Constance Le Grip - Le Barbier du matin du 17/09/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Constance Legripp, bonjour. Bonjour. Et bienvenue en cette rentrée parlementaire compliquée. Député de la sixième circonscription, je crois, des Hauts-de-Seine. Aujourd'hui, passe à l'Assemblée, en bureau de l'Assemblée, un texte un peu étrange. C'est la demande de destitution du président de la République, formulée par des députés LFI et écologistes, parce qu'il reproche au président d'avoir en quelque sorte trahi le pays, violé la Constitution, en ne nommant pas Lucie Castet. On apprend que les socialistes vont voter oui à cette destitution, du moins en bureau, pour qu'elle aille en débat. En débat, ils voteront non. Curieux, non ?
Très curieux, oui, oui, tout à fait. J'ai lu hier le communiqué de presse des socialistes, extraordinairement alambiqués, qui expliquent qu'ils vont voter pour la recevabilité, mais que ça veut pas dire qu'ils sont d'accord sur le fond. Mais en même temps, ils pensent quand même que c'est peut-être le moment de faire passer des messages, etc. C'est très alambiqué, c'est à l'image de ce qu'est devenu, je crois, le Parti Socialiste, en tout cas le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, du grand n'importe quoi. Ils sont à la remorque des LFI ? Ils sont assez soumis, oui, je trouve.
En tout cas, Olivier Faure et celles et ceux qui décident encore pour le groupe socialiste, je trouve qu'ils sont assez soumis à la France insoumise, oui.
Bon, il n'y a aucun risque que cette destitution aboutisse. Il faut deux tiers des députés, etc. C'est un processus très complet.
Absolument aucun.
Néanmoins, ça dit quelque chose de l'ambiance, qui vous attend tous au Parlement pour la rentrée.
Oui, clairement, on s'attend à des moments très chahutés, des moments très brutaux, peut-être, à certains égards. Beaucoup de bruit, beaucoup de vacarme, beaucoup d'interpellations peu courtoises, du chahut et plus. Je ne veux pas employer des termes qui ne seraient pas très corrects, très courtois.
Les électeurs, vous le reprochent ? Sur le terrain, les électeurs, vous le reprochent ? Dites-vous, les parlementaires, vous ne servez à rien, c'est la cour d'école ?
Alors, on nous dit quelques fois plus que des termes, la cour d'école, etc. Oui, c'est plus dur. Oui, c'est souvent plus dur que cela. Tous les électeurs ne mettent pas tous les parlementaires dans le même panier. Il faut dire les choses.
Mes électeurs, que je rencontre tout le temps, que j'ai bien entendu, beaucoup, beaucoup, beaucoup entendu pendant la dernière campagne législative, sont parfaitement conscients qu'il y a des fauteurs de troubles, qu'il y a vraiment maintenant au sein de l'Assemblée nationale une force parlementaire qui n'a rien à faire d'aucune des règles qui normalement prévalent au sein d'une Assemblée nationale dans une démocratie parlementaire, qui ne respectent rien et qui sont là pour le chaos, la stratégie du vacarme pour essayer de déstabiliser, décrédibiliser, fiche le bazar.
Ils sont là parce qu'il y a eu le Front Républicain, en grande partie, pour une partie d'entre eux. Est-ce que le jeu en valait la chandelle ?
C'est une question qu'on peut commencer à se poser.
Ça serait à refaire ? Les débats dans les partis, les débats avec les électeurs, ne seraient pas les mêmes ?
Peut-être que les électeurs ne regarderaient pas les choses de la même façon. En même temps, l'objectif numéro un du Front Républicain, c'était d'empêcher une majorité pour le rassemblement national. Peut-être qu'il y a toujours cette volonté là. Et absolument, on verra comment les choses évoluent. Je ne veux pas préjuger de ce que penseront les électeurs. Mais ça, c'est quelque chose qui, je crois, toujours assez fortement ancré, en tout cas chez beaucoup des électeurs et des électrices qui composent ma circosition, qui ne veulent pas l'extrémisme de droite au pouvoir. Mais une fois qu'on a dit ça, comment les choses se présenteront ?
Et effectivement, il est clair qu'on voit bien que la stratégie du chaos, le vacarme, le désordre que prône en permanence la France insoumise à l'Assemblée comme ailleurs, font de plus en plus peur. Il faut dire les choses comme elles sont, sans parler en plus de thèses, de positions, de harangues. C'est deux peurs l'une contre l'autre. Voilà, et qu'il y a peut-être une peur qui est en train de devenir plus importante qu'une autre.
Une autre. Les négociations continuent pour former un gouvernement. Ça a l'air compliqué pour Michel Barnier, notamment parce qu'il y a cette gourmandise des Républicains. Il y a trois semaines, ils ne voulaient pas participer du tout à aucun gouvernement. Et là, ils veulent beaucoup de postes. Vous êtes une ancienne des LR. Comment vous interprétez cet appétit retrouvé ?
