Jean-Michel Blanquer : les écoles ouvertes, "une exception française dont il y a tout lieu d'être fiers"
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'Éducation nationale dans le grand entretien du 7-9. Questions et réactions, vous êtes déjà nombreux au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Jean-Michel Blanquer, bonjour. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter ce matin. On va commencer par la situation sanitaire en France où les différents variants du virus sont en circulation, le variant anglais désormais majoritaire. Les contaminations sont en hausse de 8% par rapport à la semaine dernière, 20 départements sont sous surveillance renforcée. D'ici la fin de semaine, de nouvelles mesures de restriction pourraient être prises.
Dans ce contexte, Jean-Michel Blanquer, est-ce que votre volonté, je dirais même votre obsession, c'est de tout faire pour que les écoles soient et restent ouvertes ?
Oui, bien sûr. Puisque, comme je le dis depuis le début de cette crise, l'école n'est pas une variable d'ajustement. L'école est fondamentale pour tous les enfants. On voit les dégâts que cela fait sur les enfants quand ils n'ont pas école. Pas seulement en France, mais dans le monde, et je l'ai répété depuis le début de la crise, pour le monde, pas pour la France, mais pour le monde, cette crise sanitaire peut être une catastrophe éducative. J'ai essayé d'épargner ça à la France.
Y compris dans ce contexte où les choses sont en train de se tendre.
Oui, mais après nous sommes tout à fait capables de prendre des mesures ciblées. Depuis le début, nous le faisons. Je rappelle qu'il y a en permanence des structures fermées en France, des écoles, des collèges ou des lycées, ou des classes, qui sont fermées, avec des décisions locales, en fonction des situations locales. C'est cette approche ciblée qui nous permet de tenir depuis de nombreux mois et d'avoir un atout pour la France, qui est d'avoir les écoles ouvertes. C'est vrai que ça devient une exception française, mais il y a le tout lieu d'en être fier, parce que c'est très important pour nos enfants.
Oui, mais si on écoute les médecins, beaucoup de médecins disent, il y a, par exemple, Dominique Costaglia, en France, il y a un dogme pour dire qu'il ne se passe rien dans le milieu scolaire. Ce n'est pas vrai, c'est faux. Il y a une étude publiée hier par le Bric...
Mais personne ne dit... C'est pour ça que je suis toujours surpris quand vous entendez un médecin même s'exprimer de la sorte. Personne ne dit qu'il n'y a pas de problème. C'est juste une question de relation entre les avantages et les inconvénients. Mais s'exprimer de cette façon, c'est déjà un peu caricatural.
Mais quand vous dites sur BFM il y a 15 jours, d'après les études, dites-vous, on observe qu'à l'occasion des vacances, les enfants ont tendance à se contaminer davantage que lors de la période scolaire. Est-ce que vous ne contribuez pas à dire qu'il y a peut-être moins de problèmes à l'école qu'ailleurs ?
Oui, et je le dis très clairement.
Vous dites qu'il y a moins de problèmes à l'école qu'ailleurs de contamination ?
Bien sûr, puisque à l'école, les enfants respectent plus les gestes barrières que dans le reste de leur vie sociale. Qu'à l'école, tout le monde est responsable. Qu'à l'école, il y a des mesures spécifiques qui sont prises. C'est évident. Et d'ailleurs, on le voit pendant les vacances. Vous voyez beaucoup plus de...
Mais vous vous basez sur quelle étude pour dire qu'on se contamine plus en vacances qu'à l'école ?
L'étude du professeur Fontanet qui est sortie hier nous montre que, bien sûr, il y a des contaminations à l'école, mais qu'elles ne sont pas au-dessus de la moyenne de ce qui se passe.
Mais qu'elles sont égales, Jean-Michel Blanquer ?
Ça dépend de l'enseignement secondaire, oui. Pour l'enseignement primaire, c'est moins que dans le reste de la société.
