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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 1 août 2021 33 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalInstitutions & électionsEnvironnement & énergieSolidarités & famille

Ep. 1 - Avant la candidature : les coulisses

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Attaque 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Il faut allumer une lumière pour qu’on se dise : "il y a un bout au tunnel, on peut faire autrement". »
  • 4:00Jean-Luc MélenchonFait
    « On a lancé la Consultation populaire qu’on voulait comme étant vraiment le socle de la construction du programme pour la prochaine fois. »
  • 12:00Jean-Luc MélenchonFait
    « On a décidé de ne pas s’en tenir uniquement aux instances du mouvement, mais aussi de proposer aux Insoumis de donner leur avis. »
  • 20:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Le premier meeting de la campagne ne pouvait pas être un simple meeting numérique. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Quand tout va mal et que ça semble être nuit noire pour beaucoup de gens qui ne trouvent pas leur compte dans la brutalité de cette société. Il faut allumer une lumière pour qu’on se dise : "il y a un bout au tunnel, on peut faire autrement". Alors oui, je suis prêt et je propose ma candidature. – Ça ne nous est pas sorti de la tête le 7 novembre et on s’est dit qu’on allait aller le 8 novembre pour proposer la candidature.

Tout ça, c’est l’aboutissement de réflexions stratégiques et d’un certain nombre de discussions collectives. – Tout le monde s’attendait à ce que Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature aux AMFiS, mais clairement la situation politique n’était pas à cela, ce n’était pas le bon moment et même lui n’avait pas encore pris sa décision. Il fallait consulter, voir comment évoluerait la situation politique. – Quand on commence à envisager la candidature, on se dit "C’est quoi le bon moment ? ".

C’est la question que tout le monde se pose : C’est quoi le bon moment ? L’état du monde est tel qu’il n’y a pas de bon moment possible, donc il faut se dire que le bon moment, c’est le moment où l’on est prêt, nous. Donc on travaille à être prêts. [fond sonore musical] – Nous sommes en guerre, – Tous les français sont tenus de rester chez eux. – La deuxième vague de l’épidémie est inéluctable, – 551 décès en 24 heures. – Tout le monde ici a conscience de la gravité de la situation. – Non, le covid ne vous donne pas le droit de piétiner notre démocratie. – Dès 2019, début 2019, on a repris vraiment le chantier programmatique.

Dans le sens où on a remis au travail tous les gens qui s’occupaient des livrets thématiques la dernière fois, histoire d’être prêts au bon moment et on savait que vraisemblablement fin 2020, les choses allaient s’accélérer. Donc on a pris l’année 2019 et l’année 2020 pour faire ça. Et puis en septembre on a lancé la Consultation populaire qu’on voulait comme étant vraiment le socle de la construction du programme pour la prochaine fois.

L’idée c’était que les Insoumis aillent vers les gens et leur demandent : "Qu’est-ce qui pourrait changer votre quotidien ? De quoi avez-vous besoin ? Qu’est-ce qui vous préoccupe ? ".

Puis, pour la candidature, pour être prêts le 8 novembre on a réactualisé, à nouveau, « l’Avenir en commun ». En intégrant cette fois-ci davantage le travail parlementaire des 23, à l’Assemblée nationale et au Parlement européen. Et aussi tout ce qu’on pouvait intégrer à ce moment-là de mobilisations sociales, qu’on a soutenues, qu’on a accompagnées ou dont les revendications nous paraissent pertinentes.

Ça c’est ce qui était prêt au 8 novembre et ce qu’on a mis en ligne le 8 novembre avec ouverture des contributions individuelles sur le programme. On en a déjà reçu quelques milliers en 3 mois. Ce qui est intéressant c’est qu’on en a reçu quelques milliers sans les susciter vraiment, c’est-à-dire que ça fait 3 mois qu’on est en campagne, mais l’objectif principal c’était les signatures qui permettaient l’entrée en campagne, les 150 000, et pas vraiment jusqu’ici les contributions programmatiques.

On a encore le temps donc il n’y avait pas d’urgence. Donc les gens, spontanément, ont des propositions à faire et l’ont fait dès le début. – La préparation de l’élection présidentielle de 2022… On sait bien que c’est l’élection centrale pour une force politique comme la nôtre.