Alors, je comprends que, se disant que l'un des leurs, n'est-ce pas, est à Matignon, les dirigeants, les Républicains, se disent, d'une certaine manière, c'est assez inespéré, c'est quasiment miraculeux. Et donc, essayons de monter très très vite dans le bateau et essayons d'avoir le maximum d'influence. Néanmoins, la volte-face à laquelle vous faisiez allusion, savoir la position qu'avait prise de manière très très nette, notamment Laurent Bocquier, de ne pas participer, de ne pas vouloir entrer dans un moment où il y aurait des gens qui ne penseraient pas exactement pareil, etc. Et je crois, assez difficile à comprendre pour bien des électeurs.
Et du coup, il y a une volte-face, un retournement, et tout va un peu trop vite. Et il y a maintenant, effectivement, peut-être, une avidité à s'emparer, à faire savoir qu'on a envie de s'emparer des principaux postes ministériels, qui n'est pas tout à fait raisonnable.
Est-ce qu'il faut leur donner ce qu'ils demandent ? Est-ce que c'est le temps de la droite ?
C'est à Michel Barnier d'apprécier exactement comment il doit composer le gouvernement de la République française. Je n'oublie pas, et je pense qu'il n'oublie pas un quart de seconde de l'expérience et une certaine hauteur de vue. Il connaît bien, je dirais, les dessous de la comédie humaine, y compris en politique. Je pense qu'il n'oublie pas, et moi je n'oublie pas, qu'il faut composer un gouvernement réuni, rassemblé, équilibré, pluraliste, et que ce n'est pas le temps d'une famille politique en particulier, fût-ce la sienne, qui n'a somme toute à l'Assemblée nationale que 47 députés.
Ça doit être très large comme rassemblement, mais on attend les gens de gauche qui pourraient y rentrer. Il n'y en aura pas, ils ne veulent pas.
Moi je souhaite, et j'ai souhaité, et je souhaite toujours qu'effectivement ce soit un gouvernement très large et qu'il soit ouvert à des personnalités de la gauche républicaine. Alors effectivement, je ne veux pas faire de name dropping, mais on entend qu'il y a des personnalités, des hommes et des femmes politiques, des élus engagés qu'on connaît, qui ont une certaine autorité, qui ont refusé. Je crois que Michel Barnier continue, inlassablement, avec beaucoup d'opiniâtreté, à entrer en discussion, à contacter des personnalités.
Il y a peut-être des gens qui sont moins connus, qui sont moins sous les projecteurs, parce qu'ils ne sont pas députés ou grands élus local, mais qui pourraient accepter d'entrer dans le gouvernement de la République. Je crois que Michel Barnier est quelqu'un de très opiniâtre. Et il va peut-être y arriver.
Vous êtes vous-même apparenté, ensemble, pour la République. Est-ce qu'il y a à vous dire ? Ça veut dire que vous avez un doute sur où va cette famille macroniste ? Ou vous vous dites, tiens, il faut peut-être que je regarde aussi, si je peux retourner chez les LR, quelle est votre position ?
L'apparentement, nous sommes douze, à être apparentés au groupe Ensemble pour la République, avec des profils très différents. C'est effectivement l'émission d'un petit message. C'était le message que j'avais voulu faire passer tout de suite après ma réélection, qui n'a pas été facile. Aucune réélection n'est jamais facile. Et cette campagne électorale n'a ressemblé à nul autre. Mais voilà, je n'étais pas tout à fait en face. C'est le moins qu'on puisse dire, avec certains des choix tactiques et stratégiques qui avaient été faits par le parti et qui avaient été dit publiquement. Et donc, j'ai eu un moment et je conserve un moment de réflexion.
Vous attendez des éclaircissements ?
J'attends, mais on est nombreux à attendre. Et d'ailleurs, nous allons avoir ce matin une réunion de groupe, ensemble, pour la République et l'Assemblée nationale. Comme beaucoup, j'attends de savoir comment effectivement nous nous positionnons dans ce moment un moment complexe. Et moi, je souhaite que nous soyons clairement et avec, je dirais, solidité et confiance engagés dans la réussite du gouvernement de la France.
La réussite, elle va passer d'abord par des rendez-vous compliqués. L'abrogation de la réforme des retraites. Le RN a une niche parlementaire, il va la proposer. LFI va proposer ça fin novembre. Est-ce que cette réforme des retraites est condamnée à terme ?
Alors, une réforme des retraites aussi importante et aussi essentielle que celle que nous avons menée, j'en suis parfaitement consciente, a suscité de l'impopularité et plus que des réserves. C'est le moins qu'on puisse dire, y compris au sein du Parlement. Mais le Parlement, c'est composé de l'Assemblée nationale et du Sénat. Une loi pour être défaite doit être votée, abrogée tant par l'Assemblée nationale que par le Sénat. Voilà,
ce n'est pas si simple que ça d'abroger.
Ce n'est pas si simple que ça. Maintenant, moi, je me mobiliserai avec beaucoup, beaucoup d'autres pour que nous puissions repousser cette abrogation qui me semble aller tout à fait contre les intérêts de notre pays et de notre système de retraite par répartition.