Il dit aussi que la transmission du virus dans les écoles existe bien. Si l'épidémie venait à flamber, la fermeture des écoles ne doit pas être taboue. C'est ce que dit Arnaud Fontanet. Est-ce qu'elle est taboue, cette fermeture ?
Toute la journée, donc c'est vraiment un tabou à la française, dont on parle tout le temps. Mais si vous voulez, non, simplement, on a toujours dit que l'école était ce qui devait fermer en dernier. Autrement dit, il faut d'abord fermer tout le reste de la société, et puis en dernier, on fermerait l'école si c'était indispensable. C'est cela, la doctrine.
Alors que les élèves rentrent progressivement à l'école après les vacances de février, la semaine dernière, c'était les élèves de la zone A. Cette semaine, ce sont les élèves de la zone C. La semaine prochaine, les élèves de la zone B. Vous avez, Jean-Michel Blanquer, annoncé un protocole renforcé pour répondre aux variants anglais, sud-africains et brésiliens. Est-ce que vous pouvez nous en rappeler les grandes lignes de ce protocole, s'il vous plaît ?
Alors, il y a une distinction à faire entre le variant anglais et les deux autres variants, puisque le variant anglais, désormais, s'impose dans de nombreux territoires. Et donc, c'est la même jurisprudence, si je puis dire, pour le variant anglais que pour la forme classique. Donc, nous fermons lorsqu'il y a trois cas dans la forme classique et avec le variant anglais. Et nous fermons lorsqu'il y a un cas du variant sud-africain ou du variant brésilien. C'est cela. Alors après, il peut y avoir des décisions locales qui adaptent cette doctrine. Mais le grand principe, c'est celui-là.
Hier, par exemple, les écoles primaires et le collège de Chambourcy, dans l'Ouest parisien, n'ont pas rouvert, après la détection de 13 cas, 6 adultes et 7 enfants de variants sud-africains. Quelle est la situation ce matin, par exemple, à Chambourcy ? Elles vont rester fermées combien de temps, les écoles ?
En général, c'est évidemment une décision qui est prise avec les autorités sanitaires et en fonction de ce qui se passe. A chaque fois, vous le savez, il y a un travail de traçage qui est fait avec les autorités sanitaires qui nous permettent d'essayer de rompre la chaîne de contamination et bien entendu d'isoler. Je rappelle que la politique qu'on appelle TAP, c'est-à-dire tracer et protéger, cette politique marche entre l'éducation nationale et la santé.
Et elle nous a permis à chaque fois, ou presque toujours, en tout cas d'identifier la chaîne de contamination, d'isoler les personnes concernées, souvent de nous rendre compte que l'origine de la contamination est extérieure à l'école, et chaque fois que nécessaire, de fermer une structure. Dans un cas comme Chambourcy, c'est probablement autour de deux à trois semaines, c'est en général le temps de fermeture d'une structure quand il y a eu des contaminations.
Deux à trois semaines, donc, sans école et collège à Chambourcy ?
Avec à chaque fois de la continuité pédagogique qui s'organise. C'était encore le cas, hier j'étais en Haute-Saône, près de Vesoul, où j'ai vu une école où il y avait eu, à un moment donné, une classe fermée, et à ce moment-là, la continuité pédagogique s'organise pour la classe concernée.
Avant d'aborder la question des tests salivaires, une dernière réaction. La maire de Paris, hier, Anne Hidalgo, a proposé aux enseignants de faire cours, fenêtres ouvertes et de faire classe en extérieur, toutes les fois que c'est possible. Y êtes-vous favorable également ?
Alors évidemment, c'est du bon sens, ça dépend de la météo, mais je pense que c'est ce qu'elle avait à l'esprit aussi. Je l'ai dit au printemps dernier, à la sortie du confinement, en m'inspirant par exemple de ce qui se passe au Danemark, et ce sont des choses que l'on peut dire même quand il n'y a pas de contamination. Faire cours dehors, ça peut être quelque chose de très agréable et de très positif. Encore faut-il que la météo le permette. En ce moment, c'est un petit peu difficile à envisager. Elle parlait des beaux jours. Mais si elle parlait des beaux jours, on peut être d'accord avec cette approche.
