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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 8 septembre 2022 6 min

Cyril Pellevat : "La France est le cinquième fournisseur de Taïwan"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

C'était le 3 août dernier, Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants américaines, se rendait à Taïwan pour défendre l'indépendance de l'île face à son voisin chinois, ce qui a déclenché une crise diplomatique entre la Chine et les Etats-Unis. Aujourd'hui, ce sont des sénateurs français qui sont sur place, cinq élus de la droite et du centre, une délégation emmenée par notre invité, le sénateur LR de Haute-Savoie. Bonjour Cyril Pelleva. Bonjour. C'est quoi le but de ce voyage ? Est-ce que c'est pour apporter un soutien politique à Taïwan dans cette période de crise ?

0:31
Cyril Pellevat

Ce qu'il faut voir, c'est que c'est une délégation qui était déjà prévue dès le mois de janvier. Aujourd'hui, on arrive effectivement dans une période qui a vu entre-temps le conflit armé avec l'Ukraine et la venue de Nancy Pelosi. Mais quelque part, c'est un déplacement qui vise à renforcer nos partenariats et nos accords que nous avons avec Taïwan. Tout ce qui va toucher à la démocratie, qui va toucher aux droits de l'homme, à la liberté de la presse, mais qui va également concerner un volet économique, notamment les semi-conducteurs, qui est un sujet qui est éminemment d'actualité.

1:01
Présentateur

Je sais que vous avez rencontré, vous venez de rencontrer ce matin, le vice-président du pays. Comment ça s'est passé ? Qu'est-ce que vous lui avez dit ?

1:08
Cyril Pellevat

Écoutez, par rapport à la rencontre, on a effectivement vu le vice-président du pays et le président de l'équivalent de notre Assemblée nationale. Donc bien évidemment, les messages sont les mêmes. C'est d'apporter un soutien de la France sur les thématiques que peuvent être les droits de l'homme, etc. Qu'il y ait une volonté, bien évidemment, de désescalade et qu'on puisse apporter de la stabilité aujourd'hui dans le détroit de Taïwan.

1:28
Présentateur

Il y a beaucoup de liens économiques entre Taïwan et la France ?

1:33
Cyril Pellevat

Écoutez, la France est le cinquième fournisseur de Taïwan. Donc il y a énormément de liens. Et il y a des liens qui sont amenés à se renforcer par la suite. Et bien évidemment, je vous le dis, on le pense à l'aspect des semi-conducteurs.

1:46
Présentateur

Et il y a combien d'entreprises ou quelles entreprises sont implantées ? Vous avez des exemples ?

1:51
Cyril Pellevat

Écoutez, on a des exemples dans le domaine de l'agroalimentaire avec Carrefour. On a plusieurs entreprises qui sont de taille relativement importante. Donc nous avons déjà eu un rendez-vous hier soir avec la Chambre de Commerce et d'Industrie et sur lesquelles ils participent, sur les liens que nous pouvons avoir. Également sur le domaine de la formation, parce qu'il y avait l'inauguration du lycée français et sur lesquelles les entreprises françaises sont parties prenantes.

2:16
Présentateur

Cyril Pelleva, est-ce que vous avez eu des pressions de la Chine pour ne pas faire ce voyage ?

2:20
Cyril Pellevat

Écoutez, il n'y a pas eu de pression de la Chine.

2:24
Présentateur

Vous n'avez pas eu un petit coup de fil de l'ambassade de Chine en France ou quelque chose comme ça ?

2:27
Cyril Pellevat

Non, il n'y a pas eu de coup de téléphone de la part de l'ambassade de Chine en France. Nous avons eu par le biais, bien évidemment, des réseaux sociaux, quelques messages de personnes qui voyaient d'un mauvais oeil nos déplacements, mais pas liés à l'ambassade, mais liés à des personnalités comme nous pouvons avoir dans chacun de nos déplacements ou sur chacune de nos prises de position.

2:45
Présentateur

Après la visite de Nancy Pelosi, on le sait, on en a énormément parlé, la Chine a envoyé des navires de guerre, des missiles dans les eaux et dans le ciel de Taïwan. Est-ce qu'il y a encore des manœuvres aujourd'hui ? Est-ce qu'il y en a tous les jours ?

2:57
Cyril Pellevat

Écoutez, d'après les éléments que l'on a, parce qu'on est actuellement encore dans une bulle sanitaire, bien évidemment, il y a encore des manœuvres qui ont lieu sur le territoire. Je sais que d'un point de vue de Taïwan, il y a aussi des manœuvres de protection qui sont prévues, mais clairement, je pense que la volonté, en tout cas des acteurs que nous avons vus jusqu'à maintenant, c'est qu'on ait une désescalade, qu'on retrouve un niveau de stabilité et que l'on puisse conserver ce qui est le plus important, c'est le statu quo entre les deux pays.

3:23
Présentateur

Mais comment faire pour aboutir à cette désescalade ?

3:28
Cyril Pellevat

Écoutez, je pense qu'il faut que les divers parlements puissent être présents, que l'on puisse avoir du dialogue avec la Chine continentale, mais également avec Taïwan. Nous sommes aussi la France, nous siègeons au Conseil de sécurité de l'Union européenne, donc je pense qu'il faut que l'on intensifie la voie diplomatique.

3:45
Présentateur

Est-ce qu'il y a quand même un vrai risque que la situation dégénère ? Est-ce qu'il y a vraiment une tension palpable que vous ressentez à Taïwan ?

3:52
Cyril Pellevat

Écoutez, je ne ressens pas de tensions palpables aujourd'hui dans la part de la population. Je dirais, depuis 2016, il y a des manœuvres qui sont faites de la part de la Chine et qui sont intensifiées ces derniers mois, mais il y a un climat qui reste quand même relativement serein sur l'île. Il y a une volonté de continuer sur des accords commerciaux, sur la volonté de réindustrialiser l'île. Il y a un projet de fait de relocaliser 113 000 emplois en provenance de la Chine continentale. Donc je dirais, tout est fait aujourd'hui pour rassurer aussi bien la population que les investisseurs.

Et bien évidemment, je vous dis, pour rester dans un climat de paix, de désescalade et de sécurité pour tous.

4:37
Présentateur

Cyril Pelleva en a appris il y a quelques jours que les Etats-Unis avaient l'intention de vendre pour un milliard d'euros d'armes à Taïwan, notamment des missiles capables de couler des bateaux de guerre ou d'intercepter des drones. Est-ce que la France aussi, aujourd'hui, vend des armes à Taïwan ?

4:52
Cyril Pellevat

Écoutez, moi je n'ai pas cette information et ce n'est pas le but de notre déplacement.

4:58
Présentateur

Il n'y a aucun rendez-vous en lien avec ça ?

5:02
Cyril Pellevat

Non, aucun rendez-vous en lien avec ça. Je vous dis, le principe initial, c'était vraiment sur tout ce qui touchait aux relocalisations d'entreprise, à l'environnement, aux énergies. Après, bien évidemment, sur le déplacement initial, avec ce qui s'est passé ces derniers mois, bien évidemment, il y a eu un volet supplémentaire qui s'est ajouté sur la diplomatie et sur la sécurité dans le détroit de Taïwan. Mais en aucun cas, nous avions planifié ce genre de discussion et je n'ai aucun élément à apporter, ni dans le cadre des rencontres que nous aurons.

5:32
Présentateur

Une dernière question, juste pour savoir, est-ce que le Quai d'Orsay vous a donné quelques consignes ou pas, avant ce déplacement ?

5:38
Cyril Pellevat

Non, le Quai d'Orsay ne nous a pas donné de consignes particulières. Enfin, il faut rappeler quand même qu'on est des parlementaires et qu'on est complètement indépendants. Oui, séparation des pouvoirs. Donc clairement, on n'a pas eu ni de message à faire passer, ni bien évidemment de dissuasion à nous déplacer.

5:56
Présentateur

Merci Cyril Pelleva, sénateur LR de Haute-Savoie. Vous êtes à Taïwan encore jusqu'à lundi.