Quand on veut changer radicalement les choses, c’est dans cette élection-là que se concentre l’essentiel du pouvoir, donc c’est la bataille principale. C’est normal qu’on réfléchisse pour la préparer en amont. – On sait assez vite finalement qu’on doit lancer la campagne présidentielle tôt.

Et on sent que le moment est extrêmement politique, qu’il y a beaucoup de causes sociales, écologiques qui existent, qui mobilisent des millions de gens, mais on sent aussi qu’il y a besoin d’une campagne longue parce que c’est une campagne très pédagogique, il faut ramasser tout ça. Il faut construire très tôt le débouché politique à tous ces mouvements sociaux, écolos, en France mais aussi à travers le monde. – Avant que l’annonce de candidature soit faite, tout le monde imagine qu’il y a une période de réflexion, ce n’est pas une décision qu’on prend la veille pour le lendemain.

Et en effet ça a été assez long. D’abord il y a un compartiment qui est personnel, car moi je sais ce que c’est que d’être candidat. Parce que je lis souvent des choses : que ce serait une querelle d’égos, il n’y a que ceux qui n’ont pas de lumières qui croient que c’est un bénéfice d’être sous les projecteurs.

En réalité, je sais ce que ça veut dire, pour moi, recommencer une vie dans laquelle le peu d’espace privé qui me reste est fini, que je vais au devant de toutes sortes de tracas parce que vont me tomber dessus tous mes adversaires et puis l’État surtout qui est le plus dangereux. Et puis il y a aussi le sentiment, la force qu’on ressent, ou pas, en soi. Comme c’est personnel je le mets de côté mais il faut qu’on le sache, ça n’a rien d’évident, ce n’est pas une décision qu’on prend comme une autre décision dans la vie, elle a sa spécificité.

Ensuite il y a toute la partie d’analyse politique et l’appréciation du moment, ça c’est d’abord beaucoup de consultations. – Il y a plusieurs instances du mouvement qui ont été consultées, c’est notamment le cas de l’Assemblée des groupes d’action de la France insoumise, qui se réunit à peu près une fois tous les trimestres, donc l’Assemblée s’est prononcée, il y a eu un moment de réflexion, d’échange et clairement elle a dit que oui, c’était la bonne carte, c’est notre bon candidat pour 2022 et puis que la troisième sera la bonne, c’était déjà une bonne impulsion. Ça s’était fait juste après que le Parti de Gauche ait pris en son sein une résolution demandant à Jean-Luc Mélenchon d’être candidat à l’élection présidentielle de 2022.

On a décidé de ne pas s’en tenir uniquement aux instances du mouvement, mais aussi de proposer aux Insoumis de donner leur avis et d’écrire. Jean-Luc Mélenchon leur a adressé un message par mail pour leur dire : « Voilà où j’en suis et j’ai besoin de votre avis ». Et beaucoup on écrit à Jean-Luc et il a pris de temps de lire les messages pour prendre un peu le pouls, la température et se conforter dans l’idée qu’en effet la décision était la bonne et que c’était le bon moment.

Ensuite, quelques semaines avant l’annonce de candidature, il y a eu une réunion de l’intergroupe parlementaire, c’est-à-dire de l’ensemble des parlementaires insoumis : les 17 de l’Assemblée nationale, mais également les 6 du Parlement européen pour avoir une discussion claire sur le sujet. – On ne va pas tourner autour du pot, il y a dans ce groupe plusieurs personnes qui peuvent être candidates à l’élection présidentielle. Je ne savais pas bien comment m’y prendre et puis Caroline Fiat m’a dit : « tu dois demander si quelqu’un veut être candidat ».

Bon ! j’avoue que, comme je ne savais pas bien quoi faire, j’ai fait ça. C’est moi le président du groupe donc j’ai dit : "Je vous ai réuni pour ceci, cela, vous devinez." Tout ça, bon ! personne ne dit rien.

J’explique tout ce que j’ai dans la tête et puis "Donc je propose ma candidature, je vous la propose à vous aussi". Et puis, on commence par d’abord : "Est-ce qu’il y a quelqu’un qui veut aussi proposer sa candidature ? " Je dois dire que j’étais un peu… En fait je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer.

On est restés un moment. Ce sont des silences qui comptent dans la vie. Le silence, rien, alors tu attends, tu comptes dans ta tête, au bout d’un moment tu te dis "Ça fait un moment qu’on se tait quand même." Tu regardes ta montre pour voir, et bon !

