François Bayrou, Premier ministre : Ce qu'il faut savoir sur sa vision pour la France
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Les intervenants ne sont pas encore identifiés sur ce transcript — l'identification des locuteurs est en cours de traitement et apparaîtra prochainement.
Everybody got their reason, everybody got their way, we're just catching them releasing, what's up with the bad day,
Non, je prends le soleil, mais pas de coup de soleil. Ah, c'est bien. On vient de presser le jus de pamplemousse. Eh bien, c'est une sage précaution. Bon, c'est du rose. Je ne sais pas si c'est du rose ou du jaune. Vous savez que je suis fou d'agrumes, de vitamine C. Mais depuis longtemps ? Naturellement, depuis toujours. Et pourquoi ? Je ne sais pas. C'est un goût d'enfance. Je ne sais pas quoi. J'aime beaucoup les agrumes. Du coup, il y a des petits pépins. Et j'en bois tout le temps. Merci. Vous voulez faire... Il y a des petits pépins. On les avale, on ne dit rien. Bon, alors on trinque. Je ne sais pas si on trinque quand j'ai peint le mousse. C'est très bien. Bon. On trinque à quoi ?
À votre émission. Très bien. Qu'on dise des choses intéressantes, si on peut. Vous avez hésité avant de me dire oui ? Non. Ce n'est pas facile quand même. Je sais que vous êtes quelqu'un de pudique. Ce n'est pas facile de parler de son enfant. Je n'ai aucune intention d'être impudique. Mais c'est très facile de parler de mon enfance parce que c'était très bien. C'était des gens très bien. dans un pays très beau. Et moi, j'ai toujours refusé d'être élu ailleurs.
François Bayrou est né à Bordères, un petit village du Béarn. Depuis toujours, c'est ici qu'il vient se ressourcer. J'habite toujours le village où je suis né.
C'est une étrange destinée, n'est-ce pas ? C'est une vie, c'est une tribu, c'est une saga. Aussi loin que remontent mes ancêtres, sauf un Irlandais. Un Irlandais exilé à cause de la famine, il y a deux siècles. Je ne savais pas. Et il est venu faire souche chez moi, c'est la souche de ma mère. Et c'est pourquoi j'ai deux enfants roux. Sur les six. Sur six. Six enfants. Incroyable. Vous avez eu tout jeune. Parce que de nos jours, c'est rare. De votre génération, c'est rare, ces enfants. Oui. Si, on ne va pas se mentir. C'est parce que c'est rare que c'est cher. Vous êtes marié super jeune. 20 ans ? 20 ans. Et pourquoi vouloir se marier si jeune ?
Peut-être à l'époque, la contraception n'était pas tout à fait ce qu'elle est devenue. Elle était enceinte ? Oui. Ah !
Qu'est-ce qu'on a dans la tête quand on a 20 ans et qu'on doit se marier le lendemain ?
Moi, je n'avais rien de particulier dans la tête. Je trouvais que c'était une aventure assez drôle, un peu surprenante, inattendue. Ma femme, elle, je pense qu'elle se disait si ça ne marche pas, je me casserai Vous parlez béarnais ? Oui, bien sûr. Couramment ? Oui, bien sûr. J'ai toujours parlé en béarnais aux bébés et aux... et aux animaux. Qu'est-ce que vous leur dites ? Les petits mots amoureux qu'on dit aux animaux. On dit des petits mots. Alors, imaginons, je suis votre jument préféré. Vous êtes sûrs que vous allez passer ce passage, là ? Parce que... Donc, vous n'êtes pas ma jument préférée. Mais imaginons ! J'aurais aimé savoir ce qu'on dit comme petits mots à sa jument préférée. On dit, tu es belle, tu es charmante, tu vas être une championne. Alors, ça fait quoi en Bernay ?
Quez Béroil, quez... Quez Bazesta, quez Bazgania, toutes ceux qui... Basse-Boule et Gagnat, toutes ces choses.
Vienne prédestinée, ce paysan du Béloin a créé son propre parti à devenir maire de Pau, député européen et candidat à l'élection présidentielle.
Vous n'étiez pas super beau en classe, je crois, quand vous étiez petit. Vous n'étiez pas super travailleur. Vous étiez beau sans travailler. Marie-Gabrielle Moncay connaît François Bayrou depuis 1961, à leur entrée en classe de sixième. Elle se souvient d'un petit garçon qui sortait de l'ordinaire.
Il était plus petit que nous puisqu'il avait un an d'avance quand nous sommes rentrés en sixième. Mais étonnamment, il avait une richesse intérieure et des connaissances que nous n'avions pas. Il avait toujours une idée sur quelque chose et c'était assez étonnant, assez passionnant. Je crois que les professeurs voyaient en vous une rébellion qui n'existait pas, c'est ça ? Je pense que j'étais collé par ce qu'ils voyaient dans mon regard. une insoumission, on va dire. Ce n'était pas toujours vrai. Mais de toute ma vie, je n'ai pas pu respecter la puissance affichée, les galons sur les épaules. Je n'ai pu respecter que les gens que je voyais sous les galons. Et je pense que ça se voyait dans mes yeux.
C'est-à-dire que vous êtes rebelle au système établi, au caste. Je suis rebelle au caste et je suis rebelle aux gens qui estiment normal d'être supérieurs aux autres. À cause de leur argent ou de leur pouvoir ? À cause de leur argent, de leur pouvoir, de leur situation, de leur nom, de leur histoire. Je suis incapable d'entrer dans ce jeu. Et j'étais incapable tout petit. C'est bizarre qu'un tout petit garçon soit comme ça. Mais de la même manière, j'ai jamais pu voir un grand s'en prendre. un petit sans sauter sur le grand. Et me faire casser la figure assez souvent. Mais vous y allez quand même. Y aller, même quand on est sûr que ça peut mal finir, c'est une partie de moi-même.
Vous mettez là le doigt sur quelque chose qui est vrai. Même en politique. En tout. Ça va jouer des tours. À l'origine de son engagement politique, un sentiment d'injustice ressenti depuis l'enfance et qui ne l'a jamais quitté. J'ai souffert sans doute du regard des autres sur mes parents. Vous aviez quel âge ? Tout petit. J'ai senti très tôt instinctivement qu'ils n'étaient pas respectés à la mesure de ce qu'ils méritaient. C'est parce que j'ai croisé assez souvent cette condescendance-là. que je n'ai jamais lâchée. C'est pour ça d'ailleurs qu'un de vos héros, c'est Robin Desbois. Moi, je trouve que ça vous ressemble.
Oui, ça ressemble un peu. Ce n'est pas à cause du collant, c'est l'idée de défendre. Je pourrais porter le collant, j'imagine. Je n'ai jamais essayé, je dois vous dire. Mais cette idée de se mettre avec les pauvres et les méprisés et de gagner pour les rétablir dans leurs droits et que Richard Coeur de Lion va venir parce que......
Oui, ça ressemble un peu à ce que la vie pourrait être si elle était bien. Mais c'est bizarre que vous soyez au centre, vous auriez pu être un Mélenchon. Je comprends très bien ce... Non mais, qu'est-ce que je veux dire ? Jean-Luc et Jean-Luc. Il arrive souvent qu'on parle, Mélenchon et moi. C'est vrai ? Oui, parce que vous voyez bien, il y a quand même... Il y a des points communs. Au-delà de toutes les différences, il y a des points de rencontre.
La plus grande richesse que ses parents ont transmise à François Bayrou est... et sans doute la passion de la lecture. À la maison, il y avait la religion des livres. J'ai passé ma vie à lire. Et dans la lecture, il y a tout. Dans les livres, il y a tout. Vous savez, je vais vous faire rire, parce que c'est la vérité. Il m'a fallu très longtemps pour apprendre qu'on ne lisait pas à table. Ah, qu'on ne se faisait pas dans la bonne société ? Chez nous, l'attitude habituelle à table, c'était que tout le monde avait un livre. Et encore maintenant, quand je rentre... tard, tout seul, le soir, après des réunions, que tout le monde dort dans la maison, d'être à table, avec un livre, si possible, un bon fromage, et une bouteille de vin.
Quand même ! Oui, ça m'arrive, oui. Il n'y a pas que du jus de pente-lumous dans votre vie ? Il n'y a pas que du jus de pente-lumous dans ma vie.
Il y a un talent que vous avez parmi d'autres. C'est que comme vous êtes très érudit, très cultivé... Non, j'ai lu deux ou trois livres. Oh, ça va. Mais non, c'est agrégé. Oui, mais je parle. Professeur de français, vous avez écrit des livres, vous lisez toute la journée. Et surtout, on va voir qu'effectivement, vous avez lu deux ou trois livres. Il paraît que parmi vos talents, François... Je peux vous appeler François ? Oui. Non, on ne s'est pas dit. C'est mon nom. Oui, mais vous avez un statut aussi. Non, je n'ai pas de statut. On peut s'appeler François. Oui, bien sûr. Enfin, moi, c'est Karine.
Il paraît que vous connaissez les débuts de certains poèmes ou de certains livres. Oui, pourquoi les débuts ? Oui, je connais des poèmes par cœur, oui. Beaux endormis ? Oui. Vous pouvez... Alors parce que moi je les connais pas, donc je les ai fait imprimer. Est-ce que vous pouvez me le dire ? Vous n'avez qu'à me faire confiance. Je fais la maîtresse. On s'en est lunettes. Alors, François Bayrou, Beauze endormi. C'est parti. Beauze s'était couché de fatigue accablée. Il avait tout le jour travaillé dans son air. Puis avait fait son lit à sa place ordinaire. Beauze dormait auprès des boisseaux pleins de blé. Ce vieillard possédait des champs de blé et d'orge. Il était quoique riche à la justice enclin. Il n'avait pas de fange dans l'eau de son boulin.
Il n'y avait pas d'enfer dans le feu de sa forge. L'eau était bombée. Je ne sais pas combien de... Je peux vous le faire en entier. Vous n'êtes jusqu'au bout. Les Essais de Montaigne. Ceci est un livre de bonne foi lecteur. Est-ce qu'il y en a une dont vous vous souvenez ? Mon père, tout le temps, il disait que c'était le plus beau début de roman qu'il ait trouvé. C'est Salambeau. qui dit C'était un mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Amilcar Parfait. Votre père, vous récitez des poésies ? Oui. Vous les apprenez ? Tout le temps, oui. Pas qu'il me donnait des devoirs à faire,
parce qu'il était très bienveillant et libéral dans sa manière de transmettre les choses. Et très affectueux, en fait. Soudé dehors, un peu bourré. Quand on faisait le foin, il me faisait réciter des poèmes. Et il parlait d'histoire. Mais vous aviez quel âge ? Tout petit. Lorsque mon père est mort, il s'est tué dans un accident du travail. C'était vraiment très, très lourd. Très...
Très méchant. Je suis entré dans sa chambre et sur sa table de nuit, il y avait l'apologie de Socrate de Platon. et réflexion sur la question juive de ça.
On m'a dit que l'une de vos grandes émotions, c'était justement le discours que vous avez prononcé quand vous avez été élu maire de Pau. C'est pour moi une émotion très grande.
Alors, qu'est-ce qui s'est passé pour que cette boule d'émotions remonte ? De toute façon, rien que de l'évoquer, vous avez les yeux qui brillent. Il s'est passé une chose très, très simple. Je suis entré dans la salle où tout le monde était, comme vous savez, le soir de victoire. Et puis, mon regard a accroché ma sœur au fond de la salle. Là... Tout d'un coup m'est remontée une phrase de Marcel Pagnol que j'aime beaucoup. Un jour, on lui a demandé d'inaugurer une école Marcel Pagnol à Marseille. Et vous savez que son père avait été directeur d'école à Marseille. Et il a eu, pour commencer son discours, cette phrase absolument géniale et qui m'est remontée et qui a collé à la situation.
Il a dit Je suis très honoré d'inaugurer une école qui porte mon prénom et le nom de mon père.
Et c'est ça qui est remonté. C'est parce que vous avez... Voilà. Et donc, ça m'a donné cette boule d'émotion qui a tout d'un coup m'a fait m'arrêter de parler. Lui qui avait été maire. Mon grand-père aussi. Et votre grand-père aussi, mais pas de peau, du village. Oui, du village, bien sûr. Fonce, c'est sa revanche. Ça aurait été sa revanche. D'une certaine manière, une reconnaissance. pour ne pas dire une renaissance.
La plus grande douleur de François Bayrou reste la perte de ses parents, comme en témoigne son ami Jean-Paul Brun. Lorsque son père est mort, il était tout frais, diplômé, l'agrégation de lettres. Son père travaillait au foin, il est tombé, il est mort. Il y a quelques semaines, il m'a dit, quand je pense que ça fait 42 ans aujourd'hui, que mon père est mort. Et c'est une mort dont il ne s'est jamais vraiment remis. Est-ce que vous les invoquez parfois ? Vos parents, par exemple ? Je leur parle. Tous les jours ? Oui, à l'intérieur de moi, oui. Si je peux faire une confidence, je crois que les morts ne sont pas morts.
Qu'ils viennent en nous.
Je crois qu'ils ne sont pas morts. Ce n'est pas que je pense. Je ressens que les morts ne sont pas morts. Parce que tout ça, toutes ces longues histoires, toutes ces aventures, tous ces risques, toutes ces épreuves, si ça s'arrête sur le néant, alors non seulement c'est triste, mais c'est absurde. Non, parce que vous êtes aussi la continuité de ces gens-là. Oui, mais je pense qu'on est la continuité. Je pense aussi que...
ils sont vivants. Et que, parfois, ils sont agissants. Carrément. Pas tout le temps.
Si bientôt vous êtes élu président de la République, et que je vous permette de téléphoner à quelqu'un, vivant ou mort, la première personne à qui on a envie de dire... J'ai pas besoin de téléphoner. Ils sont tous au bout du fil.
Bon, nous allons passer au salon. Si vous le voulez bien. Allons-y. Je vais prendre le caractère. Alors, venez. Idem. Je vous dis, jusqu'à l'entrée... Tant que vous cassez la figure. Ça suffit. Vos talons sont des échasses. Donc, c'est un risque. J'ai fait des grandis. Sentez qu'il y a des gouttes d'eau.
La personnalité et le parcours de François Bayrou ne seraient sans doute pas les mêmes s'il n'avait pas été confronté à un trouble de la parole dans sa petite enfance. On l'appelait Chex, c'était son surnom. Comme il avait son problème de bégaiement et qu'il n'arrivait pas à dire Shakespeare, il s'est resté. Il n'en a jamais parlé, il en souffrait certainement. Vous étiez un grand orateur quand vous étiez enfant. Oui. C'est-à-dire 6-7 ans, c'est ça ? Et un jour, le bégaiement, je ne sais pas si on dit vous a frappé. Oui. Ça a duré longtemps ? Ça dure encore. Ça ne s'entend plus ? Non, mais enfin, moi je sais que... Ça veut dire que vous anticipez encore les mots avant de me les dire ? Je vous sens tellement spontanée. Eh bien oui,
mais être spontané, c'est-à-dire traduire de vraies émotions, ça n'empêche pas de trouver les mots qui s'accordent et qui ont la belle musique. En quoi ça vous a construit ? Tout ça, c'est des blessures. Ça vous donne une attention aux autres qui fait que, en tout cas moi, il m'est impossible de me moquer d'un faible, d'un fort, oui. Au fond, vous êtes un réveillon. Je pensais que c'était l'ascenseur social, mais ce n'est pas que ça. En fait, vous êtes un résilient. Vous avez pris force, comme un marchepied, sur chacune des blessures que vous avez traversées enfant. Et adulte. Ça arrive, les blessures de l'âge adulte aussi. C'est de l'amour.