Alors, il y a le rendez-vous du budget aussi qui va être extrêmement compliqué. Ça peut faire tomber un gouvernement.
C'est le moment délicat. C'est l'heure de vérité, effectivement, de savoir comment nous allons réussir à faire adopter la loi de finances. Bien sûr, nous nous y préparons. Nous ne pensons quasiment qu'à cela. Je suis membre de la commission des finances. Alors, nous attendons, bien sûr, le projet de loi de finances, mais ça ne nous empêche pas de commencer à préparer toute une série d'étapes parlementaires et nous ne pensons plus qu'à ça, oui, à la commission des finances.
Alors, vous avez été députée européenne et il se trouve que vous avez remplacé à l'époque Michel Barnier qui partait à la commission européenne. C'est ça qui a fait de vous une députée. Je m'ai succédé. Pour être tout à fait modeste, je lui succédais. Vous avez remonté sur la liste. C'est ça. Quelle est votre analyse de ce personnage, Michel Barnier, que vous avez soutenu d'ailleurs aussi lors de la primaire pour la présidentielle 2022 ? Absolument,
tout à fait. C'est un homme de très grande envergure, en fait, qui est, c'est ce que je crois et c'est pour ça que je l'ai accompagné à plusieurs reprises et que j'ai eu grand plaisir à travailler avec lui quand il était commissaire européen sur des dossiers très très importants, qui a une vraie capacité à voir loin déjà, à voir des idées assez claires sur où il veut aller, le chemin qu'il veut tracer et qui en même temps, ça a été beaucoup dit déjà, mais je tiens à le redire, est plein d'humanité, plein d'écoute, plein d'empathie, d'un homme de dialogue, on l'a dit, très accessible, qui s'intéresse réellement aux gens et qui sait aller vers eux, les écouter. Voilà, donc c'est ce mélange.
Clairement, il aura votre soutien à l'Assemblée, selon le texte qu'il va proposer, mais quand même.
Oui, moi je souhaite vraiment que le gouvernement de la France, que le gouvernement de Michel Barnier réussisse, je pense que nous sommes très très nombreux, pas qu'au Parlement, c'est ce que j'entends aussi quand je rencontre mes électeurs, quand j'écoute ce qui se dit ici ou là, je crois qu'il y a chez nos compatriotes un vrai refus des petits jeux politiciens, des combinaisons d'appareils, des projections par rapport à l'échéance électorale de ceci, l'échéance électorale de cela, le devenir présentiel que certains s'imaginent, la volonté de voir les hommes et les femmes de bonne volonté se retrousser les manches et travailler ensemble et donc là, en l'occurrence, concrètement, travailler aux côtés de Michel Barnier.
La France a dû changer son commissaire européen. Thierry Bauton, en quelque sorte, a été récusé par Ursula von der Leyen et c'est donc Stéphane Séjourner qui va le remplacer. Ça signe la faiblesse de la France en Europe, la faiblesse d'Emmanuel Macron autour de la table en Europe ?
C'est un moment qui n'est pas très satisfaisant. Je dis les choses comme je le pense. Effectivement, moi, je regrette infiniment la démission de Thierry Breton. Bon commissaire énergique. Très bon commissaire. Lui aussi, une vraie vision. Il a fait énormément. Il a vraiment porté les sujets de souveraineté industrielle, de souveraineté numérique. Il a vraiment été une force motrice et il a joué un rôle très important. Il avait une énergie, une capacité à convaincre, à entraîner qui était vraiment à soudialer. Moi, je tiens à lui rendre hommage.
Je regrette l'enchaînement des circonstances que la mésentente, puisque c'est un petit peu de cela dont il s'agit manifestement, entre Salvard de Dalaïenne et Thierry Breton ait produit cet effet-là.
Emmanuel Macron n'a plus les moyens d'imposer ses choix. Le groupe Renew s'est affaibli en Europe.
Il y a progression de toutes les familles politiques de la droite extrême et de l'extrême droite au sein du Parlement européen. Dans notre pays comme dans les autres pays européens, c'est assez flagrant. Donc, ça a changé la coloration politique du Parlement européen. C'est incontestable. C'est par-delà les positions d'Emmanuel Macron des uns et des autres une donne nouvelle à laquelle il faut qu'on se passe partout en Europe et aussi au sein du Parlement européen. Cette progression de certaines forces de plus en plus eurosceptiques.
La une de libération est cruelle ce matin. Allô Ursula, j'ai un copain à recaser. ça illustre comment Emmanuel Macron envoyait Stéphane séjourner comme commissaire européen. Injuste ?
Excessif ? Caricatural. Excessif, oui.
On peut encore peser sur les choix de l'Europe, nous petits Français ?
D'abord, moi je ne résous pas à penser que l'expression petit Français soit adéquate, pardon de le dire. Nous sommes toujours des contributeurs importants, y compris en termes budgétaires, nous sommes puissance nucléaire, membres permanents de la France et de la sécurité, membres fondateurs. Oui, nous pouvons et nous devons
continuer à peser. Eh bien, Constance Le Grip, merci, bonne journée.
Constance Le Grip