Personne n’a proposé sa candidature. – On a beaucoup commenté sur "Est-ce que c’est le bon moment ? ". – C’était le moment où arrivait la seconde vague de coronavirus.

On avait déjà prévenu le gouvernement qu’il y aurait probablement une 2ème vague. On voit même maintenant qu’il y en a une troisième, une quatrième, parce que c’est ce qui se passe généralement avec les virus. Et à l’époque on avait ri au nez de Jean Luc Mélenchon lorsqu’il avait prévenu au printemps de se préparer à cette seconde vague.

Donc on savait que cette seconde vague arrivait, que probablement cela voulait dire, puisqu’on avait un gouvernement qui n’avait rien planifié, beaucoup de morts dans les hôpitaux ou dans les EHPAD. Donc il y avait un gros questionnement sur le moment politique qu’on était en train de vivre. – Je pense qu’il y a trois raisons principales qui ont fait pencher le choix vers cette date.

La première c’est que justement parce qu’on est encore en coronavirus et qu’on avait tous l’intuition que la crise sanitaire n’allait pas s’arrêter demain et que finalement si on cherchait le moment où on était débarrassé du virus pour se lancer, il était fort possible qu’on se lance après la date de l’élection elle-même. Donc que ce n’était pas une bonne manière de voir, d’attendre un moment qui serait plus propice pour le faire, que finalement il fallait trouver une fenêtre d’opportunité. Deuxièmement justement parce qu’il y a ce virus ça change et ça modifie la forme de la campagne.

On sait très bien que pour une force politique comme la nôtre, c’est une campagne de conviction autour d’un programme, d’un projet. Ça nécessite d’avoir un travail de longue haleine où on peut aller multiplier des contacts quasiment individuels avec les électrices, les électeurs, les indécis, les abstentionnistes, d’habitude il faut arriver à les convaincre, il faut vraiment aller arracher à la montagne de la désespérance des petits bouts avec les ongles. Et ça prend du temps, d’autant plus dans ce type de campagne où les grands moments de mobilisation populaire qui donnent de la force sont plus difficiles à faire.

Troisième raison, c’est qu’il ne faut pas penser que ce qu’on vit en ce moment, cette crise sanitaire qui dure, ses conséquences sociales, les impuissances qu’elle a pu montrer dans le fonctionnement de nos sociétés n’est pas une question politique. C’est une question essentiellement politique, le déclenchement d’une pandémie n’est pas déconnecté de la manière avec laquelle nos sociétés, notre humanité gère son rapport avec la biodiversité et la nature. On sait que les élevages intensifs, la déforestation, la suppression des espaces naturels favorisent des pandémies.

Ensuite la capacité des sociétés et des États à répondre à ces situations sont la résultante de choix politiques. Ce n’est pas nous qui avons décidé de suivre les recommandations de la Commission européenne pour supprimer des lits dans les hôpitaux et on en a vu les conséquences. Donc la crise sanitaire c’est à la fois un moment difficile, parce qu’elle a des conséquences sociales terribles, parce que ça peut générer des mécanismes de repli sur soi.

Parce qu’il y a des détresses psychologiques qui sont extrêmement dures. Et en même temps c’est aussi un moment de prise de conscience des impasses du modèle capitaliste dans lequel on vit aujourd’hui, de ce modèle de prédation sur la nature. Donc on considérait que c’était une fenêtre politique aussi et que notre campagne présidentielle n’était pas un à-côté par rapport à la situation sanitaire que l’on vit aujourd’hui.

Et puis peut-être un dernier argument pour se lancer à ce moment-là : c’est qu’il y a beaucoup de débats, beaucoup de discussions au sein de ce qu’on appelle « la gauche » sur l’organisation de ces élections présidentielles. Nous on avait le sentiment qu’on avait besoin de quelque chose de fort qui permettait de structurer. Il y a des gens qui s’interrogent beaucoup et s’il y avait une proposition politique avec un cap clair, un candidat identifié, un programme connu, même si bien sûr il faut l’améliorer, le renforcer, le préciser, mais dont on connaît en tout cas les grandes orientations, ça aiderait aussi à ce que ces gens qui s’interrogent, qui cherchent un peu à droite, à gauche où peut être la solution politique, se disent "Là il y a quelque chose, on sait où ça va." Et donc c’est mieux d’avoir quelque chose où on sait où ça va.

