Aurélien Pradié (LR) : "Nous devons sortir de nos obsessions, de nos répétitions”
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:01OuverteRéponse directe
Bonne nouvelle ?
- 1:27OuverteRéponse directe
Un nouveau siège qui sera basé aux Pays-Bas. Ça, pour le coup, vous le regrettez ?
- 1:45OuverteRéponse directe
Parlons de votre camp Aurélien Pradié.
- 2:10RelanceRéponse directe
Tout étant chantier chez les Républicains, sur tous les sujets, il n'y a plus de socle idéologique qui vous réunisse, que vous partagiez ?
- 3:06RelanceRéponse directe
La trilogie travail, immigration, sécurité par exemple, qui était le moto, la ligne de Laurent Wauquiez, c'était une obsession.
- 3:25OuverteRéponse directe
Vous dites aussi que vous êtes lassé des mots « immigration » et « sécurité », ceux qui ont accusé la droite de courir après l'extrême droite, peut-être depuis le quinquennat Sarkozy. Vous les comprenez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:02Invité politiqueFait
« Il y a des raisons sérieuses d'être optimiste parce que le marché américain s'ouvre à cette nouvelle belle grande entreprise. »
- 1:13Invité politiqueFait
« puisque le savoir-faire en matière grise doit rester en France. C'est aujourd'hui une de nos grandes forces. »
- 1:31Invité politiqueFait
« Bien sûr, je ne peux que le regretter, même si le siège ne fait pas l'emploi de l'entreprise. »
- 2:20Invité politiqueFait
« Mais il faut que nous nous remettions au travail avec beaucoup d'humilité, avec beaucoup de méthode, et que nous reparlions des idées. »
- 2:32Invité politiqueFait
« Et nous nous concentrons sur celui ou celle qui peut être candidat aux élections présidentielles sans se demander quelles sont les idées qui nous différencient les uns des autres. »
- 3:37Invité politiqueFait
« Je me suis engagé très jeune à droite, parce que j'ai toujours cru à un mouvement populaire. »
- 4:32Invité politiqueFait
« Je fais partie de ceux qui pensent que, évidemment, ça a beaucoup pesé, mais pas seulement. »
- 4:52Invité politiqueFait
« D'abord, je ne l'ai pas fait parce que je crois à une valeur qui est un peu perdue aujourd'hui, qui est celle de la fidélité et de la loyauté. »
- 5:39Invité politiqueFait
« Sur les violences conjugales, l'IVG portée par Simone Veil, soutenue par Jacques Chirac, c'est la droite. »
- 6:42Invité politiqueFait
« Vous avez raison, nous avons perdu ce qu'est véritablement l'ADN de la droite. »
- 6:59Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron ne croit pas en la politique. Il croit que la politique n'est pas là pour changer les choses, qu'elle est là pour faire accepter une fatalité de la marche du monde. »
- 7:25Invité politiqueFait
« J'espère qu'ils sont malheureux parce que lorsqu'on trahit ces idées politiques, j'espère qu'il reste un peu de malheur au quotidien. »
- 9:08Invité politiqueFait
« Pas du tout. Ce que nous voulons, c'est être beaucoup plus révolutionnaire que cela. »
- 10:07Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron ne croit pas en la politique. Il croit en lui-même, en sa petite personne. Il croit en l'illusion politique. Nous, nous croyons en l'action politique. »
Temps de parole
- Aurélien Pradié65 %
- Présentateur22 %
- Présentateur 28 %
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France Inter, Alexandra Ben Saïd, Ali Badou, le 7-9. L'invité du grand entretien ce matin avec Alexandra Ben Saïd, nous recevons le nouveau secrétaire général du parti Les Républicains. Numéro 3 dans le nouvel organigramme de LR, la presse le présente au choix comme le jeune loup ou l'étoile montante de la droite française. Il a 33 ans, député de la première circonscription du Lot. Vos questions dans une dizaine de minutes au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Aurélien Pradié. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter. Beaucoup de questions à vous poser sur votre camp, sur la droite, la manière dont elle pourra se relever après des échecs aux élections.
Mais d'abord, c'est confirmé, vous l'entendiez dans le journal de 8h. Fiat, Chrysler et PSA se sont accordés sur le principe d'une fusion. Le nouveau siège sera basé aux Pays-Bas. Et Carlos Tavares, l'actuel patron du constructeur français, en sera le directeur général. Bonne nouvelle ?
Il y a des raisons sérieuses d'être optimiste parce que le marché américain s'ouvre à cette nouvelle belle grande entreprise. Il y a aussi de vraies raisons d'être vigilant, à la fois sur la question de la conception, puisque le savoir-faire en matière grise doit rester en France. C'est aujourd'hui une de nos grandes forces. Mais aussi la réalisation des véhicules. Donc oui, de l'optimisme parce que c'était attendu pour maintenir les emplois notamment. Mais une vigilance à la fois sur le savoir-faire industriel et sur les emplois, car c'est l'essentiel.
Un nouveau siège qui sera basé aux Pays-Bas. Ça, pour le coup, vous le regrettez ?
Bien sûr, je ne peux que le regretter, même si le siège ne fait pas l'emploi de l'entreprise. Et donc ce qui compte et ce qui importe est que les emplois qui, aujourd'hui, existent dans le pays, en France, puissent y demeurer et continuer à se développer avec l'ouverture du marché américain qui n'est pas négligeable.
Parlons de votre camp Aurélien Pradié. Hier, la nouvelle équipe dirigeante des Républicains a été réunie pour la première fois depuis l'élection de Christian Jacob à la tête du parti. À l'ordre du jour, l'agenda des prochains mois, vous allez lancer 12 forums sur des thématiques liées à la vie quotidienne. Écologie, alimentation, santé, autorité de l'État, je ne vais pas tous les citer. Et un grand congrès des idées devrait avoir lieu à l'été prochain. Tout étant chantier chez les Républicains, sur tous les sujets, il n'y a plus de socle idéologique qui vous réunisse, que vous partagiez ?
Si, nous avons encore des raisons de nous réunir. Mais il faut que nous nous remettions au travail avec beaucoup d'humilité, avec beaucoup de méthode, et que nous reparlions des idées. Vous savez, un des drames, je crois, non seulement des Républicains, mais plus largement de notre vie politique aujourd'hui, est le manque terrible d'idées. Et nous nous concentrons sur celui ou celle qui peut être candidat aux élections présidentielles sans se demander quelles sont les idées qui nous différencient les uns des autres. La droite et la gauche, mais qui nous rassemblent aussi au sein de notre propre camp.
Et c'est la raison pour laquelle, ce qui n'avait jamais été fait jusque-là depuis bien longtemps, nous allons consacrer toute une année au travail des idées sur des sujets nouveaux. Nous voulons réexplorer des champs qui ont fait la fierté de la droite. Je pense au handicap, je pense aux violences conjugales, je pense à des sujets qui font le quotidien de nos concitoyens, et sortir peut-être de nos obsessions, parfois ça a pu être des obsessions, de nos répétitions. Oui, de nos répétitions.
La trilogie travail, immigration, sécurité par exemple, qui était le moto, la ligne de Laurent Wauquiez, c'était une obsession.
Il se trouve que je n'ai pas eu besoin de vous le dire pour que vous vous en rendiez compte. C'est donc que sûrement nous n'avons parlé que de cela. Il faut évidemment parler de ces sujets, mais il faut aussi que la droite redevienne une droite de solution qui s'adresse à tous les Français.
Vous dites aussi que vous êtes lassé des mots « immigration » et « sécurité », ceux qui ont accusé la droite de courir après l'extrême droite, peut-être depuis le quinquennat Sarkozy. Vous les comprenez ?
Je me fais une grande idée de ma famille politique. Je me suis engagé très jeune à droite, parce que j'ai toujours cru à un mouvement populaire. Vous savez cette phrase de Malraux au moment du rassemblement gaulliste, qui disait le RPF à l'époque, il y a quelques années, c'est le métro à 5h du matin. C'est ce qui m'a poussé, moi, d'un milieu modeste qui n'a jamais fait de politique, à m'engager dans cette famille politique. Et je veux donc retrouver ce chemin-là. Je vous parlais tout à l'heure...
Est-ce que ça veut dire que vous êtes en rupture, donc, avec la droite qu'on a vue depuis quelques années ?
En fait, nous sommes en train de renouer avec ce qu'est la grande idée de la droite. Cette idée que la droite a toujours eue, qu'elle était là pour servir les Français, avant de servir une petite boutique. Et cette ambition-là, c'est une belle ambition. C'est l'ambition grande de la droite, celle qu'elle a toujours portée par le passé. Peut-être nous sommes-nous perdus, et je dois le dire, si nous avons eu les échecs électoraux que nous avons eus, c'est sûrement pas sans raison. C'est que les Français nous ont perdus du regard. Et pour retrouver le chemin des Français, il faut apporter des solutions concrètes sur des sujets nouveaux.
La défaite de 2017, elle n'est pas d'abord liée aux affaires François Fillon ?
Je fais partie de ceux qui pensent que, évidemment, ça a beaucoup pesé, mais pas seulement. Je pense aussi que le projet politique que nous portions à l'époque n'était pas suffisant pour convaincre les Françaises et les Français. Vous savez, j'aurais pu, moi, il y a quelques années, lorsque je suis arrivé à l'Assemblée nationale, basculer dans le camp de La République En Marche. Oui. Au fond, c'est ma génération, j'ai beaucoup d'amis qui y sont aujourd'hui. Pourquoi je ne l'ai pas fait ? D'abord, je ne l'ai pas fait parce que je crois à une valeur qui est un peu perdue aujourd'hui, qui est celle de la fidélité et de la loyauté.
Et ensuite, parce que le projet de société que je trouve fataliste et injuste porté par Emmanuel Macron n'est pas le mien. Et donc, j'ai deux options, comme beaucoup de mes amis politiques. Ou bien partir chez les autres, l'extrême droite ou Emmanuel Macron, ou bien se reconstruire soi-même. J'en conviens, c'est beaucoup plus laborieux, mais c'est beaucoup plus ambitieux aussi.
Entre Guillaume Pelletier, qui est donc le numéro 2 désormais des Républicains, qui veut des hausses de salaire et puis vous qui dites que vous voulez vous occuper des injustices sociales, est-ce que cette redéfinition, finalement, de la droite de votre famille, c'est barre à gauche ?
Non, ce n'est pas barre à gauche, c'est barre à ce que nous sommes. Vous savez, je me suis beaucoup engagé sur une question qui est celle du handicap. Et observez que sur le handicap, par exemple, qui peut paraître être un sujet de gauche, les grandes lois, la grande loi de 2005, elle a été portée par Jacques Chirac. Sur les violences conjugales, l'IVG portée par Simone Veil, soutenue par Jacques Chirac, c'est la droite. Et donc, nous nous sommes peut-être égarés depuis quelques temps, mais nous sommes en train de renouer avec ce qu'a toujours fait l'ADN de la droite, le rassemblement populaire.
Le métro à 17h, en vérité, ce n'était pas à 5h du matin, mais à 17h, c'est donc cette France populaire qu'il faudrait reconquérir. Il y a du travail. Quand on songe à la grande enquête qui avait été menée par Ipsos, le Cevipof et la fondation Jean Jaurès au moment des élections européennes, les conclusions étaient sévères pour les Républicains. On se demande encore qui reste chez vous. Les Républicains sont à 8% chez les 18-64 ans. Ils sont plus nombreux parmi ceux qui ont plus de 65 ans, mais 7% chez les ouvriers, 8% chez les employés, 9% chez les cadres sup. Vous avez perdu et les classes populaires et les actifs aisés. Comment l'expliquer ?
Merci d'abord de me remonter le moral dans la tâche qui est la mienne aujourd'hui. Vous avez raison. Au contraire, c'est un beau chantier qui vous attend. Eh bien, nous sommes d'accord. Et c'est pour ça que je me suis engagé avec d'autres de mes amis sur cette tâche-là. Vous avez raison, nous avons perdu ce qu'est véritablement l'ADN de la droite. Et pour reconquérir ce chantier-là, il ne faut pas faire du commerce électoral. Il faut des idées. Il faut dire ce que la droite porte comme projet de société sur le travail, sur les solidarités, sur la responsabilité, sur l'idée que nous nous faisons de l'avenir. Emmanuel Macron ne croit pas en la politique.
Il croit que la politique n'est pas là pour changer les choses, qu'elle est là pour faire accepter une fatalité de la marche du monde. À droite, il faut que nous reprenions la main et que nous expliquions que la politique est là pour changer les choses et dessiner l'avenir. Et vous avez raison.
Pourtant, on dit souvent que la République en marche, c'est la droite d'aujourd'hui. C'est la droite française contemporaine. Regardez Édouard Philippe, Darmanin, le maire, ils n'ont pas l'air d'être malheureux d'avoir rejoint la majorité présidentielle.
J'espère qu'ils sont malheureux parce que lorsqu'on trahit ces idées politiques, j'espère qu'il reste un peu de malheur au quotidien. Et je veux vous dire simplement que moi, je ne cherche pas ni un gyrofard sur la voiture, ni un poste ministériel. Ce que je cherche, c'est à être cohérent avec mes idées. Ce que je cherche, c'est à faire vivre cette famille politique. Et donc, l'idée, ce n'est pas d'aller chercher des strampontins chez les uns et chez les autres. L'idée, ce n'est pas de grandir très vite dans un poste ministériel. L'idée, c'est de rebâtir la droite.
Et si ça ne me rend aucun service personnel, peu importe, parce que ça aura rendu un service aux idées auxquelles je crois et à mon pays. Et ça, c'est bien plus essentiel que ma seule situation personnelle.
Il y a donc un espace, vous pensez, pour les Républicains entre le Rassemblement National et la République En Marche ?
Je le crois. Notamment sur un sujet, vous l'évoquiez tout à l'heure, qui est celui des salaires, sur les questions économiques. Au fond, la vision aujourd'hui de la République En Marche sur ce sujet, c'est une vision fataliste. Emmanuel Macron nous dit qu'il n'y a pas de sujet sur les salaires. Soutenons quelques primes données par les entreprises. C'est une vision ultra-libérale, au fond. Il dit que ce sont les entreprises qui...
Certains disent même que c'est une vision de droite.
Non, c'est une vision ultra-libérale, qui n'a jamais été véritablement la vision de droite. C'est une vision fataliste, au fond, qui dit que l'organisation politique n'a rien à faire sur la question des salaires. Au gré du vent, les entreprises pourront donner quelques primes qui ne feront pas un salaire pérenne. Puis il y a la vision de gauche, qui est de dire qu'on augmente mécaniquement le SMIC. Ça, c'est une vision qui consiste à dire que c'est l'État qui fait le salaire.
Mais il y a une vision intermédiaire, qui est celle de la participation, qui a été portée par les gaullistes à une époque, que nous devons remettre au goût du jour, sur laquelle, je peux vous le dire aujourd'hui, nous sommes en train de retravailler pour moderniser cette idée. Que faisons-nous de la participation ? C'est ce que Nicolas Sarkozy avait commencé à faire avec la défiscalisation des heures supplémentaires.
Et c'est aussi ce qu'il était en train de faire. Pardonnez-moi, je ne prends pas leur défense, mais ce gouvernement, avec la défiscalisation des heures sup, avec la participation et l'intéressement dans la loi Pacte,
c'est exactement ce que fait Bercy en ce moment. Pas du tout. Ce que nous voulons, c'est être beaucoup plus révolutionnaire que cela. Aujourd'hui, Bercy fait de la bricole avec du bricole de participation. Nous, ce que nous voulons, c'est que le salaire soit fondé sur la participation. Je le redis comme les gaullistes l'avaient proposé à une époque. Sauf qu'à l'époque, c'était sur le modèle industriel et qu'aujourd'hui, nous avons beaucoup moins d'industrie. Nous sommes en train de re-réfléchir à cette idée qui, je le redis, sera révolutionnaire et rappellera ce qu'est véritablement la droite.
Qu'est-ce que ça veut dire être gaulliste aujourd'hui, Aurélien Pradier, pour un jeune homme politique de 33 ans ?
C'est une bonne question. Moi, j'ai grandi... Merci, mais j'espère que la réponse sera bonne aussi. Je vais tâcher d'être à votre hauteur. Je me suis engagé, moi, en politique très jeune. Je n'ai pas fait de grande école. Je ne viens pas d'un milieu, je le redis, politique. Et donc, cette sensibilité, je l'ai fabriquée dans cette terre du lot. Vous savez, je suis un député de droite dans une terre de gauche. Le lot n'avait quasiment jamais eu de député de droite. Et le gaullisme, c'est cette capacité d'abord à en croire profondément à la République. La République qui rassemble. La République qui efface les individualités. Et le gaullisme, c'est du volontarisme politique.
Je le redis, Emmanuel Macron ne croit pas en la politique. Il croit en lui-même, en sa petite personne. Il croit en l'illusion politique. Nous, nous croyons en l'action politique. Mais le gaullisme, c'est aussi, pour terminer, de l'audace. Parce que le général de Gaulle, comme Georges Pompidou dans sa continuité, comme Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy d'ailleurs, ont été révolutionnaires sur les idées qui les ont pu porter. Voilà ce qu'il faut que nous redevenions. On peut tout à fait être une droite révolutionnaire dans les idées.
Révolutionnaire ?
Révolutionnaire dans les idées. Je n'ai aucun problème. Vous savez, moi je me suis engagé en politique pas pour être un commentateur ou un sous-préfet d'arrondissement. Je me suis engagé en politique pour changer les choses.
Il y a malgré tout une tradition conservatrice à droite. Non, c'est faux. Vous ne vous y reconnaissez pas.
Comme je l'ai dit du général de Gaulle, de Georges Pompidou, de Jacques Chirac en 2005 sur la loi du handicap, ils sont révolutionnaires. Pas au sens du point levé et du drapeau rouge, mais ils sont révolutionnaires dans les idées.
François-Xavier Bellamy, par exemple, était révolutionnaire ?
Peut-être un peu moins que le général de Gaulle.
C'est le moins qu'on puisse dire. Il y a beaucoup de questions encore à vous poser avant d'aller au standard, retrouver les auditeurs d'Inter. Alors, vous voulez une droite populaire et sociale. Moi, j'aimerais avoir votre sentiment sur ces nouvelles règles d'assurance chômage qui entrent en vigueur à partir de demain. Qu'en pensez-vous ?
D'abord, je pense qu'on s'intéresse au public le plus facile qui est celui des cadres supérieurs. C'est là où il y a le plus d'argent à prendre. On va se dire les choses clairement. Et donc, le gouvernement agit principalement sur ce sujet. Nous avons dans notre pays une vraie question sur le système d'assurance chômage. Et donc, je pense que tout ce qui permettra de le rendre peut-être un peu moins favorable n'est pas une mauvaise idée. En revanche, ce que je dis, c'est que je ne veux pas d'un pays dans lequel l'emploi soit par définition précaire.
Je ne veux pas d'un pays dans lequel, je ne suis pas parisien, mais je vois tous les jours ici des jeunes personnes se balader en vélo pour livrer des pizzas et gagner quelques euros sans aucune assurance.
Mais donc, vous êtes pour la réforme, finalement ?
Je vais jusqu'au bout. Ce n'est pas du tout ma conception du monde du travail. Et donc, je suis favorable à cette réforme qui permet d'alléger le dispositif d'accompagnement chômage. Mais je dis que ça ne doit pas nous conduire vers un affaiblissement général de ce qu'est le travail. Il faut que nous repensions le travail, le salaire, l'emploi. Parce que là, j'ai un écart de vision. La vision d'Emmanuel Macron, qui est cette vision superficielle de l'emploi, où au fond, on changerait de job toutes les deux semaines, ça ne marche pas. Et ce n'est pas ma vision du monde du travail.
Est-ce qu'il faut davantage de moyens pour les services publics ? Je pense notamment aux hôpitaux, à l'éducation. Est-ce qu'il faut se débarrasser du carcan budgétaire ou est-ce qu'il faut, au contraire, donc le respecter ?
Il faut respecter la question budgétaire parce qu'on ne peut pas être un responsable politique et ignorer complètement la dette de notre nation. Ce que je dis aussi, c'est qu'il faut sûrement que la droite repense la question de la suppression mécanique du nombre de fonctionnaires, que nous sachions exactement où il faut les supprimer ou où il ne faut pas les supprimer. Vous savez, l'enjeu des services publics et du maintien des services publics aujourd'hui, c'est l'enjeu du maintien de la République. Moi, je viens d'un département dans lequel les services publics, avec les mairies, sont les derniers maillons de la République.
Et donc, à droite, nous sommes des profonds républicains, nous pouvons accepter et nous devons mettre des moyens importants sur les services publics parce qu'il s'agit de la République.
Aurélien Pradié, une autre réforme qui arrive, c'est celle des retraites. Qu'en pensez-vous ? Un système universel à point, ça vous attire ?
Non, ça ne m'attire pas. Je dis depuis plusieurs semaines, d'abord, que la réforme n'arrive pas. Pardon de vous le dire, mais c'est l'illustration de ce qu'est Emmanuel Macron. Emmanuel Macron est une boule d'illusion. Il a fait semblant, il a montré ses muscles, ils ont baratiné pendant des semaines et on se rend compte, au fond, que la réforme n'arrivera sûrement pas. Je ne crois pas à un régime universel des retraites.
Il ne faut rien faire sur les retraites ?
Je ne crois pas au régime universel des retraites. Je pense qu'il faut des caisses spécifiques en fonction des métiers. Et je dis à ma famille politique, nous sommes en train de travailler, que le cœur du sujet, c'est la pénibilité. Nous devons fonder notre système de retraite sur la pénibilité et nous ferons des propositions dans les semaines qui viennent.
Depuis le début de notre entretien, Aurélien Pradié, vous avez surtout parlé d'Emmanuel Macron. C'est à lui que vous voulez vous opposer davantage, par exemple, qu'au Rassemblement National ? Votre principal adversaire ?
Moi, je n'ai pas d'adversaire. Mon adversaire aujourd'hui, c'est la situation dans laquelle ma famille politique est. Et si j'ai une opposition à Emmanuel Macron, c'est parce que je le dis, sa vision de la société n'est pas la mienne. J'ai le droit de ne pas être d'accord avec lui. Donc ce que je veux, c'est ni lui ressembler, ni tomber dans les bras de la famille Le Pen, que je n'aime pas, ni les bras, ni les idées qu'il porte. Et donc je veux que nous reconstruisions la droite pour à nouveau pouvoir vous dire fièrement que je suis les Républicains et que je ne suis pas ni la petite option Emmanuel Macron, ni la petite option Marine Le Pen.
Bonjour Chantal et bienvenue sur France Inter. Une question à Aurélien Pradié.
Oui, merci toujours pour votre émission et pour votre action et réflexion. Ma question est la suivante. Ça fait des décennies que j'entends parler la politique, notamment la droite. Et je n'entends aujourd'hui aucune idée, aucun progrès dans l'action possible, visible. Alors je voudrais poser la question à ce monsieur. Qu'y a-t-il vraiment de nouveau dans votre parole ?
Merci madame pour votre question. Je vais vous donner un exemple très précis. Moi aussi, il y a quelques décennies que j'entends parler de la politique sans voir véritablement l'action. Il y a trois semaines de cela, à l'Assemblée nationale, j'ai été auteur et rapporteur d'une proposition de loi sur les violences conjugales que nous avons fait voter à l'unanimité.
Et pendant que Marlène Schiappa était en train de faire de la communication dans les couloirs de l'Assemblée nationale, j'ai bataillé avec beaucoup de mes collègues de tous les groupes politiques pendant plus de dix heures pour faire voter une loi qui va considérablement changer les choses sur ce sujet, notamment avec le bracelet anti-rapprochement. Voilà une différence, peut-être, entre ceux qui parlent et ceux qui font.
Bonjour Patrick et bienvenue sur France Inter.
Oui, bonjour messieurs, merci d'avoir pris ma question. C'était simplement pour demander à monsieur Pradié, à quelques années d'écart, et avec tout ce qu'il vient de déclarer sur les violences faites aux femmes, l'IVG et tout ça, qui sont soi-disant des lois de droite, s'ils regrettent maintenant la position du SPR au moment du mariage pour tous et la violence que la droite, elles sont parties, a manifesté, l'homophobie qui a été à ce moment-là développée et autant de choses qui ont été extrêmement violentes, cette opposition qui n'était qu'une opposition a priori politique, puisque maintenant, soi-disant, la droite porte des mesures sociétales.
Merci Patrick pour votre question. Aurélien Pradié va vous répondre.
Tout ce qui hystérise le débat ne me plaît pas. En revanche, je respecte les idées politiques. Qu'il y ait eu des hommes et des femmes opposés au mariage pour tous, tout comme il y a aujourd'hui des hommes et des femmes opposés à la PMA, c'est extrêmement respectable parce qu'on ne peut pas installer cette idée que nous serions tous d'accord. En revanche, tout cela, en effet, doit se faire dans le respect et vous avez raison de dire que tout ce qui peut opposer les uns aux autres ne vous plaît pas et ne me plaît pas non plus n'est pas l'idée pour laquelle je me suis engagé un jour en politique.
Alors, le Sénat à majorité de droite a adopté mardi dernier une proposition de loi Les Républicains qui visent à interdire le port de signes religieux aux parents accompagnant des sorties scolaires. Vous êtes député. Est-ce que vous allez voter pour ce texte lorsqu'il arrivera à l'Assemblée ?
Oui, je le voterai. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi. Je suis un profond républicain. J'ai grandi avec la République et par la République. Et je crois qu'il y a des espaces dans lesquels la seule chose qui vaille, c'est la République. Il y a aujourd'hui une règle dans notre pays qui sont que tous les lieux qui relèvent du service public doivent être neutres et l'école singulièrement. Les voyages scolaires, moi j'ai été maire pendant plusieurs années, relèvent du temps scolaire. C'est une évidence. Les accompagnateurs sont assurés par le système scolaire et donc dans cet espace-là, pour moi, il doit y avoir une neutralité absolue.
Mais je souhaite aussi que nous adressions un message à nos compatriotes musulmans. Je l'ai dit devant ma famille politique il y a quelques jours, nous devons leur dire qu'ils ont toute leur place dans la République. Vous savez,
ça n'est pas fait pour les stigmatiser. Certains disent, beaucoup d'ailleurs, qu'ils se sentent stigmatisés.
Sûrement se sentent-ils stigmatisés. Il faut donc leur apporter une réponse. Mais rendez-vous compte l'état dans lequel notre pays est aujourd'hui. Aujourd'hui, défendre la République avec une rigueur absolue. Dire qu'il y a des espaces dans lesquels il y a quelque chose de plus grand que nos individualités, que nos appartenances religieuses, ce sont les valeurs de la République. Dire cela, ce serait aujourd'hui être devenu stigmatisant pour les uns et pour les autres. Rendez-vous compte le recul intellectuel que nous avons sur ce sujet. Je suis un républicain. La République ne se vend pas la découpe.
On ne vend pas un morceau aux musulmans, un morceau aux catholiques, un morceau aux protestants, un morceau aux autres. La République, elle est une. Dans ces espaces-là, elle doit s'affirmer. Mais la vraie faiblesse, c'est qu'aujourd'hui, la République ne dépasse plus les individualités. Ce qu'il faut, c'est que nous en revenions à ce qui est l'origine de la laïcité. C'est un des premiers penseurs de la laïcité qui était musulman. Averroès, au XIIe siècle qui revendique ce concept de laïcité. La laïcité est une liberté y compris pour nos compatriotes musulmans.
Voilà pourquoi je défends l'idée que dans l'enceinte de l'école et tout ce qui relève de l'école, il doit y avoir une neutralité absolue. Là, on parle d'espaces
qui ne sont pas justement l'enceinte de l'école. On parle de l'espace public, de la rue, de la campagne, de musées éventuellement. Quand on connaît la variété des...
Soyons précis. Soyons précis. Dans la rue, dans un musée, dans l'enceinte d'un conseil régional, je n'ai aucun problème ou que quelqu'un porte une kippa. En revanche, quand on accompagne des enfants dans le temps périscolaire, c'est-à-dire le temps des voyages scolaires, on relève du quasi-service public. Voilà ce que je dis. Pour le reste, je serai le premier à défendre des femmes qui souhaitent porter le voile dans l'espace public. Je ne parle de l'espace public, je ne parle pas de l'école où la règle doit être catégorique.
Qui vous manque le plus aujourd'hui chez les Républicains ? Quelle figure politique ? On vous a entendu parler d'Edouard Philippe d'Armanin, le maire. Mais est-ce que, par exemple, Nicolas Sarkozy, François Fillon vous manque aujourd'hui ?
Je n'ai pas parlé d'Edouard Philippe et de Gérald Darmanin pour dire qu'il me manquait. Non. Moi, celui qui me manque aujourd'hui, c'est Jacques Chirac. Parce que je me suis engagé gamin en politique avec Jacques Chirac.
Mais quel Chirac ? Le Chirac libéral de 1986 ?
Celui de 2002 ? Le Jacques Chirac qui n'est pas divisible. Celui qui a fondé le musée du Quai Branly et qui, en fondant le musée du Quai Branly, a dit quelque chose à l'humanité du respect que nous devions avoir les uns et les autres de nos différences. Le Jacques Chirac humain, celui qui a porté la loi de 2005 sur le handicap, celui qui a soutenu Simone Veil sur l'IVG, celui qui a sûrement commis des erreurs aussi, mais celui qui, à la différence d'Emmanuel Macron et de ceux que vous avez cités tout à l'heure, était sincère dans sa relation avec les Français.
Laurent Wauquiez, il vous manque ?
Il me manque comme un ami peut me manquer. J'ai beaucoup d'estime pour Laurent Wauquiez qui est un de ceux qui m'a fait confiance. Aujourd'hui, il a tourné une page et c'est à nous d'écrire la suivante.
Il a tourné une page ? Est-ce qu'il est responsable malgré tout de l'état dans lequel est votre famille politique ?
Mais je sais qu'on adore trouver des boucs émissaires et y compris dans ma famille politique.
Non, chercher les responsabilités, c'est normal.
Vous avez raison. Nous sommes collectivement responsables de cette situation. Sûrement parce que nous avons cru que l'exercice du pouvoir était quelque chose d'évident pour la droite et que les idées n'étaient pas nécessaires pour gagner. Aujourd'hui, nous sommes tous convaincus, y compris Laurent Wauquiez, j'en suis certain, et tous ceux que vous avez cités que ce sont par les idées et par les actes, je citais tout à l'heure les violences conjugales, ce que nous avons fait à l'Assemblée nationale, que nous démontrerons aux Français que nous sommes dignes de leur confiance.
Et quel regard d'homme de 33 ans sur cette famille, sur cette droite finalement des affaires ? Vous citez Jacques Chirac qui a eu aussi un Chirac des affaires. Il y a François Fillon qui sera jugé en 2020, Nicolas Sarkozy renvoyé en correctionnel, on pourrait aussi parler de Balkany en prison, en détention. Comment l'avez-vous perçu cela ?
Aurélien Pradier. On vit forcément ces moments comme des moments difficiles qu'on soit concerné ou qu'on ne le soit pas. Ce qui me perturbe dans tout cela, c'est la manière dont désormais dans notre pays il y a une confusion du débat judiciaire et du débat politique. Et je le dis pour mes amis politiques et je le dis aussi pour les autres. Je ne suis pas sûr que tout cela rende service à la justice, ni même à la politique, ni même à la démocratie en général.
Ce qui est certain, c'est qu'il y a des pratiques qui changent, il y a des époques qui changent et j'avoue que lorsque j'ai pu regarder certaines de ces affaires, je n'ai pas bien compris parce que c'est quelque chose qui m'est totalement étranger et qui est totalement étranger à ma génération.
Mais vous comprenez qu'on puisse s'éloigner d'un parti à cause justement de la multiplication de ces affaires ?
Bien sûr, je le comprends et beaucoup de nos militants, beaucoup de nos adhérents, beaucoup de nos sympathisants se sont éloignés pour cela. Mais aussi et surtout, peut-être d'abord, parce que nous manquions d'idées et que nous n'avions pas su dire ce que nous voulions faire de la France.
Dans cinq mois, Aurélia Pradié, les municipales, c'est un enjeu vital pour vous. Les Républicains gèrent la moitié des villes de plus de 100 000 habitants.
Oui, c'est un enjeu capital parce que c'est ce vers quoi nous nous portons facilement. Ce que je veux dire, c'est que l'élection municipale, l'ancrage territorial, c'est aussi un élément de l'ADN de la droite. Et beaucoup de jeunes élus de ma génération, nous venons de ces territoires. On a grandi dans l'école, la petite école de la République, au sein des territoires, comme maire, comme élu locaux pendant des années. Et donc oui, la droite a quelque chose de singulier dans sa relation avec les territoires.
Et c'est sûrement le moment où nous allons démontrer qu'une des grandes faiblesses de la Macronie, c'est ce déracinement, cette déconnexion avec des réalités quotidiennes qui pourtant font le cœur de la politique.
C'est un parti neuf, la République en marche ? Oui, c'est un parti neuf. Il n'a donc pas encore d'ancrage territorial. En l'occurrence, Paris, quand on voit que c'était une ville qui a très longtemps voté à droite, quand on regarde les dernières élections et des arrondissements, des circonscriptions qui ont toujours été à droite, qui votent aujourd'hui pour la République en marche, quelles sont les chances de reconquérir la droite où il parie par la droite ?
La République en marche est un parti neuf fait avec des gens vieux. Parce que, pardon de vous dire que dans l'appareil politique, parmi mes collègues députés de la République en marche, on a quand même largement du recyclage et du recyclage de personnalités qui ne sont pas des personnalités ancrées dans les territoires. Ce n'est pas une critique de leur dire, c'est un constat de leur parcours. Pour ce qui est de Paris, Paris est une ville qui pour nous compte, qui compte d'ailleurs pour l'ensemble des Françaises et des Français. Quelles sont les chances ? Je n'en sais rien. Je pense que nous allons mener une belle campagne.
Derrière Rachida Dati ?
A l'évidence, c'est ce qui se profile. De ce que je comprends, il faut que la commission d'investiture rende sa décision finale. En tous les cas, nous avons quelque chose à dire face au projet porté par Anne Hidalgo et surtout face à la bataille de coq entre Benjamin Griveaux et Cédric Villani. Nous devons pouvoir incarner quelque chose de bien meilleur.
Merci Aurélien Pradier d'avoir été l'invité de France Inter ce matin et bonne journée. Merci Aurélien Pradier
Aurélien Pradié