Colère des agriculteurs: l'interview de Marion Maréchal depuis Bruxelles
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
— Bonjour. — Merci d'être en direct avec nous, tête de liste, pour les élections européennes du Parti Reconquête. Vous êtes à Bruxelles parce que tout ça, c'est la faute de l'Europe. C'est aussi simple que ça, aussi caricatural que ça ?
— Non, mais c'est aussi la faute de l'Europe. Et parmi d'ailleurs la colère légitime qu'expriment les agriculteurs, il y a notamment cette opposition au fameux pacte vert, qui est, pour faire simple, un tsunami réglementaire qui va s'abattre sur l'agriculture française sous des prétextes écologiques bien souvent caricaturaux et excessifs et qui vont entraîner tout simplement, d'après les études les plus récentes, autour de 15 à 20% de baisse de la production agricole.
Donc si vous mettez ce chiffre de baisse de production en parallèle de l'explosion des importations dans notre pays, 50% aujourd'hui de la viande qui est consommée en France vient de l'étranger, en parallèle de la disparition des 100 000 agriculteurs ces dernières années et les 100 000 à venir qui vont disparaître dans les 10 ans à venir et que vous voyez qu'il faudra, au regard de l'explosion de la population mondiale, doubler la production agricole mondiale pour pouvoir nourrir l'ensemble de la planète, il ne faut quand même pas être sorti de la cuisse de Jupiter pour comprendre aujourd'hui l'enjeu de souveraineté alimentaire, de sécurité alimentaire et tout simplement de survie de l'agriculture française qui est en jeu.
Et donc on aimerait bien que nos gouvernements respectifs se réveillent et surtout prennent la mesure de la gravité et fassent ce pour quoi on les paye, c'est-à-dire défendre les intérêts de la France et en l'occurrence donc défendre l'agriculture française.
Mario Maréchal, l'Europe n'impose pas des normes pour le plaisir, elle impose des normes pour protéger l'environnement, elle impose des normes aussi pour protéger la santé. On parlait à l'instant d'un certain nombre de produits phytosanitaires qui sont utilisés ou qui ne sont plus utilisés dans nos exploitations, c'est aussi pour protéger la santé des consommateurs.
Alors déjà l'Union Européenne, vous savez, elle a une majorité politique, une majorité politique portée par Eussure Lavender Leyen, soutenue par le groupe PPE auquel appartient les LR, soutenue par le groupe Renew auquel appartiennent les macronistes et que c'est cette même idéologie d'ailleurs qui a s'abordé notre filière nucléaire. Donc voilà, hier on a s'abordé la filière nucléaire, aujourd'hui on s'aborde notre agriculture. Alors puisque vous me dites que c'est légitime, moi j'en appelle à la cohérence. S'il s'agit d'exiger de nos agriculteurs des pratiques plus vertueuses et on pourrait en discuter sur un certain nombre de sujets, alors dans ce cas-là protégez-les.
Arrêtez d'importer massivement du monde entier des produits qui ne respectent pas le dixième des normes sociales et environnementales qu'on impose à notre propre agriculture. Parce que le souci, si vous voulez, c'est qu'aujourd'hui nos paysans et nos agriculteurs sont pris en étau. D'un côté entre l'ouverture générale des frontières et de l'autre entre une écologie punitive extrêmement difficile à mettre en oeuvre. Aujourd'hui 20% du temps des agriculteurs est consacré, si vous voulez, à la paperasse administrative. Ça n'est pas possible.
Et c'est ce qui conduit d'ailleurs très souvent les agriculteurs au suicide lorsqu'ils expliquent dans leurs lettres de désespoir pourquoi ils décident de se suicider. Ils parlent très souvent de cette pression réglementaire administrative et de cette culpabilité qui pèse sur eux. Parce qu'en plus de tout cela, ils sont diabolisés comme les salons et comme les pollueurs. Donc j'aimerais, et c'est la raison de ma présence aujourd'hui, j'aimerais qu'il y ait de la cohérence.
Cette pression réglementaire dont vous parlez Mario Maréchal, c'est aussi par exemple, pour aller vérifier un certain nombre de choses dans les exploitations, les exploitations qui touchent en échange un certain nombre d'aides, l'aide de la PAC évidemment. On sait que la France est le premier pays bénéficiaire. Les agriculteurs français reçoivent autour de 10 milliards d'euros de l'Europe.
Une aide d'ailleurs qui est de plus en plus réduite d'année en année, avec pour résultat un cinquième de nos agriculteurs qui vivent sous le seuil de pauvreté et depuis 30 ans des revenus agricoles qui ne cessent de baisser. Donc manifestement un modèle qui ne fonctionne pas. Une fois de plus, moi j'en appelle tout simplement à la cohérence. Vous voulez imposer des normes et des règles de plus en plus dures à notre agriculture, très bien, mais alors en parallèle, protégez-les. Et voilà, ne permettez pas de façon totalement hypocrite à ce qu'arrive sur le marché français des produits qui ne respectent pas ces normes.
Il y a, ça a été annoncé par l'ancienne première ministre Elisabeth Borne, près de 72 molécules qui sont en cours d'interdiction en France. Des molécules qui ne sont pas interdites d'ailleurs au niveau européen, parce que ça c'est aussi une grande spécialité française. Ça veut dire qu'on va au-delà même des règles européennes, on surtranspose, on fait du zèle. Donc non seulement on a une concurrence extra-européenne, mais on a en plus une concurrence intra-européenne, puisque nos agriculteurs sont défavorisés par rapport à cela. Donc moi je crois qu'aujourd'hui, on est passé de l'inquiétude au désespoir.
Une fois de plus, il ne s'agit pas d'un secteur comme un autre, c'est un secteur stratégique, vital. Si on ne réagit pas de manière extrêmement radicale, à la fois au niveau européen, mais aussi au niveau français, notre agriculture va mourir. Et donc nous serons dépendants de l'étranger. Je vous laisse imaginer pour un peu que les marchés sous-tendent, qu'il y ait des pénuries, qu'il y ait des conditions climatiques qui baissent la production. Les Français le paieront de manière extrêmement dure dans les années à venir.
Merci Marion Maréchal d'avoir été avec nous en direct ce matin de Bruxelles, où on le voit derrière vous. Une manifestation est en train de se préparer, manifestation d'agriculteurs. Merci à vous.
Marion Maréchal