Alors le premier à gauche, Jean-Luc Mélenchon a formalisé cette candidature, il a mis en place un certain nombre d’éléments qui permettent de rentrer dans une campagne qui est une campagne de longue haleine, de terrain, sur le fond, mais les autres forces politiques ont bien l’intention d’avoir des candidats, en tout cas si l’on en croit les déclarations qu’ils ont faites. – Europe-Écologie avait dit qu’ils auraient leur candidat. Pour le Parti Communiste, Fabien Roussel avait dit qu’a priori il y aurait une candidature communiste : la sienne.

Donc ça a fait sortir du bois des personnalités prétendant représenter leur parti ou leur mouvance, mais ça c’était déjà quelque part dans les tuyaux. Le tableau, le paysage, celui qu’on a aujourd’hui qui est en train de se dessiner, il était déjà préexistant, donc ce n’est pas la candidature de Jean-Luc qui l’a provoqué. Je dirais que s’il y avait quelque chose qui s’était mis en branle, ce serait plutôt dans le sens inverse, c’est parce que justement les autres y allaient les uns après les autres qu’il nous a semblé qu’il fallait clarifier la situation, et clarifier la situation c’était dire qu’il y a une gauche anti-libérale, qui refuse le productivisme, qui se bat pour la 6ème République, la Constituante, qui, à la dernière élection présidentielle, a eu plus de 19 % des voix, qui donc a le droit et le devoir de dire ce qu’elle va faire.

Et donc le fait qu’on se prononce, que Jean-Luc s’avance c’était quelque chose qui clarifiait la situation. On a notamment depuis le 8 novembre écrit à toutes les organisations politiques, y compris celles avec qui a priori on n'aura pas le même candidat, je pense au Parti Socialiste et à Europe-Écologie pour leur dire : "Rencontrons-nous, discutons du programme", puisque vous parlez du projet avant tout, nous on veut parler du projet, parce que la candidature de Jean-Luc c’est aussi et avant tout celle d’un programme. On verra bien, on tirera les constats de si on peut faire des choses ensemble ou pas mais rencontrons-nous. » On a fait une lettre, on l’a envoyée à tout le monde.

On a commencé à avoir des retours de tout le monde, sauf le Parti Socialiste, mais pour l’instant on a des retours de tout le monde, soit pour prendre rendez-vous pour plus tard soit pour le faire dès maintenant. L’objectif étant de rassembler tous ceux qui ont tiré l’enseignement qu’il faut tourner la page, non seulement du quinquennat Macron, mais du quinquennat qui a préparé celui de Macron c’est-à-dire celui de François Hollande. Pour nous, il est hors de question d’une espèce d’amnistie qui fait qu’on pourrait s’entendre sur un programme au rabais qui nous permettrait de s’entendre avec je-ne-sais-qui.

Nous on veut rassembler ceux qui tournent la page de cette histoire et qui, très clairement, s’orientent vers une voie de rupture. C’est ça l’objectif, mais il y a du monde, donc il y a des capacités. – Chaque séquence est une répétition générale en miniature de la séquence suivante, puis de la séquence suivante et à chaque étape on rajoute dans choses.

Dans quels domaines ? Alors d’abord il y a les figures classiques : on annonce une candidature donc on collecte des signatures. Ce qui est très important c’est le processus d’investiture populaire, qui a surpris beaucoup de monde.

J’ai dit "Donnez moi 150 000 signatures et je suis votre candidat". Cette façon de faire, pour nous a une énorme signification politique et la collecte des signatures, en quelque sorte, renouvelle toute la base du mouvement. D’ailleurs on trouve des gens qui ont signé dans la période précédente, d’autres qui n’ont pas signé, c’est-à-dire qu’il y a tout un mouvement qui se fait.

Pour nous, en tant que mouvement c’est un moment décisif. Nous ne sommes pas une avant-garde éclairée, nous sommes un instrument politique, déclencheur et instrument politique. Nous faisons une proposition, elle convient à un certain nombre de gens alors, allez, on y va et on porte cette proposition. – Comme toujours on réfléchit quand il y a des slogans.

