armes, de l'entraînement aussi des forces ukrainiennes, est une question que les Européens ne peuvent pas écarter, et ne peuvent pas non plus nuancer. Il faut accepter. Alors, Poutine, à chaque fois... Mais il n'est pas nuancé, il est nuancé le... Oui, parce que chaque fois, Poutine... L'envoi des armes ?

Il a été en Allemagne, il a été dans certains pays qui s'y refusent, et Poutine, à chaque fois, laisse penser que la fourniture d'armes pourrait être une co-béligérance avec les actes de rétorsion qui pourraient suivre. Eh bien non, il faut accepter ce rapport de force, parce que Poutine ira jusqu'au bout s'il n'est pas arrêté.

3:32
Présentateur

Emmanuel Macron a parlé il y a deux jours à Vladimir Poutine. A-t-il raison de maintenir le contact, selon vous, François Hollande, ou faut-il, comme le demandent désormais certaines chancelleries, arrêter de parler à Vladimir Poutine ?

3:45
Invité

Il ne faut lui parler que si un message fort peut lui être adressé. Si c'est simplement pour faire la communication de Vladimir Poutine, il vaut mieux ne pas le faire. C'est ce qu'il est en train de faire, la communication de Vladimir Poutine ? Ça peut être un risque. C'est pourquoi il faut que, si un contact doit avoir lieu, ce soit pour passer un message extrêmement fort, ou dire qu'il n'y aura plus d'autres contacts s'il n'y a pas de négociation.

4:09
Présentateur

Vous aviez déclaré, pendant la campagne présidentielle, que le premier déplacement d'Emmanuel Macron, du prochain président, devait se faire à Kiev. Regrettez-vous qu'Emmanuel Macron en ait décidé autrement et aille aujourd'hui à Berlin, comme le veut par ailleurs la coutume pour son premier déplacement à l'étranger ?

4:26
Invité

Oui, qu'il aille à Berlin, je pense que c'est absolument nécessaire, parce que le couple franco-allemand est indispensable pour faire avancer l'Europe, nous en parlerons. Mais il doit aller à Kiev après, dans les jours qui viennent. Pendant la campagne présidentielle, avouer que c'était difficile, pour les temps maintenant qui s'ouvrent, aller à Kiev serait, à mon avis, nécessaire, souhaitable, symbolique. Je rappelle que beaucoup de dirigeants européens sont déjà allés à Kiev. Il reste deux mois de présidence française de l'Union européenne. Que peut, que doit faire Emmanuel Macron dans ces deux mois pour ce qu'il veut faire, c'est-à-dire relancer l'Europe, il le dit ?

Aujourd'hui, c'est la journée de l'Europe, donc Emmanuel Macron va faire des discours. Il y a une réflexion qui est menée depuis déjà plusieurs mois sur la manière d'avancer l'Europe. Il doit faire ses propositions à cette occasion-là. Il n'aura pas forcément d'autres occasions comme président de l'Union européenne, mais il en aura plein d'autres après, comme président. Moi, je pense qu'il ne faut pas aller vers la révision des traités, tout ça prend un temps considérable, mobilise les énergies. Pourquoi ? Pourquoi il ne faut pas réviser les traités qui sont de plus en plus contestées ? Il faut sans doute les réviser, mais pour réviser les traités, il faut l'accord des 27.

C'est-à-dire, sans doute, des accords du Parlement. On n'a plus le temps. Mais faut-il casser cette règle de l'unanimité ? Ça, c'est autre chose. Dans une carte de modification de traité, il serait souhaitable de casser l'unanimité. Je fais une observation. S'il n'y a plus l'unanimité, quelquefois, ça peut nous contraindre de faire des choix qui ne sont pas forcément les nôtres. On peut être minoritaire, mais moi, je suis favorable à la levée de l'unanimité. On pourrait d'ailleurs en convenir sans avoir besoin de changer les traités. Pourquoi ? Parce que changer les traités, ça permet à un pays comme la Hongrie ou la Pologne de dire non, puisqu'il faut l'accord de tous.