Vous avez annoncé que les tests salivaires allaient donc commencer dans les écoles après les vacances scolaires de février. Combien de tests réalisent Jean-Michel Blanquer dans la zone qui est de retour en classe depuis le 22 février, c'est-à-dire la zone A, le nombre et les résultats ?
Alors ce que nous visons, c'est une montée en puissance progressive. Cette semaine, c'est entre 50 et 80 000 tests qui vont être réalisés pour la zone qui vient de rentrer. La semaine dernière, c'était moins que cela, en étant en dessous de 10 000, parce que c'était la première semaine et qu'il y avait tout un travail d'organisation. Et puis, d'ici à la mi-mars, c'est-à-dire d'ici à deux semaines, nous serons à 300 000 tests hebdomadaires. Je rappelle que ceci vient en complément de ce que nous faisions déjà.
Ce que nous faisons déjà depuis maintenant plusieurs mois, c'est d'avoir des tests antigéniques qui nous permettent d'arriver, dès qu'il y a des élèves ou des adultes qui ont des symptômes, et ensuite de faire ce travail de traçage. Mais les tests salivaires, à partir du 15 mars,
il y aura 300 000 tests par semaine dans les maternelles et les primaires, c'est ça ? C'est-à-dire que chaque enfant, il y aura 300 000 enfants, pour le dire un peu crûment, qui vont cracher.
Oui, parfois ça touchera aussi l'enseignement secondaire, mais c'est vrai que ça touchera tout particulièrement l'enseignement primaire, puisque nous attendions avec impatience les tests salivaires, qui sont, comme chacun peut le comprendre, plus faciles à réaliser que les tests nasopharyngés. Et donc, cette petite qui est en complément de ce que nous faisions déjà. Si je résume, ce que nous faisions déjà, c'était avoir des tests, et nous le ferons encore, qui permettent d'arriver le plus vite, dès qu'il y a des symptômes, et donc de voir si... Ça, c'est le goupillon dans le nez. Et ça, c'est le goupillon dans le nez.
Et puis maintenant, ce que nous faisons, c'est les tests salivaires, pas forcément vis-à-vis, enfin pas du tout, même vis-à-vis d'élèves qui ont des symptômes, mais dans des zones où le virus circule tout particulièrement, de façon à aller capter les positifs qui s'ignorent, si je puis dire, au travers de ça. Et ce que nous ferons souvent, c'est aussi de revenir au même endroit, ce qui permettra de voir l'évolution du virus.
Justement, Anne Hidalgo demande que les tests salivaires soient répétés tous les 15 jours. C'est faisable, ça ?
Alors, ça ne va pas être faisable pour tout le monde, mais nous allons le faire dans un certain nombre de cas, notamment dans les zones où le virus circule beaucoup. Si vous regardez, par exemple, vous m'interrogez sur la zone qui est rentrée de vacances la semaine précédente, c'est-à-dire qui correspond à Nouvelle-Aquitaine, Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté. Toute cette zone, en fait, est moins touchée par le virus que d'autres zones.
Donc là, il y aura moins de tests salivaires dans ces régions ?
Pas forcément, parce que le virus évolue. Mais en tout cas, ce que je voulais dire, c'est qu'on voyait la semaine dernière qu'en faisant des tests aléatoires, on tombait sur très très peu de cas positifs.
Vous avez déclaré que ces tests salivaires, il y avait des interrogations sur le sujet, seraient réalisés par des personnels de santé, comme les infirmières scolaires, des personnels éventuellement des agences régionales de santé, éventuellement aussi des infirmières de laboratoires privés, et pas par les enseignants. On est bien d'accord là-dessus ? Le syndicat majoritaire des infirmières de l'éducation nationale rappelle que les 7400 infirmières scolaires qui sont affectés sur 62 000 sites peinent déjà à remplir leurs missions habituelles auxquelles il faut donc ajouter ces tests salivaires.