On a considéré que "Nous Sommes Pour", comme première étape de la campagne, comme étape correspondant à ce processus d’investiture populaire était finalement une formule assez simple et qui représentait ce qu’on voulait. – Nous, on ne peut pas être déconnectés de ce qui fait notre force, c’est-à-dire une force de sympathisants, de citoyens qui se reconnaissent en nous, toujours. Et on se dit qu’il faut construire ce lien ou reconstruire ce lien.

Alors le mouvement politique La France insoumise existe, et depuis 2017 a maintenu un lien très fort avec beaucoup de sympathisants et de militants, mais on sent aussi qu’il faut le renouveler, qu’il faut lui donner un nouvel élan, parce que c’est une nouvelle campagne. Alors on commence à se dire : "Mais qu’est-ce qui peut ramener les gens à s’investir pour affronter la suite ? " Et il y a tellement de choses finalement, il y a tellement de causes, les gens s’opposent beaucoup, on conteste beaucoup.

On a passé des années à contester la politique gouvernementale, l’ordre des choses, l’ordre établi, le pouvoir de la finance, mais finalement, s’opposer ça ne fait pas un projet politique. On résiste quand on s’oppose mais est-ce qu’on construit l’avenir ? Non.

Et c’est là qu’on se dit : mais finalement les gens qui sont pour ceci, pour cela. les gens quand ils s’opposent, ils se battent pour autre chose. Et c’est pour ça que finalement on se dit qu’il faut rassembler les gens autour d’une idée positive, une idée qui porte un peu d’espoir.

Et surtout que ce ne soit pas fermé, que ce soit le plus ouvert possible parce que c’est aussi sous ce signe-là qu’on voulait placer la campagne présidentielle, c’est-à-dire un signe d’ouverture. La candidature et l’identification à Jean-Luc Mélenchon ne doivent pas fermer les choses. Ce n’est pas « C’est lui et c’est terminé. », c’est « C’est lui et pourquoi ? ». – La campagne présidentielle permet de confronter les projets politiques.

Nous, on voulait montrer qu’on avait un projet politique à porter, qu’on peut résumer en quelques sortes en une formule, c’est l’harmonie des êtres humains entre eux et l’harmonie des êtres humains avec la nature. Mais on ne veut pas se faire voler le débat sur des questions accessoires, annexes, de communication ou uniquement sur des concours de personnes, de casting. On est vraiment favorables à mettre dans le débat des propositions politiques.

Donc le "Nous Sommes Pour" vient illustrer cette démarche, cette volonté d’avoir une démarche sur le programme, sur le projet. – Nous, nous voulons faire une majorité d’adhésion, c’est pour ça qu’on a appelé ça : Nous sommes Pour. Il faut expliquer : il y a la France insoumise, le mouvement de La France insoumise qui, lui, est organisé par groupes d’action.

Et ensuite il y a "Nous Sommes Pour" qui est le cadre de campagne dans lequel Jean-Luc Mélenchon a porté sa candidature, il y a des gens qui rejoignent Nous Sommes Pour et qui ne sont pas forcément à La France insoumise. Et l’ambition de la campagne qu’on porte c’est que la candidature de Jean-Luc Mélenchon transcende la France insoumise dans le sens qu’il y ait des gens qui, jusqu’alors n’étaient pas convaincus par les idées qu’on porte, viennent rejoindre la campagne pour agir. – Une fois que la stratégie politique est définie, il faut voir comment on la met en musique, comment on la raconte.

Quand on fait une campagne électorale et notamment présidentielle, on recommence tout à zéro, même avec la même personne, c’est à dire qu’il ne faut pas se dire que ce qui a marché en 2017 remarchera en 2022. La société a tellement changé, le contexte politique a tellement changé qu’il faut repenser vraiment absolument tout. Moi je dis, très clairement, que 2017 était un formidable moment, qui reste dans les mémoires de ceux qui l’ont connu et vécu et de ceux qui ont été transformés par ce moment-là aussi, mais 2022 est un autre moment.

Et les gens ont aussi été transformés par les années de 2017 à 2021, maintenant. Et puis il y a tout une nouvelle génération qui arrive : 5 millions de nouveaux électeurs qui, eux, n’ont pas vécu la campagne de 2017. Donc il faut parler autrement.

Le travail de l’identité graphique autour de l’idée du mot d’ordre, c’est qu’il faut correspondre à la fois à l’air du temps et en même temps avoir un temps d’avance, donc on va chercher des inspirations, on va voir ce qui se fait à droite et à gauche. On va commencer à s’inspirer, à se dire qu’il nous faut de la couleur, ça c’est indéniable, il faut que ce soit coloré, il faut que ça donne envie, il faut qu’il y ait une profusion de couleurs. Là je décris un univers très populaire.

Quand on présente le projet Nous Sommes Pour avec ses aplats de couleurs, ses couleurs vives, ce choix même de la palette de couleurs, il y a beaucoup de discussions, beaucoup de commentaires. Il faut en tenir compte, il ne faut pas se dire : "Non, c’est bon, c’est fait, c’est bouclé." On l’a tellement pensé qu’on se dit "Ça y est, le projet est abouti", mais non, il n’est toujours pas abouti puisque quelqu’un va vous dire : "Ce bleu là, c’est le bleu du drapeau européen" Ah !

Alors qu’est-ce que ça représente ? Est-ce que c’est gênant ? Pourquoi c’est gênant ?

Quelle symbolique politique il y a derrière ce bleu ? Le bleu qui nous correspond c‘est le bleu du bleu de travail, le bleu de l’ouvrier, c’est ce bleu-là qu’il nous faut et pas le bleu royal du drapeau européen. Voilà comment on aboutit finalement à un choix de couleurs, à un choix de typo, à un choix de mots d’ordre.

Jean-Luc Mélenchon dans une réunion dit : "J’en ai marre des affiches où on met ma tête, ce n’est pas ça que je veux, ce n’est pas une affiche avec ma tête. Moi ce que je voudrais c’est qu’il y ait un petit clin d’œil". Et c’est vrai, il a raison, il sait très bien qu’il a une image construite d’un homme qui serait dur, qui serait sévère, etc.

Et donc il veut jouer de ça, donc il propose et dit : "ce que j'aimerais bien c'est être un petit personnage que l’on poserait sur l’affiche, à différents endroits de l’affiche et qui ferait coucou aux gens. C’est un peu un trait d’humour, mais il a cette idée-là et en y réfléchissant on se dit que c’est possible. On peut le faire en jouant sur le message "Nous Sommes Pour", ça peut devenir quelque chose qu’on peut utiliser de différentes façons.

Ce que je n’anticipe à ce moment là, c’est que les gens vont s’en saisir de cette façon-là. C’est-à-dire qu’on fait la pose pour la photo pour qu’il soit mis dans le "O" de « Nous Sommes Pour », mais on ne se dit pas que ça va être découpé et posé partout. Et c’est fait de façon spontanée en fait.

Quand on s’aperçoit que les réseaux sociaux se sont saisis du personnage, l’ont détouré et commence à le poser partout, on se dit « Bon, eh bien c’est drôle ». – Jean-Luc Mélenchon a proposé sa candidature en novembre parce que l'objectif n'était pas d'annoncer sa candidature. Il ne faut pas l'oublier, c'est vrai que ça a été tellement vite, beaucoup plus vite que ce que nous anticipions, mais l'objectif du 8 novembre c'était de proposer sa candidature et de récolter 150 000 parrainages citoyens pour pouvoir avoir la légitimité populaire de se présenter.

Ces 150 000, en se basant sur des chiffres de 2016, on estimait qu'il nous faudrait au moins deux mois pour les atteindre, c’est-à-dire que, en gros, on les aurait mi-janvier et on se retrouverait à un peu plus d'un an de l'échéance, comme en 2016, pour mener une longue campagne. Force est de constater qu’en trois jours nous les avions obtenus… Donc en fait tout s'est accéléré. – Je pense qu'il faut bien comprendre que c'est pas un jeu de chiffres.

La première étape de la campagne, d'une campagne de manière générale, c'est d'abord de remobiliser les premiers cercles. Ceux qui sont d'accord avec nos idées, mais qu'il faut remettre dans la bataille, parce que pour des raisons personnelles, des raisons professionnelles, un peu de fatigue des fois, ils se sont dit : “Bon allez je suis toujours d'accord avec eux, mais là j'ai plus trop le temps d’aller les aider, je reviendrai un peu plus tard.” On est en train de leur dire : “C'est le moment de revenir”.

Donc la première phase c'est vraiment celle-là, et donc cette phase d'investiture populaire elle sert à ça, ce n’est pas seulement de mobiliser des membres d'un parti ou d'un mouvement, c'est mobiliser le premier cercle, le premier environnement. Plus on est nombreux à le faire, plus vite on le fait, plus ensuite on peut projeter cette force-là dans la bataille. Et la bataille ensuite c'est d’aller convaincre des gens qui eux sont plus éloignés forcément, voire ne sont pas d'accord, voire pensent que tout ça ne sert à rien, que de toute façon ils ne vont pas aller voter.

Donc on a été agréablement surpris par le rythme, c'est vrai, mais on continue à considérer qu'il y a encore une progression importante à faire. Il ne faut pas penser que parce qu'on a atteint les 150 000 où les 200 000, le travail est fait et que maintenant tout va bien. Plus on sera nombreux quand on rentre dans le cœur de la bataille… Puisque la bataille présidentielle, la campagne présidentielle, ça fonctionne par phases successives avec des pourcentages de la population qui s'intéressent à la campagne qui augmentent progressivement.

C’est-à-dire que là vous êtes dans un moment, à un an de l'élection, où elle intéresse 5 % des gens, puis quand on arrivera au mois de septembre il y aura peut-être 15 % de plus qui vont commencer à s'y intéresser, et puis quand on arrivera au mois de janvier 2022 on arrivera peut-être à 50 % de la population qui commencera à regarder ce qui se passe, puis sur les derniers mois de la campagne il y en aura peut-être 80 % et sur la dernière semaine peut-être 95 %. Et donc il faut bien comprendre que dans chaque phase, il faut avoir accumulé le maximum de force pour pouvoir la projeter dans la phase d'après. En tout cas, on a toujours fonctionné comme ça.

Donc c'est un bon résultat, mais il faut continuer. – Première étape. Deuxième étape de cette bataille, on fait les figures traditionnelles : on collecte des signatures, on ramasse des sous… C'est les figures traditionnelles d’une campagne électorale faite dans l'ordre, avec discipline, organisation et méthode.

Et puis il y a les autres figures : il y a le meeting. Il s'agit essentiellement avec le meeting de relancer le programme, qui est la question numéro un d’un mouvement comme le nôtre. Donc on choisit la date et ça tombe le jour d'une manif sur les libertés donc ça ne pouvait pas mieux tomber.

Donc en même temps qu’une protestation contre les violences policières, contre toutes ces choses-là. Et ça permet de traiter le thème de la sixième république et de ce que pourraient être des institutions justes. Donc nous allons démarrer un cycle qui va se construire par la suite par la publication de brochures, et à ce moment-là, donc, on remet le sujet sur la table.

Le sujet c'est pas Jean-Luc Mélenchon, le sujet c'est le programme et le contenu. Il faut que dès le premier geste public on comprenne que c'est ça le sujet. Donc dans ma première intervention je ne parle pas de moi, je parle de ce qu’on a à faire. – Tout support est bon pour porter un discours politique, tous les moyens sont bons pour faire avancer nos idées, voilà !

Ça peut être le tract sur le marché, ça peut être un camion avec des haut-parleurs dans la rue et ça peut être les meetings en réalité augmentée. – Alors c’est là que vous allez faire les premières images ? – Il faut qu'on trouve le moyen de mettre la réalité augmentée au service des propos et du programme porté par Jean-Luc Mélenchon et que ce ne soit pas juste un gadget, tout l'enjeu est là.

Il ne s'agit pas de faire de la technique pour faire de la technique, il s'agit de faire de la technique pour remplir un objectif politique. À l'origine ça ne devait pas être le premier meeting de la campagne, ça devait être un petit meeting de relance sur la quête des parrainages. Et là c'est devenu, en quelques jours, un premier meeting, donc forcément ça a augmenté les attentes liées à cet événement et c'est pour ça qu'on est passé d’un meeting classique numérique, à un meeting en réalité augmentée.

Parce que le premier meeting de la campagne ne pouvait pas être un simple meeting numérique, comme on avait déjà pu faire, et qu'il fallait montrer à tout le monde que nous étions prêts, qu’il y avait une équipe, qu’il y avait des compétences et que nous étions prêts à mener une vraie campagne dès le début. Et donc c'est pour ça que, évidemment, le temps de préparation de ce meeting a été compressé parce que ce que nous espérions faire en deux ou trois mois de préparation pour ce meeting en réalité augmenté on a dû le faire en 15 jours. C'était une première mondiale et il a été parfaitement réussi d'un point de vue technique et il a été réussi en terme de spectateurs : 25 000. 250 000 spectateurs qui ont vu une partie du meeting en direct et tous ceux qui sont passés derrière. “… et de notre espérance pour demain.

Vive la République, vive la France.” [Marseillaise en fond sonore] “Merci à tout le monde ! Bravo ! [applaudissements] T'étais là toi, bandit ?

T’as même pas regardé le plateau ? – Si, je suis allez voir avant que tu n’arrives. – Bon et ici il n’y a pas eu le moindre problème ?

Ça a roulé comme… Bah bravo ! super équipe ! On a fait un petit exploit technique quand même, un meeting à 25 000 c’est impressionnant non ? – Très !

C’est un meeting de fin de campagne. – On fait un clin d’œil aux Lillois, dans le visuel on dit qu’on a rempli le stade Pierre Mauroy. – Bon, c'est un exercice qui est très particulier et en réalité tout ce qui tient aux gadgets, il faut qu'on maîtrise ça, parce que je pense que vite ça peut faire gadget, ça peut surcharger le discours et pas du tout l'accompagner, ou même ça peut le tuer.

Enfin il n'y en avait pas trop ce soir, il y en avait même pas du tout. Mais c'est possible donc il faut manier ça avec précaution, parce que déjà on a changé entre hier soir et… donc on a retenu le minimum, le clin d'œil du début sur le lapin parce que bon, Matrix ! Donc ça c’est bien, et après, le meeting n’est pas en réalité augmentée pour tout le monde, hein ! parce que pour moi, il y a un tas de trucs que je n'ai pas vu.

J’ai rien vu de tout ça, je n'ai pas vu tout ce qui se passait, les visuels. Je ne vois rien de tout ça, je vois juste des écrans avec les copains et puis l'écran de retour où on me voit moi. Donc je vais regarder maintenant pour voir ce que j'ai fait.

Donc la réalisation joue un rôle absolument essentiel, c'est vrai dans les meetings ordinaires aussi, mais pas à ce point-là, pas autant que là. Donc ça c'est pour toute la partie technique, après la partie politique, il n'y a pas de grand changement sur la façon de faire sauf une chose c'est que le meeting numérique va beaucoup plus vite qu'un meeting réel. Ça c'est à la surprise de tout le monde, dont la mienne, nous, on avait calculé qu'il y en avait pour une heure et demie et même, tu vois, une heure quarante.

Ça a fait beaucoup moins, je ne sais pas pourquoi. Qu'est-ce qu’il y a d'habitude ? Il y a peut-être des applaudissements qui coupent, le fait qu'on prend plus de temps pour expliquer.

Puisque là il y a des gens plus près donc je peux suivre à peu près sur leurs visages, je vois que ça suit. Voilà après des trucs un peu frustrants, la Marseillaise a lieu en dehors de moi, y a pas de monde… Je suis vachement fier de mes potes. Tu sais pour moi, bon je prépare mon discours comme d'hab', et après le truc explose.

En plus c'est dans une journée militante, c’est à dire que moi j'ai fait ça, j’ai fait ma petite part, les autres ils ont fait la grosse part et puis les copains étaient partout : au boulot, dans les manifs. Le mouvement insoumis est, en réalité, une grande organisation capable de faire plusieurs choses en même temps, et de les faire bien. Ça c'est réconfortant, ça me réconforte de l'absence de public et de plein de militants, qui ne sont pas là, mais qui sont mes vieux compagnons de combat, que j'aime bien trouver à la fin des meetings à Paris.

On se raconte les autres meetings avant, tu vois ! Je vais en appeler un ou deux quand même pour savoir si ça leur a beaucoup plu ou pas. Je sais bien qu'ils vont me dire que ça leur plaît mais j'ai besoin de l'entendre. [générique : Chœur d'enfants (sur Nabucco de Verdi) ] « Quand tu chantes, je chante avec toi, Liberté. « Dans la joie ou les larmes je t’aime. « Les chansons de l’espoir ont ton nom et ta voix. « Le chemin de l’Histoire nous conduira vers toi. « Liberté. « Liberté. » – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -