La chronique de Corinne Lepage du 08/06/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On a maintenant le plaisir d'accueillir en studio l'ancienne ministre Corinne Lepage. Bonjour.
Bonjour Oudie, bonjour à toutes et à tous.
Alors tout à l'heure, Denis Charbitte s'alarmait de la dégradation de l'état de droit en Israël et vous vouliez quelque part partager la même inquiétude avec nous ce matin.
Oui, je voulais vous parler de la justice, pas seulement française. Je vais donner quelques exemples du fait qu'on oublie trop souvent que la justice est le troisième pouvoir, que le système démocratique repose sur une séparation et un équilibre des pouvoirs exécutifs. Législatifs et judiciaires. Or, la justice est de plus en plus malmenée, ce qui est un signe, à mon sens, supplémentaire de la pathologie démocratique actuelle. Je voudrais en donner trois exemples. Premier exemple, la France. En France, d'abord, la justice n'est pas un pouvoir. Dans la Constitution, ce n'est qu'une autorité judiciaire. Il faut déjà le noter.
Très régulièrement, les autorités judiciaires, pénales, civiles, constitutionnelles, administratives sont remises en cause. Et un prétendu pouvoir des juges est invoqué, ce qu'il faut, car les juges ne font jamais qu'appliquer la loi. Et quand ils prennent une décision, c'est parce que la loi les autorise à le faire. Ceci étant, il y a des dératages et des dérapages incompréhensibles, comme celui de ce drame d'Illana, de Liana, qui a terrorisé la France entière. Franchement, on ne peut être qu'aux côtés des parents et être horrifié de ce qui s'est passé. Ou des décisions qui tournent le dos au bon sens, comme le fait de reconnaître un acte manifestement antisémite comme antisémite.
Non, il n'est pas antisémite. Bah si, il l'est. Ce qui remet en cause la confiance dans la justice. A ceci s'ajoutent en France des délais inadmissibles. Il y a une insuffisance criante de moyens et une inadaptation de ces moyens à la violence, au narcotrafic, aux violences faites aux femmes, aux enfants, à la criminalité col-blanc, et bien sûr aux actes racistes et antisémites. C'est-à-dire au moment où on a plus que jamais besoin de justice, les moyens n'y sont pas. Ils ont été un peu augmentés, mais c'est hors de proportion.
Tout ceci crée une défiance croissante qui est un cercle vicieux et qui permet d'autant plus de remettre en cause la justice, alors qu'il faudrait au contraire trouver les moyens de la renforcer.
Le second exemple que vous souhaitez donner, c'est celui des Etats-Unis.
Alors, les Etats-Unis, c'était considéré jusqu'à présent comme le temple même des contre-pouvoirs, de la force du droit, de l'état de droit, de ce qu'on appelle la juridicisation de la société, c'est-à-dire le fait que beaucoup de choses se règlent par des procès. En force, c'est de constater que ce n'est pas le cas. La manière dont Trump a été capable de mettre au pas tout le système judiciaire, de réduire au silence la vocature, avec des moyens extrêmement puissants. Je n'ai pas le temps d'entrer dans les détails, mais c'est très intéressant.
De licencier une série de magistrats qui ne lui convenaient pas et de s'asseoir tranquillement jusqu'à la décision de la Cour suprême sur les tarifs douaniers qu'il a contournés, alors même qu'il a une Cour suprême qui lui est extrêmement acquise. Tout ça témoigne d'une forme de tremblement de terre qui démontre une inefficacité du système judiciaire américain qui était pourtant considéré comme ce que l'on faisait de plus élaboré en quelque sorte, en termes de fonctionnement du pouvoir judiciaire.
Et le troisième exemple que vous souhaitez nous donner,
c'est celui de la justice internationale. Ben oui, si on peut se flatter d'un progrès au niveau de la justice environnementale et de ce qu'on appelle la justice climatique, qui fonctionne quand même assez bien, reconnaissons-le, il n'en va pas de même au niveau de la Cour pénale internationale. Des suspicions d'impartialité de certains juges, une communication à géométrie très variable sur les décisions rendues ont conduit à cet immense scandale, parfait exemple de la désinformation autour de la prétendue accusation de génocide de la part d'Israël.
C'est donc là aussi un manquement majeur de la justice internationale et la remise en cause de la Cour pénale internationale qui pourtant constitue un réel progrès dans l'ordonnancement juridique. Alors, ce recul majeur que constitue ce qui devrait être le juge de paix, parce que si la justice ne fonctionne pas, qu'est-ce qui se passe ? Les gens se tapent dessus. Est avant tout un recul majeur du système démocratique et de l'espoir de construire une société internationale fondée sur des principes partagés et sanctionnés. Cela devrait être remis à l'ordre du jour. On n'a pas l'impression qu'on va dans ce sens.
Merci Corinne Lepage de nous avoir adressé ces inquiétudes effectivement ce matin face à l'état de la justice, pas seulement en France, mais dans le monde et le regard qu'on porte sur la justice. Merci à vous. Merci.
Merci. Merci.
Corinne Lepage