Que leur répondez-vous ? D'abord, je voudrais rendre hommage aux infirmières scolaires et aux médecins scolaires de France, comme à l'ensemble des personnels qui sont ultra mobilisés depuis le début de la crise, et qui parfois peuvent ressentir, comme d'autres métiers, une sorte de fatigue devant tout ce qu'il y a à faire. C'est vrai qu'ils ont énormément de travail. La réponse, c'est premièrement que c'est un travail d'équipe. Heureusement, il n'y a pas que les infirmières scolaires. Comme vous le rappeliez, nous mobilisons toute une série d'acteurs de santé.
Et puis, l'autre réponse, c'est qu'à partir d'aujourd'hui, nous allons recruter, et ça je vous l'annonce, 1700 médiateurs qui vont être des étudiants en médecine, des étudiants en pharmacie, mais aussi des étudiants qui peuvent être dans d'autres domaines que la médecine, mais qui à ce moment-là ne seront pas dans des tâches de santé, de façon à aider, à appuyer les personnels qui aujourd'hui sont mobilisés pour la réalisation de ces tests.
Donc 1700 emplois payés ?
Oui, payés, bien sûr. Souvent, ce sera des profils d'étudiants, et c'est entre maintenant et la fin du mois de juin que nous recrutons, enfin c'est dès maintenant que nous les recrutons, pour qu'ils travaillent entre maintenant et la fin du mois de juin.
Énormément d'appels aux standards. La parole pour commencer à Catherine. Bonjour, bienvenue.
Bonjour, bonjour monsieur le ministre. Je suis directrice d'école maternelle. J'enseigne également, et je suis avec mes collègues très très inquiète, parce que nous sommes devant des enfants qui évidemment ne sont pas masqués. Je tiens à dire qu'on a tout fait pour que les écoles restent ouvertes, et je suis tout à fait de votre avis avec vous. C'est indispensable que les écoles le soient.
Mais je suis terriblement surprise de lire que dans le protocole sanitaire, nous sommes les enseignants considérés comme du personnel prioritaire, tout comme les médecins, et c'est écrit noir sur blanc, alors que dans les faits, nous n'avons aucune nouvelle pour la vaccination, et nous avons vraiment hâte d'être vaccinés. Alors c'est bien d'investir dans les tests sanitaires, mais on sait que la vaccination est efficace, et nous demandons à être vaccinés. Pourquoi autant de décalages entre l'écriture et les actes ?
Merci Catherine pour cette question. Audrey, sur l'application d'Inter, va dans le même sens. Je ne comprends pas pourquoi les enseignants n'ont pas accès aux vaccins au même titre que les soignants. Jean-Michel Blanquer.
Bon, d'abord, là aussi, je veux quand même rendre hommage aux directeurs et directrices d'école, comme l'ensemble des professeurs des écoles qui, en ce moment, sont mobilisés. Et merci de ce que vous avez dit, parce que c'est vraiment la réalité de terrain, c'est-à-dire d'avoir cette mobilisation pour que les écoles restent ouvertes. Je comprends parfaitement cette question. N'oublions pas que le sujet de la vaccination, c'est un sujet de déploiement progressif, des personnes qui en ont le plus besoin. Mais est-ce que les enseignants... Et on a commencé donc par les personnes âgées et les personnes vulnérables. C'est pourquoi aujourd'hui...
Les enseignants qui sont en première ligne, pourquoi est-ce qu'ils ne sont pas prioritaires ?
Oui, bien sûr qu'ils le sont, avec Olivier Véran. Nous en parlons très régulièrement, pour voir quand le moment va arriver. Là, par exemple, et comme nous le disions hier, les professeurs qui ont des... Ça, c'est vrai évidemment pour l'enseignement primaire comme pour l'enseignement secondaire, qui ont des vulnérabilités particulières de plus de 50 ans, peuvent, et c'est le cas pour d'autres professions aujourd'hui, être vaccinés dès maintenant. Évidemment, les professeurs seront concernés ensuite quand on arrivera à d'autres tranches d'âge. J'espère le plus rapidement possible, mais c'est une question légitime, bien sûr.