Pas seulement, mais... Les trahisons. La politique, voilà. Mais ça, vous les avez cherchées. Quand on rentre en politique, on sait qu'on va être trahi. Oui, enfin bon... Non, on ne sait pas quand on rentre en politique qu'on va être trahi. L'idée que je me faisais de la politique, c'était plutôt de la loyauté, de la fidélité et de l'engagement. Et qu'on était compagnons, camarades, amis. Quand j'avais 20 ans, je pensais ça. Après, j'ai découvert que ce n'était pas exactement ça, mais la vérité est que je m'en fiche.
Père de 6 enfants et grand-père de 21 petits-enfants, François Bayrou établit un parallèle entre chef de famille et chef d'État.
L'idée fondamentale, quand vous êtes à la tête d'une famille ou dans une famille, c'est qu'il faut que les gens, aussi différents qu'ils soient, puissent vivre ensemble. Vous pensez qu'on peut éduquer sans autorité ? Je n'ai pas dit sans autorité. Non, mais je vous demande. Je pense qu'on peut éduquer par la compréhension. Je vous parle de ça parce qu'en matière d'autorité, il y a eu un événement public dans votre vie qui a changé, mais en bien les choses aussi, dans votre image. C'est quand un enfant a fouillé votre poche. Et vous lui avez donné une claque. Oui. Minimum de respect réciproque.
J'étais candidat à l'élection présidentielle. Donc on avait une réunion avec la maire de Strasbourg qui s'appelait Fabienne Keller à l'époque. On sort de la mairie, il y avait un attroupement. On était montés dans la voiture. À ce moment-là... jaillissent des insultes à Fabienne Keller sexuelles horribles. Et donc, mon sang n'a fait qu'un tour, et donc je suis descendu, je suis allé droit à ce groupe, j'ai dit on parle pas comme ça aux femmes. C'était quoi, genre salope tout ça ? C'était pire. Et donc, c'était... très tendu. Et tout d'un coup, machinalement, comme je fais, je passe mes... Je sens,
je trouve la main d'un garçon dans ma poche et je lui ai donné une claque. Pas une claque méchante, une tape. Et donc... Il y avait le père qui était à côté. Le père qui était là, qui était le responsable du petit groupe, qui m'a dit, chez nous, on tape pas les enfants. J'ai cru qu'on allait avoir un affrontement physique. Et je lui ai dit, monsieur, si... Mon fils, vous avez fouillé les poches, je vous serai reconnaissant de lui avoir donné une tape comme ça. Ça l'a calmé forcément. Et ça a calmé les choses. Et ça a fait le tour de la planète. Je disais, j'ai reçu des milliers de lettres, 90% approbatrices, et ce qui était le plus émouvant, de la part de parents immigrés. Ils disaient,
nous, on nous interdit de faire ça, parce qu'on avait répandu chez les enfants l'idée qu'il fallait appeler SOS violence. C'est vrai. Et donc, pour eux, qui venaient de milieux dans lesquels évidemment tout ça n'existait pas, c'était incompréhensible. Cette société qui les, au fond, ils le ressentaient comme ça, qui les empêchait d'éduquer leurs enfants. Alors, je ne suis pas en train de vous dire qu'il faut donner des claques pour éduquer des enfants. Je comprends. Non, mais stigmatiser des gens qui paraissent anodines dans certaines cultures. Mais je pense que... C'est pour les sauvages. Voilà, c'est exactement ça.
Vos six enfants ont fait des études de malades. Vous aussi, hein, ceci dit. Qu'est-ce que vous voulez dire de malades ? Hors normes. Polytechnicien, diplomate, médecin, vétérinaire. chercheurs, tous ont fait des études extrêmement brillantes par rapport à la moyenne des Français. Comment est-ce que vous avez fait ? Parce qu'en plus, vous n'étiez pas là. D'abord, deux choses. Un, comment ma femme a-t-elle fait ? Comment a-t-elle fait ? C'est quoi son secret ? Je crois qu'elle les aimait beaucoup. Du tout, j'aime bien ma fille aussi. Et puis, à la maison, on a vécu dans les livres. Mais quand vous dites que vous n'étiez pas là, c'est vrai physiquement, mais j'étais là quand il fallait, même follement. Même dans des moments un peu fous. Même de manière un peu folle.
Dans les années 2000, la famille Bayrou traverse une épreuve difficile. On a eu une fille qui va très bien aujourd'hui, qui est maman, qui est brillante, qui a été très malade, qui a fait une anorexie. Pendant longtemps ? Ça a bien duré deux ans, oui. Et donc, un jour, elle a été hospitalisée. Vous savez, c'est des hospitalisations autoritaires. C'est qu'elle est descendue très bas, là. Très bas. Ce type d'hospitalisation consiste à couper les liens avec la famille. C'est-à-dire que tant qu'on ne remange pas un petit peu, qu'on ne reprend pas un petit peu de poids, on n'a même pas le droit de téléphoner au sien. Bien. Et j'étais très, très, très, très bouleversé. Et elle venait d'être hospitalisée, ça faisait peut-être 8 jours ou 10 jours,
et j'ai persuadé une infirmière de lui faire passer le message que je faisais une émission de télévision et que je lui dirais quelque chose.
Et je lui ai dit quelque chose. Alors, personne n'a dû comprendre. Je lui ai dit, j'ai quelque chose à dire à quelqu'un. Et je lui ai parlé. Et d'ailleurs, je crois que vous avez partagé ça un jour avec Jacques Chirac. Oui, c'est tout à fait juste. C'était le jour de son hospitalisation d'office. Et j'avais rendez-vous avec Jacques Chirac. Et je suis entré dans son bureau. Et il m'a dit, comment ça va ? Comme il faisait mécaniquement. Et je lui ai dit, ça va très mal. Et je lui ai raconté ça. Et comme il avait... traversé si difficilement la même chose, peut-être en pire, on a eu, je dirais, 30 minutes de conversation d'homme à homme.
De père à père. D'âme de père à âme de père. Et je n'ai jamais oublié ce qu'il m'a dit, et je n'ai jamais oublié ce moment. qui a fait que, quand il a quitté le pouvoir, j'ai dit des choses positives sur lui. À cause de ce que vous avez dit là, ce jour-là ? Et je sais que Nicolas Sarkozy a dit que j'avais perdu des points en ayant dit du bien de Chirac. Lui, vous savez, s'était mis en opposition. Et c'est pour cette raison-là, c'est pour cette conversation-là. Et puis, en sortant, il m'a dit Tu veux qu'on parle politique cinq minutes ? Vous comprenez cette phrase, ça veut dire toutes les autres fois où je t'ai vue, c'était pour faire semblant. Et la conversation a été celle-ci, il m'a dit, qu'est-ce que tu nous emmerdes avec les idées ?
Parce que la politique, ce n'est pas des idées. C'est quoi, c'est de la stratégie ? Il m'a expliqué, il m'a dit, je vais te dire ce que c'est la politique. On est en cohabitation. En l'an 2000, cohabitation, Jospin, Chirac, les deux sont au haut dans les sondages. Il m'a dit, le Premier ministre s'est fait pour que ça ne se passe pas trop mal en France. Et le Président de la République s'est fait pour représenter la France à l'étranger. Et j'ai dit, ben tu vois, pour moi, le Président de la République s'est fait pour donner au pays des raisons de vivre. Et je crois profondément qu'aujourd'hui encore, le problème des Présidents de la République que nous avons eu récemment, c'était qu'ils ne donnaient pas au pays des raisons de vivre.
Je voudrais que vous me parliez d'amour, François. D'amour ? Pas à moi. Mais je sais que vous êtes un sentimental. Oui, un peu, oui. Qu'est-ce que ça veut dire pour vous, le verbe aimer ? Une femme.
Il y a des vibrations. Ça vibre pareil. Comprenez ce que je veux dire ? J'aimerais bien.
Persévérer, persévérer. Et donc... On voit le prof.
Il y a l'attachement, et puis, on a envie d'échanger. C'est ça, mais ne trouvez pas. C'est l'échange ? Il y a des fausses notes. Oui, enfin, ceci, en tout cas, est mon opinion. Et je la partage en tout cas avec moi-même.
Est-ce que vous pensez qu'on peut être en politique de la même façon, en étant aimé ou en étant profondément seul ? François Hollande a dit qu'il voulait être un président normal. Moi, je pense que ce n'était pas une bonne formule. Je pense que la bonne formule, c'est être un président équilibré. Il est très difficile d'être équilibré dans cette fonction, parce que ça monte à la tête. C'est un alcool. Vous devenez ivre d'une espèce d'hyperpuissance, et en fait, vous êtes sous.
Moi, je pense qu'il faut être équilibré et que la richesse des relations humaines, l'amour, l'amitié,
ça apporte à l'équilibre. Ça vous donne une profondeur. Mais la passion, ce n'est pas équilibrant. La passion amoureuse, ce n'est pas équilibrant. Là, vous parlez d'un amour. Que ça enrichit. Ah oui ? Oui. Peut-être, c'est étrange. Vous pouvez être passionné pour un amour. J'imagine que oui, comme vous. Moi, c'est sûr. C'est pas un drame. Persévérer.
Si en politique, on dit souvent que François Bayrou ne ressemble à personne, dans le cadre privé, il en va tout autrement. On m'a dit que je ressemblais à des gens, mais... À qui ?
Comment s'appelle l'acteur de Pretty Woman ? Richard Gilles ? Richard Gilles. Tu le préférais ? Non, pas du tout. C'est pas votre préféré ? Vous me prenez pour un neuneu à mon tour. Vous n'imaginez pas que je regarde la télé pour me voir dans un miroir. Non, mais vous aimez Pretty Woman. Oui, bien sûr. Ah, pourquoi ? Je ne vous imagine pas. J'aime Pretty Woman parce que, vous savez bien, c'est l'éternelle histoire. C'est Cendrillon, c'est le même... C'est un peu puputre quand même. Bah oui, mais bon. Disons une femme de mœurs légères. Oui, ça, ça ne veut pas dire plus que une femme libre. Et donc, je crois qu'elle était un peu plus que libre. C'est vrai que c'est un petit côté Richard. Voilà, vous y venez aussi,
vous avez fini par percer le fond de ma nature.
Juste pour conclure, François, si vous deviez choisir ce qui est impossible, vous vous sentez plus homme politique ou agriculteur aujourd'hui, à l'aube de vos 65 ans ? Je ne peux pas choisir parce que je suis les deux. Et que je considère que le sel de la vie, c'est qu'on ne soit pas obligé de choisir. Je veux tout. J'adore. Vous comprenez ça ? Oui, je l'ai comme vous. Merci François Bayrou. Merci à vous. Ça va, ce n'était pas trop douloureux cet exercice ? C'était très bien. J'aurais bien fait une heure de plus. Oui, alors ça, les hommes me disent toujours ça. J'aurais bien fait une heure de plus. Vous parlez de quel genre d'activité humaine ?
C'est bien l'impression.
François Bayrou