Donc, il faut mieux faire avancer l'Europe pratiquement sur l'énergie, sur le climat, sur la question de la défense, plutôt que de se lancer dans des grands chantiers institutionnels qui n'aboutissent à rien.

6:23
Présentateur

Venons-en à la politique française sur l'accord entre les socialistes et les insoumis. Vous avez déclaré mercredi dernier au quotidien régional La Montagne, je récuse l'accord sur le fond et même sur les circonscriptions, mais c'est une question qui doit être tranchée par le Conseil national du PS. Fin de citation. Le Conseil national du PS a tranché le lendemain et a validé cet accord à plus de 62% des suffrages. Comment avez-vous reçu ce vote, François Hollande ?

6:50
Invité

L'Union, d'abord, elle est souhaitable. La gauche doit envoyer le plus de députés possible à l'Assemblée nationale pour éventuellement peser et empêcher des mesures qui seraient tout à fait néfastes pour le pays. L'Union, elle est souhaitée par les électeurs de gauche, en tout cas. Mais pour qu'elle soit conquérante, pour qu'elle soit victorieuse, cette Union, il faut qu'elle soit équilibrée sur le plan électoral et crédible sur le plan programmation. Elle ne l'est pas, ni l'un ni l'autre ? Sur le plan électoral, pour le PS, qui ne se réduit pas au score de Anne Hidalgo, qui représente 5 régions, de nombreux départements, des villes entières, avoir 70 candidats sur 577 circonscriptions.

Mais c'est au nom même de l'Union. C'est finalement une faute. Parce que beaucoup de candidats socialistes auraient été dans de meilleures conditions pour être élus députés que des candidats, notamment de la France Insoumise. Deuxièmement, les candidats de la France Insoumise vont être 370. Ce qui est un déséquilibre par rapport à ce qu'est la réalité politique. Même si le score... Même si le score de Jean-Luc Mélenchon... Mais dans le score de Jean-Luc Mélenchon, il y a sans doute ce qui lui appartient et des électeurs qui sont convaincus de cette position.

Puis il y en a aussi beaucoup d'autres, on les connaît, qui ont voté Jean-Luc Mélenchon pour écarter Le Pen et l'ont fait un vote utile comme d'autres ont pu voter Emmanuel Macron pour le même motif. Ils n'ont pas voté Anne Hidalgo. Sinon ça se verrait dans le score. Sur le plan maintenant programmatique, ça c'est le point le plus important. L'Union, pour qu'elle soit là aussi victorieuse, il faut qu'elle soit soucieuse à la fois de vérité et de crédibilité. Vérité ?

Quand il est dit que le futur gouvernement de la majorité, si elle était constituée, pourrait ne pas respecter les traités, pourrait donc être dans l'indiscipline, pire même, puisque c'est leur mot, de faire qu'on puisse considérer que les traités, on n'a pas à... La désobéissance. À les prendre en tant que telles, négocier les traités, essayer de les changer. Pourquoi pas ? C'est nécessaire. J'ai dit tout à l'heure que c'était extrêmement compliqué. Mais désobéir, le principe même de la désobéissance, l'Europe, elle est fondée sur la libre circulation, c'est son principe fondamental. Des personnes comme des marchandises.

Elle est fondée sur le marché unique et elle est fondée sur la monnaie unique. Vous ne respectez pas ces règles ? Vous vous mettez forcément de côté. Je vais prendre un exemple. Dire, on va ne pas respecter les règles, on va désobéir. C'est comme si vous jouiez une partie de football et à la fin, vous avez dit, on accepte les règles, puis à la fin, vous dites, ben non, je ne les accepte plus, je vais jouer avec les mains. Ben non, ça ne marche pas. Donc ça, c'est le problème de la vérité. Et le problème de la crédibilité. Le problème de la crédibilité, c'est d'abord, pour le Conseil européen, c'est le président qui participe au Conseil européen, pas le Premier ministre.

Deuxièmement, le problème de la crédibilité. Quand vous dites, retraite à 60 ans, retraite à 60 ans avec 40 annuités. Quand vous dites en plus, sixième semaine de congé payé, 32 heures, augmentation générale des salaires, création de 400 000 emplois publics, nationalisation des banques, revenus pour tous les jeunes, et je suis forcément favorable, 1000 euros pour tout le monde. Vous dites, mais comment on fait ? Comment ça se finance ? Donc l'Union, pour qu'elle soit victorieuse, il faut qu'elle puisse être crédible, sincère, et qu'en plus, le résultat puisse être finalement appliqué.

10:26
Présentateur

Quand vous voyez que Martine Aubry, figure du PS, s'il en est, fille de Jacques Delors, le grand européen, a malgré des réserves majeures, notamment sur l'Europe, qu'elle a malgré tout soutenu l'accord avec les insoumis, estimant, je la cite, que les électeurs de gauche ont exprimé lors du premier tour des élections présidentielles, une forte aspiration au rassemblement et à l'unité, et que ce message, il faut l'entendre,

10:48
Invité

vous lui répondez quoi ? Je lui réponds d'abord qu'elle prône au niveau national ce qu'elle n'a pas fait au plan local, il y a deux ans. C'est-elle associée aux insoumis et aux verts dans sa propre ville ? Non. Sans doute qu'elle avait des raisons de ne pas les associer. Aujourd'hui, moi, je ne suis pas contre l'Union. Toute ma vie, j'ai prôné l'Union. Vous n'êtes pas contre l'Union, mais vous êtes contre cet accord. On est bien d'accord.

Je suis contre l'Union, je suis contre un accord qui, tel qu'il est fait, et sur le plan électoral, et sur le plan programmatique, ne permet même pas la victoire, n'autorise pas de mettre en place une autre politique, et en plus, va déséquilibrer durablement la gauche. Pour vous, il n'y a aucune chance que Jean-Luc Mélenchon soit Premier ministre à l'issue de ses législatives ? Écoutez, sur le plan des résultats, s'il avait une chance, il aurait été au second tour de l'élection présidentielle, déjà. Ensuite, ça supposerait que la France serait majoritairement à gauche. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas. Je le regrette profondément.

Et troisièmement, sur le programme de Jean-Luc Mélenchon, il n'y a pas de majorité possible. C'est l'histoire de la gauche. On parle beaucoup Front Populaire, victoire de François Mitterrand ou la mienne. C'est vrai qu'il y a deux gauches et c'est tout à fait légitime. Irréconciliables ? Non, elles ne sont pas irréconciliables. Elles veulent même leur union. Il y a une gauche qui est radicale, longtemps représentée par le Parti Communiste, aujourd'hui par Jean-Luc Mélenchon, et une gauche qui est réformiste. Quand la gauche réformiste est plus forte que la gauche radicale, elle permet à toute la gauche d'arriver au pouvoir. Pas forcément d'y rester, d'ailleurs.

Et quand la gauche radicale est plus forte, et c'est le cas aujourd'hui, que la gauche réformiste et qu'elle ne fait pas l'effort du compromis, eh bien, elle ne parvient pas au pouvoir. Et c'est ça le problème que nous rencontrons aujourd'hui. Et qu'est-ce qui fait qu'il y a une espèce de frustration générale, il y a toujours des espérances d'union, il y a toujours au moins l'aspiration à ce que les choses bougent, et je vois notamment dans la jeunesse. Mais oui, mais justement, est-ce qu'il n'y a pas

12:42
Présentateur

une fracture générationnelle, François Hollande ? Est-ce que vous les entendez, ces jeunes, les 18-35 ans, qui réclament l'unité de la gauche et qui se réjouissent de la dynamique qui a été créée par la NUPES, cette nouvelle alliance ? Vous leur dites quoi à ces jeunes ? Vous vous trompez ? Vous misez sur le mauvais cheval ? Vous lisez mal l'histoire ? Vous lisez mal l'avenir ?

13:04
Invité

Mais je pense que cette génération, elle a envie d'un changement profond. Mais voilà ! Et je le comprends. Elle en a assez qu'on leur assène toujours les mêmes politiques depuis des années. Cette jeunesse, elle a aussi une exigence climatique. Et donc, quand on a autant d'aspirations, on essaye, mais ce n'est pas eux qui sont en cause, de leur proposer une politique qui puisse gagner, qui puisse être victorieuse. Vous avez fait, vous avez perdu. Mais ce n'est pas moi, je n'ai pas fait grand-mère collégion. Vous avez soutenu un Hidalgo, il semble, non ? Le problème du Parti Socialiste, vous le savez, c'est qu'il a décidé depuis 2017 de s'effacer.

Et de ce point de vue-là, il a réussi au-delà de tout entendement. Donc, le rôle du Parti Socialiste, le rôle d'une gauche réformiste, c'est vrai pour aujourd'hui, mais ça sera surtout vrai pour demain, c'est de redonner, justement, une perspective sérieuse d'accéder au pouvoir. C'est fini, le Parti Socialiste, il est mort ? Non, je ne pense pas. L'idée socialiste, elle est là. Non, mais le Parti Socialiste. Le Parti tel qu'il est, il est quand même, maintenant, j'allais prendre une formule usé, fatigué. Et je crois qu'il est surtout divisé.

Donc, qu'est-ce qu'il faut faire au lendemain des élections législatives, puisque là, le processus est en cours, au lendemain des élections législatives, il faudra qu'il y ait un grand mouvement qui se constitue à partir de ceux qui le voudront, du Parti Socialiste et à l'extérieur, parce que le plus grand nombre de socialistes, aujourd'hui, ils sont à l'extérieur. Ils sont notamment chez Emmanuel Macron. Et Stanislas Guérini, le nouveau patron de l'ex-la-République en marche, on appelle ça maintenant Renaissance, dit aux socialistes et au déçu de cet accord, rejoignez-nous, nos portes sont grandes ouvertes. Il faut y aller ?

Enfin, je pense que, aller dans un conglomérat comme celui-là, dans une confusion politique, sans ligne générale, et on en a encore eu la preuve ces derniers jours, avec le seul souci de récupérer des soldats perdus, à droite ou à gauche, mais ça ne peut pas être une source d'espérance. Bon, c'est peut-être au mieux une continuité. Ce qui me paraît plus grave pour notre pays qui vient de vivre deux élections présidentielles, 2017-2022, où il a fallu écarter, rejeter, plutôt que d'espérer. Ce n'est pas de se retrouver quand même dans 5 ans, parce que c'est ça qui est en cause.

Si dans 5 ans, il y a encore l'extrême droite à ce niveau et une gauche radicale qui n'a pas la crédibilité nécessaire, eh bien, on continuerait toujours avec ce pôle central qui est d'ailleurs de plus en plus à droite et qui n'offrirait aucune alternative à notre pays. Moi, je suis pour que notre pays connaisse, notre démocratie connaisse des frais choix et qu'on retrouve des clivages qui soient pertinents et qui permettent des accessions aux responsabilités et à une jeune génération de savoir ce qu'est le pouvoir. François Hollande, Bernard Cazeneuve a quitté le Parti Socialiste.

Il l'a annoncé en expliquant que la France Insoumise était une formation politique dont il avait eu à subir la violence, l'outrance des positions, les insultes quand il était au gouvernement. Il a donc quitté il y a 3 jours le PS. Est-ce que vous aussi vous quittez le Parti Socialiste ce matin ? Je suis socialiste depuis que j'ai l'âge de 20 ans. J'ai dirigé le Parti Socialiste pendant 10 ans. Ma vie est liée au socialisme, pas au Parti Socialiste, au socialisme. Donc socialiste, je suis socialiste, je serai jusqu'au terme de mon existence, au moins politique, nous verrons bien. Donc alors, que je comprends qu'il y ait ce type de décision et j'ai beaucoup d'amitié pour Bernard Cazeneuve.

Ce qu'il faut au lendemain de l'élection présidentielle, c'est que ceux qui sont en dehors, ceux qui n'y sont plus, ceux qui sont encore, ceux qui auraient envie justement d'une nouvelle force pour créer l'alternance, eh bien se retrouvent et qu'on rebâtisse comme ça s'est fait au début des années 70 avec François Bitterrand, comme je l'ai pu le refaire, comme Lionel Jospin l'a fait aussi à son tour et qu'on rebâtisse cette grande force socialiste dont on a absolument besoin, qui existe partout, dans toutes les démocraties en Europe. Donc pour l'instant, vous gardez la carte ? C'est pas la carte qui m'importe, c'est l'idée qui...

Vous restez au PS, pour être clair, pour le dire clairement aux auditeurs. Ben oui, moi j'ai toujours été socialiste, ça serait quand même un comble que le parti me quitte. Serez-vous candidat aux législatives, François Hollande ? Je crois qu'aujourd'hui, je ne vais pas du tout parler de mes questions personnelles, j'ai vu que dans l'accord, le fameux accord, on avait réservé cette circonscription à la France insoumise. Je trouvais que c'était une forme d'élégance, de courtoisie, j'ai été député dans cette circonscription pendant 24 ans, mettre un candidat de la France insoumise, montrer tout l'attachement que ce parti socialiste... C'est quoi ?

Je pense qu'il y a des formes d'inélégance, d'absence d'amitié dans le parti socialiste qui me paraissent tout à fait néfastes, mais pour ce qui me concerne, écoutez, j'ai jusqu'au 20 mai, je crois. Vous n'avez pas pris votre décision ? Non, je n'ai pas pris de décision et puis je suis aussi soucieux de ne pas ajouter de la confusion à la confusion.

17:41
Présentateur

André au standard, André qui nous appelle de Perpignan, je crois, bonjour. Oui,

17:46
Auditeur

bonjour. Et tout d'abord, félicitations à France Inter pour la qualité de vos émissions.

17:51
Présentateur

Merci.

17:52
Auditeur

Monsieur le Président, que pensez-vous de la proposition de Carole Delga d'organiser des états généraux dans quelques semaines pour faire en sorte que le PS reparte de nouvelles bases et puis dire non à ce marché de NUP-S ?

18:10
Présentateur

Merci André. Voilà pour le jeu de mots. On transmet le tout

18:14
Invité

à François Hollande. J'apprécie le sens de l'humour. Je suis d'accord avec vous. Je pense que Carole Delga a pris une bonne initiative et elle fait partie de cette jeune génération justement d'élus qui ont envie de donner à notre pays une force à gauche et notamment pour gouverner demain comme nous le faisons dans beaucoup de régions et elle particulièrement en Occitanie. Mais il ne faut pas que ce soit une initiative isolée, il faut que tout le monde participe. Il y a une espèce de convergence de toutes les initiatives pour faire ce grand mouvement et Carole Delga on sera forcément un membre important.

18:49
Présentateur

Mathilde, sur l'application de France Inter, François Hollande a lui-même tué le parti socialiste en défendant pendant 5 ans la social-démocratie qui a fait émerger Emmanuel Macron. Aujourd'hui, il a une chance de passer les 5 prochaines années à défendre les travailleurs et réduire les inégalités. Il y a un certain nombre d'auditeurs qui nous disent ça. Françoise par exemple, bonjour, vous nous appelez de Bretagne.

19:13
Invité

Oui, bonjour.

19:14
Présentateur

On vous écoute.

19:15
Invité

Alors, je voudrais demander ce qu'a fait François Hollande depuis qu'il n'a pas eu la possibilité du fait de son incompétence de se représenter pour un deuxième mandat. Et quand je dis son incompétence, je suis sympa, je vais dire, parce qu'en fait il s'est fait élire sur un programme de gauche et il a fait un programme de droite.

19:37
Présentateur

Merci, Franck. Oui, finissez.

19:39
Invité

Et maintenant, il fait partie du parti des traîtres parce qu'il se retrouve à l'Elysée avec Macron, Sarkozy, Wörth, Guigou, Ferrand et tant d'autres qui vont soi-disant donner leurs conseils. Mais en fait, prendre des conseils de quelqu'un qui a trahi pour des gens qui ont trahi parce qu'en fait ils ont tous trahi. on se demande à quoi ça sert.

20:06
Présentateur

Merci Françoise pour cette intervention qui donne une certaine tonalité chez certains de nos auditeurs.

20:12
Invité

François Hollande vous répond. Je vous remercie pour la nuance de vos propos et le sens de la retenue dont vous avez fait preuve. Juste un mot, si je suis allé à l'investiture du président de la République, c'était mon devoir. Je suis un ancien président, je vais dans les cérémonies qui justement sont celles où la République se retrouve. je ne participe pas du tout à d'autres discussions. Mais je reviens sur, parce que la question est tout à fait légitime, sur la question est-ce que j'ai trahi, parce que c'est toujours celle qui revient chaque fois que la gauche d'ailleurs, la gauche réformiste, on dira, puisque l'autre gauche n'y arrive jamais, la gauche réformiste arrive au pouvoir.

Eh bien écoutez, je vais vous dire les choses suivantes. Si je n'avais pas été élu en 2012, c'était possible ? Il n'y aurait pas la retraite à 60 ans ? Je dis bien la retraite à 60 ans pour ceux qui ont des carrières longues. qui ont travaillé 42 ans. Il n'y aurait pas eu les accords sur la pénibilité qui permettent justement à des gens de pouvoir partir plus tôt à la retraite. Il n'y aurait pas eu le tiers payant pour la santé, il n'y aurait pas eu la complémentaire santé généralisée, il n'y aurait pas eu le compte formation, il n'y aurait pas eu non plus les revenus du capital fiscalisés comme les revenus du travail, il n'y aurait pas eu la garantie jeune. Est-ce que je dois continuer ?

Il n'y aurait pas eu la COP21, il n'y aurait même pas eu le mariage pour tous. Eh bien, rien que pour ça, même si on peut me reprocher beaucoup d'autres choses, rien que pour ça, je suis fier d'avoir gagné les élections de 2012. François Hollande, vous étiez effectivement à la cérémonie d'investiture d'Emmanuel Macron, vous avez vu aux côtés de Nicolas Sarkozy. Emmanuel Macron a promis dans son discours qu'il sera un président nouveau pour un mandat nouveau qui ne sera pas dans la continuité du premier. Il a promis de nommer un premier ministre directement chargé de la planification écologique. Croyez-vous à la possibilité d'un renouvellement d'Emmanuel Macron, de sa pratique du pouvoir ?

On peut se réinventer ? C'est très difficile, je vais presque faire de l'humour. C'est très difficile de faire un second mandat. Je fais de l'humour puisque je n'en ai pas fait un deuxième. Vous avez renoncé à vous présenter. Je n'ai pas voulu faire un deuxième mandat parce que je pensais qu'il était difficile. C'est parce qu'il y avait d'autres raisons. Mais c'est très difficile un deuxième mandat. Et vous avez les expériences de François Mitterrand comme de Jacques Chirac. Il faut donc avoir cette capacité à réinventer et surtout à traiter les questions qui ne sont plus celles du premier. et de changer profondément de méthode. C'est ce que j'ai entendu.

La méthode, ça consistera à faire moins de verticalité, je l'espère. Donc plus de débats, de discussions, de conversations, de consultations. Et souhaitons-le que les syndicats, les forces vives puissent être entendus, consultés autant qu'il sera nécessaire. Et deuxièmement, c'est de faire le choix de l'écologie, c'est-à-dire d'une planification qui permette d'assurer cette transition. Et dans un contexte international, on en a parlé, où il y aura sans doute une pénurie d'énergie ou un prix d'énergie extrêmement élevé.

Et enfin, parce que la politique, c'est aussi de traiter la vie des Français, la question de l'inflation qui n'était pas venue se poser depuis des années, qui appartient à une génération comme la mienne, l'inflation, et que la nouvelle génération va connaître, c'est-à-dire un pouvoir d'achat amputé, des manières de décider qui sont complètement modifiées, des taux d'intérêt qui vont monter. Et bien face à ces défis-là, je pense que le président de la République doit prendre le parti de la lutte contre les inégalités parce qu'elle se creuse toujours dans les périodes d'inflation. Le fera-t-il ? Ça, c'est sa responsabilité.

L'opposition, et je pense qu'elle doit jouer son rôle, elle doit faire des propositions, elle doit empêcher le pire et essayer de se rassembler sur le meilleur.

23:44
Présentateur

Merci François Hollande d'avoir été à notre micro ce matin.

23:47
Invité

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