Valérie, au standard, bienvenue !
Oui, bonjour, bonjour, monsieur le ministre.
Bonjour, madame.
Voilà, je vous appelle parce que ma fille est en première dans un lycée public. Depuis le début de l'année, elle est passée en demi-groupe à mi-temps, donc un jour sur deux. Elle passe le bac français à la fin de l'année, et nous avons constaté que les lycées publics sont toujours restés en classe entière à temps plein. Donc, elle commence à être très, très stressée, puisque l'examen étant national, c'est normalement le même pour tout le monde. et ça génère quand même beaucoup d'inégalités entre les élèves face à l'examen.
Vous nous dites donc que... L'école privée, vous avez l'idée, je pense. Voilà, c'est ça. Votre fille est en lycée public et ses amis en lycée privé, eux, sont restés en classe à temps plein depuis le début, c'est ça ?
Exactement.
Merci Valérie.
Et en classe entière.
En classe entière. Merci Valérie Jean-Michel Blanquer sur l'inégalité que soulève Valérie.
Alors, sur l'ensemble des décisions que l'on prend pour cette crise sanitaire, c'est à chaque fois un équilibre entre des décisions nationales, uniformes, et puis des décisions au plus près du terrain. S'agissant des lycées, à partir du début du mois de novembre, on a pris la décision de laisser à chaque lycée, public ou privé, l'initiative de se mettre ou pas en mode hybride. Et donc, cela dépend notamment des bâtiments, cela dépend d'une série de configurations propres à chaque lycée. Donc, c'est inévitable qu'il y ait des différences. Mais quand un lycée est hybride, cela ne veut pas dire qu'on travaille une semaine sur deux. Cela veut dire qu'il y a une continuité pédagogique à distance.
Et donc, normalement, le travail doit être de même en amplitude quand on est en lycée public et en lycée privé.
Ça, c'était pour les questions sanitaires. On verra s'il y en a d'autres. Mais il y a d'autres questions d'actualité à vous poser ce matin, Jean-Michel Blanquer. Vous avez lancé fin octobre dernier un Grenelle des enseignants. Les comptes rendus des ateliers ont été publiés. Vous deviez présenter vos arbitrages le 3 février. Date reportée s'inédiée. Est-ce que vous avez une nouvelle date pour annoncer notamment les augmentations de salaire aux enseignants ?
Oui, c'est évidemment au mois de mars que nous allons pouvoir commencer à préciser un certain nombre de choses. On y est.
On est en mars.
Je voudrais d'emblée dire qu'il y a des augmentations qui ont déjà eu lieu. Je pense notamment à celle qui vient de tomber sur les bulletins de salaire de février, les 150 euros de primes informatiques. Mais aussi les primes qui sont prévues, ce qu'on appelle la prime d'attractivité pour les enseignants les plus jeunes et qu'ils verront sur leur bulletin de paye à partir du mois de mai. Pour les plus jeunes, ça signifie 100 euros de plus par mois, définitivement, bien sûr. Et c'est évidemment ce qui a vocation à continuer. Donc nous préparons le budget 2022 dans une perspective ambitieuse qui va permettre de continuer ces revalorisations. Nous en parlons avec les organisations syndicales.
Elles ne sont pas toutes d'ailleurs sur le même positionnement vis-à-vis de cela. Et ce qui est important, c'est de voir à la fois les évolutions quantitatives, c'est-à-dire des augmentations de salaire, très concrètement, mais aussi les évolutions qualitatives, c'est-à-dire les conditions de vie professionnelles des enseignants. Donc j'invite d'ailleurs chacun à aller sur le site du ministère puisque vous avez fait référence aux travaux.
Vous avez par exemple le document qui s'appelle Professeurs du XXIe siècle qui dit très clairement ce qui peut nous permettre de nous moderniser, d'avoir un plus grand bien-être professionnel des professeurs et donc aussi une école toujours meilleure pour les élèves. Et puis tout ceci s'accompagne des perspectives d'évolution salariale.
Donc d'ici la fin du mois de mars, vous rendrez vos arbitrages.
Oui, mais c'est aussi parce que nous dialoguons que les choses prennent du temps. Il y a évidemment le contexte sanitaire qui ne facilite pas les choses. Il y a aussi notre ambition qui fait que nous voulons un budget 2022 très conséquent pour réussir les augmentations salariales. Et c'est ceci qui est en train de se préparer. Nous commençons par les plus jeunes et ça se voit dès le mois de mai prochain. Ça va s'amplifier en 2022.
Alors, beaucoup de questions. Il doit y avoir beaucoup de professeurs documentalistes qui nous écoutent ce matin. Où en est-on de la prime informatique pour les profs documentalistes ? Ça, c'est Jean Berland qui vous la demande. Même question également pour Élodie.
Alors, d'abord, les professeurs documentalistes jouent un rôle fondamental dans nos établissements. À l'heure du numérique et en ce moment des enjeux d'ailleurs de l'enseignement à distance et plus généralement des enjeux de lecture aussi. Ils jouent un rôle fondamental. J'avais dit que lorsqu'il y aurait la prime informatique pour toute une série de raisons n'étaient pas directement pour les professeurs documentalistes mais que nous allions travailler parce qu'ils aient l'équivalent sous une autre forme. Eh bien, c'est une promesse maintenant accomplie. Autrement dit, c'est même légèrement supérieur à la prime informatique.
C'est autour de 170 euros de suppléments de primes qu'ils auront cette année dès 2021.
Bon, très bien. J'espère qu'ils sont convaincus, ceux qui nous écoutent.
C'est très vérifiable.
Nicolas qui passe la parole à Frédéric au standard. Bonjour et bienvenue. Bonjour, merci. On vous écoute.
Monsieur le ministre, pour la quatrième année consécutive, les moyens horaires qui dévoluent aux établissements sont en baisse. Alors, par exemple, pour l'Académie Normande, c'est l'équivalent horaire de 150 postes pour l'année prochaine. Dans l'établissement dans lequel j'exerce, dans une des communes les plus pauvres de l'heure, pourtant, nous avons perdu en 4 ans 15% à peu près de nos moyens. Deux effets, évidemment. Ça, c'est le premier, que nous sommes contraints de supprimer tous les dispositifs d'accompagnement, d'aide personnalisée, certaines options, etc., faute de moyens.
Le deuxième, c'est que nous sommes contraints, évidemment aussi, de fermer certaines classes et donc de surcharger au-delà du raisonnable des effectifs. La question est simple. Vous avez commencé cet entretien en disant que l'école n'était pas une variable d'ajustement. Je suis d'accord avec vous. Quand est-ce que nous allons nous donner les moyens d'appliquer ce beau principe ?
Merci Frédéric pour cette question. Jean-Michel Blanquer vous répond.
Alors, ce qui est tout à fait exact, c'est que budgétairement, depuis le début et depuis 4 ans, c'est sur le premier degré que j'ai mis le maximum d'augmentation, notamment en termes de postes. Ça peut sembler parfois surprenant puisqu'il y a moins d'élèves dans le premier degré chaque année et pourtant nous mettons plus de postes. Tout simplement parce que la priorité aux savoirs fondamentaux et le rattrapage nécessaire pour le premier degré se réalisent. Est-ce que c'est pour autant au détriment du second degré comme je l'entends parfois ? Non. Bien sûr, c'est exact de dire qu'il y a parfois des suppressions de postes. Nous les compensons en heures supplémentaires.
Par exemple, monsieur vient de dire que l'aide personnalisée, par exemple, ce que nous faisons au titre de devoirs faits pourrait pâtir de ces mesures. Normalement, non, puisque c'est avec des heures supplémentaires que nous mettons en plus que ce type de dispositif peut se développer. Il est exact que les suppressions de postes ne peuvent pas éternellement se réaliser dans l'enseignement secondaire. On en est bien d'accord. C'est aussi ce sur quoi je travaille pour le budget 2022.
Jean-Michel Blanquer, vous avez déclaré en octobre dernier que l'islamo-gauchisme faisait des ravages dans l'université. Ça vous fait sourire, mais...
Derrière le masque ? On voit les yeux.
On voit les yeux qui sourient. Ils peut-être se disent je ne vais pas y échapper à la question. Ben non. Le CNRS affirme que ça ne correspond à aucune réalité scientifique. Gabriel Attalas, micro-vendredi, n'a pas repris à son compte le terme de gangrène de l'islamo-gauchisme dans l'université prononcée par Frédéric Vidal. Maintenez-vous que l'islamo-gauchisme fait des ravages à l'université ?
Alors, je ne crois pas qu'à chaque fois qu'on va y devant un micro, il faille rajouter une pièce dans ce jus de boxe, comme on dit.
C'est vous qui l'avez lancé en disant que l'islamo-gauchisme fait des ravages à l'université.
Justement, si on veut maintenant arriver à une approche approfondie du sujet, ce n'est pas au travers de formules, mais vraiment en approfondissant. Moi, ce que je dis de manière très sereine à tous, c'est que si ça n'existe pas, regardons-le ensemble. Mais si vous voulez, il y a deux catégories de phénomènes. Il y a le phénomène qu'on peut appeler de vie étudiante ou de ce qui se passe dans la vie courante des étudiants. Il y a toute une série de phénomènes qui corroborent malheureusement le phénomène. Et puis, d'autre part, vous avez ce qui se passe dans la vie scientifique. Et ça, il est normal que des instances comme le CNRS ou l'HCORS s'occupent de regarder ce qu'il en est.
Mais tout ça doit être serein.
Il va y avoir une enquête. Pardon de vous dire, ce n'est pas du tout serein. Donc, de ce point de vue-là, c'est un peu raté puisqu'il y a eu des tribunes, il y a eu des réactions très épidermiques. Justement, j'en appelle à la sérénité. Et qui demande à ce qu'il n'y ait pas cette enquête. Est-ce qu'elle aura lieu quand même ?
Alors, ça, c'est évidemment à Frédéric Vidal d'en décider dans son champ de compétences. Ce qui est certain, c'est qu'on doit regarder ce qui se joue, je dirais même d'un point de vue civilisationnel, dans les pensées. Il faut regarder comment nous voyons l'avenir du monde à long terme. Quelles sont les pensées qui nous dominent ? Pendant très longtemps, ça a été la pensée des Lumières dans notre civilisation. Elle porte des progrès. Je le dis à l'heure où nous venons d'atterrir sur Mars. C'est quand même le fruit d'une foi dans la science, d'une foi dans l'universalité du genre humain. Ce sont des choses très précieuses pour nous tous. C'est ce qui aboutit au droit de l'homme, etc.
Or, nous voyons de plus en plus de pensées qui sont à rebours de cela. Parfois de façon masquée, d'ailleurs. Mais qui, finalement, essayent d'essentialiser les appartenances, de dire qu'avant la question du genre humain, il y a la façon dont on croit, la couleur de notre peau, ou que sais-je. Parfois, ce sont des atours qui se veulent progressistes et qui, en réalité, sont régressifs. Alors, après, on met les mots que l'on veut derrière cela. Mais il y a clairement quelque chose qui se joue et qui est idéologique.
Et ça doit être explicité parce qu'il y a trop de choses qui vont se masquer et qui, d'une certaine façon, peuvent être très graves pour notre avenir si on ne fait pas attention à ça. La pensée des lumières, pour le dire en un mot, en une phrase qui résume tout, la pensée des lumières est un bien très précieux. Elle peut être critiquée. Mais à ce moment-là, voyons quels sont les enjeux derrière cela. Ce sont des enjeux de civilisation.
Sur le sujet, le chercheur spécialiste de l'islam, Olivier Roy, souligne à propos de ces études-là dont on parle qu'à l'université, je le cite, beaucoup de jeunes ont tendance à se réfugier dans l'étude de soi, c'est-à-dire de son groupe d'appartenance. Et il parle à ce propos de narcissisme. N'est-ce pas là le fond du sujet ? Est-ce que vous reprendriez ce mot de narcissisme pour qualifier ces études ?
Dans certains cas, je pense que c'est vrai. Le repli sur soi est un phénomène chaque fois que l'humanité traverse des crises. C'est un phénomène qui arrive. Ça peut prendre la forme du nationalisme, ça peut prendre la forme de l'intégrisme religieux, ça peut prendre la forme de la négation de l'idée même de progrès. Et puis, une forme de nombrilisme individuel ou collectif. Et donc, oui, je pourrais adhérer à ça. Je ne pense pas que c'est le seul sujet, d'ailleurs, mais c'en est un. Il y a aussi l'approche victimaire. Pensez que tout s'analyse toujours en termes de victime.
Vous savez, on peut tous, en analysant un groupe humain ou en s'analysant soi-même, trouver une raison d'être victime de quelque chose. Je ne pense pas que ce soit la grille de lecture de la vie, que ce soit de la vie personnelle ou de la vie collective. Donc, il faut faire très attention de ne pas développer ce que Nietzsche appellerait une philosophie du ressentiment, des sciences sociales du ressentiment. Moi, je préfère des sciences sociales du progrès, non pas pour tout voir en rose, ce n'est pas du tout ça le sujet, mais pour avoir des paradigmes de réflexion qui soient des paradigmes qui maintiennent l'idée de l'universalité du genre.
Mais les questions que vous posez, elles se posent, Jean-Michel Blanquer, elles se posent dans l'université. Par exemple, Gérard Noiriel et Stéphane Beau, deux chercheurs reconnus, ont écrit un livre sur le sujet des états. Notre micro, il y a trois semaines, ils reconnaissent que les questions raciales prennent à leurs yeux une importance démesurée par rapport aux questions de classe, notamment dans les recherches à l'université. Mais la question, c'est la question de l'ampleur du phénomène. Vous employez des mots comme ravage, comme gangrène. Eux disent, Noiriel et Beau, disent que non, ça reste minoritaire dans l'université.
Est-ce que vous n'êtes pas en train d'en faire un énorme sujet au milieu de la table ? Alors que c'est un sujet, mais sur l'ampleur du phénomène.
Notez que c'est vous qui m'en avez parlé. C'est vous qui avez dit que vous avez fait des ravages. Oui, bien sûr. Oui, mais je n'enlève pas cela. Vous savez, il faut voir non pas la photo, mais le film, c'est-à-dire d'où on vient et où on va. Or, ce qui est certain, c'est que le phénomène a pris de l'ampleur. Il est souhaitable d'être un peu lanceur d'alerte sur ce sujet. Ce que finalement, j'ai peut-être été un peu en disant ce que j'ai dit. Et je crois que c'est important. Or, comme souvent, comme dans la chanson de Guy Béard, le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté. Mais c'est une réalité. Et les auteurs très respectables que vous venez de citer, finalement, corroborent cela.
Mais ils le disent de manière approfondie, de manière sereine. Donc moi, j'invite chacun, non pas à s'envoyer des invectives, mais à regarder les faits, à analyser. Et puis, si combat idéologique il y a, qu'il ait lieu, mais en n'avançant pas masqué et en disant quels sont nos paradigmes et ce qu'on a comme vision encore une fois de l'humanité et aussi de l'évolution de nos sociétés pour les temps à venir.
Alors, soyons explicites. Merci, monsieur le lanceur d'alerte, monsieur le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Merci d'avoir été à notre micro ce matin.
Et les écoles ouvertes, ça fait partie de la pensée des lumières. France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada