Olivier Faure sur B. Griveaux : “Qu’un ministre se permette ce type d’envois, c’est d’une légèreté incroyable”
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France Inter, Alexandra Bensaïd, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Alexandra Bensaïd, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, le premier secrétaire du Parti Socialiste. Questions et réactions amis auditeurs dans 10 minutes. 01 45 24 7000 pour le standard, autrement les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Olivier Faure, bonjour. Bonjour à vous. Et merci d'être à notre micro ce matin avant de vous demander votre réaction à la désignation d'Agnès Buzyn comme candidate La République En Marche à la mairie de Paris. J'aimerais qu'on s'arrête sur ce qui a provoqué cette désignation, à savoir la publication de vidéos intimes de Benjamin Griveaux.
Cette affaire a suscité une onde de choc quant à ce que pourrait devenir la vie publique à l'heure des réseaux sociaux. Réseaux sociaux qui ont une fois encore fait la preuve de leur redoutable puissance de propagation. Alors qu'est-ce que cette affaire dit, pour commencer Olivier Faure, de l'état du débat public en France ?
Elle dit deux choses. La première, c'est qu'évidemment il faut condamner fermement la diffusion de ces images qui n'avaient pas vocation à être publiques. C'est une évidence. Et ce n'est pas simplement le problème d'un homme politique. C'est valable pour toutes les Françaises et les Français. Parce que malheureusement, ce qu'on appelle maintenant le revenge porn, la vengeance pornographique, c'est un sujet qui aujourd'hui est la cause d'immenses malheurs pour celles et ceux qui en sont les victimes. Ça c'est le premier point. Le deuxième point, c'est que malgré tout, il faut revenir sur l'origine.
Et l'origine, c'est que c'est un ministre qui considère qu'il peut se livrer à ce type d'envoi et c'est la preuve d'une légèreté incroyable. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, quand vous êtes un homme ou une femme public, un décideur public, un ministre, vous devez prendre toutes les précautions qui sont les précautions d'usage pour ne jamais être à portée des maîtres chanteurs. Parce que là, on a une vidéo qui est diffusée. Mais imaginez une vidéo qui ne l'est pas et un maître chanteur qui en permanence revient vous voir en vous disant si tu ne prends pas telle ou telle décision, je diffuse. Donc homme, femme public, métier public, pas de vie privée ? Non, ne jamais se rendre vulnérable.
Une vie privée, chacun en a une, tant mieux. Mais pas de légèreté coupable parce qu'effectivement c'est un sujet. Vous ne pouvez pas laisser, quand vous êtes un décideur, vous ne pouvez pas laisser penser que vous êtes vulnérable, que vous avez la possibilité d'imaginer que les services secrets d'un pays étranger détiennent sur vous un certain nombre de dossiers et donc peuvent vous amener à prendre telle ou telle décision alors même que vous devriez être un homme libre et libre de prendre les décisions qui s'imposent du point de vue de la France.
Et donc oui, je pense que pour un homme ou une femme publique, il y a une obligation qui est une obligation minimale qui est de ne pas se rendre, de ne pas se mettre à la portée des maîtres chanteurs.
Donc là pour vous Olivier Faure, finalement la seule barrière, le seul garde-fou c'est un, la morale personnelle et deux, la jugeote. Est-ce que ça ne risque pas d'être un petit peu court ?
Court ? Mais je pense que ce n'est pas une question de morale. Moi je ne juge pas la morale, la vie privée, la vie intime de Benjamin Griveaux et des autres, m'importe peu. La seule chose qui m'importe c'est que mon pays puisse être dirigé par un gouvernement, par des ministres, un président de la République qui ne sont pas susceptibles d'être demain la proie de maîtres chanteurs. C'est aussi simple que ça.
Et c'est pour ça que je dis la jugeote ?
Oui la jugeote, mais regardez ce qui se passe aux Etats-Unis. Quand vous êtes président américain, vous n'avez même plus de téléphone personnel. Parce qu'on vous dit que vous êtes non seulement un être humain bien sûr, mais vous êtes d'abord le président des Etats-Unis. Et donc pendant cette période-là, on vous confisque tout ce qui est attribut personnel parce que vous devez vous mettre intégralement au service de l'Etat. Et c'est ce que je dis maintenant. Évidemment, la première chose qu'il faut faire, c'est qu'on en ait ceux qui, aujourd'hui, diffusent ce type de vidéos ou d'images, etc. et qui ne visent qu'à une chose, c'est à déstabiliser la démocratie.
Et donc il faut être extrêmement ferme. Mais pour être vraiment ferme, il faut aussi que chacun ait en tête que ces dangers existent et que nous sommes au XXIe siècle.
Donc il a fait une faute, diriez-vous, ou il a fait une erreur ?
Je pense que c'est une faute. Je pense que c'est une faute. Et ensuite, il y a un crime, parce que c'est un viol de l'intimité commis par cet artiste russe qui, évidemment, n'est absolument pas... Enfin, on ne peut pas relativiser le crime. Mais il n'empêche que, voilà, il faut que chacun ait en tête, aujourd'hui, responsable public, que ça existe, que malheureusement, on n'arrêtera pas le flot des malvastations de celles et ceux qui cherchent à déstabiliser. On le sait, ce n'est pas nouveau. Ce n'est pas complètement neuf, y compris les scandales de ce type. Donc chacun doit faire en sorte de se mettre hors de portée pour pouvoir éviter de prendre en otage notre pays.
Quand vous dites qu'il faut condamner fermement ceux qui diffusent, on a déjà une loi assez sévère. Punition de deux ans de prison et 60 000 euros d'amende. Est-ce que vous pensez, comme certains députés, déjà, qu'il faut aller plus loin, qu'il faudrait peut-être, par exemple, punir également tous ceux qui, non seulement mettent en ligne, mais qui diffusent au-delà ? Est-ce qu'il faut revoir la loi ?
La loi vient d'être... Elle est à peine neuve, la loi, elle est de 2016. Donc, il faut peut-être commencer par l'appliquer et ne pas réagir systématiquement à chaud. Je vois qu'il y a des gens qui demandent maintenant qu'on supprime l'anonymat sur les réseaux sociaux. Je vois que c'est le concours Lépine, une fois de plus. Moi, je pense qu'à la fois, Internet peut être un espace de liberté et qu'il faut préserver, un espace démocratique qu'il faut là aussi préserver. Et puis, il faut faire attention aussi, il faut qu'il y ait de la régulation et faire en sorte qu'on ne tombe pas dans le n'importe quoi. Mais ça suppose, de la part de chacun, aussi, une forme d'éthique personnelle.
Olivier Faure, encore deux questions sur le sujet. On verra si les auditeurs de France Inter en ont d'autres. Dans ce contexte, je dis bien dans ce contexte-là, Emmanuel Macron, depuis Munich, a critiqué l'ingérence russe dans la vie démocratique et dans les processus électoraux. Il a rappelé qu'il en avait été victime pendant la campagne de 2017. Est-ce que vous partagez ce constat et cette inquiétude ?
Là encore, ce n'est pas tout à fait nouveau. Les moyens technologiques qui sont mis à disposition le sont. En revanche, des pays qui cherchent à déstabiliser. Et la Russie de Poutine n'est certainement pas la dernière. Même si, en l'espèce, personne n'en sait rien. Personne ne sait si Poutine est derrière cette histoire. On est avec... L'auteur de la diffusion est un opposant à Poutine. Alors, peut-être a-t-il été retourné. Peut-être est-ce une couverture. Peu importe. Mais enfin, en tout cas, ce qui est certain, c'est que ces menaces existent. Et c'est la raison pour laquelle nous devons tous, tous en avoir conscience et faire en sorte de ne jamais être rattrapés par tel ou tel scandale.
Donc, conséquence de toute cette affaire, la désignation d'Agnès Buzyn comme tête de liste à l'REM pour les municipales à Paris. Quelle est votre réaction à cette désignation ?
Bon, la surprise. La surprise parce qu'elle était à votre micro la semaine dernière. Et elle répondait à Libadou. Elle répondait qu'elle n'en avait pas le temps. Et puis, je vois que deux jours plus tard, finalement, tout à fait cessante, elle abandonne le coronavirus, la crise à l'hôpital, les retraites. Et elle considère que désormais, sa vie, c'est Paris. Paris vaut bien une crise. Mais, donc, je suis surpris parce que, par ailleurs, ça dit quelque chose aussi de la légèreté avec laquelle ce gouvernement considère la vie politique. C'est incroyable de penser que c'est uniquement un casting.
Moi, j'ai l'impression parfois, avec La République En Marche, qu'on est en permanence en train de se faire The Voice. Et donc... Expliquez-vous pourquoi. Mais, tout simplement parce que la question, on a passé un week-end avec un week-end de casting, avec qui peut être celui ou celle qui fera diversion et qui permettra d'oublier l'affaire Griveaux pour passer à autre chose. Et donc, on a une ministre qui était, en fait, en place, qui avait besoin... Enfin, qui était... Enfin, je vois les réactions, y compris du monde de la santé, qui disent, mais c'est incompréhensible. On a quelqu'un qui est en train de négocier, qui est en train de discuter, et puis voilà, elle s'envole.
Et donc, elle disparaît pour aller à Paris. Et ça laisse penser aussi que Paris, en fait, vous pouvez, en l'espace de quelques heures, vous improviser maire. Et que vous pouvez vous improviser candidat à une ville qui est la ville capitale.
Vous ne croyez pas vous ne croyez pas qu'elle peut rebattre les cartes ? C'est ce que nous disait la porte-parole de La République En Marche, que elle a la capacité...
Je comprends que la porte-parole de La République En Marche vous dise que c'est une bonne idée. Et moi, je ne remets pas en cause, d'ailleurs, les qualités personnelles, Agnès Buzyn. Ce n'est pas le sujet. Mais, est-ce que vous pensez sincèrement qu'on peut devenir maire comme ça, sans y avoir jamais réfléchi, sans avoir jamais été même conseillère municipale de Paris ? J'ai entendu sa déclaration hier. Elle dit qu'elle y a habité depuis longtemps et qu'elle y a élevé ses enfants, à peu près comme la moitié des Parisiens au moins. Est-ce que ça suffit à qualifier quelqu'un pour diriger Paris ? Je ne le crois pas.
Il y a eu un précédent en la matière pour l'élection présidentielle en 2017. Emmanuel Macron. Je ne crois pas qu'on puisse dire ça. Emmanuel Macron avait...
Il avait-il déjà été élu ? Avait-il déjà mené campagne ? Ah non, mais ce n'est pas le fait d'avoir mené campagne ou d'avoir été élu. C'est le fait d'avoir une expérience de l'État. C'était le cas pour Emmanuel Macron, en l'occurrence. Il avait été ministre, parce qu'il avait été conseiller du président de la République. Et donc, il y avait, en l'occurrence, matière à penser qu'il avait pu réfléchir au sujet. Et puis, il n'est pas parti un mois avant l'élection présidentielle. Là, on a quelqu'un qui va certainement prendre les chaussons de Benjamin Griveaux et qui va reprendre son projet. C'est complètement fou.
Est-ce que vous pensez, Olivier Faure, comme certains, que finalement, Benjamin Griveaux n'aurait pas dû démissionner ?
Oui, je le pense. Je pense que si on dit qu'on ne doit pas déstabiliser, on ne doit pas se laisser déstabiliser par ceux qui ont choisi de mettre en danger la démocratie, eh bien, dans ces cas-là, on ne cède pas. C'est incompréhensible d'avoir un discours qui est de dire « on ne cède pas » et en même temps de céder. Parce que non seulement, Benjamin Griveaux démissionne, mais en plus, vous avez maintenant une ministre qui était en charge du dossier essentiel qui elle-même démissionne pour pouvoir être candidate. Et pire encore, vous avez celui qui était rapporteur du projet de loi organique à l'Assemblée qui démissionne pour pouvoir devenir ministre.
Donc, vous avez en fait une espèce de jeu de domino incroyable. Au fond, Bajeski a gagné. En fait, c'est lui qui a réussi à déstabiliser la démocratie puisque avec une vidéo, il a réussi à faire un strike. Il fait tomber, en fait, trois quilles. Là où, logiquement, Benjamin Griveaux aurait dû demeurer et dire « écoutez, ça regarde ma vie privée et de toute façon, je ne cèderai pas. »
Est-ce que pour autant, vous décrivez ce jeu de chaises musicales, mais est-ce que pour autant, finalement, vous voyez une vacance du pouvoir ? Il y a en effet maintenant Olivier Véran qui devient ministre de la Santé. C'est un homme qui connaît ses dossiers ?
Oui, sans aucun doute. Mais enfin, vous savez très bien que quand on devient ministre, on prend le temps de commencer par consulter, on commence par auditionner, on prend la mesure de son ministère. On ne devient pas ministre en une semaine, en réalité, et chacun le sait aussi. Il faut du temps. Il faut même du temps pour devenir député, en réalité, pour devenir maire. Et donc, laisser penser que tout le monde est remplaçable en quelques secondes et qu'au fond, tout ça n'a pas d'importance, c'est quand même aborder la vie politique avec une grande désinvolture.
Passons à la réforme des retraites, Olivier Faure, qui arrive aujourd'hui en débat à l'Assemblée nationale. Un mur de 41 000 amendements est à franchir. C'est presque le double de ce qui avait été déposé devant la commission spéciale de l'Assemblée nationale. Laurent Berger dit que ces montagnes d'amendements sont des postures politiques qui empêchent l'amélioration du texte et donc du sort des salariés. Alors, soyons clairs, le but de ces manœuvres, c'est ensevelir la réforme des retraites ou l'améliorer ?
Écoutez, je vais parler pour nous-mêmes, pour les socialistes, et en l'occurrence, nous avons déposé 1 000 amendements. Donc, nous n'avons pas cherché à faire une montagne, nous avons cherché à avoir le débat au fond. Moi, je veux le débat au fond. Je veux que nous puissions aller jusqu'au bout de la discussion. Pourquoi ? Parce que ce projet, la réalité, c'est que c'est un projet qui est un projet improvisé, un projet qui, en réalité, ne permet pas d'assurer avec sérénité l'avenir de notre système de retraite, et c'est un système qui, par-dessus le marché, est injuste.
Et c'est la raison pour laquelle, moi, je souhaite que le débat parlementaire permette aux Françaises et aux Français de comprendre, article après article, amendement après amendement, ce qu'il y a, ce qui se cache derrière. Parce qu'aujourd'hui, on est dans une bataille de slogans, avec, on dit, pour ou contre les points.
Moi, je voudrais qu'on dise pourquoi le système qui nous est proposé est un système qui est vraiment injuste, pourquoi c'est un système qui est vraiment improvisé, et pourquoi ce système-là ne va pas nous garantir quoi que ce soit, mais au contraire, mettre en difficulté ce qui est l'assurance pour chacune et chacun aujourd'hui, de partir en ayant une retraite qui permette de faire face à ces vieux jours.
Ces défenseurs disent au contraire que c'est le système actuel qui est injuste et que cette réforme à venir, qui est le texte qui est à l'Assemblée aujourd'hui, finalement, capte de l'argent auprès des cadres supérieurs et qui va les redistribuer aux femmes, aux plus modestes, aux carrières plates. Ça serait une réforme de gauche que vous refuseriez de voir,
Olivier Faure. C'était une réforme de gauche, on l'aurait déjà vue. Moi, ce que je vois, c'est qu'y compris celles et ceux qui sont les plus favorables à l'idée d'un passage à un système à points, je pense à la CFDT, à l'UNSA, à la CFTC, même eux disent que la réforme telle qu'elle est proposée est une réforme injuste. Donc, on pourrait prendre des exemples nombreux sur les femmes, sur les carrières longues, sur les carrières hachées, sur le minimum contributif, sur tous ces sujets-là, on est très très loin du compte. Très très loin sur la pénibilité, c'est une évidence. Qu'est-ce qu'il faut
pour l'améliorer ? La pénibilité, justement ?
Entre autres, mais ça ne suffirait même pas, parce que le problème aujourd'hui, et chacun l'a bien compris, c'est que vous avez un âge d'équilibre qui va progressivement reculer dans le temps. Et donc, vous aurez des gens qui seront condamnés à aller jusqu'à l'âge d'équilibre pour ne pas avoir de décote. Quand je prends le plus jeune de mes enfants, l'âge d'équilibre pour lui, si on considère que l'espérance de vie continue à bouger comme elle bouge aujourd'hui, ça sera 69 ans. Vous vous rendez compte ? À 69 ans, il aura enfin atteint l'âge d'équilibre.
L'âge pivot, ça serait où ? L'âge d'équilibre, ça serait vers 64 ou 65 ans ? Il y a encore débat, on n'est pas en train de parler de 69 ans.
Non, non, pour l'instant, on a 65 ans dans la loi et ça va être un âge qui va se décaler progressivement. Pour la génération 2005, ce sera 67 ans, par exemple. Donc, quelqu'un qui aura commencé à travailler à 20 ans dans un métier d'exécution, par exemple, pour celui-là, il devra cotiser, faites le calcul, 20 ans, 67 ans, ça fait 47 ans.
Olivier Faure, redoutez-vous l'usage du 49-3
à l'Assemblée ? Écoutez, oui, je le redoute parce que ça veut dire que... Vous le cherchez obscurément ? Moi, je ne le cherche pas. Je l'ai été dans le précédent quinquennat, je suis contre le 49-3, je pense que ça tue le débat parlementaire et que nous devons, au contraire, aller jusqu'au bout. Ce n'est pas n'importe quelle réforme. C'est une réforme qui va conditionner l'existence de générations et de générations. C'est une réforme dite systémique. On change de système. Ça suppose d'y passer un peu de temps, non ? Ce n'est pas normal de considérer que tout ça peut se faire en quelques heures. Et ce n'est pas, là encore, la légèreté du gouvernement.
On a, en fait, vous vous rendez compte que sur ce projet qui est présenté comme la mère des batailles, vous avez d'abord un ministre qui démissionne, Delevoix. Après, vous avez une ministre qui démissionne, Agnès Buzyn. Maintenant, vous avez le rapporteur qui démissionne, Olivier Véran. Et tout ça, on nous dit maintenant qu'il faut y aller au forceps. Allez, on y va, on y passe. Alors même que...
Il faut faire quoi ? Retirer ? Vous, vous proposez un référendum. Bernard Cazeneuve, qu'on avait à ce micro la semaine dernière, dit qu'il faut réécrire ce qu'il appelle un brouillon. Je partage ce que dit Bernard Cazeneuve. Référendum, je ne sais pas, ou les deux, je vous pose la question.
S'ils ne veulent pas réécrire, la moindre des choses serait de soumettre à référendum. C'est ce que nous dirons ce soir avec l'ensemble de la gauche en proposant une motion référendaire. Et puis, s'ils sont prêts à réécrire, dans ce cas-là, on évite le référendum, mais par contre, on réécrit, on négocie pendant de longs mois. Parce que pour l'instant, on nous dit, pendant deux ans, on a concerté, mais concerté avec qui et comment. En fait, personne n'est d'accord. Ils n'ont pas abouti sur un sujet comme celui-là, qui est l'œuvre, au départ, rappelons-le, du Conseil National de la Résistance. Eh bien, il y avait un consensus. Il y avait la volonté de marcher ensemble sur un système solidaire.
Là, en l'occurrence, l'opinion publique n'est pas prête. Une majorité de Français s'y oppose. L'ensemble des syndicats s'y oppose. Et le monde parlementaire, c'est loin d'être évident puisqu'il n'y a que la majorité parlementaire actuelle qui soit favorable.
Lorsque vous dites, Olivier Faure, qu'il faut réécrire, est-ce que ça veut dire que sur le fond, vous êtes d'accord avec l'idée qu'aujourd'hui, 2020, il est temps de revoir le système, de corriger ses injustices et de résoudre un problème de financement puisqu'on a aussi la conférence de financement ?
Moi, je suis d'accord avec l'idée que le système actuel n'est pas parfait et qu'il faut l'améliorer. Et qu'il est possible de l'améliorer. Pourquoi ? Parce que vous savez qu'en 2024, nous avons une opportunité historique. Pour la première fois depuis des décennies, le fameux trou de la sécu sera intégralement comblé. Les Français auront intégralement comblé grâce à ce qu'on a appelé la CADES, et bien auront intégralement remboursé la dette sociale. Et donc, nous avons là une opportunité fantastique parce que les 24 milliards que chaque année nous mettons pour rembourser la dette sociale seront utilisables à autre chose sans aucun prélèvement supplémentaire. Pas d'impôt nouveau.
Et avec ça, on peut faire quoi ? On peut faire l'hôpital public, on peut faire les EHPAD, on peut faire aussi les retraites. Et donc, là, il y a matière à avancer. Mais avancer, pas dire qu'en l'occurrence, on maintient le niveau, c'est-à-dire que l'enveloppe globale pour l'instant pour le gouvernement ne doit pas changer. Moi, je dis que comme il y aura plus de retraités, forcément, il faut mettre plus d'argent.
Allez, filons au standard d'Inter où nous attendent les auditeurs. Je salue Pierre qui nous appelle de Lyon.
Oui, bonjour. Bonjour. Deux petites choses. Voilà, moi, je ne suis pas comme M. Fort, je ne suis pas surpris pour Mme Buzyn. Je suis scandalisé. Je trouve même cela dégueulasse. Je le dis clairement. Pourquoi dégueulasse, Pierre ? Vendredi, elle a dit qu'elle continuerait. Elle démissionne et on voit que finalement les vœux de Macron pour gagner Paris sont plus importants qu'une maladie et que la crise de l'hôpital. Donc, ce n'est pas une surprise. C'est un scandale. Ça, c'est une chose. Deuxièmement, et pour M.
Griveaux, que tout le monde pleure aujourd'hui, moi, je suis désolé, je n'oublie pas qu'il a été le porte-parole d'un gouvernement, le porte-parole d'un gouvernement qui a méprisé des Gilets jaunes, qui a parlé de foulaineuses et de peste brune. Donc, ce qui lui arrive, je vais être très clair, c'est bien fait pour lui. Je suis vraiment content. Voilà, ça, c'est une chose. Et en plus, et donc, c'est ce qui m'amène à poser ma question. Et en plus, comme M. Ferrand, il a trahi, il a trahi la gauche, il a trahi le Parti Socialiste. Donc, moi, j'ai une question à poser. quand on est vraiment de gauche, face à la complexité des listes, comment faire, M.
Faure, pour distinguer les candidats du PS qui sont vraiment à gauche pour les municipales et ceux qui vont trahir, qui vont être macro-compatibles et qui seraient, pour moi, et qui sont même de droite. Donc, moi, je veux cette clarification du Parti Socialiste.
Merci, Pierre, pour cet ensemble de questions. Il y en a trois. Il y en a trois. Il y a Agnès Buzyn, c'est dégueulasse, a dit Pierre, Benjamin Griveaux, c'est bien fait pour lui, a-t-il dit également, et ensuite, comment on reconnaît vraiment les gens de gauche au sein des listes et comment on fait la distinction avec les Macron compatibles. Sur les trois points, Olivier Faure.
Bon, d'abord, sur le premier point, Pierre, sur Agnès Buzyn, j'ai dit que c'était une surprise, c'est un euphémisme, parce qu'effectivement, c'est inimaginable que dans un pays comme le nôtre, un ministre puisse choisir d'abandonner son poste pour pouvoir partir en campagne à un moment qui est un moment de crise. Et donc, vous avez raison, en fait, il y a quelque chose d'inconsidéré et de profondément choquant. Sur Benjamin Griveaux, je ne partage pas votre avis. Même à mon pire adversaire, je ne souhaiterais pas ce qui lui est arrivé.
Sans doute a-t-il sa part de responsabilité, je l'ai dit, mais en même temps, personne ne peut souhaiter à qui que ce soit de voir son intimité révélée sur les réseaux sociaux. Et donc là, je ne partage pas votre point de vue.
Mais que Pierre, qui est citoyen engagé, on l'a entendu, dise, bien fait pour lui, vous l'analysez comment, Olivier Faure, quant à l'état du débat public en France ? Il y a une forme
d'exaspération, malheureusement, et je sens bien qu'il y a une tension qui monte. Je suis très surpris de voir des gens qui m'accostent quand je fais mes courses ou dans la rue, etc., et qui me disent je n'irai même pas voter au second tour dans un deuxième tour Macron-Le Pen s'il existait. Et j'avoue que je vois bien qu'il y a quelque chose qui se tend et que ce gouvernement crée. Il crée de la tension, de l'exaspération parce qu'il n'écoute personne et parce qu'il donne le sentiment de ne rendre de compte à personne.
C'est vrai que la logique voudrait que ce gouvernement et cette majorité qui a été élu dans des circonstances très particulières, un président de la République qui a été élu face à Marine Le Pen, devrait se rappeler à chaque instant à qui il doit sa victoire. Il doit sa victoire à des gens qui, comme moi, ont voté au deuxième tour de l'élection présidentielle pour Emmanuel Macron parce que je ne voulais pas de Marine Le Pen. mais ça n'était pas un chèque en blanc donné à cette majorité.
Et donc, c'est vrai que c'est encore plus heurtant pour tous ces gens qui ont donné leur suffrage parce qu'ils ne voulaient pas de Marine Le Pen et de l'extrême droite et qui se retrouvent avec un gouvernement qui en permanence les méprise.
D'où le troisième point comment faire la distinction entre les Macron compatibles et les gens vraiment de gauche disait Pierre
avec ce ton de voix. Eh bien Pierre, moi je veux vous dire une chose c'est que moi je suis vraiment de gauche. S'il avait fallu partir celles et ceux qui sont encore aujourd'hui au Parti Socialiste seraient partis. Ils ont choisi de le faire dans une période quand même très compliquée. On ne peut pas dire aujourd'hui que nous soyons le parti le plus à la mode et donc le plus tendance et pourtant nous sommes restés avec ce point et la rose. Et avec cette volonté de faire émerger maintenant une offre qui soit une offre sociale, écologique, démocratique et qui permette de faire pièce au Front National et aux libéraux d'Emmanuel Macron.
Allez on repart au standard c'est Nadia qui nous appelle des Yvelines. Bonjour Nadia. Bonjour. On vous écoute. Alors moi je réagis du coup à ce que vous venez de dire sur le fait que vous êtes vraiment de gauche. Je suis très surprise j'ai toujours voté le PS je suis restée fidèle en 2017 etc. Aujourd'hui il y a une campagne municipale il y a la première exempte de ma ville qui est LREM et la liste est quand même soutenue par l'EPS. Je ne comprends pas ce positionnement qui n'est vraiment pas du tout clair et aujourd'hui on ne sait plus qui est vraiment de gauche de droite. On mélange à la fois l'EPS la République en marche et je me demande à quoi joue le PS en fait.
Quelle est votre ville Nadia ? Trappes dans les Yvelines. Merci pour cette question Olivier Faure vous répond.
Nadia alors sur Trappes je ne sais pas très bien en fait de quoi il s'agit je me renseignerai mais pour moi la position elle est très claire. La position c'est que nous soutenons nous aucun candidat qui est un candidat investi par la République en marche et que quand il y a des candidats qui sont soutenus par la République en marche si eux-mêmes soutiennent la République en marche alors c'est non. Non parce que nous ne soutiendrons personne qui soutienne aujourd'hui la politique de ce gouvernement. C'est simple c'est clair c'est basique.
Alors sur les réseaux non sur l'application mobile de France Inter les écologistes sont présents dans plein de villes quid du PS qui pourrait se laisser voler ces villes aux municipales ? Je ne sais pas. Les écologistes qui disent par ailleurs qu'ils en ont marre de jouer les utilités comme par le passé et que le moment politique il est en leur faveur et pas en faveur du PS.
Mais moi je n'exemple pas comme ça pardon de le dire mais ça m'est complètement étranger. La question ce n'est pas de savoir si le PS va prendre des villes aux écologistes ou les écologistes prennent des villes au PS. Ça c'est être les idiots utiles du macronisme. La question c'est est-ce que socialistes écologistes communistes générations et tous les autres on va réussir ensemble à constituer ce bloc que j'appelle de mes voeux et sur lequel je travaille pour pouvoir avoir un troisième pied dans la vie démocratique qui permette de battre à la fois les libéraux et l'extrême droite.
Quel est le sens de dire je suis super content j'ai battu un écologiste mais moi je n'ai pas du tout envie de battre un écologiste j'ai envie de faire en sorte que les écologistes et moi nous nous retrouvions pour pouvoir bâtir cette sorte que le 21ème siècle accouche de cette grande formation. Imaginez il y a un siècle c'était une question un peu différente c'était le mouvement ouvrier très divisé mais il y a eu ce fameux congrès du globe en 1905 qui donne naissance à la SFIO au PS de l'époque et comment ça se passe ?
ça se passe avec des gens qui se détestent avec des gens qui au départ se sont battus les uns contre les autres et ils se réunissent et ils mettent ensemble ils donnent naissance à un parti qui pendant un siècle va influencer la vie politique et faire en sorte que le modèle social français européen soit ce qu'il est aujourd'hui. Et bien au 21ème siècle ce qu'il faut faire c'est exactement la même chose avec les socialistes avec l'écologie avec ceux qui sont des démocrates et qui veulent faire avancer ce pays et ce continent.
Et si le sens du vent souffle dans le dos des écologistes est-ce qu'on pourrait imaginer que vous souteniez un candidat vert en 2022 vous les socialistes ? Mais j'ai déjà répondu à cette question moi je souhaite que je vous en donne
la réponse je vous dis que moi je souhaite donc un bloc social écologiste et démocratique et que dans le cadre de ce bloc on puisse trouver le meilleur ou la meilleure quelle que soit son origine s'il était avant écologiste mais t'es égale si t'es socialiste avant tant mieux parce que ça correspond davantage à ce que je suis mais je n'ai aucun obstacle de principe à ce que ce soit l'un ou l'autre.
Olivier Faure merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin je rappelle que vous êtes le premier secrétaire du parti socialiste merci encore 8h47 merci d'avoir été
Olivier Faure