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interviewBLAST· 12 mai 2022 13 min

LÉGISLATIVES : À GAUCHE ET À DROITE, ÇA GROGNE DANS LES RANGS

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Toutes les familles sont dans l’Union Populaire. Ceux qui présentent des candidats contre les candidats de l’Union Populaire sont des candidats macronistes parce qu’ils ne servent que Macron. Bien sûr, nous avons des différences sur un certain nombre de sujets.

Et je mets en garde celles et ceux qui seraient tentés par la dissidence, parce qu'ils seront, malheureusement pour eux, balayés par ces candidatures qui vont incarner une espérance aux yeux de tout le monde. Nous souhaitons, tout au long de la mandature, tout au long de la législature, être ensemble. On est les Républicains, on ne peut pas être les Républicains et la majorité présidentielle.

La délicate mise en place des candidatures communes de la Nupes, les macronistes qui s’allient à François Bayrou et Edouard Philippe et les débauchages chez les Républicains. C’est le sommaire du numéro 35 d’un Bourbon Sinon Rien. Samedi, à Aubervilliers, Jean-Luc Mélenchon s’est employé à souligner le caractère exceptionnel de l’accord qui a conduit à la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale.

C’est la première fois depuis 25 ans, c’est-à-dire une génération, qu’un accord général intervient entre l’ensemble des forces de la gauche traditionnelle, des écologistes et, évidemment, des petits derniers insoumis. Mais, depuis qu’il y a une gauche traditionnelle, socialiste et communiste, depuis qu’il y a des partis écologistes, depuis qu’il y a des Insoumis, depuis le début de l’histoire, depuis toujours, c’est la première fois qu’il y a un accord général de toutes les forces dès le premier tour sur des candidatures uniques dans toutes les circonscriptions. Mais peut-on vraiment gommer toutes les divergences en quelques jours ?

Sur les questions de programme, chacun y a mis du sien. Ainsi Julien Bayou sur l’Europe. On nous avait dit aussi que l’Europe resterait un sujet de désaccord insurmontable.

La fracture du référendum de 2005, elle était indépassable. On pouvait voter oui sans vouloir graver ces règles dans le marbre, et on pouvait voter non sans vouloir l’effondrement de la construction européenne. Depuis bientôt 20 ans, on a vu ceux qui ont abîmé l’Europe, ce sont ceux qui la gouvernent.

Ils n’ont rien fait. Alors oui nous disons : “Désobéissons pour sauver l’Europe.” Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, a tenu à rappeler les frontières de l’accord, histoire de rassurer ses militants : Bien sûr, nous avons des différences sur un certain nombre de sujets.

Mais nous avons tous pris nos responsabilités, et nous avons fait le choix de nous additionner dans le respect de ces différences et sans les effacer car nous aurons la possibilité, chacun, d’avoir un groupe à l’Assemblée nationale et ces groupes voteront ensemble les mesures de progrès social, de justice sociale, que nous avons décidées ensemble et ils pourront aussi faire vivre leurs propres propositions en toute autonomie et dans le respect de notre diversité. De son côté, Olivier Faure s’est employé à solder le passif. D’abord la tentation Macron en 2017.

Il y a 5 ans, à un moment, j’ai cru que nous pourrions faire un bout de chemin avec eux. Je n’ai pas de honte à le dire. J’ai pensé qu’Emmanuel Macron, qui était, soi-disant, un homme de gauche, pouvait être celui qui pouvait transformer la gauche.

Je l’ai pensé. Pas longtemps, mais je l’ai pensé. Mais maintenant comment pourrais-je encore y croire ?

Comment pourrais-je croire que celui qui été l’auteur de lois que je ne vais pas toutes citer même si je vais y revenir, comment pourrais-je encore y penser ? Et donc plutôt que d’avoir peur des Insoumis, des écologistes, des communistes, des socialistes, radicalisés paraît-il, eh bien, je leur dis à toutes et à tous : N’ayez peur de rien, faites vous plaisir pour une fois, ne votez pas contre mais votez pour, faites enfin ce que vous croyez ! Cette confession s’est transformée en catharsis lorsqu’il a évoqué les années Hollande.

Alors, je vais vous faire une confidence, ou plutôt vous rappeler quelque chose. La loi Travail de 2016, baptisée El Khomri… Attendez, attendez… Aucun socialiste ne l’a jamais adoptée, pourquoi ? Pourquoi ?

Parce qu’elle nous a été imposée avec le 49.3, parce qu’il n’y aurait pas eu de majorité pour l’adopter. C’est ça la réalité.

Et donc plutôt que de, je le comprends, je le comprends, plutôt que de dire aux socialistes : “Vous avez été des traîtres” allez plutôt les retrouver et dites-leur : “On a compris. On a compris que vous pouviez aussi être avec nous là pour changer la vie.” Et là vous verrez, on va faire de grandes choses ensemble.

À la sortie de la réunion, c’est un autre Olivier Faure que l’on découvrait. Un Olivier Faure qui venait de faire du passé table rase. C’est quand même mieux qu’une investiture avec uniquement que des têtes couronnées de la République.

Là, on était avec les gens qui ont envie de se battre et qui sont tout simplement… qui ont envie de donner d’eux-mêmes, qui ont envie de dire que la France peut changer. Moi, je me sens en tout cas très libéré par rapport à tout ça. On y va, on fonce, et on gagne.

Olivier Faure s’est sans doute libéré du hollandisme et des éléphants. Mais certains militants ne sont pas encore prêts à se sacrifier sur l’autel de l’union. Pourtant, jeudi dernier, lors du Conseil national qui a entériné l’accord entre la FI, le PS, EELV et le PC, le premier secrétaire s’était montré très clair : Je comprends que certains soient tentés par la dissidence, parce qu’évidemment on a tous le sentiment que notre ancrage local permet parfois de faire des miracles et de compenser les effets nationaux.

Mais la réalité telle que nous la connaissons, c’est que l’élection législative est une élection qui a, bien sûr, un contenu local mais qui a d’abord un contenu national. Et je mets en garde celles et ceux qui seraient tentés par la dissidence parce qu’ils seront, malheureusement pour eux, balayés par ces candidatures qui vont incarner une espérance aux yeux de tout le monde. Force est de constater qu’Olivier Faure n’a pas été entendu.

Ainsi, dans la 14e circonscription du Rhône, après le retrait du candidat FI Taha Bouhafs, la situation se tend entre la maire communiste de Vénissieux, Michèle Picard, qui brigue le siège et un conseiller municipal socialiste Lofti Ben Khelifa qui entend lui aussi se porter candidat. De son côté, la France insoumise a désigné hier un nouveau candidat : Idir Boumertit, solidement implanté dans la circonscription. À Vaulx-en-Velin, c’est un socialiste, adjoint au maire, qui s’apprête à se déclarer contre le candidat investi par la Nupes.

La maire, Hélène Geoffroy, membre du Conseil national du PS, conduit la fronde contre l’accord avec la FI. Non loin de là, à Villeurbanne, c’est une socialiste dissidente qui s’apprête à barrer la route à l’insoumis Gabriel Amard. À Paris, dans la 15e circonscription, la socialiste Lamia El Aaraje, évincée au profit de Danielle Simonnet de la FI, ne désarme pas.

Elle a tenu une conférence de presse avec Lionel Jospin, sorti de sa réserve pour la circonstance. S’estimant victime d’une injustice, elle réclame un point de chute avec l’appui du PS. Dans la 10e circonscription du Val d’Oise, le député sortant Aurélien Taché, élu en 2017, sous l’étiquette de la République en marche et aujourd’hui investi par la Nupes doit faire face à un candidat local de la Gauche républicaine.

Et puis il y a l’Occitanie. À Cahors, à Montpellier, fleurissent des candidatures dissidentes encouragées par la présidente de région, la socialiste Carole Delga. Dans les Pyrénées-Atlantiques, le député socialiste sortant, David Habib, réélu depuis 2002, a vu l’investiture de la Nupes lui passer sous le nez.

Il a décidé d’aller à la bataille, seul, affirmant ne pas craindre d’être exclu par son parti. Enfin, en Ardèche et en Dordogne, d’autres candidatures dissidentes devraient surgir d’ici le 20 mai, date butoir pour le dépôt des candidatures. Quoi qu’il en soit, aucun arrangement avec la France insoumise n’est envisageable.

À Aubervilliers, Jean-Luc Mélenchon s’est montré catégorique : Toutes les familles sont dans l’Union Populaire. Ceux qui présentent des candidats contre les candidats de l’Union Populaire sont des candidats macronistes parce qu’ils ne servent que Macron. Pour l’heure, les candidatures dissidentes restent en nombre limité.

Elles ne menacent qu’à la marge le résultat des candidats de la Nupes. Mais elles accaparent l’attention et, ce faisant, rendent service aux candidats de la majorité présidentielle et de la droite. Du côté de la majorité présidentielle, justement, ce sont aussi les grandes manœuvres.

La République en marche a ainsi changé de nom. Le parti du Président s’appelle désormais Renaissance. Au sortir de la présidentielle, Emmanuel Macron rêvait d’un parti unique de la majorité.

Il devra se contenter d’une confédération rassemblant Renaissance, le Modem de François Bayrou et Horizons, le parti d’Édouard Philippe. Ce regroupement, baptisé “Ensemble”, était présenté jeudi dernier. C’est donc la majorité présidentielle, Ensemble, qui a permis d’aboutir à un accord politique et électoral pour investir les candidates et les candidats aux élections législatives du prochain mois de juin.

Mais plus encore, quand je disais accord politique, cela signifie que nous souhaitons tout au long de la mandature, tout au long de la législature, être ensemble, liés, pour faire réussir le quinquennat mais aussi pour aborder les élections intermédiaires et qui se dérouleront. Chacune des formations aura donc son groupe à l’Assemblée. La garantie, pour Édouard Philippe d’avoir les ressources financières pour faire vivre son parti et briguer l’Élysée en 2027.

Pour l’heure, 509 investitures ont été accordées. À l’arrivée, le Modem devrait obtenir de 101 à 110 circonscriptions. 58 sont déjà attribuées à Horizons.

Renaissance prendrait le reste, soit environ 400 candidats. Sur ces 509 investitures, 274 concernent des députés sortants. Le président de la République a donc choisi de jouer la sécurité plutôt que la nouveauté.

Mardi, une journée de formation a réuni les candidats à Aubervilliers. Emmanuel Macron est venu conclure les travaux. Malheureusement, la réunion s’est tenue à huis clos… Côté prises de guerre, ça ne se bouscule pas au portillon.

La majorité présidentielle a débauché trois LR : Marine Brenier, députée des Alpes-Maritimes, Robin Reda, député de l’Essonne, et Constance Le Grip, députée des Hauts-de-Seine. Il est vrai que Christian Jacob a mis en garde ceux qui songeraient à se rallier à la Macronie. Il n’y a pas de double appartenance aux Républicains, donc on est les Républicains, on ne peut pas être les Républicains et la majorité présidentielle, on ne peut pas être les Républicains et le Front National, les Républicains et Reconquête ou les Républicains et LFI.

Donc à partir du moment où on est majorité présidentielle, on n’est plus les Républicains. Reste le cas Damien Abad, le patron du groupe parlementaire LR. Emmanuel Macron lui avait proposé de devenir l’un de ses ministres sous le précédent quinquennat.

Le pressenti avait décliné la proposition après beaucoup d’hésitations. Après l’échec de Xavier Bertrand à la primaire, après l’échec de Valérie Pécresse à la présidentielle, le député de l’Ain ne se fait plus d’illusions sur ses chances d’être reconduit à la tête du groupe parlementaire. Du coup, il pourrait se laisser tenter par un portefeuille de ministre dans le futur gouvernement.

Un signe qui ne trompe pas : dans la circonscription de Damien Abad, Renaissance n’a investi personne. Pour l’instant. La balle est dans le camp du député sortant.

Comme dit la chanson de Jean-Jacques Goldman, il suffira d’un signe… Si vous avez apprécié cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche. Vous pouvez également vous abonner sur notre site BLAST-INFO.FR et faire des dons.

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Encore un peu de patience. À jeudi pour un nouveau numéro d’un Bourbon Sinon Rien.

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